27/02/2017

Louis Bosc, ce Carcassonnais qui libéra Paris en août 1944

Louis, François Bosc est né à Carcassonne le 7 juin 1901 de Pierre Marcel Bosc et de Louise Marguerite Sirvent. Après ses études primaires et secondaires au lycée de Carcassonne, dans la même classe que celle de Roger Hyvert, Louis Bosc souhaita embrasser une carrière militaire.

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Sur cette photo de 1912, il se trouve assis au second rand (2e à gauche)

Elève brillant, il s'engage pour 8 ans le 1er octobre 1920 à l'Ecole polytechnique. Affecté au camp de Mailly du 1er au 20 août 1921 pour un stage d'instruction, il est promu sous-lieutenant un an plus tard. Après l'école militaire du génie, il se retrouve au 17e régiment du génie de Strasbourg comme lieutenant, puis capitaine le 1er octobre 1930. Louis Bosc fait l'Ecole de guerre en 1935 avant le déclenchement des hostilités avec l'Allemagne nazie. Le 18 janvier 1940, il occupe une place importante à l'Etat-Major du général commandant en chef au front Nord-Est. Chef de bataillon en 1941, il soutient ensuite la Résistance au sein de l'Armée de Vichy l'année suivante. Il est commande la section E du 3e bureau de l'Etat-Major de l'Armée de Vichy du général Jean Touzet du Vigier. Il est ensuite mis en congé d'armistice le 29 janvier 1943 et se retire à Vichy, 2 rue Bintot.

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Dès 1942, Louis Bosc rejoint les réseaux de Résistance de la zone sud. En région parisienne, il est Commandant de Cité de Paris et prend une part active à sa Libération au mois d'août 1944. Il s'engage ensuite dans la Première armée du maréchal Juin, au sein de la 5e division blindée pour la campagne d'Alsace. Il s'est particulièrement distingué au cours de l'attaque du pont d'Aspach des 29 novembre et 6 décembre 1944, en se portant en première ligne sous le feu de l'ennemi afin de permettre la construction d'un pont Bailey. Le lieutenant-colonel Bosc ainsi promu le 25 mars 1945 commande la 14e division des troupes d'occupation en Allemagne. En juillet 1946, il commande le 19e génie à Hussien-Dey (Algérie).

Louis, François Bosc mourra à Nice le 20 décembre 1976

Médailles 

Citation à l'ordre de l'armée

Croix de guerre avec palme

Chevalier de la légion d'honneur

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26/02/2017

Roger Hyvert (1901-1988), l'arpenteur du patrimoine culturel audois

Le texte que nous avons choisi de vous présenter ci-dessous est une autobiographie de Roger Hyvert, écrite à la fin de sa vie et racontant les principales étapes de sa vie intime et professionnelle. Lorsque nous avons rédigé sur ce blog un article sur la société Docor-Grazailles, fondée par son père Georges, nous avons attiré l'attention de son petit-fils. Avec une extrême gentillesse, il nous a confié de précieux documents sur les activités des mines et de l'usine, propriétés de la famille Hyvert dans l'Aude. Sur mes conseils, Pascal Hyvert a fait don de cette masse documentaire aux Archives départementales de l'Aude. Qu'il en soit remercié.

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© SESA

Roger Hyvert

Né à Saint-Junien (Haute-Vienne) le 28 mars 1901, il faillit de ce fait être prénommé Gontran, en l'honneur du saint de ce jour, par une grand-mère abusive qui consentit toutefois à lui laisser les prénoms de son grand-père paternel Pierre et de son père Georges, encadrant celui de Roger, alors à la mode et qui devint son prénom usuel.

Quelques mois plus tard, le jeune Roger, né dans une vieille maison en haut de l'avenue de Limoges, posait la main sur la truelle de la première habitation de granit que le grand père maternel, Germain Faye, faisait édifier sur la même avenue, quelques centaines de mètres plus bas.

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© Pascal Hyvert

L'usine Hyvert avant l'incendie, rue Buffon

Dès lors, la jeunesse de Roger se partagea entre la vieille demeure branlante du Quai Riquet à Carcassonne (où par les nuits de tempête, le vent faisait craquer les poutres) et, pendant les vacances scolaires, dans l'agréable maison de St-Junien, bien chauffée l'hiver par une énorme chaudière, entourée d'un beau jardin, bien planté, entretenu par le vieux jardinier Beaumartin qui aimait rappeler les souvenirs de ses sept ans de service dans les cuirassiers (car il avait tiré le mauvais numéro) et qui, à l'occasion, se coiffait d'une casquette de cuir pour remplir l'office accessoire de cocher, attelant au break familial le vieux cheval "Bonhomme" (qui mourut âgé de 30 ans).

