10/05/2016

Un remarquable instrument du patrimoine musical français vendu par la ville de Carcassonne

L'histoire ne serait pas si pénible, que l'on pourrait une nouvelle fois en sourire de dépit et déclamer cette prose tant de fois entendue comme une fatalité : "C'est Carcassonne..." Eh ! bien... Peut-on parler de fatalité lorsque des gens sont assez idiots au point de laisser repartir vers d'autres horizons, un objet du patrimoine musical français ayant appartenu au plus grand organiste du XXe siècle ? La ville de Carcassonne aurait possédé le violon de Yehudi Menuhin, le piano de Rubinstein ou le bandonéon d'Astor Piazzola qu'elle n'y aurait trouvé pas plus d'intérêt que les partitions manuscrites de Paul Lacombe annotées par Georges Bizet, qui dorment dans des cartons à dessin dans la bibliothèque municipale.

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Pierre Cochereau

(1924-1984)

fut dans la lignée des grands organistes français comme Alexandre Guilmant ou Louis Vierne, le plus talentueux de son temps. Une époque pas si éloignée durant laquelle les concerts d'orgues à Carcassonne et surtout à la collégiale de Montréal d'Aude rassemblaient un nombre important de mélomanes. Le titulaire du grand orgue de Notre-Dame de Paris participa durant vingt années consécutives au récitals de Montréal d'Aude et noua de solides liens d'amitié avec Jean Loubet - le maire de ce village de la Malepère - et Paul Detours - l'organiste de la collégiale. Pierre Cochereau prenait ainsi chaque année son logement à l'Hôtel de la Cité de Carcassonne. 

L'orgue de Pierre Cochereau

Dans une interview de 1959 disponible sur le site de l'INA, le musicien explique avoir fait réaliser un orgue de grand salon à l'époque où il jouait à l'église St-Roch de Paris - c'est-à-dire avant 1955. L'instrument construit pour son usage personnel et selon ses plans à la particularité de n'être pas de facture classique. Il fallait que cet orgue pût jouer n'importe quel répertoire - aussi bien baroque que romantique - de Bach à César Franck. L'imposante console comportait cinq claviers fabriqués aux États-Unis ; les tuyaux provenaient de différentes collections et dons de ses amis organistes. Au total, l'instrument qui possédait 62 jeux en 1959 devait en compter 75 au final. Pierre Cochereau notait que son orgue représentait l'instrument de salon le plus important en Europe.

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 Pierre Cochereau à son orgue personnel

Quelques temps après sa mort prématurée à la suite d'une rupture d'anévrisme, l'instrument personnel de Pierre Cochereau allait être vendu et risquait de rejoindre les États-Unis. Paul Detours - son ami de Montréal d'Aude - mit tout en oeuvre afin de tenter de conserver l'instrument en France. Mieux encore... Pourquoi pas à Carcassonne ? La ville avait en 1988 un projet de réhabilitation de l'ancienne chapelle du lycée de Carcassonne (Chapelle des Jésuites) afin de la transformer en auditorium. Sur les conseils de Paul Detours, Carcassonne acquit donc l'instrument du maître qui se trouvait en très bon état chez le facteur d'orgue Boisseau. 

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La chapelle des jésuites en 1988

Raymond Chésa - maire de Carcassonne - convoque la presse avec la participation exceptionnelle de l'organiste Philippe Lefebvre. Il annonce la restauration de la chapelle, au coeur de laquelle prendra place prochainement l'orgue acquit par la ville. Le projet culturel consistait en la création d'un festival d'orgue avec l'ensemble des autres instruments de la ville se trouvant à St-Michel, St-Vincent et St-Nazaire. Selon Paul Detours, tout ceci se complétait parfaitement... Il était décidé que l'auditorium porterait le nom de Pierre Cochereau. La mariée était trop belle et la dot déplaisait à certains jugeant qu'il y avait déjà assez d'orgues dans Carcassonne, sans avoir la nécessité d'en ajouter. Que celui-ci n'avait pas de valeur particulière, etc... 

