18/09/2013

Maison de la Gestapo: Le procès d'Oskar Schiffner

Le 18 mars 1953 se tient au Tribunal militaire de Bordeaux, le procès d'Oskar Schiffner, redoutable agent du SD (organe de la Gestapo) de Carcassonne. Ce n'est donc que dix ans après la libération que s'ouvre l'instruction à charge contre ce criminel nazi, accusé d'avoir torturé et assassiné des résistants audois. Ce délai ne plaide pas en faveur de l'accusation; la défense, assurée par Maître de Caunes et son frère, va tenter de l'utiliser afin d'enfumer un peu le dossier. Seuls les faits directement imputables à Schiffner seront jugés, pas deux de l'ensemble des services de la Gestapo carcassonnaise.

schiffner.jpg

Oskar Schiffner (1909-?) né à Hof en Allemagne

Le groupe des maquisards espagnols

Michel Karner

Ce monteur-ajusteur de Carcassonne, membre de la Résistance, s'avance à la barre. Il est de nationalité allemande, malgré ses séjours en Espagne et en France. Le 20 janvier 1944, il fut arrêté dans les rues de Carcassonne par la Feldgendarmerie avec deux autres compagnons de lutte. Amenés à la caserne Laperrine, ils furent sauvagement maltraités avec un traitement spécial pour Karner. Ce témoin raconte:

J'étais porteur de tracts. On m'a demandé aussitôt de les traduire en allemand. Arrivé au mot "Boche", qui figurait sur une phrase, je fus prié d'en donner le sens exact. J'ai alors déclaré que je ne le savais pas exactement, mais que dans le jargon espagnol cette appellation correspondait à celle de "fou". Inutile de dire comment cette réponse fut accueillie. J'eus la mâchoire cassée, une clavicule fracturée. Je crachais encore le sang, un an après mon retour de déportation. Schiffner a certes participé à mon arrestation, mais il n'était pas là quand je fus maltraité à la caserne Laperrine. Personnellement, il n'est donc pas responsable. Mais j'estime qu'il l'est pour beaucoup dans les mauvais traitements qui me furent infligés par ses compatriotes.

Michel Karner évoque également le souvenir de son compagnon de résistance, Louis Blazy, commissaire spécial, déporté et exécuté par les allemands au moment de la débâcle.

Si des déportations ont eu lieu, ajoute Schiffner, je les ignorais. Elles ont nécessairement été le résultat d'ordres supérieurs qui ne me furent pas communiqués à moi, petit fonctionnaire de police.

Thomas Martin

Il reconnaît parfaitement Schiffner qui dit-il, était présent lors de son interrogatoire, route de Toulouse.

J'étais saoulé de coups. Je ne puis savoir qui me frappais (à la caserne Laperrine, NDLR). Mais au siège de la Gestapo, où je n'eus droit qu'à des bourrades, Schiffner m'interrogeait et m'envoya quelques coups.

L'accusé déclare alors ne pas reconnaître les témoins et assure ne pas les avoir interrogés. Thomas Martin, avant de se retirer, rend hommage à la mémoire de M. Pavi, Ingénieur des Ponts et Chaussées, pour son exemple émouvant de patriotisme.

Miguel Amantegui

Cet homme faisait partie d'un groupe de guérilleros espagnols arrêtés le 25 mai 1944, avec notamment Escuriola et Almagro (morts en déportation). Schiffner nie! Il était selon lui en permission en Allemagne. Les archives de Hof ayant été bombardées, nulle preuve ne pourra être apportée. Ces affirmations seront démenties par Jean Pech, inspecteur de police, qui réussit à enlever Jean Pijuan des mains de la Gestapo.

Appartenant à la police française, j'ai pu obtenir que Schiffner me remettre ce patriote, qui avait le dos marqué par la flagellation qu'on venait de lui infliger. Je n'ai pas assisté à la scène mais j'ai vu Schiffner sortir de la maison (Rte de Toulouse. NDLR) d'où les cris s'échappaient. Il avait un nerf de bœuf à la main.

On lit alors la déposition du témoin qui, actuellement à Cuba ne pouvait pas se déplacer à l'audience.

J'ai été tellement battu que je crachais le sang (Route de Toulouse, NDLR). Quand je m'évanouissais, ces brutes me lançaient des seaux d'eau froide sur le corps. Après quoi Eckfelner et Schiffner me roulèrent à coup de pied dans l'escalier.

