26/04/2016

L'ancien château d'eau de la place Marcou dans la Cité médiévale

En 1872, l'architecte communal Léopold Petit fait bâtir au centre de l'actuelle place Marcou située dans la Cité médiévale, un château d'eau de style néogothique. Grâce au maire Théophile Marcou, les habitants de la vieille citadelle peuvent bénéficier de l'eau courante ; elle est acheminée par un système d'adduction d'eau par pompage dans l'Aude.

Château d'eau bis.jpg

© ADA 11

La photographie du château d'eau ci-dessus a été prise par le chanoine Verguet en 1890. Elle montre bien l'ampleur de cet ouvrage qui sera rasé en 1901 afin d'édifier sur son emplacement, l'actuelle fontaine supportant le buste de Marcou - oeuvre du sculpteur Barrau.

Capture d’écran 2016-04-26 à 10.28.14.png

La fontaine après son inauguration en 1901

Les platanes qui aujourd'hui font ombrage sur cette place, n'étaient alors que de petits spécimens...

_______________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

04/04/2016

Le séjour (pas très flatteur) du romancier américain Henry Miller à Carcassonne en 1933

Nous savons que le poète Joseph Delteil a rencontré Henry Miller pour la première fois en 1935, grâce à la seconde soeur de sa femme Caroline Dudley. Ainsi pouvions-nous jusque-là rattacher le parcours du romancier américain dans notre ville avec Delteil. Il semblerait cependant - d'après les lettres écrites à Anaïs Nin - que Miller ait pu connaître Carcassonne dès 1933. C'est ce qui ressort des courriers publiés dans l'ouvrage "Correspondance passionnée" édité chez Stock.

Capture d’écran 2016-04-04 à 17.40.47.png

L'écrivaine américano-cubaine Anaïs Nin (1903-1977) sera la maîtresse de nombreux écrivains dont Henry Miller. En mars 1933, après quatre jours de joie passés dans les bras de son amant, Anaïs apparaît dans toute la gloire d’une femme adultère sans scrupule : "Ma seule religion, ma seule philosophie, mon seul dogme, c’est l’amour. Tout le reste, je suis capable de le trahir si la passion me transporte vers un monde nouveau."

Henry_Miller_1940.jpg

Henry Miller en 1940

henry miller

Grand Café Terminus, Carcassonne

Maison la plus réputée de la région

Samedi, 24 juin 1933

"Vous croyez peut-être qu'on voyage pour son plaisir ? Quelle erreur ! Chacun de nous, dans sa propre mesure, est victime de son imagination. Victime résignée, ou heureuse, ou pitoyable..."

Ainsi débute Mon périple d'Elie Faure que j'ai commencé à lire dans le train. Et c'est d'une terrible vérité. Carcassonne ne correspond pas à l'image que je m'en faisais. Il y a des villes qui vous frappent immédiatement, d'autres qui dévoilent leurs charmes, lentement, insidieusement. Mais d'autres encore conservent à jamais l'aspect sous lequel elles vous sont apparues dès l'abord. Je crois que Carcassonne est de celles-là.

145953761.jpg

La ville fortifiée (la cité) est belle dans son genre - peut-être une des merveilles du monde, mais elle ne représente qu'une partie minuscule de la ville de Carcassonne -, située à une demi-heure de la gare. Au pied de la cité se trouvent des taudis remplis d'Espagnols abominables. Ça ne peut pas être de vrais Espagnols. Ils représentent les malheurs de la transplantation. Et, pourtant, ça m'a beaucoup ému d'être au milieu d'Espagnols. Je le reconnais au premier coup d'oeil - physiques un peu dégénérés, l'air clochard, mauvais, soupçonneux, malin. (premières impressions !) Les trois quarts des habitants de Carcassonne ont du sang espagnol. Des riches paysans. Mais sans gaieté. Un endroit mort - même ce soir, un samedi ! Tu ne pourrais qu'être déçue en venant ici. Il faut que je trouve un autre endroit - pour nous. Demain, je vais faire du vélo dans les environs, explorer, me renseigner. J'ai trois endroits en tête : Toulouse, Perpignan ou Avignon.

