26/06/2014

Des nouvelles de la Villa de la Gestapo...

J'ai attendu quelques mois pour prendre contact avec la nouvelle majorité municipale en place depuis mars dernier, pour évoquer le devenir de la Villa de la Gestapo, sise 67 avenue Roosevelt. Chacun sait, le travail que j'ai mené pour qu'elle ne soit pas rasée et, in fine, pour la mémoire des martyrs du nazisme. Jean-Claude Pérez, député-maire de Carcassonne, avait alors décidé d'en faire une maison pour les associations des droits de l'homme. La ville devait la racheter au prix des domaines à Habitat Audois pour moins de 100 000 euros et la remettre progressivement en état sur quatre ans, pour un coût total avoisinant les 400 000 euros. Il avait été envisagé pour faire baisser la facture de confier la restauration à un chantier d'insertion. D'autres pistes n'ont pas été explorées pour soutenir financièrement ce projet, comme par exemple, une subvention de la Communauté Européenne. Quoi qu'il en soit, la pérennisation de cette bâtisse historique passera selon moi, par son inscription à l'inventaire des monuments historiques. Il faudra se battre pour faire admettre à la DRAC qu'au-delà de son aspect architectural quelconque, doit être pris en compte l'intérêt mémorial du lieu. Chacun connaît désormais mon opiniâtreté et mon engagement, mais je n'ai pas le pouvoir de décision. C'est donc tout l'enjeu du rendez-vous que m'a accordé à ma demande, Isabelle Chésa (adjointe à l'urbanisme et au patrimoine) pour le 15 juillet prochain.

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Il ne se passe plus rien sur le chantier de la Villa de la Gestapo depuis des mois. C'est-à-dire depuis que le parc a été d'abord sondé, pour savoir s'il ne contenait pas un charnier. Ce sondage réalisé par l'INRAP n'a débouché sur rien, mais la prescription dut se faire sur un petit périmètre et sur 30 cm de profondeur. Les travaux sur le fond de la parcelle pour la construction de logements sociaux n'ont pas démarré. Notons que pendant ce temps, la maison continue lentement à agoniser...

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15/10/2013

Maison de la Gestapo: La presse allemande écrit un article!

En fin de semaine dernière, la Deutsche Presse Agentur (Agence de presse allemande) a rédigé un article sur la sauvegarde de la villa de la Gestapo de Carcassonne et sa transformation en maison dédiée aux associations des droits de l'homme. Elle est entrée en contact avec moi et s'est largement appuyée sur les articles de ce blog pour élaborer son papier. S'il y a bien une chose que je regrette du côté français, c'est que l'on n'a jamais cité (hormis, la presse locale) tout le travail de recherche et d'investigation mené par "Musique et patrimoine de Carcassonne". Sans cela, où en serions-nous aujourd'hui?

Vous trouverez ci-dessous l'article en langue allemande et sa traduction française

«Haus der Gestapo»: Französische Gemeinde will Erinnerung bewahren

Von Carolin Küter, dpa


In ganz Frankreich erinnern die «Häuser der Gestapo» an die Verbrechen der Nationalsozialisten - so auch im südfranzösischen Carcassonne. Das Gebäude in der Kleinstadt ist zur Ruine verfallen - ein Blogger konnte es vor dem Abriss retten.

   Paris (dpa) - Fréderique Richard (Name geändert) war noch ein Teenager, als die Gestapo sein Zuhause in Beschlag nahm. Zu Zeiten der Besatzung durch die Nationalsozialisten klopften zwei schwarzgekleidete Männer an die Tür seines Elternhauses - binnen 48 Stunden musste die Familie ihr Haus im südfranzösischen Carcassonne verlassen. Die Deutschen nutzten das Gebäude von 1942 bis 1944, bis zur Befreiung Carcassones. Sie folterten dort unter anderem Widerstandskämpfer aus Spanien und aus der Region.

   Martial Andrieu hat die Berichte von Zeitzeugen wie Fréderique Richard mit Hilfe der Anwohner gesammelt und auf seinem Blog «Musique et Patrimoine de Carcassonne» veröffentlicht. «Einige Zeitzeugen schreiben, dass sie regelmäßig Schreie aus dem Gebäude hörten», sagt der Sänger und Lyriker.

