01/12/2016

Le bureau de l'Octroi près de la gare SNCF

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A l'instar de nombreuses villes françaises, Carcassonne possédait ses bureaux de l'Octroi. Cette contribution indirecte hérité de l'Ancien régime, permettait aux municipalités de prélever un impôt sur les marchandises transitant sur leur commune. L'Octroi a l'architecture plus ou moins réussie, était placé à l'entrée des villes, mais la suppression de cette taxe par décret le 2 juillet 1943 entraînera le plus souvent la destruction de ces bâtiments.

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A Carcassonne, l'un des bureaux de l'Octroi se trouvait à l'entrée devant la gare de chemin de fer. Il a été rasé après la Seconde guerre mondiale.

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Employés de l'Octroi de Carcassonne vers 1900

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30/11/2016

Le nivellement des savoirs conduit au nivellement des esprits

Après l'édition 1978 du Festival de la Cité de Carcassonne, la municipalité ne renouvela pas le contrat qui la liait avec avec Jacques Echantillon, alors directeur de cet évènement culturel estival et des Tréteaux du Midi.

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Affiche du Festival 1978

Il fut fondé le 30 octobre 1978, un Conseil communal de la culture chargé des mettre sur pied les programmations en relations avec l'ensemble des acteurs de la culture locale. La mission de cette association avait pour buts de :

Favoriser la pratique culturelle des citoyens dans une activité artistique ou scientifique; offrir aux associations des lieux de travail et d'expression; associer les associations à la programmation de certaines opérations culturelles d'envergure; aider les associations techniquement, et parfois financièrement, pour la réalisation de manifestations; agent de développement culturel et force pour obtenir de l'Etat et des collectivités leur contribution à ce développement.

L'idée de confier l'élaboration des projets culturels de Carcassonne à une structure de type associatif regroupant l'ensemble des promoteurs artistiques locaux, germait depuis 1976. Cette année là, la municipalité évoquait la création d'un service d'intervention culturel et de coordination. Le 30 novembre 1977, le conseil municipal entérine sa création. Le 30 mars 1978, une assemblée générale constitutive est chargée de rédiger les statuts du Conseil communal de la culture. Quinze jours après, le conseil d'administration est élu et le 9 juin 1978, M. Léon Collot désigné comme Président.

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Gilles Durupt

En septembre 1978, le Conseil communal de la culture recrute Gilles Durupt comme directeur ; le 12 octobre, il entre en fonction et un programme d'activités sera mis en place le mois suivant.

Conseil d'administration

MM. Léon Collot, Julien Arletaz, Gérard Clavet, Jean Planson, Daniel Iché, Jean Guilaine, Jacques Miquel, Jean-Pierre Sarret, Jean Valdeyron, Simon Peyras, Jean Auzias, Joseph Dovetto, René Martimort, André Deville, Eric Mandicourt.

Mesdames Aimée Delpy, Ketty Dolbert-Dubois, Suzanne Carbou, Régine Callat.

Direction culturelle

MM. Gilles Durupt, Charles Bourely, Jean-Robert Grozay, Jean Alary, René Descadeillas.

Associations membres du C.C.C

Auberge de jeunesse, FLEP de Grèzes-Herminis, FJEP du Viguier, Francs et Franches camarades, MJC, Association des amitiés franco-chinoises, Centre d'études médiévales du Midi, Foyer Léo Lagrange, Groupe Audois d'Etudes Préhistoriques, Société d'Etudes Folkloriques, Amicale laïque, Les amis de la FAOL, Les amis des rives des Corbières, Les amis de la Sardane, Cercle occitan, Culture et bibliothèque pour tous, FEP de Montlegun, Groupe philatélique, Laouseto del Carcassès, Mouvement contre le racisme, Bouffons du Midi, Chorale à Coeur joie, Comité des fêtes de Bienfaisance, Groupe Regard, Harmonie municipale, Music-Fool, Recherches et Essais Chorégraphiques, Rencontre des Arts Audois, Le Réveil Carcassonnais, Théâtre et Culture, Ciné-Club, Comité de jumelage, Los Auzelets, Syndicat d'initiative, Tourisme et travail, Foyer des élèves du CEG André Chénier, Foyer Socio-éducatif de Grazailles, Foyer socio-éducatif de La Conte, Foyer socio-édicatif du Viguier, CFDT, CFTC, CGC, CGT, CSCV, FO et Viuire a l'Escolà.

