11/08/2013

Maison de la Gestapo: Le silence des associations de combattants

Lorsque je m'interrogeais sur le profond silence des associations d'anciens combattants ou de déportés de l'Aude, au sujet de la destruction programmée de la Maison occupée par la Gestapo route de Toulouse, je reçus un article de presse de 2004. Il a été publié dans la dépêche à Villeneuve sur Lot (47). A sa lecture, on se doute que l'unification des mouvements de résistance s'est arrêtée après la libération. Chacun le sien, chacun son idée politique. Là, où les associations carcassonnaises se fourvoient c'est que dans la maison de la route de Toulouse, il n'y a pas eu que des républicains espagnols torturés. Nous parlerons bientôt d'Aimé Ramond qui y fut interné et interrogé par Bach et ses sbires.

Interdits de mourir «pour la France»

Domence Serveto-Bertran et Jaume Serot-Bernat. Deux noms, sans rien autour. Au milieu des dix «Morts pour la France», ces deux noms sont restés nus. Les républicains espagnols, dont près de 80 000 auraient traversé le département durant la guerre, n'ont pas droit aux honneurs. Et lorsqu'ils accomplissent aux côtés des résistants français des actes héroïques, les uns sont décorés, les autres, ignorés.

En février 1944, lors de la révolte d'Eysses, les nombreux Espagnols prisonniers prennent part, comme les autres, au soulèvement. Comme les autres, ils subissent les représailles allemandes. Et finalement, deux Catalans figurent parmi les douze fusillés. Domence Serveto et Jaume Serot sont morts pour la France. Mais la France leur refuse ses honneurs. Question de principe.

«En principe, les étrangers n'ont pas le droit à la mention de «Mort pour la France», explique-t-on au bureau des mentions du ministère de la Défense, sauf s'ils sont engagés à titre étrangers dans l'armée française... Dans l'état actuel des choses, ces personnes ne peuvent pas obtenir la mention».

Domence Serveto et Jaume Serot ont résisté. Ils ont été fusillés. Pourquoi cette différence ? Sur le point d'éditer un ouvrage sur les douze fusillés, l'amicale des anciens d'Eysses a découvert il y a peu cette injustice. «Pour moi, qu'ils soient espagnols, français ou chinois, il n'y a pas de différence. Ce sont tous des anciens d'Eysses» explique avec émotion le secrétaire général de l'amicale, Jules Bloch. Aujourd'hui, il cherche à contacter les familles, qui doivent déposer une demande auprès du ministère de la Défense.

La mairie de Villeneuve souhaite également engager une procédure visant à réparer cet oubli. Tout comme l'association pour la mémoire des réfugiés républicains espagnols. «Nous nous battons depuis des années pour que soit reconnu le rôle des guerrilleros dans la Résistance » explique Jean Morente, président d'AMORE 47. Le 17 juillet, l'association de résistants ANACR47, avec AMORE 47, organise à Damazan, une journée en hommage aux guerrilleros et Républicains espagnols afin d'honorer, autant que faire se peut, ceux qui se sont battus pour un pays qui n'était pas le leur et ont donné une leçon de solidarité bien plus porteuse de sens que tous les beaux discours sur la construction européenne. (Sandrine Morel)

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06/08/2013

Maison de la Gestapo: Témoignage de l'ancienne propriétaire

Sans vraiment les chercher, les témoignages sur cette demeure ayant abrité la Gestapo pendant la seconde guerre mondiale m'arrivent au fur et à mesure. Ainsi, par exemple, j'ai été contacté cette semaine par un témoin direct de cette époque: il s'agit de l'ancienne propriétaire. Cette personne âgée de 93 ans a vécu à cet endroit pendant 73 ans; c'est donc un témoin capital. Afin de lui éviter une publicité qui pourrait ébranler sa tranquilité, je ne donnerai que l'initiale de son nom: (F).

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La façade arrière de la maison de l'avenue Roosevelt

"Mon père était issu d'une famille modeste et avait dû quitter l'école à 14 ans. C'est avec beaucoup de courage et de travail qu'il se lança dans le recyclage des chiffons. Il monta sa propre usine au début de l'allée d'Iéna, là où précisément se trouve actuellement une maison de retraite. Alors comprenez-vous, cette maison qu'il fit construire à la fin du XIXe siècle, c'était la fierté de sa réussite. Une charmante demeure dans le style Art-nouveau à l'orée de Carcassonne. Car, autrefois à cet endroit c'était encore la campagne, et pas comme aujourd'hui. Nous vivions ici heureux, ma famille et moi jusqu'à ce triste jour de mai 1943...

