24/03/2015

La parabole politique carcassonnaise

Deux équipes de rugby étaient depuis des décennies habituées à jouer la finale du championnat. Comptant uniquement sur leurs valeurs et leurs titres passés, elles ne savaient plus faire évoluer leur jeu de passe, la force de leur paquet d'avants et leur recrutement.

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- A quoi bon, disaient-elles ! Nous sommes certaines d'atteindre la finale, tout devrait continuer en ce sens.

Pendant ce temps une équipe outsider, habituée jusque-là à perdre en demi-finale, avait fortement étudié la tactique des deux leaders, pointé leurs défaillances dans le jeu et débauché certains de leurs cadres. Cette équipe pratiquait un jeu très viril et son entraîneur cumulait les cartons jaunes, handicapant ses chances de réussite à chaque fois. Alors, elle engagea un coach féminin dont la blondeur et le sourire n'avaient pas leur pareille pour éblouir les supporters et adoucir le discours rugueux sur le jeu à développer. Alors, sans abandonner son jeu viril, l'équipe le pratiqua sur le terrain dans le dos des arbitres afin de ne pas être pénalisée. 

Lors de la dernière journée de championnat, les deux équipes au plus gros palmarès passèrent leur temps comme à l'accoutumée à communiquer en présumant de leurs forces, à s'insulter et à se renvoyer la responsabilité du piètre jeu qu'elles pratiquaient sur le terrain ; chacune accusant l'autre de pourrir le jeu. Abonnés au stade depuis des générations, les supporters des deux équipes commençaient à ne plus s'y rendre. Ils avaient même pour certains déchiré leurs cartes par dépit et commencé à encourager l'équipe outsider, agissants comme des amoureux éconduits désireux de vengeance.

 Les équipes leader ne voulant rien entendre de ce qui les menaçait et se réfugiant uniquement derrière leurs valeurs du passé, crurent que le soutien de leur supporters leur était éternellement acquis. Ce n'était en fait que la prétention qui les aveuglait. Ceci sans vouloir admettre que c'était à cause d'un mauvais entraînement, de joueurs trop bien payés mais peu productifs, d'un staff technique dépassé et de quelques dirigeants ayant été pris la main dans la caisse à la Fédération.

Quand vint le jour de la demi-finale, l'équipe outsider parvint à se hisser contre toute attente en finale, grâce à son jeu filou à la limite des règles du rugby. Mais surtout, profitant de la méforme des autres équipes leader qui avaient laissé toute leur énergie à se battre en dehors du terrain. Les journalistes attirés par l'aubaine médiatique et la vente de leurs journaux firent dans leurs articles monter la pression et les enchères sur la possible victoire de l'outsider. L'emballement fut tel que l'on oublia que la réussite de cette équipe n'était dû en fait qu'à son talent pour faire déjouer l'adversaire : intimidation, provocation, grattage du ballon dans les zones de rucks...

L'équipe outsider perdit en finale grâce à une coalition des meilleurs joueurs des équipes leader pour lui barrer la route du titre, mais elle leur donna rendez-vous l'année suivante pour l'accession en division supérieure. Si elle y arrive, elle sait qu'elle aura le droit de changer toutes les règles de ce sport vers davantage de virilité et qui sait, exclure définitivement du championnat toute équipe ne pratiquant pas son style de jeu.

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18/11/2014

Le carcassonnais déchaîné

Quelques mois après les élections municipales de 1983 et plus exactement le 1er octobre, sortait en kiosque le premier numéro d'un mensuel politique à rayonnement local.

