29/11/2013

L'histoire industrielle de la confiserie Durand

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Seuls les quadragénaires dont je fais partie, n'ont jamais pu déguster les excellents marrons glacés de la confiserie Durand. Les récits des gourmands sur la valeur gustative de ce produit sortie de l'usine Carcassonnaise, donnent l'eau à la bouche à tous ceux qui les écoutent...

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Antoine Durand (1827-1904) fonde en 1869 à Carcassonne, une usine de fruits confits et de marrons glacés. Les bâtiments sont construits dans la rue Antoine Marty et une cheminée de 14 à 18 mètres est élevée en son sein. Après 1884, le quartier va peu à peu se développer et les nuisances olfactives vont contraindre en 1925 Antoine Durand, à porter sa cheminée à 30 mètres de hauteur (Photo ci-dessus: Claude Marquié)

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Abricots confits, marrons glacés et marmelade en pommes confites récoltées dans la vallée de l'Orbiel sortaient des ateliers de fabrication de Carcassonne, mais également de l'usine de Carpentras. On retrouvait les produits de la confiserie chez Félix Potin ou aux Nouvelles Galeries, grâce à une succursale 7 rue du Louvre à Paris.

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Les anciens locaux parisiens de la confiserie Carcassonnaise, 7 rue du Louvre à Paris.

Fort de sa réussite industrielle, Antoine Durand devient Président de la Chambre de commerce de Carcassonne de 1897 à 1905 et maire de la ville de 1890 à 1896. Pendant ce temps, l'usine embauchait de nombreux ouvriers à temps plein et à l'automne, des intérimaires féminins pour compléter les effectifs.

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Le bel hôtel particulier d'Antoine Durand sur le boulevard Barbès.

La concurrence étrangère vint peu à peu à bout de la belle aventure industrielle de la confiserie Durand. Après la seconde guerre mondiale, l'activité devint saisonnière et ne produit plus que des marrons glacés en hiver.

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L'entrée de l'usine dans la rue Antoine Marty en 1971

La confiserie cessa définitivement toute activité en 1975

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Les locaux désafectés de 3000 m2 avant leur destruction en 1982 (photo: Claude Marquié)

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Sur l'emplacement de l'usine Durand, on a construit ce bâtiment dans la rue Antoine Marty

La confiserie comptait une centaine d'employés, parmi eux se trouvait une secrétaire de direction dont Jean Ourliac avait recueilli le témoignage, voilà bientôt vingt ans. Ce fidèle lecteur, professeur d'histoire de son état, a accepté de me conter les souvenirs révélés par son ancienne voisine. Il s'agit là d'un récit absolument inédit, transmis oralement et que ce blog est fier de retranscrire. Nous nommerons cette personne "Germaine" pour une meilleure compréhension rédactionnelle.

Le Témoin

Germaine après avoir travaillée à l'imprimerie Roudière, a suivi des cours de sténo-dactylo. Une fois le diplôme en poche, elle entre comme secrétaire à la confiserie Durand dans la rue Antoine Marty. Peu à peu, elle gagne la confiance du patron et devient sa secrétaire particulière. Elle s'occupera des embauches. Juste avant la seconde guerre mondiale, l'entreprise est dirigée par les deux frères Durand, André et Christian. Ils ont repris l'affaire de leur aïeul Antoine, fondateur de la confiserie. Germaine y fera toute sa carrière jusqu'à la fermeture et la liquidation de l'usine en 1975.

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Antoine Durand (1827-1904) avec son écharpe de maire de Carcassonne. 

Organisation du travail

Les ouvriers de chez Durand étaient répartis en deux sections: les permanents et les saisonniers. Ces derniers étaient recrutés pour faire la saison des marrons glacés à partir de l'automne. L'embauche se faisait sur la foi du bouche à oreille et de la moralité des candidats. Des ouvrières choisies pour leur travail soigné et méticuleux s'occupaient des expéditions et de la mise en boite des marrons. Il ne fallait surtout pas qu'ils puissent être brisés dans les nombreuses commandes destinées au marché national.

