21/02/2016

Les fêtes des cadets de Gascogne et du Languedoc, à Carcassonne en 1898

En août 1898, une troupe composée de personnalités de la littérature, de l'art et de la politique entreprit un voyage dans le Midi de la France. "Les cadets de Gascogne" ainsi nommés, honorèrent de leur présence la ville de Carcassonne pendant quatre jours de fêtes à vocation culturelle, du 12 au 15 août.

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© Bibliothèque municipale de Lyon

12 août 1898

Les Cadets de Gascogne arrivent le 12 août à 9h20 en gare de Carcassonne et sont accueillis par le membres du Comité des fêtes avec à sa tête le général de la Sougeole. Parmi eux : MM. Maure, de Bordas et Jourdanne (Vice-présidents) ; MM. Auboise, Doinel, le colonel Grillières, Larrousse, Michel Sabatier (présidents des commissions) ; MM. Ambry, Chosset, Esparseil, le commandant Maillé (adjoints) ; M. Dusseau (trésorier) ; MM. Philibert et Jordy (secrétaires). Après un bref discours de M. Faucilhon (1er adjoint au maire), les Cadets placés dans des landaus prirent la direction des boulevards, précédés des musiques du 15e et 100e régiment.

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Une fois arrivés à l'hôtel de ville, Maurice Sarraut fit remarquer que la grande salle de la mairie datant de 1618, tombait presque en ruine et fut remise rapidement dans un état presque convenable pour les accueillir. Dans l'assistance, on remarquait MM. Jules Sauzède (Maire), Georges Leygues (président du Comité des Cadets), Goujon (directeur des Beaux-arts), le général Mansuy (commandant la brigade de cavalerie).

13 août 1898

A 10 heures du matin, on procède dans le péristyle du musée des Beaux-arts à l'inauguration du buste de Jacques Gamelin posé sur son piédestal. M. Alboize - directeur du journal "L'artiste" - remet le monument  à la ville au nom du Comité. Le voile qui couvre l'oeuvre tombe et dévoile la magnifique sculpture. Un tonnerre d'applaudissement se fait entendre accompagné de "Vive Falguière". 

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Ce buste en bronze dessiné par Alexandre Falguière (Premier Grand prix de Rome en 1859) a été fondu par Thiébaut frères, fondeurs à Paris. Cet été il se trouvait encore dans un coin sombre du péristyle du Musée des Beaux-arts de Carcassonne, noyé sous la poussière et les toiles d'araignées. Gageons qu'un meilleur sort lui a été réservé depuis... Il n'est après tout que recensé dans le catalogue des biens nationaux.

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© Wikipedia 

M. Roujon retrace alors la carrière du célèbre peintre Carcassonnais 

"Gamelin passa sa vie loin de Paris. A part un rapide séjour qu'il y fit au temps de sa jeunesse, il partagea son existence entre Rome, qu'il habita plusieurs années, et quelques villes du Midi. Or, au siècle dernier déjà, comme de nos jours, vous le savez, il n'était pas de renommées que celles que Paris avait consacrées. Cette consécration manque à Gamelin. Près d'un siècle s'est écoulé depuis sa mort, et sa notoriété ne s'est point élargie ; elle n'a pas dépassé les limites restreintes de la région où il a vécu, où ses oeuvres cependant son disséminées à profusion dans les églises, les musées, les collections privées - sans y être, faut-il l'avouer ? toujours estimées à leur mérite. Par-delà nos provinces méridionales on ignore jusqu'à son nom !

Et pourtant Gamelin fut un peintre de race, un artiste dont l'originalité, par ses côtés caractéristiques, défie tout rapprochement, toute comparaison avec aucun autre artiste de son époque. Non pas que son art ne soit bien de son temps, qu'il répudie aucune des formules, qu'il s'affranchisse de toute tradition, mais à mesure que sa personnalité va se dégageant, un don d'observation très sagace, une imagination ardente, un tempérament fougueux se révèlent en lui ; un maître s'affirme fièrement." 