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Festival de la Cité 1979

L'année suivante - du 2 février au 3 mars - le Conseil communal de la culture mit en oeuvre le carnaval et son roi Carcassus. On put assister également à UBU Roi d'Alfred Jarry dans une mise en scène de Peter Brook, "Ils" mis en scène par Andrei Wajda, "La maison d'Anna".

Les tarifs

Les tarifs du Festival 1979 allaient de 15 francs à 50 francs. Si l'on prend comme base de calcul le smic qui était de 2066 francs bruts mensuels, un ouvrier voulant se payer une place au premier rang à 50 frs devait débourser 2,42% de son salaire.

Effectuons pour le Festival 2016, le même calcul... Une place au premier rang coûte 70 euros environ. Le smic mensuel brut en 2016 est de 1466 euros. Un ouvrier devra débourser 4,77 % de son salaire.

Bien entendu, les différences restent les mêmes quand il s'agit d'une place au dernier rang.

Les partenaires

En 1979, le Conseil communal de la Culture était dirigé par l'ensemble des acteurs locaux et artistiques. Aujourd'hui, le Festival de Carcassonne est soutenu par NRJ, W9, Rock and Folk, M6 Music, SACEM. Ce n'est pas une critique, c'est juste un constat - Carcassonne vit avec son temps. Nous sommes passés d'une programmation locale jugée ringarde ou trop orientée politiquement, à une programmation pilotée par les majors internationales de l'industrie du disque...

Le Conseil Communal de la Culture a été dissous le 9 juillet 1986

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01/11/2016

Où est passée l'oeuvre du sculpteur François Sicard ?

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Le 7 juillet 1901, Jacques Hilaire Théophile Marcou était honnoré dans sa ville natale par l'érection d'un monument à sa gloire dans la Cité de Carcassonne. Sénateur de l'Aude, il se lia d'amitié avec Armand Barbès et combattit avec tenacité le gouvernement de Louis-Philippe et plus tard, la présidence autoritaire de Louis-Napoléon Bonaparte. Condamné par contumace à la déportion, Marcou s'était réfugié en Espagne jusqu'en 1867. A son retour, il fonde le journal "La fraternité" à Carcassonne et deviendra maire de la ville le 22 août 1870.

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Le buste en bronze qui aujourd'hui, comme tant d'autres choses mériterait un nettoyage, trône sur l'actuelle place Marcou au milieu de la terrasse des cafés. L'oeuvre est du sculpteur Théophile Barrau à qui l'on doit de nombreuses réalisations dans Carcassonne.

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Ce buste est soutenu par un emmarchement de plan carré avec des quatre côtés du socle, un bassin de fontaine demi-circulaire avec mascaron en bronze.

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Le mascaron en bronze

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En 1910, un comité se forme pour la construction d'un monument plus important. Une subvention municipale de 15 000 francs est accordée le 5 juin 1911 et l'oeuvre est confiée au sculpteur

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François Sicard (1862-1934),

1er Grand prix de Rome en 1891. L'emplacement choisi est le jardin des plantes (Square Chénier) en lieu et place de la statue "Héléna", puis finalement sur le boulevard Marcou. La sculpture en marbre de Sicard présentée au Salon de Paris en 1914 sera livrée à Carcassonne, mais remisée dans les caves du Musée des Beaux-arts de Carcassonne en 1930.

Plusieurs questions se posent :

Pourquoi l'oeuvre de Sicard a-t-elle été mise aux oubliettes en 1930? La municipalité Radical-socialiste d'Albert Tomey voulait-elle rompre avec une décision politique prise par celle de Gaston Faucilhon en 1911?

