10/08/2017

Le monument à Paul Sabatier, entre grandeur et décadence

Afin de célébrer le centenaire de la naissance de l'illustre chimiste et Prix Nobel, natif de Carcassonne, un Comité se constitua dans le but d'ériger un monument à sa gloire. Il fut placé sous le haut patronage du Président de la République René Coty et d'Albert Sarraut, membre de l'Institut de France. C'est grâce à une souscription publique lancée en 1955 et dont les fonds furent recueillis par le pharmacien Sarcos, place Carnot, que ce projet put être mené à son terme. Parmi les principaux souscripteurs, notons l'Union des Chambres syndicales de l'Industrie du Pétrole, le gouvernement de la République du Vénézuela, la municipalité de Carcassonne et l'ensemble des élèves et des admirateurs de Paul Sabatier.

sabatier monument copie.jpg

© Martial Andrieu

Ce monument - œuvre des sculpteurs Yvonne Gisclar-Cau et Paul Manaut, assistés par l'architecte M. Teppe - fut inauguré le 1er juin 1957 au Square Gambetta. C'est là qu'il trônait encore en 2003 avant la destruction de ce jardin pour y faire un parking souterrain. Après un dîner chez Auter, rue Courtejaire, l'inauguration eut lieu à 16 heures en présence de nombreuses notabilités : M. le Préfet Blanchard et son chez de cabinet M. Bourdon ; Jules Fil, maire de Carcassonne ; M. Desmons, adjoint au maire et président de la commission des Beaux-arts ; M. Julia, adjoint au maire ; les membres de la commission municipale ; M. Depaule, président du Comité organisateur et membre du Conseil d'Etat, Mlle Sabatier, Mme de Grammond et Mme Barlangue, filles de Paul Sabatier ; le sénateur Courrière ; M. Vidal, proviseur du lycée Paul Sabatier ; M. Descadeillas, prédisent de la Société des Arts et des Sciences ; le représentant de l'Université de Toulouse, etc.

105_001_album-photo-personnel-paul-sabatier-prix-nobel-1912-toulouse-france.jpg

M. Depaule retraça la vie et la carrière du chimiste, avant que M. Flanzy qui fut l'élève de Paul Sabatier et qui dirigeait l'Institut œnologique, ne prenne à son tour la parole. Pendant plus de quarante ans, le monument à Paul Sabatier contribua à l'embellissement du square Gambetta. En 2003, les ouvriers municipaux enlevèrent l'ensemble des statues et des monuments de ce jardin, afin de les remiser. Il fallait faire place nette pour l'exécution des travaux du parking. Quand celui-ci fut achevé, M. Jean-Louis Bonnet, que j'aurais plus d'honnêteté à citer pour son œuvre que lui pour la mienne, écrivit aux élus afin de savoir où était passé le monument à Sabatier. A défaut de réponse, il mena son enquête et retrouva dix années plus tard, l'illustre Sabatier complètement désossé reposant sur des paillettes de chantier, aux serres municipales.

Sabatier palettes.jpg

© La dépêche

Ce n'est qu'au prix d'un article dans la presse et de quelques uns sur mon blog, que la municipalité daigna porter assistance au pauvre Sabatier. Fallait-il encore lui trouver un centre d'hébergement... Finalement, le proviseur du lycée Sabatier M. Mercadal qui était également adjoint au maire - pas très chaud de prime abord pour accueillir le monument du savant - obtint de la région les crédits nécessaires à son installation.

Sabatier lycée.jpg

C'est ainsi que depuis 2012, Paul Sabatier trône fièrement à l'entrée du lycée qui porte son nom à Carcassonne. On ne pourra pas dire que les successeurs d'Albert Sarraut, Courrière et autres Jules Fil auront été à la hauteur.

Capture d’écran 2017-08-10 à 11.40.26.png

© GARAE

Fernand Courrière

Fernand Courrière (1876-1960), Normalien de Cuxac-Cabardès, se souvient de Paul Sabatier. Il évoque son souvenir dans un journal de 1954 que nous retranscrivons ci-dessous.