Le carcassonnais déchaîné

prenait ainsi à défaut l'ensemble de la classe politique audoise en tentant de se rendre aussi intéressant qu'un illustre canard parisien, celui-ci, enchaîné. Sous la plume rédactionnelle de J-F Ruffié et de plusieurs de ses enquêteurs dont Axel Duffour, Guy Hottin, Régis Jeangéraud, Anne Brobomsky, Philippe Martin et Paul Izaï, le journal à caractère irrévérentieux allait distiller ses bons et mauvais points aux élus. Oui, même les élus du conseil municipal de la ville avaient régulièrement une note sur vingt et rarement la moyenne. Le but était-il d'informer? Il semble d'abord qu'il eût été choisi comme ligne éditoriale de polémiquer tout azimut dans un style à la limite de la diffamation. Ce canard sur papier glacé  a dû en refroidir plus d'un dans les cercles politiciens. Pas seulement, car en dernière page de certains numéros se retrouvait une liste de noms d'anciens miliciens, cités en référence comme ayant pactisé avec Vichy. Le carcassonnais déchaîné n'a pas publié longtemps (deux ans peut-être) mais il a fait en son temps couler beaucoup d'encre... noire et rouge.

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À l'heure actuelle, il est certain que ce magazine paraîtrait bien trop poli. Ceci par rapport à des Carcassonnais courageux qui, se cachant sous des fausses identités, distillent propos homophobes, racistes et sexistes sur Facebook à l'endroit de personnes respectables. Ceci en toute impunité. Eh! oui, ils n'ont que cela à faire de leurs journées et comme ils ne sont jamais inquiétés, ils ont même tendance à se multiplier. Si Facebook avait existé sous Vichy, il y aurait eu davantage de dénonciation et de personnes dans les prisons politiques du régime.

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31/10/2014

Raymond Chésa (1937-2005)

L'année prochaine 10 ans se seront écoulés depuis le 11 janvier 2005, où disparaissait celui qui fit le plus long mandat de maire de Carcassonne depuis le Dr Tomey. Pendant près de 22 ans Raymond Chésa ce stratège politique, tant redouté mais aussi respecté par ses adversaires, présida à la destinée des carcassonnaises et des carcassonnais. A travers une maxime, il avait tracé sa ligne politique: "Le plus dur, c'est de durer" disait-il. Il aura défié l'usure du pouvoir avec une idée toute simple, celle d'occuper le terrain en allant toujours à la rencontre des habitants.

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Raymond Chésa était né le 10 février 1937 à Carcassonne dans une famille d'immigrés espagnols. Afin de parodier la chanson d'André Dassary, nous pourrions chanter "Ramuntcho c'était le roi de la Trivalle". C'est de ce quartier populaire et cosmopolite de la ville où se côtoyaient gitans, espagnols et français qu'il s'est sûrement inspiré pour gérer plus tard sa ville. L'envie politique n'est pas venue de suite. Après ses études primaires puis secondaires, une licence et un CAPES de physique-chimie, il devint professeur au lycée agricole Charlemagne à partir de 1965. Isabelle, sa fille, naîtra le le 7 avril de cette année là.

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Après un passage au PSU (parti socialiste unifié), Raymond Chésa se range très vite derrière le général de Gaulle. Il milite à l'UNR-UDT, mais ce n'est qu'en 1971 qu'il est candidat sur la liste Grossetête contre Antoine Gayraud. En 1976, il est battu de très peu aux élections cantonales contre le député-maire socialiste de Carcassonne. L'année suivante, la liste "Carcassonne demain" qu'il conduit pour les municipales est battue (46% contre 54%) face au maire sortant. Son unique tentative à la députation est un échec en 1978, contre Joseph Vidal (PS). Finalement, c'est le 21 mars 1982 qu'il remporte son premier scrutin en devenant le Conseiller général du canton centre contre le sortant Pierre Moffre (PCF). Un succès que le président du RPR audois, amplifie avec le basculement de Carcassonne de la gauche vers la droite en mars 1983. Contre toute attente, la liste PS-PC-MRG perd la préfecture de l'Aude à cause de ses divisions. Raymond Chésa est désormais incontournable.

