26/09/2015

Que va t-il rester bientôt des acquis sociaux de 1936 ?

En 1936, de mai à juin, la France gouvernée par le Front populaire de Léon Blum allait connaître un mouvement de grève sans précédent qui allait toucher peu à peu tous les secteurs d'activité. Les entreprises sont occupées par les grévistes qui remettent en cause le principe de la propriété privée des moyens de production. 2 millions de travailleurs ont débrayé, avec pour conséquence une paralysie totale du pays qui a fait craindre aux patrons une révolution Bolchévique. La France traversait depuis 1931 une grave crise économique en grande partie lancée par le crac boursier de 1929. Le chômage, la production, la consommation... tous les signaux étaient au rouge. Les accords Matignon sont signés par la CGT et le patronat à l'initiative du gouvernement le 7 juin 1936. Les ouvriers obtiennent 12% d'augmentation de salaire en moyenne, 2 semaines de congés payés (les premiers), la semaine de travail à 40h au lieu de 48h, une loi sur l'allocation chômage... Maurice Thorez (PCF) demanda alors l'arrêt de la grève: "Il faut savoir arrêter une grève dès que satisfaction a été obtenue."

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Les grévistes devant la Rotonde à Carcassonne

À Carcassonne, les travailleurs défilent le poing levé avec des étendards rouges en chantant l'Internationale.  Malheureusement, la hausse des prix allait bientôt annuler l'augmentation salariale prévue par les accords Matignon. Les difficultés économiques forcèrent le gouvernement Blum a dévaluer le Franc et devant les protestations, il décida une pose dans les réformes. Celle des retraites est notamment abandonnée, ce qui déçoit la gauche sans apaiser l'opposition de la droite. L'extrème droite et ses journaux teintés d'antisémitisme à l'endroit de Blum, s'en donnent à coeur joie. Le gouvernement Blum démissionne le 21 juin 1937.

La situation en 2015

Une crise économique depuis 2008 importée des États-Unis sur fond d'escroquerie immobilière et financière ; avec pour conséquence un taux de chômage sans précédent en France. L'élection d'un président socialiste qui fait campagne sur la solidarité et les réformes sociales mais qui les abandonne deux après en changeant de Premier ministre. L'idéologie socialiste fait place au pragmatisme hollandiste tourné vers l'économie social- libérale. Cette politique créée des désordres dans la majorité parlementaire, sans produire dans l'immédiat des effets positif sur le chômage. Pour la première fois dans la cinquième République, l'exécutif est fragilisé par les fissures au sein de sa majorité. On se croirait revenu aux temps de la IVe République, fort heureusement Michel Debré avait tout prévu... L'article 49/3 - héritage de la Monarchie absolue - cristallise encore davantage les frustrations d'une partie des députés tout en préservant les institutions. Ces lois votées sous la contrainte ne seraient pas passées si les centrales syndicales avaient su s'unir comme en 1936. Or, au sein des entreprises privées et de l'administration d'état, on a peu à peu cassé toute possibilité de rébellion. Comment ? En sectorisant les services afin que ceux-ci ne puissent pas se regrouper et défendre des intérêts communs. L'adage "diviser pour mieux régner" n'a jamais été aussi bien employé qu'aujourd'hui... Voyez que bientôt tout va être décidé par accord de branche... Simplification du code du travail ? Malin pour écarter tout mouvement social d'ampleur nationale...  Une invention bien plus efficace que les larges avenues Haussmaniennes de Paris construites sous Napoléon III pour mater la rébellion populaire.

Loin de pouvoir donc manifester leur désapprobation, certains salariés l'expriment clairement dans un vote protestaire, lors des élections. La CGT et son organe politique qu'était le Parti Communiste Français ne représentant plus grand chose, le vote ouvrier est passé à l'extrême droite. Celle qui fait croire à l'agneau, que le loup lui veut du bien. Quand on lit l'histoire sociale des années 30, on se rend compte qu'elle a toujours préféré les patrons qui faisaient donner la troupe contre la fronde des ouvriers. Qu'importe, la crise économique et la guerre ont toujours profité aux mêmes. Nous avons la première et bientôt la seconde pour repartir comme en 1940...