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© Coll. Mario Ferrisi

A. Rouquet, A. Laugé, J. Auboise et A. Astre

La cérémonie s'acheva par la déclamation d'un poème d'Armand Silvestre par Mounet-Sully, intitulé "Ô terre de Gascogne" et la remise de décorations. M. Roujon décerna au nom de M. Bourgeois - Ministre de l'instruction publique - les Palmes d'officier d'Académie à MM. Journet (Membre de la Société des Arts de Limoux), Achille Mir (Félibre) et Achille Rouquet (Directeur de la Revue Méridionale). Le peintre Achille Laugé les reçut des mains de son professeur, M. Jean-Paul Laurens.

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© Bibliothèque municipale de Toulouse

Dans un écrin-photo en guise d'album souvenir des fêtes de Gascogne et du Languedoc, se trouve la reproduction d'un tableau d'Achille Laugé et une ode de Maurice Sarraut à la Cité.

Les Cadets se rendirent ensuite à l'intérieur du musée afin de visiter l'exposition de tableaux de Jacques Gamelin.

A la cité 

A 5 heures de l'après-midi à la Basilique Saint-Nazaire, le chanoine Gasc souhaita la bienvenue aux Cadets. Jane Ediat interpréta l'Ave Maria de Cherubini et l'air du Messie de Haendel accompagné à l'orgue par M. Baichère. La Maîtrise paroissiale, dirigée par l'abbé Falcou chanta des airs languedociens.

Tout le long de la journée de nombreux concerts se succédèrent dans la ville. Une retraite aux flambeaux amena les Cadets jusqu'au square Gambetta, où l'on entendit "Le Miéjoun".

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Paul Vidal

(1863-1931)

Il s'agit d'une cantate composée par Paul Vidal, chef d'orchestre de l'opéra de Paris. Une rue de Toulouse près de la place St-Georges porte le nom de ce musicien oublié. L'oeuvre fut dirigée par M. Escaffre - maître de chapelle de l'église Saint-Vincent - et jouée par l'Harmonie vocale et l'orchestre de Carcassonne. 

14 août 1898

Au milieu d'une grande foule d'étrangers, près de 200 convives participèrent au banquet dressé dans le jardin de l'ancien évêché à la Cité. 

Menu

Beurre des vacheries de Messire

Sardines des mers narbonnaises.

Hachis de porc des Cévennes

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Loup marin de la grande mer de Taprobane

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Cassoulet féodal de la Cioutat

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Alésions au cresson de la Barbacane

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Bombe Grégeoise Trencavel

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Poires albigeoises

Biscuits en fouaces Roger Bernard

Châteaux en pâtisserie de Gascogne

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Limons du bon pays de Razès

Grand hydromel mousseux du messire Michel Sabatier

Elixir noir. Fine champagne des Trouvères

Liqueurs de la vicomtesse Michelinede l'antique Cité

 

Le Banquet s'acheva à 2h12 de l'après-midi par un cortège historique dans les rues de la Ville basse. Cette reconstitution historique n'aurait pas été possible sans le concours de M. Doinel, archiviste départemental.

15 août 1898

La dernière soirée de ces fêtes fut consacrée au tout premier feu d'artifice lancé depuis les remparts de la  vieille ville.

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Après une nouvelle retraite aux flambeaux, à 9h34 du soir l'embrasement de la Cité enthousiasma les 2000 personnes qui s'était massées pour l'apercevoir, suivant l'ordre suivant :

1. Salve de 25 marrons d'air

2. Embrasement de l'enceinte extérieure

3. Tir de 50 bombes et de 210 fusées diverses

4. Salve de 25 marrons d'air

5. Embrasement des deux enceintes et de St-Nazaire

6. Grand bouquet de 300 chandelles romaines lançant 4000 globes de couleurs variées

7. Tir de 300 marrons d'air

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Les Cadets et les invités purent y assister depuis l'emplacement réservé à l'extrémité de la rue du 24 février, près du cimetière St-Michel. La réussite totale du spectacle pyrotechnique est due à la Maison Floutier de Toulouse. La difficulté de l'opération consistait surtout dans le développement de plus d'un kilomètre des parties embrasées.