   Andrieu veröffentlichte diese Erinnerungen nicht zufällig im Laufe der vergangenen Monate. Denn im Sommer stand das in Carcassonne als «Haus der Gestapo» bekannte Gebäude kurz vor dem Abriss. Die Wohnungsbaugesellschaft, der das Gelände bisher gehört, wollte dort Sozialwohnungen errichten. «Als ich das Schild mit der Ankündigung für die Bauarbeiten gesehen habe, habe ich rot gesehen», sagt Andrieu. «Denn die Geschichte des Hauses wirft nicht nur ein Licht auf die Verbrechen der Nazis, sondern auch auf die der Kollaborateure.»

   1944 wurden 29 französische Unterstützer der Deutschen in Carcassone festgenommen, wie Andrieu in seinem Blog unter Berufung auf ein regionales Archiv schreibt. Gegen den elsässischen Übersetzer der deutschen Besatzer verhängte ein Gericht die Todesstrafe.

   Um den Abriss des «Haus der Gestapo» zu verhindern, wandte sich Andrieu an die Gemeinde Carcassonne und die Regierung der Region. Doch erst die Mobilisierung der Bürger durch die Veröffentlichung der Zeugenaussagen brachte die Stadt nach Einschätzung des 42-Jährigen zum Handeln. Die Gemeinde will das marode Gebäude nun kaufen und es so vor dem Abriss retten.

   «Wir stehen derzeit in Verhandlungen», bestätigt eine Mitarbeiterin. «Wir sind sehr zuversichtlich, dass es zu einem Verkauf kommt.» Nach einer Renovierung sollen hier lokale Menschenrechtsorganisationen einziehen. Nicht nur Andrieu, auch die Leiterin des des regionalen Archivs freut sich darüber. «Das Haus der Gestapo ist ein symbolischer Ort», sagt Sylvie Caucanas.

   Insgesamt 175 sogenannte «Häuser der Gestapo» gibt es laut Recherchen der französischen Journalistin Dominique Sigaud in ganz Frankreich. Die Geheimpolizei und der Sicherheitsdienst errichteten darin ihre Büros und nutzten sie, um von dort aus Juden zu verfolgen oder Widerstandskämpfer zu verhören und zu foltern.

   Die Villa in Carcassonne wurde vom Sicherheitsdienst genutzt. Nach der Befreiung der Stadt im August 1944 konnten die alten Besitzer in das Haus zurückkehren, wie es in Fréderique Richards Bericht heißt. «Als wir zurückkehrten, standen die gefüllten Teller noch auf dem Tisch», schreibt er. «Als ob die Deutschen keine Zeit gehabt hätten, ihre Mahlzeit zu beenden."


Traduction française


" Maison de la Gestapo"une commune française veut qu'on se souvienne

Dans toute la France les "maisons de la Gestapo" rappellent les crimes perpétrés par les Nazis- comme c'est le cas dans la ville de Carcassonne au sud de la France. Le bâtiment de la petite ville est tombé en ruine- un bloggeur l'a sauvé de la destruction.

Paris (dpa)- Frédérique Richard (nom modifié pour préserver le témoin) était encore adolescent lorsque la Gestapo a réquisitionné sa maison. A l'époque de l'occupation nazie deux hommes en noir ont frappé à la porte de la maison de ses parents- dans les 48 heures la famille devait quitter leur maison située à Carcassonne, ville du sud de la France. Les Allemands ont utilisé le bâtiment de 1942 à 1944, jusqu'à la libération de Carcassonne. Ils ont alors torturé entre autres des résistants d'Espagne et de la région.

Martial Andrieu a recueilli  avec l'aide des riverains le témoignage d'anciens qu'il a publié sur son blog "Musique et Patrimoine de Carcassonne"." Certains témoins écrivent, qu'ils entendaient régulièrement des cris venant de ce bâtiment" dit le chanteur lyrique.

Ce n'est pas par hasard que Mr Andrieu a publié ces derniers mois ces souvenirs. En effet cet été ce bâtiment de Carcassonne appelé "maison de la Gestapo" était voué à la démolition. L'office du logement auquel appartenait jusqu'alors ce bâtiment voulait y construire des logements sociaux. "Lorsque j'ai vu le panneau indiquant les travaux de construction, j'ai vu rouge" dit Mr Andrieu. "Car l'histoire de cette maison met en lumière non seulement les crimes des nazis mais aussi ceux des collabo."