L'oeuvre de François Sicard est-elle toujours dans les caves du musée? Seule madame Maynard, la conservatrice pourrait peut-être y répondre. Il est à craindre toutefois que l'opacité d'un siècle de gestion du musée des Beaux-arts, ait eu raison d'une oeuvre d'art que d'autres villes auraient sûrement préservé. Puisse ce blog une nouvelle fois lever le mystère, sur une histoire que j'ignorais jusqu'à l'achat de cette carte postale...

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27/09/2016

Les statues de la vierge cachées ou disparues de la Bastide Saint-Louis

La vierge du Saint-Suaire

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A l'angle de la rue Pinel et de la rue de Verdun se trouve une élégante niche. Au XIVe siècle, il y avait à cet endroit l'oratoire du Saint-Suaire et la statue qui l'ornait était appelée "La vierge du Saint-Suaire". Cela n'a rien d'étonnant puisque les R.P Augustins conservaient dans leur couvent, un suaire sensé avoir enveloppé le corps du Christ. Ce drap attirait une foule de pèlerins à Carcassonne et Louis XIV en personne visita le couvent des Augustins à cet effet. Le suaire a été conservé ; il se trouve dans le trésor de la cathédrale Saint-Michel. Vous ne le verrez jamais, car le curé desservant le garde pour lui. S'il avait un tant soit peu le sens du commerce, ce suaire pourrait à lui seul faire des miracles. Comme par exemple, recueillir des fonds pour la restauration de l'église des Carmes. On vénère bien le suaire de Turin ; celui de Carcassonne n'a rien à lui envier.

Revenons à cette statue, car elle a une histoire... En 1568, pendant la première période des luttes entre catholiques et huguenots, elle fut un jour trouvée de bon matin dans le ruisseau. Elle était mutilée et souillée de boue. Les catholiques crièrent à la profanation, et traitèrent les huguenots d'iconoclastes. Ils prirent les armes et les attaquèrent, non seulement dans les rues mais aussi dans leurs demeures. Il y eut des morts et des blessés. A la suite de ce pugilat, on organisa une grande procession en expiation de la profanation qu'on reprochait aux disciples de Calvin. Elle se termina par la pose d'une nouvelle statue dans la niche. Qu'est-elle devenue ? Mystère...

La statue de la Merci

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Au n° 22 du boulevard de Varsovie, cette maison est appelée communément "Maison de la vierge". Elle marque l'emplacement du couvent des pères de la Merci. Ces religieux recueillaient les aumônes pour délivrer les catholiques esclaves des Barbaresques.

Notre-Dame du Sauveur

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A l'angle de la rue de Verdun et de la rue Chartrand, on distingue une magnifique statue en marbre blanc. Le sculpteur serait Barata fils, à qui l'on doit la fontaine de Neptune de la place Carnot. Monsieur H. Bourbon était propriétaire de cette maison ; il acheta cet oeuvre d'art et la fit placer à cette niche qui abritait autrefois la statue votive de Notre-Dame du Sauveur. Celle-ci avait été placée à cet endroit dans un oratoire, afin de matérialiser l'emplacement de l'ancienne église du N-D du Sauveur qui fut supprimée lors de la construction de l'Officialité au XIVe siècle. Le magasin - aujourd'hui, la Ferme - s'est très longtemps appelé "A la vierge". Les vieux Carcassonnais le nomment encore ainsi.

Notre-Dame de Lourdes 

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A l'angle de la rue du 4 septembre et Jules Sauzède, dans le quartier dit "de l'artichaut" on distingue une statue dédiée à Notre-Dame de Lourdes. Ce lieu de dévotion était régulièrement fleuri, ce qui bien sûr n'est plus le cas. En dessous, se trouvait la fontaine de l'artichaut.

Sainte-Eulalie

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Au Moyen-âge, la commanderie de Saint-Eulalie occupait ce terrain. La vierge que l'on aperçoit dans une alcôve de la façade de Monoprix se trouvait à l'angle de cette rue, dans un bâtiment aujourd'hui détruit. L'immeuble actuel date de la fin du XIXe siècle ; c'était le Bazar Combéléran. La statue a été sauvée et ainsi déplacée.

