28/08/2015

La visite officielle du Président de la République François Mitterrand en 1985

Au cours de son voyage en Languedoc-Roussillon du 24 au 25 juin 1985, le Président de la République s'arrêtera dans la capitale audoise. Il sera reçu à l'Hôtel de ville par le maire Raymond Chésa et au Conseil général, où l'attendra le président Courrière. François Mitterrand est le second chef d'état, après Charles de Gaulle en visite à Carcassonne après la Seconde guerre mondiale. Tout comme son illustre prédécesseur, il y prononcera un discours sur la place Carnot qui fera date dans la mémoire des Carcassonnais. 

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Dès 13 heures, les premiers supporters ont pris place ; le Président n'est attendu que vers 18h20, ce qui n'empêche pas son service de sécurité de passer au détecteur de métaux l'ensemble des bacs de fleurs de la place Carnot. Sur les toits, les tireurs d'élite du G.S.P.R (Groupement de Sécurité du Président de la République) sont déjà là... L'orchestre "Dixie Dizzy" de Limoux et le chanteur occitan Narbonnais "La Sauze", ont été engagés pour créer une animation musicale afin de faire patienter le public. À 15h30, les meilleures places sont prises et plusieurs malaises sont à déplorer dans l'assistance. On apprend que Mitterrand s'étant trop attardé à Narbonne, il aura une heure de retard sur l'horaire prévu par le protocole.

La sécurité

Le voyage présidentiel a nécessité la présence effective de 5000 forces de l'ordre. Rien que pour Mitterrand lui-même et sa sécurité, 75 hommes du G.S.P.R dont trois cercles de trois personnes autour de lui dans ses déplacements dans la foule. 45 hommes supplémentaires pour veiller son sur épouse et les membres du gouvernement l'accompagnant.

Son médecin personnel l'a suivi partout avec deux malettes. François Mitterrand, grand buveur d'eau, ne se désaltérait jamais avec des bouteille en plastique. Une aiguille aurait pu introduire un poison à l'intérieur de celles-ci. 

L'accueil à la mairie

Le Président de la République atterri sur l'aérodrome de Salvaza où l'attend un parterre d'élus du département ; le maire de Carcassonne et le président du Conseil général en tête. Le service d'ordre est tel qu'il est impossible de passer sans accréditation ; pareille mésaventure arrivera à Nicole Bertrou (1ère adjointe au maire), refoulée par des gorilles refusant de la reconnaître. Même pour aller aux toilettes, il faut montrer patte blanche. Mitterrand se rend à l'Hôtel de ville à l'invitation du maire RPR, qui doit y prononcer un discours d'accueil en présence du conseil municipal.

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Si la salle des mariages fut choisie, ce ne ce ne fut pas à l'évidence pour célébrer l'union politique entre les deux hommes. Raymond Chésa dans un style direct et très politique, dénonça avec force l'élargissement de l'UE à l'Espagne et au Portugal. Il tenta de retranscrire ainsi les craintes des viticulteurs audois en ce qui concerne leurs propres intérêts. N'écoutant que sa franchise, il évoqua le sort des 13.065 demandeurs d'emplois dont 1800 T.U.C (ancêtre du C.E.S) d'une Aude sinistrée. Et comme si cela ne suffisait pas, faisait porter à l'administration les échecs d'implantation à Carcassonne des entreprises Astre-Déco (bloquée par l'ANVAR) et Elscint (refusé par la DATAR) au profit de la ville de Decazeville (Aveyron).

Le Président ne voulant sûrement pas s'aventurer dans un dialogue partisan avec le maire, lança : "Nous ne sommes d'accord sur rien... Vous représentez votre formation politique. C'est bien, très bien !" En guise de fin de non recevoir, il donna rendez-vous au maire place Carnot pour les réponses à ses interrogations. Un peu estomaqué sans doute par l'aplomb de Chésa, il dira en apparté un peu plus tard : "S'ils avaient tous été comme cela !"

Consigne avait été donnée par le maire à tous les membres appartenant à la majorité municipale, de ne point applaudir Mitterrand après son discours à la mairie. Or, il en est un qui faisant fi de ces obligations, n'écouta que son respect pour la fonction et se mit à claquer des mains dans un silence quasi religieux. Il s'agit de Louis Andrieu, conseiller municipal au hameau de Villalbe. Mitterrand s'avança alors vers lui et lui serra la main ; il fut le seul. Il avait apprécié la réponse à fleuret moucheté du Président de la République. 

