22/03/2017

La destruction de l'Hôtel Dieu (XVIIIe siècle) et de sa chapelle en 1977

La municipalité Antoine Gayraud qui avait inauguré le nouvel hôpital général en bordure de la route de Saint-Hilaire, se demandait ce qu'elle pourrait faire du vieil Hôtel Dieu. Le bâtiment construit au XVIIIe siècle sur le boulevard Camille Pelletan avait fini par devenir insalubre et la chapelle attenante n'accueillait plus guère de fidèles.

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Sans aucune consultation des associations du patrimoine, la ville décida que tout serait rasé et que l'espace ainsi dégagé servirait de parking. Il fut un temps envisagé d'y édifier un nouvel hôtel de ville, mais le conseil municipal fit l'acquisition de l'Hôtel de Rolland dans la rue Aimé Ramond. On enterra le projet et pendant deux ou trois ans, l'espace vacant fut transformé en parking anarchique. Qu'allait-il advenir de cet endroit ? C'est à cette époque que la ville sortit du chapeau la construction d'une salle polyvalente qui prit le nom de "Salle du Dôme".

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L'entrée de l'Hôtel Dieu

Il ne reste plus aujourd'hui que la porte monumentale dans la rue Georges Brassens. Les armes sur le fronton avaient été burinée pendant la Révolution Française.

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Les travaux de démolition conduit par l'entreprise Depaule débutèrent à Pâques 1977. Dans un premier temps, seul l'Hôtel Dieu fut rasé. 

"Le vieil hôpital n'est plus. Il s'est éteint sous les coups d'une pelle mécanique, après de longues années d'activités. Mais personne ne regrettera ces vieux bâtiments qui ne pouvaient plus remplir les services qu'on était en droit d'exiger d'eux. Peu à peu les murs s'abattent, des milliers de tonnes de matériaux sont évacués et table rase est faite. (...) Mais les démolisseurs ont encore du pain sur la planche. Un mois sera nécessaire pour venir à bout des vieux murs dont l'épaisseur est de quatre-vingt centimètres. Des rampes d'accès sont aménagées pour permettre à la pelle mécanique de les atteindre dans une débauche de bruit et de poussière.(...) Bientôt, à cet emplacement, un parking agrémenté d'espaces verts, fera oublier aux riverains qui bénéficieront d'une vue agréable, les autres murs gris qui bouchaient l'horizon." (L'indépendant)

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L'abbé Jean Cazaux intervint afin de tenter de sauver de la destruction du Dôme de l'Hôtel Dieu. In-extremis, il parvint à ses fins. Aujourd'hui, personne ne conteste la conservation de ce vestige qui sans son action aurait été détruit. Des balustres en marbre de Caunes-Minervois provenant du Dôme ont été sauvés ; ils se trouvent dans le choeur de la cathédrale Saint-Michel.

"Seul demeurera de cet ensemble le magnifique dôme qui, rappelons-le, est un monument classé. Sa conservation rend d'ailleurs le travail des démolisseurs tout autour très délicat. De nombreuses précautions sont nécessaires pour faire disparaître les murs qui l'entourent et laissant apparaître les voûtes qui le soutiennent. Des contre-forts en forme d'escalier renforceront ces voûtes."

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Ce ne sont pas les incantations de l'Indépendant qui purent sauver la chapelle. La mairie décida quelque temps après, de l'abattre sans autre forme de procès. Sur la photo ci-dessus, on aperçoit à l'extrême gauche les anciens bâtiments de la "Carcassonnaise gymnastique". Il ont été rasés à la fin des années 80 ; c'est aujourd'hui un immeuble d'habitations qui accueille au rez-de-chaussée les activités du Club de l'âge d'or du Dôme.

"Avouons qu'il serait dommage que ce bâtiment disparaisse alors qu'il pourrait devenir une belle salle de spectacle. Gageons que l'ajournement de cette décision est de bon augure."