Miralès

Ne pouvant pas se déplacer, il a fourni un certificat médical. On lit sa déposition dans laquelle il affirme avoir été pendu par les pieds. L'accusé affirme à nouveau qu'il était en Allemagne auprès de sa mère malade. La défense, elle, tente de démontrer qu'il était impossible de pendre quelqu'un par les pieds dans les locaux de la Gestapo, route de Toulouse.

Le maquis de Villebazy

Auguste Pons, habitant Belpech, affirme avoir été arrêté le 23 juillet 1944 par Oskar Schiffner et René Bach. Il reconnaît l'accusé et raconte se souffrances.

Il m'a pendu par les pieds pendant une bonne demi-heure et, pour me faire parler, il me plantait des aiguilles dans les reins. Je fus certes libéré le 19 août 1944, lors du départ des Allemands, mais j'étais tellement abîmé que l'on m'a fait bénéficier d'une pension.

Schiffner se défend et calomnie:

Ce monsieur ne dit pas la vérité. Il s'est rendu de son plein gré aux troupes allemandes et, quand nous l'avons interrogé, il n'a fait aucune difficulté pour nous donner les noms des chefs de la résistance de la région.

Jamais je n'ai fait une chose pareille, rétorque Auguste Pons scandalisé. On avait un pauvre blessé que le chef m'avait confié, après m'avoir dit "Sauve qui peut". Je n'étais que cuistot mais je n'ai rien dit.

Je vous assure que ces aveux ont été spontanés, renchérit Schiffner

Le commissaire du gouvernement rappelle à l'ordre la défense qui soutient un accusé qui diffame un témoin

L'exécution d'Edmond Agnel

Le maire de Trassanel fut exécuté par les nazis lors du massacre des troupes résistantes de ce maquis, le 22 avril 1944. La présence de l'accusé est mise en cause dans cette triste expédition. La défense présente alors de soi-disant documents provenant du chancelier Adenauer, innocentant l'accusé. L'audition du commissaire de police Cortez qui a interrogé Bach sur cette affaire lors de son procès, n'apporte rien de nouveau.

René Bach.JPG

René Bach à son procès en 1945

Bach ayant déclaré qu'il avait agi sur ordre de son supérieur. Laurent Durand, entrepreneur de maçonnerie à Villeneuve-Minervois, était responsable du maquis de Fournes où il fut arrêté. Il déclare:

Agnel participait au ravitaillement du maquis. Mais il n'avait pas d'armes chez lui lorsqu'il a été arrêté. Il a vu la corde sur l'arbre pour le pendre. Elle cassa au premier essai et Agnel s'écria: "Je ne suis pas mort" (Agnel a été exécuté par balles ensuite. NDLR)

Le président s'adressa alors à lui: Reconnaissez-vous l'accusé ici présent comme ayant participé aux faits?"

Oui, je le reconnais. C'est un des trois hommes qui dirigeait l'opération... Pour moi, c'est l'assassin.

L'arrivée de la veuve d'Edmond Agnel, en larmes à la barre et demandant justice, jeta l'émoi dans la salle du tribunal.

Fournes

Juliette Busqué, dont le fils a été arrêté et ne revint pas des camps de la mort témoigna. Pour elle, pas de doute, c'est bien Schiffner qui a arrêté son enfant. Mlle Magniet, dont le frère subit le même sort:

Je le reconnais et lui aussi, dit-elle en le fixant du regard

Tout à tour Théophile Rieussec et Alfred Cosinie sont formels

Le maquis de Rodier

Auguste.jpg

 

Lors de cette triste journée du 23 mai 1944, Auguste, le fils de Marius Cathala âgé de 19 ans fut exécuté par les Allemands et la ferme incendiée. Il témoigne:

Ils sont venus me demander où était le maquis. Ils ont ordonné à mon fils de les conduire au Rodier. C'était une ferme abandonnée au milieu du bois.

Julien Boulbes, ancien maire de Monjardin, puis M. Rovira racontent. Ce dernier explique comment son camarade Ballester a été assassiné au cours de l'expédition par Bach et Schiffner. L'accusé aurait donné le coup de grâce.

Baudrigue

Les résistants détenus de la prison de Carcassonne dont Ramond, Bringer et Roquefort furent amenés au château de Baudrigue sur la commune de Roullens. Là, les Allemands les firent sauter sur le dépôt de munitions. On ne retrouva presque rien de leurs corps. L'accusation met en évidence la seule responsabilité de Schiffner, puisque son chef Eckfelner était parti de Carcassonne.