Dans ce décor, la solitude d'un fils unique ne pouvait être pesante, cependant tel n'était pas l'avis de la grand mère Faye qui s'ingéniait à faire venir des enfants du même âge pour jouer avec son Roger. Par exemple, Guy Rougier, petit-fils de Sylverine, soeur de Germain Faye, infortuné enfant d'une famille accablée par la misère et par l'ivrognerie du père et qui du moins, goûtait confortablement ces jours-là. Parfois, c'était le jeune d'Arcambal, d'une famille amie des écrivains Jérôme et Jean Tharaud qui venaient souvent dans ces parages, enfant qui scandalisait ses parents en prétendant avoir la vocation de cocher ; bon camarade de jeux ayant l'avantage supplémentaire de m'inviter parfois, à son tour, dans un splendide rendez-vous de chasse situé près de la route d'Angoulême, avec un des derniers chenil de chasse à coure restant encore dans le pays.

Le jeune Dedareuil venait plus souvent, pour la raison simple qu'il habitait tout près, en période de vacances comme moi, car son père professait, le reste du temps, à la Faculté de droit de Toulouse. C'était un enfant rieur, spirituel, qui apprit rapidement à dissimuler ses qualités pour se composer un visage rigide, car il devint juge d'instruction et procureur de la République. Quant au cousin Marc Bouneau, si j'ai beaucoup regretté qu'il fut victime de la guerre en 1915, mes jeux avec lui manquaient d'entrain, car il était plus âgé que moi de trois ans et l'éducation rigide de sa mère n'en avait pas fait un boute-en-train.

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© Pascal Hyvert

Roger Hyvert au lycée de Carcassonne en 1912, assis à l'extrême droite

Bachelier à 17 ans, on m'envoya à Louis-le-Grand en octobre 1918 pour préparer Centrale. Mon père tenait à effacer le souvenir de son échec au diplôme de sortie. J'y fus donc reçu, y passai deux ans et en sortis le 22 février 1922, âgé de 20 ans et quelques mois. Sursitaire, j'avais encore du temps devant moi et entrepris avec un camarade en voyage d'études en Alsace et en Rhénanie, pour penser ensuite à mon incorporation, retardée par une bénigne opération de hernie .

Le service militaire de 18 mois se divisa pour moi en trois périodes : six mois à la caserne Pelleport de Bordeaux, comme canonnier de 2e classe (car il n'y avait pas alors de loi sur la préparation militaire pour les grandes écoles), six mois à l'école d'E.O.R de Poitiers, après concours. Enfin, six mois comme lieutenant au 6e d'artillerie de Valence.

Après cet intermède obligatoire, il était temps de chercher une situation, même problème pour moi que pour mes camarades de promotion, à peu près insoluble malheureusement en raison de la crise économique et aussi pour que la promotion de rattrapage des étudiants qui avaient été mobilisés, avaient saturé le marché de l'emploi. Je me résignai donc à rester après de mes parents (qui ne demandaient pas mieux) et à aider mon père à la vente - de plus en plus difficile - de ses produits arsenicaux.

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Usine Docor, vue depuis la route de Villemoutaussou

Lors de mon mariage, en 1926, il parut cependant utile de trouver d'autres débouchés et la création d'un atelier de cannetilles perlières parut opportune, d'autant qu'elle convenait pour utiliser un grand local disponible au 2e étage, rue Buffon. Mais la mode évolua en défaveur de ce type de produit ; la concurrence en devint que plus vive, abaissant les prix de vente au niveau du prix de revient. Aussi fallut-il abandonner, et si le matériel eût pu être vendu, ce ne fut qu'après la guerre de 1945 lorsqu'une offre parvint, mais tout avait été détruit dans l'incendie de 1944 (NDLR, incendie du Quai Riquet).