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Une des salles de travail à la fermeture de l'usine 

Conditions de travail

Le travail était de deux types: à l'usine et à domicile. Pour ce dernier, les ouvrières emportaient chez elles les marrons pour les écorcher. Afin d'éviter les nombreux vols constatés, les sacs étaient d'abord pesés. Une fois le travail terminé, les ouvrières devaient ramener à l'usine non seulement les marrons mais aussi les écorchures. Les restrictions de nourriture qui durèrent même après la guerre, amenèrent certaines employées à se servir dans les stocks. C'était l'assurance d'un renvoi immédiat en cas de flagrant délit. En ce qui concerne le travail à l'intérieur de l'usine, il s'effectuait de jour et de nuit dans des conditions pénibles.

Les marrons glacés

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Boite de marrons glacés pyrogravées 

Ce qui faisait la grande qualité gustative des marrons glacés de chez Durand, c'etait leur extrême fraîcheur. Le conditionnement s'effectuait uniquement qu'avec des marrons dont le glaçage, ultime étape de fabrication, venait de s'achever. L'usine se fournissait en marrons entiers à Turin (Italie), car le fruit de cette région n'était pas friable. Les autres venaient de la vallée de Fitou, dans les Corbières. Chez Durand, rien ne se perdait, les brisures étaient vendues à part ou allaient dans la confection de la crème de marrons. Ce résultat qualitatif demandait aux ouvrières un tour de main fort pénible, car il fallait décortiquer la seconde peau des marrons sans se brûler les doigts.

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Conserves de chez Durand (photo: Jean Ourliac)

Les fruits confits

Le confisage était le domaine réservé du frère du patron. Contrairement au marrons fabriqués sur le moment, les fruits confits devaient macérer dans le sirop pendant plusieurs jours. C'était le cas pour les orange confites, véritables délices produits par la confiserie Carcassonnaise.

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Bocaux de confiture (photo: Jean Ourliac)

Pendant la seconde guerre mondiale, l'usine manqua de sucre pour élaborer ses produits. Elle testa pendant un temps une préparation à base de raisiné (compote cuite dans le jus de raisin réduit) pour le remplacer. Le résultat ne fut pas à la hauteur et par chance, elle réussit non sans difficultés à se fournir en sucre.

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Dénoyauteur à cerise de chez Durand (photo: Jean Ourliac)

La confiserie avait passé un marché avec l'Angleterre, pays pour lequel elle fournissait des cerises confites pour la fabrication des cakes.

Les causes de la fermeture de l'usine

La confiserie, si prospère autrefois, ne fabriquait plus que des marrons glacés au moment des fêtes de fin d'année. La concurrence avait eu raison des autres secteurs d'activité et bientôt du dernier produit phare de la marque. Le coup de grâce intervint au moment où l'entreprise perdit le marché parisien.

La mort prématurée de l'un des deux frères plomba le devenir d'une affaire familiale sans repreneurs. Les enfants des patrons avaient suivi une autre voie. L'un est professeur de médecine à Toulouse, l'autre était architecte et avait fait édifier l'actuel bâtiment en béton sur l'emplacement de l'ancienne usine dans la rue A. Marty.

L'entreprise ne s'est jamais modernisée. Les conditions de sécurité du personnel dans des bâtiments et du matériel obsolètes, étaient devenues incompatibles avec les temps modernes. La chaudière tournait toujours au charbon et l'usine puisait toujours l'eau de son grand puits. A ce titre, Durand n'a jamais payé un centime d'eau à la ville.

Epilogue

L'aventure industrielle de la confiserie Durand s'acheva en 1975. L'ensemble des matériels et des cuivres partirent chez les ferrailleurs et l'entreprise fut liquidée. Hélas, les documents partirent à la benne comme d'ailleurs les photographies des ouvrières que Germaine gardait chez elle. Qui sait... Un lecteur a t-il dans un vieil album encore quelques photos à nous transmettre? Ce qui est triste c'est que désormais à Carcassonne, ont n'évoque plus l'industrie qu'avec des souvenirs!