Notre-Dame de Pitié

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Provenant de l'église de Peyriac-Minervois, la statue de Notre-Dame de Pitié fut vendue par un antiquaire à Mme Delteil - épouse du Dr fondateur de la clinique. Cette vierge ornait le jardin de l'établissement - aujourd'hui, maison de retraite Montmorency. On la plaça à l'intérieur du bâtiment pour la protéger. 

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© M-C Ferriol

D'après M-C Ferriol - Conservatrice des objets d'art sacré - cette statue se trouve dans l'église Saint-Vincent. Madame Delteil en avait fait don à l'abbé Jean Cazaux.

Source

Le culte de Notre-Dame à Carcassonne / Louis Cros / 1978

Cette brochure dactylographiée de 30 pages et jamais éditée, a été sauvée par mes soins de la décharge publique. Louis Cros fait partie de ses passionnés Carcassonnais, auxquels on n'accorde aujourd'hui aucune reconnaissance. Pourtant, leurs travaux auront fait considérablement avancer la connaissance du patrimoine de notre ville. Nous ne sommes tous que les dépositaires d'un héritage...

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08/09/2016

Quand la ville rasa les vestiges de l'église des Augustins en 1991

Dans les années 1980, le centre-ville de Carcassonne appelé de nos jours "Bastide Saint-Louis" n'est que grisaille et vieilles bâtisses non réhabilitées. Le maire Raymond Chésa entreprend alors un vaste chantier de rénovation urbaine avec le concours du Groupe Marcou afin de transformer une partie de cet habitat en déclin, par des H.L.M. Ainsi, de nombreux immeubles seront détruits et reconstruits afin d'offrir aux nouveaux locataires, hygiène et modernité. Ce centre-ville - pas encore classé en périmètre protégé - voit fleurir un habitat moderne avec fenêtres en PVC et façades colorées. Si l'action municipale qui coïncide avec la création de l'OPAH (Opération Programmée d'Amélioration de l'Habitat) s'inscrit dans une démarche d'amélioration du cadre urbain, elle ne s'est pas accompagnée d'une valorisation du patrimoine historique. Comme chacun peut l'imaginer, chaque coup de pioche mit au jour un site archéologique, à la grande satisfaction des chercheurs et scientifiques locaux. Le problème survint lorsque la ville ne voulut pas prendre à sa charge les frais inhérents à la recherche archéologique. Le plus souvent - comme lors du creusement du parking des Jacobins - les archéologues n'ont même pas été avisés. Tant et si bien que ce n'est qu'à la dernière minute qu'ils purent intervenir, une fois que la pelleteuse avait pratiquement terminée son oeuvre. A cet endroit, par exemple, la ville basse de Carcassonne s'étendait au Moyen-âge au-delà du périmètre actuel fondé par St-Louis. Nous étions donc sur l'emprise des maisons qui furent incendiées par le Prince noir de passage à Carcassonne en 1355. Rien ne put être étudié ou si peu, que c'est tout un pan de notre histoire qui ne sera jamais élucidé. Dans cette triste liste, nous ajouterons le parking de l'hôtel des trois couronnes en 1992 et plus récemment, la destruction des vestiges du couvent des cordeliers sous le square Gambetta en 2007.

L'église des Augustins

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Dans la rue des Etudes, ce bâtiment de couleur saumon du plus bel effet architectural, a écrasé l'abside de l'église des Augustins fondée au XIIIe siècle. Suite à la mise au jour de ces vestiges lors de la destruction d''immeubles au numéros 43 et 45 de la rue des Etudes, Marie-Elise Gardel et Marie-Chantal Ferriol alertent immédiatement M. Pellissier - Architecte des Bâtiments de France - et M. Massy - directeur des Antiquités. Les travaux de démolition avaient déjà endommagé une partie de l'abside. C'est donc en urgence que les scientifiques sont intervenus ; on peut les remercier.

