06/02/2014

Les souvenirs d'Alfred: Le Square Gambetta

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Affred Raucoules à plus de 90 ans est la mémoire vive de cette ville. Enfant de la rue de Verdun, il a tout connu et tout vu de cette artère dont il a été un des commerçants. A son actif, une très intéressante monographie sur la vie sociale de la Grand rue, comme on l'appelait avant 1918. C'est rendre justice à ce serviteur discret que de relater ces écrits sur ce blog. Voici donc le premier épisode qui concerne la fréquentation du Square Gambetta au début du XXe siècle.

Épisode 1

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Le square de cette époque était peuplé différement en fonction de l'heure et de la saison. A peu près désert le matin, l'après-midi, il voyait quelques une de ses bancs occupés par des "papets" avec une canne, venus s'y retrouver pour discuter et rejoints parfois par des pensionnaires de l'Hospice du Pont vieux. Et à côté, des mamans ou des nounous en grand tablier blanc y amenaient jouer les enfants en âge d'être encore gardiénnés.

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Les enfants un peu plus grands n'hésitaient pas à quitter l'horizon des yeux maternels pour s'en aller explorer toutes les merveilles à découvrir au bord de chaque allée. Les seules traces actuelles de l'ancien square sont représentées par les deux rangées de platanes bordant les allées latérales qui, alors rejointes entre-elles par des allées aboutissantes, étaient donc périphériques. Le tour du square était l'espace de jeux des enfants. Les courses se faisaient sur un tour du square, courses à pied mais aussi courses de cerceaux. Ce jeu, prisé par les moins de huit ans était pratiqué selon trois techniques: le cerceau était poussé soit à main nue, à la baguette ou à "l'enraïador", fait d'un gros fil rigide, une partie droite formant manche terminé par un U carré dans lequel s'engageait le cerceau, et la partie centrale de ce U une bobine vide de fil à coudre. Avec l'enraïador, on poussait le cerceau constamment et la bobine diminuait le frottement qui sans cela eût été générateur de freinage.

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Le milieu du square était très fourni en végétation et donc propice au jeu de cligné. D'innombrables poursuites ont eu lieu autour des buissons, à travers les bosquets ou les allées transversales dissimulées dans cette verdure. L'on pouvait aussi parfois apercevoir sur un banc quelque solitaire bourgeoise "encapelada" (portant un chapeau). Les bonnes langues prétendaient que ce n'était pas sans rapport avec la présence du cercle des officiers des dragons au premier étage de l'actuel café du square. Les soirées d'été, les habitants du quartier lassés de rester assis uniquement devant leur porte, venaient remplir les bancs. La population totale était alors en fonction de la capacité des bancs, les proches voisins apportant quant à eux, leur chaise.

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Il fait bon au square, mais à 22 heures, il est temps de rentrer. Le garde sonne la cloche pour informer les promeneurs de la fermeture; car le square avait un garde pour lui tout seul. Le préposé était un dénommé Gazel, amputé d'un bras. Le père du coiffeur du 2 rue de Verdun, qui rejoignait ses pénates après avoir fermé à clé les quatre portails. A ce moment-là un autre type de population va hanter le square. Il y a ceux qui se sont laissés enfermer, et ceux qui franchirons la balustrade: les "frétadous". L'éclairage était fourni essentiellement par deux lampes à arc, le restant étant éclairé par des lampadaires à la lumière blafarde.

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En dehors de ces journées classiques, il y avait quelques extras: le kiosque, lieu mythique, où les mélomanes se regroupaient les jeudis soirs en été. Ceci n'était pas entendu de la même oreille par les enfants pour qui le jeudi était un jour maudit car, le concert donné par l'harmonie municipale attirant la foule, les allées étaient trop encombrées pour permettre les poursuites, d'autant plus que les mélomanes apportaient leurs pliants ou avaient la possibilité de louer des chaises métalliques pliantes municipales. C'est donc de mauvaise grâce qu'il nous fallait entendre "La rasega" (la scie) des musiciens, conduits par leu chef Michel Mir qui "brassejava" (agitait les bras) pour le plus grand amusement des profanes. Toutefois, il ne fallait pas rire trop fort, sous peine de se faire adresser des "chut" bien sentis et des regards de blâme! et à l'entr'acte, c'était l'Union Vocale dite l'Orphéon qui montait sur le kiosque. Mais les "remonstagaires" (marmotteurs) n'avaient pas plus notre faveur que les musiciens.