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Les années suivantes, Raymond Chésa devient Conseiller régional (1986) sous la présidence de Jacques Blanc. Sous sa direction, le RPR local enregistre plusieurs victoires aux cantonales. Si bien qu'en 1992, la droite compte un nombre de conseillers généraux (une dizaine) jamais atteint auparavant dans l'assemblée départementale. A Carcassonne, seul le canton ouest restera à gauche. En mars 1989, il est réélu comme maire au premier tour. Ceci, malgré un lac qui ne se remplit pas et l'affaire Orta qui plongea les finances de la ville dans le rouge. En 1993, c'est toute la droite locale qui est bénéfiaire de l'effet Chésa : La vague bleue déferle sur la France et Gérard Larrat est élu député de la 1ère circonscription de l'Aude. Quant au maire, on pense à lui à Paris pour occuper le secrétarait d'état à l'agriculture et à la pèche. Finalement, il sera élu comme Député européen jusqu'en 1999 avec sa fille, comme attachée parlementaire. La liste "Carcassonne avance" est réélue en 1995 pour un troisième mandat, malgré une liste DVD de Jacques Albarel portée par d'anciens colistiers devenus opposants.

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LE COUP DE POKER DE CHÉSA

En 1992, rien ne va plus dans la majorité municipale ! Les frondeurs amenés par Nicole Bertrou, Didier Jocteur-Monroziers, Charles Domas, Michel Sampietro, Jacques Albarel... dénoncent la dictature du maire et entendent bien le renverser au sein du Conseil municipal. Le mesures de retortions ne vont pas tarder. Chésa commence par enlever leurs délégations aux adjoints frondeurs avant de provoquer une nouvelle élection du maire au sein du conseil. Après avoir consulté et compté ses soutiens, il démissionne de son poste de maire et redevient pour quelques heures, simple conseiller municipal. Lors du conseil municipal du 12 mai 1992 particulièrement houleux, une nouvelle élection a lieu au cours de laquelle se présentent au poste de : Nicole Bertrou (UDF), Raymond Chésa (RPR) et Simon Peyras (PC). Chésa va t-il réunir sur son nom le nombre suffisant de suffrages ? Le suspense est à son comble. Le premier tour donne 24 voix à Chésa, 15 à Bertrou, 3 à Peyras et 1 blanc. Finalement, Chésa l'emporte ensuite au second tour ce qui lui permet de placer désormais les 7 frondeurs dans l'opposition municipale. Trois démissionneront : MM. Sampietro, Monrozier et Albael. Ces mêmes frondeurs présents sur une liste de droite menée Jacques Albarel, n'empèchera pas Chésa de se faire réélire pour un troisième mandat consécutif en mars 1995.

LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE DE 1995

Au moment de la cohabitation de 1993 qui porte Édouard Balladur, l'ami de 30 ans de Jacques Chirac, comme premier ministre, une large partie de la droite gaulliste amenée par Charles Pasqua et les centristes, choisit de soutenir le chef du gouvernement comme candidat à la présidentielle de 1995. Le fondateur du RPR après deux échecs (1981 et 1988) n'a plus la côte auprès d'une partie de ses "amis". Chacun s'accorde à penser que Balladur est le plus capable pour remporter l'élection. À cette époque, Chirac ne dépasse les 15% d'intentions de vote, mais entend se présenter quand même. Raymond Chésa, fidèle à sa sensibilité gaulliste et à son amitié, ne se laissera pas bercer par les appels de Pasqua à soutenir Balladur. D'emblée, il décide de faire campagne pour un Chirac au fond du trou. Soulignons tout de même que Chésa n'aimait guère les centristes qu'il jugeait incapables de se déterminer sur leurs positions ; toujours prêts à planter une épine dans le pied du RPR. Ce coup de Trafalgar de Balladur poussé par Sarkozy et Bayrou, le maire de Carcassonne l'avait senti en fin politique comme la revanche sur la défaite de Giscard, provoquée par Chirac lui-même en 1981. Le RPR audois fera campagne donc pour Chirac avec la suite que nous connaissons tous.

