21/06/2017

Les secrets des anciens remparts médiévaux de la Bastide Saint-Louis (II)

Nous poursuivons notre tour des anciens remparts médiévaux avec aujourd'hui, les boulevards Jean Jaurès et Camille Pelletan. Afin de faire face à de probables attaques des Huguenots, la ville dut revoir ses systèmes de défense. À partir de 1530, les vieux murs du XIVe siècle furent aménagés en une courtine et renforcés à l'aide des pierres des anciens couvents des Cordeliers et des Jacobins. Ces bâtiments situés à l'extérieur des remparts - square Gambetta et en-dessous de l'actuelle caserne Laperrine - menaçant la défense de la ville basse, furent rasés. Les religieux se réfugièrent à l'intérieur des remparts et rebâtirent leurs couvents sur l'emplacement actuel de la poste centrale et du Théâtre municipal Jean Alary. Quatre gros bastions triangulaires à oreillons, englobant les vieilles tours médiévales, firent leur apparition.

L'intérieur comprenait deux rampes d'accès pour monter l'artillerie sur les terrasses, au-dessous desquelles ont pratiquées casemates, soutes et chambres de mines, galeries de circulation débouchant par des poternes sur les fossés. (Gustave Mot)

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Un bon schéma valant mieux qu'un long discours, nous avons dessiné à l'échelle sur une vue aérienne Google maps, l'emplacement du Bastion du bourreau à partir des contours du bastion du Calvaire. Le seul qui est aujourd'hui intact à 90 % - il ne lui manque qu'un oreillon. Après quoi, nous avons juxtaposé les deux images à l'endroit où se tenait celui du bourreau, à l'angle du boulevard Sarraut et du boulevard Jean Jaurès. Au centre, la tour du XIVe siècle.

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Nous nous trouvons actuellement à la pointe extrême de ce bastion construit en 1590 avec les pierres du couvent des Cordeliers. En face, se trouvait depuis 1958 la clinique Saint-Vincent transformée maintenant en logements. Les travaux de démolition du bastion du bourreau débutèrent le 3 mars 1885. Il est possible que les pierres aient été vendues pour édifier les belles demeures le long du boulevard Jean Jaurès. Les restes de la tour médiévale ont été abattus en 1974, lors de la rénovation de la clinique St-Vincent. Déjà en 1962, on y avait trouvé deux magnifiques chapiteaux gothiques avec leurs colonnes.

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Cette maison de 1903 a été bâtie sur le tracé de l'oreillon sud-est, d'où sa forme arrondie. Dans le même alignement, citons l'entrepôt de charbon Gisclard. C'est sur l'ancien Cinéma des familles, que fut édifiée la clinique St-Vincent en 1958. Si l'on poursuit en direction du square Gambetta, on remarquera que les maisons ont été posées sur les anciens remparts. Il suffit de descendre dans les caves...

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C'est le cas par exemple ici

Fermant la rue du 4 septembre, on trouvait la tour de la Bouscaterie. Quelques mètres plus loin, à l'hôtel Central, la tour de la Curaterie. A l'angle de la rue de Verdun, une grand tour carrée ressemblant à un bastion, qui avait nom de "Tour de Jaule". Ici, la déformation de geôle qui faisait fonction de prison. L'entrée de cette prison se trouvait rue de Verdun (Actuellement, caviste Le verre d'un), à côté de la poterne ayant remplacé la porte des Cordeliers.

bastion du bourreau

De cette prison, il reste la porte monumentale du XVe siècle, avec arceau en tiers points et piliers moulurés. C'est une entrée massive dont la façade comportait des meurtrières. Une de celles-ci fut démolie pour créer un couloir.

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Dessin de la bastide par Antoine Labarre.

 C'était une tour carrée de 5 mètres environ de couloir sur 3 mètres de passage, surmontée d'un étage et munie d'ouvertures pour le tir à l'arquebuse avec un mâchicoulis. Sa construction avait été décidée en 1570 par le capitaine Puget, chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem aux ordres du Maréchal de Danville. Cet individu passait pour un expert militaire et fut député à Carcassonne, en raison des évènements, pour défendre la ville contre les Huguenots. 