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Vue côté rue Georges Brassens

"C'est avec plaisir que les riverains du "feu" hôpital, dont il ne reste maintenant que les cendres, ont revu ces jours-ci la pelle mécanique. En effet, depuis quelques mois, ils se demandaient si les travaux d'aménagement du parking n'étaient pas enfouis sous les décombres. En fait, ces travaux avaient pris du retard du fait de problèmes dans la consolidation du dôme aujourd'hui en mesure d'être terminée.

Espérons que l'aménagement des terrassements du parking vont maintenant reprendre de plus belle, avec, parallèlement, la création d'espaces verts. Les automobilistes s'impatientent d'autant que la crise du stationnement à Carcassonne s'accentue de jour en jour. Il n'est même plus facile de trouver une place sur les boulevards les jours d'affluence." (La dépêche du midi)

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L'Hôtel Dieu du XVIIIe siècle et la chapelle attenante ont été rasés pour rien. Il ne reste aujourd'hui qu'un misérable parking. Quant à la salle du dôme édifiée en 1983, elle n'a jamais répondu aux exigences de son temps : expositions, gymnase, salle de spectacle...

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20/03/2017

Une place dans Carcassonne à un héros historique qui n'a jamais existé !

Qui pouvait bien être ce Davilla, dont une de nos places les plus illustres porte le nom depuis 1899 ? Selon Louis Fédié (1815-1899) - Conseiller général de Couiza et membre éminent de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne - ce personnage était Premier consul de la ville en 1355. Au moment de l'attaque du Prince noir qui dévasta la Ville basse, Davilla se serait porté à la tête des milices bourgeoises pour défendre Carcassonne et aurait été tué héroïquement. 

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Le 2 novembre 1355, le Prince de Galles se présente devant Carcassonne ville basse, et somme les habitants de se rendre à discrétion. La défense pourrait être essayée du côté du Midi et du Levant ; mais du côté du Nord et du couchant, la résistance était impossible. Les Consuls et les chefs des Corporations offrirent vingt-cinq mille écus d'or pour rédimer la ville. (...) Le Prince de Galles refusa, et attaqua la ville. La résistance fut des plus énergiques et le gros de l'action se concentra à la porte de Toulouse. Attaquée par une forte colonne d'assaillants cette porte fut défendue avec le plus grand courage par les milices et les bourgeois armés. A la tête des défenseurs on voyait le premier Consul Davilla, qui revêtu de ses insignes de cérémonie, donnait l'exemple d'une héroïque résistance. Les Anglais parvinrent à forcer le passage, et le Consul Davilla fut tué sur la brèche.

(Louis Fédié / Histoire de Carcassonne / 1886)

Fort de cette information qui n'a jamais pu être vérifiée, la ville de Carcassonne donne le 30 juin 1899 à l'ancien rond-point de la Porte de Toulouse, le nom de Place Davilla. Aucun historien n'a pu retrouver le document sur lequel s'est appuyé Fédié pour citer Davilla. Il n'empêche qu'une plaque commémorative fut placée le 6 janvier 1900 sur l'un des piliers de la Porte de Toulouse.

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Dans les années 1950, la plaque fut déposée afin de mettre fin à la légende. Selon l'hypothèse de Jean Sarrand, communiquée dans le bulletin de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne en 1976, l'erreur proviendrait d'une mauvaise lecture de Fédié. Il s'agirait d'Arnaud de Villar, lieutenant du sénéchal de Carcassonne en 1348. Selon une autre hypothèse, ce serait une inscription en occitan dans le texte qui l'aurait induite en erreur "Lo consul da villa" - Le Consul de la ville. Si la plaque fut enlevée, la place demeure encore avec le nom de Davilla. Restait à savoir ce qu'elle était devenue... Un historien amateur de la ville l'avait récupérée ; son fils la garde soigneusement dans son jardin depuis ce temps.

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Jacques Blanco vient de la retrouver et tel le pêcheur qui présente fièrement sa prise au photographe, il pose pour la postérité avec la sienne. Gageons que l'illustre secrétaire des Amis de la Ville et de la Cité ne finisse pas "Premier Consul" comme Bonaparte. Avec son violon d'Ingres, voyez un peu le tableau !

