31/08/2015

Hommage à Alain Clinard, artiste-peintre et sculpteur Carcassonnais

François Valéry chantait il y a quelques années

"Aimons-nous vivants, n'attendons pas que la mort nous trouve du talent".

La mort n'a pas attendu de trouver du talent à Alain Clinard. Dans ce Carcassonne où les artistes locaux d'envergure sont souvent ignorés, voire mal considérés beaucoup d'entre-eux ont choisi la voie de l'exil. Clinard, lui, contre vents et marées s'était attaché à demeurer dans cette ville qui sûrement, ne le méritait pas. Bien sûr, il va rejoindre au panthéon des artistes plasticiens de Carcassonne le caravansérail des illustres : Gamelin, Jean Augé, Jean Camberoque, Jacques Ourtal, Cécile et Anthony Rives, Manau, Yvonne Gisclard-Cau, Beaubois...etc. Tout ceci ne sera que de belles phrases comme autant de poncifs donnant l'illusion qu'à Carcassonne, les élus quels qu'ils furent ou qu'ils soient, se sont souciés un jour de leurs talentueux artistes. Ces derniers n'ont eu finalement qu'un malheur dans la mort, c'est d'avoir été des Carcassonnais...

J'avais consacré en 2011 un article à Alain Clinard sur mon ancien blog "Histoires de Carcassonne" après m'être longuement entretenu avec lui par téléphone.

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Alain Clinard est un artiste carcassonnais aux talents multiples: peintre, sculpteur et même créateur de vitraux. Né en 1958 dans la région parisienne, il arrive à Carcassonne au début des années 1980 et participe activement à la vie associative de la ville. Il s'agit là d'un véritable autodidacte dont les oeuvres sont aujourd'hui côtées chez Akoun et vendues à travers le monde. Elles sont toutes réalisées dans son atelier de la rue Trivalle et étaient exposées dernièrement dans sa galerie de la rue Aimé Ramond. Le peu d'attractivité du centre ville l'a amené à devoir renoncer à utiliser désormais ce local.

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Le premier à apprécier son talent est le maire Raymond Chésa. La mairie qui souhaite parrainer les artistes locaux lui achète sa première lithographie. Celle-ci sera reproduite et offerte aux invités de marque de la ville. La toile ci-dessus a été réalisée en direct lors d'une soirée caritative, le 18 décembre 1991, au cours de laquelle elle fut mise aux enchères et acquise par la ville. Elle se trouve au premier étage de l'hôtel de Rolland (Mairie), dans le couloir du cabinet des adjoints. Alain Clinard, a également réalisé trois aquarelles pour le Conseil général, trois toiles pour la médecine du travail et la CAF.

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Outre de nombreuses sculptures comme celle-ci, Alain Clinard est moins connu pour ses conceptions de vitraux. Suite à une commande de l'état pour la cathédrale St-Etienne de Toulouse, il crée les 3 vitraux de la sacristie de paroisse. Cette dernière se trouve dans la partie la plus ancienne de la cathédrale. Si vous passez par Toulouse, demandez le sacristain M. Mazas, qui est présent du mercredi au dimanche. Ces vitraux de quatre mètres de haut, fabriqués et posés en 2006, 2007 et 2008 représentent la nativité, les rois mages, la vie et le temps. Alain Clinard a été secondé dans sa tache par Elisabeth Brenas-Pech, maître verrier à Trèbes.

Alain Clinard a décidé de mettre fin à ses jours hier, à l'âge de 57 ans. A sa famille, je présente toutes mes condoléances et je m'incline devant la mémoire de l'artiste.

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04/04/2015

Quand Joan Miró dessina Carcassonne

Le célèbre peintre surréaliste Catalan

Joan Miró

(1893-1983)

a réalisé un dessin pour le Festival de Carcassonne, dont a été tirée une série de lithographies. Il n'en existe que 75 exemplaires originaux sur vélin, signés de la main du maître.

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À Barcelone, Joan Miró dédicace ces lithographies de Carcassonne sous les yeux de la chanteuse Josiana Vicenzutto.

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Ci-dessus, une des 75 lithographies originales se négocie autour de 1000 à 1500 €. 

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 Il a été tiré au début des années 80, d'autres reproductions en affiches. Elles se différencient du dessin original par l'ajout d'un titre, une signature différente et des couleurs un peu plus pâles. Comptez 100 à 150 € pour acquérir un exemplaire chez un marchand. Attention donc, aux arnaques...

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25/03/2015

Une figure internationale de la BD à Carcassonne

Son nom dit sûrement quelque chose à tous les amateurs de BD ; c'est le maître incontesté du dessin underground des années 60, dans lequel les récits satiriques décapent l'ordre moral et portent un regard acéré sur la société américaine.

Robert Crumb

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Né en 1943 à Philadelphie, cet artiste américain du crayon est également compositeur de musique. Vers 1975, il forme l'orchestre "Cheap suit serenaders" pour lequel il écrit une musique exécutée volontairement sur des instruments désaccordés dans le style typique des Cow-boys texans.