Deux hommes vêtus d'un pardessus noir se sont présentés au seuil de la maison. L'un d'entre-eux était le chef de la Gestapo de Carcassonne (sûrement Eckfelner, NDLR). Nous venons requisitionner cette maison et vous avez 48 heures pour partir, nous dit-il. (Nous savons que les services de la Gestapo avaient l'habitude de s'installer dans ce type d'habitation, à l'écart de la ville, sans vis-vis et avec un grand terrain à l'arrière. Il n'est pas étonnant que celle-ci fut donc choisie.) Deux jours seulement pour tout déménager, c'est trop court! Non, répond-il, vous devez partir et abandonner tout sur place afin de rendre la maison habitable de suite. Nous avons demandé à loger dans la conciergerie, à quelques mètres. Cela nous a été refusé. Et pour cause... C'est à cet endroit qu'il placèrent leurs prisonniers pendant ou avant les interrogatoires.

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La conciergerie, juste après le mur de clôture

Nous avons pu sauver in-extremis, le piano à queue grâce à monsieur Daraud chez qui nous l'avions acheté, rue de la gare. Ce dernier eut l'amabilité d'affirmer qu'il n'était qu'en location et qu'il lui appartenait. C'est le seul meuble que nous pûmes emporter.

Je me revois quittant la maison avec mon pauvre père qui avait perdu l'usage de la vue. Mon fils dans la poussette, venait juste de naître en septembre 1942. C'est le coeur déchiré qui nous partions vers l'inconnu, à la recherche d'un nouveau logement. Dans un premier temps, la Gestapo voulut nous installer dans la maison Combéléran, face au tribunal (aujourd'hui, la MSA). L'administration d'occupation nous le refusa, arguant qu'une telle demeure était trop belle pour y mettre des français. Finalement, elle fut attribuée à un haut gradé de la Werhmacht. Nous dûmes notre salut à madame Mestre qui préféra nous loger dans la rue Victor Hugo, car elle ne voulait pas d'Allemands chez elle.

Nous avions été délogé par l'ennemi victorieux à qui, désormais, appartenait notre pays. La Gestapo nous octrayât, grande seigneuresse, un loyer pour la réquisition. Chaque mois, je me rendis à mon ancienne demeure, route de Toulouse, pour réclamer mon dû. Ils avaient électrifié le portail d'entrée. Il s'ouvre et là, de chaque côté se tenaient sur un banc deux soldats verts-de-gris, la mitraillette dirigée vers moi. A chaque fois, il prirent un malin plaisir à me faire longuement attendre avant de me recevoir. Les services de la Gestapo vivaient là, y mangeaient et y dormaient. A leur service, il y avaient des employés (cuisinières, femmes de ménage, domestiques...).

A bout de quelques mois, nous avons décidé de ne plus aller chercher le loyer. Pourquoi? Les gens commençaient à nous accuser de collaboration avec les bôches. Faire ça, à mon père! Lui, qui avait été décoré de la Grande guerre.

A la libération de Carcassonne (20 août 1944), les allemands ont fui. Ils ont tellement fait brûler de papiers dans les cheminées qu'elles ont éclatées. C'est un miracle qu'ils n'aient pas mis le feu à la maison. Lorsque nous sommes rentrés dans l'habitation avec les FFI, il y avait encore leur repas dans les assiettes, que dans la précipitation, ils n'avaient eu le temps de terminer. On nous a dit également, qu'ils avaient miné le parc".

 Que pensez-vous d'un éventuel charnier?

Quand nous sommes revenus, les rosiers et les arbustes n'avaient pas été touchés. Nous avons pour ainsi dire retrouvé le parc tel quel. Il n'y a qu'un endroit au fond de la parcelle, proche de la voie ferrée, où ils auraient pu enterrer des corps. Pendant les 50 années qui suivirent, nous n'avons jamais travaillé ce coin du parc. Ailleurs, nous avons évité de biner profondément de peur de faire exploser des munitions enfouies, puisqu'on nous avait dit que le parc était miné. Ah! un souvenir me reviens... A la libération, nous avons été pris par une odeur pestidentielle venant du parc. Nous avons retrouvé de la viande en putréfaction. Vous savez, les allemands avaient tant à manger. Nous, nous crevions de faim!