Je ne vois pas d'inconvénient à ce qu'un petit village soit mort - ça paraît normal. Mais quand il y a trente mille habitants et qu'un samedi soir les rues sont désertes, qu'il n'y a pas un seul café avec de la musique, c'est que quelque chose ne va pas. Je serais prêt à séjourner avec toi dans un village de pêcheurs. Mais pas dans une de ces villes de province complètement mortes ! C'est pire que Dijon, même si la campagne autour est plus agréable.

C'est une région qui m'attire. C'est pour moi le Midi. Partout où se trouvent ces Catalans. Partout où il y a ces douces collines, ces arbres sombres, cette terre brune tirant sur le rouge, où tout a l'air vieux, très vieux - cela rappelle César, Hannibal, les druides, les premiers comptoirs grecs, les mythes et le folklore. Cette région est vraiment sacrée...

Et c'est un crime de voir ces grands cafés vides, avec seulement quelques vieux abrutis qui jouent au billard ou aux cartes - et pas une sorte de musique. Ça ne vas pas. Je me souviens d'Arles. Les mêmes gens, la même langue, le même paysage. Mais on sentait une violence contenue. (...)

Capture d’écran 2016-04-04 à 18.40.22.png

Bon - on mange trop ici. Il n'y a pas de restaurants à moins de onze francs. Mais quel repas pour onze francs - service compris. Enorme ! Je n'arrive pas au bout. Un plat suit l'autre - et toujours une demi-bouteille de vin. Cuisinés avec beaucoup d'ail et d'oignon. résultat - une agréable langueur. On se met à errer avec un véritable désir physique - jamais mental. Ça vous met dans un état de rut perpétuel. Alors qu'à Paris tout conspire à vous stimuler mentalement, à vous créer des désirs imaginaires, des passions de l'esprit. Ici, c'est le pain, le ciel, la terre. On bande automatiquement, involontairement. Le vent souffle sur la peau mue et électrifie l'organisme. (La cité fortifiée est d'un intérêt secondaire. On y vend des cartes postales, des souvenirs, etc. Suis retombé dans des rêves littéraires au Moyen-âge.) Cet après-midi en allant à Trèbes, le village le plus proche, à bicyclette, j'ai de nouveau éprouvé ce choc physique. Un village absolument fascinant. Une fascination médiévale. Comme si l'on se promenait dans un conte de fées ? repoussant - et attirant. M'a donné une sensation du passé, que la cité elle-même n'avait pas réussi à me donner. Cette petite ville (Trèbes) est inconnue, sans importance touristique. Mais c'est là qu'est la vraie saveur. J'ai marché dans d'étroites ruelles remplies d'enfants (encore des Espagnols) avec les mères sur le pas de leurs portes, et partout des hurlements stridents, de la musique, des cris, des injures, des ivrognes, de la violence, des rues qui tournent à angle droit, partout une saleté absolue, sinistre, et le tout bouillonnant de vie.

Mais moi, Américain, avec mes beaux habits, je ne pourrais pas y vivre. Ils me tueraient. Ils vous regardent à travers leurs lourdes paupières comme des serpents se dorant au soleil. J'ai adoré ça. Mais je ne pourrais jamais me faire comprendre d'eux. A leurs yeux, je resterais toujours un "riche touriste".

Capture d’écran 2016-04-04 à 18.32.40.png

Henry Miller logea à l'hôtel Bristol

"The City of New York is like an enormous citadel, a modern Carcassonne. Walking between the magnificent skyscrapers one feels the presence on the fringe of a howling, raging mob, a mob with empty bellies, a mob unshaven and in rags." (H. Miller)

Henry Miller reviendra à Carcassonne vingt années plus tard... en 1953.

__________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

18:48 Publié dans La Cité, Livres | Tags : henry miller | Lien permanent | Commentaires (5)

18/03/2016

T.E Lawrence (Lawrence d'Arabie) photographia la Cité en 1908

Thomas Edward Lawrence

(1888-1935) 

dit Lawrence d'Arabie, qui inspira le film du même nom réalisé en 1962 - porté à l'écran par l'acteur Peter O'Toole - photographia la Cité de Carcassonne en 1908. C'était bien avant que l'officier et écrivain britannique - auteur des Sept piliers de la sagesse - ne construise son mythe autour du soulèvement des rebelles arabes contre les Ottomans, qu'il a largement encouragé.