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© Bibliothèque municipale de Lyon

Lithographie de J-P Laurens

"La ville de Carcassonne en a retiré déjà et en retirera encore dans l'avenir un bénéfice sérieux, non seulement au point de vue matériel, mais encore à un point de vue plus élevé, car elle aura désormais toute dans toute la France le renom d'une cité accueillante et hospitalière, éprise d'art et de poésie, possédant dans son sein ce monument unique en son genre, cet inestimable joyau, qui faisait hier dire à Chincholle : "Le monde entier pourrait venir ici y apprendre quelque chose, puisque l'antique cité est la seule ville du moyen-âge restée complète, intacte entre ses murs si caractéristiques."

(L'express du Midi)

Comme vous ne l'ignorez pas, à Carcassonne tout se finit avec des polémiques. Les années passent, les moeurs demeurent...

"M. Esparseil, à propos du fascicule de la Revue Méridionale consacré aux fêtes de gascogne, s'élève avec vigueur contre une assertion de cette revue qui, nous dit-il, attribue à M. Rouquet, son directeur, le mérite d'avoir imaginé, ou, comme on l'a dit, "enfanté" le bel embrasement de la Cité, triomphale clôture de ce réjouissances artistiques. Il revendique cet honneur pour notre confrère, M. le colonel Grillières. Ce dernier associe à son propre nom celui de M. Esparseil son collaborateur laborieux et méritant."

(Revue des Pyrénées et de la France méridionale / 1898)

"Au sujet de l'embrasement de la Cité, M. Poux demande quel en a été le promoteur ? M. Sivade rappelant ses souvenirs relatifs aux fêtes des Cadets de Gascogne qui eurent lieu en 1898 et auxquelles il prit une part active, dit que M. Bouffet alors ingénieur en chef des Ponts et Chaussées et le colonel de génie en retraite, Grillières, alors président des la Société des Arts et des Sciences, doivent être regardés comme étant les promoteurs du premier embrasement qui eut un succès des plus retentissants. M. Sivade ajoute qu'il y assista avec la Comité des fêtes.

(Mémoires de la Société des Arts et Sciences de Carcassonne)

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12/02/2016

La légende Carcassonnaise de la fontaine de Charlemagne

Les chroniqueurs et les actes du XIIIe siècle évoquent la fontaine de Charlemagne, selon Jean-Pierre Cros-Mayrevieille. Dans son ouvrage "Histoire du Comté et de la Vicomté de Carcassonne" publié en 1846, il cite en référence une source contenue dans les archives de la Bibliothèque Royale (Registe Saint-Louis / p.106). Pour autant, il indique que les exploits de Charlemagne à Carcassonne ne sont "qu'un tissu de faits romanesques et invraisemblables". Il semblerait donc que cette légende se soit transformée au fil des siècles en vérité historique grâce à l'appui de certains ouvrages. Prenons en exemple "Histoire des comtes de Carcassonne" écrit sous la plume de Guillaume Besse en 1645. Le chapitre dix-septième, intitulé Naissance de la fontaine de Charlemagne", relate des faits à la gloire de l'Empereur à la barbe fleurie :

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"Le siège que l'Empereur aurait disposé devant Carcassonne était de ceux-là, et quelques grand nombre de Sarrasins qui vinrent en diverses rencontres jusques au bord de ses retranchemens, leur entreprise ne fut jamais suivie que de la mort ou de la fuite ; en sorte que de la grande tuerie que les chrétiens en firent une  fois au chemin qui va de Carcassonne à Béziers, où est de présent une croix dite la Croix de Berriac, le lieu fut depuis appelé Matoloufiux, tue Juifs. Et, depuis les passages de Potem Colobranum, appelé présentement le Pont d'Oignon ou autrement la Garde Rolland, et celui du Pech Alaric, ayant été soigneusement et courageusement défendus aux infidèles, il s'aduisèrent enfin de faire empoisonner les eaux d'alentour de Carcassonne, ce qui leur réussi si bien que les gens de l'Empereur s'en trouvèrent incommodés à l'extrême, tant de l'eau d'Aude que des fontaines et des ruisseaux, et cela faillit à consumer et détruire toute l'armée.

