12/03/2016

Le lion de la caserne Laperrine

L'historien Henri Alaux nous raconte dans son ouvrage "Carcassonne, quartiers et faubourgs au fil du temps" qu'il y avait autrefois quatre lions sculptés au coins de la place d'armes. Les socles sur lesquels ils étaient posés ont été enlevés lors du passage de Louis-Napoléon Bonaparte à Carcassonne, le 3 octobre 1852 ; ceci, afin que le Prince-président puisse passer les troupes en revue.

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Un lion sur son socle en 1852

Il y a quelques années, il restait un de ces quatre lions au coin de l'actuelle rue Basse. Sur son piédestal, une inscription gravée a disparu ; elle rappelait la date de l'inauguration de la place d'armes en 1728, ainsi que les noms des consuls présents durant la cérémonie : Joseph Airolles, François Fornier, Nicolas Austic et François Blanchet.

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© Henri Alaux

Le lion en grès près de la salle du manège

Afin de secourir l'antique sculpture contre les ravage du temps, il fut décidé de la déposer à l'intérieur de la salle du musée du 3e RPIMA dans la caserne Laperrine.

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© J. Blanco

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Sources

Henri Alaux / Quartiers et faubourgs au fil du temps

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09/03/2016

La statue de la fontaine rue Pont vieux, a t-elle disparu ?

Qu'est-il arrivé à la vieille fontaine de la rue du Pont vieux ? C'est la question se sont posés quelques amoureux du patrimoine, en observant sa disparition soudaine du paysage de ce quartier de la ville. On a d'abord pensé qu'afin de réaliser le ravalement du mur de derrière, on avait dû naturellement déposer la vieille dame. En fait, ce n'est pas tout à fait cela...

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L'ensemble du socle en pierres de taille qui permettait à la statue de s'élever à quatre mètres de hauteur - donnant une perspective monumentale aux piétons arrivant du Pont vieux - a lui aussi été supprimé. D'après les renseignements que nous avons obtenus, c'est pour des raisons de sécurité que la statue a été enlevée.

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Il est vrai pour l'avoir constaté moi-même, que l'arrière de la sculpture n'était plus tenu que par des arceaux rouillés rendus apparents par l'effritement du grès. Toujours d'après nos sources, une restauration serait à l'étude mais impossible, compte tenu de l'état de fragilité de la pierre. Il pourrait alors être envisagé de réaliser un moulage afin d'en faire une copie. C'est en effet une technique qui a fait ses preuves à Carcassonne - la statue au sourire dans l'enfeu de la Porte Narbonnaise en est un exemple. Avec un bémol, toutefois... L'état est bien plus riche que les finances actuelles de la commune. Le budget ténu de la ville de Carcassonne permettrait-il cette restauration ? On voit mal comment la mairie pourrait refaire cette statue dans l'immédiat, à moins de lancer une souscription ou à faire appel au mécénat d'entreprise. Tiens, en voilà une idée !

Nous avons des craintes motivées par les usages du passé - les municipalités passent, les projets trépassent et finalement s'oublient. Des décennies après, un nouveau Martial Andrieu viendra soulever l'épineuse question : Mais où est donc passée la statue ? On la retrouvera aux serres municipales transformée en un caillou informe, à cause de nombreuses années passées sous les intempéries. 

Un peu d'histoire

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Selon les travaux de l'historien Henri Alaux, cette statue aurait été sculptée avec des matériaux provenant de la première fontaine monumentale érigée au XVIIe siècle, place Carnot. Jean-Louis Bonnet explique qu'en 1808, il y avait à cet endroit quelques sculptures et une espèce de rocher qualifié de Neptune ; sur décision municipale, il aurait été vendu car jugé ridicule au moment de recevoir l'Empereur Napoléon 1er. Toujours selon M. Bonnet, la statue actuelle représentant un femme avec une cruche aurait été installée au milieu du XIXe siècle.

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D'après mes recherches, les habitants du quartier venaient chercher l'eau à cette fontaine sur la place du Barry. Le "barry" en occitan désigne un quartier, comme du reste le barrio en castillan.

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23/01/2016

L'entreprise de matériaux Chauzy et fils

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L'entreprise Philippe Chauzy est fondée dans la seconde moitié du XIXe siècle à Carcassonne.

