05/07/2013

Le piège des loups: les 175 maisons de la gestapo en France

Dans l'excellent ouvrage de Dominique Sigaud paru l'année dernière chez Stock, il est fait mention de la villa de la route de Toulouse, occupée par la Gestapo de 1942 à 1944. Une photographie de la façade illustre la page 293 et prouve d'une manière formelle qu'il s'agit bien de ce bâtiment.

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Voici le passage de la page 292:

" Chaque fois, on m'enlevait les menottes, Bach et l'autre inspecteur me faisaient asseoir sur un divan en bois sculpté et montaient préparer l'interrogatoire avec les chefs Schiffner et Eckfelner avant de reprendre. J'étais donc seul dans le couloir. Au fond, en face, la cuisine, porte ouverte et après, une autre donnait sur un jardin. J'avais fourni (à la résistance) des renseignements sur les immeubles réquisitionnés avec si possible des plans. Je connaissais les dispositions très précises de cette villa. Elles étaient à peu près toutes les mêmes, entrée sur la route de Toulouse, certaines avec jardin ou cour devant et sortie avec jardin à l'arrière sur la voie ferrées [...]. Ma décision fut prise en quelques secondes. Je fonçais à toute vitesse [...]. Alors que j'allais atteindre le pont du canal, arrivait une camionnette. D'un bond je demandais au conducteur de me sortir de la ville pour échapper à la Gestapo. Il me dévisagea et, à son regard, je compris que je pouvais compter sur lui."

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René Bach à son procés en 1945 à Carcassonne

"L'antenne installée dans un hôtel particulier, avenue Roosevelt, est dirigée par l'adjudant-chef Hermann Eckfelner qui décèdera à l'hôpital de Bordeaux en 1951. Oskar Schiffnner du KDS Montpellier ou l'Alsacien René Bach, interprète mais aussi membre actif et tortionnaire, fusillé à son procès après la libération. Après la rafle des juifs étrangers du 26 août 1942, les arrestations reprennent: 3 mars 1943, sur 21 arrestations prévues: 13 ont pu être retrouvées [...]. La même opération était déclenchée à Béziers à 8 heures. Cette différence permit à des juifs d'être mis en garde."

"Le 25 mai 1944, Mercedes Nunez Targa, sergent FFI-FTPF des guérilleros de l'Aude, à Carcassonne, est arrêtée sur dénonciation par le SD, avec 11 guérilleros; amenée à la caserne Laperrine puis interrogée au siège de la Gestapo.

Dernière de couverture du livre

Un jour d'hiver à Hendaye, Dominique Sigaud admire une maison. "C'était la Gestapo" lui apprend son amie. Comment une ville si paisible, au bord de la mer, où les maisons symbolisent les vacances, peut-elle avoir été elle aussi le refuge de la Gestapo?

D'interrogations en recherches, l'auteur finira par retrouver les 175 maisons occupées par la Gestapo en France. Ce livre des maisons, c'est l'histoire de la répression SS dans chaque département, des juifs traqués, des résistants,  des déportés. De ces anciennes chambres d'enfants abritant la réalité des tortures. C'est un hommage à l'humble France combattante. Et la terrible vérité sur ces bourreaux qui s'en sont sortis.

Un livre rempli de photos de façades de maison cossues, de visages de responsables nazis, ainsi que de résistants. Très documentée, une enquête nécessaire, une façon de restaurer la mémoire, de rendre justice.

Le piège des loups

Dominique Sigaud

Editions Stock/ 2012

30€

04/07/2013

Maison de la Gestapo: Attestations sur l'honneur

Je viens de recevoir deux attestations sur l'honneur manuscrites et signées des veuves de Miguel Karner et de Thomas Martin. Ces documents avaient été envoyés à la mairie de Carcassonne en 2009. Se sont-ils perdus ou les a-t-on oubliés dans les tiroirs? Pourquoi les associations d'anciens résistants et déportés se taisent-elles sur ce dossier? Parce que ce sont des combattants espagnols et qu'ils ne les reconnaissent pas comme des leurs? Plus j'avance et plus je suis révolté!

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Miguel Karner, était un républicain espagnol interné au camp de Bram en 1939. Combattant ensuite dans la 5e brigade de guerilleros aux côtés des résistants français dans l'Aude.

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Réfugié républicain espagnol, Thomas Martin fut responsable de la résistance locale à Carcassonne. Il fut ami avec Agusti Centelles, photographe interné au camp de Bram.

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1942-1944:Les lieux réquisitionnés par l'occupant allemand et ses alliés dans Carcassonne.

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Le 27 novembre 1942, l'armée allemande arrive dans Carcassonne après avoir franchie la zone libre. Désormais, toute la France est occupée par l'ennemi en raison du débarquement des troupes de la France libre en Afrique du nord. Très vite, les troupes et l'administration allemande vont réquisitionner un grand nombre de bâtiments stratégiques et de belle architecture.

Les sites militaires

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La caserne Iéna

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La caserne Laperrine

Plusieurs témoignages de résistants et guérilleros espagnols, indiquent qu'ils y ont été interrogés et enfermés dans des cachots avant d'être déportés.

Les bâtiments administratifs

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Ecole normale des filles (route de Narbonne)

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La Feldkomandantur (Bd Jean Jaurès)

Allemands lycée de jeunes filles. 29 mars 1943.JPG

Le lycée de jeunes filles

Les hôtels

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Hôtel de la Cité

(siège de l'état major de la Werhmacht)

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De grands banquets de fraternisation y ont été donnés

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Le grand hôtel Terminus

(La kommandantur)

Les hôpitaux

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L'Hôtel Dieu, rue de l'hospice.