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François Mitterrand signe le Livre d'or sous les yeux de R. Chésa

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Le livre d'or

Au Conseil général

L'ambiance rue de la République où tous les Conseillers généraux firent acte de présence dans la salle des séances, fut en tous points différente. Raymond Courrière, secrétaire d'état chargé des rapatriés et Président du Conseil général, dévoila en présence de son invité une plaque inaugurale de son passage. Un tableau du peintre Max Savy lui fut remis en guise de cadeau de bienvenue, avant qu'un lunch dans les jardins ne clôture cette entrevue. On apprend qu'au Conseil régional à Montpellier, Mitterrand prit des engagements pour l'Aude : La rocade nord de Carcassonne, la création de magasins francs à Port-la-Nouvelle, l'aménagement de la basse vallée de l'Aude et la reconversion des industries de la Haute-vallée. 

Place Carnot

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Le discours porta sur l'élargissement de la CEE et l'unité nationale. Vous pouvez le lire en cliquant sur le lien ci-dessous :

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A la musique harmonieuse de l'après-midi, succéda les sifflets et les trompettes orchestrées par la C.G.T, le M.O.D.E.F, Païs Nostre (occitans) et le Parti Communiste. N'oublions pas qu'un an plus tôt, la nomination de Laurent Fabius comme Premier ministre avait fait fondre le programme commun de l'Union de la gauche. Les ministres communistes avaient démissionné du gouvernement. Mitterrand avait obtenu ce qu'il avait toujours souhaité, c'est-à-dire tuer le parti du camarade Marchais.

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30/06/2015

Raymond Chésa et Charles Pasqua : l'amitié brisée

Il est presque 20 heures ce 7 mai 1995 et déjà dans la permanence RPR de la rue Coste-Reboulh à Carcassonne, plusieurs proches du maire rapportent que Chirac ayant fait le trou sur son adversaire à Paris, il allait être élu à la Présidence de la République. Dans son bureau, Raymond Chésa songe qu'il a eu raison de soutenir son ami politique contre Balladur, au moment où celui-ci était lâché par un très grand nombre de ses alliés. Pourtant...

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Le jeune Raymond Chésa a un point commun avec Jacques Chirac de cinq ans son aîné, c'est qu'il a milité comme lui à gauche, avant de se rallier au gaullisme. Chésa au PSU (Parti Socialiste Unifié) et Chirac en faisant signer la pétition communiste de l'appel de Stockholm contre l'armement nucléaire. En 1971, Chésa se présente aux élections municipales de Carcassonne sur la liste Grossetête et prend date pour l'avenir.... aux côtés d'un certain Jacques Chirac.

Le mentor Charles Pasqua

Lors de l'élection présidentielle de 1974, Marie-France Garaud et Pierre Juillet (éminence grise de Pompidou) poussent leur jeune pion dans un sens qui en surprend plus d'un. Au lieu de soutenir le candidat naturel du gaullisme incarné par Jacques Chaban Delmas, ils conseillent à Chirac dans un but essentiellement tactique, de lui préférer le centriste Valéry Giscard d'Estaing. Pasqua, lui, soutient Chaban et rêve en secret après l'épisode Pompidou de maintenir le gaullisme au sommet de l'état. En échange de ce soutien, Giscard offre Matignon à Chirac après l'élection. Dès lors, adieu Chaban et le député de la Corrèze devient le leader naturel d'une droite gaulliste qui ne veut se contenter de Matignon. Pour cela, il faut à terme avoir la peau de Giscard... Chirac affirmant n'avoir pas les moyens de son action, démissionne de son poste de premier ministre le 25 août 1976 sur les conseils de... Marie-France Garaud et de Pasqua. La bande des quatre (Garaud, Pasqua, Guéna et Juillet) fonde le RPR ; véritable machine à propulser Chirac au sommet de l'état, non sans quelques intérêts. L'appel de Cochin signé par Chirac alors qu'il est alité suite à un accident de la route, sur les conseils insistants de la serviable M-F Garaud, fait du président du RPR l'ennemi d'une Europe fédérale voulue par Giscard. En fait, il s'agit surtout d'une charge contre le Président de la République pour préparer les élections de 1981. Jacques Chirac ne franchira pas le premier tour, mais le RPR fera voter en sous-main pour Mitterrand au second tour. Giscard une fois écarté, Chirac est leader de l'opposition aux socialistes pour la reconquête du pouvoir. Le RPR est la première force de la droite...