C’était en train 1898, le dimanche après la foire de Cuxac tenue le 18 juin. J'étais alors instituteur adjoint à l'école de l'Ouest à Castelnaudary. Mon directeur était Émile Cantier, dont le père, instituteur en retraite, vivait avec sa sœur Madame Terral, receveuse des P.T à Cuxac-Cabardès. J'avais 21 ans, et je me disposais bientôt à me marier avec mademoiselle Marie Cals, la fille du boulanger qui était la camarade de mon père. Donc, aller à Cuxac, était ma première préoccupation, et toutes les occasions m’étaient bonnes.
Mon père m'avait écrit : « Viens, si tu peux, dimanche prochain, puisque que tu ne peux être ici le jour de la foire. Tu verras un phénomène extraordinaire : la source du pâtu de Séguy au lieu d’eau, coule maintenant du pétrole, oui du pétrole ! ». Ma mère avais ajouté « Marie m'a dit de te dire que, si tu viens, tu déjeuneras au Four, avec eux, en famille ! » Figurez vous, aller déjeuner chez ma fiancée, et aller voir une curiosité naturelle, me font décider sans rémission d’être à Cuxac, coûte que coûte oui, ce dimanche. Je fais part à mon directeur, M. Cantier, de la venue de pétrole à la source Séguy ; ce fait curieux l’intéresse, déjà ! Et comme il aura l'occasion d'aller voir son vieux père et sa sœur, il décide de venir à Cuxac avec moi.
Mais les communications entre Castelnaudary et Cuxac n'étaient ni rapides ni commodes. Par le train jusqu'à Carcassonne, par la patache de Carcassonne à Cuxac, et retour à Castelnaudary par c'est deux moyens réguliers, demandait deux jours ! Or, il fallait être rentré le lundi matin avant huit heures pour assurer le service de l’école, moi de ma classe ! Que faire ?
Nous combinons d’aller à Cuxac à bicyclette, et d’en retourner de même. C'est pourquoi nous louons, l'un et l’autre chez Candelié, une bicyclette de caoutchoucs pleins, s'il vous plaît ; car, encore le pneu n'était pas inventé.
Le samedi soir, après 16 heures, nous nous mettons en route sur Saissac, via Cuxac, où nous arrivons vers 20 heures après un voyage pénible, sur une voie qui n'est pas goudronnée, je vous l'assure. Chez moi on a dîné ; mais, maman a vite fait de me servir très largement de quoi me restaurer.
Pendant que je mange, papa m'explique ce qui est survenu chez Séguy : « Oh ! c'est bien du pétrole, va ! Tiens, sens cette bouteille qui en est remplie… et puis, d'ailleurs, il brûle bien… la preuve c'est que la lampe que tu as sur la tête éclaire la cuisine avec ce pétrole, et celle de la salle en est aussi garnie, et tu vois sa belle flamme ! »
Tout cela était évident ! Absolument vrai, surtout ainsi démontré et affirmé par mon père !… Et certifié en outre parler clients du café, nombreux ce soir-là, tous mes camarades et mes amis ! Et les raisonnements baroques parfois, les suppositions les plus saugrenues, s’émettaient. Même le diable faisait partie de certaines allégations ! Ah ! La superstition !…
Figurez-vous ! Avec l'esprit avide d'apprendre, de savoir que j’avais – et que j'ai conservé, grâce à Dieu –si j'étais impatient d'aller sur les lieux, voir et me rendre compte ! Mais… il était trop tard !
Le lendemain, je me lève un peu courbaturé et… après une apparition chez ma fiancée, je vais à la maison Séguy, chez Touénou, mon camarade, la Rosette sa mère, et la vieille Mion, sa grand-mère. Il pouvait être 10 heures. Je grimpe un peu les escaliers faits de pierre disjointes, et me voilà dans la cuisine. Personne… mais, je sens déjà une odeur de pétrole aromatique… or, le portillon qui donne sur le pâtu est ouvert… et j'entend parler… je m’avance… Mion et Rosette son là avec deux messieurs… Elles expliquent… Je me permets de pénétrer, car je suis un familier de la maison, et je puis me le permettre !