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02/09/2015

Le voyage de Sa Majesté le Roy Louis XIV à Carcassonne en 1660

En ce 300e anniversaire de la mort de Louis XIV qu'on ne célèbrera pas à Carcassonne - pas plus que l'on a célébré celui de Saint-Louis, alors même que cela aurait fait parler de notre ville en des termes bien plus élégants que les jeux du cirque de l'espace Jean Cau - nous allons évoquer le séjour du Roi soleil le premier jour de l'an de grâce 1660.

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Le voyage en Languedoc

Après la signature du traité des Pyrénées le 7 novembre 1659, le roi se rend le 8 novembre au Couvent des Augustins de Toulouse pour le Te Deum. Le lendemain, il reçoit en cette ville le duc Charles de Crécy porteur du traité de paix avec l'Espagne, ainsi que le texte du contrat de mariage avec l'infante Marie-Thérèse d'Autriche. Préparé à Saint-Jean-de-Luz, les documents officiels ont été signés par le cardinal Mazarin et Don Luis de Haro.

 Le  21 novembre, à l'occasion de la Présentation de la Vierge Marie, le Roi va faire ses Dévotions en l'église de St Etienne, puis le lendemain, à deux lieues de Toulouse à la rencontre du cardinal Mazarin qui arrive de St Jean de Luz. Le 24 novembre, Louis XIV accorde une audience aux Députés de la Cour des aides et de la Cour des comptes de Montpellier qui lui sont présentés par l'évêque d'Albi (Gaspard de Daillon de Lude).

28 novembre: le Roi fait la revue de son régiment des gardes françaises et suisses et accorde ensuite une audience aux députés de Montauban. 30 novembre: le Roi reçoit le maréchal duc Antoine III de Gramont de Toulonjon, de retour de son ambassade à Madrid. Le 2 décembre 1659: A l'occasion de la fête de St FRançois Xavier, le Roi va entendre la messe en l'église professe des Jésuites.

3 décembre: Le Roi assiste à la représentation d'une pièce intitulée "le siècle d'or captif mis en liberté par la paix, jouée par les écoliers de la maison professe des Jésuites de Toulouse. Toujours dans cette même ville, le Roi reçoit le 6 décembre des envoyés des villes de Mayence et de Cologne. 15 décembre: Le Roi accorde son audience de congé à l'ambassadeur de Venise, Francesco Giustiniani et reçoit les députés de Provence. 21 décembre: Le Roi fait faire l'exercice à ses mousquetaires dans le jardin de l'archevêché de Toulouse. 23 décembre: Le Roi reçoit le sieur Francesco Bellizani, résident du prince de Mantoue, Charles III de Gonzague, pour son audience de congé. Les 24 et 25 décembre: A Toulouse, le Roi commence par entendre les matines de Noël en l'église des Augustins déchaussés, puis assiste au même endroit aux trois messes. Le matin, il se rend à St-Etienne pour entendre celle qu'y célèbre l'archevêque pierre de Marca. L'après-midi, il y retourne pour la prédication du père Félix Cueillens, cordelier. Le 28 décembre: la famille royale quitte Toulouse et va coucher à Villefranche de Lauraguais. Le 29 décembre: La famille royale quitte Villefranche de Lauraguais et prend la route de Castelnaudary.

 À Carcassonne

La famille royale arrive au soir du 30 décembre 1659. Elle est accueillie par François de Roux, juge-mage de Carcassonne et passe la nuit en son hôtel particulier. 

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L'Hôtel Roux d'Alzonne (Collège André Chénier depuis 1922) dans lequel le Roi Louis XIV a dormi pendant ses deux jours à Carcassonne. Ne cherchez pas une plaque historique le rappelant c'est inutile... Juste en face se trouve la maison natale du poète révolutionnaire Carcassonnais Fabre d'Églantine ; même réflexion.

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© AAVCC

L'ancien Couvent des Augustins, construit en 1283 et rasé en 1792. S'y tinrent les  "États généraux du Languedoc" en 1569.