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© Patrick Mangin

Ce que l'on a détruit sans autre forme de procès

Des structures visibles après les premiers travaux, il restait : 

- Le mur sud de l'abside conservé sur une élévation de 6,50 m comprenant une niche ogivale en parfait état.

- Le contrefort sud-est, conservé sur la même hauteur

- Le mur nord-est de la nef

- un reste de mur nord de l'abside

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© Patrick Mangin

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Les sépultures

Dans cette partie du choeur, une douzaine d'individus ont été prélevés. Cela représente une petite partie de l'ensemble des inhumations car seulement 50 % du choeur a pu être fouillé. Il semble qu'il y ait eu des ossements dans la partie superficielle déjà décaissée par la pelleteuse avant l'intervention des archéologues. La plupart des sépultures avaient été ensevelies dans des cercueils et les squelettes portaient au doigt des bagues en métal précieux. Ces objets ont peut-être été entreposés dans un dépôt du service de l'archéologie à Carcassonne. Il est bien dommage pour les Carcassonnais que notre ville soit incapable d'envisager la construction d'un musée archéologique, dans lequel figureraient tous ces objets de fouilles. On prêche dans le désert, sûrement... L'abside a été rasée après les fouilles malgré la demande des chercheurs ; on aurait pu simplement la préserver sous une dalle vitrée.

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Les restes de l'abside

Une statue polychrome

Un fragment de statue polychrome a été versé au Musée des Beaux-arts. Qu'est-il advenu de lui ? Se trouve t-il dans une vitrine parmi les collections permanentes ou en réserve ? 

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Plan de 1729

Ce qu'il reste de visible

Le couvent des Augustins s'étendait tout le long de la rue de Verdun. On peut encore en voir des vestiges dans les différents immeubles. Sur cette photo aérienne de 1954, nous avons dessiné grossièrement l'emprise de l'église des Augustins. Il faudrait ajouter le cloître et les bâtiments conventuels et nous aurions la dimension de ce site.

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Dans l'un d'entre eux, une partie de l'ancienne nef fut transformée en jardin (point rouge). Dans la boucherie Safon : un bénitier,  un morceau de rosace et d'une porte en ogive sur l'ancien mur ouest de l'église.

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© Le 104

Le restaurant bio "Le 104", rue de Verdun, est installé dans la nef de l'église des Augustins

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© Jacques Blanco

Dans le magasin Bio-Vivre - 104, rue de Verdun - les vieilles pierres de la nef de l'église des Augustins (XIIIe siècle) témoignent encore de ce riche passé religieux.

C'est là que le roi Louis XIV en 1660 s'arrêta  pour assister à la messe avant d'épouser l'Infante d'Espagne. Cette église abrita également la relique du Saint-Suaire sensée avoir recouvert le corps du Christ. Elle se trouve actuellement conservée à l'abri des regards dans la cathédrale Saint-Michel.

Deux de nos articles à lire

http://musiqueetpatrimoine.blogs.lindependant.com/archive...

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01/09/2016

La classe de dessin de Jacques Gamelin en 1796

Dans l'article d'hier, nous avons vu quelle fut la vie et l'oeuvre du peintre Carcassonnais Jacques Gamelin, Grand prix de Rome en 1763. Aujourd'hui, nous vous proposons de pénétrer à l'intérieur de l'Ecole centrale de l'Aude et plus particulièrement dans sa classe de dessin. Il n'en reste hélas plus rien de nos jours... Quand le lycée de garçons succéda à l'Ecole centrale en 1864, plusieurs aménagements transformèrent l'ancienne classe de dessin. Après que ce lycée déménage en 1962 à Paul Sabatier, la municipalité rasera tous les bâtiments compris entre la rue Littré et la rue Aimé Ramond, laissant à la place un parking. La classe de dessin de Gamelin se trouvait exactement en face de l'actuelle MJC.

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L'emplacement de la classe de dessin de J. Gamelin.

