24/02/2017

Le square André Chénier n'aura tenu que 30 années... Tout est à refaire !

Il était une fois un des endroits les plus charmants de Carcassonne, avec ses massifs floraux, ses oiseaux chantant et son ombre rafraîchissante à la belle saison.

Le jardin des plantes

donnait aux visiteurs descendant des trains de la gare SNCF toute proche, l'image d'une ville propre, fleurie et bien entretenue... Durant la journée du 14 juillet, des animations étaient organisées par la ville au bénéfice des enfants: courses en sac, jeu de la poele noircie au cirage, jeu de quille...etc.

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Le jardin des plantes avant 1986

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Pose de la première pierre, le 17 janvier 1986

La ville de Carcassonne et son maire Raymond Chésa décident la construction en 1985 d'un parking souterrain. Le choix se porte sur l'emplacement du Jardin des plantes, devenu square André Chénier. Ce poumon vert très prisé des Carcassonnais va alors être rasé afin de laisser les pelleteuses faire leur oeuvre.

le jardin des plantes

C'est aussi à cet endroit que se trouvait depuis l'époque médiévale, le plus grand cimetière de la ville. D'après mes sources, il n'y aurait eu aucune fouille préventive sur le site. Le parking souterrain ouvre ses portes le 25 novembre 1986, soit 11 mois après le début des travaux. Conçu sur deux niveaux et d'une longueur de 120 mètres, il offre une capacité de 340 places. Il faut compter 3 francs de l'heure pour s'y garer en 1986 (aujourd'hui, 1 euro soit 6,55 francs). 

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© Patrice Cartier

Les travaux du nouveau square en surface débuteront après l'ouverture du parking. La mairie conserve la perspective mais supprime la végétalisation pour la minéralisation du sol.

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© Patrice Cartier

Le square Chénier en 1986

Fini les massifs de fleurs ! Ils sont remplacés par des dalles et un habillage en marbre de Caunes-Minervois tout autour. La colonne destinée au Petit Trianon de Versailles reste au milieu accompagnée de part et d'autres par deux vasques en marbre blanc.

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L'horloge florale en face de l'hôtel Terminus était surmontée par le buste d'Omer Sarraut. 

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L'ensemble a été remplacé par un bassin qui ne fonctionne pratiquement jamais. Le buste d'Omer Sarraut a été remisé au fond du square dans le seul espace épargné par le parking. Le gazon n'est pas toujours entretenu et aucun massif de fleurs ne vient l'égailler.

le jardin des plantes

Le nouveau square Chénier sera inauguré en mars 1988 par Raymond Chésa et Charles Pasqua, sous une pluie battante. On pouvait espérer que ce lieu serait respecté et protégé. Force est de constater que l'élément minéral n'attira plus les mères de familles et leurs enfants...

Un Constat d'abandon

Ce square Chénier, avec tous les atouts qu'il détenait, a été laissé à l'abandon. Pire, il se dégrade de jours en jours... Depuis l'instauration du Festival des deux cités, de la Magie de noël et de la Féria ce jardin a gravement subi la loi des camions de chargement des matériels scéniques. Il est devenu une esplanade dont on se sert uniquement pour les animations festives. Les équipes techniques sans aucun scrupules laissent les camions monter ou accrocher les marbres dans l'indifférence générale. Evidemment, ce lieu n'a pas été à l'origine conçu pour accueillir ce type de manifestation. Durant la Féria d'août, les casitas sont placées sur le gazon du seul coin du jardin encore préservé. 

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La colonne en marbre de Caunes-Minervois sert de colonne Morris ! Pendant ce temps, le marbre est d'une saleté repoussante sans qu'aucun soin n'y soit apporté.

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Non ! Ce ne sont pas les nervures naturelle du marbre, c'est la saleté...

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Les deux grands bassins ne sont jamais mis en eau. Ils servent de dépôt de matériel pendant les fêtes d'été et d'hiver, si bien que des tags ont fait leur apparition sur le marbre.