Conclusion

Grâce à madame F, nous savons maintenant qu'en plus d'un charnier, sous le parc pourraient être enfouies des munitions. Que les résistants étaient tenus prisonniers dans la conciergerie de la maison. Que des carcassonnais ont travaillé de gré ou de force dans cette maison, au service de la Gestapo. Il doit y avoir, faute de témoins directs encore en vie, des descendants de ces employés qui détiennent des informations capitales sur les activités de la Gestapo dans cette maison. Qu'ils veuillent bien se faire connaître anonyment auprès de moi et me raconter ce qu'ils savent. Leurs noms seront protégés, car nous cherchons la vérité historique. Nous ne serons jamais des justiciers!

Ecrivez-moi

à

andrieu-martial@wanadoo.fr

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11/07/2013

Maison de la Gestapo: Le travail des archivistes est en marche

La Dépêche consacre aujourd'hui dans ses colonnes une interview de Sylvie Caucanas, directrice des Archives départementales de l'Aude, au sujet de l'histoire de cette maison du 67, avenue F. Roosevelt. On y apprend que la ville de Carcassonne ne lui a pas demandé seulement une étude de ce bâtiment, mais de tous les lieux réquisitionnés par l'occupant durant la seconde guerre mondiale. A mon niveau l'objectif est atteint et je me rejouis que sa destinée soit entre les mains de professionnels reconnus pour leur impartialité. Finalement, ce que je préconisais dans ma lettre ouverte à Jean-Claude Pérez a été retenu: la convocation d'historiens et l'ajournement de la destruction de laà titre conservatoire. Les décisions qui seront prises à l'issue de ced'enquête historique sur le devenir de ce triste lieu, feront partie de choix politiques avec toutes les garanties en matière de respect de la mémoire et de la dignité humaine. Peut-être qu'alors faudra t-il considérer le "poil à gratter" davantage comme un "sonneur d'alerte". Cette affaire fera sans doute jurisprudence pour qu'avant d'engager des travaux, l'on soit dans l'obligation de se renseigner sur l'histoire du lieu sur lequel ils sont programmés. Ce serait là une des plus belles avancées pour l'ensemble du patrimoine de Carcassonne qui n'a pas pu sauver de la destruction par le passé: Le couvent des capucins, le couvent des carmélites, l'Hôtel Dieu, la chapelle de Sainte-Croix, les cimetières médiévaux... Allez, soyons plus qu'utopistes, soyons enfin raisonnables!

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La dépêche, jeudi 11 juillet 2013

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08/07/2013

Maison de la Gestapo: Une première victoire

A force de perspicacité et de persuasion, politiques et journalistes qui jusque-là restaient très perplexes sur le devenir de ce lieu de mémoire semblent nous donner raison.

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L'indépendant, hier

Sans vouloir polémiquer, juste en disant notre vérité, je voudrais vous informer de ceci: Nous avons contacté trois importantes associations d'anciens combattants de Carcassonne. La première, nous a dit poliment qu'elle ne voulait pas s'engager et que ce n'était pas sa mission. La seconde, nous a renvoyé vers la troisième qui, est pour la destruction car, je cite: "Ce n'est pas après 70 ans qu'il faut s'en occuper". A ce compte là, qu'ont fait les associations d'anciens combattants pendant tout ce temps? Au final, le président nous a raccroché au nez.

Chacun sait ici que je respecte au plus haut point, les anciens combattants pour ce qu'ils ont réalisés. Toutefois, ce sont eux qui ont décidé de ne plus s'arrêter à la stèle du Quai Riquet pour les commémorations de la libération de Carcassonne, chaque 20 août. Depuis 5 ans, il n'y a même plus de dépôt de gerbe pour les 20 victimes civiles, ayant la mention "Mort pour la France".

Se sont-ils préoccupés de savoir où est passée l'urne contenant de la terre de Büchenwald, qui se trouvait au pied du monument à la résistance, square Gambetta? Elle a disparu et personne ne sait où elle se trouve désormais.

Je comprends que l'âge avancé de ses membres ne leur donne plus guère la force pour tout cela. Malgré tout, pensent-ils qu'il suffira de quelques porte-drapeaux et d'une gerbe chaque année sur une stèle pour informer les jeunes générations sur les dangers de cette idéologie barbare? Bientôt, elles ne seront plus fleuries et leurs noms gravés dans la pierre vont subir l'érosion du temps.

