12/08/2013

Une affiche de la distillerie Sabatier vaut-elle de l'or?

L'ancienne distillerie de Michel Sabatier située sur l'avenue du général Leclerc n'a pas encore livré tous ses secrets architecturaux et artistiques, comme nous l'avons découvert la semaine dernière. Nous allons nous intéresser aujourd'hui à une affiche publicitaire, dessinée pour vanter les bienfaits du produit phare de la distillerie: La liqueur de la Micheline.

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Cette affiche a été réalisée pour l'Exposition universelle de Paris en 1900. La majestueuse Cité de Carcassonne veille sur le Palais de la Micheline et sur la distillerie de l'Or-Kina. Vous remarquerez dans cette mise-en-scène, qu'on a volontairement agrandi l'ensemble des bâtiments de l'usine afin de leur donner davantage d'importance. La distillerie est presque aussi imposante que l'antique cité médiévale. Et pour cause... Tout le génie publicitaire de La Micheline repose sur une légende probablement inventée par Sabatier lui-même, selon laquelle il aurait retrouvé dans une des tours de la Cité en 1856 (la tour de l'Inquisition) un vieux parchemin. Celui-ci revélait la recette d'un antique breuvage dont lui seul connaisait désormais le secret de fabrication. Pourquoi Micheline? Tout simplement parce que l'inventeur en aurait été Michelin Boato au IVe siècle.

Une égérie de l'antiquité romaine, présente sur un plateau en or s'élevant au dessus de Carcassonne, les deux produits de la distillerie: La Micheline et l'Or-kina. Une femme à ses pieds en vénère le culte. N'oublions pas que Carcassonne dès le IIIe siècle était occupée par les romains. Sabatier triche sur l'origine ancestrale de son breuvage. Pour montrer qu'il a su traverser les âges, il n'hésite pas à se mettre en scène avec ses belles bacchantes, dans un costume théâtralisé de la comédie italienne du XVIe siècle. D'une main, il tient une coupe et de l'autre, un clairon de fanfare. Peut-être a t-il voulu également signifier ses origines limouxines, en référence au carnaval et à la Blanquette?

Sabatier, le mécène et le bienfaiteur de la ville, souhaite ainsi symboliser l'emprise de son pouvoir économique sur Carcassonne. A la fin du XIXe siècle, début XXe siècle, les industriels mettaient leur argent dans l'essor culturel de leur ville. Sabatier a financé le premier embrasement de la Cité en 1898, la venue des Cadets de Gascogne, les orchestres et orphéons de Carcassonne, le théâtre de la Cité...etc. Une rue porte son nom, entre la rue Trivalle et l'avenue Leclerc.

Léon-Louis Oury

Cette affiche a été dessinée par Louis Oury (1846-1929) qui n'est autre, s'il vous plaît, que le décorateur des plafonds du Grand-Escalier de l'Opéra Garnier.

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Nous pouvons aisément comparer le style utilisé par cet élève d'Isidore Pils avec celui de l'affiche de Sabatier. Le choix d'Oury n'est sans conteste, pas l'oeuvre du hasard. En effet, le patron de la distillerie était un féru d'opéra et s'y rendait régulièrement lors de ses séjours parisiens. Il avait même fondé avec son frère Jacques, une harmonie dans son usine.

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Nous avons retrouvé la bannière de l'Harmonie de la Micheline.

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Les employés de l'établissement formaient la phalange de musiciens de cet orchestre. Dès 1851, François Teysseyre avait créé la première école municipale de musique gratuite de Carcassonne.

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Le Palais de la Micheline à ses heures de gloire

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11/08/2013

L'Eden-théâtre, un joyau du XIXe siècle

Transformer un ancien théâtre du XIXe siècle qui reçut les plus belles vedettes de l'opéra et du Music-hall, en bureaux pour abriter les organisations syndicales. C'est où? Mais à Carcassonne bien sûr! Voilà un exemple qui démontre comment le politique a soigné et soigne encore ses intérêts électoraux, sur le dos de l'histoire, du patrimoine et de la culture. Au passage, je vous invite à observer les menuiseries en aluminium donnant sur le boulevard. Elles sont d'époque... Enfin, je veux dire de 1986. On pourrait au moins les changer, en harmonie avec les actuelles prescriptions de l'ABF. Quant à savoir si le façade est classée, c'est une réponse que je n'ai pas. Il faudrait y songer, non?