Après que Mgr de Bezons a fait combler les fossés en 1764 et planté des arbres, il fut question de remplacer les anciennes portes défensives par des entrées monumentales. Ce projet ne se fit que pour l'actuelle Porte des Jacobins. Nous nous projèterons la fois prochaine entre les bastions Montmorency et de la Tour Grosse.

Sources

Antoine Labarre / L'Indépendant / 1975

Gustave Mot / carcassonne, ville basse / 1963

H. Alaux / Quartiers et faubourgs au fil du temps / 2002

Synthèse et notes / Martial Andrieu

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20/06/2017

Les secrets des anciens remparts médiévaux de la Bastide Saint-Louis (I)

Après le passage du Prince noir en 1355 et de ses troupes qui incendièrent la ville basse, édifiée sur ordre de Louis IX (Saint-Louis), on procéda à sa reconstruction. En 1247, elle s'étendait au nord et au sud au-delà du périmètre actuel. Disons sur l'actuel quartier des Capucins et le square André Chénier.

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© Carcassonne, ville basse / G. Mot

Un an après la mise à sac, on fut obligé de reconsidérer les pourtours de la ville en réduisant sa superficie. Elle fut rescindée de moitié en raison des coûts de construction et de la perte d'un nombre conséquent d'habitants. En 1331, Carcassonne dénombrait 20 000 sujets du roi de France. On enserra la ville de remparts de 12 mètres de hauteur sur 3 mètres d'épaisseur avec un chemin de ronde. A chaque angle, quatre bastions flanqués d'une tourelle pour les commander : Tour Saint-Martial (école du Bastion), Tour du bourreau (ancienne clinique St-Vincent), Tour des Jacobins (Maison de retraite Montmorency) et Tour Grosse (Calvaire). Les fossés de 12 mètres de large sur 5 mètres de profondeur étaient alimentés par des recs (ruisseaux) ou escouladous. Le premier (Tourtel) au niveau de la Tour du bourreau, vers La Prade ; le second au niveau de la porte des Cordeliers (Le toual), vers l'Aude. Quatre portes fortifiées gardaient les entrées de la ville : Porte des Carmes (rue Clémenceau), Porte des Cordeliers (rue de Verdun), Porte de Toulouse (rue de Verdun) et la Porte des Jacobins (rue Courtejaire).

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© Carcassonne, ville basse / G. Mot

En 1764, Monseigneur Armand Bazin de Bezons décida de transformer les anciens fossés en promenade. Ils furent comblés ; des ormeaux et du gazon furent plantés. C'est la configuration actuelle des boulevards, à l'exception de celui d'Omer Sarraut.

À la recherche des anciens remparts...

En face de l'actuel square Chénier, sur l'emprise des immeubles longeant le boulevard Sarraut se trouvait la promenade arborée décidée par Mgr de Bezons. Cependant, à la suite de la transformation du vieux chemin de Toulouse et de Pennautier en route départementale après la Révolution, il s'avérait que les bastions étaient frôlés par la nouvelle route. Diverses auberges et relais de poste s'étaient implantés en avant du rempart nord. C'est pour cela que ces anciens murs se trouvent aliénés dans ces immeubles, auxquels ils servent de point d'appui. Les remparts n'ont pas disparu ; ils sont cachés à l'intérieur des maisons du boulevard Sarraut.

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© Cartulaire de Mahul / Tome 6 (2e partie)

L'actuel boulevard O. Sarraut vers 1780

Il reste un seul vestige des arbres plantés sous Mgr de Bezons. On l'appelle le platane des orphelines, en raison de sa proximité avec l'Œuvre des Orphelines qui s'appuyait jusqu'en 1974 sur le bastion St-Martial. Ce beau plantureux fait quatre mètres de circonférence. 

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© Google maps

Le platane des Orphelines, rue A. Tomey

Lorsque les écuries de l'ancienne brasserie Lauth (aujourd'hui, immeuble liberté) - à droite, sur la photo ci-dessus - se sont écroulées au début des années 70, la ville voulut y faire un parking. On appela ce projet l'îlot Liberté. On rasa ces immeubles vétustes du XIXe siècle, ce qui permit de mettre au jour une partie des anciens remparts de la bastide Saint-Louis, dans sa partie nord.