Alors messieurs, mesdames, vous avez défendu les valeurs de liberté. Ne gardez pas cette fierté égoïstement pour vous car, après vous le déluge. Transmettez-nous le témoin afin que nous puissions être désignés comme les héritiers de votre action de bravoure. L'avenir c'est nous, ce n'est plus vous. S'il est indispensable que l'on vous demande votre avis sur la conservation de cette maison, il ne pourra être le seul à faire valoir.

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05/07/2013

La maison de la Gestapo sur Directmatin.fr

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Dans son édition d'avant-hier, le journal gratuit d'informations nationales Directmatin.fr consacre un article au combat engagé pour la préservation de la maison de la Gestapo de Carcassonne.

Cliquez sur le lien ci-dessous ou copiez dans le navigateur

http://www.directmatin.fr/france/2013-07-03/carcassonne-l...

Le piège des loups: les 175 maisons de la gestapo en France

Dans l'excellent ouvrage de Dominique Sigaud paru l'année dernière chez Stock, il est fait mention de la villa de la route de Toulouse, occupée par la Gestapo de 1942 à 1944. Une photographie de la façade illustre la page 293 et prouve d'une manière formelle qu'il s'agit bien de ce bâtiment.

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Voici le passage de la page 292:

" Chaque fois, on m'enlevait les menottes, Bach et l'autre inspecteur me faisaient asseoir sur un divan en bois sculpté et montaient préparer l'interrogatoire avec les chefs Schiffner et Eckfelner avant de reprendre. J'étais donc seul dans le couloir. Au fond, en face, la cuisine, porte ouverte et après, une autre donnait sur un jardin. J'avais fourni (à la résistance) des renseignements sur les immeubles réquisitionnés avec si possible des plans. Je connaissais les dispositions très précises de cette villa. Elles étaient à peu près toutes les mêmes, entrée sur la route de Toulouse, certaines avec jardin ou cour devant et sortie avec jardin à l'arrière sur la voie ferrées [...]. Ma décision fut prise en quelques secondes. Je fonçais à toute vitesse [...]. Alors que j'allais atteindre le pont du canal, arrivait une camionnette. D'un bond je demandais au conducteur de me sortir de la ville pour échapper à la Gestapo. Il me dévisagea et, à son regard, je compris que je pouvais compter sur lui."

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René Bach à son procés en 1945 à Carcassonne

"L'antenne installée dans un hôtel particulier, avenue Roosevelt, est dirigée par l'adjudant-chef Hermann Eckfelner qui décèdera à l'hôpital de Bordeaux en 1951. Oskar Schiffnner du KDS Montpellier ou l'Alsacien René Bach, interprète mais aussi membre actif et tortionnaire, fusillé à son procès après la libération. Après la rafle des juifs étrangers du 26 août 1942, les arrestations reprennent: 3 mars 1943, sur 21 arrestations prévues: 13 ont pu être retrouvées [...]. La même opération était déclenchée à Béziers à 8 heures. Cette différence permit à des juifs d'être mis en garde."

"Le 25 mai 1944, Mercedes Nunez Targa, sergent FFI-FTPF des guérilleros de l'Aude, à Carcassonne, est arrêtée sur dénonciation par le SD, avec 11 guérilleros; amenée à la caserne Laperrine puis interrogée au siège de la Gestapo.

Dernière de couverture du livre

Un jour d'hiver à Hendaye, Dominique Sigaud admire une maison. "C'était la Gestapo" lui apprend son amie. Comment une ville si paisible, au bord de la mer, où les maisons symbolisent les vacances, peut-elle avoir été elle aussi le refuge de la Gestapo?

D'interrogations en recherches, l'auteur finira par retrouver les 175 maisons occupées par la Gestapo en France. Ce livre des maisons, c'est l'histoire de la répression SS dans chaque département, des juifs traqués, des résistants,  des déportés. De ces anciennes chambres d'enfants abritant la réalité des tortures. C'est un hommage à l'humble France combattante. Et la terrible vérité sur ces bourreaux qui s'en sont sortis.

Un livre rempli de photos de façades de maison cossues, de visages de responsables nazis, ainsi que de résistants. Très documentée, une enquête nécessaire, une façon de restaurer la mémoire, de rendre justice.

Le piège des loups

Dominique Sigaud

Editions Stock/ 2012

30€