Te_lawrence.jpg

T. E Lawrence

Né en 1888 au Pays de Galles, Lawrence fera ses études au Jesus College d'Oxford. C'est dans cet établissement qu'il se découvre une véritable passion pour l'histoire médiévale. En juillet 1908, à la fin de sa première année à l'université , il entreprend la plus longue balade à vélo de sa vie afin de découvrir en France les forteresses du Moyen-âge. Entre la mi-juillet et début Septembre , il aura effectué quelques 3800 km à travers la France. En moyenne, plus de 80 km par jour, tous les jours.

Au mois d'août 1908, T. E Lawrence fait escale dans la Cité médiévale de Carcassonne restaurée par Viollet-le-duc. Il y trouve le modèle diachronique de la plus importante forteresse : "absolument indescriptible... de toutes les dates : époque romaine, Wisigothe, une splendide tour sarrasine, traces carolingiennes et toute la noblesse du bâtiment médiéval que je n'avais jamais vu, ou attendais de voir."

41Knt-6F53L._SX331_BO1,204,203,200_.jpg

T.E Lawrence écrit à son ami C.F.C Beeson

Carcassonne. I’m not going to describe that : ‘It's impossible, impious to attempt such a thing : go and see it, expecting to find the greatest thing of your life, and you’ll find one many times finer. How on earth has it remained unknown with its memories and its remains, when people flock to a St. Michel or the Tower of London? It is ten thousand times finer than these, or a hundred like them, rolled into one. I have 40 odd photos, which do it sad injustice, but nothing could do it anything else : and there are no guides, no fees, no tips, no beggars, hardly any trippers : 'this is a paradise of a place, unhappily there’s no hotel.

Traduction

Carcassonne . Je ne vais pas décrire cela : « C'est impossible, sacrilège de tenter une telle chose : allez voir, en attendant de trouver la plus grande chose de votre vie, et vous trouverez un grand nombre de fois plus fine. Comment diable est-elle restée inconnue avec ses souvenirs et ses restes, quand les gens affluent vers un Saint-Michel ou la Tour de Londres ? Elle est dix mille fois plus fine que ceux-ci, ou cent comme eux, en un. J'ai 40 photos bizarres, qui font triste injustice, mais rien ne pouvait être autrement : et il n'y a pas de guides, pas de tarifs, pas de conseils, pas de mendiants, presque aucun touriste : «Ce lieu est un paradis, malheureusement, il y a pas d'hôtel .

Les photographies de Carcassonne prises par T.E Lawrence sont conservées au Liddle Hart Centre for Military Archives, Kings College of London

Capture d’écran 2016-03-18 à 09.43.46.png

©telstudies.org

Capture d’écran 2016-03-18 à 09.45.49.png

©telstudies.org

Capture d’écran 2016-03-18 à 09.45.43.png

©telstudies.org

Young TE Lawrence_978-0-393-24266-9.jpg

On pourra lire avec profit cette biographie en langue anglaise signée A. Sattin.

La curiosité n'est pas un vilain défaut si on l'utilise avec sagesse... Que ceux qui m'ont caricaturé en vil polémiste ou archiviste de seconde zone passent pour des imbéciles !

Sources

The young Lawrence (A. Sattin)

The letters of T.E Lawrence / J. Cape / 1938

The authorized biography of Lawrence of Arabia

A prince of our disorder / J.E Mack / 1998

____________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

10:08 Publié dans La Cité, Livres | Tags : t.e lawrence | Lien permanent | Commentaires (1)

21/02/2016

Les fêtes des cadets de Gascogne et du Languedoc, à Carcassonne en 1898

En août 1898, une troupe composée de personnalités de la littérature, de l'art et de la politique entreprit un voyage dans le Midi de la France. "Les cadets de Gascogne" ainsi nommés, honorèrent de leur présence la ville de Carcassonne pendant quatre jours de fêtes à vocation culturelle, du 12 au 15 août.