(Truppenzahnarzt)

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Casernes de la Justice, route de Montréal

(Infirmerie)

C'est aujourd'hui le parc aux matériels de la ville de Carcassonne

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L'ancien asile de Boutes Gach, route de Toulouse (rasé depuis)

(Caserne de la Milice française)

Les maisons bourgeoises

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Le siège de la Milice française

(18, place Carnot)

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La maison de la Gestapo

(67, route de Toulouse)

Les agents du SD dont René Bach, étaient logés dans des villas réquisitionnées dans la rue Pierre Curie.

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Crédit photos

ADA 11

Collections privées

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Maison de la Gestapo: nouveaux éléments

Un ancien journaliste de la Dépêche nous indique qu'il avait rédigé un article à la fin des années 80, avec des témoignages sur l'histoire de cette maison pendant l'occupation allemande. Il suffirait d'aller le retrouver dans les anciens journaux conservés aux archives départementales de l'Aude. Le 10 octobre 2009 je rédigeais une chronique sur le blog "histoires de Carcassonne", dans laquelle je m'indignais sur l'opération immobilière destinée à raser cette bâtisse de triste mémoire. Ce journaliste y avait laissé le commentaire suivant:

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La cheminée dans la maison du 67, avenue Roosevelt

"Ancien journaliste à La Depêche Carcassonne j'avais fait un article sur cette maison "discrête" où siegea de sinistre réputation la Gestapo. A la fin de la guerre quand tout était foutu, les Allemands ont brûlé précipitamment tellement de papiers et documents compromettants dans la cheminée que le canon de celle-ci avait explosé. Que dirait-on aujourd'hui si on rasait la maison de l'inquisition à la Cité ? Que font les associations d'anciens combattants sur le sujet ?"

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03/07/2013

Maison de la Gestapo: La destruction est ajournée par décision municipale

Fort des documents produits par ce blog sur l'existence de cette maison comme lieu de torture de la Gestapo entre 1942 et 1944 et sur le possible charnier qu'elle pourrait abriter, le maire de Carcassonne demande à titre conservatoire la non destruction du bâtiment. La ville de Carcassonne veut s'entourer de toutes les garanties avant de rendre sa décision définitive. "Musique et patrimoine" est heureux d'avoir oeuvré pour la réhabilitation de la dignité de tous ces résistants, guerilleros espagnols et civils torturés en ce lieu. Il appartient désormais aux politiques d'agir de la façon la plus juste au regard de l'histoire de notre pays, de ses martyrs, de ses héros anonymes. Pour un Jean Moulin que l'on connaît, combien de combattants de l'ombre assassinés resteront à jamais les oubliés de cette triste période de haine? Il appartient à chacun d'entre-nous de la nouvelle génération, de s'élever afin de défendre la mémoire de ceux qui ne le peuvent plus. Si la France en cette période difficile se détourne de ce qui a lavé son déshonneur au lendemain de 1940, alors notre pays n'aura rien retenu 70 après. Regardons notre histoire droit dans les yeux, même s'il est à craindre que la révélation de certains épisodes ne les brûle encore à quelques uns...

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La dépêche, aujourd'hui

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L'indépendant, aujourd'hui

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01/07/2013

Lettre ouverte d'Annie Bonet à Jean-Claude Pérez

"J’ai été scandalisée d’apprendre que vos services ont délivré un permis de construire, entraînant la démolition de la maison qui a abrité le siège de la Gestapo, entre 1942 et 1944. Cette décision m’a profondément choquée. Carcassonnaise et fille de républicains espagnols, j’ai œuvré au sein de l’Association F.R.E.39 (dissoute en 2008) à l’érection d’un Mémorial aux réfugiés républicains espagnols civils décédés à Carcassonne au moment de la Retirada. Ce Mémorial a été inauguré en février 2004 au cimetière La Conte. Vous comprendrez donc mon intérêt lorsque j’ai su que des résistants français et d’autres nationalités, dont des espagnols, ayant pris l’engagement de combattre l‘occupant nazi ont souffert dans leur chair en ce sinistre lieu. Je me suis intéressée à cette histoire et c’est ainsi que j’ai appris qu’à la libération, Carcassonne a été l’une des rares villes en France à faire un grand procès de la collaboration. Il s’agit du procès Bach, célébré aux Assises de Carcassonne du 26 au 28 juillet 1945 (voir archives du « Midi Libre » des 27, 28 et 30 juillet 1945), dont les actes judiciaires renferment les dépositions de 27 témoins, nombre d’entre eux, torturés dans cette maison de la Gestapo, au 67 route de Toulouse. Il est regrettable que ces archives détaillées, classées « sensibles », ne puissent être connues du grand public aujourd’hui. Lorsque ce sera le cas, Monsieur le député-maire, il serait ennuyeux pour vous d’avoir des regrets. Comment peut-on effacer de la sorte la mémoire de ces hommes et de ces femmes qui ont été torturés dans ces lieux et envoyés ensuite dans les camps de la mort, dont très peu ont pu revenir. Dans le contexte que nous connaissons de résurgence de l’extrême droite, nous avons tous un devoir de mémoire envers celles et ceux qui ont combattu le fascisme au péril de leur vie et ont permis que nous vivions aujourd’hui dans une société démocratique. Je considère comme un affront fait aux valeurs de notre République, toute atteinte à un symbole permettant de remémorer notre passé pour les nouvelles générations. Monsieur le député-maire, je vous serai reconnaissante si vous pouviez faire annuler de manière définitive cette décision honteuse, permettant ainsi la préservation de ce lieu, afin que la mémoire de nos résistants ne soit pas bafouée. Dans l’attente, je vous prie de croire, Monsieur le député-maire, en l’assurance de mes sincères salutations."

Annie Bonet