Ces deux Messieurs, sont Théodore Sabatier que je connais bien et son frère Paul que j'avais eu vu à Cuxac. Rosette, me voyant, me dit : «Béni, Fernand, Béni bésé ça que le Drac nous a fait !!! » - mes amis lecteurs, vous avez entendu parler du DRAC, l'esprit malin auquel on croyait autrefois… La Rosette et la vieille Mion, croyaient ferme comme un roc que le pétrole avait pris la place de l’eau par suite d'un tour coquin du DRAC – je m’avance tout en saluant, et Théodore me tendant la main me dit : « c'est mon frère Paul – Paul me serre la main comme l'avait fait Théodore - je l'ai fait venir tout exprès de Toulouse, pour voir le phénomène de cette source et essayer de tirer ça au clair… cela m'intéresse pour mon jardin au-dessus, et qui semble en être le réservoir… tiens, continue Théodore, regarde Fernand… c'est extraordinaire, cela… et c'est bien du pétrole ! »
Voilà devant nous, la vasque creusée à même la roche schisteuse dans laquelle sourdait la petite source d’eau cristalline, pure et toujours fraîche qui l’emplissait, jusqu’ici. Le trop-plein se déversaient dans une minuscule rigole qui le conduisait au caniveau dans lequel elle coulait vers l’aval mêlé au liquide des éviers d’amont.
Mais aujourd'hui la vasque paraît pleine d'une espèce d'écume, de mousse blanchâtre comme une vaseline. Monsieur Théodore Sabatier avait une vieille cuiller en fer toute rouillée, qu'il tient à la main, écume cette mousse vers un bord… alors apparait un liquide ambré qui remplit la vasque. Il y trempe un doigt, me le tend au nez, et me réponds, ça sent le pétrole aromatique !…»
Alors, monsieur Paul Sabatier sent encore une fois, le bout du doigt que son frère à trempé pour lui de nouveau dans le liquide jaune brun. Il saisit la cuiller, et la remplit lui-même, mais ayant soin de prendre en même temps un peu d'écume blanchâtre. Il sent… puis prenant une pensée de mousse il la renifle… la malaxe entre ses doigts… et se tourne vers son frère.
Monsieur Paul Sabatier qui jusque-là, pensif, n'a pas ouvert la bouche, dit à Théodore, presque à voix basse en confidence : « Cette écume est onctueuse comme une graisse… Quant au liquide ambré, c'est une huile… Pour moi, ce phénomène est clair : c'est une résurgence naturelle de kérosène entraînant de l’ozokérite ! »
Puis, comme emporté par ses pensées, il ajoute à plus haute voix : « Vois-tu, mon frère, la nature, dans ses laboratoires mystérieux, travaille infiniment mieux que nous, hommes. Elle sait dissocier, décomposer, fractionner la matière, recombiner les éléments… Mais… comment… par quels moyens… quels sont ses procédés ? Nous avons là des témoins… mais la question demeure entière à résoudre ! »
Je n'avais alors que tout juste 21 ans, et à peine une toute petite moustache brune ornait ma lèvre supérieure. J'ai bien entendu : « Comme une graisse, c’est une huile…. » mais les autres deux mots que Paul Sabatier avait prononcés : « kérosène… ozokérite… » était pour moi du sanscrit ou de l’hébreu. J'étais bien content de voir, De constater cette curiosité : une source de pétrole à Cuxac ; de l'entendre certifier par deux professeurs de lycée : c’est tout !
Je n'ai compris peu plus tard la signification de ce que disait Paul Sabatier. Mais je suis persuadé que psychologiquement parlant, Le phénomène de la source qui m'a frappé, à influé beaucoup, beaucoup sur mon évolution psychique. Il m'a conduit tout naturellement à l’étude passionnée de la géologie, de la technique, de la minéralogie, des pétroles. Il m'a fait devenir un pionnier de la découverte des trésors que la terre renferme !


Paul Sabatier, lui, comprenait parfaitement et Théodore aussi. La meilleure preuve c'est que, conjointement, ils ont adressé au préfet de l’Aude, une déclaration d'invention de la source de pétrole de Cuxac-Cabardès ; et que, pour justifier leur fait, ils ont entrepris en juillet et août 1898, dans le jardin de Mme de Geoffroy, un puits de recherche pour capter. - Je raconterai cela plus tard.
Eh ! bien, je suis convaincu que la visite de Paul Sabatier à Cuxac, et sa préoccupation avec son frère, de posséder le kérosène et l’ozokérite, l’on profondément frappé et influé sur sa vie jusqu'à l'épanouissement de son génie.
J'entends comme si c'était hier les paroles de Paul Sabatier à son frère, en conclusion de ces méditations devant la vasque où il voyait du kérosène, c’est-à-dire du pétrole lampant naturel, et de l’ozokérite, une cire naturelle, les deux nés d'une mère commune qui s'appelle huiles brutes de pétrole naturelles !
Oui, peut-être, c'est là le moment de départ de son étude passionnée du fractionnement, de la transformation des huiles brutes de pétrole, pour aboutir à la découverte de la catalyse, après 25 ans de travail acharné avec ses assistants et ses collaborateurs, dans son laboratoire de la faculté des sciences de l'université de Toulouse.
Voilà un point inédit, je crois, de l'histoire de cet enfant de Carcassonne, sa vile natale, qui s'apprête à fêter le centenaire du grand savant Paul Sabatier.