Capture d’écran 2016-02-07 à 21.12.44.jpg

© Bibliothèque municipale de Lyon

12 août 1898

Les Cadets de Gascogne arrivent le 12 août à 9h20 en gare de Carcassonne et sont accueillis par le membres du Comité des fêtes avec à sa tête le général de la Sougeole. Parmi eux : MM. Maure, de Bordas et Jourdanne (Vice-présidents) ; MM. Auboise, Doinel, le colonel Grillières, Larrousse, Michel Sabatier (présidents des commissions) ; MM. Ambry, Chosset, Esparseil, le commandant Maillé (adjoints) ; M. Dusseau (trésorier) ; MM. Philibert et Jordy (secrétaires). Après un bref discours de M. Faucilhon (1er adjoint au maire), les Cadets placés dans des landaus prirent la direction des boulevards, précédés des musiques du 15e et 100e régiment.

Capture d’écran 2016-02-21 à 14.16.50.png

Une fois arrivés à l'hôtel de ville, Maurice Sarraut fit remarquer que la grande salle de la mairie datant de 1618, tombait presque en ruine et fut remise rapidement dans un état presque convenable pour les accueillir. Dans l'assistance, on remarquait MM. Jules Sauzède (Maire), Georges Leygues (président du Comité des Cadets), Goujon (directeur des Beaux-arts), le général Mansuy (commandant la brigade de cavalerie).

13 août 1898

A 10 heures du matin, on procède dans le péristyle du musée des Beaux-arts à l'inauguration du buste de Jacques Gamelin posé sur son piédestal. M. Alboize - directeur du journal "L'artiste" - remet le monument  à la ville au nom du Comité. Le voile qui couvre l'oeuvre tombe et dévoile la magnifique sculpture. Un tonnerre d'applaudissement se fait entendre accompagné de "Vive Falguière". 

Capture d’écran 2016-02-21 à 14.27.07.png

Ce buste en bronze dessiné par Alexandre Falguière (Premier Grand prix de Rome en 1859) a été fondu par Thiébaut frères, fondeurs à Paris. Cet été il se trouvait encore dans un coin sombre du péristyle du Musée des Beaux-arts de Carcassonne, noyé sous la poussière et les toiles d'araignées. Gageons qu'un meilleur sort lui a été réservé depuis... Il n'est après tout que recensé dans le catalogue des biens nationaux.

Falguière-Gamelin.jpg

© Wikipedia 

M. Roujon retrace alors la carrière du célèbre peintre Carcassonnais 

"Gamelin passa sa vie loin de Paris. A part un rapide séjour qu'il y fit au temps de sa jeunesse, il partagea son existence entre Rome, qu'il habita plusieurs années, et quelques villes du Midi. Or, au siècle dernier déjà, comme de nos jours, vous le savez, il n'était pas de renommées que celles que Paris avait consacrées. Cette consécration manque à Gamelin. Près d'un siècle s'est écoulé depuis sa mort, et sa notoriété ne s'est point élargie ; elle n'a pas dépassé les limites restreintes de la région où il a vécu, où ses oeuvres cependant son disséminées à profusion dans les églises, les musées, les collections privées - sans y être, faut-il l'avouer ? toujours estimées à leur mérite. Par-delà nos provinces méridionales on ignore jusqu'à son nom !

Et pourtant Gamelin fut un peintre de race, un artiste dont l'originalité, par ses côtés caractéristiques, défie tout rapprochement, toute comparaison avec aucun autre artiste de son époque. Non pas que son art ne soit bien de son temps, qu'il répudie aucune des formules, qu'il s'affranchisse de toute tradition, mais à mesure que sa personnalité va se dégageant, un don d'observation très sagace, une imagination ardente, un tempérament fougueux se révèlent en lui ; un maître s'affirme fièrement." 

lauge NB1.jpg

© Coll. Mario Ferrisi

A. Rouquet, A. Laugé, J. Auboise et A. Astre

La cérémonie s'acheva par la déclamation d'un poème d'Armand Silvestre par Mounet-Sully, intitulé "Ô terre de Gascogne" et la remise de décorations. M. Roujon décerna au nom de M. Bourgeois - Ministre de l'instruction publique - les Palmes d'officier d'Académie à MM. Journet (Membre de la Société des Arts de Limoux), Achille Mir (Félibre) et Achille Rouquet (Directeur de la Revue Méridionale). Le peintre Achille Laugé les reçut des mains de son professeur, M. Jean-Paul Laurens.