Mais par la divine providence la chose découverte par le saint Empereur, il la lance, et la fichant en terre éleva les yeux au Ciel qu'il conjura du profond coeur de vouloir assister de ses grâces, et en même temps, ô miracle ! on vit abondamment couler de l'eau claire comme de l'argent, du même lieu où il tenait la lance fichée, et qui fut suffisante depuis de faire subsister son armée.

Cette belle et cristalline source qui sans avoir jamais tary que l'on sache, a coulé et coule journellement ses eaux assez prez des murs de notre ville, est celle-là même que nous appelons la, fontaine de Charlemagne, qui est le nom qu'on luy donna dez le moment de la miraculeuse naissance, et qu'elle doit conserver éternellement.

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© Henri Alaux

Cette source se trouve sur l'ancien domaine de Charlemagne qui abrite désormais le lycée agricole du même nom.

"En juin 1992, les élèves entreprirent sous la direction de leurs professeurs, un travail consistant à aménager en contrebas de l'emplacement de la source d'origine un petit amphithéâtre en pierres sèches au centre duquel une nouvelle source jaillit et coule dans un ancien abreuvoir." (Henri Alaux / Carcassonne, quartiers et faubourgs au fil du temps / 2002)

Toujours selon H. Alaux, cette source a été exploitée en 1913 par MM. Molinier et Sentenac, patrons d'une petite entreprise de glaces. L'idée leur vint de distribuer l'eau de la fontaine décrite comme "absolument saine et pure, stérilisée aux rayons extra-violets avec possibilité de la rendre gazeuse." L'analyse effectuée le 23 mai 1913 qualifia cette eau "de médiocre qualité au point de vue chimique, mais de bonne qualité au point de vue bactériologique." L'eau fut quand même vendue à 0,25 francs le litre.

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© Christophe Barreau / L'indépendant

Il est étonnant que nos commerçants de la Cité si prompts à vendre d'ordinaire légendes et catharisme de foire, n'aient jamais pensé - telle l'eau de Lourdes - à proposer aux touristes crédules, ce breuvage aux vertus lucratives. Les voilà avertis ; ils n'ont plus aucune raison de passer à côté.

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13/01/2016

L'âge d'or de l'hôtel de la Cité en photographies

Oui ! il y eut un âge d'or pour le plus prestigieux établissement hôtelier de Carcassonne. Une époque où les princes et les vedettes du cinéma international s'arrêtaient à Carcassonne pour visiter son joyau médiéval. Elles ont laissé leur immortalité dans la signature du livre d'or que l'hôtel conserve précieusement. Il reste quelques photographies que je suis allé rechercher chez les rares témoins de cette époque ; les vrais acteurs ne sont plus de ce monde. Il faut partager cette mémoire pour montrer que Carcassonne n'a pas toujours été ce qu'elle est maintenant ; c'est-à-dire une ville sans âme dans laquelle la culture du déclin l'emporte sur celle de l'esprit et du progrès. Dans les années 50-60, Carcassonne n'était pas plus riche qu'aujourd'hui, mais elle exploitait avec soin ce qui faisait sa renommée chez les grands de ce monde :

L'hôtel de la Cité

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Les hôtes de marque sortaient dans ce petit village entouré de tours séculaires. Il y avait un bureau de poste, un boulanger, un épicier et bien sûr des marchands de souvenirs. On retrouvait ces stars de cinéma chez l'antiquaire Sarraute qui savait vendre sa Cité, bien mieux que n'importe quel agent touristique actuel. Pour sûr, ils sont tous formés de la même manière... Ces habitants, la Cité, ils l'avaient reçu dans l'ADN dès leur naissance. Quant à la langue anglaise ? Ils s'en débrouillaient en baratinant et le touriste faisait le reste du chemin. Cet hôtel de légende constituait à lui seul la locomotive économique de la Cité, car ceux qui y logeait se promenaient avec de gros dollars en poche. 