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04/02/2014

La route minervoise, la belle ombragée (6)

le 14 juillet 2012, je passais par la route minervoise au moment où le magasin de Louis Béteille était ouvert, alors même que son rideau était baissé depuis des années. J'appris de son neveu qu'il était décédé depuis le mois de décembre dernier (2011) et que la famille cherchait à vendre la maison et quelques effets lui appartenant, d'où cette ouverture provisoire. L'opportunité était trop belle pour ne pas rassembler quelques souvenirs et vous les faire partager...

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Louis Béteille était constructeur mécanicien, depuis qu'il avait pris la succession de son père prénommé comme lui. Ce dernier avait repris l'ancienne fonderie Martignol au 24, route minervoise. Il fabriquait principalement des pompes et des moulins pour l'élévation des eaux dans son atelier communiquant avec la rue Tourtel.

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Ces pompes destinées à l'activité viticole sont les derniers vestiges d'une fabrication purement carcassonnaise, dont Louis Béteille fut l'ultime représentant.

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Une pompe à eau

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Amirable travail

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Le magasin de Louis Béteille avec à côté le restaurant de Joseph Gil "A la grillade"

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Le magasin en 2012

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A l'intérieur de la maison, l'entrée de l'atelier

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L'atelier avec à droite, la forge

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Louis Béteille père au travail, vu du même plan que la photo ci-dessus

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La charpente a plus d'un siècle

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L'entrée par la rue Tourtel communique avec celle de la route Minervoise. L'ensemble était en vente en 2012, mais le souvenir doit rester c'est le but de cet article.

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03/02/2014

Le café du Musée

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Non, Carcassonne n'a pas été bombardée par les forces alliées pendant la Seconde guerre mondiale! Je dis cela pour les nouveaux arrivants qui pourraient être surpris en passant par le square (j'ose même plus l'écrire) Gambetta. Cet immeuble de la Trésorerie générale dont on appréciera peut-être dans 100 ans la qualité architecturale, a écrasé un petit bijou de café de style Art nouveau. Il s'agissait du Café du musée qui jusqu'aux années 1950 faisait la fierté des carcassonnais. J'ai cherché pendant très longtemps des cartes postales de ce lieu, mais une seule représente l'établissement sur un dessin. J'ai mis la main récemment sur un très vieil album de famille et... Oh! surprise.

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Un petit bijou de l'Art nouveau

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Les clients attablés à la terrasse du Café du Musée, à la Belle époque. La grille donnait sur un jardin intérieur où l'on pouvait se rafraîchir à l'ombre. A droite, on reconnaît les arcades de la façade du Musée des Beaux arts.

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Madame et monsieur Baptiste Mialhe, les propriétaires du café, à l'intérieur du jardin d'hiver. On remarquera les affiches de la liqueur "La Micheline" de la distillerie de l'Or-kina de Michel Sabatier. Cet elixir est encore en vente aujourd'hui chez Cabanel, allée d'Iéna.

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On projetait des films muet au début du cinématographe, grâce à une toile que l'on tendait en terrasse entre deux platanes. Seuls les plus fortunés payaient leurs places; les autres, regardaient le film de l'autre côté et à l'envers.

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Les clients à la terrasse du café avec l'ancien Square Gambetta en arrière plan. Hier lieu de vie, aujourd'hui endroit désertique et moche par la volonté d'élus irresponsables. Quand je pense que ceux qui ont rasé le square entre 2003 et 2008 vont se représenter devant les électeurs... Ils n'ont aucune vergogne à moins qu'ils espèrent que le carcassonnais ait la mémoire courte. Les amoureux du patrimoine n'oublieront pas eux!