Ayant peu de goût pour des activités commerciales, qu'il n'exerçait que dans les stricte mesure nécessaire pour l'entretien vital, Roger souhaitait se consacrer à d'autres sortes de travaux, mais fut peu encouragé dans cette voie. Par exemple, s'étant inscrit à la Faculté des Sciences de Toulouse pour préparer le diplôme d'ingénieur-docteur, il ne peut obtenir de son père les autorisations nécessaires pour préparer une thèse sur les métaux-carbonyles, sous prétexte que ces composés chimiques étaient toxiques et dangereux. Or, on sait que cette voie était fructueuse, puisque quelques années plus tard on en fit l'application aux composés de plomb antidétonants  - en voie d'abandon en 1971, précisément pour les dangers de pollution, mais après plus de 40 années d'emploi intensif.

Un travail, également d'ordre chimique, fut déposé à l'Académie des Sciences et publié par la Société d'etres Scientifiques de l'Aude, portant sur certains composés où la molécule organique est formée d'homologues du benzène (1924).

Ce n'est que bien plus tard que Roger commença de s'intéresser à l'archéologie, publiant vers 1928 une étude sur St-Bertrand de Comminges, puis sur d'autres moins poussées, sur Minerve et d'autres sites et monuments de la région.

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© Pascal Hyvert

Roger Hyvert sur le plateau de Grazailles

Après 1940, l'arrêt quasi-total de la production commerciale lui laissant de longs loisirs, Roger fréquenta assidument les archives départementales de l'Aude, dressant un répertoire des documents non classés de la série C, trouvés par lui dans un effroyable désordre, consécutif aux déménagements subis par suite de la reconstruction des locaux. Constatant l'intérêt des compoix (NDLR, plans cadastraux) terriers pour l'étude de l'histoire économique et agricole, il dépouilla spécialement la collection de compoix de Lavalette, dont la suite remarquable permet de reconstituer complètement l'évolution des cultures et du morcellement des propriétés du XVIe au XVIIe siècle.

Un travail plus étendu premit ensuite d'établir un bilan des diverses mesures utilisées dans l'Aude. Cette synthèse parut en deux fois dans le bulletin de la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude, mais les circonstances du moment ne permirent pas l'exécution de tirages à part.

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Entrée de La Boussole en 1936

(Bonnet, Roger Hyvert, Esparseil)

Vers le même temps, Roger écrivit le chapitre "Corbières" du guide touristique Privat. Sur le plan minier, il écrivit une étude stratigraphique sur le gisement de "La Boussole-Maisons", portant notamment sur la structure et la disposition des failles et diabases, expliquant ou tâchant d'expliquer l'origine spéciale et complexe de cet ensemble de gîtes minéraux.

Un inventaire sommaire des documents d'archives concernant les guerres religieuses du XVIe siècle dans l'Aude, occupa les loisirs résiduels, interrompus par le sinistre d'août 1944 qui, supprimant les ressources des loyers, fit rechercher d'urgence une activité rémunératrice. Il s'en présenta deux, chacune d'elles insuffisante pour vivre, mais y convenant simultanément, du fait qu'elles laissaient beaucoup de temps de libre. L'une était l'inspection, au sein du service des examens du permis de conduire, travail rémunéré (faiblement alors) à la vacation, représentant environ 8 à 10 jours effectifs par mois. L'autre activité, celle de délégué au recensement des monuments anciens, présentait beaucoup plus d'attrait, mais pour une mensualité dérisoire, exigeant cependant - en principe - 200 heures de travail par mois. En bonne forme physique, Roger put cumuler l'une et l'autre tout en satisfaisant chaud de ses employeurs, non sans y passer de longues veillées, surtout en fin de mois à l'époque des rapports ou comptes-rendus périodiques.

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Après l'incendie de 1944, des appartements ont été reconstruits sur l'usine

Cela cependant ne pouvait durer, surtout après que des attributions sans alourdies eussent rendu ce cumul absolument intolérable ; ce point de rupture fut atteint en 1964 et, déclinant alors les offres faites par les Monuments historiques pour une amélioration de sa situation, Roger abandonna pour se consacrer à la situation de Contrôleur général du service des examens, signifiant sa présence permanente à Paris, d'où son déménagement dans le XVe arrondissement.

Au sein de cet organisme, il eut à s'occuper - indépendamment de ses attributions habituelles - du secrétariat de la commission internationale des examens automobiles (CIECA), rédigeant tous les comptes-rendus des séances tenues à Paris, Cologne, Munich, La Haye, Ostende, Londres, Naples, Séville, Montreux ; tout en ayant à se poser, sur la plan technique, la position du service français et à élaborer les projets d'amélioration des examens.