L'audition du Dr Delteil

Le Dr Delteil arrive dans le prétoire alors qu'il purge une peine de prison à Carcassonne pour escroquerie à la sécurité sociale. Il déclare à ce sujet:

Je paie actuellement par de la prison, une fâcheuse erreur comptable de ma secrétaire. C'est normal car un chef est responsable des fautes de ses employés. C'est la rançon du "galon"

Le commissaire du gouvernement demande au témoin comment fut fait, le 19 août 1944, le choix des hommes qui furent conduits au Baudrigue (Malgré son arrestation en même temps que les autres résistants, seul le Dr Delteil fut libéré et échappa à la mort. NDLR).

Bach m'a dit que quand Eckfelner était parti, il avait laissé l'ordre à Schiffner de faire fusiller "l'échelon trois" qui comprenait ceux qui avait été pris les armes à la main ou dans une action contre les Allemands. Ramond, ajoute t-il, a été condamné par Schlutter. 

Quel a été le rôle de Schiffner dans votre libération?

Si je n'étais pas condamné à mort, comme me la dit Sclutter, Schiffner n'a rien fait. Si vraiment j'étais condamné à mort, Schiffner a joué un rôle. Il avait été touché par une amie de ma femme. Le 29 août, vers une heure et demi, il est arrivé à la prison pour nous rendre nos papiers. Il nous a confirmé que nous allions être libérés. Je lui ai dit: "Où sont les autres?" Il m'a répondu en français: "Ils sont partis ce matin". Comme il avait été gentil avec ma femme et lui avait permis de venir me voir, je lui ai dit: "Où allez vous?" Il m'a répondu, je ne sais pas. Je lui ai demandé ma carte de visite et je lui ai dit, si vous ne pouvez pas passer venez chez moi, je vous ferai remettre aux autorités militaires régulières.

Donc Schiffner était le chef de la Gestapo ce jour-là?

Oui

Les parents d'Aimé Ramond

Aimé_Ramond_26.jpg

Aimé Ramond

La mère et le père de l'officier de police exécuté sur le dépôt de munitions de Baudrigue s'avance. Elle porte le deuil de son fils et tient dans sa main tremblante une mallette qu'elle a peine à ouvrir. Elle sort un pantalon et un veston déchiqueté qu'elle pose sur la rampe. D'une petite boîte pieusement gardée elle exhibe des morceaux d'os d'une omoplate, deux ou trois molaires encore collées à la mâchoire. Tout ce qui a été retrouvé de son fils sur les lieux du crime. D'un doigt vengeur, elle désigne le monstre, le fixe droit dans les yeux et d'une voix brisée, coupée de sanglots, s'écrie:

C'est lui qui a arrêté mon fils, je le sais. Je demande justice. Il ne mérite pas le pardon.

Le verdict

Oskar Schiffner est condamné le 23 mars 1953 à la peine de Travaux forcés à perpétuité. Le décret de 1960 remplacera les peines de travaux forcés en réclusion à perpétuité. Nous ne savons pas quand ce criminel nazi a été libéré, ni ce qu'il est advenu de lui.

__________________________

Source:

Midi-Libre, L'indépendant, Sud-Ouest

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2013


11/08/2013

Maison de la Gestapo: Le silence des associations de combattants

Lorsque je m'interrogeais sur le profond silence des associations d'anciens combattants ou de déportés de l'Aude, au sujet de la destruction programmée de la Maison occupée par la Gestapo route de Toulouse, je reçus un article de presse de 2004. Il a été publié dans la dépêche à Villeneuve sur Lot (47). A sa lecture, on se doute que l'unification des mouvements de résistance s'est arrêtée après la libération. Chacun le sien, chacun son idée politique. Là, où les associations carcassonnaises se fourvoient c'est que dans la maison de la route de Toulouse, il n'y a pas eu que des républicains espagnols torturés. Nous parlerons bientôt d'Aimé Ramond qui y fut interné et interrogé par Bach et ses sbires.

Interdits de mourir «pour la France»

Domence Serveto-Bertran et Jaume Serot-Bernat. Deux noms, sans rien autour. Au milieu des dix «Morts pour la France», ces deux noms sont restés nus. Les républicains espagnols, dont près de 80 000 auraient traversé le département durant la guerre, n'ont pas droit aux honneurs. Et lorsqu'ils accomplissent aux côtés des résistants français des actes héroïques, les uns sont décorés, les autres, ignorés.