"Pendant le temps que ce Prince demeura dans cette ville, il entra plusieurs fois dans l'église des Augustins. Un jour il y entendit la messe, fit les dévotions ; visita avec toute la Cour le Saint Suaire* , et passa ensuite dans le cloître, où il toucha environ quatre cens malades, auxquels il fit distribuer une aumône considérable, mais plus grande aux étrangers qu'aux François." (R.P Bouges / 1741)

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© Google

Dans la rue des Études, sur l'actuel emplacement de la résidence "Les Augustins" a été mis à jour lors de sa construction dans les années 1990, l'ancienne église rasée à la Révolution dans laquelle le roi entendit la messe.

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Une plaque rappelle l'histoire du lieu 

 Le départ du Roi

Le 2 janvier: Le Roi quitte Carcassonne pour Pouzols. Le 3 janvier: La famille couche à Béziers. Le 4 janvier: La famille royale couche à Mèze. Le 5 janvier: La famille royale arrive à Montpellier. Le 8 mars 1660: La famille Royale quitte Marseille et retourne à Aix. Le 12 mars, il se rend à Aix où il fait la revue de 600 hommes choisis dans le régiment des gardes pour l'accompagner à St Jean de Luz. puis il se dirige vers Lambesc puis Saon. Il couche à Arles le 18 mars. Le 19 il arrive à Avignon. Le 27 mars, il part pour Orange et revient à Avignon. Le 1er avril, il est à Nîmes et le lendemain à Montpellier.

Le 7 avril il quitte Montpellier pour Pezenas. Le 8, il séjourne à Narbonne dans l'archevêché. Le 9 avril il entend la messe en la cathedrale St Just puis il quitte Narbonne pour Sigean. Le 10 il se rend à Perpignan. De perpignan le 14 avril, il repart à Sigean et Leucate. Le 15 avril, la famille royale repasse à Narbonne.

Retour à Carcassonne

Le 17 avril, le roi et son escorte repasse à Carcassonne.

 " Le dix-septième du même mois il passa une seconde fois à Carcassonne avec la Reine mère dans l'église des Augustins, d'où il partit pour se rendre à St-Jean de Luz." (R.P Bouges / 1741)

Le 18 il quitte Carcassonne et va coucher à Castelnaudary où il retrouve le cardinal Mazarin arrivé le jour précedent. Le 19 il quitte Castelnaudary pour Villefranche de Lauraguais et va à Toulouse. Le 23 avril, il quitte Toulouse et couche à Auch le lendemain. Le 25 à Vic Faisanzac. Le 26 à Naugaro. Le 27, le roi arrive à Mont de Marsan et couche à Tartas. Le 30 avril, il arrive à Dax. Le 1er mai, il quitte Dax pour Bayonne. Le 8 mai, il se rend à St Jean de Luz.

Le 27 mai 1660, c'est le mariage par procuration. Le 9 juin, Louis XIV épouse l'infante d'Espagne, Marie-Thérèse d'Autriche.

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Mariage de Louis XIV à St-Jean de Luz

Le 14 juin, il quitte St Jean de Luz pour Bayonne. Le 16, il quitte Bayonne pour Dax. Le 18 juin il se rend à Bazas (Tartas) et le 19 juin il couche à Mont de Marsan. Le 20 juin, le roi quitte Mont de Marsan pour arriver à Bordeaux le 23 juin. Le 27 juin, il quitte Bordeaux passe à Bourg et Blaye. Le 28 juin il quitte Blaye, passe par Etauliers et Brie et couche à Saint-Fort. Le 29 juin il arrive à Brouage. Le 30, il dîne au château d'Oléron et retourne coucher à Brouage. Le 1er juillet, il quitte Brouage pour Saint Jean d'Angély puis couche le 2 juillet à Melle. Le 3, il arrive à Lusignan. Le 4 juillet, il arrive à Poitiers pour se rendre à Richelieu. Le 7 il quitte Richelieu et finit son périple à Amboise. 