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© Droits réservés

L'ancienne écurie Lauth écroulée, à côté de l'actuel restaurant Chez Fred.

En partant de l'ouest, ce mur accolé au bastion Saint-Martial avait une épaisseur de 3 mètres à la base. On peut encore en apercevoir des vestiges en bordure du parking, place Lucie Aubrac. Il est coupé par la rue Tomey, puis reprend entre le restaurant Chez Fred et l'immeuble Liberté. C'est là qu'on le découvrit en 1975, lors de la démolition des écuries.

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© Droits réservés

A droite, la mise au jour des anciens remparts de 1356 avec le chemin de ronde. A gauche, la cour de la brasserie Lauth (actuellement, Chez Fred), avec au-dessous des caves voûtées.

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La situation en 2017 avec les vestiges de ce rempart

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© Droits réservés

Dans l'écurie Lauth avant sa destruction, on voit la partie de l'enceinte avec ce pourrait ressembler dans le mur à une meurtrière. Nous sommes là, au niveau de la rue médiévale telle qu'on la voyait au XIVe siècle.

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L'ancienne route de Toulouse (Bleu) ; la promenade de Mgr de Bezons au XVIIIe siècle (vert) ; les remparts médiévaux (rouge). Nous allons maintenant cheminer virtuellement sur le chemin de ronde... Plusieurs étages supérieurs de la rue de la liberté, ont les greniers de ces maisons sur ce chemin de ronde. Par exemple, l'ancien maréchalerie de M. Picheric, s'appuie intérieurement sur le rempart.

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Maréchalerie Pichéric, 65 rue Armagnac

Après avoir sauté ladite rue, il se poursuit jusqu'à la rue Clémenceau. L'ancienne quincaillerie Rey 113 (Supermarché G20), avait démoli un tronçon pour établir son commerce et son parking souterrain. Le magasin d'optique Ducoup s'appuie sur la face externe qui reliait à cet endroit la Porte des Carmes.

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La Porte des Carmes au XVIIIe siècle

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Son emplacement en 2017. On l'appelait aussi Porte Dillon.

Si l'on continue, le mur historique en question sépare les anciens immeubles Ouliac de ceux de la boutique Camaïeu, rue de la liberté. A l'immeuble des meubles Wolf alias Teisseire (N°24), au temps où c'était une menuiserie, des trous avaient été pratiqués dans l'épaisseur du rempart pour façonner plus commodément les pièces de bois. En cet endroit, le mur avait conservé son chemin de ronde, son faîte constitué de dalles en un mètre de large et de longueurs diverses avec bord en encorbellement. Malheureusement, une terrasse en béton, construite vers 1935, s'appuie dessus.

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Après cet immeuble, on trouve l'ancien entrepôt Ouliac. Là, on voyait encore vers 1930 les restes d'un escalier qui servait à monter sur le rempart. Ces défenses étaient crénelées, mais sans meurtrières. Elles s'élevaient à 12 mètres de hauteur du bas des fossés. Enfin, face au magasin Jaumes dans la rue Bringer, se trouvait une partie du bastion du bourreau, appelé aussi le Landremont et de la Figuière. Ce bastion disparut à la Belle époque car il s'avançait trop vers le carrefour du Minervois et gênait la circulation.

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L'ancienne Clinique St-Vincent édifiée en 1958 sur laquelle se trouvait le bastion du Bourreau. Il servait de logement à l'exécuteur des hautes œuvres... La fois prochaine, nous évoquerons les secrets des boulevards Jean Jaurès et Camille Pelletan.

Sources

Antoine Labarre / L'Indépendant / 1975

Gustave Mot / Carcassonne, ville basse / 1963

Synthèse et souvenirs / Martial Andrieu

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27/05/2017

Dans les cachots de Carcassonne du XVIIIe au XXe siècle...