Sources

Louis Fédié / Histoire de Carcassonne / 1886

Les Audois / Dictionnaire biographique / 1990

Photos

Jacques Blanco

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08/02/2017

La création du jardin Bellevue en 1995 à Carcassonne

Avant que la municipalité Chésa ne se décide à créer un jardin public en bordure du quai Bellevue, le terrain était occupé depuis longtemps par des jardins potagers appartenant à plusieurs propriétaires. Il s'agissait d'un endroit plus ou moins laissé à l'abandon par certains et séparé par des enclos de fortune. D'autres, y cultivaient des légumes pour leur consommation personnelle. Il faut dire que cet endroit avait un certain charme, comme on peut le trouver encore à l'intérieur de nos villages. La ville acquit les terrains à MM. Toustou, Monier Jean, De Geoffroy, Oulié, Laffargue et à Mesdames Lanau, Moulet, Monier, Emma et Fontanilles. Les autres comme MM. Ramon Marius, André et Roger Campo, Clément Castilla et Mlle Homps, les échangèrent contre une parcelle aux jardins de la Reille.

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Le chantier en 1993

Ce projet sera présenté durant la campagne des municipales de 1989. Après la reconduction aux affaires de la ville du conseil municipal sortant, une maquette présentant la future réalisation est installée dans la mairie en février 1991. Il s'agit d'une aire de loisirs avec un parking de 140 places longeant le quai Bellevue. Un jardin planté d'arbres bas pour ne pas cacher la vue sur la Cité. Une aire de jeux pour les enfants et un coin de repos pour le 3e âge. Un théâtre de verdure pour y donner des concerts qui sera remplacé dans la version finale par un boulodrome. Les remblais nécessaires proviennent du chantier de construction du parking des Jacobins.

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Le passage au gué sur l'Aude

Faute de financements, le chantier de terrassement commencé en 1991 restera en l'état pendant quatre ans. Les travaux arrêtés ne reprendront pas avant l'année 1994, précédent l'élection municipale de 1995.  Jusque-là, les riverains n'auront devant leurs yeux qu'un terrain vague et boueux. 

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© Google maps

Le jardin Bellevue sera inauguré au début de l'année 1995 avant l'élection municipale. C'est une belle réussite qui a offert une plus-value à toutes les maisons bordant le quai Bellevue, avec une vue imprenable sur la Cité. Le jour de la fête nationale lors de l'embrasement de la Cité, les spectateurs viennent en masse y admirer le feu d'artifice. 

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Ce tilleul centenaire devait être abattu dans le plan initial, mais une pétition des habitants du quartier a permis de le conserver.

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Au mois de juin 1995, afin de fêter l'élection de Jacques Chirac à la présidence de la République, les jeunes du RPR ont planté symboliquement ce pommier dans le jardin. Cet arbre fruitier que l'on cultive en Limousin - terre natale du candidat - avait été au coeur de la communication de sa campagne électorale.

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04/02/2017

Barbès : Ce fondu de liberté(s) qui a fondu sous l'occupation

Armand Barbès

(1809-1870)

dont le père natif de Capendu est chirurgien militaire à Carcassonne, n'aura cessé durant toute sa vie de porter les valeurs de la République. Ceci au prix d'une débauche d'énergie qui lui vaudra le surnom de "Bayard de la démocratie". Il luttera contre Louis-Philippe (Roi des Français) qu'il réussira à faire renverser, la deuxième République et le Second Empire. À chaque fois il sera condamné, au mieux, à de la prison ; au pire, à la peine capitale. Pour cette dernière, il devra son salut à une intervention de Victor Hugo en sa faveur. En1848, il représentera le département de l'Aude à l'Assemblée constituante où il siègera à l'extrême gauche. Après s'être volontairement exilé à La Haye suite à sa libération en 1854, il mourra là-bas le 26 juin 1870 ; seulement quelques semaines avant l'avènement de la République en France pour laquelle il n'a cessé de militer.