* Carcassonne possède depuis le Moyen-âge un Saint suaire conservé par les Augustins. Ce linceul aurait servi, comme le suaire de Turin, a envelopper le corps du christ. Ce drap d'une dimension de 80 x 40 cm est actuellement dans une commode située dans la sacristie de la cathédrale Saint-Michel. 

Source

Histoire ecclésiastique et civile de la ville et du diocèse de Carcassonne

R.P Bouges / M.DCC.XLI

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01/09/2015

La visite officielle de Charles de Gaulle dans l'Aude en 1960

Le 25 février 1960, le général de Gaulle est en visite officielle en Languedoc. Le Président de la République appelé au secours d'une France enlisée dans le conflit Algérien, n'est au pouvoir que depuis deux ans. Le cortège présidentiel traverse le Tarn, l'Aude, l'Hérault et le Gard où plusieurs discours sont attendus sur L'Algérie, l'indépendance militaire et l'agriculture. Après son arrivée en train à 8h à Gaillac, le général passe par Carmaux, Albi puis Castres où devant un peuple acquis à sa cause, il prononce un important discours sur l'autodétermination de l'Algérie :

"L'avenir de l'Algérie appartient aux algériens" et "Il n'est plus possible de garder ce qu'hier on appelait encore l'Empire".

Aucun village n'échappe à son passage, dans lesquels sont déployés des arcs de triomphe ou des croix de Lorraine. En descendant par la Montagne noire il s'arrêtera même saluer la foule à Villegailhenc avant d'arriver à Carcassonne.

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Dans la rue de Verdun les motards ouvrent la voie et chacun attend d'apercevoir, plus que le Président, le libérateur de la France. Sur son passage, on crie Vive de Gaulle! A Carcassonne, il n'y aura pas de discours mais le général passera la nuit à la Préfecture. Dans sa chambre, on fera aménager un lit à sa mesure. On l'appelle aujourd'hui la chambre du Président ; le dernier a y avoir dormi est Hervé Morin, ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy. 

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© Jean Pidoux

Le salut au drapeau, place Carnot

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© René Roques / La dépêche du midi

Place Carnot, le général est accueilli par le maire Jules Fil

 Le général est accompagné de Madame de Gaulle mais qui se tient en retrait et qui ne s'affichera pas à ses côtés. Plusieurs de ses ministres sont aussi présents: MM. Guillaumat (Ministre délégué), Châtenet (Ministre de l'intérieur), Fontanet (Secrétaire d'état au commerce). Au cours du dîner à la Préfecture, servi par la maison Auter, rue Courtejaire, de Gaulle put goûter la première bouteille d'un cru de la région. Il s'agit du vin d'Ombres du château de Floure, au pied de l'Alaric dont le propriétaire était Gaston Bonheur. Le directeur de "Paris-Match" était également le biographe du général.

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© Antonia Reynès

Dans sa DS 19 toute neuve, le général en civil, prit la route à 7h45 tapantes en direction de Limoux avec un arrêt à Preixan. La réception officielle se fit par le conseil municipal et son député-maire M. Clamens, mais les producteurs de la région la boycottérent. En effet, la Confédération générale des vignerons avait invité ses membres a rester chez eux pour protester contre l'état de la viticulture. Les habitants ne furent cependant pas déçus car après qu'il eut prit la route en direction de Narbonne, une grande dégustation gratuite de Blanquette eut lieu sur la place de la république.

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© Costesèque

Le discours du maire de Lézignan, Jacques Ouradou

À Lézignan, capitale des Corbières, le maire rendit hommage :"Confiance et soutien au grand Français libérateur de la Patrie et mainteneur de l'autorité de toutes les institutions républicaines à travers les orages". Deux fillettes offrirent des fleurs aux couleurs de France ; il s'agit de Michèle Tournier (fille de Louis Tournier, adjoint au maire) et de Dominique Ribaud (petite fille du maire). La visite éclair de Charles de Gaulle à Lézignan n'aura duré que sept minutes...
 
À Villedaigne, un habitant interpelle De gaulle: "Pensez au vin, monsieur de Président! Il répondit: "Je n'y manquerai pas".