Au cours du XVIIIe siècle et jusqu'à la Révolution, les condamnés n'étaient plus emprisonnés dans la Cité. La prison, appelée également la geôle, avait été déplacée au début de la rue Mage (actuelle, rue de Verdun) et occupait un petit bastion à gauche débordant sur le boulevard.

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© Google maps

De l'entrée de cette prison, il subsiste la porte dans l'immeuble du n°2 de la rue de Verdun, occupé par un caviste. Selon plusieurs études rédigées dans les années 1920 dans le bulletin de la SESA, ce bâtiment devait avoir un aspect fortifié puisqu'au cours de travaux pour ouvrir un couloir, on dut percer un mur qui comportait une meurtrière.

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Une cellule de la prison

L'immeuble comportait une douzaine de cellules à l'étage et d'autres dans le sous-sol, qui sert aujourd'hui de cave au marchand de vin. Les bas-flancs de pierre (photo ci-dessus) servaient de couchette aux prisonniers.

"Si on descend pour la visite des lieux, on remarque le soubassement du couloir en pierre taillée et au bas de l'escalier, le départ rond d'un autre escalier hélicoïdal comblé. Probablement, il desservait une souricière pour conduire les détenus peu communs au Palais de justice (Présidial), situé en face du côté droit de la rue (aujourd'hui, Musée des beaux-arts)." Antoine Labarre.

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L'ancien Présidial, rue de Verdun

Élevé en 1657 lors du transfert de la justice qui siégeait à la Cité dans les dépendances de l'Évêché - peut-être au logis de l'inquisition - le Présidial vint s'établir dans la rue Mage. Malgré la transformation de la façade durant le Premier Empire, le tribunal garde encore la disposition des salles du XVIIe siècle. En entrant à gauche le prétoire ; en face, le concierge et une écurie ; à l'étage, la bibliothèque et les archives. Le Présidial rendit la justice à cet endroit jusqu'en 1861, date à laquelle l'actuel Palais de Justice fut construit en face de l'actuelle préfecture de l'Aude.

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© ADA 11

Construction du Palais de justice

Vers 1830, le Conseil général fit construire une gendarmerie et une nouvelle prison, afin de remplacer les anciennes geôles de la rue de Verdun. 

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La prison et la gendarmerie face au square Gambetta vers 1910

Ces bâtiments se trouvaient sur l'emplacement actuel du groupe scolaire Jean Jaurès, inauguré en 1928 par le Président de la République M. Gaston Doumergue. Ils ont été rasés à cette occasion.

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Il reste quelques grandes cellules dépourvues de grilles dans le sous-sol de l'école Jean Jaurès, au niveau du préau. Gageons que dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine, un conférencier obtiendra l'autorisation de les faire visiter au public.

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Portes des cellules en réemploi dans le jardin d'un particulier

Au temps où les coupables étaient emprisonnés et jugés en la Cité, les exécutions avaient lieu sur le Prado. Là, y fut pendu à un arbre pour cause de duel le 21 décembre 1591, l'avocat général Gibron. AU XVIe siècle, celles-ci se faisaient au-lieu dit "Les justices", en bordure de la voie romaine (avenue H. Gout) dans le parc du chirurgien Héran. On y dressait les touches patibulaires. Il a été trouvé en ce lieu des pièces de monnaies d'époque romaine.

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A la Révolution, Jeanne Establet - dite Jeanne la noire en raison de son teint basané - accompagnée de Chanard et de Boyer, assassins du Procureur général syndic Verdier, furent guillotinés en décembre 1792 sur la place Carnot. Les petits délinquants étaient exposés au pilori sur la place des halles, actuelle place Eggenfelden. Un rond de pavés marque encore aujourd'hui l'emplacement de ce pilori.

Sources

La prison de Carcassonne / C. Boyer / Bull. SESA 1923

Le présidial de Carcassonne / J. Sablayrolles / Bull. SESA 1929

Antoine Labarre et remerciements à son fils Louis

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09:14 Publié dans Patrimoine disparu | Tags : cachots | Lien permanent | Commentaires (4)

21/05/2017

Qu'est devenue la Marianne du Sidobre ?