En février 1944, lors de la révolte d'Eysses, les nombreux Espagnols prisonniers prennent part, comme les autres, au soulèvement. Comme les autres, ils subissent les représailles allemandes. Et finalement, deux Catalans figurent parmi les douze fusillés. Domence Serveto et Jaume Serot sont morts pour la France. Mais la France leur refuse ses honneurs. Question de principe.

«En principe, les étrangers n'ont pas le droit à la mention de «Mort pour la France», explique-t-on au bureau des mentions du ministère de la Défense, sauf s'ils sont engagés à titre étrangers dans l'armée française... Dans l'état actuel des choses, ces personnes ne peuvent pas obtenir la mention».

Domence Serveto et Jaume Serot ont résisté. Ils ont été fusillés. Pourquoi cette différence ? Sur le point d'éditer un ouvrage sur les douze fusillés, l'amicale des anciens d'Eysses a découvert il y a peu cette injustice. «Pour moi, qu'ils soient espagnols, français ou chinois, il n'y a pas de différence. Ce sont tous des anciens d'Eysses» explique avec émotion le secrétaire général de l'amicale, Jules Bloch. Aujourd'hui, il cherche à contacter les familles, qui doivent déposer une demande auprès du ministère de la Défense.

La mairie de Villeneuve souhaite également engager une procédure visant à réparer cet oubli. Tout comme l'association pour la mémoire des réfugiés républicains espagnols. «Nous nous battons depuis des années pour que soit reconnu le rôle des guerrilleros dans la Résistance » explique Jean Morente, président d'AMORE 47. Le 17 juillet, l'association de résistants ANACR47, avec AMORE 47, organise à Damazan, une journée en hommage aux guerrilleros et Républicains espagnols afin d'honorer, autant que faire se peut, ceux qui se sont battus pour un pays qui n'était pas le leur et ont donné une leçon de solidarité bien plus porteuse de sens que tous les beaux discours sur la construction européenne. (Sandrine Morel)

____________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2013

 

06/08/2013

Maison de la Gestapo: Témoignage de l'ancienne propriétaire

Sans vraiment les chercher, les témoignages sur cette demeure ayant abrité la Gestapo pendant la seconde guerre mondiale m'arrivent au fur et à mesure. Ainsi, par exemple, j'ai été contacté cette semaine par un témoin direct de cette époque: il s'agit de l'ancienne propriétaire. Cette personne âgée de 93 ans a vécu à cet endroit pendant 73 ans; c'est donc un témoin capital. Afin de lui éviter une publicité qui pourrait ébranler sa tranquilité, je ne donnerai que l'initiale de son nom: (F).

10.jpg

La façade arrière de la maison de l'avenue Roosevelt

"Mon père était issu d'une famille modeste et avait dû quitter l'école à 14 ans. C'est avec beaucoup de courage et de travail qu'il se lança dans le recyclage des chiffons. Il monta sa propre usine au début de l'allée d'Iéna, là où précisément se trouve actuellement une maison de retraite. Alors comprenez-vous, cette maison qu'il fit construire à la fin du XIXe siècle, c'était la fierté de sa réussite. Une charmante demeure dans le style Art-nouveau à l'orée de Carcassonne. Car, autrefois à cet endroit c'était encore la campagne, et pas comme aujourd'hui. Nous vivions ici heureux, ma famille et moi jusqu'à ce triste jour de mai 1943...

Deux hommes vêtus d'un pardessus noir se sont présentés au seuil de la maison. L'un d'entre-eux était le chef de la Gestapo de Carcassonne (sûrement Eckfelner, NDLR). Nous venons requisitionner cette maison et vous avez 48 heures pour partir, nous dit-il. (Nous savons que les services de la Gestapo avaient l'habitude de s'installer dans ce type d'habitation, à l'écart de la ville, sans vis-vis et avec un grand terrain à l'arrière. Il n'est pas étonnant que celle-ci fut donc choisie.) Deux jours seulement pour tout déménager, c'est trop court! Non, répond-il, vous devez partir et abandonner tout sur place afin de rendre la maison habitable de suite. Nous avons demandé à loger dans la conciergerie, à quelques mètres. Cela nous a été refusé. Et pour cause... C'est à cet endroit qu'il placèrent leurs prisonniers pendant ou avant les interrogatoires.

gestapo_carcassonne_google_0.jpg

La conciergerie, juste après le mur de clôture

Nous avons pu sauver in-extremis, le piano à queue grâce à monsieur Daraud chez qui nous l'avions acheté, rue de la gare. Ce dernier eut l'amabilité d'affirmer qu'il n'était qu'en location et qu'il lui appartenait. C'est le seul meuble que nous pûmes emporter.