Source:

Claude Marquié/ Hommes et métiers au fil du temps

Souvenirs de "Germaine" transmis par J. Ourliac. Un grand merci à lui

Crédit photos

Claude Marquié, Jean Ourliac, Marthe Plessis

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23/11/2013

Le 17e régiment de dragons de Carcassonne

Cette unité de cavalerie de ligne fut de presque toutes les campagnes menées par Napoléon 1er. Attachée au 16e Corps d'armée (Quartier général à Montpellier), elle constitue la 16e brigade de cavalerie dont le quartier général est à Carcassonne de 1871 à 1914. Le 17e régiment de dragons est en garnison dans la caserne qui porte aujourd'hui le nom du général Laperrine.

1897

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Le général de division Marie Louis Garnier des Garets (Grand Officier de la Légion d'honneur en 1898)commande le 16e Coprs d'armée de 1897 à 1898. Né à Trévoux dans l'Ain le 11 février 1838, il est décédé le 19 mars 1937.

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La 16e brigade de cavalerie est contituée par les 17e dragons (Carcassonne) et le 13e chasseurs (Béziers). Elle est commandée par le général de Benoist.

Le 17e dragons est quant à lui commandé par le colonel De Lagréné. A ses côtés: De la Panousse (Lieutenant-colonel), Valicon et Desprez (Chefs d'escadron), Burck (Major), Simon (Capitaine instructeur), Hugel (Capitaine trésorier), Bronne (Lieutenant), Mesnard (Officier d'habillement, capitaine), Roques (Porte-étendard, lieutenant), Mary (Médecin-major), Raspal (Médecin-aide major), Garouste, Ferrand et Grosjean (Vétérinaires), Collomb, Pailler, Gasser, Louvel, Dutrey (Capitaines-Commandants), Crouseilles, Galand, Boutan, Carrez (Capitaines en second), Doutre, Galbrunern D'Uston de Villerdglan, Dutrop, De Guibert (Capitaines en second), Ollivier, De Fournas-Labrosse, Souville, Lanne, De Combarieu, De Martin de Viviès, d'Arboussier, De Bonnefoy, Matry (Lieutenants en second), Paulhac, Favin, Lévêque, Rozan, Poitevin (Sous-lieutenants).

1904

 

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Le général de division Marie-Antoine-Édouard Blancq commande le 16e Corps d'armée à partir du 1er décembre 1903 jusqu'en 1906. Blessé à la bataille de Froeschwiller par un éclat d'obus, il a perdu son oeil droit. Capitaine au 23e bataillon de chasseurs à pied (1872), Commandant le 16e bataillon de chasseurs à pied (1883), Colonel en novembre 1851, Général de brigade en novembre 1896, Général de division en octobre 1901. Né à Nay (Basses-Pyrénées) le 14 mai 1844, il est décédé le 27 août 1909.

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Le 17e régiment de dragons est commandé par le Colonel Édouard Harduin de Grosville (1er juin 1849 à Rivière (62) - 12 décembre 1908 à Paris). 54e promotion de Saint-Cyr 1868-1870.

A ses côtés: Peter (Lieutenant-colonel), De Malherbe, Schultz (Chefs d'escadrons), De Chivré (Major), De Talhouët (Capitaine-instructeur), Falentin (Capitaine trésorier), Raynal (Lieutenant), Rambourg (Officier d'habillement, capitaine), Guyon (Porte-étendard, Lieutenant), Merlat (Médecin-major), Monbet (Médecin en second), Collomb, Simon, Galland, Toulouse, Bayonne (Capitaines-commandants), De Guibert, De Mauléon, Genq, Eudel du Gord (Capitaines en second), De Bonnefoy, Roques, de Combarieu, Laune, de Sainte-Aulaire, Raynal, de Poitevin, Ithier, Bourgade, Simon, Marin, de Voisins-Lavernière, Féméliaux, Toussan, Guyon, Barrio, Clermont, Gaye, d'Exéa, Cossart (Lieutenants), De la Vieuville (Sous-lieutenants).

Cavalier du 17e dragons de Carcassonne

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André Rivière (1879-1930), cavalier au 17e dragons vers 1900

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Sabre du cavalier Rivière, conservé par son arrière petite fille C. Blanchard

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Autres commandants de la 16e brigade de cavalerie de Carcassonne:

De Lignières (1879), De Novion (1886), De Benoist (1893) Llanas (1902)

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16/11/2013

Le pensionnat de Mlle Sèbe

Mlle Sèbe fonde un pensionnat vers 1880 dans la rue de Verdun dont les bâtiments se trouvaient à côté de la chapelle des dominicains (ex N°13). Elle achète l'établissement à madame Maure, épouse d'un professeur de philosophie du lycée.