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Elle vend des matériaux de constructions: articles d'ornementation, carrelages, tuyaux en grès et ciment, appareils sanitaires, poëles en faïence décorée et des cheminées en marbre. Par ailleurs, elle est aussi concessionnaire des Sociétés Pavin de Lafarge (ciment et chaux).

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L'entrepôt est situé en 1904 au numéro 27 de la rue Pierre Germain (photo ci-dessus), tandis que les bureaux se trouvent dans la rue de Strasbourg (n°15), à quelques pas de là.

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L'entrepôt, rue de Strasbourg 

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 Les bureaux déménageront ensuite dans ce très bel immeuble du 2, boulevard Omer Sarraut vers 1910. J'ignore si c'est la famille Chauzy qui l'a fait bâtir, mais c'est probable. Aujourd'hui, c'est le cabinet de l'avocat Me Pouchelon qui occupe les lieux. Ce n'est pas étonnant si l'on retrouve ensuite le nouveau magasin d'exposition à deux pas de là. Il reste même des vestiges en faïence sur la façade, face à l'ancien cabinet de radiologie du Tivoli.

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La photo est en tous points comparable avec l'entête de la facture du magasin, situé boulevard Omer Sarraut. 

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Par bonheur, les faïences qui ornent la façade ont été conservées depuis le début du XXe siècle.

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Sur le fronton de la façade

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A l'angle de la rue J. Bringer et du boulevard Sarraut

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Cet immeuble appartient à la famille Antech, propriétaire d'une grande maison de Blanquette de Limoux. Nous espérons que par nôtre article, tout ceci sera préservé dans le futur.

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30/12/2015

Histoire de l'achat de la maison du poète Joë Bousquet

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Pourquoi cette plaque depuis 2011 n'est-elle pas fixée sur la façade ?

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Je vous propose de vous expliquer l'histoire de l'acquisition de la maison de Joë Bousquet - ce que personne ne vous a jamais raconté. Vous allez de suite comprendre à la lumière de ce récit, comment fonctionne depuis plus de 30 ans la vie politique Carcassonnaise pour ce concerne la culture.

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© Archives départementales de l'Aude

La chambre de J. Bousquet dans laquelle il reçut Aragon, Benda, Paulhan, Gide, Gallimard, Magritte... Là, où la barde de l'occupant, fut organisée la résistance intellectuelle au fascisme. Sur la cheminée se trouvaient deux anges de pierre gothique ; ils furent offert par Bousquet à René Nelli en cadeau de mariage.

À la fin des années 1980, la maison de l'illustre poète - située 53 rue de Verdun - était restée fermée depuis des années et en indivision dans la famille de J. Bousquet. Depuis 1950 - date de son décès - la chambre était restée dans son jus ; pas un seul objet n'avait été déplacé, ni remplacé. La nièce de Bousquet souhaitait vendre l'imposant immeuble qu'elle n'avait plus les moyens d'entretenir. Considérant la richesse patrimoniale du lieu, elle fit intervenir son cousin l'abbé Cazaux pour proposer à la ville de Carcassonne de l'acquérir. C'est à Pierre Sarcos - pharmacien de son état et adjoint au maire - que le prêtre s'adressa afin d'avoir un rendez-vous avec Raymond Chésa. La réponse de ce dernier fut - selon l'abbé - la suivante :

"100 millions pour une chambre, c'est bien cher"

La ville rejetant la proposition d'achat, la famille Bousquet se tourna vers le Conseil général. L'abbé Cazaux intervint alors auprès de Roger Bertrand - conseiller général et futur candidat socialiste à la mairie de Carcassonne en 1989. Emballé par l'idée, ce dernier réussit à convaincre le président Raymond Courrière de ne pas laisser partir à un bailleur privé, ce trésor historique de Carcassonne. Ainsi fut sauvée la chambre de Joë Bouquet et l'immeuble pour 125 millions d'anciens francs.

Remerciements

Abbé Jean Cazaux

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13/11/2015

La villa Odette, le charme au bord du Canal du midi

Villa Odette
Si vous prenez à la sortie de Carcassonne, la route minervoise en direction de Mazamet, regardez de l'autre côté du canal du midi. Au bord de celui-ci et au pied de la colline de Grazailles, se trouve depuis fort longtemps la Villa Odette. Elle est située juste en face de l'embranchement qui mène au lotissement de la Prade. Il s'agit d'une maison à la campagne, là où les carcassonnais allaient se rafraîchir les fins de semaine ou pour les vacances d'été. Un havre de paix jusqu'aux années 1950. On y retrouve le félibre et rédacteur de la Revue méridionale Achille Rouquet, qui avait une maison au milieu des vignes dans ce qu'il appelait Castelgrazailles.