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L'entrée du square par le côté du boulevard Sarraut a été défoncée par les camions de chargement du matériel des diverses manifestations culturelles et festives. Il s'agit là de j'en foutre à qui l'on ne demande jamais des comptes. 

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Là, une pièce en marbre de Caunes a disparue et n'a jamais été remplacée

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Là, les camions sont visiblement montés sur la bordure

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L'ensemble du pavement du square a été cassé sous le poids des camions. 

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Autre exemple...

 

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Ici une partie du marbre n'a pas été remplacé ou a été dérobé.

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Juste en face du Grand Hôtel Terminus et sur le passage des touristes vers la gare...

La municipalité actuelle s'est engagée à refaire dans l'année, l'ensemble du square André Chénier. Etudes et appels d'offre ont été lancés. C'est tant mieux, mais... Il eut été plus judicieux de préserver ce lieu, au lieu d'y faire des manifestations qui n'étaient pas prévue pour sa structure. Souvenons-nous que les experts avaient donné un avis négatif pour y loger la fête foraine, en raison du poids exercé sur la dalle. Où va t-on désormais mettre la Magie de noël, la Féria, les concerts du festival off ? Si c'est au même endroit, gageons que nous n'ayons à refaire ce square dans 30 ans !

Article du 27 décembre 2014 mis à jour 

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12/02/2017

Ce qui est caché dans la Cité n'a pas de secret pour nous !...

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Dans la cour du château comtal (Premier plan sur cette photo) sous une dalle de béton, il y a une salle que l'on tient hors de la vue des publics. Et pourtant...

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Sous la dalle en béton, les vestiges de la Cité à l'époque romaine

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Au dessus de cet habitat se dressait au XIIe siècle une chapelle dédiée à la vierge. Peut-être aurait-on pu ne pas fermer totalement à la vue, ces vestiges. Par exemple, en plaçant au dessus de la mosaïque et à hauteur de la chape en béton, un verre d'une belle épaisseur. On aurait pu admirer tout ceci par transparence, mais je ne suis pas architecte et j'ignore les contraintes techniques Les Monuments nationaux qui administrent la Cité de Carcassonne ont montré cette mosaïque dans un reportage télévisé du journal de 20h de France 2. L'espace de 20 secondes seulement... le temps de nous faire saliver et puis, la porte s'est refermée à clé.

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Au dessous se trouvent des vestiges d'une rare beauté de l'époque où la cité était habitée par les Gallo-Romains. Les restes d'une villa de la fin du 1er siècle de notre ère avec ses murs en grès et une splendide mosaïque, sont dans un parfait état de conservation.  

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Parties de la mosaïque

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Nous nous sommes procurés des photographies et nous en faisons profiter.

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Une note interne du 27 février 2006 signée de Madame Patrica Corbett - administratrice du château - indique que "Le diagnostic réalisé par SOCOTEC sur la solidité de la dalle de la cour d'honneur couvrant la mosaïque soulève des problèmes d'ordre structurel importants qui mettent en cause la solidité générale de cette partie de l'édifice. En conséquence, l'accès au public et au personnel à la salle de la mosaïque ainsi que l'organisation de toute manifestation ou rassemblement de groupe de visites sur la dalle de la cour d'honneur est INTERDITE. Qu'en est-il aujourd'hui ?

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15/12/2016

Les petits secrets architecturaux de la rue Buffon

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En montant la rue Buffon située derrière la gare SNCF, on aperçoit un immeuble d'habitation. Il a été édifié par la Société de crédit immobilier en 1968, alors dirigée par M. Martinolle avec le concours de la SAAHLM (Société audoise et ariègeoise de logements HLM). Ce bâtiment a été bâti à la condition que les ouvriers participant aux travaux, puissent profiter chacun des 63 logements que compte l'immeuble. La construction a été confiée à M. Mercier, architecte à Narbonne.

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A l'entrée de cette résidence privée, se trouve une stèle dont l'inscription s'efface.