Sources

L'Indépendant / 2 juin 1957

L'Indépendant / 18 janvier 1955

______________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

07/08/2017

À chacun de porter sa croix....

Durant les premiers mois de l'année 2013, Madame Vialade - qui s'occupe avec une dévotion toute particulière de l'entretien bénévole de l'église de Villalbe - avait retrouvé parterre le bras de la croix du XVIe siècle. Celle-ci orne l'intérieur de l'église paroissiale depuis 1978, date à laquelle elle fut découverte dans la boulangerie de ses parents. Ils en firent don à la commune - ce qui explique sa présence dans ce lieu de culte - et elle fut ensuite inscrite à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques. 

P1070714.JPG

© Martial Andrieu

Roselyne Vialade devant la croix restaurée 

Durant l'été 2013, je m'aperçus que la croix avait été camouflée sous un drap et que le bras avait disparu. Il ne s'agissait pas d'un acte malveillant ; l'usure du temps avait fait son œuvre. Roselyne que je connais depuis ma tendre enfance, m'expliqua qu'elle avait pris soin d'amener le bras chez elle. Je lui conseillais d'alerter les services de la mairie, mais préféra se tourner vers les Monuments historiques grâce au concours d'une amie dont la fille est guide à la Cité. De mon côté, je prévenais le service du patrimoine de la mairie et la conseillère municipale de l'époque, Monique Joseph. L'affaire prit plusieurs mois avant qu'elle ne suscite l'émoi des locataires de l'Hôtel de Rolland. Tant et si bien que je sollicitais à de nombreuses reprises la municipalité sur ce dossier, sans résultats malgré des articles sur mon blog. 

P1070710.JPG

© Martial Andrieu

De temps en temps, je prenais des nouvelles du côté de Roselyne Vialade afin de savoir si les choses bougeaient. Ne voyant rien venir, j'alertais Marie-Chantal Ferriol - Conservatrice des objets d'art sacré du département. Elle se déplaça avec la conseillère municipale à Villalbe et constata les dommages. Il fallait que la ville établisse deux devis de réparation auprès d'entreprises spécialisées et les envoyer à la DRAC (Direction des Affaires Culturelles) à Montpellier. La somme que la municipalité devait débourser s'élevait autour de 2000 €. Même pas le cachet de la secrétaire de Johnny Hallyday pour le festival... L'affaire dura quatre ans ! Entre temps, la mairie changea et Monique Joseph fut remplacée par Annie Barthès. Quand le service du patrimoine de la ville - qui se résume à une seule secrétaire (Nelly Bourcelot) - eut enfin ses deux devis, le temps ayant passé, une des entreprises n'exerçait plus. Il fallut tout recommencer... 

P1070712.JPG

© Martial Andrieu

La croix restaurée, côté face

Au mois de mai 2016, le dossier passa au bureau municipal. Le 28 septembre 2016, le conseil municipal effectua une demande subventions auprès de l'état. Après quoi, M. Amigues - Conservateur des antiquités et objets d'art de la DRAC - valida cette restauration. C'est l'entreprise Carcassonnaise Coq et Torrès qui obtint ce marché. 

P1070713.JPG

© Martial Andrieu

Il y a quinze jours, j'étais à Villalbe. Au cours d'une discussion avec Roselyne Vialade, je lui demandais où en était la restauration de la croix. Elle me répondit avec une naïveté propre aux gens honnêtes : "Mais elle est restaurée !". Faudrait-il que je remercie Madame Barthès et le service du patrimoine de m'avoir tenu au courant ? Sans lanceur d'alerte, point de restauration et surtout point d'autosatisfaction dans la presse locale. Comme à chaque fois, ils répondront qu'il faut se satisfaire de l'objectif qui est atteint : Quatre ans ! Tant pis, si c'est au détriment d'un peu d'éducation et de savoir vivre...

