21/09/2016

L'histoire de l'Auberge de Jeunesse de la Cité

En parcourant sur internet les différents sites faisant la promotion de l'Auberge de Jeunesse de Carcassonne, nous nous sommes rendus compte qu'aucun d'entre eux n'en évoquait l'histoire. C'est sûrement parce qu'ils l'ignorent ou qu'ils n'ont pas fait l'effort de se renseigner. Ce blog va donc une nouvelle fois leur rafraîchir la mémoire en espérant que désormais, ils intègreront dans leur communication le passé de cet endroit. 

Les fondateurs historiques

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Robert Shirrmann

En 1895, naît en Allemagne le mouvement des Wandervögel - les oiseaux migrateurs - qui sillonnent la campagne, demandent refuge aux paysans, désirent retrouver le contact avec la terre, l'eau, les forêts. En 1907, un maître d'école allemand, Richard Shirrmann, installe des couchettes dans sa classe pour recevoir des jeunes pendant les congés d'été. Marqué par la Grande guerre, l'instituteur milite en faveur de la paix et oeuvre pour la création d'Auberges de Jeunesse dans d'autres pays.

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Marc Sangnier

(1873-1950)

En France, les Auberges de Jeunesse vont être introduites en 1925 par un militant de grand prestige : Marc Sangnier, journaliste, homme politique Démocrate-Chrétien, fondateur du "Sillon" (Mouvement social chrétien) puis de la Jeune République (Mouvement d'action catholique qui adhéra au Front Populaire contre l'avis du Vatican). La première auberge - l'Epi d'or - il la fonde chez lui à Bierville (Essonne). Deux ans après, il crée la première fédération des Auberges de Jeunesse (LFAJ).

En 1933, les mouvements syndicaux créent le Centre Laïque des Auberges de la Jeunesse (C.L.A.J) dont le président est Paul Grunenbaum-Ballin (1871-1969), vice-président du Conseil d'état. Ce mouvement ne s'entendra pas avec la LFAJ en raison de ses divergences sur la question laïque. Toutefois, les membres sont accueillis indifféremment dans les deux organisations.

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Le mouvement va connaître son plus grand essor en 1936, grâce à Léo Lagrange, Ministre de la Jeunesse et des Sports du Front Populaire.

Le fondateur Carcassonnais

Carcassonne ne restera pas étrangère à l'évolution. En 1935, un professeur de Lycée de la ville, Monsieur Caminade imitant Robert Shirrmann, mit deux pièces de son appartement à la disposition des "ajistes' de passage. C'est ainsi que l'on nomme les usagers des Auberges de Jeunesse. Il faudra attendre 1945 pour que se voit créer l'Auberge de Jeunesse de Carcassonne, à son emplacement actuel dans la Cité médiévale.

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Grâce à Michel Jordy - photographe et directeur de l'Hôtel de la Cité - propriétaire des bâtiments et ancien adjoint au maire du Dr Tomey, qui avait consenti un bail de 30 ans pour un loyer d'un franc mensuel, un groupe de jeunes "ajistes" s'est mit au travail. Sans l'aide des pouvoirs publics, le groupe local a aménagé l'Auberge qui a pu accueillir dans des conditions modestes jusqu'à 80 jeunes à la fois. Les soutiens financiers sont venus plus tard, avec M. Bapt - Directeur départemental de la Jeunesse et des sports; afin d'améliorer les conditions d'hébergement.

A l'expiration du bail en 1975, les successeurs de M. Jordy ont souhaité récupérer leur bien. La municipalité a donc fait l'acquisition du bâtiment et l'a rénové entièrement. La capacité est passée à 200 lits. En 1981, l'auberge de Jeunesse avait reçu 693 personnes. Elle passa à 977 l'année suivante. Les Auberges n'étant pas que des hôtels à bas prix, il fut créé un poste d'animateur permanent occupé par Yvon Gilabert. Le conseil d'administration en 1982 était constitué par : Guy Baron (Président), Joseph Dovetto (Vice-président), Bill Stansfield (Secrétaire) et Edouard Belmas (Trésorier).

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© La dépêche

En 2014, l'Auberge de Jeunesse de Carcassonne idéalement placée au coeur de la Cité médiévale classée à l'UNESCO avait accueilli près de 10 000 personnes. Elle continue à rassembler et à rapprocher dans la fraternité, les hommes et les femmes au-delà de leurs religions et de leurs origines. 