En 1944, 29 collaborateurs français ont été fait prisonniers, comme le raconte Mr Andrieu sur son blog , archive régionale à l'appui. Le traducteur alsacien de l'occupant allemand a été condamné à mort.

"Nous sommes à présent au stade des négociations" dit une collaboratrice. "Nous sommes très optimistes à l'idée que le bâtiment soit vendu." Après rénovation devrait s'installer à cet endroit des organisations pour les Droits de l'Homme. Mr Andrieu mais aussi la directrice des archives régionales s'en réjouissent. "La maison de la Gestapo est un lieu symbolique" dit Sylvie Caucanas.

D'après les recherches de la journaliste française Dominique Sigaud, on dénombre en tout 175 "maisons de la Gestapo" dans toute la France. La Police Secrète et le Service de Sécurité (SD) y avaient établi leurs bureaux et s'en servaient pour traquer les Juifs ou comme salles d'interrogatoire et de torture de résistants.

La villa de Carcassonne servait au Service de Sécurité (SD). Après la libération de la ville en août 1944 les anciens occupants ont pu regagner leur maison, comme le décrit Frédérique Richard dans son témoignage. "Lorsque nous sommes revenus, il y avait des assiettes encore pleines sur la table" écrit-il. "Comme si les allemands n'avaient pas eu le temps de terminer leur repas."

Merci à F. Duroure pour sa traduction

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11/10/2013

1943-1944: La vérité par les chiffres

Puisque de nombreuses personnes s'interrogent à juste titre de savoir pour quelles raisons a t-on cherché à éluder le passé de la maison de la Gestapo depuis 1944, nous avons choisi simplement de faire sortir les chiffres. Ceux-ci parlent sans laisser de noms, mais témoignent d'une réalité peu flatteuse pour notre ville et notre département que certains auraient intérêt à vouloir étouffer. A la lecture de ses chiffres recueillis de source sûre, il appartiendra à chacun de les commenter... ou pas.

Amis de la légion des combattants et de la révolution nationale

Carcassonne en 1943:

827

Nombre de signataires du registre de condoléances de Philippe Henriot

Aude juillet 1944:

1060

Miliciens arrêtés en septembre

Aude 1944

77

Collaborateurs arrêtés

Carcassonne 1944

29

Personnes internées à la prison de Carcassonne

21 août 1944 au 19 novembre 1944

700 environ

Audois frappés d'indignité nationale

1945

600 environ

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10/10/2013

Maison de la Gestapo: Il faut un classement comme monument historique!

Une fois la satisfaction passée d'avoir été entendu, non sans mal, sur la nécessité de sauvegarder l'ancienne maison de la Gestapo, on pouvait croire que j'allais me contenter de cette annonce. Or, il n'en est rien puisqu'il nous reste un travail essentiel à accomplir. Il nous faut obtenir l'inscription ou le classement de cette bâtisse, à l'inventaire supplémentaire des Monument historiques. Pourquoi?  Le citoyen éclairé qui s'est battu contre vents et marées pour le résultat que l'on connaît maintenant, ne lâchera pas l'affaire. Les décideurs se sont bien gardés d'annoncer sur les ondes télévisuelles et radiophoniques en juin dernier qu'ils avaient délivré un permis pour raser cette maison. Aujourd'hui, la vie politique a repris ses droits et chacun y va de son Credo, la larme à l’œil et à coup de communiqués, cherchant presque à faire oublier qui est à l'origine du résultat obtenu. Il me semble que cela n'est pas très honnête, surtout quand rien n'est vraiment acquis. Eh! oui... Toute la problématique est là!

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Qu'adviendra t-il de ce bâtiment s'il n'est pas classé, après les échéances électorales de 2014? Je ne remets surtout pas en cause la bonne foi, ni l'engagement du premier magistrat de la ville sur ce dossier. Sa décision est excellente. Toutefois, je connais fort bien les politiciens pour les avoir tous fréquentés de près... Plusieurs hypothèses négatives me viennent à l'esprit:

– La municipalité change de majorité et J-C Pérez est battu. Les nouveaux possédants de l'Hôtel de ville ne seront pas tenus par les promesses de l'ancien maire. Dans le cas où ils changeraient de vue sur la destination de cette maison, ils pourraient la laisser pourrir encore davantage puis décider de la raser. L'argument tout trouvé serait que sa réhabilitation coûterait trop cher à la commune.