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Une vue lointaine prise à partir du Quai Riquet.

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Sur l'emplacement de l'immeuble se trouvait une vigne comme c'était le cas pour l'ensemble de la colline de Grazailles autrefois. A l'arrière de celui-ci un ilôt de verdure avec au milieu des pins parasol, vraisemblablement la plus ancienne maison de Grazailles. On l'appelle la petite maison dans les pins. C'est là qu'habitèrent les grands parents de M. Rivals, propriétaire au début du XXe siècle du domaine de St-Martin à Montredon.

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La petite maison est hélas, depuis des années à l'état d'abandon. Elle appartient à la co-propriété de l'immeuble dont nous venons de parler. Un certain nombre de propriétaires souhaiterait la sauver de la ruine mais l'argent est le nerf de la guerre. Il serait vraiment dommage que l'on laissât l'un dernier vestige historique de la colline de Grazailles, s'écrouler sous le poids des années. Certains ne verraient aucun inconvénient à ce qu'on la rase...

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De cet endroit, on a une vue superbe sur la ville

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La Cité vue de Grazailles

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24/09/2016

Enquête au coeur des trésors endormis de la Bibliothèque municipale de Carcassonne

 Le 30 avril 1999, l'excellent journaliste de la Dépêche, J-L Dubois-Chabert - jugé trop subversif culturellement parlant et mis au placard depuis - s'alarmait de l'état de conservation des incunables dans la Bibliothèque municipale de Carcassonne :

"Autant de richesses dans un si petit périmètre, Carcassonne possède-là un patrimoine inestimable... mais fragile comme une promesse de campagne. Les conditions de conservation de ces ouvrages anciens sont loin d'être idéales." 

Et pour terminer sur une note positive le constat dramatique d'ouvrages du XIIIe siècle conservés dans un bâtiment non climatisé dépassant en été le 25°, le journaliste concluait ainsi : "Vivement la médiathèque". Il y a donc 18 ans de cela et depuis des "progrès" ont été enregistrés pour l'ensemble des usagers.

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Un désherbage dans une benne à ordure en 2010 en pleine rue de Verdun qui fit scandale, la bibliothèque municipale passant sous compétence de la Communauté d'agglomération, un projet de médiathèque de plusieurs milliers d'euros payé par les contribuables et jamais réalisé à ce jour, l'ensemble des collections transférées dans un pré-fabriqué à Montquier loué 10 000 € mensuels depuis 2010. Aujourd'hui, nous ne sommes pas prêts de voir cette médiathèque sortir de terre ; depuis six ans les collections sont tenues à l'écart des Carcassonnais à dix kilomètres de là. Alors, nous avons voulu savoir ce qu'il y a de précieux dans les collections de feu la Bibliothèque municipale.

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Comme un symbole, l'année dernière les services de la ville de Carcassonne ont découpé la plaque ci-dessus en deux. Ils n'ont conservé que "Musée des Beaux-arts". La bibliothèque ayant été virée de la rue de Verdun, on a transformé ses anciennes salles pour agrandir le musée en 2013. Agrandissement pour accueillir la collection de Cérès Franco qui n'a séjourné qu'un an à Carcassonne, puisque la nouvelle municipalité n'en a plus voulu. Elle se trouve désormais à Montolieu. Les élus préfèrent-ils le Musée à la Médiathèque ? 

Aspect historique

 C'est en 1796 seulement, après la création de l'Ecole centrale de l'Aude que les dépôts réunis après 1790 furent envoyés à Carcassonne. Une salle du futur lycée les abrita. Un professeur de l'établissement fut désigné comme bibliothécaire. Aucun catalogue ne fut dressé. Le 5 mai 1804, la ville devint propriétaire de la bibliothèque de l'Ecole centrale et nomma un bibliothécaire pour 1200 francs annuels. Trouvant la charge trop lourde, elle supprima son salaire et la bibliothèque végéta. Des livres durent vendus, rendus à leurs propriétaires ou cédés à l'Evêché. En 1833, une commission de 12 membres choisis par le ministre de l'Intérieur sur 36 noms choisis par le maire fut chargée de conserver les collections de la Bibliothèque et de créer un Musée des Beaux-Arts. En fait, elle s'occupa en priorité du Musée et se soucia peu de la Bibliothèque. Elle sera fondée le 2 mars 1845 par un arrêté du préfet sous le nom d'une association : La Société des Arts et des Sciences de Carcassonne.