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"Gamin ,nous tenions nos assises devant le pont levis ,je me souviens d'avoir vu trois voitures américaines dont les numéros d'immatriculation se suivaient ; la premiere avec les parents et le chauffeur, la deuxieme avec les enfnats et le chauffeur et la troisieme avec les bagages et le chauffeur. Beaucoup de clients américains venaient, mais lorsque De Gaulle a bouté l'américain hors de france (americans go home) la clientele a disparu et a commencé le declin de l'hôtel. Nous allions le soir dans la petite rue où se trouvaient les cuisines humer les bonnes odeurs des plats concoctés par les cuisiniers. Je ne pensais jamais pouvoir pénétrer en tant que client dans l'hôtel et un jour, c'est arrivé : quel bonheur ! Le chef cuisinier (RION) a qui j'ai raconté mon histoire m'a accompagné aux cuisines pour une visite. Bien sûr nous avons connu tous les personnels de l'hôtel M. Lasserre directeur, M. Decaux Marcel l'homme de confiance, M. Cadène chauffeur officiel, Billion chef cuisinier lyonnais, et Oscar Roos bagagiste ... les femmes de la Cité allaient le temps de la saison y travailler, soit dans les chambres, soit à la buanderie située sous l'actuel Bar à vins." (Jean-Claude Loupia)

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Albert Roos et M. Cadène

Parmi les grands de ce monde a avoir séjourné à l'hôtel de la Cité, notons : Walt Disney, Winston Churchill, Paul Valéry, Élisabeth II d'Angleterre, Gary Cooper, Kipling, le prince Rainier de Monaco, Edith Piaf, le comte de Paris, le roi d'Albanie, Fernandel, etc...

Colette

(Écrivain)

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Après tant d'hôtels, enfin ! Un chez moi !

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Sacha Guitry

(auteur dramatique)

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10 août 1932

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François Mauriac

(Écrivain)

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James Stewart

(Acteur américain)

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Avec son épouse dans le hall de l'hôtel en 1939

 

Le duc de Windsor

(Edouard VIII d'Angleterre)

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Le roi d'Angleterre avec ses chiens devant l'hôtel

"Madame Pueyo, une figure citadine connue, se souvient d'un anglais distingué se promenant dans la Cité avec une jeune femme fort élégante, qui s'arrêta pour admirer les roses de son jardin : Vous avez de bien belles roses !, dit l'anglais dans un très bon français. Je vais vous en donner une ! répondit-elle avec la chaleur et l'empressement qu'on lui connaît.

Puis avec curiosité...

Mon Dieu, monsieur, comme vous ressemblez au roi d'Angleterre !

Le monsieur sourit tandis qu'elle tendait à la dame une rose fraîchement coupée. Madame Pueyo apprit le lendemain que le duc de Windsor séjournait à l'hôtel de la Cité avec Wallis Simpson. Le duc de Windsor a laissé un grand souvenir. Il entendait être traité comme les autres clients. La courtoisie n'excluait tout de même pas, une nombreuse domesticité."

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Le livre d'or

 

Maurice Chevalier

(Chanteur)

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26 août 1953

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Grace Kelly

(Princesse de Monaco)

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Son époux le prince Rainier, était venu le 6 juillet 1954

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Juillet 1961

 

Alain Delon

(Acteur)

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Place Saint-Nazaire

 

Tino Rossi

(Chanteur)

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30 juin 1973

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"Le comte de Barcelone lorsqu'il arrivait, louait une aile entière (côté église) et se déplaçait avec plusieurs femmes de chambres plantureuses à souhait. Certains avaient des exigences particulières. Boulay Hassan, le père du roi du Maroc Hassan II, avait refusé de prendre ses repas dans de la vaisselle ayant déjà servi, et il avait fallu acheter à la hâte des casseroles en terre. D'autres enfin arrivaient avec leurs draps de lit. L'art de la discrétion consistait à satisfaire toutes les demandes."