– J-C Pérez est réélu mais est contraint par la loi sur le cumul des mandats de se démettre au profit de son mandat de député. Un nouveau maire socialiste est alors désigné. Que fera t-il?

– J-C Pérez est réélu. Le budget de la ville de Carcassonne est de plus en plus exsangue. On est obligé de le destiner en priorité au fonctionnement et non à l'investissement communal. On n'a pas pu faire débloquer des fonds européens, départementaux et régionaux pour alléger le coût revenant à la ville pour la restauration de la maison. Le projet est alors mis en attente et fait murer les ouvertures du bâtiment pour des raisons de sécurité.

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Je connais qu'un seul moyen pour palier à ces pires scénarios:

Le classement de l'ancienne maison de la Gestapo comme Monument historique!

Il a au moins deux avantages. Celui qu'empêcher durablement sa destruction et celui de pouvoir récolter des subventions de l'état pour sa réhabilitation.

Selon le maire de Carcassonne que j'ai interrogé sur le sujet, la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) n'est pas très chaude. Ce serait incompréhensible aujourd'hui que la ville de Carcassonne avec l'annonce d'un projet si ambitieux sur le plan symbolique, n'exige pas un classement. Ce serait se couper de subsides en pièces sonnantes et trébuchantes...

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"A l'instar de cette demande, je souhaite que ce dossier puisse être instruit en vue de son inscription du titre des Monuments historiques. J'émets dès à présent un avis très favorable."

(J-M Huertas / Architecte du SDAP/ 19 août 209)

Pourquoi donc la DRAC n'a t-elle pas tenu compte de ce courrier en date du 19 août 2009, envoyé par M. Huertas (Architecte des Bâtiments de France) à ses services? Il demande le classement de cette maison en raison de son caractère historique, tout simplement. On a balayé d'un revers de main, la prescription d'un architecte d'état!

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07/10/2013

En bref...

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Samedi 12 octobre 2013 : l'Association des Amis de la Ville et de la Cité de Carcassonne vous propose une promenade inédite commentée par Jacques Blanco, consacrée à l'alimentation en eau de la Cité depuis la deuxième moitié du 19e siècle. Puits, fontaines, citernes, captages et prises d'eau dans l'Aude, vous allez tout savoir sur ce problème crucial qui concerne depuis toujours la vie quotidienne des habitants de la Cité.
L'occasion unique de découvrir le patrimoine de la Cité sous un angle inédit.

Rendez-vous
jardin Pierre et Maria Sire, sous le Pont Vieux. Départ:14h30
Se munir de bonnes chaussures, car ascension de la Porte D’Aude.

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Plusieurs amoureux du patrimoine se sont émus lors de l'inauguration de l'exposition "Les contours d'un détour, ou comment le canal évita Carcassonne de 1681 à 1810", présentée par le CAUE en collaboration avec le Centre des Monuments Nationaux au Château comtal de la cité, qu'il n'ait été fait aucune citation à Luce et Francis Teisseire pendant les discours. Pourtant, si l'on en croit ces mêmes passionnés les travaux présentés sont largement empruntés à ces deux humbles chercheurs.

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Luce et Francis Teisseire

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Ceux qui se pâment et qui dressent les petits-fours ne devraient pas oublier les chevilles ouvrières, sans lesquelles ils ne pourraient pas faire grand chose...

Exposition sur le Canal du midi

Cité de Carcassonne (château comtal)

Tous les jours de 9h30 à 17h

jusqu'au 31 décembre 2013

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Le figuier qui avait grandi dans le Pont vieux a été coupé par les services municipaux. Il risquait de mettre en péril l'équilibre des pierres taillées à cet endroit. Nous espérons qu'il est définitivement mis hors d'état de nuire...

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La dépêche a consacré hier, à son tour, un très bel article concernant la nouvelle destination de l'ancienne villa de la Gestapo. Je pense que Carcassonne peut s'enorgueillir d'avoir su conserver ce triste témoin d'une terrible époque, là où d'autres villes l'ont rasé. Bien sûr, ce n'est pas pour glorifier les actes ignobles d'une idéologie barbare mais pour dire à nos enfants: "Ne laissez plus commettre de telles ignominies!"