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La Bibliothèque quitta le lycée et logea dans un appartement loué en ville. Avec la construction d'un nouveau Palais de justice, les locaux de l'ancien Présidial allaient accueillir en 1861 la vieille dame. On soigna le décor, puisque le fonds d'Etat fut disposé sur les boiseries qu'on avait apportées de Lagrasse en 1796.

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© La dépêche / Roger Garcia

Au fond, les boiseries de l'Abbaye de Lagrasse en 2010. En 2011, elles furent démontées pour créer une nouvelle salle du musée. Où sont-elles désormais ? Il serait dommage qu'un jour, un ignorant décide de les mettre à la décharge. On peut hélas s'attendre à tout dans cette ville... C'est donc à partir du milieu du XIXe siècle que la bibliothèque commença à recevoir des dons. C'est d'ailleurs une partie de ceux-ci qui se retrouvèrent dans la benne à ordure durant l'été 2010, d'après l'Académie des Arts et des Sciences de Carcassonne. En 1866, Charles de Fierville étudia un certain nombre de manuscrits ; par la suite, les bibliothèques constituèrent un catalogue.

Les trésors de la Bibliothèque

L'ancienne Bibliothèque municipale possède quelques oeuvres d'une grand valeur littéraire ou historique. Nous allons faire un peu le tour de ce trésor dont nous ignorons aujourd'hui la localisation. Il se dit qu'il aurait été transféré aux Archives départementales de l'Aude, mais tout ceci reste d'une grande opacité.

Flamenca

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© Association d'études du Catharisme

Ce manuscrit du XIIIe siècle est unique ; il n'en existe pas de réplique. Il se compose de 140 feuillets dont le premier est pratiquement inexistant. Ce roman écrit en langue romane et en vers faisait partie de la bibliothèque de M. de Murat. A l'origine, sa couverture en bois avait disparu lorsqu'au XIXe siècle, elle fut remplacée par un marocain. C'est le joyau des deux littératures d'Oc et d'Oil car il offre un premier modèle du roman psychologique et de l'amour courtois. "Flamenca" qui n'avait pas de titre, trouva son nom grâce à M. Raynouard, Membre de l'Institut en 1834.

Philomena

 "Gesta Caroli Magni ad Carcassonam et Narbonam et de aedificatione monasterii Crassensis, autore Philomena."

En dehors de Carcassonne, il existe quatre autres versions de ce texte, toutes manuscrites conservées à : Bibliothèque Laurentienne (Florence), British Museum (Londres), Bibliothèque Nationale de France, Bibliothèque d'Aix-en-Provence. L'exemplaire de Carcassonne est également une copie provenant de l'Abbaye de Lagrasse avant la Révolution. Philomena rattache la fondation de l'abbaye de Lagrasse aux faits d'arme de Charlemagne et de Roland dans les guerres contre les Sarrasins.

Ouvrages religieux

Missel à l'usage de l'église de Carcassonne daté de 1472, comprenant 339 feuillets avec initiales et pages ornées. cet ouvrage est relié en bois recouvert de cuir, avec ornements à froid et restes d'un fermoir en laiton. La reliure fut restaurée en 1966.

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Office de la vierge Marie qui fut la propriété au XVIe siècle d'un marchand de Laure-Minervois. Les notices sont écrites en Roman.

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Le roi David en prière, issu d'un psautier acquis par la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne au XIXe siècle.