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Côté dessin, il imagine son héros "Fritz the cat" qui est une espèce de chat paillard dont Rlaph Bakshi fera une adaptation en dessin animé pour adultes. Considérées comme obsènes, ses planches seront souvent décriées par le retour d'un puritanisme que les sixties avaient réussi à faire oublier. On retrouve également les dessins de Crumb sur de nombreuses pochettes de disque qu'il a illustrées.

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Robert Crumb exposa du 25 juillet au 15 octobre 1991 à la galerie Arcade, aujourd'hui disparue, située 8 boulevard Omer Sarraut. La venue de l'artiste avait été organisée conjointement avec le Conseil général de l'Aude, la Chambre de commerce et d'industrie, le Ministère de la culture et UCCOAR. Ci-dessus, le carton d'invitation au vernissage dessiné par Crumb lui-même. Il s'amuse avec autodérision à montrer des bourgeois carcassonnais se rendant dans la galerie d'art Arcade, dans laquelle sont exposées ses dessins un peu sulfureux. En arrière plan, la cité se décompose en château fantomatique au fur et à mesure qu'elle se rapproche du lieu d'exposition. C'est la touche trash de la décadence selon Robert Crumb... dans la belle ville de Carcassonne.

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08/11/2014

L'arlequin de Jean Camberoque mériterait une restauration

Le 16 mars 1907, le magasin de vêtements

"Au pont neuf"

ouvre ses portes à grand renfort publicitaire, pour se distinguer de son concurrent "La belle jardinière" situé en face (Office du tourisme). Le commerce est alors tenu par Ange Bénédetti qui disparaît dans un accident de voiture en 1932. Le commerce est alors vendu puis repris par

Paul Chonier.

Originaire de Clermont-Ferrand, il transforme l'établissement dans la forme qu'on lui connaît aujourd'hui. Le "sur mesures" a été remplacé par la "confection" et l'établissement a même été réquisitionné pendant la seconde guerre mondiale pour réaliser les uniformes des soldats français. A la libération, c'est André, son fils, qui a pris la relève puis aujourd'hui, Bertrand et sa soeur Anne. Ainsi trois générations se succèdent dans ce commerce de grande qualité.

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Une publicité qui exagère volontairement l'importance du commerce, en le calquant sur les grands magasins parisiens.

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Le magasin Au pont neuf au moment de son rachat par Paul Chonier. Il avait alors encore son aspect "Belle époque", avec son imposte au-dessus de la porte donnant dans la rue de la préfecture.

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Dans les années 60, la devanture sera cassée et refaite dans un style moderne. À l'angle, apparaît une mosaïque réalisée par le peintre Jean Camberoque.

Voici le récit de son fils Charles :

Mon père avait réalisé cette céramique lorsque Monsieur Chonier a rénové son magasin dans les années 60. La boutique s'appelant alors l'Arlequin. Chonier lui avait par conséquent commandé un arlequin. Ce personnage était alors récurant dans sa peinture et ses créations. Cette céramique est donc une commande. Je me souviens lorsque dans son atelier mon père dessinait cet arlequin sur les carreaux de céramique, j'avais une dizaine d'années et pis lorsqu'il a été installé, j'étais fier quand je passais rue de Verdun...
Jean Camberoque était un artiste qui créait des oeuvres, utilisant plusieurs techniques, de la peinture en passant par la céramique, la gravure, la lithographie, la sculpture... Les grincheux le lui repprochaient parfois alors que de nos jours les artistes placticiens utilisent sans problème plusieurs médiums. Il était en avance sur son temps !

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Sur la façade de l'actuel magasin à l'angle des rues Bringer et Verdun, l'Arlequin attend une restauration méritée. Quand on regarde de plus près, c'est là que l'on s'aperçoit qu'il s'agit d'une oeuvre d'art. Plus encore, avec l'accord du propriétaire cette oeuvre devrait être inventoriée et classée.

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La signature de l'artiste

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Jean Camberoque dans son atelier en 1993

© Charles Camberoque

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05/11/2014

Carcassonne aime t-elle ses oeuvres d'Art contemporain ?

En passant l'autre jour au rond-point du lycée agricole Charlemagne, je fus intrigué par une oeuvre d'art située en bordure de la route de Saint-Hilaire. Je m'arrêtais alors pour en prendre connaissance. Fort heureusement et chose unique dans Carcassonne — nous le verrons plus tard — la sculpture portait non seulement le nom de l'artiste mais également le titre de l'oeuvre. Je pouvais donc en rentrant chez moi, chercher avec la facilité que procure désormais internet, la biographie de Jean Suzanne et de sa sculpture intulée "Le signe méditerranéen". Cela ne me suffisait pas, il me fallait connaître le fil de l'histoire qui avait pu l'amener à cet endroit. Je décidais de téléphoner à Jean-Marc Tilcke, galeriste d'art contemporain bien connu à Carcassonne. Il administre "La maison du chevalier" dans la rue Trivalle.