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L'indépendant, hier

Si bien sûr, je suis à l'initiative de cette demande dans laquelle je me suis senti encore une fois bien peu soutenu au départ, il est indispensable que je remercie ceux et celles qui m'ont apporté leurs conseils indéfectibles.

Pablo Iglesias, Christine Zajderman, Marie-Chantal Ferriol, Madame Plessis-Garric, Jacques Blanco

S'il convient de remercier Jean-Claude Pérez pour la sage décision qu'il a prise, je n'oublie pas son adjointe à l'urbanisme, Tamara Rivel.

Dans vingt ans peut-être... Ma fille passera devant cette maison et dira à son enfant: "Tu vois, c'est grâce à papy que ce lieu est encore debout". Ce jour-là, j'aurai gagné mon salaire...

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18/09/2013

Maison de la Gestapo: Le procès d'Oskar Schiffner

Le 18 mars 1953 se tient au Tribunal militaire de Bordeaux, le procès d'Oskar Schiffner, redoutable agent du SD (organe de la Gestapo) de Carcassonne. Ce n'est donc que dix ans après la libération que s'ouvre l'instruction à charge contre ce criminel nazi, accusé d'avoir torturé et assassiné des résistants audois. Ce délai ne plaide pas en faveur de l'accusation; la défense, assurée par Maître de Caunes et son frère, va tenter de l'utiliser afin d'enfumer un peu le dossier. Seuls les faits directement imputables à Schiffner seront jugés, pas deux de l'ensemble des services de la Gestapo carcassonnaise.

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Oskar Schiffner (1909-?) né à Hof en Allemagne

Le groupe des maquisards espagnols

Michel Karner

Ce monteur-ajusteur de Carcassonne, membre de la Résistance, s'avance à la barre. Il est de nationalité allemande, malgré ses séjours en Espagne et en France. Le 20 janvier 1944, il fut arrêté dans les rues de Carcassonne par la Feldgendarmerie avec deux autres compagnons de lutte. Amenés à la caserne Laperrine, ils furent sauvagement maltraités avec un traitement spécial pour Karner. Ce témoin raconte:

J'étais porteur de tracts. On m'a demandé aussitôt de les traduire en allemand. Arrivé au mot "Boche", qui figurait sur une phrase, je fus prié d'en donner le sens exact. J'ai alors déclaré que je ne le savais pas exactement, mais que dans le jargon espagnol cette appellation correspondait à celle de "fou". Inutile de dire comment cette réponse fut accueillie. J'eus la mâchoire cassée, une clavicule fracturée. Je crachais encore le sang, un an après mon retour de déportation. Schiffner a certes participé à mon arrestation, mais il n'était pas là quand je fus maltraité à la caserne Laperrine. Personnellement, il n'est donc pas responsable. Mais j'estime qu'il l'est pour beaucoup dans les mauvais traitements qui me furent infligés par ses compatriotes.

Michel Karner évoque également le souvenir de son compagnon de résistance, Louis Blazy, commissaire spécial, déporté et exécuté par les allemands au moment de la débâcle.

Si des déportations ont eu lieu, ajoute Schiffner, je les ignorais. Elles ont nécessairement été le résultat d'ordres supérieurs qui ne me furent pas communiqués à moi, petit fonctionnaire de police.

Thomas Martin

Il reconnaît parfaitement Schiffner qui dit-il, était présent lors de son interrogatoire, route de Toulouse.

J'étais saoulé de coups. Je ne puis savoir qui me frappais (à la caserne Laperrine, NDLR). Mais au siège de la Gestapo, où je n'eus droit qu'à des bourrades, Schiffner m'interrogeait et m'envoya quelques coups.

L'accusé déclare alors ne pas reconnaître les témoins et assure ne pas les avoir interrogés. Thomas Martin, avant de se retirer, rend hommage à la mémoire de M. Pavi, Ingénieur des Ponts et Chaussées, pour son exemple émouvant de patriotisme.

Miguel Amantegui

Cet homme faisait partie d'un groupe de guérilleros espagnols arrêtés le 25 mai 1944, avec notamment Escuriola et Almagro (morts en déportation). Schiffner nie! Il était selon lui en permission en Allemagne. Les archives de Hof ayant été bombardées, nulle preuve ne pourra être apportée. Ces affirmations seront démenties par Jean Pech, inspecteur de police, qui réussit à enlever Jean Pijuan des mains de la Gestapo.