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Salluste (XVe siècle) de 178 feuillets en parchemin. Ci-dessus, la Conjuration de Catalina.

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Quintilien forme un ouvrage volumineux, un manuscrit de 246 feuillets en parchemin du XVe siècle, en écriture italienne avec des initiales ornées. Au feuillet d'incipit, on voit une note de M. de Murat (ancien propriétaire) qui précise que les notes marginales et les corrections sont de la main du cardinal Jouffroy. Il se le serait procuré en Italie et le lut à Rome en 1454. D'après M. de Fierville, cet ouvrage provient de l'abbaye de Cluny à laquelle le cardinal donna la moitié de ses biens.

Les lettres de Napoléon 1er

En 1869, le Carcassonnais Cornet, gendre du baron Peyrusse, donna à la ville, pour remplir le voeu de son beau père décédé neuf ans plus tôt, plus de 400 pièces concernant entre autres la comptabilité des administrations diverses de l'île d'Elbe pendant le séjour de l'Empereur, la comptabilité du payeur pendant les campagnes de 1809 à 1814, la comptabilité du quartier impérial pendant les Cent jours.

Le registre de correspondance et d'ordres dictés directement par Napoléon à son secrétaire à l'île d'Elbe avait disparu à Paris pendant l'incendie de la Commune. Or, il existe à Carcassonne une copie de ce registre dans son intégralité, puisque Cornet-Peyrusse qui avait pour désir de composer une histoire du séjour de Napoléon à l'île d'Elbe obtint l'autorisation de le copier.

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© A.A.V.C

Le baron Peyrusse. Daguerréotype conservé au Musée des Beaux-arts de Carcassonne et retrouvé grâce à Alain Pignon dans les réserves.

Les papiers du baron Peyrusse contiennent le "Grand livre des Recettes et des dépenses de l'île d'Elbe". Il fut exposé en 1969 au Grand Palais pour commémorer le second anniversaire de la naissance de Napoléon Bonaparte. On y trouve aussi une copie du journal de Sir Neil Campbell qui, chargé par le vicomte de Castlereagh d'installer Napoléon à l'île d'Elbe, resta auprès de lui à sa demande. Il y a également un certain nombre de rapports à l'Empereur, au général Drouot, au maréchal Bertrand, presque tous annotés par Napoléon.

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Ordre manuscrit de Napoléon au Baron Peyrusse

(7 juin 1815)

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Si l'on ajoute à cela les archives d'André Pons dit Pons de l'Hérault (1772-1858), la Bibliothèque municipale possédait sur les dernières années de l'Empire un ensemble de documents de premier ordre dont beaucoup sont inédits. Tout ceci appartenait aux Carcassonnais et a été accaparé au profit de la Communauté d'Agglomération avec le succès que nous connaissons.

Les archives des loges maçonniques

Il existe une liasse de documents sur les comptes-rendus des délibérations de plusieurs loges maçonniques de Carcassonne entre 1761 et 1819 et des rituels. Après 1743, la loge au 18° des Commandeurs du Temple de la Parfaite Vérité se réunissait dans un appartement de l'Hôtel Carbou, situé à l'angles des rues de la République et Jules Sauzède. Un pièce avait été aménagée en temple. D'autres manuscrits proviennent du peintre Jacques Gamelin fils, dont le père avait décoré une loge sous la clinique Delteil (aujourd'hui, maison de retraite Montmorency). Gamelin appartenait à "La parfaite amitié et des Commandeurs du Temple Réunis" à l'Orient de Carcassonne.

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Les murs peints par Gamelin père

Un ouvrage fort rare complète la collection. Son auteur est Louis-François de la Tierce (1699-1782). "La tierce". Histoire, obligations et statuts de la très Vénérable Confraternité des Francs-Maçons, tirés de leurs archives et conformes aux traditions les plus anciennes : approuvés de toutes les Grandes Loges et mis au jour pour l'usage commun des Loges répandues sur la surface de la terre. (1742)

Les Lettres d'André Chénier

Il n'existe dans le monde qu'un très petit nombre d'écrits autographes d'André Chénier. La Bibliothèque de Carcassonne en possédait 15, rédigés entre 1789 et 1794, pendant la tourmente révolutionnaire. Elles sont entrées en 1880 et 1892 par la famille du poète révolutionnaire. 