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"L'Eden-Théâtre" était en fait un Music-hall dont la construction remonte autour de 1910. Adossé à l'ancien rempart entourant la ville, son premier directeur était M. Duffaut qui dirigeait aussi le "Cinéma des familles". Ce lieu de spectacle avait une troupe d'artistes sédentaires dont les fers de lance étaient le comique Juguler, la fantaisiste Paulette Pastor et le chanteur Ruquet. L'affaire tourna jusqu'à la fin des années 1920 mais devant son manque de rentabilité, le directeur de l'époque M. Chatenet dut se rédoudre à transformer L'Eden en cinéma. Quelques années plus tard avec l'arrivée du cinéma parlant, l'établissement fut le dernier du genre à fermer ses portes. Les vieux carcassonnais parlaient de ce théâtre comme d'un petit bijou avec son balcon et ses tentures. Le rideau de scène avait été décoré par Louis Bugnard. Juste avant que, sous l'impulsion de Raymond Chésa, on ne le sauve de la destruction et on le transforme en "Maison des syndicats". En 1986 mon oeil d'adolescent curieux s'était glissé furtivement en son antre. Là tout n'était que désolation car pendant des années on avait laissé pourrir un lieu, qui aurait fait aujourd'hui le bonheur de jeunes artistes. Des syndicalistes dans un lieu de spectacle? Pourquoi pas, ils n'ont pas leur pareil parfois pour mettre en scène leurs manifestations...

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17/06/2013

Les plaques émaillées Michelin à Carcassonne

L'aventure des plaques en lave émaillées débute dès 1910 grâce à André Michelin. Ce dernier en prenant soin d'apposer le nom de son entreprise, offre gratuitement ses panneaux de signalisation aux municipalités françaises. Rapidement fleurissent "bornes d'angles", "poteaux", "murs" et "panneaux muraux" et en 1931 ses signaux sont officiellement homologués. Vous trouverez encore au détour d'un chemin ou d'une route, sur un mur, près d'un pont quelques vestiges que la DDE n'a pas encore relevés. A titre d'exemples: à la sortie de Villepinte en direction de Toulouse, sur le pont de Trèbes, sur la route de Conques après le carrefour de Bezons mais aussi à Carcassonne...

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Cette plaque en lave émaillée a été apposée contre une maison à l'entrée de l'avenue Arthur Mullot, la veille de la déclaration de guerre en 1939. Sa jumelle lui fait face de l'autre côté de l'avenue. Chaque plaque Michelin a dans le coin inférieur droit, sa date de fabrication.

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A l'entrée de l'avenue Arthur Mullot... la cité c'est par là.

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Voici le seul panneau directionnel de la ville encore debout, celui date de 1965. Il est planté dans le bitume de la route minervoise, à la sortie de la ville, près de la Maison de retraite du canal. C'était l'époque où la 118 était encore un route nationale avant que l'état ne transfère son entretien au département. C'est le témoin d'un savoir faire, de l'histoire routière française... alors conservons-le, car avouez que c'est plus sympa que les nouvelles signalétiques.

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Sur cette image prise du film "Le corniaud" de Gérard Oury, tourné à Carcassonne en 1964, on aperçoit un panneau directionnel comme celui de l'avenue A. Mullot. Ce dernier était visiblement posé contre le mur du cimetière de la cité près de la porte Narbonnaise. Sur la gauche, pas encore de route vers Montlegun, ni de parking et encore moins d'hôtel. Quant au panneau, il a disparu et seules des traces sur le mur peuvent encore témoigner de son emplacement... pour ceux qui le savent. Si quelqu'un le trouve au parc municipal, qu'il veuille bien se manifester ici.

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13/06/2013

La chapelle de Sainte-Croix, à jamais disparue (suite)

A la suite de l'article d'avant-hier sur la chapelle de Sainte-Croix, la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude m'a fait parvenir des éléments complémentaires issus des travaux d'Antoine Labarre, réalisés en 1969. Au nom des lecteurs de ce blog, je remercie son trésorier M. Michel Prun et l'ensemble du bureau de cette illustre association.