Enfin, la ville possédait l'orgue de Cochereau et un projet se dessinait pour lui... Tout changea de musique quand arriva l'affaire Orta et ses 20 milliards de francs à rembourser. Il fut dès lors impossible de restaurer la chapelle des Jésuites - cela n'interviendra que dix ans plus tard. Que faire de l'orgue de Cochereau qui se trouvait à Nice dans une caisse et qu'elle avait payé ? Elle décida tout bonnement de s'en séparer en le revendant...

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En 1988, l'orgue de Roquevaire dans les Bouches-du-Rhône est à bout de souffle. Une association se créée afin de trouver une solution de restauration pour cet instrument. Sachant que Carcassonne mettait en vente l'orgue de Cochereau, elle s'en porta acquéreur en 1993. La console du célèbre musicien se trouve actuellement dans la tribune des grand orgue de Roquevaire. Elle fait les beaux jours d'un festival d'orgue dont la renommée dépasse les frontières de l'hexagone, tout en pouvant s'enorgueillir de posséder l'instrument de Pierre Cochereau.

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Le grand orgue de Roquevaire

Sources

INA

MM. Jean Loubet et Paul Detours

A.G.O.R

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01/05/2016

Cent ans de destructions : le crépuscule du patrimoine catholique Carcassonnais

À la suite de la destruction programmée la semaine prochaine de la chapelle Saint-Martin située dans le quartier Pasteur, nous avons voulu dresser le terrible constat du patrimoine religieux Carcassonnais depuis un siècle. On notera même ces quarante dernières années, une accélération des destructions ou des transformations des lieux de cultes affectés à un usage profane. Il semble que nulle part ailleurs que dans notre ville, on ne voit l'héritage chrétien autant laissé en déshérence ou finalement rasé. Peut-on imputer uniquement ce massacre aux pouvoirs publics ?

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La chapelle St-Martin sera rasée la semaine prochaine

Eh ! bien, non. Tout ceci n'a pas été possible sans une certaine passivité des responsables de l'église catholique audoise, incapables de maintenir leurs biens dans un état satisfaisant. Incapables de s'entendre pour défendre le patrimoine de leurs prédécesseurs. A titre d'exemple récent, que serait advenu de la chapelle de Rodier dans la basilique St-Nazaire - elle prenait l'eau depuis des années -, si ce blog n'avait pas initié une pétition ? Où en est la souscription pour sauver l'église des Carmes qui menace de s'effondrer ? L'évêché a vendu et rasé tout ce qu'il pouvait pour maintenir ses comptes à flot, mais faute de dons il est voué à disparaître avec son patrimoine bâti. Le nombre de pratiquants et de prêtres ne cessant de décroître, l'église catholique romaine ne fait plus recette dans l'Aude.

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© Fraternité Saint-Pie X

Une église tout neuve à Montréal d'Aude

A contrario, les disciples de la Fraternité Saint-Pie X à Montréal d'Aude, ne manquent pas de financements. Ils viennent même d'inaugurer leur nouvelle église... La messe en latin le dos tourné aux fidèles, ceux qui n'ont jamais reconnu le concile Vatican II chantent à coeur joie les louanges de l'exhumation des vieux rites. N'allez pas leur parler de "Mariage pour tous", de contraception, d'avortement et de préservatifs. Ils vivent leur religion en prônant une doctrine rigoriste et dogmatique de la foi dans ses traditions, son identité européenne. Tout ceci à quelques kilomètres de l'Évêché de Carcassonne. D'où viennent les financements des admirateurs de Mgr Lefebvre ? Qui s'en préoccupe... Si l'Islam de France est gangrené par le salafisme, l'église catholique romaine n'est pas en reste avec l'intégrisme de Saint-Pie X. Aucun de ses membres n'a posé de bombes, mais ils sont bien là dans tous les rouages de l'économie et de l'administration. On parle de la Franc-maçonnerie comme d'une organisation influente ; parle t-on de l'Opus Dei dont plusieurs de ses membres ont été ministres de la République ? Tout cela pour dire qu'à force de perdre leur latin et de s'éloigner de leurs brebis, les bergers de l'église audoise se font déborder sur leur extrême droite. 