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© Martial Andrieu

Le 26 septembre 1886, une statue à son effigie est dressée sur un socle portant la mention "Vivre libre ou mourir" sur le boulevard Saint-Michel. Elle est l'oeuvre du sculpteur toulousain Alexandre Falguières (1831-1900).

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© ADA 11

Le socle sans la statue, remplacée par un buste de Marianne en août 1944

Le 20 mars 1942, la mairie de Carcassonne, aux ordres du gouvernement de Vichy, enlève la statue de Barbès de son piédestal. La loi du 11 octobre 1941 promulguée par Vichy contraint l'administration municipale au démontage des statues et de leurs socles en vue de leur fonte. Ceci à l'exception des oeuvres présentant un caractère historique et esthétique. Notion assez vague voulue par l'amiral Darlan (Vice-président du conseil) afin que ne soient épargnées que celles à la gloire de Jeanne d'arc, Henri IV, Louis XIV et Napoléon 1er. L'enlèvement de Barbès à Carcassonne - on s'en serait douté - n'eut qu'un but politique qui n'empêchera pas la tenue d'une manifestation Républicaine au pied de son socle le 14 juillet 1942. L'occupant n'investira la zone sud et Carcassonne qu'en novembre 1942, mais il y a fort à parier que le métal a servi aux nazis pour tuer des Français et leurs alliés.

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© Martial Andrieu

Barbès retrouve son socle en 1952

Une partie des statues françaises destinées à la fonte a été moulée en plâtre. Suite une proposition du sculpteur Carcassonnais Paul Manaut en date du 20 novembre 1951, la municipalité de Marcel-Itard Longueville décide de lui confier en février 1952 la reconstruction de la statue. Le coût s'élève à 1 400 000 francs, dont une partie provient de la "souscription au Monument Barbès" levée en 1951. Cette copie présente toutefois quelques différences.

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La nouvelle statue de Barbès n'a plus son fusil entre les jambes...

Source

Délibération Conseil Municipal / 27 février 1952

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27/01/2017

La chapelle de Sainte-Croix, à jamais disparue

 Hélas, trois fois hélas, il ne reste rien de la Chapelle de Sainte-Croix car selon des témoins, son état de délabrement menaçait la sécurité des visiteurs et on entreprit de la détruire en 1966. C'était une époque où l'on ne se préoccupait pas de la restauration du patrimoine ; il faut reconnaître avec justesse que sur ce point les temps des choses ont évolué. En compensation, dans les années 60-70 quelques hommes avec peu de moyens ont mené un travail formidable d'inventaire pour tenter de sauver ce qui pouvait l'être. Ce fut le cas d'Antoine Labarre (1910-1995), artisan de la sauvegarde du petit patrimoine carcassonnais, dont on ne parle plus maintenant mais à qui nous devons beaucoup. Parmi ses sauvetages, il faut compter la pose de la statue "La France blessée" dans le cimetière St-Michel après 40 années d'oubli dans un entrepôt municipal.

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Sur cette photographie prise d'avion en 1928 (collection Martial Andrieu), j'ai réussi à retrouver la chapelle de Sainte-Croix au bout du chemin du même nom. Bâtie vers le XIVe-XVe siècle, l'édifice se trouvait selon l'abbé Sabarthès (Dictionnaire topographique de l'Aude/ pp.376) sur l'ancienne route de Carcassonne à Lagrasse et à l'intersection de deux chemins, l'un allant à Palajanel, l'autre à Cazaban.

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A l'aide d'un puissant scanner j'ai agrandi cette partie de la photo, bien plus petite qu'un timbre poste. On obtient une image, certes de médiocre qualité, mais qui prouve qu'en 1928 la chapelle était encore debout.

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© SESA

Plan en coupe de la chapelle Sainte-Croix détruite en 1966

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Aquarelle de Mme P. Andrieu peinte en 1925

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La chapelle en 1966

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Le chevet

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 Antoine Labarre et Albert Blanc décidèrent avec l'aide de la municipalité en 1972, de matérialiser l'emplacement de l'ancien édifice religieux par une croix.