Capture d’écran 2016-02-21 à 16.12.02.png

© Bibliothèque municipale de Toulouse

Dans un écrin-photo en guise d'album souvenir des fêtes de Gascogne et du Languedoc, se trouve la reproduction d'un tableau d'Achille Laugé et une ode de Maurice Sarraut à la Cité.

Les Cadets se rendirent ensuite à l'intérieur du musée afin de visiter l'exposition de tableaux de Jacques Gamelin.

A la cité 

A 5 heures de l'après-midi à la Basilique Saint-Nazaire, le chanoine Gasc souhaita la bienvenue aux Cadets. Jane Ediat interpréta l'Ave Maria de Cherubini et l'air du Messie de Haendel accompagné à l'orgue par M. Baichère. La Maîtrise paroissiale, dirigée par l'abbé Falcou chanta des airs languedociens.

Tout le long de la journée de nombreux concerts se succédèrent dans la ville. Une retraite aux flambeaux amena les Cadets jusqu'au square Gambetta, où l'on entendit "Le Miéjoun".

Vidal.jpg

Paul Vidal

(1863-1931)

Il s'agit d'une cantate composée par Paul Vidal, chef d'orchestre de l'opéra de Paris. Une rue de Toulouse près de la place St-Georges porte le nom de ce musicien oublié. L'oeuvre fut dirigée par M. Escaffre - maître de chapelle de l'église Saint-Vincent - et jouée par l'Harmonie vocale et l'orchestre de Carcassonne. 

14 août 1898

Au milieu d'une grande foule d'étrangers, près de 200 convives participèrent au banquet dressé dans le jardin de l'ancien évêché à la Cité. 

Menu

Beurre des vacheries de Messire

Sardines des mers narbonnaises.

Hachis de porc des Cévennes

---

Loup marin de la grande mer de Taprobane

---

Cassoulet féodal de la Cioutat

---

Alésions au cresson de la Barbacane

---

Bombe Grégeoise Trencavel

---

Poires albigeoises

Biscuits en fouaces Roger Bernard

Châteaux en pâtisserie de Gascogne

---

Limons du bon pays de Razès

Grand hydromel mousseux du messire Michel Sabatier

Elixir noir. Fine champagne des Trouvères

Liqueurs de la vicomtesse Michelinede l'antique Cité

 

Le Banquet s'acheva à 2h12 de l'après-midi par un cortège historique dans les rues de la Ville basse. Cette reconstitution historique n'aurait pas été possible sans le concours de M. Doinel, archiviste départemental.

15 août 1898

La dernière soirée de ces fêtes fut consacrée au tout premier feu d'artifice lancé depuis les remparts de la  vieille ville.

Capture d’écran 2016-02-21 à 16.03.48.png

Après une nouvelle retraite aux flambeaux, à 9h34 du soir l'embrasement de la Cité enthousiasma les 2000 personnes qui s'était massées pour l'apercevoir, suivant l'ordre suivant :

1. Salve de 25 marrons d'air

2. Embrasement de l'enceinte extérieure

3. Tir de 50 bombes et de 210 fusées diverses

4. Salve de 25 marrons d'air

5. Embrasement des deux enceintes et de St-Nazaire

6. Grand bouquet de 300 chandelles romaines lançant 4000 globes de couleurs variées

7. Tir de 300 marrons d'air

Capture d’écran 2016-02-21 à 15.52.48.png

Les Cadets et les invités purent y assister depuis l'emplacement réservé à l'extrémité de la rue du 24 février, près du cimetière St-Michel. La réussite totale du spectacle pyrotechnique est due à la Maison Floutier de Toulouse. La difficulté de l'opération consistait surtout dans le développement de plus d'un kilomètre des parties embrasées.

laurens.jpg

© Bibliothèque municipale de Lyon

Lithographie de J-P Laurens

"La ville de Carcassonne en a retiré déjà et en retirera encore dans l'avenir un bénéfice sérieux, non seulement au point de vue matériel, mais encore à un point de vue plus élevé, car elle aura désormais toute dans toute la France le renom d'une cité accueillante et hospitalière, éprise d'art et de poésie, possédant dans son sein ce monument unique en son genre, cet inestimable joyau, qui faisait hier dire à Chincholle : "Le monde entier pourrait venir ici y apprendre quelque chose, puisque l'antique cité est la seule ville du moyen-âge restée complète, intacte entre ses murs si caractéristiques."