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02/09/2016

Les voitures à la Cité de Carcassonne de 1905 à 1978

Depuis cet été il n'y a plus - en principe - aucun véhicule en stationnement aux pieds des remparts de la Cité médiévale. Voilà une mesure municipale conquise de haute lutte par Jean-François de Mialhe - conseiller municipal en charge de la Cité - que les amoureux et défenseurs du site ne peuvent que saluer. Ce blog qui n'a pas pour habitude de caresser dans le sens du poil, a toute légitimité pour applaudir cette décision. Pour les nostalgiques, il restera les photos et les souvenirs... C'est précisément pour eux que j'ai cherché dans ma boîte à chaussures les meilleurs clichés, d'un temps où les voitures étaient encore admises devant l'entrée de la Porte Narbonnaise.

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La coupe des Pyrénées en 1905 : Départ d'une course automobile faisant étape à Carcassonne. A cette époque, le bruit et les échappements des Torpédos ne gênaient pas les riverains. Au contraire, tout le monde se passionnait pour ces petits bolides dont la vitesse de pointe ne dépassait pas 50 km/h

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Vers 1930, quelques tractions de riches touristes... 

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Oh ! le bel autobus... Un peu tape cul, mais quand même un bon moyen de transport pour visiter la Cité.

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Pendant les années 1950, il semblerait que les mauvaises habitudes commencent à prendre de l'ampleur. On ne résiste pas tout de même devant la beauté de ces véhicules. Ce sont les débuts où les Carcassonnais pouvaient emprunter pour se payer une voiture... Notamment, la 4 cv Renault.

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A ce propos, les concessionnaires n'hésitaient pas à choisir la Cité comme vitrine publicitaire.

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1962... La dolce Vita à la Carcassonnaise. 

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En 1978, c'est l'anarchie...

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04/07/2016

L'auberge du Pont levis de Henri Pautard à Franck Putelat

Nous avons appris la semaine l'acquisition de l'ancienne Auberge du Pont-levis - située à 100 mètres de la Porte Narbonnaise - par le chef étoilé Franck Putelat. La ville de Carcassonne était pourtant sur l'affaire car elle souhaitait y installer l'Office du tourisme, dans le cadre de l'Opération Grand Site. Monsieur Putelat investit à Carcassonne avec bientôt trois établissements : Le Parc, La brasserie des Jacobins et tout dernièrement, l'Auberge du Pont-levis. 

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Le chef Henri Pautard dans son établissement

Arrivé à l'âge de 18 ans à Carcassonne, Henri Pautard a gagné ses galons de cuisinier sur les champs de bataille de la gastronomie locale. Après avoir longtemps travaillé dans le très sélect l'Hôtel Terminus, il achète le Château vert - domaine du XVIIIe siècle au pied de la forteresse - au laitier Henri Combes.

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Le château vert en bas à droite vers 1910

En 1971, après avoir transformé cette vieille bâtisse en restaurant gastronomique, il ouvre à cet endroit l'auberge du Pont-Levis. Pendant 25 ans, la réputation de cet établissement dépassera les frontières du département, mais en 1996 Henri Pautard se décide à raccrocher les casseroles. L'Auberge du Pont-levis devient un musée de maquettes sur le thème du Moyen-âge.

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© L'Indépendant

Après la mort d'Henri Pautard le 14 juin 2011 à l'âge 81 ans, ses enfants décidèrent de transformer le restaurant en hôtellerie de standing, constitué de 12 chambres dont une suite de 30 M2. Les modifications architecturales sont l'oeuvre de Jean-Loup Deldebat, sur les préconisations de l'Architecte des Bâtiments de France.

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© Tripadvisor

L'Hôtel du Pont-levis bénéficie d'une situation exceptionnelle avec vue imprenable sur la Porte Narbonnaise. Gageons qu'il attirera une nouvelle clientèle dont la réputation et les moyens feront résonner notre ville aux quatre coins de la planète. A condition, toutefois, de respecter le cadre historique et la zone non constructible (non ædificandi) autour de son restaurant.

Mise à jour Août 2017

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27/06/2016

Souvenirs de la fête de Saint-Nazaire à la Cité

Aujourd'hui disparue, la fête de Saint-Nazaire - patron de la Cité - tombe le 28 juillet mais on tâchait de la faire coïncider avec le dernier dimanche du mois. Cet évènement réunissait uniquement tous les jeunes originaires de la Cité, à l'exclusion de tout autre groupe constitué. Quand certains d'entre-eux durent partir habiter des villages environnants, ils purent retrouver naturellement leur place au sein de la famille citadine lors de la préparation des fêtes de Saint-Nazaire. 