Sur le plan littéraire, Roger avait trouvé le temps de rédiger en 1964, plusieurs certains articles qui lui avaient été demandés par Robert Laffon pour le tome Languedoc du dictionnaire des églises de France (offert plus tard à la bibliothèque Vaticane), et vers la même époque quelques articles pour la Revue des Monuments historiques Français : "Ephémérides lapidaires" et surtout "Métrologie des églises romanes du Languedoc" ; travail très poussé sur les mesures de ces monuments, exprimés en unités locales anciennes et permettant d'y reconnaître des affinités, jusque-là inaperçues. Une étude sur la "dissémination de l'art flamboyant en Languedoc" avait d'autre part été publié par le bulletin Monumental.

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Surmené par son travail de Contrôleur général, Roger ne put s'adonner à une nouvelle oeuvre qu'en mai 1971 (alors qu'il était en retraite depuis 14 mois), éditant à ses frais un recueil de documents sur le siège de Paris (lettres par ballon monté), l'affaire de Buzenval (dépêches échangées pendant la bataille du 19 janvier 1871) et la commune, plaquette qui revint peut-être cher pour une vente incertaine, mais que son auteur considérait comme un devoir de publier à la mémoire de son grand-père. Indiquons ici, ce qui ne l'a pas été dans cette plaquette, que l'auteur de la lettre racontant en quatre pages serrées la bataille de Buzenval, était Louis Laylavoix, descendant d'une soeur de Pierre Hyvert. Les Laylavoix étant une famille notable de Rochechouart (H-V).

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La tombe de Roger Hyvert au cimetière St-Vincent

Là, s'arrête le récit autobiographique de celui qui fut le Président de la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude. Chevalier de la légion d'honneur, chevalier du mérite agricole, Officier des Palmes académiques et Croix des Services militaires volontaires. Inutile de préciser - cela va de soit - qu'aucune rue de Carcassonne ne porte son nom.

Mon article sur l'usine Docor

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22/02/2017

Ferdinand Alquié (1926-1985), philosophe et membre de l'Institut de France

Ferdinand Alquié est né à Carcassonne le 18 décembre 1906 dans une famille de viticulteurs catholiques et royalistes. Au contact de René Nelli, Joe Bousquet et François-Paul Alibert, il créa dans les années 1920, les revues "Chantiers" puis "Les cahiers du sud". Après des études au lycée de Carcassonne, il entre à la Sorbonne et est reçu premier à l'agrégation de philosophie en 1931.

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© Collection particulière

Ferdinand Alquié en habit d'académicien

De 1932 à 1937, Ferdinand Alquié enseigne au lycée de Carcassonne. Pendant l'Occupation, il se trouve à Paris comme professeur de Khâgne et participe à des actions de résistance. En 1947, il soutient sa thése sur Descartes à Montpellier en qualité de maître de conférences. Cinq années plus tard, il occupe la prestigieuse chaire d'histoire de la philosophie moderne à la Sorbonne. 

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Il est l'auteur d'un nombre conséquent d'ouvrages dont la Philosophie du surréalisme en 1955. En 1975, il est élu comme membre de l'Académie des sciences morales et politiques. Ferdinand Alquié a publié des ouvrages sur René Descartes, Emmanuel Kant et Baruch Spinoza. Il est cité comme consultant au générique du film de Roberto Rossellini « Cartesius » (1973), sur la vie de Descartes. Il est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1975. Jean Guitton lui succède en 1987. Il est décédé le 28 février 1985 à Montpellier.

Un rue à Carcassonne dans le quartier du bois de Serres porte son nom, mais comme toujours les services administratifs n'ont pas pris soin de l'orthographier correctement. Nous avons donc Ferdinand Alquier avec un r final et sans dénomination en dessous pour dire ce qu'il fut.

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La maison de Ferdinand Alquié (à gauche) en haut de la rue de Verdun porte sur la façade une plaque en hommage au philosophe Carcassonnais

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© Chroniques de Carcassonne

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17/02/2017

René Gimenez alias "Jim" et son piano à bretelles

On parle souvent de Gualdo à la Trivalle... Qui n'a pas connu René Gimenez alias "Jim" pour les carcassonnais ? Toujours souriant avec son accordéon, c'était l'ami de tous les noceurs. Il faut dire qu'il en connaissait un rayon sur le répertoire de bal musette...