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La directrice (au centre) était une femme corpulente. Le pensionnat comptait en 1905, près de 40 internes et 205 externes. L'enseignement était dispensé par madame Pomiès (Histoire-géographie), monsieur Vergé (Sciences), mesdames Latché et Valette (Français), mademoiselle May Byrne (Anglais) et madame Webfter (Musique). Les petites classes étaient dévolues à madame Bonnafous aidée par Mlle Adèle Oustric (soeur d'Antoinette et d'Albert Oustric). La journée se passait de la sorte: Lever à 7 heures, toilette, demi-heure d'étude avant le petit déjeuner servi à 8 heures, déjeuner à midi avec vin à volonté, goûter, dîner avec potage toute la semaine sauf le vendredi. Le dimanche on mangeait du poulet garni avec des légumes de saison et le soir, rôti de porc avec des frites. A noter que la cuisinière, Eugénie, était forte et un peu sale. Elle possédait un gros chien noir, poilu et plein de puces qu'elle gardait dans sa chambre.

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Au moment de la distribution des prix, les élèves construisaient une estrade dans la cour. On y jouait ensuite des pièces de théâtre avec les accessoires prêtés par l'antiquaire Lambrigot.

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La maison d'antiquités Lambrigot occupait la chapelle. Après la guerre de 1914, l'ancienne pension Cèbe devint "Institution Jeanne d'Arc".Les élèves portèrent alors un uniforme bleu-marine avec veste tailleur, jupe plissée et chapeau rond à rebord. Ils étaient tenus de porter des gants blancs, comme d'ailleurs les externes (même pour traverser la rue). Malgré un enseignement dispensé par des laïques, il fallait que tous les élèves sans exceptions se rendent à la messe le dimanche et aux vêpres. Pour la fête de sainte Jeanne d'Arc, les rebords des fenêtres étaient décorés de lampions multicolores.

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A l'époque de la pension Sèbe, on accédait par un couloir dallé donnant sur une cour carrée pavée de galets. Au fond, un autre couloir conduisait à la cour principale entourée par les classes et le préau. Au premier étage, il y avait le réfectoire, le parloir avec un grand clavecin et une partie des dortoirs. A sa suite, l'institutions Jeanne d'Arc fit l'acquisition de l'ensemble de l'immeuble de la rue de Verdun. Elle eut ainsi deux sorties, l'une rue Aimé Ramond et l'autre dans la rue Coste-Reboulh. Sur cette photo, à l'emplacement de l'agence immobilière il y avait deux fenêtres à barreaux (voir gravure Lambrigot). L'une était le logement des concièrges, deux femmes assez agées avec un chignon sur la tête. L'autre, le parloir dont la porte donnant sur le couloir a été murée était au départ le bureau du quincaillier Pouchelon. Cet artisan était sur cette photo d'aujourd'hui, à droite du porche.

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L'Institution Jeanne d'Arc quitta les lieux en 1929 et alla s'installer dans la rue Victor Hugo où elle est encore. La chapelle des dominicains devint alors, la mercerie-bonneterie de Joseph Fourès. Les bâtiments de l'école devinrent en majorité des appartements. A l'ancien parloir s'installa l'herboriste Alexandre Renaud qui jouait à l'ASC. L'ensemble de l'immeuble au rez de chaussée fut modifié. D'abord en 1933 par Robert Ducos. A droite du couloir, il fit un bar à café (Café Biec et biscuits Curat-Dop) et à gauche, une épicerie. La devanture resta en l'état jusqu'aux années 1960 puis, il céda l'épicerie à madame Lauze. Nous reviendrons prochainement sur ces transformations avec l'actuel hôtel de la poste.

Source: A. Raucoules

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08/11/2013

Le moulin de Cucurnis

Si vous prenez souvent la route de Toulouse en direction du centre commercial Leclerc, peut-être avez-vous remarqué sur votre droite avant d'arriver au rond-point Pompidou un ancien moulin. Il s'agit du Moulin de Cers du domaine de Cucurnis. Bien entendu, tout ce qui l'entoure est désormais une zone pavillonnaire mais ce n'était pas le cas il y a encore 30 ans...