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Dans les années 60, les jeunes de la Cité se retrouvaient au café Blanc, dans la rue Cros-Mayrevieille, autour d'une partie de cartes ou de dés, en train d'échanger leurs convictions politiques, professionnelles ou sentimentales. La vieille forteresse avec ses huit cents habitants vivait avec l'esprit d'un village très fier de son identité, contrairement à la Ville-basse. Le café Blanc était devenu le quartier général de la jeunesse où se décidaient le samedi soir le programme du week-end. On y trouvait de fervents défenseurs du rugby à XIII, mais aussi à XV sans que cette rivalité sportive ne nuise à l'ambiance de camaraderie. C'est surtout à cet endroit que se préparaient - trois semaines avant - les festivités de la Cité.

Les préparatifs 

L'argent étant le nerf de la guerre, la petite subvention municipale ne suffisait pas à organiser correctement les réjouissances. Alors, après avoir choisi un orchestre, un Tour de table se mettait en route dix jours avant le début des fêtes dans le but de récolter des fonds. Pour ceux qui ignorent ce qu'est un Tour de table, il s'agit de passer dans toutes des maisons au moment du repas afin de proposer un morceau de musique. Le propriétaire est libre de demander ce qu'il veut aux musiciens, qui très souvent jouent d'oreille la partition souhaitée. Il est arrivé à cette époque que l'on entende La Marseillaise ou l'Internationale. 

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Les réunions se tenaient au Pré-haut, situé à la Porte Narbonnaise devant le pont levis. C'est là que se faisaient les préparatifs concernant la décoration, le déguisement et la sortie de l'âne. De Ladern-sur-Lauquet, on ramenait des rameaux de buis pour orner le podium de l'orchestre éclairé grâce aux soins des services municipaux. L'âne servait au "Tour de l'âne" sur lequel prendrait place le dernier marié de l'année, auquel on ferait faire le tour de la Cité selon un rituel bien défini. 

Les repas familiaux

Comme pour toute fête de village, on recevait de la famille. Les femmes préparaient alors des plats traditionnels à cette fête : Pour midi, des escargots ; pour le soir, un cassoulet de haricots roux accompagnés d'un canard. 

"Dès le matin, les maîtresses de maison lavaient les escargots ramassés un ou deux mois avant et qui avaient jeûné depuis ; on leur donnait de temps en temps un peu de farine et du thym pour les parfumer. Le travail de lavage, assez long, consiste à malaxer à grandes poignées les escargots dans les marmites remplies d'eau et de vinaigre pour nettoyer les coquilles et faire baver les animaux. Cette opération avait lieu dans la rue pour faciliter les nombreux rinçages. Ces préliminaires culinaires réunissant les familles bavardes sur les pas de portes, constituaient déjà une partie de la fête. On préparait ensuite une sauce au safran qui devait imprégner toutes les coquilles, on entendait dire : "Cado cagarol deus beure un cop" (chaque escargot doit boire un coup), chacun devait emporter une quantité de sauce, mais par extension on pouvait comprendre qu'il fallait boire un coup après chaque escargot. Il est vrai, le vin et la nourriture tiennent une place importante dans la fête et pour caractériser l'aspect physique coloré des gros buveurs, on disait : "Las restas son rojas" (Les crêtes sont rouges).

(Jacques Khoudir / Travail de maîtrise)

Le début de la fête

Au milieu de l'après-midi, on voit arriver autour de l'âne et au centre des badauds, les visages grimés à l'aide d'un bouchon noirci à la flamme des festejaïres (fêtards). "Soun pla poulits" (Ils sont bien beaux), avec leurs chemises blanches dépareillées - les hommes en femme et les femmes en homme - avec un bonnet sur la tête. Il n'est pas rare d'en voir un avec une culotte de grand-mère. Les meneurs guident la danse et impulsent le rythme. En 1974, l'affaire suspecte de la mort du cardinal Daniélou chez une prostituée donne des idées à l'un d'entre-eux :

" Pour parodier l'affaire, il en prit les apparences et fut escorté par un groupe de jeunes habillés en moines, distribuant aux badauds des rondelles de tomates, en forme d'osties et fortement poivrées, bénissant le public en l'aspergeant à grands coups de goupillon trempé dans un seau hygiénique. Le simulacre de communion et de cérémonie religieuse avait un caractère sexuel marqué d'abord avec les aliments épicés pour solliciter le désir et puis par le besoin de salir au moyen d'aspersions d'immondices symboliquement représentées par le seau hygiénique ; cette cérémonie, répétée tout au long du parcours, interprétait d'une façon satirique et subversive l'actualité."