Eglises Transformées

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Eglise Des Jésuites XVIIe siècle devenue l'Auditorium qui servait de salle de Gym

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Eglise du Couvent des Jacobins XVIe siècle. Transformée après une très importante épuration de l'ensemble de l'intérieur de l'église. Théâtre municipal depuis 1935

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Ancienne église Saint-Gimer, XVIIe siècle. Abandonnée en 1852, transformée en salle de cinéma et de patronage. Actuellement en Salle d'exposition

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Chapelle Saint François-Xavier construite en 1815 remis à son propriétaire par le clergé en 1975. Aujourd'hui Cercle Taurin Carcassonnais.

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Chapelle de l'ancien Petit séminaire devenue Lycée Saint Stanislas, Il ne reste que le chœur affecté au culte, la nef a été transformée en gymnase, Ancienne entrée rue Voltaire.


Chapelle à côté du collège du Bastion.

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Église des Dominicaines XIXe siècle, 17 rue de Verdun. Affectée aux expositions

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La chapelle des Petites soeurs des pauvres a été transformée en gymnase. Elle se trouve derrière l'ancienne maison de retraite de la Roseraie, avenue Leclerc.

 

Églises rasées ou en ruine

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Couvent de la Congrégation rue Littré

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Chapelle en ruine du Saint Sépulcre au Calvaire, rue Voltaire

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Chapelle Saint-François du couvent des Capucins avec la chapelle du Tiers ordre rasée en 2002, 43 rue du 24 Février.

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Couvent des Carmélites construites au milieu du XIXe siècle dont aperçoit encore le revêtement des murs de l'église qui longeait la maison de Labrid Mazet, rue du Pont Vieux. Rasée en 1980.

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Chapelle de l'hôpital St-Jacques, rue des Calquières. Rasée en 1986, il ne reste que la porte.

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Chapelle de l'Hôpital rasée en 1977. Il ne reste que le dôme en bordure du boulevard Camille Pelletan, sauvé grâce à l'abbé Cazaux.

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Couvent des sœurs Marie-Auxiliatrice, école Sainte Marie. En 1815, fut érigée une croix à la porte de Toulouse. En 1881, la croix dite de Cassini fut placé dans une propriété particulière qui devient "La maison de la Croix", elle fut achetée par les Sœurs de Saint-Aignan qui la cédèrent aux sœurs Marie-Auxiliatrice. En 1970, les sœurs vendirent leurs propriétés à un promoteur qui fit place nette en rasant tout. La croix de mission point de rassemblement des missions qui se déroulaient dans la ville basse fut placée au pied du chœur de la cathédrale en 1975.

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Couvent Notre Dame près du Couvent de la Mercy à l'emplacement du collège Varsovie. Ces lieux ont un histoire mouvementé. D'abord couvent de Saint-Antoine puis au XVIIe siècle, couvent de la Mercy qui est éteint en 1703, puis installation à l'est du carron d'un séminaire diocésain dont une partie de la porte de la chapelle est visible rue des études. 1792 confiscation des biens du Clergé. 1825 installation du Couvent Notre Dame et un pensionnat de jeunes filles, fermé en 1880. Elles continuèrent à enseigner jusqu'en 1904. Le maire Jules Sauzede achète la maison et les sœurs se dispersent. Création en 1905 du collège de jeunes filles puis Collège de Varsovie.

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© SESA

Chapelle Sainte-croix, rasée en 1966. Elle se trouvait sur le chemin de Sainte-Croix à proximité de la Cité.

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Couvent des minimes à la Trivalle XVIIe siècle dont il reste le clocher, le reste est un HLM. 

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L'église du Couvent des Cordeliers. Après 1570, ils revendiquent et obtiennent l'ancien couvent des Clarisses. À la Révolution, confisqué et devenu un bâtiment municipal renfermant la manutention et les bureaux de l'intendance militaire. Il est rasé en 1905 pour construite l'Hôtel des postes.