Je me revois quittant la maison avec mon pauvre père qui avait perdu l'usage de la vue. Mon fils dans la poussette, venait juste de naître en septembre 1942. C'est le coeur déchiré qui nous partions vers l'inconnu, à la recherche d'un nouveau logement. Dans un premier temps, la Gestapo voulut nous installer dans la maison Combéléran, face au tribunal (aujourd'hui, la MSA). L'administration d'occupation nous le refusa, arguant qu'une telle demeure était trop belle pour y mettre des français. Finalement, elle fut attribuée à un haut gradé de la Werhmacht. Nous dûmes notre salut à madame Mestre qui préféra nous loger dans la rue Victor Hugo, car elle ne voulait pas d'Allemands chez elle.

Nous avions été délogé par l'ennemi victorieux à qui, désormais, appartenait notre pays. La Gestapo nous octrayât, grande seigneuresse, un loyer pour la réquisition. Chaque mois, je me rendis à mon ancienne demeure, route de Toulouse, pour réclamer mon dû. Ils avaient électrifié le portail d'entrée. Il s'ouvre et là, de chaque côté se tenaient sur un banc deux soldats verts-de-gris, la mitraillette dirigée vers moi. A chaque fois, il prirent un malin plaisir à me faire longuement attendre avant de me recevoir. Les services de la Gestapo vivaient là, y mangeaient et y dormaient. A leur service, il y avaient des employés (cuisinières, femmes de ménage, domestiques...).

A bout de quelques mois, nous avons décidé de ne plus aller chercher le loyer. Pourquoi? Les gens commençaient à nous accuser de collaboration avec les bôches. Faire ça, à mon père! Lui, qui avait été décoré de la Grande guerre.

A la libération de Carcassonne (20 août 1944), les allemands ont fui. Ils ont tellement fait brûler de papiers dans les cheminées qu'elles ont éclatées. C'est un miracle qu'ils n'aient pas mis le feu à la maison. Lorsque nous sommes rentrés dans l'habitation avec les FFI, il y avait encore leur repas dans les assiettes, que dans la précipitation, ils n'avaient eu le temps de terminer. On nous a dit également, qu'ils avaient miné le parc".

 Que pensez-vous d'un éventuel charnier?

Quand nous sommes revenus, les rosiers et les arbustes n'avaient pas été touchés. Nous avons pour ainsi dire retrouvé le parc tel quel. Il n'y a qu'un endroit au fond de la parcelle, proche de la voie ferrée, où ils auraient pu enterrer des corps. Pendant les 50 années qui suivirent, nous n'avons jamais travaillé ce coin du parc. Ailleurs, nous avons évité de biner profondément de peur de faire exploser des munitions enfouies, puisqu'on nous avait dit que le parc était miné. Ah! un souvenir me reviens... A la libération, nous avons été pris par une odeur pestidentielle venant du parc. Nous avons retrouvé de la viande en putréfaction. Vous savez, les allemands avaient tant à manger. Nous, nous crevions de faim!

Conclusion

Grâce à madame F, nous savons maintenant qu'en plus d'un charnier, sous le parc pourraient être enfouies des munitions. Que les résistants étaient tenus prisonniers dans la conciergerie de la maison. Que des carcassonnais ont travaillé de gré ou de force dans cette maison, au service de la Gestapo. Il doit y avoir, faute de témoins directs encore en vie, des descendants de ces employés qui détiennent des informations capitales sur les activités de la Gestapo dans cette maison. Qu'ils veuillent bien se faire connaître anonyment auprès de moi et me raconter ce qu'ils savent. Leurs noms seront protégés, car nous cherchons la vérité historique. Nous ne serons jamais des justiciers!