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Cette photographie a été prise en remontant du rond-point Georges Pompidou vers la ville, car on voit mieux le moulin sur la gauche. Pour y aller directement, descendez et prenez la dernière à droite avant le rond-point. Vous serez alors sur l'ancien chemin menant au domaine de Cucurnis, avant que la rocade ne vienne le fracturer et le couper.

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Voici une vue du moulin dans son jus au début des années 1980 quand les vignes lui donnaient encore un aspect champêtre. On dirait même que les arbres à l'intérieur lui faisaient un coiffure Rock and roll. Bref, ce champ avait la banane avant d'être bitumé...

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Au même endroit aujourd'hui. Le moulin a été restauré mais les champs ont disparus. Il a d'abord servi de bureau à un agent immobilier pour vendre les maisons qui l'entourent, puis a été inséré dans l'une entre elles. Il faut se réjouir qu'il ait été conservé et réhabilité.

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L'ancien chemin menait au domaine de Cucurnis situé en contre bas de l'actuelle rocade ouest. Il fut créé à la fin du XVIIe siècle par la famille Rivals, mais ce sont les nouveaux propriétaires M. Cucurny ou Cucurnis qui lui donneront ce nom. Par alliance la famille Blanc en hérite au XIXe siècle, reprend l'exploitation maraîchère et plante quelques vignes. Les anciens se souviendront que M. Blanc était le plus important producteur de melons. Il venait les vendre sur le marché de la place Carnot. Son fils, Jean Blanc, est Docteur en histoire et auteur de plusieurs ouvrages de référence sur Carcassonne et sur le département de l'Aude.

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Ce moulin à vent avait paraît-il conservé sa meule à l'intérieur et pendant la seconde guerre mondiale, c'était une cache pour les résistants carcassonnais. Les restes rouillés d'un char d'assaut allemand sont même restés longtemps en bordure de ce champ.

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Une vue en 1980 de la route de Toulouse (N113) et du moulin de Cers sur la droite. A droite, la rocade ouest au début de sa construction et le champ dans lequel on construira plus tard le centre E. Leclerc.

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Le même endroit en 2012

Sources:

JL Bonnet, Carcassonne d'hier à aujourd'hui, 2005, p.617

Crédit photos:

1. Google maps

2 à 5. Darcy Vegas

6. Extrait de Carcassonne, quartiers et faubourgs au fil du temps, Henri Alaux

7. Geoportail

Un grand merci à Darcy Vegas pour sa contribution.

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29/10/2013

L'église du loup

Il y avait depuis un temps immémorial à la sortie du hameau de Villalbe en direction de Lavalette, dans l'actuel domaine de St-Geniès, un prieuré réuni au Châpitre Cathédral de Carcassonne. Dans le champ de l'autre côté de la route, faisant face au domaine, une église avec un cimetière adossé à celle-ci était communément appelée "Glèisa d'al loup". A la mort de St-Gimer, évêque de Carcassonne, on vint l'inhumer près du Prieuré. Or pour une raison inconnue, si son corps fut bien enterré là, en revanche sa tête fut déposée en bordure de l'actuelle route de Lavalette. Une croix des rogations en matérialise de nos jours encore l'endroit. Quelques jours après, plus rien ne tourna rond: les poules ne pondèrent plus, les vaches marchèrent à l'envers... Devant ce phénomène inexpliqué, on remit la tête avec le corps de l'évêque et tout rentra aussitôt dans l'ordre.

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Au premier plan, le champ dans lequel se trouvait "l'église du loup"et son cimetière. Les anciens nous rapportent qu'on y trouva des ossements humains au cours de nombreux labourages et qu'une vue aérienne prise lorsque le champ n'était pas en semailles matérialise parfaitement son emplacement. Dans le fond, entre les sapins, le domaine de St-Geniès (aujourd'hui, à l'abandon)

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La croix de St-Geniès où l'on aurait déposé la tête de l'évêque St-Gimer au début du Moyen-âge...