Crédits photos

AAVC

Chroniques de Carcassonne

Mescladis

Musique et patrimoine

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26/04/2016

L'ancien château d'eau de la place Marcou dans la Cité médiévale

En 1872, l'architecte communal Léopold Petit fait bâtir au centre de l'actuelle place Marcou située dans la Cité médiévale, un château d'eau de style néogothique. Grâce au maire Théophile Marcou, les habitants de la vieille citadelle peuvent bénéficier de l'eau courante ; elle est acheminée par un système d'adduction d'eau par pompage dans l'Aude.

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© ADA 11

La photographie du château d'eau ci-dessus a été prise par le chanoine Verguet en 1890. Elle montre bien l'ampleur de cet ouvrage qui sera rasé en 1901 afin d'édifier sur son emplacement, l'actuelle fontaine supportant le buste de Marcou - oeuvre du sculpteur Barrau.

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La fontaine après son inauguration en 1901

Les platanes qui aujourd'hui font ombrage sur cette place, n'étaient alors que de petits spécimens...

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22/04/2016

On a retrouvé le kiosque à journaux du square Gambetta !

Depuis cet été 1944 durant lequel les Allemands avaient décidé de faire raser le

square Gambetta,

on croyait que tout avait été cassé, fondu et mis à la ferraille. Petit à petit à force de recherches et d'enquêtes, on se rend compte que des vestiges de ce merveilleux jardin ont été conservés par des particuliers. Un exemple récent : la statue de Mercure qui avait été remisée aux serres municipales a été placée en 2013 dans la cour du musée des Beaux-arts. On croit savoir que des balustres en pierre qui entouraient autrefois le square, se trouverait actuellement dans le jardin d'un Carcassonnais du côté du Païchérou... Rien d'étonnant puisque ce sont les habitants réquisitionnés par l'occupant, qui ont été obligés de détruire leur square. Ce n'est donc pas un hasard si nous avons retrouvé l'un des kiosques à journaux qui se trouvaient au coin de cette aire de verdure à 70 km de là...

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Le kiosque du square Gambetta

Selon Alfred Raucoules, ces kiosques de style mauresque furent construits en 1931 par l'entreprise Mazières. Leur aspect avait subi l'influence de l'Exposition coloniale qui se tint la même année dans la capitale ; des façades carrées avec des ouvertures bordées de briques bleues et un toit en forme de dôme. Les marchands avaient passé un contrat de cession avec la ville ; ils vendaient des bonbons et des journaux. Celui de Madame Vidal près du Pont-vieux ne resta pas longtemps ouvert car son emplacement  la défavorisait. En revanche, ce lui de M. Andrieu faisait la joie des enfants de l'école Jean Jaurès... Les Carcassonnais avaient affublé le marchand du sobriquet de "Tchounine". 

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Il se trouvait à l'identique, un autre kiosque à l'angle du boulevard Marcou et de la place Davilla appartenant à M. Cros. Exactement en face de l'ancien Couvent de la croix. L'agrandissement d'un cliché de 1944 nous permet de mieux le visualiser.

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L'ancien kiosque a subi quelques modifications depuis 72 ans, à commencer par son toit. Toutefois, il conserve son aspect mauresque et typiquement colonial. Nous pouvons, je pense, remercier son propriétaire de l'avoir ainsi sauvé de la casse. Si d'aventure d'autres personnes ayant conservées chez elles des vestiges de ce square veulent se signaler, elles seront assurées de notre entière discrétion. Nous souhaitons juste en conserver la mémoire visuelle.

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11:05 Publié dans Patrimoine disparu | Tags : kiosque | Lien permanent | Commentaires (3)

08/04/2016

Où est donc passé le buste de Joë Bousquet ?

Dernièrement, je lisais la remarquable biographie du poète Joë Bousquet écrite par René Nelli et publiée chez Albin Michel en 1975 : Joë Bousquet. Sa vie, son oeuvre. Comme vous l'imaginez, certaines informations contenues dans cet ouvrage n'ont pas pu échapper à ma curiosité. On apprend qu'en 1946 la sculptrice Salomé Vénard réalisa un buste du poète Carcassonnais ; elle le représenta sous les traits d'une femme. René Nelli indique : "elle pressentait que la destinée de Bousquet allait bientôt se terminer. Il s'était enfin détaché du double qui était à la fois sa blessure, sa mère et sa propre conscience devenue maintenant assez libre pour ne plus considérer le corps comme un obstacle à l'esprit."