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Plan en coupe de la chapelle Sainte-Croix détruite en 1966

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Aquarelle de Mme P. Andrieu peinte en 1925

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La chapelle en 1966

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La même situation en 2013

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Le chevet de la chapelle en 1966

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06/06/2013

Gambetta: un effroyable jardin

Il y a dans Carcassonne une esplanade qui fait l'unanimité contre elle à l'entrée de la ville, au coeur du parcours touristique vers la cité: Gambetta. Nous allons essayer de tracer le parcours de ce projet et d'en constater les dégats...

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Il était une fois, un squaremagnifique qui faisait la fierté des habitants de Carcassonne.

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Là, tout n'était qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté.

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Malheureusement, les allemands firent détruire ce havre de paix en 1944 pour des raisons de défense.

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La remise en état après la libération est confiée à M. Brice, architecte paysagiste, par délibération du conseil municipal en date du 25 juillet 1946. Le nouveau jardin fut ouvert le 10 juin 1948. Ensuite au début des années 70, on va installer une fontaine avec des jets d'eau et creuser des canaux, dans lesquels viendront se poser de beaux cygnes. Nous allions avec nos parents donner du pain à ces animaux et cela reste dans nos souvenirs. Dans ce nouveau square, il y avait aussi des statues (Paul Lacombe, Déodat de Séverac et Paul Sabatier) et des jeux pour les enfants.

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La municipalité Chésa décide en 2001, la construction d'un parking souterrain sous le square. Personne alors, ne semble s'opposer à ce projet qui va mettre plusieurs années à se réaliser. Le jardin dans sa version 1970 est alors livré à la pioche des engins de chantier à partir de 2004. Il va rester dans cet état végétatif pendant deux ans, comme une verrue au centre d'un écrin historique. En 2008, la majorité municipale portée par Gérard Larrat décide de reprendre les travaux... Mais voilà... le projet d'architecte retenu par la ville, semble plaire aux élus en charge du dossier. Il s'agit de l'atelier REC. Voici sur son site la présentation de son travail et chacun appréciera... ou pas:

L'aménagement urbain du square Gambetta joue sur deux plateaux : un urbain avec ses promenades et un plateau fonctionnel en sous-sol jouant le rôle de parking. Ce lieu a deux fonctions : celui de desserte du parking qui vient désengorger le réseau voirie, et parallèlement celui de pôle avec sa grande esplanade. Cette dernière fait partie intégrante de la ville grâce à un jeu de dalles, de carrés de pelouse qui amènent visuellement les passants d'un point à un autre de la place. De plus les objets viennent ponctuellement offrir des espaces semi-couverts et orienter physiquement les promeneurs tout en créant des événements sur l'esplanade. Ce projet offre enfin la particularité d’être minéral mais aussi végétal par l'importance des essences mises en place.

http://www.architectesonline.com/architecte-rec-projet_26...

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Le projet est présenté dans le Magazine municipal d'informations "Carcassonne, ta ville" à l'automne 2006. L'image est très petite, mais en l'agrandissant on s'aperçoit de ce qu'allait devenir notre beau jardin. D'ailleurs, on parle d'aménagement de l'esplanade Gambetta. Cela y est, on vient unilatéralement de débaptiser le square, en faisant fi de l'histoire sentimentale des carcassonnais avec ce lieu. Fallait-il à cette époque s'en émouvoir, quand on sait qu'il n'existe qu'une minorité de carcassonnais pour défendre le patrimoine? Bref, pas de comité de défense pour le square!

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Le chantier est énorme et coûtera la bagatelle de 12 millions d'euros (source: ville de Carcassonne). Sa livraison doit être prévue pour 2008, l'année des élections municipales. On a mis 6 ans pour débuter les travaux et seulement deux ans pour les achever. "Vite et bien, ne marchent jamais ensembles", comme disait ma grand-mère!...

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Voici le résultat! Si je suis méchant, je dis que l'on a retenu le plus mauvais architecte. Savez-vous que pour masquer cet emplâtre de Trésorerie générale, hérité des années 1950, il était prévu l'élévation d'un mur d'eau. On a modifié le plan urbanistique de la ville, puisque on a coupé le tracé historique du boulevard Camille Pelletan à Jean Jaurès. Les véhicules de secours doivent désormais contourner le square pour rejoindre le boulevard. Autrefois, ils avaient un accès direct.