A la fin du XIXe siècle, le professeur de dessin du lycée Impérial - M. Pringuet - trace un plan du bâtiment et indique par des lettres les transformations réalisées depuis l'époque de Gamelin. Nous avons par souci de clarté indiqué en rouge l'emplacement de la classe de dessin de l'illustre peintre. La rue de la Pélisserie est l'actuelle rue A. Ramond.

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Plan d'Henri Pringuet

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Dans ce qui reste aujourd'hui de la façade du XVIIIe siècle, contiguë à la partie rasée de l'édifice, on peut se faire une idée de l'aspect extérieur de la classe de Gamelin. 

1er Brumaire An V

(22 octobre 1796)

Ce jour est la date officielle de l'ouverture de l'Ecole centrale de Carcassonne, mais Jacques Gamelin avait été déjà investi de sa nouvelle fonction quatre mois auparavant, soit le 7 juin 1796. Il faisait partie des neuf professeurs : Alary (Histoire naturelle), Marcou (Langues anciennes), Birot (mathématiques), Sicaire (Physique et chimie), Coumes (Grammaire), Sériès (Belles-lettres), Gary (Histoire), Trey (Législation) et Lasalle (Bibliothécaire). L'apprentissage du dessin était ainsi défini :

"L'enfant qui cesse de bégayer s'instruit, en jouant encore, à discerner, à réunir, à prononcer, à tracer des caractères qui peignent la parole et sont les signes de ces sensations... Son attention ne peut d'abord être fixée que par l'attrait du plaisir. Le dessin est pour lui un amusement dont le prestige, adoucissant à ses yeux le rude aspect du travail, le familiarise avec l'application : aussi est-il l'objet de sa première étude et comme une sorte d'initiation aux connaissances humaine."

L'article 6 du règlement intérieur des écoles centrales fixait à deux heures l'après-midi, le temps consacré  au dessin. Faisant fi des instructions officielles, le jury d'instruction publique de l'Aude proposa à l'administration d'ouvrir tous les jours la classe de Gamelin. Cette disposition fut abrogée l'année suivante ; les cours de deux heures furent inaugurés.

La méthode Gamelin

Le plan d'études comporte un enseignement à trois degrés, tous consacrés à l'étude du corps humain, au triple point de vue de la constitution, de l'expression et de la plastique. Dans la première classe dite des Principes, l'élève se familiarise avec les éléments du visage, en distinguant les rapports que ces éléments présentent entre eux. La seconde, fournit l'occasion de réaliser la synthèse des notions de détail. Le travail s'opère en présence des chefs-d'oeuvre de la statuaire classique ; c'est le plus sûr moyen de façonner son esprit au sentiment des formes harmonieuses. Selon ses dispositions, il lui faudra un an ou deux avant de passer dans la classe du modèle vivant.

"C'est là, que ceux qui voudront atteindre à la perfection ou soigner précieusement leur goût naturel pour la peinture, apprendront à connaître les formes, l'élégance, le genre nerveux et qu'ils sauront justement apprécier les richesses que les Grecs et les Romains nous ont transmises à cet égard." (Jacques Gamelin)

Description de l'école de dessin

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©Musée de l'Evêché / Limoges

On imagine quel était l'aspect de cette haute et grande salle, médiocrement éclairée par sa fenêtre hors d'appui. De l'étroit cadre vitré tendu sur la rue d'un treillis de fer protecteur, la lumière descendait, rare et comme tamisée, sur les modèles qui s'alignaient le long du mur, non loin de la fenêtre. La salle avec sa cheminée en bois avait un faux air d'appartement. Le logis était si froid et si humide que le 19 juillet 1799, l'architecte Champagne dut proposer d'assainir les salles en bordure du jardin botanique, en pratiquant sur la longueur du bâtiment une rigole en cailloux de rivière. Les séances de dessin en fin d'après-midi imposaient d'éclairer les salles à la chandelle. Au terme du devis dressé le 19 juillet 1799, chacune des classes furent munies de lampes à huile.