En 1971, à l'issue de la première phase des Jeux Intervilles animés par Guy Lux opposant Carcassonne à Castres, Jacques Limouzy - Maire de la commune Tarnaise - avait offert à Antoine Gayraud un buste de Marianne. 

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Cette Marianne était l'œuvre du sculpteur Castrais Jean Cros. Elle figura longtemps dans diverses expositions avait d'être livrée à la municipalité de Carcassonne. Celle-ci la mit ensuite dans la Salle des Mariages de l'actuelle ancienne mairie, rue Courtejaire. Si quelqu'un a vu cette sculpture en mairie, qu'il veuille bien nous la signaler. A défaut, nous considérerons qu'elle est allée rejoindre la liste de nos chers disparus.

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25/04/2017

Un vestige du XVIIe siècle provenant de l'ancien domaine de Salvaza

Monsieur Antoine Labarre fut un membre éminent de la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude. Nous lui devons énormément car grâce à son opiniâtreté et sa passion, un nombre conséquent d'objets de notre patrimoine a été sauvé de la destruction. Nous avons retrouvé une partie d'une dalle funéraire provenant de l'ancien domaine de Salvaza - aujourd'hui, entièrement rasé - qu'il avait conservé chez lui. Malgré ses propositions, aucune administration n'a finalement voulu de cette pierre.

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Memoriae illustri viri

(À la mémoire de l'illustre homme)

Nous avons retrouvé le courrier qu'il adressa à l'époque, au conservateur des monuments historiques. 

J'ai dans mes collections de vieilles pierres ; une de celles-ci est très intéressante car elle fait partie de notre histoire locale Carcassonnaise. Il s'agit d'une partie d'une dalle funéraire de dimension suivante : longueur 0,65 cm, largeur 0,63 et épaisseur 0,20 cm.

Pour vous expliquer l'intérêt de cette dalle, il est bon de remonter à l'Antiquité romaine du lieu de Salvaza, aujourd'hui propriété départementale et aérodrome de Carcassonne. Mahul dans son Cartulaire de l'ancien diocèse de Carcassonne, nous apprend qu'aux premiers siècles, Salvaza s'écrivait Sulminis ; nom romano latin du terroir, tout comme son voisin s'appelait Herminis. Vers le XIe siècle est signalé en ce lieu, un prieuré (Dictionnaire topographique de l'abbé Sabarthès). Les religieux qui occupèrent le lieu, le firent grâce au point d'eau. Une noria d'origine romaine, unique en son temps, creusée dans le sol rocheux de cette plaine, où le roc affleure de peu la surface en cet endroit.

Ces mêmes religieux élevèrent une chapelle dédiée à Saint Jean-Baptiste. Sur ce même site, ils élevèrent une petite maison forte, un manoir qui fut le début d'un prieuré. Mais le temps passant et le manque d'entretien, la Révolution fit de ces masures un bien national.

Au XVIIe siècle, selon la dalle dont je vais parler, un certain M. François du Cup, dont la famille de riches tisserands comme les Pelletier, les De Saix, avaient acquis une certaine notoriété. François du Cup était à cette époque, seigneur de Salvaza et jouissait de la considération des Carcassonnais. Il était Juge Mage ; c'est là l'essentiel et l'intérêt de la dalle qui nous occupe.

A sa mort, dont j'ignore la date, un magnifique mausolée en pierre locale fut élevé par la famille dans la chapelle du domaine ou à ses abords pour abriter et préserver ses restes. La Révolution confisqua les biens de cette noble famille et vendit les ruines à des roturiers, lequel utilisèrent les pierres pour construire des celliers et une maison d'habitation dans les restes du manoir antique qu'on appela la ferme Jacquot.

Les pierres du mausolée démoli traînèrent près de deux siècles dans le parc du domaine. Il y avait un entablement de plus de deux mètres de long, sculpté et représentant les attributs du temps avec la faux, le sablier et divers autres symboles et personnages dans cette pierre de Pezens réputée dans le Carcassès. Toutes ces pierres sculptées abandonnées jusqu'à nos jours et en partie mutilées traînaient dans les dépendances du parc de la propriété domaniale de Salvaza. La Chambre de commerce de Carcassonne, maître de la propriété dans son ensemble, décida d'agrandir où de nettoyer le domaine pour plus tard, y construire un hôtel pour les passagers des avions.