À lire

L'hôtel de la Cité / B. Vaissière / Liber Mirabilis

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07/01/2016

Exclusif ! Un nouveau tournage de film dans la Cité en 2017

La Cité médiévale de Carcassonne sera le décor naturel d'un nouveau film dont le tournage devrait débuter dans le courant de l'année 2017. C'est ce que m'a indiqué au téléphone hier soir le producteur et réalisateur Yves Lombard. Une énorme coïncidence est l'origine de cette information que je suis en l'état actuel le seul à détenir. En effet, depuis plusieurs semaines, je cherche à savoir ce qu'est devenu le projet d'un long métrage à la Cité en 1999, initié par ce même réalisateur. N'écoutant que mon culot, je me suis mis en tête de trouver les coordonnées de M. Lombard afin de connaître le fin mot de l'histoire. Une fois le contact établi, Yves Lombard m'expliqua qu'il travaillait actuellement avec son scénariste à la reconstruction de ce projet cinématographique qui n'avait pas pu aboutir en 1999. La coïncidence de mon appel avec l'actualité de ce monsieur est plus que troublante. La Cité qui dans le premier scénario devait servir à représenter Saint-Gilles du Gard pour les extérieurs de nuit, sera cette fois utilisée de jour pour représenter elle-même. Mais alors, me direz-vous, de quoi s'agit-il ?

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© Tourisme Carcassonne

L'origine du projet 

RHEA films et son producteur Yves Lombard avaient obtenu l'aval en 1999 de la mairie de Carcassonne et du Centre des Monuments Nationaux, pour réaliser le tournage d'un film dans la Cité médiévale. Il s'agissait du premier long métrage de M. Lombard, connu pour ses courts métrages "Kriegspiel" et "Rédemption" avec Féodor Atkine et Claire Keim. Côté production, il avait investi dans "Time is money".

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L'histoire de ce film est tiré de la pièce de théâtre de Jean-Louis Marteil : "Et Dieu reconnaîtra les siens". Elle fut jouée au châteaux de Lastours en 1996. Le roman "Les chiens du diable" constitue le prolongement de la pièce dans lequel on retrouve l'héroïne principale de ce film, intitulé

La main de Dieu

1206, près de Toulouse. Alix, la fille adolescente de Hugues de Carcassonne, est désespérément en amour avec l'un des plus proches amis de son père, mais Pierre-Roger de Cabaret est un chevalier dont les codes l'empêchent de répondre aux avances de la jeune, rebelle Alix.
Quelques temps plus tard, Alix est pris en embuscade dans la forêt par une bande de soldats de fortune. Son père vient à son aide mais il est tué. Maintenant, orpheline, l'éducation de Alix est placée dans les mains de Raymond VI, comte de Toulouse et de son épouse Eléonore d'Aragon.
Deux ans plus tard, le 13 Janvier 1208. Pierre-Roger trouve une belle jeune femme à la cour du comte de Toulouse. Alix a grandi, mais Pierre-Roger est venu exhorter le comte de résister aux exigences de légat du pape, Pierre de Castelnau. 
Pierre-Roger déclare enfin son amour pour Alix juste avant l'arrivée du légat ; les deux sont présents lors de sa rencontre avec le comte. Une discussion froide se transforme en une confrontation violente, lorsque le comte exaspéré par les exigences et arrogance de Castelnau essaie de le tuer.
De Castelnau quitte le terrain dans le dégoût, répétant sa menace à l'ex-communiquer le comte et ses partisans. Il donne au comte une dernière chance de se racheter aux yeux du pape lors d'un rendez-vous à l'aube, sur les berges du Rhône, où le légat a jeté le camp.
À l'aube, de Castelnau est sur le point de quitter le comte de Toulouse qui n'est pas arrivé quand il est assassiné par un cavalier masqué.
Assassiner le Pape sert de prétexte pour lancer la croisade contre les Cathares, elle a aussi des conséquences dramatiques pour la vie d'Alix et Pierre-Roger de Cabaret.

Plusieurs sites avaient été retenus pour le tournage initial en Ardèche, Catalogne et dans l'Aude avec Carcassonne et Lastours. Les comédiens pressentis en 1999 donnaient sue l'ampleur à la distribution : Claire Keim, Pierre Vanek, Feodor Atkine, Philippe Volter, Caroline Sihol et Bruno Putzulu. La bande originale avait été confiée à Jordi Savall.