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La croix est ainsi scellée sur une ancienne borne d'octroi qui matérialisait l'entrée de Carcassonne. Elle se trouvait près de l'actuel stade Mazet, sur la route de Limoux.

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Une plaque en marbre blanc rappelle l'emplacement de la chapelle. Sur l'ancienne borne d'octroi, on été gravés les initiales d'Antoine Labarre et d'Albert Blanc avec la date de 1972.

Si vous souhaitez vous rendre sur place, longez le mur du cimetière de la Cité à partir de la porte Narbonnaise. Prenez ensuite le première chemin à gauche, il se nomme Sainte-Croix. Un kilomètre après, vous arriverez à l'ancienne chapelle de Sainte-Croix.

Documentation

Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude

Mise à jour Janvier 2017

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12/01/2017

Quand la ville de Carcassonne offrait des vacances en colonie à ses enfants

Au lendemain de la Libération, le Conseil National de la Résistance venait depuis peu de fonder la Sécurité sociale ; chaque français quels que soient ses moyens pouvait désormais se faire soigner. Les municipalités allaient de leur côté, avec l'appui de l'appui de cette nouvelle administration, créer des colonies de vacances pour les enfants de 4 à 15 ans durant trente jours. De 35 000 enfants en 1945, le nombre passa à 800 000 deux ans plus tard. L'état participait à hauteur de 50 % sur le coût de fonctionnement des séjours et afin d'en garantir la qualité, il créait en 1949 le diplôme de Directeur et de Moniteur de la Colonies de vacances. Aujourd'hui, nombreuses sont les communes qui ont vendu leurs centres de vacances et bientôt, la Sécurité sociale ne sera plus qu'un lointain souvenir. Il nous restera les vieux articles de journaux et les photographies jaunies, pour raconter aux plus jeunes ce à quoi ils n'ont plus droit. Il faut croire que la génération du baby-boom qui a largement profité de ces avancées sociales, considère qu'il est maintenant trop coûteux de conserver ce système pour leurs petits enfants. C'est ce que l'on appellera sans doute la solidarité générationelle à sens unique, puisqu'actuellement c'est nous qui payons leurs retraites.

Il était une fois, une vie de château...

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Le château de la Bourdette près de la Bastide de Sérou dans l'Ariège fut construit en 1901 par le général d'Ambois de Latour. En 1948, les propriétaires assommés par le poids des impôts finirent par le céder à un chevillard, qui en fit de même en 1950. La ville de Carcassonne se porta alors acquéreur de la belle demeure, non pas pour y installer - comme dans un endroit que je ne citerai pas - la résidence d'été de certains élus, mais pour en faire profiter les enfants de la commune. On doit cette initiative au maire Marcel Itard-Longueville. "Quand la République achète des châteaux, les enfants des villes vont à la campagne". Il fallut aménager ce bâtiment afin d'y accueillir 200 personnes dont 150 enfants. Le chef de la colonie de la ville de Carcassonne était M. Paul Charles, professeur d'Anglais.

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© Marie Saleun

Départ pour la Bastide de Sérou en juillet 1952

Au château de la Bourdette, on ouvrait les yeux, le matin dans un grand dortoir qui fleurait l'encaustique fraîche sur un paysage de verdure que chacun respectera. Puis, dans une grande salle couverte, sur des tables aux couleurs vives, un petit déjeuner copieux fait de Phoscao au lait, de café au lait, de chocolat accompagné de miel, de beurre ou de confitures, est servi. 

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Le grand salon

Les enfants font leurs lits, les moniteurs aidant les plus petits, et le personnel attaché à la colonie se chargeant des travaux ménagers. Ensuite, liberté totale...

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M. Charles entouré du personnel de la colonie

Celui-ci flânera dans le parc à la recherche de fleurs ou de feuilles rares pour son herbier, celle-là rejoint ses camarades à l'atelier de vacances, cette autre va faire de la photographie avec un moniteur vietnamien qui a passionné tous les enfants pour cet art, etc...