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 Quand on a fait les travaux de terrassement, les fouilles archéologiques ont été baclées et pourtant il y avait un ancien couvent sur ce lieu. Les rares éléments des fouilles, devaient intégrer des vitrines placées dans le parking. Vous les avez vues quelque part, vous? Trois ans après, voici ci-dessous un triste constat qui coûte et coûtera au contribuable carcassonnais...

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Sur ces plaques, il y a des jets d'eau qui ne fonctionnent plus.

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Les dalles sont régulièrement cassées sous le poids des camions (Magie de Noêl, spectacles du festival, marché du samedi...). "Y a calqun qué pagara", comme disait mon grand-père!

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Les dalles se chevauchent et les personnes agées comme les enfants, peuvent tomber avec les conséquences que l'on connaît. Est-ce une faille technique ou un effet de style?

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Le mobilier urbain est déjà rouillé, quatre ans après sa pose. Il comprend des bancs, des banquettes et des corbeilles à papier. L'ensemble de la gamme "Cléa" a été commandé et acheté chez une société toulousaine "Univers et Cité", basée à Castanet Tolosan. Les bancs pour à-peu-près 500 euros pièce (il y en a plus d'une vingtaine), sans compter les corbeilles.

http://www.univers-et-cite.com/mobilier-urbain/reference/...

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La ville prend l'électricité pour éclairer cette esplanade, en tirant un fil au dessus de la route. C'est très écolo et surtout très beau et efficace.

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L'espace dans les virages est des plus restreint et il est périlleux d'y circuler. Il y a eu de nombreux accrochages à ces endroits, où le passage des camions est absolument impossible.

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Enfin, le gazon qui n'est vert que l'hiver faute de drain suffisant, est la proie des véhicules des marchands ambulants. Ceux-ci passent dessus en laissant des ornières, les samedis pour le marché. En conclusion, je dirais que cette esplanade est une vaste gabegie dont nous payons et paierons la note longtemps.

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La statue d'Héléna sculptée par Sudre en 1902 et qui se trouvait au fond du Square Chénier, a été posée en 2010 face à l'avenue du général Leclerc. D'ailleurs sait-on que la maquette en marbre se trouve au Musée des monnaies et médailles de Perpignan (photo ci-dessus)? Voilà une bien maigre consolation en regard des autres oeuvres d'art remisées au serres municipales et qui attendent depuis des lustres un lieu d'exposition.

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Il faut bien tenter de redonner un peu de fraîcheur à ce square devenu par la force des choses, une esplanade soviétique. Actuellement, elle accueille les oeuvres éphémères de Marc Walter. Elles sont réalisées avec des branches issues de l'élagage des platanes de Carcassonne. Un projet pérenne, cette fois, est à l'étude dans les bureaux des services de l'urbanisme de la ville de Carcassonne.

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Où est passée l'urne des déportés carcassonnais?

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Prenez-le temps de bien regarder cette carte postale du square Gambetta tel qu'il était avant 2003. Bien, c'est fait? Au pied du monument à la résistance sculpté par René Iché en 1948, il y avait une urne en fonte. Celle-ci contenait de la terre ramenée par les déportés du camp de Buchenwald. Elle avait été déposée à cette endroit lors d'une cérémonie officielle, le 22 août 1948 (Lire: Léon Riba/ Historique sommaire et origines de propriété de la ville de Carcassonne/ 1948). Le symbole est donc très fort, mais l'oubli l'est hélas plus encore...

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Une fois le square Gambetta rasé en 2006 et le parking souterrain inauguré en 2008, on a déplacé le monument qui se trouve aujourd'hui, place Davilla. Vous ne remarquez rien? Au pied... Oui, l'urne a disparue et n'a pas été remise en place. C'est l'observation que j'ai faite hier soir. La question est donc la suivante: Où est donc passée cette urne? J'ai alerté les élus et j'espère bien qu'une réponse va pouvoir m'être donnée rapidement. Allez, on croise les doigts?

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