(L'express du Midi)

Comme vous ne l'ignorez pas, à Carcassonne tout se finit avec des polémiques. Les années passent, les moeurs demeurent...

"M. Esparseil, à propos du fascicule de la Revue Méridionale consacré aux fêtes de gascogne, s'élève avec vigueur contre une assertion de cette revue qui, nous dit-il, attribue à M. Rouquet, son directeur, le mérite d'avoir imaginé, ou, comme on l'a dit, "enfanté" le bel embrasement de la Cité, triomphale clôture de ce réjouissances artistiques. Il revendique cet honneur pour notre confrère, M. le colonel Grillières. Ce dernier associe à son propre nom celui de M. Esparseil son collaborateur laborieux et méritant."

(Revue des Pyrénées et de la France méridionale / 1898)

"Au sujet de l'embrasement de la Cité, M. Poux demande quel en a été le promoteur ? M. Sivade rappelant ses souvenirs relatifs aux fêtes des Cadets de Gascogne qui eurent lieu en 1898 et auxquelles il prit une part active, dit que M. Bouffet alors ingénieur en chef des Ponts et Chaussées et le colonel de génie en retraite, Grillières, alors président des la Société des Arts et des Sciences, doivent être regardés comme étant les promoteurs du premier embrasement qui eut un succès des plus retentissants. M. Sivade ajoute qu'il y assista avec la Comité des fêtes.

(Mémoires de la Société des Arts et Sciences de Carcassonne)

_________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

12/02/2016

La légende Carcassonnaise de la fontaine de Charlemagne

Les chroniqueurs et les actes du XIIIe siècle évoquent la fontaine de Charlemagne, selon Jean-Pierre Cros-Mayrevieille. Dans son ouvrage "Histoire du Comté et de la Vicomté de Carcassonne" publié en 1846, il cite en référence une source contenue dans les archives de la Bibliothèque Royale (Registe Saint-Louis / p.106). Pour autant, il indique que les exploits de Charlemagne à Carcassonne ne sont "qu'un tissu de faits romanesques et invraisemblables". Il semblerait donc que cette légende se soit transformée au fil des siècles en vérité historique grâce à l'appui de certains ouvrages. Prenons en exemple "Histoire des comtes de Carcassonne" écrit sous la plume de Guillaume Besse en 1645. Le chapitre dix-septième, intitulé Naissance de la fontaine de Charlemagne", relate des faits à la gloire de l'Empereur à la barbe fleurie :

charlemagne.jpg

"Le siège que l'Empereur aurait disposé devant Carcassonne était de ceux-là, et quelques grand nombre de Sarrasins qui vinrent en diverses rencontres jusques au bord de ses retranchemens, leur entreprise ne fut jamais suivie que de la mort ou de la fuite ; en sorte que de la grande tuerie que les chrétiens en firent une  fois au chemin qui va de Carcassonne à Béziers, où est de présent une croix dite la Croix de Berriac, le lieu fut depuis appelé Matoloufiux, tue Juifs. Et, depuis les passages de Potem Colobranum, appelé présentement le Pont d'Oignon ou autrement la Garde Rolland, et celui du Pech Alaric, ayant été soigneusement et courageusement défendus aux infidèles, il s'aduisèrent enfin de faire empoisonner les eaux d'alentour de Carcassonne, ce qui leur réussi si bien que les gens de l'Empereur s'en trouvèrent incommodés à l'extrême, tant de l'eau d'Aude que des fontaines et des ruisseaux, et cela faillit à consumer et détruire toute l'armée.

Mais par la divine providence la chose découverte par le saint Empereur, il la lance, et la fichant en terre éleva les yeux au Ciel qu'il conjura du profond coeur de vouloir assister de ses grâces, et en même temps, ô miracle ! on vit abondamment couler de l'eau claire comme de l'argent, du même lieu où il tenait la lance fichée, et qui fut suffisante depuis de faire subsister son armée.