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D'après R. Nelli, ce n'est pas un mais deux bustes qui ont été réalisés par Salomé Vénard. Le premier, c'est celui dont nous venons de parler. Bousquet en fit cadeau à l'une de ses amies, mais cette dernière trouvant qu'il portait malheur décida de le rendre à sa créatrice. En 1951 - l'année suivant le décès de Bousquet - la sculptrice en exécuta un autre. L'état en fit l'acquisition et l'envoya en dépôt au Musée des Beaux-arts de Carcassonne. René Nelli - conservateur de ce musée depuis 1947 - note qu'au cours de réparations effectuées au musée des Beaux-arts, le visage de pierre de Bousquet eut le nez cassé... (Sic)

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Deux questions - vous le pensez bien - me tarabustent depuis quelques jours :

A quoi ressemble ce buste ? Qu'est-il advenu de lui ?

J'ai remué dans tous les sens internet afin de tenter de trouver une photographie de la sculpture , ceci sans résultats. Même le site du Ministère de la culture sur lequel elle est référencée, n'en possède pas. C'est alors, grâce à je ne sais qu'elle source divine - l'esprit de Bousquet soufflant sur moi - que j'ai trouvé sa photographie sur le frontispice d'un ouvrage de l'illustre poète.

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Voici donc Joë Bousquet sculpté comme Virgile, le poète de l'antiquité romaine. Aujourd'hui, il aurait le nez cassé ; le sphinx de Guizeh n'en est pas moins impressionnant de beauté. Tout ceci ne répond pas hélas à ma seconde question... J'ai tenté de joindre hier après-midi le directeur du Centre de la maison des mémoires, rue de Verdun ; il semblerait que pour moi, il s'en trouvait éloigné... du centre. Je ne cherche querelle à personne, mais en honnête citoyen - béotien de surcroît - il est normal que j'en appelle à la haute autorité intelligente à condition qu'elle veuille bien m'entendre. Donc, par l'intermédiaire de ce blog je la sollicite afin qu'elle nous dise ce qu'il est advenu de cet objet payé par l'état ; il est signé en bas et au dos. Se trouve t-il dans le musée des Beaux-arts,  dans un coin des réserves ou bien ailleurs ?...

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On pourra également se souvenir de ce médaillon réalisé par René Iché, commandé par l'Administration des monnaies et médailles et frappé en 1939. Il est signé et daté d'octobre 1938.

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Quant aux tableaux de la collection Joë Bousquet, voici ce qu'il est noté à la page 227 :

 Le conservateur du musée, René Nelli, en déposant lui-même les oeuvres surréalistes qui lui appartenaient en propre, obtint de quatre ou cinq amis de Bousquet qu'ils missent eux aussi, en dépôt au musée celles dont ils avaient hérité. Il y eut donc, pendant dix ans, au musée des Beaux-arts de Carcassonne, une salle Joë Bousquet. Mais la peinture surréaliste ayant pris une valeur marchande très considérable, les prêteurs - et quelquefois même les donateurs - revinrent sur leur décision première et, l'un après l'autre, retirèrent leurs tableaux. Il ne reste au musée de Carcassonne que cinq toiles ayant fait partie de la Collection Joë Bousquet, et le buste en pierre de Salomé Vénard, qui le représente.

Qu'est-il advenu de tout cela ? Le Musée des Beaux-arts de Carcassonne n'a pas - à ma connaissance - de salle consacré à ce style de peinture. 

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13/03/2016

Quand Alphonse Allais parlait de Carcassonne...

En se plongeant dans la lecture de l'oeuvre d'Alphonse Allais, nous avons découvert plusieurs passages consacrés à Carcassonne. Que ce soit dans ses souvenirs ou dans son imaginaire, il semble que l'univers de la capitale audoise ne soit pas étranger au prince de l'humour moderne.