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© INA

C'est enfin à Narbonne sur la place de l'Archevêché à côté du député-maire Francis Vals, que Charles de Gaulle prononça un discours lourd de sens sur l'avenir militaire de la France. Vous pouvez visionner son intervention en cliquant sur le lien ci-dessous :
 
 
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28/08/2015

La visite officielle du Président de la République François Mitterrand en 1985

Au cours de son voyage en Languedoc-Roussillon du 24 au 25 juin 1985, le Président de la République s'arrêtera dans la capitale audoise. Il sera reçu à l'Hôtel de ville par le maire Raymond Chésa et au Conseil général, où l'attendra le président Courrière. François Mitterrand est le second chef d'état, après Charles de Gaulle en visite à Carcassonne après la Seconde guerre mondiale. Tout comme son illustre prédécesseur, il y prononcera un discours sur la place Carnot qui fera date dans la mémoire des Carcassonnais. 

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Dès 13 heures, les premiers supporters ont pris place ; le Président n'est attendu que vers 18h20, ce qui n'empêche pas son service de sécurité de passer au détecteur de métaux l'ensemble des bacs de fleurs de la place Carnot. Sur les toits, les tireurs d'élite du G.S.P.R (Groupement de Sécurité du Président de la République) sont déjà là... L'orchestre "Dixie Dizzy" de Limoux et le chanteur occitan Narbonnais "La Sauze", ont été engagés pour créer une animation musicale afin de faire patienter le public. À 15h30, les meilleures places sont prises et plusieurs malaises sont à déplorer dans l'assistance. On apprend que Mitterrand s'étant trop attardé à Narbonne, il aura une heure de retard sur l'horaire prévu par le protocole.

La sécurité

Le voyage présidentiel a nécessité la présence effective de 5000 forces de l'ordre. Rien que pour Mitterrand lui-même et sa sécurité, 75 hommes du G.S.P.R dont trois cercles de trois personnes autour de lui dans ses déplacements dans la foule. 45 hommes supplémentaires pour veiller son sur épouse et les membres du gouvernement l'accompagnant.

Son médecin personnel l'a suivi partout avec deux malettes. François Mitterrand, grand buveur d'eau, ne se désaltérait jamais avec des bouteille en plastique. Une aiguille aurait pu introduire un poison à l'intérieur de celles-ci. 

L'accueil à la mairie

Le Président de la République atterri sur l'aérodrome de Salvaza où l'attend un parterre d'élus du département ; le maire de Carcassonne et le président du Conseil général en tête. Le service d'ordre est tel qu'il est impossible de passer sans accréditation ; pareille mésaventure arrivera à Nicole Bertrou (1ère adjointe au maire), refoulée par des gorilles refusant de la reconnaître. Même pour aller aux toilettes, il faut montrer patte blanche. Mitterrand se rend à l'Hôtel de ville à l'invitation du maire RPR, qui doit y prononcer un discours d'accueil en présence du conseil municipal.

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Si la salle des mariages fut choisie, ce ne ce ne fut pas à l'évidence pour célébrer l'union politique entre les deux hommes. Raymond Chésa dans un style direct et très politique, dénonça avec force l'élargissement de l'UE à l'Espagne et au Portugal. Il tenta de retranscrire ainsi les craintes des viticulteurs audois en ce qui concerne leurs propres intérêts. N'écoutant que sa franchise, il évoqua le sort des 13.065 demandeurs d'emplois dont 1800 T.U.C (ancêtre du C.E.S) d'une Aude sinistrée. Et comme si cela ne suffisait pas, faisait porter à l'administration les échecs d'implantation à Carcassonne des entreprises Astre-Déco (bloquée par l'ANVAR) et Elscint (refusé par la DATAR) au profit de la ville de Decazeville (Aveyron).

Le Président ne voulant sûrement pas s'aventurer dans un dialogue partisan avec le maire, lança : "Nous ne sommes d'accord sur rien... Vous représentez votre formation politique. C'est bien, très bien !" En guise de fin de non recevoir, il donna rendez-vous au maire place Carnot pour les réponses à ses interrogations. Un peu estomaqué sans doute par l'aplomb de Chésa, il dira en apparté un peu plus tard : "S'ils avaient tous été comme cela !"