Les élèves travaillent assis sur les bancs ou sur leurs rustiques tabourets de paille, leur planchette posée sur les genoux. L'estampe qui sert de modèle est collée sur un mince carton et pend des lignes de fils de fer tendus le long des murs ou à la traverse des seize chevalets volants. Avant l'installation des lampes, chaque écolier ou chaque groupe d'écoliers avait sa chandelle fixée près de lui dans une bobèche de fer blanc. Jusqu'aux derniers jours de l'école, le mobilier du cours de dessin se maintint dans cet état rudimentaire.

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© Archives de l'Aude

La salle de dessin avant 1914

Gamelin touchait annuellement 2000 francs pour dispenser ses cours. Il était également logé dans l'enceinte de l'établissement au premier étage, dans un modeste appartement de cinq pièces. Chacune d'entre elles prenait la lumière sur la cour par une fenêtre unique. Le peintre avait tant bien que mal aménagé dans son salon un atelier de peinture, mais l'ébranlement provoqué par le va-et-vient des voisins du dessus suffisait pour répandre un nuage de poussière. Le cadre exigu de la pièce ne se prêtait aux exigences de certains travaux. 

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Il fut contraint de monter ses grandes toiles dans la nef de la chapelle transformée en musée. C'est également dans le sanctuaire que s'assemblaient sous l'oeil du maître, les cours annexes de peinture. Aujourd'hui, cette chapelle a été transformée en auditorium, rue des Etudes. On peut toujours y voir le sanctuaire dont il est question.

La distribution des prix 

Aidé parfois de son fils aîné, Gamelin dessinait la plupart des estampes données en récompense aux lauréats. En 1911, Alma Cardes habitant à Carcassonne en possédait deux attribuées à Clément Bonnet, lauréat du concours de dessin en 1798 et 1799. Ce sont des croquis inspirés par les souvenirs personnels de la campagne des Pyrénées-Orientales de 1793 à 1794.

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Choc de cavalerie près du Mas d'Eu. An II

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Déroute des Espagnols sur les murs de Perpignan. An II

Liste des lauréats de 1799

Bernard Vergnes (Carcassonne) : Prix des Principes

Moulines (Limoux) : Couronne

Jacques Bastoul (Carcassonne) : Droit d'exposition

Reçus un cahier de gravures de 24 planches de Gamelin

Xavier Bonnafous (Montréal) : 1er prix des petites têtes

Reçu "La vue de Milan" de Gamelin fils

Etienne Denisse (Carcassonne) : Second prix

Alexandre dans la ville des Axydraques de Gamelin

Jean-Baptiste Echernier (Carcassonne) : Accessit 

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© Musée Paul-Dupuy / Toulouse

La mort de Socrate de Gamelin

Ce lavis a été acquis en 2001 chez un marchand d'art et provenait sans doute de la famille de Jean-Baptiste Echernier, lauréat du concours. Nous l'avons retrouvé au musée Paul-Dupuy de Toulouse.

Joseph Guiraud (Carcassonne) : Couronne

Galinier (Caunes-Minervois) : Droit d'exposition 

Jean-Baptiste Viviès (Ste-Colombe-sur l'Hers) : 1er prix

Une bataille des P-O, sur papier bleu lavé à l'encre de Chine

François Hortet (Prades) : Second prix

Un paysage de Jean Pillement

Jean-Baptiste Germain (Carcassonne) : Couronne

Raynaud (Carcassonne) : Droit d'exposition 

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Armand d'hautpoul : 1er Prix des académies

Louis Alboize : 1er Prix des académies

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Deux Bacchanales de Gamelin

L'une des deux Bacchanales acquise par le musée Paul-Dupuy de Toulouse en 1998.

Toussaint Cros (Lagrasse) : Second prix

Taichère (Trèbes) : Honneurs de l'exposition

Rainier (Bram) : Honneurs de l'exposition

Un paysage de Pillement

Clément Denisse (Carcassonne) : 1er prix de ronde-bosse

Le poème de Watelet sur la peinture

Clément Bonnet (Carcassonne) : Second prix

Baudouy (Carcassonne) : Second prix

Une bataille des P-O de Gamelin

Source

Réunion des Sociétés des Beaux-arts des départements

Joseph Poux / 1911

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