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Lettre du 10 janvier 1790 de Londres, adressée à son père

M. Descadeillas - ancien conservateur de la Bibliothèque - note : "Nombre de pièces ou d'ouvrages de Marie-Joseph Chénier en édition originale sont également réunis aux manuscrits parmi lesquels on voit des liasses de correspondance qu'on n'a pratiquement pas étudiées. Il s'agit de la correspondance de M. et Mme Gabriel Chénier : 2500 autographes, disent les catalogues. On y lit les noms de descendants des grandes familles de l'Empire, de personnages de la haute administration et de la politique, aussi quelques lettres inédites de Sainte-Beuve que M. Guiraud Venzac releva en 1956."

Toutes ces pièces manuscrites et tous ces ouvrages ont figuré à l'exposition Chénier, à la Bibliothèque Nationale en décembre 1962.

Les Lettres de compositeurs du XIXe siècle

Le fonds Paul Lacombe (1837-1927) recense plus d'une centaine de lettres manuscrites qui lui avaient été adressées par ses amis compositeurs durant sa vie : Bizet, Massenet, Fauré, Chabrier, etc...

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Ainsi que les partitions manuscrites et dédicacées par le maître Carcassonnais.

René Descartes 

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Ajouté et signé de la main de René Descartes, les Principes de philosophie (1644) font aussi partie du fonds de l'ancienne Bibliothèque municipale.

"F. Ogier acris judicii Senatori censendo proponit" Des Cartes.

Les incunables

Au total, la Bibliothèque conserverait 37 incunables en 50 volumes dont :

La Bibla sacra latina de Nicolas de Lyre (circa 1488)

Lettres à Lucilius de Sénèque (1475)

Aeneas Sylvius (1473)

etc...

Sources

La bibliothèque municipale / R. Descadeillas / 1970

Catalogue collectif de France / BNF

http://ccfr.bnf.fr/portailccfr/jsp/ccfr/sitemap/ead_sitem...

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05/09/2016

Le domaine de Baudrigue meurt-il à petit feu ?

Baudrigue 

situé sur la commune de Roullens à un kilomètre du hameau de Villalbe, revient tristement chaque été sur le devant de la scène, lors de la commémoration du massacre d'août 1944. C'est là, dans la clairière du château - tout le monde le sait - que furent exécutés les résistants Jean Bringer, Aimé Ramond, Christophe Roquefort avec une vingtaine d'autres personnes.

Quelle est l'origine de ce château ? 

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L'origine du château de Baudrigue est antérieure au XVIIIe siècle. Le village de Roullens auquel se trouve rattaché le domaine, fut au XIIIe siècle une dépendance de la baronnie de Couffoulens, puis Guillaume de Voisins l'échangea en 1296 avec le roi. Roullens resta en possession de cette famille jusqu'à la fin du XVIe siècle.

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Pierre David, dit David-Baudrigue, lieutenant du Présidial de Carcassonne, détient le château en 1709, au moment de son assassinat le 3 décembre de la même année à Villalbe. Dans l'ordre des propriétaires viennent ensuite, la Famille Castanier d'Auriac et la marquise de Poulpry - elle émigra à la Révolution -, le sieur Berlan de Villalbe, Jean Dominique La Perrine-Baudrigue en 1813, Guillaume Dominique La Perrine -d'Hautpoul (député de l'Aude en 1827).

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En 1847, c'est à Charles La Perrine que l'on doit l'embellissement du château et du parc. A La mort de la dernière descendante des La Perrine, le domaine entre en possession des Soeurs de St-Vincent-de-Paul. La défunte légua le château et ses dépendances à la congrégation de religieuses.