Cette belle et cristalline source qui sans avoir jamais tary que l'on sache, a coulé et coule journellement ses eaux assez prez des murs de notre ville, est celle-là même que nous appelons la, fontaine de Charlemagne, qui est le nom qu'on luy donna dez le moment de la miraculeuse naissance, et qu'elle doit conserver éternellement.

P1050606.JPG

© Henri Alaux

Cette source se trouve sur l'ancien domaine de Charlemagne qui abrite désormais le lycée agricole du même nom.

"En juin 1992, les élèves entreprirent sous la direction de leurs professeurs, un travail consistant à aménager en contrebas de l'emplacement de la source d'origine un petit amphithéâtre en pierres sèches au centre duquel une nouvelle source jaillit et coule dans un ancien abreuvoir." (Henri Alaux / Carcassonne, quartiers et faubourgs au fil du temps / 2002)

Toujours selon H. Alaux, cette source a été exploitée en 1913 par MM. Molinier et Sentenac, patrons d'une petite entreprise de glaces. L'idée leur vint de distribuer l'eau de la fontaine décrite comme "absolument saine et pure, stérilisée aux rayons extra-violets avec possibilité de la rendre gazeuse." L'analyse effectuée le 23 mai 1913 qualifia cette eau "de médiocre qualité au point de vue chimique, mais de bonne qualité au point de vue bactériologique." L'eau fut quand même vendue à 0,25 francs le litre.

pont-de-mai-la-cite-fait-le-plein-de-touristes_305924_516x343.jpg

© Christophe Barreau / L'indépendant

Il est étonnant que nos commerçants de la Cité si prompts à vendre d'ordinaire légendes et catharisme de foire, n'aient jamais pensé - telle l'eau de Lourdes - à proposer aux touristes crédules, ce breuvage aux vertus lucratives. Les voilà avertis ; ils n'ont plus aucune raison de passer à côté.

____________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

10:22 Publié dans La Cité | Tags : fontaine | Lien permanent | Commentaires (4)

13/01/2016

L'âge d'or de l'hôtel de la Cité en photographies

Oui ! il y eut un âge d'or pour le plus prestigieux établissement hôtelier de Carcassonne. Une époque où les princes et les vedettes du cinéma international s'arrêtaient à Carcassonne pour visiter son joyau médiéval. Elles ont laissé leur immortalité dans la signature du livre d'or que l'hôtel conserve précieusement. Il reste quelques photographies que je suis allé rechercher chez les rares témoins de cette époque ; les vrais acteurs ne sont plus de ce monde. Il faut partager cette mémoire pour montrer que Carcassonne n'a pas toujours été ce qu'elle est maintenant ; c'est-à-dire une ville sans âme dans laquelle la culture du déclin l'emporte sur celle de l'esprit et du progrès. Dans les années 50-60, Carcassonne n'était pas plus riche qu'aujourd'hui, mais elle exploitait avec soin ce qui faisait sa renommée chez les grands de ce monde :

L'hôtel de la Cité

258_001.jpg

Les hôtes de marque sortaient dans ce petit village entouré de tours séculaires. Il y avait un bureau de poste, un boulanger, un épicier et bien sûr des marchands de souvenirs. On retrouvait ces stars de cinéma chez l'antiquaire Sarraute qui savait vendre sa Cité, bien mieux que n'importe quel agent touristique actuel. Pour sûr, ils sont tous formés de la même manière... Ces habitants, la Cité, ils l'avaient reçu dans l'ADN dès leur naissance. Quant à la langue anglaise ? Ils s'en débrouillaient en baratinant et le touriste faisait le reste du chemin. Cet hôtel de légende constituait à lui seul la locomotive économique de la Cité, car ceux qui y logeait se promenaient avec de gros dollars en poche. 