Appartenant à la police française, j'ai pu obtenir que Schiffner me remettre ce patriote, qui avait le dos marqué par la flagellation qu'on venait de lui infliger. Je n'ai pas assisté à la scène mais j'ai vu Schiffner sortir de la maison (Rte de Toulouse. NDLR) d'où les cris s'échappaient. Il avait un nerf de bœuf à la main.

On lit alors la déposition du témoin qui, actuellement à Cuba ne pouvait pas se déplacer à l'audience.

J'ai été tellement battu que je crachais le sang (Route de Toulouse, NDLR). Quand je m'évanouissais, ces brutes me lançaient des seaux d'eau froide sur le corps. Après quoi Eckfelner et Schiffner me roulèrent à coup de pied dans l'escalier.

Miralès

Ne pouvant pas se déplacer, il a fourni un certificat médical. On lit sa déposition dans laquelle il affirme avoir été pendu par les pieds. L'accusé affirme à nouveau qu'il était en Allemagne auprès de sa mère malade. La défense, elle, tente de démontrer qu'il était impossible de pendre quelqu'un par les pieds dans les locaux de la Gestapo, route de Toulouse.

Le maquis de Villebazy

Auguste Pons, habitant Belpech, affirme avoir été arrêté le 23 juillet 1944 par Oskar Schiffner et René Bach. Il reconnaît l'accusé et raconte se souffrances.

Il m'a pendu par les pieds pendant une bonne demi-heure et, pour me faire parler, il me plantait des aiguilles dans les reins. Je fus certes libéré le 19 août 1944, lors du départ des Allemands, mais j'étais tellement abîmé que l'on m'a fait bénéficier d'une pension.

Schiffner se défend et calomnie:

Ce monsieur ne dit pas la vérité. Il s'est rendu de son plein gré aux troupes allemandes et, quand nous l'avons interrogé, il n'a fait aucune difficulté pour nous donner les noms des chefs de la résistance de la région.

Jamais je n'ai fait une chose pareille, rétorque Auguste Pons scandalisé. On avait un pauvre blessé que le chef m'avait confié, après m'avoir dit "Sauve qui peut". Je n'étais que cuistot mais je n'ai rien dit.

Je vous assure que ces aveux ont été spontanés, renchérit Schiffner

Le commissaire du gouvernement rappelle à l'ordre la défense qui soutient un accusé qui diffame un témoin

L'exécution d'Edmond Agnel

Le maire de Trassanel fut exécuté par les nazis lors du massacre des troupes résistantes de ce maquis, le 22 avril 1944. La présence de l'accusé est mise en cause dans cette triste expédition. La défense présente alors de soi-disant documents provenant du chancelier Adenauer, innocentant l'accusé. L'audition du commissaire de police Cortez qui a interrogé Bach sur cette affaire lors de son procès, n'apporte rien de nouveau.

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René Bach à son procès en 1945

Bach ayant déclaré qu'il avait agi sur ordre de son supérieur. Laurent Durand, entrepreneur de maçonnerie à Villeneuve-Minervois, était responsable du maquis de Fournes où il fut arrêté. Il déclare:

Agnel participait au ravitaillement du maquis. Mais il n'avait pas d'armes chez lui lorsqu'il a été arrêté. Il a vu la corde sur l'arbre pour le pendre. Elle cassa au premier essai et Agnel s'écria: "Je ne suis pas mort" (Agnel a été exécuté par balles ensuite. NDLR)

Le président s'adressa alors à lui: Reconnaissez-vous l'accusé ici présent comme ayant participé aux faits?"

Oui, je le reconnais. C'est un des trois hommes qui dirigeait l'opération... Pour moi, c'est l'assassin.

L'arrivée de la veuve d'Edmond Agnel, en larmes à la barre et demandant justice, jeta l'émoi dans la salle du tribunal.