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Avant et pendant la Seconde guerre mondiale, l'administration du domaine avait été confiée à Jules Jourdanne - futur maire de Carcassonne nommé par Vichy - par les soeurs de St-Vincent-de-Paul.

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Pendant l'occupation, le domaine fut réquisitionné par les troupes allemandes comme dépôt de munitions. Après l'explosion des munitions (grenades, mortiers, torpilles...) en août 1944, le domaine deviendra une colonie de vacances, alors même que son le sol regorgeait encore de débris.

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Les enfants de la colonie de vacances

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Vue aérienne de Baudrigue vers 1953

Qu'est devenu Baudrigue aujourd'hui ?

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La Communauté d'Agglomération du Carcassonnais aurait souhaité acquérir le domaine, mais la transaction ne put se faire. Elle acheta donc la Bastide de Madame qu'elle aménagea en Centre de loisirs du CIAS. Le domaine de Baudrigue n'est pas pour autant sans propriétaire, puisqu'il appartient à l'Institut Saint-Joseph de Limoux et à l'Ecole supérieure de la Raque. Outre le château, il s'étend sur 150 ha : vignes en AOC Malepère (35 ha) et grandes cultures (55 ha). Le domaine est dévolu à la formation sur la forêt et la conduite d'engins agricoles.

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Oui, mais voilà ! Le nerf de la guerre ce sont les moyens financiers pour remettre sur pied et entretenir une bâtisse de cette importance... Plus les années passent et plus le domaine dépérit, à tel point que des intrusions dans le parc, en proie à des feux de camp et autres barbecues sauvages mettent en péril la survie patrimoniale du domaine. Un bâtiment aurait flambé cette année...

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Pourtant ce domaine est un petit bijou qui pourrait être exploité pour des réceptions de mariages, des séminaires d'entreprises ou en chambres d'hôtes. Bien entendu n'étant pas le propriétaire, je me garderais bien de faire la morale à quiconque. 

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Une autre vue du château

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La piscine n'accueille plus que des batraciens et leurs amourettes estivales

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Les anciens cours de tennis

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27/08/2016

L'oeuvre Carcassonnaise des Bains-douches à bon marché

A l'arrière du Groupe scolaire Jean Jaurès dans de la rue de Lorraine, se trouve un bâtiment à l'architecture particulière construit en 1910. Il s'agit des anciens

Bains-douches de Carcassonne

qui aujourd'hui logent une crèche de ce quartier. En 1907, le Dr Peyronnet fonde l'Oeuvre Carcassonnaise des Bains-douches dont le but est "de répandre le goût de la propreté du corps et de faciliter les moyens de prendre des bains à des prix réduits." Cette société avec le concours du Foyer Carcassonnais, société d'habitations à bon marché, permettra la construction d'un établissement de Bains-Douches.

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© Google maps

Au mois de juin 1909, le conseil municipal vote le principe de la cession d'un terrain de 250 m2 - sur lequel se tenait l'ancienne prison - afin que la société des Bains-douches puisse demander une subvention au Pari-mutuel. Le Conseil d'état s'y opposera en faisant prévaloir qu'une municipalité ne peut céder de terrain à titre gratuit ; un arrangement sera trouvé pour que l'Oeuvre des Bains-douches ne paie que la moitié de la somme estimée sur le prix total du terrain. La question de subvention agite le Conseil général quand M. Fondi de Niort au nom de la droite Républicaine expose son refus des Bains-douches : "Les gens n'ont qu'à faire comme dans les campagnes. Aller se baigner dans la rivière du Rebenty." 

M. Gauthier, sénateur de l'Aude, informe le 28 décembre 1909 le maire, de la décision d'Aristide Briand - ministre de l'intérieur et des cultes - d'accorder une subvention de 10 000 francs provenant d'un fonds des produits des jeux. La caisse d'épargne a consenti un prêt de 20 000 francs. Grâce à une somme totale de 30 000 francs, l'établissement sera inauguré le 23 décembre 1910.