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17/01/2014

Le Nid Joyeux: un orphelinat dans la cité médiévale

"Le nid joyeux" était un orphelinat qui accueillait à la cité dès 1949, des enfants encadrés par les soeurs de St-Vincent de Paul et quelques monitrices comme Madame Sarraute Jacqueline, Madeleine, Hélène, etc... Il succéda ainsi à "L'ouvroir" qui était un établissement de Jeunes filles du même type entre les deux guerres. Les conditions dans lesquelles furent dans un premier temps hébergés ces orphelins (que des graçons), étaient très précaires et à la limite de l'insalubrité. Les soeurs étaient très autoritaires et les enfants déboussolés par ces conditions. Un numéro était attribué à chaque pensionnaire pendant la durée de son séjour qui ne pouvait pas dépasser ses 14 ans (après le Certificat d'études). Les premiers arrivant furent les trois frères Viéro (René, André et Gilbert) puis les frères Rodriguez (Gérard, Guy et Robert), les frères Coste (Raoul et Paul), les frères Fabro (René et Louis) et Rey, Boyer, Arrigna, etc... La fin de cette période rigide coïncida avec l'arrivée de nouvelles soeurs bien plus sympathiques: Soeur Laguette (mère supérieure), Soeur St-Vincent (encadrement des enfants), Soeur Marthe (Cuisine), Soeur Henriette (jardinage, animaux, collecte de vivres), Soeur Thérèse (Intendance). Leur arrrivée transforma l'établissement en un lieu paisible et humain malgré l'absence de l'amour parental.

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Soeur Laguette et ses parents, soeur Henriette, André Viéro devant l'entrée du Nid joyeux. C'est actuellement l'entrée de l'Hôtel du donjon à la cité.

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De gauche à droite: Soeur Vincent, soeur Laguette, soeur Thérèse, soeur Henriette et soeur Marthe

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Les soeurs amenaient les enfants le dimanche à la campagne ou au stade Domec pour les matchs de rugby. Elles jouaient aussi dans les lices à ce sport avec les jeunes pensionnaires. Il y avait aussi d'autres activités comme le cinéma, le cirque et l'été, en colonies de vacance ou à la mer. Il arrivait que certains orphelins soient accueillis par des familles pour passer la journée. Pour André Viéro, ce fut une éternelle reconnaissance pour M et Mme Bataillé qui habitaient le plateau Paul Lacombe.

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Derrière l'orphelinat, il y avait un jardin où les soeurs faisaient pousser des légumes et un âne "Grisette"

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Soeur Henriette partait tous les jeudis et samedis matin avec Grisette au marché, pour collecter de la nourriture que les maraîchers offraient par solidarité. André Viéro a souvenir ému pour tous les habitants de la cité: les frères Sarraute, Solanille, Vidal, Pech, Peyo, Pujol, Gaillagot, le commandant Béteille,M. Cadene, l'abbé Pierre Pont et le laitier Combe.

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Les frères Coste et Gilbert Viéro lors d'une partie de carte.

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Le Nid joyeux a fermé en 1962 et c'est la famille Pujol qui l'a acheté pour en faire l'Hôtel du donjon. Les soeurs sont partis à la maison de retraite St-Vincent de Montolieu où elles sont inhumées.
 
Merci beaucoup à M. André Viéro pour ses souvenirs et ses photos
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02/01/2014

L'église St-Pierre de Villalbe

Nous savons grâce au cartulaire de Mahul qu'il existait depuis l'époque médiévale une église placée sous le vocable de St-Pierre située à Villalbe basse. Arifonse, abbé de Montolieu et ses religieux cédèrent en 931 Villalbe avec son église à l'évêque St-Gimer de Carcassonne. Le compoix le plus ancien du hameau (1714), conservé aux archives départementales de l'Aude, nous montre sa présence avec son cimetière attenant en bordure du rec de la Malepère. L'église fut ensuite laissée à l'abandon en raison des offices qui furent déplacés dans une chapelle située dans Villalbe haute. Cette chapelle était située en face de l'actuelle cantine de l'école primaire qui était autrefois la maison presbytérale dans la grand rue. Le curé Utrolly en charge de la paroisse y disait la messe, avant la construction de l'église actuelle en 1784.

