23/08/2013

La route minervoise, la belle ombragée (4)

Le 11 juillet dernier, nous donnions à notre ami Jacques Blanco un devoir pour ses vacances afin qu'il ne perde pas la main et qu'il ne s'ennuie pas pendant cette période de farniente. Le seul indice que nous mettions à sa disposition était une vieille facture d'une usine de javel située dans Carcassonne. Il y a peu nous avons reçu le fruit de ses recherches et nous avons été surpris par sa célérité. Voilà un homme de terrain pourvu d'un sens d'investigation sans pareille...

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L'usine d'eau de javel de St Jean se trouvait dans une partie des anciens bâtiments des moulins de St Jean, propriété de la famille Duchan/brochard. Ils furent construits après 1810 sur le nouveau tracé du Fresquel, sur sa rive droite. Dans les années 1950-1960, l'usine comptait 6 à 7 employés dirigés par M. Bengy. Le contremaître était M. Chiffre (habitant de Fournes-Cabardès). L'ensemble des bâtiment appartenaient à Maître Haener, avocat de son état.

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Des anciens bâtiments industriels, il ne reste presque plus que des masures vouées à la destruction. C'est dire si les photographies prises par J. Blanco avec l'aimable autorisation de MM. Brochard et Crouzet, actuels propriétaires, sont précieuses. Nous apercevons, s'élevant vers le ciel, la vieille cheminée de l'usine.

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Cerné par une végétation abondante, l'escalier d'accès aux bureaux

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Pièce d'enroulage de l'usine de javel

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État de l'intérieur des bâtiments, en partie écroulés

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Les cuves et le matériel sont figés depuis l'arrêt de l'usine en 1980

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Les bouteilles vides d'un litre sont toujours en attente de remplissage. Elle servaient également de contenant à un mélange de teepol et d'eau appelé "Buldor", surnom donné à Yvan Cazajou le commercial de la société. Les bouteilles de "Buldor" contenaient des objets en plastique (petits plongeurs) comme "Bonux" pour la joie des enfants.

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Bonbonnes de cinq litres d'eau de javel

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A proximité de l'usine, M. Haener s'était fait construire ce chalet de type 1920-1930

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Comme nous l'indique J.Blanco, l'usine s'est construite autour de l'ancienne minoterie de St-Jean. Elle est actuellement la propriété de la ville de Carcassonne. Il faudrait peut-être la prévenir, non? Nous sommes très heureux sur ce blog de pouvoir faire connaître ce patrimoine industriel qui mériterait une étude plus approfondie.

Ce travail aurait mérité un 20/20 si nous avions pu recueillir de vieilles photographies des lieux. En l'état actuel, nous lui donnons 18/20 et les félicitations du jury. A n'en pas douter,  J. Blanco va se mettre en quête pour obtenir ses deux points perdus. N'est-ce pas?

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05/08/2013

La salle des fêtes de l'Or-Kina Sabatier vaut-elle de l'or?

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L'ancien Palais de la Micheline érigé à la fin du XIXe siècle dans le pur style Art-nouveau en bordure de la route de Narbonne, n'a pas encore révélé tous ses secrets. Nous savons qu'il a été construit pour accueillir les bureaux de la distillerie Sabatier et les fêtes données par son propriétaire dans la salle du premier étage. La structure métallique supportant le toit sur le devant de la bâtisse, est constituée par des centaines de rivets tout comme les constructions de Gustave Eiffel.

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Le Palais de la Micheline au début du XXe siècle

Le nouveau propriétaire, sur les conseils de l'Architecte des Bâtiments de France, a entrepris de renover à l'identique cette partie. L'anciennne toiture a été déposée; l'artisan qui est en charge de la remise en état semble convaincu qu'elle n'était pas d'origine. Depuis de nombreuses années, la terre et les fientes de pigeons s'étaient accumulées dans les gouttières rendant impossible l'évacuation des eaux pluviales. Il est prévu de la remplacer par une structure en acier, harmonieuse et dans le style de l'époque 1900. Contrairement à ce que j'ai pu entendre comme potins, le propriétaire veut redonner l'éclat d'autrefois à cet ensemble unique de l'Art-nouveau dans Carcassonne.

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La salle des fêtes du Palais de la Micheline

Absolument unique à Carcassonne, la salle des fêtes est une merveille des arts décoratifs de la fin du XIXe siècle. Ce qui m'a tout de suite interpellé c'est de connaître le nom du décorateur. Là, tout de suite, Alfons Mucha m'est venu à l'esprit en observant les peintures et le style des statues. Je ne me permettrais pas de l'affirmer, mais il faudrait dépêcher un expert sur place pour authentifier. Il me semble totalement illusoire d'effectuer une recherche aux archives du département.

Pourquoi Alfons Mucha?

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Alfons Maria Mucha (1860-1939), est un affichiste et peintre Tchèque. Dès 1887, il s'établit à Paris et participe à l'Exposition Universelle de 1889. Son style est reconnaissable entre tous. Il réalise vers 1894 des affiches de théâtre pour Sarah Bernhardt, à partir de modèles qu'il croque dans son atelier.