Fournes

Juliette Busqué, dont le fils a été arrêté et ne revint pas des camps de la mort témoigna. Pour elle, pas de doute, c'est bien Schiffner qui a arrêté son enfant. Mlle Magniet, dont le frère subit le même sort:

Je le reconnais et lui aussi, dit-elle en le fixant du regard

Tout à tour Théophile Rieussec et Alfred Cosinie sont formels

Le maquis de Rodier

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Lors de cette triste journée du 23 mai 1944, Auguste, le fils de Marius Cathala âgé de 19 ans fut exécuté par les Allemands et la ferme incendiée. Il témoigne:

Ils sont venus me demander où était le maquis. Ils ont ordonné à mon fils de les conduire au Rodier. C'était une ferme abandonnée au milieu du bois.

Julien Boulbes, ancien maire de Monjardin, puis M. Rovira racontent. Ce dernier explique comment son camarade Ballester a été assassiné au cours de l'expédition par Bach et Schiffner. L'accusé aurait donné le coup de grâce.

Baudrigue

Les résistants détenus de la prison de Carcassonne dont Ramond, Bringer et Roquefort furent amenés au château de Baudrigue sur la commune de Roullens. Là, les Allemands les firent sauter sur le dépôt de munitions. On ne retrouva presque rien de leurs corps. L'accusation met en évidence la seule responsabilité de Schiffner, puisque son chef Eckfelner était parti de Carcassonne.

L'audition du Dr Delteil

Le Dr Delteil arrive dans le prétoire alors qu'il purge une peine de prison à Carcassonne pour escroquerie à la sécurité sociale. Il déclare à ce sujet:

Je paie actuellement par de la prison, une fâcheuse erreur comptable de ma secrétaire. C'est normal car un chef est responsable des fautes de ses employés. C'est la rançon du "galon"

Le commissaire du gouvernement demande au témoin comment fut fait, le 19 août 1944, le choix des hommes qui furent conduits au Baudrigue (Malgré son arrestation en même temps que les autres résistants, seul le Dr Delteil fut libéré et échappa à la mort. NDLR).

Bach m'a dit que quand Eckfelner était parti, il avait laissé l'ordre à Schiffner de faire fusiller "l'échelon trois" qui comprenait ceux qui avait été pris les armes à la main ou dans une action contre les Allemands. Ramond, ajoute t-il, a été condamné par Schlutter. 

Quel a été le rôle de Schiffner dans votre libération?

Si je n'étais pas condamné à mort, comme me la dit Sclutter, Schiffner n'a rien fait. Si vraiment j'étais condamné à mort, Schiffner a joué un rôle. Il avait été touché par une amie de ma femme. Le 29 août, vers une heure et demi, il est arrivé à la prison pour nous rendre nos papiers. Il nous a confirmé que nous allions être libérés. Je lui ai dit: "Où sont les autres?" Il m'a répondu en français: "Ils sont partis ce matin". Comme il avait été gentil avec ma femme et lui avait permis de venir me voir, je lui ai dit: "Où allez vous?" Il m'a répondu, je ne sais pas. Je lui ai demandé ma carte de visite et je lui ai dit, si vous ne pouvez pas passer venez chez moi, je vous ferai remettre aux autorités militaires régulières.

Donc Schiffner était le chef de la Gestapo ce jour-là?

Oui

Les parents d'Aimé Ramond

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Aimé Ramond

La mère et le père de l'officier de police exécuté sur le dépôt de munitions de Baudrigue s'avance. Elle porte le deuil de son fils et tient dans sa main tremblante une mallette qu'elle a peine à ouvrir. Elle sort un pantalon et un veston déchiqueté qu'elle pose sur la rampe. D'une petite boîte pieusement gardée elle exhibe des morceaux d'os d'une omoplate, deux ou trois molaires encore collées à la mâchoire. Tout ce qui a été retrouvé de son fils sur les lieux du crime. D'un doigt vengeur, elle désigne le monstre, le fixe droit dans les yeux et d'une voix brisée, coupée de sanglots, s'écrie:

C'est lui qui a arrêté mon fils, je le sais. Je demande justice. Il ne mérite pas le pardon.

Le verdict

Oskar Schiffner est condamné le 23 mars 1953 à la peine de Travaux forcés à perpétuité. Le décret de 1960 remplacera les peines de travaux forcés en réclusion à perpétuité. Nous ne savons pas quand ce criminel nazi a été libéré, ni ce qu'il est advenu de lui.

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Source:

Midi-Libre, L'indépendant, Sud-Ouest

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