_______________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

25/06/2017

La ville de Carcassonne, à côté de la plaque avec le peintre Jean Camberoque

Il y a 100 ans, naissait le 23 février 1917 le peintre Carcassonnais Jean Camberoque. Ses peintures, ses céramiques et ses sculptures en béton contribuèrent largement, à diffuser une notoriété qui dépassa nos frontières. Cet autodidacte fut tout de même encouragé dès ses débuts par Joë Bousquet : "Il a voulu faire de l'espace la mesure du ciel". Le poète qui avait dans sa liste d'amis des peintres surréalistes tels que Max Ernst ou Tanguy, leur présenta le jeune Camberoque. Ainsi débuta la carrière de ce Carcassonnais pétri de talent mais qui n'eut, comme beaucoup d'autres, que le malheur de s'attacher à sa ville natale. Il disait que le ciel au-dessus d'elle avait la couleur d'une coquille d'huitre.

Jean Camberoque.jpg

© Charles Camberoque 

Artiste prolifique et d'une curiosité absolue pour les nouvelles techniques ; il suivit une formation dans les ateliers de Sant Vicens à Perpignan. C'est là qu'il développa son art pour la céramique, allant jusqu'à créer de nombreuses œuvres qui figurent encore dans bien des bâtiments publics : écoles, collèges, foyers de jeunes travailleurs... Si les mairies dans leur ensemble ont respecté cet héritage, soit en le restaurant (à Narbonne), soit en le déplaçant (à Trèbes), d'autres (à Carcassonne) sont allés jusqu'à le détruire.

Capture d’écran 2017-06-25 à 10.24.15.png

La maison natale du peintre, 39 rue A. Marty

Le 15 novembre 2006, une plaque à la mémoire de Camberoque était apposée sur la façade de sa maison. On la doit au Club Soroptimiste de Carcassonne ; association philanthropique dont la présidente avait été Yvonne Camberoque, épouse du peintre. A l'initiative de Pascale Chinaud, ce souvenir indique au passant la présence de l'artiste en ce lieu. En présence de son fils Charles, de sa petite fille Nina et de son épouse Yvonne, on dévoila cette plaque. Dans l'assistance, quelques amis comme Gisèle Jourda et Jacques Arino. Gérard Larrat, le nouveau maire de Carcassonne prononça un discours.

Article Plaque JC 2006177.jpg

© Nathalie Amen-Vals / Midi-Libre

Avant-hier nous publions un article, concernant la destruction d'une partie de la céramique réalisée par Camberoque à l'école Jules Ferry, avenue Jules Verne. Les services de la mairie ont délibérément percé une ouverture dans le mur et posé une grille en fer.

http://musiqueetpatrimoine.blogs.lindependant.com/archive...

780517117.jpg

Après le percement de la porte et la pose de la grille en 2017

J'ai saisi aussitôt la ville de Carcassonne afin d'obtenir des explications sur le vandalisme d'une œuvre d'art. Située sur l'espace public, dans une école primaire dont elle a la responsabilité. D'après mes recherches, cette céramique aurait été réalisée lors de la construction de l'école. Le 1% de l'état obligatoire consenti à une œuvre d'art dans le cadre d'un édifice public, donnerait une caractère juridique à cette destruction. 

Capture d’écran 2017-06-25 à 10.58.26.png

Au moment des travaux en 2008

Nous avons obtenu par mail les "explications" des services techniques de la ville de Carcassonne.

"Les travaux de création d'un sas pour la piscine du Viguier, ont été réalisé en 2008 .

Ces travaux n'ont eu aucune incidence sur la fresque de Mr Camberoque, qui était déjà dégradée à cette date depuis de nombreuses années.

Il semblerait que la fresque se soit dégradée dés le début de sa mise en place du fait d'une mauvaise adhérence entre les céramiques et le support.
Les équipes municipales ont récupérés et conservés une partie de ces carreaux."

Capture d’écran 2017-06-25 à 11.07.02.png

Derrière le mur, une porte a été murée mais il valait mieux en créer une autre

Finalement à Carcassonne, il est permis à des employés communaux de maçonnerie de juger de l'état de dégradation d'une œuvre d'art. Inutile donc d'alerter la DRAC, ni les héritiers du peintre.