L'arrêt du projet

Quelles sont les raisons pour lesquelles ce film ne se tourna pas en 1999 ? C'était au départ le but de mon appel à M. Lombard. "Nous n'étions pas prêts. C'était trop tôt." J'ai mené de mon côté une petite enquête qui révèle qu'en 1999, une journée de tournage dans la Cité se paie 45.000 francs à la Caisse des Monuments historiques. Si un particulier n'a pas besoin d'autorisation pour garder un souvenir video de la Cité, en revanche toute exploitation commerciale est payante. L'article publié dans la dépêche le 30 septembre 1999 rédigé par l'excellent Dubois-Chabert, révèle qu'une somme exorbitante avait été demandée à la production par la Caisse des Monuments historiques, pour un budget total du film avoisinant les 30 millions de francs. 

Il est dommage que l'état ponctionne autant l'exploitation commerciale d'un film à la Cité, dont les retombées économiques pour Carcassonne en terme d'image sont inestimables. Quand on sait, en plus, que le film sera exploité en Espagne, Allemagne, Belgique... On comprend mieux les raisons pour lesquelles les producteurs vont désormais faire tourner leurs films en Europe de l'est. Ce sont autant de figurants et techniciens qui ne seront pas employés chez nous, sans compter le reste. La gourmandise est un vilain défaut quand elle vous prive du dîner... L'équipe des Visiteurs II "Les couloirs du temps" devait tourner à Carcassonne en 1997 ; faute d'accord avec la ville, elle est allée tourner au château de Castelnau en Dordogne.

2017

M. Yves Lombard m'a assuré vouloir tourner à Carcassonne. La distribution devra être remaniée ; Pierre Vaneck et Philippe Volter ne sont plus de ce monde. Quoi qu'il en soit, lui et son scénariste travaillent actuellement faire de "La main de Dieu", le bras séculier du 7e art.

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12/12/2015

Quatre jeunes Carcassonnais se tuent dans un terrible accident

Carcassonne, ce dimanche 24 juillet 1938 à 12h30, une camionnette de l'entreprise Bezombes conduite par Julien Fernandez, transportant treize jeunes gens, suivait la route Minervoise depuis le Pont rouge en direction de la ville. Ces jeunes , tous membres du Comité des fêtes de la Cité, venaient de chercher du buis pour décorer le bal. Ils avaient, au passage, pris quelques consommations au café. En arrivant à l'écluse de St-Jean, le conducteur, à la suite d'un dérapage, ne put s'engager dans le tournant. Le lourd véhicule arracha le parapet du pont et tomba sur la porte de l'écluse. Dans le choc, plusieurs jeunes furent précipités dans le canal. Ce sont les jeunes Aromi, Barrabès, Berger et Garrida, tous âgés de 17 à 18 ans.

Les pompiers de Carcassonne, avertis aussitôt, arrivèrent immédiatement avec leur matériel et ramenèrent les quatre corps sur la berge. Malgré tous les soins qui leur furent prodigués, les jeunes gens ne purent être ranimés. Ils avaient séjourné trente minutes dans l'eau et portaient de nombreuses blessures. Les neuf survivants, presque tous blessés ou contusionnés, ont été ramenés en ville par des automobilistes de passage. Ils sont soignés à l'hôpital et dans une clinique.

Le docteur Mourgues a procédé aux constatations. M. Morelli, procureur de la République ; le commandant de gendarmerie, M. Goldefy ; MM. Royer, secrétaire général du commissariat de police ; Lespinasse, ingénieur des ponts et chaussées, se sont rendus sur les lieux de l'accident, qui a produit dans toute la ville une très pénible impression. M. le secrétaire de la préfecture de l'Aude, M. Ricard, s'est transporté sur les lieux et auprès des familles pour présenter ses condoléances.

(La dépêche du midi / 25 juillet 1938)

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C'est au niveau du pont de l'écluse de Saint-Jean, sur l'ancienne route Minervoise que l'accident s'est produit. Précisément entre l'écluse du Pont rouge et l'actuel rond point de la rocade est, vers la ville. Ce évènement tragique eut pour conséquence d'annuler des festivités de la Cité en 1938. Elles ne reprirent qu'après la Libération.