Consigne avait été donnée par le maire à tous les membres appartenant à la majorité municipale, de ne point applaudir Mitterrand après son discours à la mairie. Or, il en est un qui faisant fi de ces obligations, n'écouta que son respect pour la fonction et se mit à claquer des mains dans un silence quasi religieux. Il s'agit de Louis Andrieu, conseiller municipal au hameau de Villalbe. Mitterrand s'avança alors vers lui et lui serra la main ; il fut le seul. Il avait apprécié la réponse à fleuret moucheté du Président de la République. 

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François Mitterrand signe le Livre d'or sous les yeux de R. Chésa

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Le livre d'or

Au Conseil général

L'ambiance rue de la République où tous les Conseillers généraux firent acte de présence dans la salle des séances, fut en tous points différente. Raymond Courrière, secrétaire d'état chargé des rapatriés et Président du Conseil général, dévoila en présence de son invité une plaque inaugurale de son passage. Un tableau du peintre Max Savy lui fut remis en guise de cadeau de bienvenue, avant qu'un lunch dans les jardins ne clôture cette entrevue. On apprend qu'au Conseil régional à Montpellier, Mitterrand prit des engagements pour l'Aude : La rocade nord de Carcassonne, la création de magasins francs à Port-la-Nouvelle, l'aménagement de la basse vallée de l'Aude et la reconversion des industries de la Haute-vallée. 

Place Carnot

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Le discours porta sur l'élargissement de la CEE et l'unité nationale. Vous pouvez le lire en cliquant sur le lien ci-dessous :

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A la musique harmonieuse de l'après-midi, succéda les sifflets et les trompettes orchestrées par la C.G.T, le M.O.D.E.F, Païs Nostre (occitans) et le Parti Communiste. N'oublions pas qu'un an plus tôt, la nomination de Laurent Fabius comme Premier ministre avait fait fondre le programme commun de l'Union de la gauche. Les ministres communistes avaient démissionné du gouvernement. Mitterrand avait obtenu ce qu'il avait toujours souhaité, c'est-à-dire tuer le parti du camarade Marchais.

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30/06/2015

Raymond Chésa et Charles Pasqua : l'amitié brisée

Il est presque 20 heures ce 7 mai 1995 et déjà dans la permanence RPR de la rue Coste-Reboulh à Carcassonne, plusieurs proches du maire rapportent que Chirac ayant fait le trou sur son adversaire à Paris, il allait être élu à la Présidence de la République. Dans son bureau, Raymond Chésa songe qu'il a eu raison de soutenir son ami politique contre Balladur, au moment où celui-ci était lâché par un très grand nombre de ses alliés. Pourtant...

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Le jeune Raymond Chésa a un point commun avec Jacques Chirac de cinq ans son aîné, c'est qu'il a milité comme lui à gauche, avant de se rallier au gaullisme. Chésa au PSU (Parti Socialiste Unifié) et Chirac en faisant signer la pétition communiste de l'appel de Stockholm contre l'armement nucléaire. En 1971, Chésa se présente aux élections municipales de Carcassonne sur la liste Grossetête et prend date pour l'avenir.... aux côtés d'un certain Jacques Chirac.