A carcassonne, la politique gouvernementale et les divisions locales font basculer la ville à droite en mars 1983. Chésa qui avait adhéré au RPR de son ami Chirac, devient maire de Carcassonne. Ce bastion du PS dans le giron de la droite, Chésa va en faire une machine de guerre au service de Chirac.

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En 1986, la France connaît sa première cohabitation et Chirac est nommé 1er ministre par Mitterrand. Pasqua propulsé comme Ministre de l'intérieur, vient inaugurer en 1988 avant les élections présidentielles, le parking André Chénier. Chirac sera battu par Mitterrand pour la seconde fois.

La Trahison de Pasqua

Afin de se préserver pour la présidentielle de 1955, Chirac envoie Balladur à Matignon à sa place quand la droite remporte les législatives de 1993 lors de la seconde cohabitation. Pendant ces deux ans d'inactivité, Chirac voit les bons sondages d'opinion s'accumuler en faveur de Balladur. Tant et si bien qu'à quelques mois du scrutin, il est le mieux placé pour gagner l'élection. Lors d'une intervention télévisée, il déclare sa candidature rompant le pacte qu'il avait souscrit avec Chirac. Ce dernier est au plus mal, on ne lui prête que 12% d'intention de vote. Poussé par Seguin, il finira quand même par se lancer dans la bataille, en partant de très loin.

Pendant ce temps, l'ensemble des centristes et une bonne partie de l'appareil du RPR a choisi Balladur. Parmi eux, Sarkozy et surtout Pasqua qui fera, à la surprise générale, campagne pour le premier ministre. La trahison en chiraquie est à son paroxisme où seuls quelques courageux, choisiront Chirac et ses maigres chances de réussite. Raymond Chésa dès l'annonce de sa candidature, lancera dans la bataille l'ensemble des militants Carcassonnais en faveur de Chirac.

L'UPC

Chésa prend le risque d'être désavoué en cas d'échec de son cheval si mal coté. Cela signifie qu'en cas de victoire de Balladur, les subventions pour sa ville risquent difficiles à obtenir. Un choix que de nombreux élus de droite carriéristes et opportunistes n'ont pas voulu faire. Notamment Nicolas Sarkozy qui se voyait à Matignon en cas de victoire de Balladur. En fin politique, Chésa va quand même protéger ses arrières. Si Balladur passe, il risque fort de n'avoir pas l'investiture à l'élection municipale de 1995 et de devoir se coller une liste Majorité présidentielle constituée de centristes en face de lui. Il fonde donc quelques semaines avant l'élection présidentielle, l'Union Pour Carcassonne. Il s'agit d'une association pour mener la bataille des municipales sans étiquête politique nationale.

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Les anciens bureaux de l'UPC, 28 rue A. Ramond

© Chroniques de Carcassonne

Chirac et son pommier seront finalement élus avec près de 53% des voix contre Lionel Jospin. Le député européen Raymond Chésa sera réélu maire de Carcassonne, malgré une liste centriste menée par Jacques Albarel, son ancien adjoint à la culture. Il sera même présenti pour devenir secrétaire d'état à l'agriculture... Quant aux soutiens de M. Balladur, la traversée du désert n'en fut que plus longue et douloureuse à l'image de Nicolas Sarkozy.

L'amitié brisée

Les relations entre Chésa et Pasqua se sont altérées avec les heurs verbaux de la campagne électorale. Le maire de Carcassonne ne reconnaît plus le gaulliste qu'il a admiré en s'alliant avec les centristes contre son camp. Disons-le tout net, Chésa s'est toujours méfié des élus de l'UDF avec lesquels il a souvent entretenu des relations conflictuelles. Quant à Pasqua, il croyait que Chirac pour lequel il avait longuement travaillé n'était finalement qu'une machine à perdre. C'est lui qui s'est perdu...

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24/03/2015

La parabole politique carcassonnaise

Deux équipes de rugby étaient depuis des décennies habituées à jouer la finale du championnat. Comptant uniquement sur leurs valeurs et leurs titres passés, elles ne savaient plus faire évoluer leur jeu de passe, la force de leur paquet d'avants et leur recrutement.

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- A quoi bon, disaient-elles ! Nous sommes certaines d'atteindre la finale, tout devrait continuer en ce sens.