Que par chance, la dégradation était pile à l'endroit où il fallait percer une porte puisqu'ailleurs elle semble en bon état.
Que cela justifie aussi une saignée dans la céramique pour installer une grille en fer.
Que "cela n'a eu aucune incidence puisqu'elle était dégradée", alors que l'œuvre est désormais tronquée d'un tiers. En effet, un tableau de Dali amputé d'un tiers resterait -il toujours un tableau de Dali ?
A carcassonne, on peut détruire tout sous prétexte que c'est dégradé. Qu'attend-on pour raser la Cité ?

001céramique Trebes 1.jpg

A Trèbes, la mairie a rasé la salle des fêtes dans laquelle se trouvaient des céramiques de Camberoque. Elle ont été réinstallées sur un mur, à la sortie vers Villalier.

19264619_1405196876212413_6133070600502931921_o.jpg

A Limoux, la céramique réalisée en 1969 accueille toujours les visiteurs de la cité blanquetière.

Capture d’écran 2017-06-25 à 11.16.17.png

Sur le Lycée du Dr Lacroix à Narbonne (1960)

Cette œuvre a été réalisée au moment de la construction du lycée vers 1960 et en constitue le « 1% artistique ». Cette procédure de soutien à la création, instaurée en 1951, au départ dans le cadre des nouveaux bâtiments de l’Education Nationale, a été créée à l’initiative du sculpteur audois René Iché (1897-1954). Le coût de cette oeuvre a été de 2372 NF, c’est-à-dire 1% du budget de la construction du lycée (part de l’État). La céramique de Carcassonne a dû être réalisée dans ce cadre ; c'est donc un bien de la Nation.

http://cache.media.education.gouv.fr/file/Ressources/88/4...

Capture d’écran 2017-06-25 à 11.21.44.png

Anciennement sur la route de Gruissan, cette céramique de Camberoque a été restaurée en 2013 et placée contre la façade de l'Office du tourisme de Narbonne-plage. On citera également celle de l'école André Pic de Port-la-Nouvelle.

Avouez qu'à "Carcassonne, ville d'art et d'histoire" cela la fiche un peu mal. Continuons donc à laisser la maçonnerie municipale s'occuper du devenir de nos œuvres d'art...

_______________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

29/05/2017

L'église des Carmes, de sa fondation à aujourd'hui

Les Carmes s'établirent pour la première fois à Carcassonne par autorisation du roi Saint-Louis en 1267, sur l'emplacement voisin de l'entrée de la ville (Jardin André Chénier). Ils se transportèrent dans l'intérieur de la Bastide, là où subsiste encore l'église fondée en 1297.

Eglise_des_Carmes_Carcassonne_54_0.jpg

© aude.catholique.fr

L'église possède une seule nef avec une abside et douze chapelles. Les deux du fond furent masquées par la construction de la tribune qui reçut un orgue en 1853. Trente ans plus tard, celui-ci était déposé et installé dans l'église de Lagrasse. Les chapelles sont ogivales et uniformément orientées, surmontées de fenêtres ogivales à meneaux. Certaines furent remplacées postérieurement par des baies orbiculaires sans ornements. Si la voûte de la nef n'est probablement pas d'origine, contrairement à celle des chapelles.

Eglise des Carmes.jpg

L'entrée par la rue Courtejaire

On doit à Engalhière, peintre décorateur de Toulouse, la décoration intérieure réalisée en 1851. Ce travail fort bien exécuté a masqué ou empâté diverses inscriptions ou écussons assez bien conservés. Le sol actuel, formé d'un parquet en planches, se trouve surhaussé de cinquante centimètres environ au-dessus du sol de la construction. Il suffit d'observer l'enfouissement des bases des piliers qui supportent les arcs des travées. Ce rehaussement fut opéré quand à la Révolution, l'église devint une remise de roulage ; afin de mettre le sol au niveau de la rue. Cet édifice aliéné par la Nation en 1791, avait été acheté par Sarand et servit jusqu'en 1850 de remise.

indépendant.jpg

© Claude Boyer / L'indépendant

Le sol primitif est presque entièrement occupé par des caveaux ; au XVe et XVIe siècles, les familles des notables de la paroisse de St-Vincent avaient leur sépulture dans l'église des Carmes. Le mausolée de la famille de Saint-André, qui était un des précieux ornements de l'église des Carmes, a été transporté au musée des Augustins de Toulouse en 1848. Il s'y trouve toujours...