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Tous les repas se déroulent dans l'ordre, sous l'oeil attentif des moniteurs, lesquels prennent leur repas avant les enfants. On est propre parce qu'il y a partout des lavabos brillants, parce qu'on passe régulièrement à la douche, et parce que les mamans ont muni leurs enfants d'un trousseau commode et suffisant.

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Sortie à Alet-les-bains

On vit en équipes, et on se donne des noms de fleurs (Les colchiques, les bleuets, les jonquilles) ou de guerre (Les Huns, les mousquetaires, les conquérants).

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M. Paul Charles, le chef

Pendant les vacances, Paul Charles était le "Grand chef" des deux cents garçons en juillet, et des deux cents filles en août. Le Grand chef c'est quelqu'un qu'on révère et qu'on vénère. D'abord, parce qu'il sait tout et qu'il arrange tout. Il était très apprécié des commerçants de la Bastide de Sérou.

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La visite des parents

Un matin, une monitrice, à la suite d'une querelle avec un moniteur, disparut de la colonie. les enfants se précipitent, vont chercher M. Charles qui les rassure, et dit qu'on va organiser des recherches. Les Jonquilles iront sur la gauche, les mousquetaires vers la rivière, les chevaliers au village, et les myosotis vers la montagne. On va téléphoner à la Bastide de Sérou alerter les gendarmes, prévenir le pharmacien en cas d'accident ; bref, branle-bas de combat.

On a cherché toute la journée, ou presque ; les gendarmes sont venus ; les habitants ont dit qu'ils avaient vu passer une jeune fille qui pleurait.

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La monitrice, on l'a retrouvée, finalement cachée dans les gerbes de blé. M. Charles l'a ramenée sous bonne garde, disant qu'on verrait après quelle sanction lui infliger. Mais il y a bien sûr un épilogue : le moniteur, cause indirecte de la fugue, fut retrouvé... juste à temps lui aussi. Pris de remords, n'allait-il pas faire une bêtise ? On le ramena sous bonne escorte, juste au moment où sonnait la cloche du dîner. Alors, quand les deux cents gosses furent à table, le Grand chef vint, avec tous les héros du drame et dit que ce fut un grand jeu pour lequel les enfants marchèrent à fond. Il y a en a quelques-uns qui pleurèrent, qui découvraient soudain que ç'aurait pu être vrai, et du même coup, combien ils étaient attachés à leur monitrice, et quelles conséquences, peuvent avoir les disputes, même insignifiantes. On s'est retrouvé tout d'un coup plus amis encore, et l'union de la colonie a été cimentée d'un coup.

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Le 30 avril 1965, le conseil municipal de Jules Fil décidait de vendre la colonie de vacances de l'Ariège.

"En présence des insuffisances de la colonie de la Bastide de Sérou, au regard de la nouvelle réglementation applicable tant au point de vue sanitaire qu'au point de vue de la sécurité, à quoi s'ajoutent d'autres inconvénients qui se sont révélés à la longue, depuis que la ville a fait l'acquisition du château de Labourdette : éloignement, climat fortement humide, entretien onéreux d'une bâtisse peu fonctionnelle."

La Goutarende...

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La Goutarende à Cuxac-Cabardès offrait plusieurs possibilités : 2 séjours de 28 jours pour la colonie de vacances, 2 séjours de 28 jours pour pré-adolescents, 2 séjours de 24 jours pour adolescents. En 1978, la ville de Carcassonne participait à une bourse de vacances de 84 francs par séjour pour la colonie. La Caisse d'allocations familiales, les comité d'entreprises et les comité d'oeuvres sociales aidaient les familles sous forme de "bons de participation".

Après une gestion confiée à la FAOL qui avait cessé toute activité de ce genre, la colonie fut vendue par la ville de Carcassonne le 27 septembre 1991.

Sources

Un grand merci à M. Jullian Charles

Bulletins municipaux, articles de presse, délibérations CM

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