Pendant ce temps une équipe outsider, habituée jusque-là à perdre en demi-finale, avait fortement étudié la tactique des deux leaders, pointé leurs défaillances dans le jeu et débauché certains de leurs cadres. Cette équipe pratiquait un jeu très viril et son entraîneur cumulait les cartons jaunes, handicapant ses chances de réussite à chaque fois. Alors, elle engagea un coach féminin dont la blondeur et le sourire n'avaient pas leur pareille pour éblouir les supporters et adoucir le discours rugueux sur le jeu à développer. Alors, sans abandonner son jeu viril, l'équipe le pratiqua sur le terrain dans le dos des arbitres afin de ne pas être pénalisée. 

Lors de la dernière journée de championnat, les deux équipes au plus gros palmarès passèrent leur temps comme à l'accoutumée à communiquer en présumant de leurs forces, à s'insulter et à se renvoyer la responsabilité du piètre jeu qu'elles pratiquaient sur le terrain ; chacune accusant l'autre de pourrir le jeu. Abonnés au stade depuis des générations, les supporters des deux équipes commençaient à ne plus s'y rendre. Ils avaient même pour certains déchiré leurs cartes par dépit et commencé à encourager l'équipe outsider, agissants comme des amoureux éconduits désireux de vengeance.

 Les équipes leader ne voulant rien entendre de ce qui les menaçait et se réfugiant uniquement derrière leurs valeurs du passé, crurent que le soutien de leur supporters leur était éternellement acquis. Ce n'était en fait que la prétention qui les aveuglait. Ceci sans vouloir admettre que c'était à cause d'un mauvais entraînement, de joueurs trop bien payés mais peu productifs, d'un staff technique dépassé et de quelques dirigeants ayant été pris la main dans la caisse à la Fédération.

Quand vint le jour de la demi-finale, l'équipe outsider parvint à se hisser contre toute attente en finale, grâce à son jeu filou à la limite des règles du rugby. Mais surtout, profitant de la méforme des autres équipes leader qui avaient laissé toute leur énergie à se battre en dehors du terrain. Les journalistes attirés par l'aubaine médiatique et la vente de leurs journaux firent dans leurs articles monter la pression et les enchères sur la possible victoire de l'outsider. L'emballement fut tel que l'on oublia que la réussite de cette équipe n'était dû en fait qu'à son talent pour faire déjouer l'adversaire : intimidation, provocation, grattage du ballon dans les zones de rucks...

L'équipe outsider perdit en finale grâce à une coalition des meilleurs joueurs des équipes leader pour lui barrer la route du titre, mais elle leur donna rendez-vous l'année suivante pour l'accession en division supérieure. Si elle y arrive, elle sait qu'elle aura le droit de changer toutes les règles de ce sport vers davantage de virilité et qui sait, exclure définitivement du championnat toute équipe ne pratiquant pas son style de jeu.

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18/11/2014

Le carcassonnais déchaîné

Quelques mois après les élections municipales de 1983 et plus exactement le 1er octobre, sortait en kiosque le premier numéro d'un mensuel politique à rayonnement local.

Le carcassonnais déchaîné

prenait ainsi à défaut l'ensemble de la classe politique audoise en tentant de se rendre aussi intéressant qu'un illustre canard parisien, celui-ci, enchaîné. Sous la plume rédactionnelle de J-F Ruffié et de plusieurs de ses enquêteurs dont Axel Duffour, Guy Hottin, Régis Jeangéraud, Anne Brobomsky, Philippe Martin et Paul Izaï, le journal à caractère irrévérentieux allait distiller ses bons et mauvais points aux élus. Oui, même les élus du conseil municipal de la ville avaient régulièrement une note sur vingt et rarement la moyenne. Le but était-il d'informer? Il semble d'abord qu'il eût été choisi comme ligne éditoriale de polémiquer tout azimut dans un style à la limite de la diffamation. Ce canard sur papier glacé  a dû en refroidir plus d'un dans les cercles politiciens. Pas seulement, car en dernière page de certains numéros se retrouvait une liste de noms d'anciens miliciens, cités en référence comme ayant pactisé avec Vichy. Le carcassonnais déchaîné n'a pas publié longtemps (deux ans peut-être) mais il a fait en son temps couler beaucoup d'encre... noire et rouge.