Villa Odette

Une photo de ma collection de plaques de verre, montre la Villa Odette au début du XXe siècle. D'après Alfred Raucoules, cette petite maison appartenait à deux soeurs de la famille Courtine qui vendait des sacs à mains en face Monoprix (24 rue de la gare)

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11/11/2015

Le domaine de Bouriac

Dans notre article d'hier consacré au barrage de Saint-Jean, nous évoquions l'arrangement entre Léo Dupré et les propriétaires du domaine de Bourriac, situé sur l'autre rive. Quelle est donc cette ancienne métairie ? Où se trouve t-elle exactement ? C'est ce que je vous propose de découvrir aujourd'hui...

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Carte de Cassini

Histoire et généalogie

La métairie de Bouriac prit vraisemblablement le nom de la famille qui l'habitait au XVIIe siècle, comme tant d'autres hélas disparues dans Carcassonne. On rencontre ce patronyme dans le Tarn, Midi-Pyrénées, le Lot, l'Aveyron et à Villasavary dans l'Aude au XVIIIe siècle. En 1573, Pierre Bouriac est marchand et Consul de la Ville de Carcassonne (Histoire ecclésiastique et civile de Carcassonne / Pierre Bouges / p.483). Jean Don marié à Anne Lamarque habitent le domaine au siècle suivant, avant qu'il ne passe entre les mains de Jean, Honoré puis d'Aphrodite Bourbon. La succession est ensuite dévolue à Marie Geneviève Honorine Cardes  (épouse de Georges Suzanne Hypolite Edouard Riscle) et à son frère, Joseph François Prosper Cardes, marié à Rose Cardes. Ce dernier exerce la profession de propriétaire rentier. 

Au moment du prolongement du barrage de St-Jean sur la rive des terres de Bouriac, le domaine de Bouriac possède un métayer du nom de Jean Audier dit Victor. Prosper Cardes est désigné comme administrateur des biens de son fils, Aphrodite Cardes dit Alma, jusqu'à sa majorité. Alma Cardes se distinguera plus tard dans la peinture, tout en vivant de ses rentes. Il ne vivra pas au domaine, mais 22 rue des Halles (actuelle rue Chartran). C'est également un fervent catholique qui n'hésite pas à décorer la cathédrale Saint-Michel pour de grandes occasions. Ses toiles entreront au Musée des Beaux-arts. Alma Cardes sera un membre éminent de la Société d'Études Scientifiques de l'Aude.

Auguste Satgé (1858-1961) grâce à son mariage avec l'une des fille Riscle, Gabrielle, possèdera le domaine, qui aujourd'hui appartient à la famille Cros-Mayrevieille.

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L'entrée du domaine

La métairie de Bouriac est située en face du stade Albert Domec, à l'angle de l'avenue du général Sarrail.  Il s'agit d'une bâtisse un peu austère qui n'a rien de remarquable d'un point de vue architectural, mis à part peut-être son pigeonnier. C'est néanmoins un des rares témoins des domaines viticoles de Carcassonne, ayant résisté à la pioche des promoteurs immobiliers.

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Le pigeonnier de la métairie

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Le corps de bâtiment avec sa cour

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Cette croix se trouvait initialement à l'angle du chemin de Montredon. Elle été déplacée à l'entrée du domaine à la demande de la propriétaire, quand la ville a transformé les installations du stade Domec. (Source : J. Blanco)

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Cette borne d'octroi trouvée à proximité du domaine par Jacques Blanco, a son inscription presque effacée par l'érosion de la pierre. Que fait-elle à cet endroit ? Par un heureux hasard, j'ai retrouvé une délibération du Conseil municipal en date du 27 mars 1897, adoptée sur proposition de M. Durand :

"L'octroi de la route de Trèbes sera transporté 500 mètres plus loin jusqu'au ruisseau de la porte de fer et englobera le domaine de Bouriac de M. Satgé."

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Crédit Photos

Jacques Blanco

Carte de Cassini

Recherches

Martial Andrieu

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