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De la java au tango, il jouait presque toujours d'oreille et en lui sifflotant la mélodie le "Juke box" de Jim se mettait en route... Les fêtes de quartier ne connaissaient que Jim. Hélas son accordéon s'est tu à jamais en 2005, au grand désespoir de tous ses nombreux amis. La fin d'une époque où des gens simples et populaires amenaient de la gaieté en ville.

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14/02/2017

Auguste Pierre Pont (1880-1964), chanoine de la Basilique St-Nazaire et St-Celse de Carcassonne

Si par décision municipale en date du 16 février 1970, l'ancienne place St-Nazaire prit le nom d'Auguste Pierre Pont c'est parce que le dévouement de cet homme d'église fut exemplaire. Au moment où une certaine formalité politique tente d'installer dans les esprits qu'être catholique c'est faire passer les pauvres pour des profiteurs, les étrangers pour des criminels et qu'être bien français c'est être chrétien, on pourrait alors exhumer des mémoires l'oeuvre de ce curé. Car lui ne regarda jamais d'où venait la brebis, si elle était aisée, ni de quelle couleur était sa robe. L'oeuvre du bon pasteur est de rassembler le troupeau, n'est-ce pas ?

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© J-L Bergnes

Le chanoine Auguste Pierre Pont

Né à Chalabre le 1er janvier 1880, Auguste Pierre Pont fit ses études à St-Louis de Limoux. Admis au Grand séminaire de Carcassonne, il fut ordonné prêtre le 29 juin 1904. Vicaire d'Alzonne le 1er août de la même année, de Lézignan le 16 octobre 1906, de St-Vincent à Carcassonne le 1er août 1908. Curé de Montlaur le 15 juillet 1925 ; c'est en 1934 qu'il prend la charge de la basilique St-Nazaire de la Cité. Il la gardera jusqu'à sa mort. Auguste Pierre Pont fut de ses hommes d'église qui, pendant la triste période de l'occupation, eurent une attitude remarquable. On peut citer avec les abbés Gau et Courtesole. Alors que le sommet de la hiérarchie catholique s'était plus ou moins compromis avec Vichy, ces curés firent actes de résistance. A St-Nazaire, l'abbé Pont cacha dans la crypte des personnes pourchassées. On peut citer un aviateur américain : le colonel Sully H. de Fontaine.

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Quand vint l'heure du jugement dernier pour ceux qui avaient opté pour le mauvais camp, l'abbé Pont qui était aumônier de la prison confessa les prisonniers avant leur exécution. Ce n'était après tout que des brebis égarées qu'il fallait ramener sur le chemin de la rédemption. 

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© J-L Bergnes

Les obsèques d'Auguste Pierre Pont par Mgr Puech

« Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite: “ Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” (Evangile selon St-Mathieu)

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02/02/2017

A t-on tout écrit sur Pauline Fourès, la maîtresse de Napoléon Bonaparte ?

Après avoir recensé bien des ouvrages parus sur Pauline Fourès, nous pouvons dire que l'épisode  concernant son séjour dans notre ville n'est souvent que pure romance. Pire encore ! Les articles de journaux locaux nous racontent parfois l'existence de cette aventurière qui fut maîtresse de l'Empereur, comme étant Carcassonnaise. Ce n'est quand même pas tout à fait exact. Nous avons donc pris le parti, non pas de synthétiser ce que le lecteur pourra lire dans n'importe quelle biographie, mais de rechercher de nouveaux éléments. En faisant l'étude généalogique et sociologique de sa belle famille, nous avons pu comprendre comment cette jeune femme a pu construire son avenir et sa légende.

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Pauline Fourès

 Marguerite Pauline Bellile naît le 15 mars 1778 à Pamiers dans l'Ariège. Elle est la fille d'Henri Jacques Bellile, horloger de son état, et de Marguerite Bérandou. On en sait trop comment cette jeune et jolie jeune femme vint à Carcassonne.