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Alphonse Allais

(1854-1905)

En 1883, Allais écrit dans la revue "Le Chat noir" qui fait la promotion du célèbre cabaret de Montmartre. On croise également dans ce journal la plume de Verlaine et de Richepin ; Allais en devient le directeur en 1886. Ainsi apprend-on qu'il est l'ami d'un certain Charles Cros (né à Fabrezan, dans l'Aude) dont il vient de découvrir l'invention : le phonographe. 

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Le 1er octobre 1887, Alphonse Allais écrit dans le Chat noir, au sujet de son séjour à Carcassonne. La version ci-dessous a été modifiée et publiée dans le Gil Blas, en 1892 :

"Je ne connais pas de spécialités bien notoires à Carcassonne, mais j'y ai rencontré une boue, laquelle aurait pu, très convenablement, figurer dans les sept plaies d'Egypte. Je ne me souviens pas d'avoir jamais contemplé, réunis, tant de boue et si peu de balayeurs. Quant aux balayeuses mécaniques, elles passaient dans un rêve. 

Oh ! la belle boue ! Copieuse, gluante, d'un beau noir, elle était là depuis pas mal de temps. Nul doute qu'elle y soit encore. On m'a montré le monsieur payé pour l'enlevage des boues et ordures. Rien m'ôtera de l'idée que ce gentleman emploie sa subvention à acheter la fange des banlieues de Carcassonne pour l'étaler de nuit sur les artères de cette préfecture.

Le même fonctionnaire est également chargé de l'entreprise des vidanges. Cette devise qu'il a adoptée est peinte sur toutes ses voitures : Omnia labore (Historique). J'ai pris ces deux mots latins pour encouragement, plein de tact, aux constipés de Carcassonne. (un bon sujet pour le prochain Salon de Jean-Paul Laurens)*

Dans le florissant chef-lieu de l'Aude, deux grands spectacles m'étaient réservés : une tentative de décentralisation artistique au théâtre et une séance de boxe et chausson au Conseil général. La décentralisation artistique consistait en un opéra-comique d'un acte, lequel, j'en ai bien peur, n'enlèvera nul prestige à Paris. Je ne peux donner aux lecteurs une idée de la musique, à cause des difficultés typographiques et de la mise en page que cela entraînerait, mais qui m'empêche de faire partager à ces messieurs et dames la joie que j'éprouvai à l'audition du couplet suivant (un des meilleurs de l'oeuvre)

L'amour est beau comme la soie

Il est fin comme le satin.

C'est à mesure qu'on l'emploie 

Qu'on s'aperçoit qu'il est bon teint

La séance du Conseil général fut plus gaie ; c'était un dimanche matin. M. Beverini, un Constans avant la lettre, sur un mot d'un M. Fondi de Niort, crut devoir distribuer à cet élu quelques gifles mêlées de beignes. Le petit malentendu entre M. Constans et M. Laur n'est qu'une pâle imitation de cette scène provinciale. Je n'avais jamais assisté à une séance du Conseil général. C'est très drôle, j'y reviendrai.

Ne quittons pas Carcassonne, sans rendre un double et mérité hommage :

1° A l'hospitalité si cordiale de quelques Carcassonnais amis du Gil Blas.

2° A la beauté (exquise jusqu'à l'éperdition) de la jeune fille blonde du buffet de Carcassonne, laquelle semble encavée d'un Botticelli"

* Allais fait ici un calembour sur le tableau de Laurens "Les emmurés de Carcassonne" (NDLR)

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"Quelle mine d'observations, que le café-concert de province, pour un gaillard de ma trempe ! Le Palais-de-cristal de Marseille n'a plus de secrets pour moi, non plus que l'Eden de Cette. Quant aux Folies-Narbonnaises, c'est comme ma poche que je les connais, et j'ai passé hier une des meilleures soirées de ma vie à Carcassonne, mi-partie à l'Eldorado et à l'Alcazar.*

Au point de vue de l'art pur, je n'irai pas dire que les établissements susnommés, dégottent le concert Lamoureux. Non. Le répertoire, notamment, y est plutôt inférieur, et si l'on excepte Jouy et deux ou trois autres, on se demande avec une stupeur mêlée d'effroi quels sont les sinistres garçons charcutiers qui perpétuent de telles littératures et les aides de bourreau qui les mettent en musique.