La ferme Jacquot (ancien prieuré) avec ses caves à vin fut détruite entièrement. Cette ferme avait dû être aménagée dans le temps en utilisant les restes du manoir. Car, à l'angle sud-ouest de la bâtisse, on remarquait une sorte de construction ronde qui avait dû être une tour avec l'escalier du manoir comportant quatre tourelles.

Dans les pierres de récupération jetées à la décharge de la sablière de La Conte à Carcassonne, il a été relevé plusieurs de celles-ci refendues pour faire des montants de fenêtres. Elles portaient des inscriptions latines qui avaient été tournées vers l'intérieur de la maçonnerie. Avant que la sablière ne soit recouverte de terre arable, les gens intéressés par ces pierres de démolition allaient récupérer les matériaux. C'est un de mes amis entrepreneur qui a construit notre maison qui sachant mes goûts pour l'archéologie me dit :

" Tu devrais aller faire un tour à la sablière de La Conte, où sont portées les pierres de Salvaza par l'entreprise Depaule".

Sur les conseils de mon ami, j'allais faire un tour à la décharge et je vis là une pierre de calcaire blanc, très dur, en bascule sur les gravats et retournée. J'eus l'idée, voyant sa forme, de passer ma main au-dessous. C'est ainsi que je constatais la présence d'une inscription occupant toute la surface du bloc. Nous chargeâmes cette pierre fort lourde de 150 kg environ et nous l'apportâmes chez nous.

Je relevais alors le texte écrit en latin. Je pris une photo et fis traduire l'inscription par Mgr Georges Boyer, pensionnaire à Béthanie. Il me montra combien était précieuse cette pierre pour l'histoire de notre ville.

Six à sept ans après cette trouvaille, comme je désirais qu'elle fut mise au musée lapidaire de la Cité, j'écrivais à l'abbé Paul - conservateur des Antiquités - pour qu'il vienne chez moi. Ceci, afin de vérifier si cette pierre méritait de figurer au Château comtal. Par lettre, l'abbé Paul me répondit qu'il serait défiicile de la mettre au musée. Sur cette réponse, elle resta dans ma famille.

Qui était François du Cup ?

Selon mes recherches, la famille du Cup (alias Ducup) était originaire de Caudiès-de-Fenouillèdes dans les Pyrénées-Orientales. Elle y possédait depuis 1400 une co-seigneurie. Son nom serait espagnol car avant le traité des Pyrénées, la catalogne appartenait à l'Espagne. Cette famille a formé plusieurs branches dans la province du Languedoc. Celle des seigneurs et marquis d'Issel s'est éteinte à la fin du XVIIIe siècle, vainque celle de Saint-Ferréol ; les branches des barons de Ricaud et Puybusque, des seigneurs de Salvaza et Homps, des barons de Moussoulens, se sont éteintes dans la courant du XIXe siècle.

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D'Azur à une bande d'or accompagné de deux étoiles d'argent

François du Cup, seigneur de Pédréga, Salvaza et Issel fut successivement avocat du roi au siège présidial de Carcassonne, premier président et lieutenant général en la sénéchaussée de Carcassonne, au siège particulier de Béziers. Dépouillé de cette charge en 1590 à cause de son attachement à la ligue, il fut commis la même année par le Parlement de Toulouse, qui soutenait la ligue, aux fonctions de Président Juge-Mage en la sénéchaussée de Carcassonne par arrêt du 5 mars 1590. François du Cup joua un rôle considérable dans les événements politiques du Languedoc durant les guerres de la Ligue. Il fut un des plus ardents soutiens et le conseiller habituel du Maréchal duc de Joyeuse, chef des ligueurs du Languedoc et du cardinal de Joyeuse, son frère.