LA DISSOLUTION DE 1997

La gauche pense très fort en 2001 que son tour en venu, car le contexte politique national est propice. En effet, le gouvernement de Lionel Jospin se porte plutôt bien dans les sondages et Chirac, est isolé. Carcassonne restera à droite, contre toute attente et l'on sentira la frustration chez ses opposants. Cette élection ne sera que le reflet de la future défaite du PS le 21 avril 2002 aux élections présidentielles. Raymond Chésa est atteint par la maladie au cours de son quatrième mandat et tout en restant maire, il passe ses pouvoirs de signature à son premier adjoint Gérard Larrat. Emporté par le mal, il décède le 11 janvier 2005. La foule est immense à ses obsèques célébrées à la cathédrale St-Michel, puis Ramon de la Trivalla est inhumé au cimetière de la cité.

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15/05/2014

Raymond Poincaré à Carcassonne, le 1er avril 1928

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Le 1er avril 1928, Carcassonne recevait le Président du Conseil des ministres. Raymond Poincaré à la veille des élections législatives des 22 et 29 avril était en déplacement dans la capitale audoise, où son discours était très attendu par la presse française et européenne. Il était accompagné par les membres de son cabinet et par les parlementaires du département et de la région.

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À l'extérieur de la salle du manège de la caserne dans laquelle Poincaré tient son discours, la foule l'écoute à travers les haut-parleurs. Après avoir fait occuper la Ruhr à cause d'une Allemagne réticente à payer les réparations de la guerre 14-18, son message est à l'apaisement et à la pacification des relations.

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M. Poincaré (au centre) regarde vers les tours, de la terrasse de l'Hôtel de la cité. A sa gauche, tourné vers le photographe, le ministre de l'intérieur Albert Sarraut.

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01/10/2013

Les élections municipales du 6 mai 1900

Au soir du 6 mai 1900, trois listes brigaient la majorité absolue au conseil municipal de la ville de Carcassonne: Radicale-Socialiste (sortante), Républicaine libérale et progressiste, Socialiste. Le maire Jules Sauzède se représentait après son succès obtenu quatre ans plus tôt (Les municipales avaient lieu tous les quatre ans au lieu de six aujourd'hui). Face à lui, les candidats de la liste libérale et progressiste étaient amenés par M. Oustric, ancien Conseiller général et chef d'une entreprise de transport située sur le boulevard Omer Sarraut (Le nom est encore sur la façade).

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Jules Sauzède (Maire sortant)

 

Découpage des bureaux de vote

(6667 inscrits en 1896)

Selon l'initiale du nom de l'électeur

Hôtel de ville: A à C

Ecole des garçons du Musée: D à M

Asile Saint-Michel: N à Z avec Grèzes, herminis, Maquens et Villalbe

Ecole maternelle de la Trivalle: Canton est, Montlegun et Montredon

 

Liste Radicale-Socialiste

Maurice Augé (Professeur au lycée, officier d'académie), Auguste Beautey (Inspecteur des chemins de fer en retraite), Charles Casties (Négociant), Vincent Cazenave (Marbrier), Edouard Charvot (Représentant), Alexandre Coll (Pharmacien), Marius Durand (Représentant), Charles Fabre (Négociant, 2e adjoint sortant), Gaston Faucilhon (1er adjoint sortant), Pascal Gachel (Propriétaire), Bertrand Gril (Caissier), Georges Hyvert (Ingénieur civil), Vincent Jordy (Président de la Société des employés de commerce), Martin Laron (Adjudant en retraite), Justin Lignères (Négociant), Paul Mailhe (Chef d'escadron en retraite), Antoine Maneville (propriétaire à Montlegun), Jacques Marty (Propriétaire), Jean-Jacques Pacou (Propriétaire), Edmond Reverdy (Propriétaire à Maquens), Marc Rigaud (Limonadier), Antoine Roumens (Mégissier), Baptiste Saurel (Propriétaire à Villalbe), Jules Sauzède (Propriétaire, Conseiller général, Maire sortant), Jean Sibra (Fabriquant de futailles à Montredon), Léon Suberville (Propriétaire), Antoine Vidal (Propriétaire à Grèzes)