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J'ai découvert cette dalle dans le coeur de l'église de Villalbe. L'autel posé dessus depuis des années la cachait. J'ai entrepris alors de décrypter malgré les difficultés, le texte en latin. Une vraie chasse au trésor! Une fois les élements du puzzle rassemblés, JL Bonnet a trouvé qu'il s'agissait de Jean-Jacques Utrolly décécé le 7 avril 1755 à Villalbe. Cette date étant inférieure à l'année de construction de l'église, par déduction le curé avait dû être inhumé dans sa chapelle puis déplacé dans la nouvelle église paroissiale.

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J'ai réalisé ce plan de la position de l'église et du cimetière attenant, à la sortie de Villalbe. Il résulte du compoix de 1714 et aussi, des souvenirs d'une personne du hameau ayant connu le cimetière. En effet, si l'église a dû disparaître au cours du XIXe siècle, le cimetière était encore là dans les années 1950. Il était bordé par une murette et un chemin avec une allée de platanes (encore visibles) menait au domaine du Chapitre. Oui, mais voilà. La ville de Carcassonne, sans prendre la précaution de prévenir les familles des défunts inhumés à cet endroit, a un jour fait intervenir les pelles mécaniques. 90% des tombes ont été ainsi relevées, pour construire à la place une station d'épuration. Imaginez l'émoi des familles... Je me suis rendu au services des cimetières de la ville de Carcassonne, afin de savoir davantage. C'est l'omerta! Il n'existe même pas d'après eux, de registre des personnes inhumées. Le dessin que j'ai tracé n'a pas de valeur scientifique, il n'est pas à échelle. Toutefois, les mesures indiquées autour de l'église et du cimetière sont exactes. J'ai converti en mètres, les cannes (unité de mesure du XVIIe siècle) à partir du compoix.

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Ce qu'il reste aujourd'hui du cimetière et de l'ancienne station d'épuration.

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A l'arrière, il y a encore des vestiges enfouis dans le sol. J'ai même découvert une cave voutée, car il ne peut pas s'agir de l'aqueduc de Pitot. Il ne passe pas à cet endroit. J'ai appris dernièrement qu'il y avait un grand projet de construction d'une nouvelle station d'épuration à cet endroit. Je voudrais juste signaler qu'un chantier de fouilles préventives risque de mettre à jour quelques mystères de l'histoire de Villalbe. Même si... l'ignorance des autorités de l'époque à anéanti tout espoir d'études scientifiques sur ce site.

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05/12/2013

Les enfants de Carcassonne morts pour la patrie

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A l'occasion d'une grande fête commémorative, le 14 septembre 1919à 9 heures sont dévoilées et inaugurées les plaques de marbre portant le nom des soldats de Carcassonne tués à l'ennemi, disparus ou morts sous les drapeaux en 1914-1918. Cette cérémonie à l'initiative du conseil municipal dirigé par M. Faucilhon (maire) se déroule dans la grande salle de la mairie.

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L'hôtel de ville de Carcassonne détuit en 1935

Le Groupe Musical dirigé par le chef d'orchestre et compositeur Michel Mir et L'Union vocale, sous la direction de M. Trémoulet joueront:

A nos glorieux morts (Michel Mir)

Aux morts pour la patrie (H. Février)

Gloire à la France (F. Bazin)

La Marseillaise et le Chant du départ

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A 3 heures de l'après-midi, on joua au théâtre de la cité "La fille de Roland"d'Henri de Bornier. La mise en scène est assurée par Victor Magnat (directeur du théâtre) avec Paul Mounet, Jeanne Delvair et Romuald Joubet dans les rôles principaux.

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Ces plaques de marbre ont été démontées lors de la destruction de l'hôtel de ville au milieu des années 30. Je ne sais pas où elles furent placées avant de se retrouver sur l'actuel parvis de la cathédrale St-Michel. A cet endroit, il y avait des habitations et la rue de la lune avant qu'une décision municipale en date du 3 novembre 1950 n'ordonne la destruction des maisons pour y faire un jardin public. Les travaux commencèrent au mois de mars 1951. Nous voyons sur cette carte postale que j'ai agrandie les masures des immeubles en face de la cathédrale.

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Aujourd'hui, les plaques de marbres avec le nom des soldats ont été fixées sur le mur de ce jardin.

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