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L'oeuvre de Jean Suzanne

J'apprends que ce sont en fait six oeuvres qui ornent les rond-points de Carcassonne depuis 20 ans. Au début des années 1990 eut lieu dans notre ville un symposium de sculpture, piloté par Jean-Marc Tilcke en collaboration avec la ville de Carcassonne représentée par Raymond Chésa, le ministère de la culture représenté par le préfet et le Conseil régional représenté par Jacques Blanc. D'après J-M Tilcke, la mairie devait à l'issue de la manifestation faire l'acquisition des sculptures. Ce qu'elle ne fit pas. Le directeur de la Maison du chevalier décida alors d'emprunter pour pouvoir les conserver à Carcassonne, pour une somme totale de 20 millions d'anciens francs (30.000 €). Finalement, un arrangement fut trouvé avec Raymond Chésa afin que les six oeuvres prennent place dans Carcassonne. Contractuellement, un commodat ou prêt à usage fut signé entre les parties. Il oblige la ville à assurer, entretenir et protéger les sculptures.

Les six sculptures

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La nef de pierre d'Ariel Mocovici

Cette oeuvre se trouvait jusqu'en 2003 dans le square Gambetta. Depuis dix ans, elle est entreposée en extérieur aux serres municipales dans les conditions que vous voyez ci-dessus. Notons que dernièrement une sculpture d'Ariel Moscovici a été achetée par Taïwan pour 300.000 dollars.

http://arielmoscovici.free.fr/

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La fracture de Jean Suzanne

Cette oeuvre conçue en acier et inox a été débaptisé sans le consentement de l'artiste. Elle porte sur son socle le titre de "Signe méditerranéen".

http://www.jeansuzanne.com/

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Tcherban Gabréa

Cette sculpture se trouve sur le rond-point Maurice Ancely, avant d'arriver à Géant Cité 2. Elle ne porte aucune mention ni sur l'artiste, ni sur l'oeuvre.

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Bata Marianov

Cette oeuvre en bois se trouve route de Saint-Hilaire, à l'entrée de la rue Barbacane. Elle ne porte aucune mention.

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Nicolas Cleissig

Cette sculpture se trouve sur le rond-point Maurice Ancely, avant Géant Cité 2. Aucune mention n'y figure.

Michel Argouge

Je n'ai pas retrouvé sur le rond-point de l'aéroport, une trace de son oeuvre.

Quel avenir pour ses sculptures ?

Il est évident que très très peu de personnes connaissent l'histoire de ces oeuvres et qu'un jour, on pourrait imaginer qu'un inculte en mal artistique se prenne à les repeindre en bleu. On l'a vu ailleurs récemment... Néanmoins, elles semblent plutôt en bon état au milieu d'espaces verts entretenus. C'est tout et pas plus, car pour le reste l'art contemporain ne semble pas émouvoir nos élus. Moi-même qui suis totalement profane dans ce domaine, je ne me hasarderais pas à en faire la critique. Toutefois, n'est-il pas intellectuellement dommage pour la culture dans cette ville de posséder des sculptures d'artistes mondialement reconnus et de s'en désinteresser ? N'est-il pas économiquement idiot de les conserver ainsi, alors même que leur valeur a été multipliée par dix en 20 ans ? Quand bien même la ville n'en serait que le dépositaire, ne devrait-elle pas réaliser des panneaux pour indiquer le nom de l'oeuvre et celle de l'artiste ?

Bonne nuit Carcassonne ! L'ombre s'abat sur toi.

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12/09/2014

Une oeuvre de Barry Flanagan cachée dans Carcassonne

Barry Flanagan est un sculteur britannique dont les oeuvres ont atteint une notoriété internationale à partir des années 80. Elles sont tour à tour exposées dans les plus grands musées du monde: New-York, Paris, Tokyo. En 1982, il représente la Grande-Bretagne à la biennale de Venise et deux ans plus tard, il participe au Liverpool Garden Festival. Au début des années 1990, il fonde avec Louise Romain et John Cockin, le Centre de sculpture de Montolieu (Aude).

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Barry Flanagan

(1941-2009)

© The Gardian

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Thinker on a rock

National gallery of art (New-York)

© Wikipédia

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© Martial Andrieu

Carcassonne possède une oeuvre de Barry Flanagan. Elle se trouve dans le petit jardin de la capitainerie du port du Canal du midi. Ce petit jardin est beaucoup trop méconnu et retiré pour qu'une majorité de personnes puisse y prêter une attention quelconque. Notons que l'oeuvre possède aucune inscription permettant d'en identifié l'auteur. Pourtant, elle a une histoire...

 Après une expostion d'art contemporain, inaugurée en 1998 dans les jardin de la préfecture par le maire Raymond Chésa. Monsieur Decharrière, préfet de l'Aude, décida de conserver cette oeuvre. Elle fut donc exposée en ce lieu, le temps du passage de ce préfet. Une fois muté, son successeur ne voulant pas ce type de scupture, tenta d'y trouver une autre destination. C'est ainsi que ce bronze arriva dans le jardin de la capitainerie.

Ainsi avons-nous à Carcassonne comme dans les plus grandes villes du monde, une sculture de Barry Flanagan sans que l'on le sache, ni qu'on y prête la moindre attention. Autant donner du lard, aux cochons... et de l'art, au poltrons!

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