Liste Républicaine Libérale et Progressiste

Oustric (Entrepreneur de transports, ancien Conseiller général, Barut (Représentant), Hippolyte Barral (Négociant), Bédrines (Négociant à la cité), Blanc (Jardinier), Brenguier (Maison Durand et Augé), Chauzy (Entrepreneur de Matériaux, Bd Sarraut), Chosset (Chef d'institution), Costesèque (Maison Azibert), Dapot (Propriétaire à Montlegun), Depaule (Marchand de fers), Dusseau (Agent d'assurances), Gayraud (Propriétaire à Maquens), Jeanjean (Maison Fritz Lauer), Jordy (ancien huissier à la cité), Martignol (Entreprise de fonderie), Martrou (Négociant à la cité), Plasse (Négociant), Poccard (Négociant), Pollin (Capitaine en retraite, Président de l'Atacienne), Puel (Entrepreneur de Charpente), Rey (Marchand de fer), Sicard (Vétérinaire), Vialade (Boulanger à Villalbe), Valent (Tonnelier), Vaichère (Marchand de cuirs)

Etude comparative des listes

La liste Radicale-Socialiste est presque constituée que de représentants du monde viticole, c'est dire l'importance de ce secteur dans la vie de Carcassonne en 1900. Voilà une confiance que Jules Sauzède paiera aux élections de 1908 après la révolte vigneronne de 1907 qui poussera son ancien premier adjoint et dissident, Gaston Faucilhon, au poste de maire. 60% des bulletins seront raturés... Revenons à 1900; la liste Sauzède est l'ancien conseil municipal de 1896 à quelques exceptions près: Bauville (décédé) et Darzens, Lignères, Mestre, Puel, Estève et Escande (débarqués). Notons que Puel a rejoint la liste Libérale. Celle-ci fait la part belle aux entreprises (Fonderies, Brasseries, Matériaux) qui ne sont toutefois pas toutes représentées par leurs patrons. La classe ouvrière est totalement absente sur les deux listes.

Profession de foi de la liste Libérale et Progressiste

Chers concitoyens,

Profondément attachés à Carcassonne et à la République, absoluments indépendants, dégagés de toute passion politique et de tout esprit sectaire, nous venons solliciter vos libres suffrages.

Au point de vue politique:

Nous sommes des Républicains libéraux et progressistes. Libéraux, c'est à dire respectueux de toutes les convictions, partisans de toutes les libertés, dans le domaine politique comme dans celui de la conscience. Progressistes, c'est à dire décidés à rechercher et à appliquer toutes les améliorations possibles et désireux de voir introduire dans les lois et dans les moeurs toujours plus de justice sociale et de solidarité démocratique. Nous voulons une République basée sur une politique d'apaisement, de tolérance, de concorde. Nous voulons assurer l'union de tous les honnêtes gens dans la pleine et entière liberté de l'exercice de leurs droits de citoyens. Nous voulons le respect des décisions de la justice. Nous voulons l'armée grande, forte et respectée; nous affirmons hautement notre attachement à son drapeau, qui est le symbole de la patrie. Notre devise sera toujours: Patrie, Justice et Liberté.

Au point de vue économique:

Arrêt complet de l'augmentation des impôts et des centimes additionnels. Nous trouverons dans les économies à faire dans la gestion municipale- et non pas dans les emprunts- les fonds nécessaires à la continuation des travaux, à l'embellissement de la ville et à assurer du travail aux ouvriers dans les moments de crise ou aux jours pénibles de l'hiver. Nous réviserons et réduirons les taxes d'octroi, principalement les droits qui grèvent les boissons hygièniques et les objets de première nécessité. Nous nous occuperons immédiatement de l'alimentation de la ville en eau filtrée. Nous améliorerons les service d'hygiène piblique, de l'arrosage et de l'entretien des rues et des promenades. Nous défendrons les intérêts des hameaux en ce qui concerne les travaux et les réparations. Nous demanderons pour eux que les journées de prestations puissent être faites en nature. Nous accorderons les secours du conseil municipal à tous, jeunes ou vieux. Les secours s'étendrons à tous les enfants de la commune sans distinction: ils seront équitablement répartis en respectant le culte et la croyance des parents et l'instruction que ceux-ci voudront leur faire donner. Nous nous appliquerons au développement de la Bourse du travail, des oeuvres de prévoyance, d'assistance et de mutualité qui sont le patrimoine de la démocratie.