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Alfons Mucha a décoré en 1901, la bijouterie Fouquet. Démontée, elle est actuellement visible au musée Carnavalet à Paris.

Quels liens avec Michel Sabatier?

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Le fondateur de la distillerie était aussi un mécène à l'avant-garde de l'art. Il l'a utilisé pour vanter ses produits sous toutes ses formes: Harmonie de la Micheline, affiches, éventails, partitions de musique, disques en cire... Sabatier a participé aux Expositions universelles et ses liqueurs y ont été plusieurs fois primées. Nous savons également à travers les collections qu'il a fait appel aux meilleurs publicitaires pour réaliser les affiches de ses breuvages. La distillerie de l'Or-Kina était connue jusqu'à Paris et l'on retrouvait ses productions à la terrasse des cafés. Sabatier aurait très bien pu faire appel à Mucha entre 1889 et 1900 pour décorer son palais. Au delà de toutes ses suppositions, c'est la comparaison du style de Mucha avec la décoration de la salle qui doit nous éveiller.

Comparaisons de styles

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Mucha dessinait ses affiches à partir de modèles dont il nous a légué des photographies.

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Affiche Mucha

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Statue dans la salle des fêtes de l'Or-Kina

L'orientalisme était à la mode à la fin du XIXe siècle. On le retrouve également en musiquedans divers opéras français comme Les pêcheurs de perles (G. Bizet) ou Lakmé (Léo Delibes), dont l'action se situe à Ceylan. On distingue chez Mucha ces femmes aux positions lassives vêtues de grands drapés, entourées de fleurs plus ou moins exotiques.

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Eléments décoratifs du style Mucha, ces courbes bien pleines symbolisant les mèches des cheveux de ses modèles.

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Si ce n'est pas Mucha, le décorateur s'en est fortement inspiré à Carcassonne

La comparaison mise à mal

La comparaison s'arrête là car pour le reste de la salle, il n'y a rien d'autre qui puisse nous ramener à Mucha.

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Le buste de Michel Sabatier. La lyre symbolise sa passion pour la musique à travers l'harmonie qu'il avait créée avec son frère Jacques au sein de son établissement. Ce dernier jouait du violoncelle dans l'orchestre des Concerts symphoniques, dirigés par Michel Mir. Un autre industriel en était le président; il s'agissait de Philippe Lauth, patron d'une brasserie sur le boulevard Omer Sarraut.

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Sur le piédestal... Ici, la date de la sculpture avec le nom du patron représenté en lion prêt à tout dévorer.

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Dans un cadre une angelot disperse des pétales de fleurs sous le regard de Michel Sabatier, représenté d'une manière théâtrale. Ceci évoque sûrement les nombreuses oeuvres de mécénat du patron en direction des fêtes culturelles de Carcassonne.

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Au plafond, 1885 avec les initiales entrelacées de Michel Sabatier pourraient commémorer l'année de fondation de l'entreprise.

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Dans le recoin d'une pièce annexe, on aperçoit deux angelots tenant Euterpe avec sa lyre. Il s'agit de la muse de la musique. Sur la partie supérieure, Michel Sabatier apparaît sous les traîts d'un masque  de la comedia dell'arte.

Dans cette salle des fêtes, c'est toute la vie industrielle de Michel Sabatier qui est symbolisée. Une ode à l'art sous toutes ses formes. Un endroit unique qui vaut de l'or et que l'on devrait faire expertiser par des historiens de l'art en vue de son classement à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Enfin, si Carcassonne s'y interesse... car je crains qu'une Bodega n'y soit installée pendant la prochaine Féria. Ce ne serait vraiment pas en adéquation avec un tel lieu !

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11/07/2013

Maison de la Gestapo: Le travail des archivistes est en marche

La Dépêche consacre aujourd'hui dans ses colonnes une interview de Sylvie Caucanas, directrice des Archives départementales de l'Aude, au sujet de l'histoire de cette maison du 67, avenue F. Roosevelt. On y apprend que la ville de Carcassonne ne lui a pas demandé seulement une étude de ce bâtiment, mais de tous les lieux réquisitionnés par l'occupant durant la seconde guerre mondiale. A mon niveau l'objectif est atteint et je me rejouis que sa destinée soit entre les mains de professionnels reconnus pour leur impartialité. Finalement, ce que je préconisais dans ma lettre ouverte à Jean-Claude Pérez a été retenu: la convocation d'historiens et l'ajournement de la destruction de laà titre conservatoire. Les décisions qui seront prises à l'issue de ced'enquête historique sur le devenir de ce triste lieu, feront partie de choix politiques avec toutes les garanties en matière de respect de la mémoire et de la dignité humaine. Peut-être qu'alors faudra t-il considérer le "poil à gratter" davantage comme un "sonneur d'alerte". Cette affaire fera sans doute jurisprudence pour qu'avant d'engager des travaux, l'on soit dans l'obligation de se renseigner sur l'histoire du lieu sur lequel ils sont programmés. Ce serait là une des plus belles avancées pour l'ensemble du patrimoine de Carcassonne qui n'a pas pu sauver de la destruction par le passé: Le couvent des capucins, le couvent des carmélites, l'Hôtel Dieu, la chapelle de Sainte-Croix, les cimetières médiévaux... Allez, soyons plus qu'utopistes, soyons enfin raisonnables !