carmes.jpg

© Musée des Augustins

Bas-relief funéraire de la famille de Saint-André

Le 26 novembre 1848, un club démocratique qui s'était s'installé dans l'église et tient un banquet sous la présidence de Théophile Marcou. Deux ans plus tard, l'ordre des Carmes rachète le couvent et fait restaurer la chapelle. Elle sera consacrée par Mgr de Bonnechose le 14 octobre 1851. Les Carmes furent chassés le 16 octobre 1880. La congrégation est dissoute par la loi du 1er juillet 1901 et l'église occupée l'année suivante par un asile dirigé par M. Chosset. La chapelle ne sera réouverte au culte qu'à partir du 27 juin 1909. En 1925, le couvent et la chapelle seront rachetés par la paroisse St-Vincent.

eglise_carmes_2.jpg

© France 3

 Aujourd'hui, l'église des Carmes se trouve dans une situation de péril. Sans de profondes et coûteuses restaurations, cet édifice religieux du XIIIe siècle sera fermé au public. Une souscription a été lancée afin de réunir les fonds nécessaires (2 millions d'euros) à cette remise en état. On peut se rapprocher de l'Evêché de Carcassonne, 89 rue Jean Bringer.

Quelques dates à retenir

1698 : Inhumation de J-J Mélair, sculpteur, dans l'église

1855 : Érection de la statue St-Jean-de-la-croix (L. Nelli)

1860 : Érection de la statue de la Vierge en marbre blanc (Perrin)

1871 : Inauguration de la chapelle de la Vierge

1872 : Inauguration des chapelles du Sacré-cœur, N-D de la Salette, St-Albert, St-Jean Baptiste

1876 : Réfection de la porte d'entrée, rue Clémenceau.

Source

L'église des Carmes / Louis Cros

__________________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

25/05/2017

Unique au monde ! La plus vieille statue de St-Louis est à Carcassonne.

La ville de Carcassonne possède en ses murs et plus exactement à l'intérieur de l'église Saint-Vincent, la plus ancienne représentation du roi Louis IX, connue à ce jour. La statue n'est pas contemporaine de Saint-Louis, fondateur de la Bastide qui porte son nom, mais selon le Bulletin archéologique de 1909 (Paris / Imprimerie Nationale), elle aurait été sculptée peu après 1320.

Pendant près de six siècles, elle fut exposée dans une niche du portail ouest de l'église donnant sur l'actuelle rue Albert Tomey, sans que l'on y porte grand intérêt. Après la Révolution française, Alexandre Lenoir chercha en vain une statue de Saint-Louis parmi les monuments détruits. Finalement, il prit pour modèle une statue de Charles V qu'il avait en double et pendant une cinquantaine d'années, les sculpteurs et les peintres se sont appuyés sur les traits de Charles le sage pour donner figure au fils de Blanche de Castille.

St-Louis.jpg

La statue de Saint-Louis en 2017

Dans le courant du XXe siècle, on mit les quatre statues à l'abri à l'intérieur de l'église. Elle s'y trouvent toujours, fort mal exposées et dans un presque total anonymat.

"Le saint roi, canonisé en 1297, porte la couronne dont les fleurs de lys ont disparu ; sur son bras droit dont il manque la main, la couronne d'épines ; enfin il tient le sceptre de la main gauche. On n'aperçoit plus qu'un fragment de la sainte couronne. Il reproduit exactement la forme de la précieuse relique pour laquelle la Sainte-Chapelle fut construite et qui est aujourd'hui dans le trésor de Notre-Dame : un faisceau de joncs marins autour duquel était entrelacé le rameau épineux. Le sceptre est brisé et a perdu la fleur de lys qui le surmontait. La robe est retenue au col par un fermail quadrilobé sur lequel est sculptée une figure qui, à travers l'usure de la pierre, paraît être celle de la Vierge. Le manteau relevé sur l'épaule droite vient ensuite entourer le bas de la robe pour produire un effet de plis contrariés. La tête est fort belle. Elle est empreinte d'une gravité douce qui traduit le caractère du saint roi. Elle reproduit les traits sereins et nobles du buste en or repoussé de la Sainte-Chapelle qui contenait la partie supérieure de son crâne, mais que nous ne connaissons, il est vrai, que par la gravure. On y retrouve même les larges boucles de cheveux qui entouraient ce chef célèbre. L'ensemble de la statue donne bien l'impression que laisse le portrait de Joinville." 