Le centre de ce groupe déguisé est animé par un âne, sur lequel a pris place le dernier marié de l'année. Affublé d'un costume de cérémonie avec un chapeau haut de forme, il tient une perche au bout de laquelle est fixée une paire de cornes d'où pendent des fruits et légumes : un paire de citrons, des oignons et une aubergine. Cette dernière est appelée dans l'Occitan populaire "Viet d'ase" (Vit d'âne). La virilité se rappelle qu'elle n'est pas à l'abri des épreuves maritales représentées par les cornes du cocu. Il se peut que la femme monte sur l'âne, mais elle sera positionnée tournant le dos au mari en regardant la queue de l'animal. 

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© Paola Bourrel

Tour de l'âne à la Barbacane

"Autrefois, avant la mise en route de ce défilé, les hommes mariés exécutaient une danse particulière, dite des "gabels" (des sarments). Ils avaient confectionné des petits fagots et poussaient l'âne vers la piste de danse du pré-haut. Les enfants qui les précédaient criaient alors : "Aïci los gabels ! Aïci los gabels !" (voici les sarments). C'était un avertissement aux danseurs. Les hommes mariés poursuivaient les jeunes gens et les frappaient de leurs sarments, la place nette, la musique prenait un air à l'usage exclusif des mariés. Les jeunes essayaient de s'introduire clandestinement, mais certains, qui ne dansaient pas faisaient bonne garde, chassant impitoyablement les intrus, on appelait cela la "scena dels labels" (la scène des sarments). Après quoi on formait le cortège.

Le cortège

L'itinéraire allait dans le sens inverse des aiguilles d'une montre : Pré-haut, rue Cros-Mayrevieille, Grand puits, Basilique Saint-Nazaire, rue du plô, école, petit puits, place Marcou, Château comtal, place Marcou. Sur le parcours,  dans le public les touristes sont les victimes... Dans la langue occitane, on les interpelle tout en les arrosant d'eau avec un atomiseur agricole. 

"Une fois un jeune avait fait pourrir un camembert et en offrait à des Américains, qui, devant ce geste généreux et fraternel, se croyaient obligés de paraître enchantés."

A la basilique St-Nazaire, des jeunes montèrent sur le toit et déversèrent de l'eau dans les gargouilles pour surprendre les touristes. A l'école, on faisait une pause pour se rafraîchir alors que place Marcou, une farandole s'organisait. Toute les trois mesures, on s'accroupissait en remontant verticalement plusieurs fois en chantant :

Jules est Hercule

Sébastien musicien

Papa somnambule 

Maman ne fait rien...

Une fois le Tour de l'âne terminé, le bal débutait au pré-haut et se terminait par un Buffoli.

Nous avons rédigé cet article grâce à un travail de maîtrise de 1975 réalisé par Jacques Khoudir sur le carnaval de Carcassonne. Il important de lire sa conclusion ci-dessous...

"On peut se demander si cette fête, qui a conservé fidèlement la tradition, a de l'avenir. Son élément moteur est la jeunesse, or actuellement la population de la Cité diminue et vieillit. On compte huit cents habitants et une moyenne d'âge de cinquante ans. Bien des citadins reviennent animer la fête, mais lorsqu'il n'y aura plus leur famille ni le moyen de copains qui vivent dans la Cité, ce sera fini. D'autre part, il existe un mouvement, amorcé depuis peu, de changement de population : des étrangers à la ville achètent de plus en plus de maisons à l'intérieur de la Cité, ils ne l'habitent que très peu de temps dans l'année et menacent la mentalité citadine de plus en plus minoritaire. Ce phénomène d'immixtion d'étrangers dans le Languedoc, que l'on rencontre dans les Corbières où s'ouvrent énormément de résidences secondaires pendant deux mois d'été, accélère la récession de l'originalité ethnique de notre communauté tout en étant le signe d'alarme de la mort d'une région.