Vive la république! Vive Carcassonne!

Des journaux très orientés

Article de l'Express du Midi

Au moment où paraîtront ses lignes, le moment sera venu de nous prononcer entre les deux groupes qui sollicitent aujourd'hui nos suffrages. Nous avons dit hier ce que nous pensions des listes en présence: d'un côté, les sectaires, les dreyfusards, les francs-maçons, les amis du ministère de trahison; de l'autre, des libéraux, des patriotes, de braves gens; les uns mèneront le pays à la révolution, notre cité à la ruine; les autres nous promettent d'être toujours avec les défenseurs de la société et d'assurer à notre ville une sage administration [...] Nous leur avons dit où était le devoir. Nous leur ferons pas l'injure d'insister. Pénétrés du sentiment de leurs responsabilités, ils penseront avec nous que l'abstention serait une faute impardonnable, et français et catholique d'abord, ils voteront tous sans hésitation pour les hommes dont les noms et le programme leurs donnent les garanties nécessaires.

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Après l'éloge de Jaurès, à Carcassonne, M. Herriot s'apprête à faire celui de Combes à La Rochelle... Nous retrouvons dans le Pélerin d'il y a vingt ans ces deux complices malfaisants, le premier répétant son "Internationale"... le second retapant le fameux "spectre clérical"... Tous deux ont bien vieilli!...

Résultat du scrutin du 6 mai 1900

Liste Sauzède (Radicale-Socialiste): 3500 voix (élue au 1er tour)

Liste Oustric (Libérale et progressiste): 2095 voix

Liste Cros (Socialiste): 75 voix

Le Conseil municipal a été installé le 13 mai 1900 "à grand renfort de musique et de bombes, selon un usage particulièrement cher aux Radicaux-Socialistes, amis du bruit." (L'express du Midi)

Election du maire:

25 voix, 1 nul (Sauzède élu)

Election du 1er adjoint:

Faucilhon (21 voix), Laron (1), Coll (1), Nuls (3)

Election du 2e adjoint:

Fabre (24 voix), Nuls (2)

 

Contestions et Fraudes

La liste perdante a déposé une réclamation pour fraudes auprès de la Préfecture de l'Aude

" La Dépêche a beau crier pour faire croire qu'elle n'a pas peur, la protestation de nos amis repose sur des faits précis indiscutables. On prouvera que les 1200 voix de majorité attribuées à la liste radicale-socialiste sont venus des quatre coins du monde. Puis, lors même qu'on aurait surveillé tant que cela nos adversaires, tout le monde sait combien qu'il est facile, quand on est du clan qui détient le pouvoir, d'opérer des fraudes dont on les accuse. D'ailleurs, attendons; on peut être patient quand on est fort." (Le télégramme)

"Quelques journaux laissent entendre que les conseillers municipaux élus à une à une formidable majorité, auront bientôt à s'asseoir que les bancs de la correctionnelle ou des assises, pour y répondre du délit ou de crime de fraude ou de faits tellement graves que la plume des rédacteurs se cabre et refuse de préciser. Il ne faudrait que nos confrères de la réaction et aussi de l'opportunisme, pour si aigris qu'ils soient par l'échec de leurs candidats, s'imaginent qu'on va les laisser inpunément continuer. Si quelqu'un doit comparaître devant les tribunaux répressifs, ce ne sera pas M. le maire, mais les auteurs de ces allégations calomnieuses." (La Dépêche)

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