(Extrait du Bulletin archéologique de 1909)

Statues copie.png

Deux des quatre statues dans leur niche au début du XXe siècle.

Pendant longtemps, on vint du monde entier à Carcassonne pour copier ce que l'on considérait comme l'unique représentation fidèle de Saint-Louis. Aujourd'hui, faute de communication et pour ne pas fâcher les quelques mauvais coucheurs sectaires du coin, on tient cette statue dans une quasi obscurité. 

____________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

10/04/2017

Le mausolée romain du hameau de Montredon: une pépite enfouie depuis 9 ans!

Au début de l'année 2008, lors d'un sondage archéologique préventif sur un terrain de 2ha situé sur le hameau de Montredon destiné à être transformé en zone pavillonnaire, les chercheurs vont faire une extraordinaire découverte.

3150416480.jpg

L'unique mausolée de l'Empire romain en grand appareil (16m2) découvert en Gaule jusqu'à aujourd'hui. Selon l'INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives), il aurait été édifié pour servir de sépulture au premier colon envoyé par Rome pour administrer Carcassonne entre 50 et 40 avant J-C. La pierre verticale servait à obstruer l'entrée du temple.

4139576065.jpg

La datation a pu être réalisée en partie grâce à la découverte de la base d'une colonne de brique en quart-de-rond. En effet, cette technique était utilisée à Rome dès le 1er siècle avant J-C et seulement en Gaule, au 1er siècle après J-C. L'INRAP en déduit que le concepteur l'a importé pour bâtir le mausolée entre 40 et 50 avant notre ère.

4287251941.jpg

Avec les parties restantes éparpilées sur le terrain, on a tenté de reconstituer l'aspect primitif du mausolée. Etait-ce un temple? Les éléments d'ornementation accréditent plutôt la thèse d'un mausolée de type turriforme (Comme une tour).

352492320.jpg

Les blocs de gré font environ 700kg chacun. Ils ont été assemblés par un système de levage dit à la louve.

3960808388.jpg

A l'est et en bordure du mausolée passait une voie publique pour que l'on puisse l'admirer.

2861866444.jpg

A l'ouest, s'élevait une villa romaine.

2916069918.jpg

Un puits

3918113405.jpg

Cette découverte unique a fait grand bruit en 2009: reportages télévisés, articles dans la presse locale et scientifique, journée ouverte au public, commentaires des élus...etc. Et quatre ans après ?

2553781060.JPG

Voici ce qu'il en reste... Il semblerait qu'un tel héritage soit devenu très difficile à gérer, aussi sur les conseils des scientifiques la ville de Carcassonne a enfoui le site archéologique. Il n'a pas disparu, mais pour le préserver des pilleurs, taggers et autres vandales, c'est désormais une friche. La ville a gelé le terrain où est situé la construction, qui est par ailleurs municipal. Le lotissement devait accueillir en son sein dans un espace préservé ce mausolée, mais la ville lui cherche depuis neuf ans une meilleure exposition. Entre-temps, on a trouvé de la place pour l'exposition des supermarchés ! Reste encore à lui trouver un nouveau site et étudier techniquement la possibilité de le démonter pour le bâtir ailleurs. On avait pensé au square Gambetta, mais l'intérêt historique ne risque t-il pas d'être altéré à des fins purement touristiques ? Et puis, les hameaux ont aussi le droit d'avoir leurs visiteurs... Bon allez, rendez-vous dans mille ans !

patrimoine

En attendant, tout autour du site archéologique, un bailleur social a construit 51 logements HLM. L'ensemble des vestiges de l'ancienne voie romaine a été écrasé. Au milieu de ces maisons, se trouve désormais une friche sous laquelle est enfoui le mausolée. Autant dire que c'est maintenant lui le gêneur... Dans n'importe quelle autre ville, on l'aurait mis en valeur. Oui, mais c'est Carcassonne !

http://www.inrap.fr/un-mausolee-romain-carcassone-9450

Article mis à jour le 10 avril 2017

_________________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2017