La relève à long terme pour la fête de la Cité apparaît comme mal assurée, déjà certaines activités festives isolées et permanentes s'estompent. Les "tustets" deviennent rares ou très mal acceptés par les victimes qui ne jouent plus leur rôle, seuls les jeunes de huit à douze ans pratiquent ces farces de temps en temps., mais seront-ils encore dans la Cité lorsqu'ils devront organiser la fête ? Verrons-nous peut-être alors une animation mercantile organisée par les commerçants et la municipalité recomposant le folklore pour touristes ? Cela est fort possible, mais pour le moment la fête de la Cité vit."

Le Tour de l'âne est mort

Jacques Khoudir avait vu juste en 1975. En 2012, l'association "Los ciutadins" par la voix d'Antoine Espanol annonce la fin du Tour de l'âne :

"Le 6 septembre 2011, Serge Doumerg est mort subitement. Nous étions sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Traumatisé par cette disparition, on n'a pas fait le tour de l'âne l'an dernier. C'était le début de la fin. Nous sommes une association vieillissante et la Cité n'a plus rien à voir avec le village d'autrefois. Il est de plus en plus difficile de faire quelque chose à la Cité sans gêner les terrasses. Il y avait sans doute autre chose à en faire qu'un centre commercial mais on ne refait pas l'histoire…"

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© La dépêche

Antoine Espanol poursuit la mémoire de cette fête si particulière à travers son blog, riche en anecdotes et en photographies. Je vous conseille d'y jeter un oeil

http://losciutadins.blogspot.fr

Source

Le carnaval de Carcassonne / J. Khoudir / 1975

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26/04/2016

L'ancien château d'eau de la place Marcou dans la Cité médiévale

En 1872, l'architecte communal Léopold Petit fait bâtir au centre de l'actuelle place Marcou située dans la Cité médiévale, un château d'eau de style néogothique. Grâce au maire Théophile Marcou, les habitants de la vieille citadelle peuvent bénéficier de l'eau courante ; elle est acheminée par un système d'adduction d'eau par pompage dans l'Aude.

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© ADA 11

La photographie du château d'eau ci-dessus a été prise par le chanoine Verguet en 1890. Elle montre bien l'ampleur de cet ouvrage qui sera rasé en 1901 afin d'édifier sur son emplacement, l'actuelle fontaine supportant le buste de Marcou - oeuvre du sculpteur Barrau.

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La fontaine après son inauguration en 1901

Les platanes qui aujourd'hui font ombrage sur cette place, n'étaient alors que de petits spécimens...

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04/04/2016

Le séjour (pas très flatteur) du romancier américain Henry Miller à Carcassonne en 1933

Nous savons que le poète Joseph Delteil a rencontré Henry Miller pour la première fois en 1935, grâce à la seconde soeur de sa femme Caroline Dudley. Ainsi pouvions-nous jusque-là rattacher le parcours du romancier américain dans notre ville avec Delteil. Il semblerait cependant - d'après les lettres écrites à Anaïs Nin - que Miller ait pu connaître Carcassonne dès 1933. C'est ce qui ressort des courriers publiés dans l'ouvrage "Correspondance passionnée" édité chez Stock.

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L'écrivaine américano-cubaine Anaïs Nin (1903-1977) sera la maîtresse de nombreux écrivains dont Henry Miller. En mars 1933, après quatre jours de joie passés dans les bras de son amant, Anaïs apparaît dans toute la gloire d’une femme adultère sans scrupule : "Ma seule religion, ma seule philosophie, mon seul dogme, c’est l’amour. Tout le reste, je suis capable de le trahir si la passion me transporte vers un monde nouveau."

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Henry Miller en 1940

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Grand Café Terminus, Carcassonne

Maison la plus réputée de la région

Samedi, 24 juin 1933

"Vous croyez peut-être qu'on voyage pour son plaisir ? Quelle erreur ! Chacun de nous, dans sa propre mesure, est victime de son imagination. Victime résignée, ou heureuse, ou pitoyable..."

Ainsi débute Mon périple d'Elie Faure que j'ai commencé à lire dans le train. Et c'est d'une terrible vérité. Carcassonne ne correspond pas à l'image que je m'en faisais. Il y a des villes qui vous frappent immédiatement, d'autres qui dévoilent leurs charmes, lentement, insidieusement. Mais d'autres encore conservent à jamais l'aspect sous lequel elles vous sont apparues dès l'abord. Je crois que Carcassonne est de celles-là.