Le mentor Charles Pasqua

Lors de l'élection présidentielle de 1974, Marie-France Garaud et Pierre Juillet (éminence grise de Pompidou) poussent leur jeune pion dans un sens qui en surprend plus d'un. Au lieu de soutenir le candidat naturel du gaullisme incarné par Jacques Chaban Delmas, ils conseillent à Chirac dans un but essentiellement tactique, de lui préférer le centriste Valéry Giscard d'Estaing. Pasqua, lui, soutient Chaban et rêve en secret après l'épisode Pompidou de maintenir le gaullisme au sommet de l'état. En échange de ce soutien, Giscard offre Matignon à Chirac après l'élection. Dès lors, adieu Chaban et le député de la Corrèze devient le leader naturel d'une droite gaulliste qui ne veut se contenter de Matignon. Pour cela, il faut à terme avoir la peau de Giscard... Chirac affirmant n'avoir pas les moyens de son action, démissionne de son poste de premier ministre le 25 août 1976 sur les conseils de... Marie-France Garaud et de Pasqua. La bande des quatre (Garaud, Pasqua, Guéna et Juillet) fonde le RPR ; véritable machine à propulser Chirac au sommet de l'état, non sans quelques intérêts. L'appel de Cochin signé par Chirac alors qu'il est alité suite à un accident de la route, sur les conseils insistants de la serviable M-F Garaud, fait du président du RPR l'ennemi d'une Europe fédérale voulue par Giscard. En fait, il s'agit surtout d'une charge contre le Président de la République pour préparer les élections de 1981. Jacques Chirac ne franchira pas le premier tour, mais le RPR fera voter en sous-main pour Mitterrand au second tour. Giscard une fois écarté, Chirac est leader de l'opposition aux socialistes pour la reconquête du pouvoir. Le RPR est la première force de la droite...

A carcassonne, la politique gouvernementale et les divisions locales font basculer la ville à droite en mars 1983. Chésa qui avait adhéré au RPR de son ami Chirac, devient maire de Carcassonne. Ce bastion du PS dans le giron de la droite, Chésa va en faire une machine de guerre au service de Chirac.

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En 1986, la France connaît sa première cohabitation et Chirac est nommé 1er ministre par Mitterrand. Pasqua propulsé comme Ministre de l'intérieur, vient inaugurer en 1988 avant les élections présidentielles, le parking André Chénier. Chirac sera battu par Mitterrand pour la seconde fois.

La Trahison de Pasqua

Afin de se préserver pour la présidentielle de 1955, Chirac envoie Balladur à Matignon à sa place quand la droite remporte les législatives de 1993 lors de la seconde cohabitation. Pendant ces deux ans d'inactivité, Chirac voit les bons sondages d'opinion s'accumuler en faveur de Balladur. Tant et si bien qu'à quelques mois du scrutin, il est le mieux placé pour gagner l'élection. Lors d'une intervention télévisée, il déclare sa candidature rompant le pacte qu'il avait souscrit avec Chirac. Ce dernier est au plus mal, on ne lui prête que 12% d'intention de vote. Poussé par Seguin, il finira quand même par se lancer dans la bataille, en partant de très loin.

Pendant ce temps, l'ensemble des centristes et une bonne partie de l'appareil du RPR a choisi Balladur. Parmi eux, Sarkozy et surtout Pasqua qui fera, à la surprise générale, campagne pour le premier ministre. La trahison en chiraquie est à son paroxisme où seuls quelques courageux, choisiront Chirac et ses maigres chances de réussite. Raymond Chésa dès l'annonce de sa candidature, lancera dans la bataille l'ensemble des militants Carcassonnais en faveur de Chirac.

L'UPC

Chésa prend le risque d'être désavoué en cas d'échec de son cheval si mal coté. Cela signifie qu'en cas de victoire de Balladur, les subventions pour sa ville risquent difficiles à obtenir. Un choix que de nombreux élus de droite carriéristes et opportunistes n'ont pas voulu faire. Notamment Nicolas Sarkozy qui se voyait à Matignon en cas de victoire de Balladur. En fin politique, Chésa va quand même protéger ses arrières. Si Balladur passe, il risque fort de n'avoir pas l'investiture à l'élection municipale de 1995 et de devoir se coller une liste Majorité présidentielle constituée de centristes en face de lui. Il fonde donc quelques semaines avant l'élection présidentielle, l'Union Pour Carcassonne. Il s'agit d'une association pour mener la bataille des municipales sans étiquête politique nationale.

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Les anciens bureaux de l'UPC, 28 rue A. Ramond

© Chroniques de Carcassonne

Chirac et son pommier seront finalement élus avec près de 53% des voix contre Lionel Jospin. Le député européen Raymond Chésa sera réélu maire de Carcassonne, malgré une liste centriste menée par Jacques Albarel, son ancien adjoint à la culture. Il sera même présenti pour devenir secrétaire d'état à l'agriculture... Quant aux soutiens de M. Balladur, la traversée du désert n'en fut que plus longue et douloureuse à l'image de Nicolas Sarkozy.