Pierre Decaux et Albert Roos copie.jpg

"Gamin ,nous tenions nos assises devant le pont levis ,je me souviens d'avoir vu trois voitures américaines dont les numéros d'immatriculation se suivaient ; la premiere avec les parents et le chauffeur, la deuxieme avec les enfnats et le chauffeur et la troisieme avec les bagages et le chauffeur. Beaucoup de clients américains venaient, mais lorsque De Gaulle a bouté l'américain hors de france (americans go home) la clientele a disparu et a commencé le declin de l'hôtel. Nous allions le soir dans la petite rue où se trouvaient les cuisines humer les bonnes odeurs des plats concoctés par les cuisiniers. Je ne pensais jamais pouvoir pénétrer en tant que client dans l'hôtel et un jour, c'est arrivé : quel bonheur ! Le chef cuisinier (RION) a qui j'ai raconté mon histoire m'a accompagné aux cuisines pour une visite. Bien sûr nous avons connu tous les personnels de l'hôtel M. Lasserre directeur, M. Decaux Marcel l'homme de confiance, M. Cadène chauffeur officiel, Billion chef cuisinier lyonnais, et Oscar Roos bagagiste ... les femmes de la Cité allaient le temps de la saison y travailler, soit dans les chambres, soit à la buanderie située sous l'actuel Bar à vins." (Jean-Claude Loupia)

Albert Roos. Cadene copie.jpg

Albert Roos et M. Cadène

Parmi les grands de ce monde a avoir séjourné à l'hôtel de la Cité, notons : Walt Disney, Winston Churchill, Paul Valéry, Élisabeth II d'Angleterre, Gary Cooper, Kipling, le prince Rainier de Monaco, Edith Piaf, le comte de Paris, le roi d'Albanie, Fernandel, etc...

Colette

(Écrivain)

006.jpg

Après tant d'hôtels, enfin ! Un chez moi !

colette.jpg

 

Sacha Guitry

(auteur dramatique)

005.jpg

10 août 1932

052.jpg

 

François Mauriac

(Écrivain)

François Mauriac.jpg

 

James Stewart

(Acteur américain)

002 copie.jpg

Avec son épouse dans le hall de l'hôtel en 1939

 

Le duc de Windsor

(Edouard VIII d'Angleterre)

Le duc de Windsor copie.jpg

Le roi d'Angleterre avec ses chiens devant l'hôtel

"Madame Pueyo, une figure citadine connue, se souvient d'un anglais distingué se promenant dans la Cité avec une jeune femme fort élégante, qui s'arrêta pour admirer les roses de son jardin : Vous avez de bien belles roses !, dit l'anglais dans un très bon français. Je vais vous en donner une ! répondit-elle avec la chaleur et l'empressement qu'on lui connaît.

Puis avec curiosité...

Mon Dieu, monsieur, comme vous ressemblez au roi d'Angleterre !

Le monsieur sourit tandis qu'elle tendait à la dame une rose fraîchement coupée. Madame Pueyo apprit le lendemain que le duc de Windsor séjournait à l'hôtel de la Cité avec Wallis Simpson. Le duc de Windsor a laissé un grand souvenir. Il entendait être traité comme les autres clients. La courtoisie n'excluait tout de même pas, une nombreuse domesticité."

007.jpg

Le livre d'or

 

Maurice Chevalier

(Chanteur)

Maurice Chevalier.jpg

26 août 1953

684734909.jpg

 

Grace Kelly

(Princesse de Monaco)

img042.jpg

Son époux le prince Rainier, était venu le 6 juillet 1954

009.jpg

Juillet 1961

 

Alain Delon

(Acteur)

Alain Delon et Pierre Decaux copie.jpg

Place Saint-Nazaire

 

Tino Rossi

(Chanteur)

Tino Rossi copie.jpg

30 juin 1973

4248143477.jpg

Hôtel de la cité 2.jpg

"Le comte de Barcelone lorsqu'il arrivait, louait une aile entière (côté église) et se déplaçait avec plusieurs femmes de chambres plantureuses à souhait. Certains avaient des exigences particulières. Boulay Hassan, le père du roi du Maroc Hassan II, avait refusé de prendre ses repas dans de la vaisselle ayant déjà servi, et il avait fallu acheter à la hâte des casseroles en terre. D'autres enfin arrivaient avec leurs draps de lit. L'art de la discrétion consistait à satisfaire toutes les demandes."

À lire

L'hôtel de la Cité / B. Vaissière / Liber Mirabilis

______________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2016