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À l'heure actuelle, il est certain que ce magazine paraîtrait bien trop poli. Ceci par rapport à des Carcassonnais courageux qui, se cachant sous des fausses identités, distillent propos homophobes, racistes et sexistes sur Facebook à l'endroit de personnes respectables. Ceci en toute impunité. Eh! oui, ils n'ont que cela à faire de leurs journées et comme ils ne sont jamais inquiétés, ils ont même tendance à se multiplier. Si Facebook avait existé sous Vichy, il y aurait eu davantage de dénonciation et de personnes dans les prisons politiques du régime.

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31/10/2014

Raymond Chésa (1937-2005)

L'année prochaine 10 ans se seront écoulés depuis le 11 janvier 2005, où disparaissait celui qui fit le plus long mandat de maire de Carcassonne depuis le Dr Tomey. Pendant près de 22 ans Raymond Chésa ce stratège politique, tant redouté mais aussi respecté par ses adversaires, présida à la destinée des carcassonnaises et des carcassonnais. A travers une maxime, il avait tracé sa ligne politique: "Le plus dur, c'est de durer" disait-il. Il aura défié l'usure du pouvoir avec une idée toute simple, celle d'occuper le terrain en allant toujours à la rencontre des habitants.

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Raymond Chésa était né le 10 février 1937 à Carcassonne dans une famille d'immigrés espagnols. Afin de parodier la chanson d'André Dassary, nous pourrions chanter "Ramuntcho c'était le roi de la Trivalle". C'est de ce quartier populaire et cosmopolite de la ville où se côtoyaient gitans, espagnols et français qu'il s'est sûrement inspiré pour gérer plus tard sa ville. L'envie politique n'est pas venue de suite. Après ses études primaires puis secondaires, une licence et un CAPES de physique-chimie, il devint professeur au lycée agricole Charlemagne à partir de 1965. Isabelle, sa fille, naîtra le le 7 avril de cette année là.

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Après un passage au PSU (parti socialiste unifié), Raymond Chésa se range très vite derrière le général de Gaulle. Il milite à l'UNR-UDT, mais ce n'est qu'en 1971 qu'il est candidat sur la liste Grossetête contre Antoine Gayraud. En 1976, il est battu de très peu aux élections cantonales contre le député-maire socialiste de Carcassonne. L'année suivante, la liste "Carcassonne demain" qu'il conduit pour les municipales est battue (46% contre 54%) face au maire sortant. Son unique tentative à la députation est un échec en 1978, contre Joseph Vidal (PS). Finalement, c'est le 21 mars 1982 qu'il remporte son premier scrutin en devenant le Conseiller général du canton centre contre le sortant Pierre Moffre (PCF). Un succès que le président du RPR audois, amplifie avec le basculement de Carcassonne de la gauche vers la droite en mars 1983. Contre toute attente, la liste PS-PC-MRG perd la préfecture de l'Aude à cause de ses divisions. Raymond Chésa est désormais incontournable.

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Les années suivantes, Raymond Chésa devient Conseiller régional (1986) sous la présidence de Jacques Blanc. Sous sa direction, le RPR local enregistre plusieurs victoires aux cantonales. Si bien qu'en 1992, la droite compte un nombre de conseillers généraux (une dizaine) jamais atteint auparavant dans l'assemblée départementale. A Carcassonne, seul le canton ouest restera à gauche. En mars 1989, il est réélu comme maire au premier tour. Ceci, malgré un lac qui ne se remplit pas et l'affaire Orta qui plongea les finances de la ville dans le rouge. En 1993, c'est toute la droite locale qui est bénéfiaire de l'effet Chésa : La vague bleue déferle sur la France et Gérard Larrat est élu député de la 1ère circonscription de l'Aude. Quant au maire, on pense à lui à Paris pour occuper le secrétarait d'état à l'agriculture et à la pèche. Finalement, il sera élu comme Député européen jusqu'en 1999 avec sa fille, comme attachée parlementaire. La liste "Carcassonne avance" est réélue en 1995 pour un troisième mandat, malgré une liste DVD de Jacques Albarel portée par d'anciens colistiers devenus opposants.