Ecrivez-moi

à

andrieu-martial@wanadoo.fr

____________________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2013

11/07/2013

Maison de la Gestapo: Le travail des archivistes est en marche

La Dépêche consacre aujourd'hui dans ses colonnes une interview de Sylvie Caucanas, directrice des Archives départementales de l'Aude, au sujet de l'histoire de cette maison du 67, avenue F. Roosevelt. On y apprend que la ville de Carcassonne ne lui a pas demandé seulement une étude de ce bâtiment, mais de tous les lieux réquisitionnés par l'occupant durant la seconde guerre mondiale. A mon niveau l'objectif est atteint et je me rejouis que sa destinée soit entre les mains de professionnels reconnus pour leur impartialité. Finalement, ce que je préconisais dans ma lettre ouverte à Jean-Claude Pérez a été retenu: la convocation d'historiens et l'ajournement de la destruction de laà titre conservatoire. Les décisions qui seront prises à l'issue de ced'enquête historique sur le devenir de ce triste lieu, feront partie de choix politiques avec toutes les garanties en matière de respect de la mémoire et de la dignité humaine. Peut-être qu'alors faudra t-il considérer le "poil à gratter" davantage comme un "sonneur d'alerte". Cette affaire fera sans doute jurisprudence pour qu'avant d'engager des travaux, l'on soit dans l'obligation de se renseigner sur l'histoire du lieu sur lequel ils sont programmés. Ce serait là une des plus belles avancées pour l'ensemble du patrimoine de Carcassonne qui n'a pas pu sauver de la destruction par le passé: Le couvent des capucins, le couvent des carmélites, l'Hôtel Dieu, la chapelle de Sainte-Croix, les cimetières médiévaux... Allez, soyons plus qu'utopistes, soyons enfin raisonnables!

2013-07-11_17h07_52.png

La dépêche, jeudi 11 juillet 2013

__________________________________

© Tous droits réservés/et patrimoine/ 2013

08/07/2013

Maison de la Gestapo: Une première victoire

A force de perspicacité et de persuasion, politiques et journalistes qui jusque-là restaient très perplexes sur le devenir de ce lieu de mémoire semblent nous donner raison.

2013-07-07_14h29_13.png

L'indépendant, hier

Sans vouloir polémiquer, juste en disant notre vérité, je voudrais vous informer de ceci: Nous avons contacté trois importantes associations d'anciens combattants de Carcassonne. La première, nous a dit poliment qu'elle ne voulait pas s'engager et que ce n'était pas sa mission. La seconde, nous a renvoyé vers la troisième qui, est pour la destruction car, je cite: "Ce n'est pas après 70 ans qu'il faut s'en occuper". A ce compte là, qu'ont fait les associations d'anciens combattants pendant tout ce temps? Au final, le président nous a raccroché au nez.

Chacun sait ici que je respecte au plus haut point, les anciens combattants pour ce qu'ils ont réalisés. Toutefois, ce sont eux qui ont décidé de ne plus s'arrêter à la stèle du Quai Riquet pour les commémorations de la libération de Carcassonne, chaque 20 août. Depuis 5 ans, il n'y a même plus de dépôt de gerbe pour les 20 victimes civiles, ayant la mention "Mort pour la France".

Se sont-ils préoccupés de savoir où est passée l'urne contenant de la terre de Büchenwald, qui se trouvait au pied du monument à la résistance, square Gambetta? Elle a disparu et personne ne sait où elle se trouve désormais.

Je comprends que l'âge avancé de ses membres ne leur donne plus guère la force pour tout cela. Malgré tout, pensent-ils qu'il suffira de quelques porte-drapeaux et d'une gerbe chaque année sur une stèle pour informer les jeunes générations sur les dangers de cette idéologie barbare? Bientôt, elles ne seront plus fleuries et leurs noms gravés dans la pierre vont subir l'érosion du temps.

Alors messieurs, mesdames, vous avez défendu les valeurs de liberté. Ne gardez pas cette fierté égoïstement pour vous car, après vous le déluge. Transmettez-nous le témoin afin que nous puissions être désignés comme les héritiers de votre action de bravoure. L'avenir c'est nous, ce n'est plus vous. S'il est indispensable que l'on vous demande votre avis sur la conservation de cette maison, il ne pourra être le seul à faire valoir.

_____________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2013

05/07/2013

La maison de la Gestapo sur Directmatin.fr

Direct-Matin.jpg

Dans son édition d'avant-hier, le journal gratuit d'informations nationales Directmatin.fr consacre un article au combat engagé pour la préservation de la maison de la Gestapo de Carcassonne.

Cliquez sur le lien ci-dessous ou copiez dans le navigateur

http://www.directmatin.fr/france/2013-07-03/carcassonne-l...