La reine Marguerite de Valois, comtesse de Lauragais, le pourvut de la charge de Président Juge-Mage et lieutenant-général de la sénéchaussée de Lauragais au siège présidial de Castelnaudary par lettres du 8 octobre 1599. En récompense de ses bons et loyaux services, le roi Henri III lui fit don, en 1385, de la somme de 1000 écus. Il avait acquis, après 1565, de Gabriel Lhuillier, seigneur de Salvaza et de Rouvenac, trésorier du domaine royal, la seigneurie de Salvaza dans la banlieue de Carcassonne, avec moyenne et basse justice. Il fit, en 1595, l'achat au domaine royal du droit de lods et ventes dans ladite seigneurie. En février 1588, il acheta à Guillaume de Ménétral, la terre noble de Serres dans la banlieue de Carcassonne. Il acquit également la seigneurie d'Issel, près de Castelnaudary, dont le château devint sa résidence habituelle. Dans son testament, François du Cup demanda que son corps fut transporté dans l'église de Caudiès-de-Fenouillèdes, au tombeau de ses pères et mères.

Cette dalle funéraire sauvée par Antoine Labarre peut très bien être également celle de Jean-François du Cup, décédé le 10 avril 1639. Son corps fut porté le lendemain dans l'église Saint-Michel de Carcassonne, où le service funèbre eut lieu en présence du Chapitre et de Mgr de Lestang, évêque de Carcassonne. Après quoi, son corps fut inhumé dans l'église de Salvaza. Si tel est le cas, il est probable que la destruction du domaine de Salvaza par les services départementaux dans les années 60-70, ait également profané la tombe de François du Cup, seigneur de Salvaza. Aucun respect historique du lieu, comme ce fut très souvent le cas à Carcassonne...

Sources

La France moderne / J. Villain / Tome III / 1906-1913

Armorial d'Hozier du Languedoc / 1701-1800

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19/04/2017

La Samaritaine

On ne sait rien de l'origine, ni du nom de la statue qui ornait jusqu'à l'an passé, la fontaine de la rue du Pont vieux. Plusieurs hypothèses ont été avancées par les historiens locaux ; elle aurait été sculptée au XIXe siècle avec les restes de la vieille fontaine de la place Carnot. A défaut de pouvoir amener des éléments nouveaux sur l'histoire de cette statue, nous avons pu retrouver son nom.

La Samaritaine

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La fontaine vers 1900

L'origine de ce nom est purement et simplement tirée des Évangiles.

"Comme, se reposant près d'un puits, Jésus lui demande à boire, la Samaritaine s'étonne qu'il ose, lui, un Juif, lui demander de l'eau : les Juifs méprisaient les Samaritains et ne leur adressaient pas la parole. Jésus lui répond que l'eau qu'elle puise n'étanche pas la soif, mais que l'eau vive qu'il donne devient jaillissante et que quiconque en boit n'aura plus jamais soif."

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Dans ce quartier populaire de la ville, cette fontaine donnait l'eau courante aux riverains et l'hygiène quotidienne. Pas étonnant, si on s'est servi du mur de derrière pour promouvoir l'apéritif de Michel Sabatier : L'Or-Kina. 

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Notre Samaritaine, sculptée en grès de chez nous, s'est érodée au fil du temps. Elle a perdu le bras droit et surtout sa cruche d'eau, à gauche. En 2013, Monique Joseph - conseillère municipale - redonnait vie à la fontaine dont l'eau n'avait pas jailli depuis des années. En 2015, la municipalité décidait de déposer la statue pour la faire restaurer et faire repeindre le mur de derrière. 

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C'est aujourd'hui un beau fronton de pelote basque, car la statue ne reviendra pas. Il serait impossible techniquement de la restaurer compte tenu de l'usure de la pierre, dit-on. Pourquoi donc ne pas faire un moulage, où lui trouver un successeur ? Quant à l'endroit dans lequel elle a été entreposé, cela reste un mystère. Aucun service n'a voulu nous répondre sur ce point...

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Nous avons trouvé à Cevico de la Torre dans la province Castilla i Léon en Espagne, presque la même Samaritaine en bronze. Elle a été fondue en 1903...

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