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La dépêche, jeudi 11 juillet 2013

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06/07/2013

La ligne chemin de fer Carcassonne-Quillan

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Les études de la première section de cette ligne entre Carcassonne et Limoux débutèrent en juillet 1866, soit dix ans après l'arrivée du chemin de fer dans la préfecture de l'Aude. Les ingénieurs Don de Cépian et Simonneau rendirent leur mémoire à l'appui de l'avant projet entre Carcassonne et Quillan. En décembre de la même année, le choix entre deux tracés fut présenté mais la décision devait revenir à M. Laroche-Tolay, directeur de la compagnie du midi, au début 1867. L'état qui s'était engagé à fournir une subvention hauteur de 7, 5000,000 francs devait également être consulté. Les travaux commenceraient, pensait-on à l'automne 1867.

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Le premier tracé prévoyait un embranchant à 800 mètres au couchant de la gare de Carcassonne, franchissait le canal du midi au moyen d'un viaduc et se maintenait sur la rive gauche de l'Aude jusqu'aux abords de Limoux. Un peu au dessous du moulin dit des religieuses, un pont serait édifié pour le passage de la rivière. La gare de Limoux serait établie sur la rive droite de l'Aude, dans le quartier appelé le petit Limoux. Le tracé couperait par trois fois le route impériale 118 et comporterait deux haltes à Maquens et Villalbe, ainsi que trois gares: Preixan, Rouffiac et Cépie. L'autre tracé qui sera finalement retenu (voir photo ci-dessus), le chemin de fer franchissait l'Aude au dessous de l'embouchure du Lauquet sous le villages de Leuc, Verzeille et Pomas. Il nécessitait la construction d'une gare desservant Couffoulens-Leuc et d'une seconde à Verzeille. La gare de Pomas passerait de la rive gauche à la rive droite de l'Aude. Le village de Preixan et ses 428 habitants en 1866 serait sacrifié par le tracé. L'avantage de cette ligne était de mettre le chemin de fer à portée des villages de Couffoulens, Leuc, Verzeille et Saint-Hilaire par l'omnibus; pour une population totale de 2162 habitants.

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Par décision du 2 août 1869, le Ministre des travaux publics a approuvé le nombre, l'emplacement des stations secondaires. Une station supplémentaire devait être établie entre Villalbe et la métairie de Madame (Voir photo de la gare de Madame à Villalbe).

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04/07/2013

Maison de la Gestapo: nouveaux éléments

Un ancien journaliste de la Dépêche nous indique qu'il avait rédigé un article à la fin des années 80, avec des témoignages sur l'histoire de cette maison pendant l'occupation allemande. Il suffirait d'aller le retrouver dans les anciens journaux conservés aux archives départementales de l'Aude. Le 10 octobre 2009 je rédigeais une chronique sur le blog "histoires de Carcassonne", dans laquelle je m'indignais sur l'opération immobilière destinée à raser cette bâtisse de triste mémoire. Ce journaliste y avait laissé le commentaire suivant :

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La cheminée dans la maison du 67, avenue Roosevelt

"Ancien journaliste à La Depêche Carcassonne j'avais fait un article sur cette maison "discrête" où siegea de sinistre réputation la Gestapo. A la fin de la guerre quand tout était foutu, les Allemands ont brûlé précipitamment tellement de papiers et documents compromettants dans la cheminée que le canon de celle-ci avait explosé. Que dirait-on aujourd'hui si on rasait la maison de l'inquisition à la Cité ? Que font les associations d'anciens combattants sur le sujet ?"

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03/07/2013

Maison de la Gestapo: La destruction est ajournée par décision municipale

Fort des documents produits par ce blog sur l'existence de cette maison comme lieu de torture de la Gestapo entre 1942 et 1944 et sur le possible charnier qu'elle pourrait abriter, le maire de Carcassonne demande à titre conservatoire la non destruction du bâtiment. La ville de Carcassonne veut s'entourer de toutes les garanties avant de rendre sa décision définitive. "Musique et patrimoine" est heureux d'avoir oeuvré pour la réhabilitation de la dignité de tous ces résistants, guerilleros espagnols et civils torturés en ce lieu. Il appartient désormais aux politiques d'agir de la façon la plus juste au regard de l'histoire de notre pays, de ses martyrs, de ses héros anonymes. Pour un Jean Moulin que l'on connaît, combien de combattants de l'ombre assassinés resteront à jamais les oubliés de cette triste période de haine? Il appartient à chacun d'entre-nous de la nouvelle génération, de s'élever afin de défendre la mémoire de ceux qui ne le peuvent plus. Si la France en cette période difficile se détourne de ce qui a lavé son déshonneur au lendemain de 1940, alors notre pays n'aura rien retenu 70 après. Regardons notre histoire droit dans les yeux, même s'il est à craindre que la révélation de certains épisodes ne les brûle encore à quelques uns...

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La dépêche, aujourd'hui

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L'indépendant, aujourd'hui

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