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LE COUP DE POKER DE CHÉSA

En 1992, rien ne va plus dans la majorité municipale ! Les frondeurs amenés par Nicole Bertrou, Didier Jocteur-Monroziers, Charles Domas, Michel Sampietro, Jacques Albarel... dénoncent la dictature du maire et entendent bien le renverser au sein du Conseil municipal. Le mesures de retortions ne vont pas tarder. Chésa commence par enlever leurs délégations aux adjoints frondeurs avant de provoquer une nouvelle élection du maire au sein du conseil. Après avoir consulté et compté ses soutiens, il démissionne de son poste de maire et redevient pour quelques heures, simple conseiller municipal. Lors du conseil municipal du 12 mai 1992 particulièrement houleux, une nouvelle élection a lieu au cours de laquelle se présentent au poste de : Nicole Bertrou (UDF), Raymond Chésa (RPR) et Simon Peyras (PC). Chésa va t-il réunir sur son nom le nombre suffisant de suffrages ? Le suspense est à son comble. Le premier tour donne 24 voix à Chésa, 15 à Bertrou, 3 à Peyras et 1 blanc. Finalement, Chésa l'emporte ensuite au second tour ce qui lui permet de placer désormais les 7 frondeurs dans l'opposition municipale. Trois démissionneront : MM. Sampietro, Monrozier et Albael. Ces mêmes frondeurs présents sur une liste de droite menée Jacques Albarel, n'empèchera pas Chésa de se faire réélire pour un troisième mandat consécutif en mars 1995.

LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE DE 1995

Au moment de la cohabitation de 1993 qui porte Édouard Balladur, l'ami de 30 ans de Jacques Chirac, comme premier ministre, une large partie de la droite gaulliste amenée par Charles Pasqua et les centristes, choisit de soutenir le chef du gouvernement comme candidat à la présidentielle de 1995. Le fondateur du RPR après deux échecs (1981 et 1988) n'a plus la côte auprès d'une partie de ses "amis". Chacun s'accorde à penser que Balladur est le plus capable pour remporter l'élection. À cette époque, Chirac ne dépasse les 15% d'intentions de vote, mais entend se présenter quand même. Raymond Chésa, fidèle à sa sensibilité gaulliste et à son amitié, ne se laissera pas bercer par les appels de Pasqua à soutenir Balladur. D'emblée, il décide de faire campagne pour un Chirac au fond du trou. Soulignons tout de même que Chésa n'aimait guère les centristes qu'il jugeait incapables de se déterminer sur leurs positions ; toujours prêts à planter une épine dans le pied du RPR. Ce coup de Trafalgar de Balladur poussé par Sarkozy et Bayrou, le maire de Carcassonne l'avait senti en fin politique comme la revanche sur la défaite de Giscard, provoquée par Chirac lui-même en 1981. Le RPR audois fera campagne donc pour Chirac avec la suite que nous connaissons tous.

LA DISSOLUTION DE 1997

La gauche pense très fort en 2001 que son tour en venu, car le contexte politique national est propice. En effet, le gouvernement de Lionel Jospin se porte plutôt bien dans les sondages et Chirac, est isolé. Carcassonne restera à droite, contre toute attente et l'on sentira la frustration chez ses opposants. Cette élection ne sera que le reflet de la future défaite du PS le 21 avril 2002 aux élections présidentielles. Raymond Chésa est atteint par la maladie au cours de son quatrième mandat et tout en restant maire, il passe ses pouvoirs de signature à son premier adjoint Gérard Larrat. Emporté par le mal, il décède le 11 janvier 2005. La foule est immense à ses obsèques célébrées à la cathédrale St-Michel, puis Ramon de la Trivalla est inhumé au cimetière de la cité.

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15/05/2014

Raymond Poincaré à Carcassonne, le 1er avril 1928

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Le 1er avril 1928, Carcassonne recevait le Président du Conseil des ministres. Raymond Poincaré à la veille des élections législatives des 22 et 29 avril était en déplacement dans la capitale audoise, où son discours était très attendu par la presse française et européenne. Il était accompagné par les membres de son cabinet et par les parlementaires du département et de la région.

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À l'extérieur de la salle du manège de la caserne dans laquelle Poincaré tient son discours, la foule l'écoute à travers les haut-parleurs. Après avoir fait occuper la Ruhr à cause d'une Allemagne réticente à payer les réparations de la guerre 14-18, son message est à l'apaisement et à la pacification des relations.

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M. Poincaré (au centre) regarde vers les tours, de la terrasse de l'Hôtel de la cité. A sa gauche, tourné vers le photographe, le ministre de l'intérieur Albert Sarraut.

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