L'amitié brisée

Les relations entre Chésa et Pasqua se sont altérées avec les heurs verbaux de la campagne électorale. Le maire de Carcassonne ne reconnaît plus le gaulliste qu'il a admiré en s'alliant avec les centristes contre son camp. Disons-le tout net, Chésa s'est toujours méfié des élus de l'UDF avec lesquels il a souvent entretenu des relations conflictuelles. Quant à Pasqua, il croyait que Chirac pour lequel il avait longuement travaillé n'était finalement qu'une machine à perdre. C'est lui qui s'est perdu...

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24/03/2015

La parabole politique carcassonnaise

Deux équipes de rugby étaient depuis des décennies habituées à jouer la finale du championnat. Comptant uniquement sur leurs valeurs et leurs titres passés, elles ne savaient plus faire évoluer leur jeu de passe, la force de leur paquet d'avants et leur recrutement.

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- A quoi bon, disaient-elles ! Nous sommes certaines d'atteindre la finale, tout devrait continuer en ce sens.

Pendant ce temps une équipe outsider, habituée jusque-là à perdre en demi-finale, avait fortement étudié la tactique des deux leaders, pointé leurs défaillances dans le jeu et débauché certains de leurs cadres. Cette équipe pratiquait un jeu très viril et son entraîneur cumulait les cartons jaunes, handicapant ses chances de réussite à chaque fois. Alors, elle engagea un coach féminin dont la blondeur et le sourire n'avaient pas leur pareille pour éblouir les supporters et adoucir le discours rugueux sur le jeu à développer. Alors, sans abandonner son jeu viril, l'équipe le pratiqua sur le terrain dans le dos des arbitres afin de ne pas être pénalisée. 

Lors de la dernière journée de championnat, les deux équipes au plus gros palmarès passèrent leur temps comme à l'accoutumée à communiquer en présumant de leurs forces, à s'insulter et à se renvoyer la responsabilité du piètre jeu qu'elles pratiquaient sur le terrain ; chacune accusant l'autre de pourrir le jeu. Abonnés au stade depuis des générations, les supporters des deux équipes commençaient à ne plus s'y rendre. Ils avaient même pour certains déchiré leurs cartes par dépit et commencé à encourager l'équipe outsider, agissants comme des amoureux éconduits désireux de vengeance.

 Les équipes leader ne voulant rien entendre de ce qui les menaçait et se réfugiant uniquement derrière leurs valeurs du passé, crurent que le soutien de leur supporters leur était éternellement acquis. Ce n'était en fait que la prétention qui les aveuglait. Ceci sans vouloir admettre que c'était à cause d'un mauvais entraînement, de joueurs trop bien payés mais peu productifs, d'un staff technique dépassé et de quelques dirigeants ayant été pris la main dans la caisse à la Fédération.

Quand vint le jour de la demi-finale, l'équipe outsider parvint à se hisser contre toute attente en finale, grâce à son jeu filou à la limite des règles du rugby. Mais surtout, profitant de la méforme des autres équipes leader qui avaient laissé toute leur énergie à se battre en dehors du terrain. Les journalistes attirés par l'aubaine médiatique et la vente de leurs journaux firent dans leurs articles monter la pression et les enchères sur la possible victoire de l'outsider. L'emballement fut tel que l'on oublia que la réussite de cette équipe n'était dû en fait qu'à son talent pour faire déjouer l'adversaire : intimidation, provocation, grattage du ballon dans les zones de rucks...

L'équipe outsider perdit en finale grâce à une coalition des meilleurs joueurs des équipes leader pour lui barrer la route du titre, mais elle leur donna rendez-vous l'année suivante pour l'accession en division supérieure. Si elle y arrive, elle sait qu'elle aura le droit de changer toutes les règles de ce sport vers davantage de virilité et qui sait, exclure définitivement du championnat toute équipe ne pratiquant pas son style de jeu.

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