* Alphonse Allais fit ici référence à deux cabarets Carcassonnais dans lesquels on donnait des revues, des concerts et des spectacles comiques. Nous avons effectué des recherches afin de retracer leur histoire et leurs emplacements.

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A l'instar de Paris, notre ville possédait donc deux salles de café-concert : L'Eldorado et l'Alcazar. Sur le premier, nous n'avons trouvé que trop d'informations sinon qu'il fut comme le second, dirigé par la famille Feuillat - négociants en vins, rue de Belfort. L'Alcazar, lui, était scindé en deux établissements qui ouvraient en intermittence suivant la saison.

L'Alcazar d'été

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L'Alcazar d'été ouvrait ses portes à partir de la mi-juin jusqu'au début de l'automne. Il était situé à l'angle des rues d'Alsace et de Belfort, dans ce quartier du Palais fréquenté par la bourgeoisie Carcassonnaise. Il possédait un très beau jardin à l'intérieur duquel on entendait les aubades, interprétées par l'orchestre dirigé par Louis Baichère.

L'Alcazar d'hiver

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La grande salle de l'Alcazar d'hiver se trouvait 17, boulevard de la préfecture. M. Feuillat avait à coeur d'y  engager des artistes, considérés par la presse locale comme ayant fait les beaux jours des cabarets parisiens : comiques troupiers, chanteuses réalistes, danseuses exotiques, etc... Carcassonne étant une ville de garnison, il fallait émoustiller le militaire. Très souvent, les voisins se plaignaient de l'agitation et des nuisances sonores dans le quartier. Sans compter, les amendes infligées à la direction pour salle de jeu clandestine. Cette salle sert également pour les meetings politiques ; on y entendra le Dr Ferroul. Rien d'étonnant à cela puisque Jean Feuillat fait partie du conseil municipal, dirigé par le maire Antoine Durand.

En 1901 - une fois le père Feuillat décédé - c'est sa veuve Anne Feuillat qui tint l'affaire avec un gérant nommé Sabot Philibert. Avant la Grande guerre, l'Alcazar d'hiver sera rasé. Sur son emplacement est construit le Modern-cinéma de M. Bonnet ; l'inauguration de la grande salle de projection de 900 places se déroule le 3 juin 1913. Le nom de ce cinéma passera ensuite entre d'autres mains en changeant de nom : La Vox puis Le Boléro. Aujourd'hui, c'est une entreprise de contrôle technique qui occupe les lieux.

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En 1894, Alphonse Allais a 40 ans. Il se plaint d'avoir de moins en moins de chroniques publiées dans le Journal, dirigé par Fernand Xau. Au mois de mars, il demande à son ami Astre, tailleur à Carcassonne, d'écrire à Xau pour s'offusquer " de l'absence trop prolongée des délicieuses fantaisies de M. Alphonse Allais." Voilà une nouvelle preuve que l'écrivain et humoriste possédait des attaches dans notre ville. Dans Le bec en l'air tiré des Oeuvres anthumes - éditées en 1897 - La vaniteuse localité nous apprend que :

"Le seul personnage vaguement notoire originaire de Bizemoy-sur-Loreille était un nommé Poncelet, qui fut gouverneur de Carcassonne sous Henri IV. Malheureusement, ce personnage ayant un beau jour livré la ville à l'armée belge (contre une petite somme d'argent), peut-être ne convenait-il pas de perpétuer la mémoire de ce gentleman dont, d'ailleurs, la femme avait eu une fâcheuse tendance à se mêler de ce qui ne la regardait pas."

Nous espérons que les recherches de ce blog vous satisfont, autant que nous prenons du plaisir à vous les transmettre...

Sources

Alphonse Allais / Oeuvres anthumes / 1897

Alphonse Allais / Oeuvres posthumes

La presse locale

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