 

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Noël Gaillagot qui faisait partie de l'expédition dans la camionnette, se jeta dans l'écluse afin de tenter de secourir ses camarades. Grâce son acte de bravoure, trois d'entre eux furent sauvés. Cet homme que l'on voit ci-dessus en 1990 à l'âge de 72 ans était né le 24 novembre 1917 ; il habitait le quartier de la Pierre blanche. 

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06/11/2015

Notre patrimoine disparu retrouvé aux États-Unis d'Amérique !

Hier, nous vous présentions un article sur le Logis de l'Inquisition, dans lequel une série de cartes postales nous ont permis d'observer la valeur des objets et du mobilier contenus dans l'ancien musée d'Antoine Sarraute, antiquaire à Carcassonne en 1913. La question la plus communément posée était : Que sont devenus ces antiquités ? Cela fait maintenant plus d'un siècle ; il est donc très compliqué de répondre à cette énigme. D'autant plus qu'avec les héritages ainsi que les nombreuses ventes aux enchères, il très improbable de retrouver l'ensemble de ces objets dans les collections privées. La seule lueur d'espoir c'est de les chercher dans des musées nationaux. Avec un peu de chance et beaucoup de perspicacité, l'aiguille apparaît en dehors de la botte de foin...

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Prenons une de cartes postales de l'ancien musée de l'Inquisition. À gauche, dans le fond, vos yeux ne peuvent pas rater le blason sculpté dans la pierre. D'après la légende contenue dans la carte, il s'agit du blason d'Henri II de Montmorency provenant du château de Leucate.

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Agrandissons-le et consultons les armoiries de la famille Montmorency

"D'or à la croix de gueules cantonnée de seize alésions d'azur ordonnés deux à deux"

Pas de doutes, il s'agit bien des armes de cette famille.

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Maintenant regardez ceci... Ne trouvez-vous pas une très grande ressemblance avec le blason vu à Carcassonne en 1913 ? Il est actuellement au Philadelphia Muséum of Art en Pennsylvanie avec la mention suivante :

"Armoiries du Connétable Anne de Montmorency"

Ce relief a été acquis par le musée en 1945 et provient de la collection de George Grey Barnard. S'il n'est pas indiqué que cet objet d'art vient du château de Leucate et à fortiori du magasin d'antiquités d'Antoine Sarraute, la relation est pour le moins troublante. Essayons donc d'en savoir davantage sur George Grey Barnard.

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George grey Barnard

(1863-1938)

Barnard est né à Bellefonte (Pennsylvanie)... Il a fait ses études de sculpture en France pendant douze ans et son oeuvre est très inspirée par Rodin. 

Passionné par l'art médiéval, Barnard acheta en France, chez des antiquaires et des particuliers, des sculptures et fragments architecturaux provenant de quatre monastères – Saint-Michel de Cuxa, Saint-Guilhem le désert, Bonnement en Comminges, Trie-en-Bigorre – vendus comme biens nationaux à la Révolution et démantelés par leurs propriétaires. Le marchand d'art René Gimpel, dira de lui qu'il était absorbé par la fortune, tirée du commerce des oeuvres d'art. On apprend que Barnard avait acheté des reliques médiévales provenant de plusieurs villages français avant la Première guerre mondiale. Sa collection avait été entreposée dans un bâtiment en briques à côté de chez lui à Manhattan (N-Y City). Elle fut rachetée par Rockefeller en 1925 et se trouve en partie au Cloisters du Manhattan Museum of Art.

Conclusion

Nous nous autorisons à penser qu'à 99,9%, le blason du château de Leucate a été acquis par Georges Grey Barnard en 1913 à Antoine Sarraute. Il a dû être ensuite revendu au musée de Philadelphie et fait aujourd'hui partie de ses collections. Ceci doit nous interroger sur les pratiques et les pillages organisés d'oeuvres d'art sur le monuments historiques au XIXe siècle. N'oublions pas que le lien entre archéologue et marchand d'art est encore de nos jours très étroit, même si chaque objet est à priori maintenant référencé dans une base de données.

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