En ce temps là, Carcassonne était entouré de fôrets et dans la Malepère toute proche en entendait les hurlements des loups. Ceux-ci livraient de terribles batailles pour défendre leur territoire de chasse et jour... Une laie s'étant aventurée avec son marcassin un peu trop près d'un loup, celui-ci tenta alors de faire avec son petit un bon déjeuner. Afin de défendre sa progéniture, à grand coup de boutoir la laie réussit à mettre en fuite le loup qu'elle blessa sérieusement. L'animal vint se réfugier au domaine de St-Geniès, possession de l'évêque St-Gimer depuis 931. Là près du Prieuré, un moine du nom de frère Rémi voyant la bête ensanglantée, sans prendre peur, pansa ses plaies et la sauva d'une mort certaine. L'animal ne manifesta aucune hostilité envers le religieux et put repartir en direction de la fôret. Les troubadours dans leur chanson de geste rapportèrent cette histoire et les habitants de Villalbe nommèrent cette chapelle "la glèisa dal loup".

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Après la croisade contre les Albigeois, le domaine de St-Geniès devint la possession de Guillaume de Voisins. L'église du loup avait subi de nombreux dommages et les habitants très attachés à leur chapelle demandèrent que l'on construise avec les matériaux récupérés, une nouvelle église dans Villalbe-haute. Ce fut fait en 1784 et c'est l'église dédiée à l'assomption de la vierge que l'on connaît aujourd'hui dans le hameau. Le compoix de 1714 nous apprend que le bâtiment de l'ancienne boulangerie de la Grand'rue (aujourd'hui la cantine de l'école primaire) était un presbytère. Cela explique pourquoi au cours de la réfection du pétrin du boulanger en 1976, on a découvert dans le mur une croix du XVIe siècle d'une exeptionnelle valeur archélogique.

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Madame Vialade, propriétaire de la boulangerie de Villalbe, fit don de cette croix à la paroisse. En 1976, l'Abbé Maurice Vidal la fit sceller à l'intérieur de l'église du hameau et encore aujourd'hui elle illumine son transept. Il s'agit d'un bel ouvrage d'art de grande dimension à double face; d'un côté le christ et de l'autre la vierge et son enfant. La branche transversale mesure 50 centimètres et est ornées de bagues et cabochons aux extrémités. S'agit-il de la croix de l'église de loup? Mystère...

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26/10/2013

Vestiges des anciennes fonderies carcassonnaises

Notre ville possédait plusieurs fonderies entre la seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle. Cette activité est directement liée à l'essor de la viticulture dans l'Aude pour laquelle il fallut construire une mécanisation nécessaire à son développement: pompes, charrues, sulfateuses...etc. Nous allons voir dans cette chronique qu'il existe encore en ville quelques vestiges discrets, précieux et méritant d'être sauvegardés malgré l'indifférence dont ils font l'objet. C'est à cet examen que j'ai procédé lors de mes déambulations pédestres dans Carcassonne.

La fonderie Sicre-Arnaud

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Sans un coup de chance, rien ne permettait de penser que cet immeuble situé au 63 rue d'Alsace était celui de l'ancienne fonderie Sicre-Arnaud. Elle fut reprise avant sa fermeture dans les années 1930 par A. Radigales, Ingénieur des Arts et Métiers. Fonderie et constructions mécaniques, elle produisait des pompes, moto-pompes, pressoirs, cuves, robinetterie...

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En passant par le proche, rabattu sur le côté et visiblement inutilisé, l'ancien portail en bois de la fonderie. Le seul témoin de de l'existence de cette industrie à cet endroit. Les élements du puzzle grâce à cette découverte semblent s'assembler, car... La fonderie Sicre, selon mes annuaires, était située 15, boulevard de la Préfecture (Actuel Jean-Jaurès). A la fin du XIXe siècle, le numéro 1 commençait à l'immeuble faisant angle avec la rue Antoine Marty (laboratoire Blanc) ce qui permet bien de positionner cette fonderie à l'endroit du garage Métropole, construit vers 1930.

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La fonderie Sicre occupait l'ensemble du terrain allant de la rue d'Alsace au garage Métropole.