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La ville fortifiée (la cité) est belle dans son genre - peut-être une des merveilles du monde, mais elle ne représente qu'une partie minuscule de la ville de Carcassonne -, située à une demi-heure de la gare. Au pied de la cité se trouvent des taudis remplis d'Espagnols abominables. Ça ne peut pas être de vrais Espagnols. Ils représentent les malheurs de la transplantation. Et, pourtant, ça m'a beaucoup ému d'être au milieu d'Espagnols. Je le reconnais au premier coup d'oeil - physiques un peu dégénérés, l'air clochard, mauvais, soupçonneux, malin. (premières impressions !) Les trois quarts des habitants de Carcassonne ont du sang espagnol. Des riches paysans. Mais sans gaieté. Un endroit mort - même ce soir, un samedi ! Tu ne pourrais qu'être déçue en venant ici. Il faut que je trouve un autre endroit - pour nous. Demain, je vais faire du vélo dans les environs, explorer, me renseigner. J'ai trois endroits en tête : Toulouse, Perpignan ou Avignon.

Je ne vois pas d'inconvénient à ce qu'un petit village soit mort - ça paraît normal. Mais quand il y a trente mille habitants et qu'un samedi soir les rues sont désertes, qu'il n'y a pas un seul café avec de la musique, c'est que quelque chose ne va pas. Je serais prêt à séjourner avec toi dans un village de pêcheurs. Mais pas dans une de ces villes de province complètement mortes ! C'est pire que Dijon, même si la campagne autour est plus agréable.

C'est une région qui m'attire. C'est pour moi le Midi. Partout où se trouvent ces Catalans. Partout où il y a ces douces collines, ces arbres sombres, cette terre brune tirant sur le rouge, où tout a l'air vieux, très vieux - cela rappelle César, Hannibal, les druides, les premiers comptoirs grecs, les mythes et le folklore. Cette région est vraiment sacrée...

Et c'est un crime de voir ces grands cafés vides, avec seulement quelques vieux abrutis qui jouent au billard ou aux cartes - et pas une sorte de musique. Ça ne vas pas. Je me souviens d'Arles. Les mêmes gens, la même langue, le même paysage. Mais on sentait une violence contenue. (...)

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Bon - on mange trop ici. Il n'y a pas de restaurants à moins de onze francs. Mais quel repas pour onze francs - service compris. Enorme ! Je n'arrive pas au bout. Un plat suit l'autre - et toujours une demi-bouteille de vin. Cuisinés avec beaucoup d'ail et d'oignon. résultat - une agréable langueur. On se met à errer avec un véritable désir physique - jamais mental. Ça vous met dans un état de rut perpétuel. Alors qu'à Paris tout conspire à vous stimuler mentalement, à vous créer des désirs imaginaires, des passions de l'esprit. Ici, c'est le pain, le ciel, la terre. On bande automatiquement, involontairement. Le vent souffle sur la peau mue et électrifie l'organisme. (La cité fortifiée est d'un intérêt secondaire. On y vend des cartes postales, des souvenirs, etc. Suis retombé dans des rêves littéraires au Moyen-âge.) Cet après-midi en allant à Trèbes, le village le plus proche, à bicyclette, j'ai de nouveau éprouvé ce choc physique. Un village absolument fascinant. Une fascination médiévale. Comme si l'on se promenait dans un conte de fées ? repoussant - et attirant. M'a donné une sensation du passé, que la cité elle-même n'avait pas réussi à me donner. Cette petite ville (Trèbes) est inconnue, sans importance touristique. Mais c'est là qu'est la vraie saveur. J'ai marché dans d'étroites ruelles remplies d'enfants (encore des Espagnols) avec les mères sur le pas de leurs portes, et partout des hurlements stridents, de la musique, des cris, des injures, des ivrognes, de la violence, des rues qui tournent à angle droit, partout une saleté absolue, sinistre, et le tout bouillonnant de vie.

Mais moi, Américain, avec mes beaux habits, je ne pourrais pas y vivre. Ils me tueraient. Ils vous regardent à travers leurs lourdes paupières comme des serpents se dorant au soleil. J'ai adoré ça. Mais je ne pourrais jamais me faire comprendre d'eux. A leurs yeux, je resterais toujours un "riche touriste".

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Henry Miller logea à l'hôtel Bristol

"The City of New York is like an enormous citadel, a modern Carcassonne. Walking between the magnificent skyscrapers one feels the presence on the fringe of a howling, raging mob, a mob with empty bellies, a mob unshaven and in rags." (H. Miller)

Henry Miller reviendra à Carcassonne vingt années plus tard... en 1953.

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