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Plan des Bains-douches de Carcassonne

© Archives de Rennes / 2FI 2898

L'établissement comprenait 8 cabines pour les hommes et 6 pour les femmes. La première formant un carré de 1m20 de côté était pour se déshabiller. Elle renfermait un siège fixe, une tablette, une glace, des porte-manteaux, un caillebotis pour éviter que les pieds ne reposent sur un sol froid. La seconde de même dimension était la salle d'aspersion, séparée de la première par un rideau en toile. Le sol incliné permettait au baigneur de prendre un bain de pieds. Les parois étaient revêtues de briques blanches, biseautées, en grès. C'est à l'architecte Léon Vassas qu'avait été confiée la réalisation de cet bâtiment - il est également le maître d'oeuvre du Grand théâtre de la Cité.

Un progrès sanitaire 

En ce début de XXe siècle, seules les familles aisées possèdent l'eau courante chez elles. L'hygiène quotidienne n'est encore qu'un luxe dans bien des foyers. M. Hauser dans la Revue politique et parlementaire de juillet 1902, indique que "ce bain est plus efficace que le bain par immersion. A moins d'être dans une eau abondante et courante, par l'immersion le corps reste dans la même eau et en contact par conséquent, avec les impuretés mises en suspension. Par aspersion, au contraire, l'eau enlève les souillures et les emporte au fur et à mesure."

M. Arnoult assure que "le seul fait de se plonger pendant 20 minutes à une heure dans un bain chaud ne saurait suffire à réaliser un nettoyage sérieux de la peau là surtout où elle est très riche en glandes sébacées. Il faut encore durant que l'on se baigne, aider à l'élimination mécanique de la crasse par des frictions et par l'emploi du savon qui dissout les matières grasses étalées à la surface de la peau et englobent les poussières, les débris épidermiques, les microbes, etc..."

On ne se rend pas bien compte aujourd'hui du progrès que représentaient les Bains-douches pour l'hygiène et la santé des Carcassonnais à cette époque. 

"Le bain-douches convient à tous les sexes et à tous les tempéraments. Mais c'est surtout aux ouvriers que les bains sont les plus nécessaires en raison même de la nature de leurs travaux, de la transpiration qui en résulte, des poussières qui s'accumulent sur eux et de l'impossibilité dans laquelle ils se trouvent de changer de linge aussi souvent qu'il le faudrait. (...) L'enfant ne se lave pas, il faut qu'on le lave. Mais arrivé à un certain âge, il faudrait qu'il se lave. Nous le voyons bien tous les jours quand les enfants se présentent à l'école. L'examen de propreté révèle des malpropretés souvent très apparentes que nous ne pouvons supporter et on prie alors les enfants de passer à la fontaine pour faire disparaître ce qui choque par trop notre vue. C'est dans ce but que le comité a établi un prix spécial de 10 centimes pour les enfants des écoles avec une salle spéciale.

Le règlement des bains-douches

Le local était ouvert tous les jours de 5 heures du matin à 7 heures du soir en été, de 7 heures à 5 heures su soir en hiver. Fermé entre midi et 2 heures. Le ticket est prix avant d'entrer en cabine et le savon fourni au prix de 5 centimes. Interdiction de faire du bruit et de chanter. Vingt minutes suffisent pour se déshabiller, prendre le bain et s'habiller.

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© Martial Andrieu

La façade de ce bâtiment, témoin architectural de l'Art nouveau, mériterait un classement comme Monument historique du XXe siècle. La presse locale faisait écho dernièrement du projet de classement de l'école Jean Jaurès, à laquelle s'adossent les anciens Bains-douches. Voilà l'occasion de faire d'une pierre deux coups, car un jour fatalement on pourrait avoir envie de la raser.

Sources

Notice Bains-douches / Roudière / 1910

Archives départementales de Rennes

La fraternité de l'Aude / 1909 et 1910

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