La fonderie Fafeur

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Fondée en 1841 par Xavier Fafeur, ingénieur diplômé des Arts et Métiers, la fonderie était située au square Gambetta. Elle comprenait tout le corps de bâtiment allant du square à la rue Pierre Germain. A cette époque, l'immeuble moderne de l'EDF (actuelle Communauté d'agglomération) n'était pas construit.

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Ce bel immeuble longeant le Square Gambetta est la demeure de Xavier Fafeur. Au dessus de la porte d'entrée, on peut lire Fafeur frères.

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Une page extraite du catalogue de vente. Chez quelques anciens viticulteurs on doit bien retrouver dans un coin d'une grange, une pompe Fafeur.

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Dans la rue de Verdun (Immeuble Cotte), une barre de seuil fabriquée par Fafeur.

La fonderie Durand-Roger

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Toujours au Square Gambetta, ce bel immeuble est celui de l'ancienne fonderie Marsalqui deviendra ensuite par les alliances familiales, A.Roger et Durand-Roger.

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Une publicité parue en 1902

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Une pompe Durand-Roger devant le siège de la fonderie (Collection Claude Marquié)

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Parmi mes découvertes, cette plaque de canalisation dans le hameau de Villalbe.

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Toujours à Villalbe, cette colonne d'eau qui servait à remplir les comportes et les réservoirs des sulfateuses. Il s'agit d'un mobilier municipal historique qui est en train de rouiller et pour lequel un coup de peinture serait utile. Il y en a deux dans le hameau qui sont en fonction mais seul le cantonnier et le dernier viticulteur encore en activité en ont la clé.

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Avec un peu de curiosité, on se rend compte du nom du fabriquant. Une preuve que la ville avait passé des marchés avec Durand-Roger.

La fonderie Plancard

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Une publicité de 1902

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Avec l'autorisation de J. Blanco (Photo: Chroniques de Carcassonne)

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C'est ici sur l'allée d'Iéna que se tenait la fonderie Plancard. On voit encore sur les murs les vestiges du bâtiment. Après sa fermeture, les matériaux Geynes ont occupé le local.

La fonderie Matignon

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Une publicité de 1904

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Sur l'avenue Bunau Varilla, juste en face de la rue d'Isly, vous verrez encore les inscriptions de la fonderie Matignon sur cette façade.

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La fonderie Martignon avait fabriqué l'ensemble des vespasiennes de Carcassonne.

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C'était là, dans la rue de Chateaudun, l'usine de Jean Matignon

La fonderie Martignol

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Publicité de 1902

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Type d'éolienne que l'on rencontre encore dans les champs par chez nous. Près de 2000 ont été posées pour l'irrigation des cultures en Languedoc. Marius Martignol fabriquait ces moteurs à vent.

La fonderie Méridia

Il s'agit de la toute dernière fonderie de Carcassonne encore en activité en 1953. Joseph Durand (famille Durand-Roger) avait repris les anciennes fonderies Guiraud(7, avenue du Pont neuf) en créant une nouvelle activité 11, boulevard du général Leclerc (Source: Claude Marquié)

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A côté de la prison, l'entrée de la fonderie Méridia. C'est aujourd'hui, la société Chipie international qui occupe le local.

La SAFA

 

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La Société des Aciéries et Fonderies Audoises est créée par Charles Guibert, père du professeur de danse Françoise Bouichet. Cet ancien ingénieur des Arts et Métiers rachète la fonderie Durand-Roger (Méridia). Il possède alors trois usines qui emploient 120 personnes et fait construire les locaux de celle se trouvant dans la zone de la Bouriette, à l'angle du boulevard Denis Papin et de la rue Niepce.

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C'est aujourd'hui l'entreprise Coq et Torrès qui occupe les locaux de la SAFA (photo: J. Blanco)

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La fonderie fabriquait des fontes d'assainissement, des récupérateurs de chaleur, des plaques de cheminées dessinées par Charles Guibert. Ce dernier avait inventé à la fin de sa vie, des canisettes pour chiens. Malheureusement, son décès survenu trop tôt, il ne put voir leur commercialisation.

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Ici, se trouvait l'emplacement du four

Merci à Françoise Bouichet pour son témoignage

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