"Elle était sans fortune et ne jouissait pas, à dit depuis M. Fourès, de cette réputation de modestie, qui dans les petites villes surtout y supplée quelques fois (Les femmes galantes / 1837)"

A Carcassonne, elle résidait dans la paroisse St-Vincent - le quartier de son futur époux - et travaillait comme apprentie modiste. C'est d'ailleurs à son travail qu'elle rencontra Jean-Noël Fourès qui n'était autre que le neveu de sa patronne, selon Frédéric Masson (Napoléon et les femmes / 1894). Il semblerait toutefois que l'historien de Napoléon se soit égaré sur la filiation. Elisabeth Pascal Fourès née en 1765 était en fait la soeur aînée de J-N Fourès. Son grand-père Robert Fourès ayant été tailleur d'habit dans le quartier, il se peut qu'elle ait repris l'affaire de celui-ci. 

Pauline Bellile, surnommée "Bellilote" par les Carcassonnais, apprenait donc son métier chez Elisabeth Fourès. Là, elle rencontra Jean-Noël Fourès né le 8 octobre 1769 à Carcassonne, fils de Philippe Fourès (Marchand détaillant) et de Catherine Biroben. Le jeune lieutenant du 22e chasseurs à Cheval s'était retiré dans sa famille, après une vilaine blessure contractée pendant la campagne d'Espagne. Malgré le désaccord de ses parents, Jean-Noël Fourès épouse Pauline Bellile le 8 pluviôse An VI (27 janvier 1798). Le couple en pleine lune de miel ne restera pas longtemps à Carcassonne, car Fourès est appelé à s'embarquer pour l'Egypte. Masson raconte, que Pauline s'était costumée en habit de chasseur à cheval et avait réussit à se faufiler sur le navire avec son mari. Sur place, la beauté de Pauline se fit remarquer auprès des officiers. Le 17 décembre 1799, Fourès reçoit l'ordre de s'embarquer, seul cette fois, pour l'italie et de porter des dépêches au Directoire à Paris.

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Napoléon Bonaparte

"Dès le jour du départ de Fourès, Bonaparte a invité la petite femme à dîner avec plusieurs autres dames françaises. Il l'a à côté de lui et lui fait galamment les honneurs. Mais tout d'un coup, simulant une maladresse, il renverse une carafe d'eau glacée et l'entraîne dans son appartement sous prétexte de réparer le désordre de sa toilette. Seulement l'absence du général et de Mme Fourès se prolongea trop longtemps pour que les convives, demeurés à table, pussent conserver des doutes sur la réalité de l'accident. Le doute fut moins permis encore lorsqu'on vit meubler en hâte une maison voisine du palais d'Elfibey, habitation du général ; Mme Fourès y était à peine installée que survint Fourès.

Fourès que Marmont avait vainement tenté de retenir à Alexandrie, arriva furieux au Caire et fit expier assez rudement à son épouse les libertés qu'elle avait prises. Pour se soustraire à ses emportements, Mme Fourès demanda le divorce, qui fut prononcé en présence d'un commissaire des guerres de l'armée. Après son divorce, Mme Fourès qui reprit le nom de Bellile, mais qui dans l'armée comme jadis à Carcassonne n'était connue que sous le joli nom de Bellilote, s'afficha en favorite."

Là, s'arrête la relation qui unissait "Bellilote" à Carcassonne...  Elle se console dans les bras de Kléber après le retour de Napoléon en France. Elle reviendra néanmoins en France en 1799 et rejoint Paris mais sans pouvoir approcher le Premier consul. Elle se remariera avec Pierre Henri de Ranchoux, nommé vice-consul puis consul en 1810 en Suède. Après une rencontre avec l'empereur, elle divorce à nouveau et se remarie avec Jean Baptiste Bellard, capitaine de la Garde. Après un séjour au Brésil où le couple fait fortune, elle revient à Paris en 1837, où elle vit confortablement. Musicienne, elle peint et collectionne les tableaux, et mène une existence paisible jusqu'à la fin de sa vie. Elle mourra à Paris en 1869.

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Tombe au Père-Lachaise (26° division)

Voici donc ainsi résumée l'histoire d'une petite apprentie modiste sans le sou qui, par un heureux mariage, se construira un destin assez exceptionnel. Nous le voyons, Pauline ne fut Carcassonnaise que très peu de temps. Elle usa de ses charmes à plusieurs reprises pour s'élever dans la société. Si elle n'avait pas épousé Jean-Noël Fourès dont elle garda le nom pour la postérité, que serait-elle devenue ? Aussi, avons-nous voulu chercher à savoir quelle était la famille Fourès à Carcassonne.

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En 1780, la famille Fourès habite le carron de Turle (ancien carron de David) dans la paroisse St-Vincent. En rouge et jaune ci-dessus, ce qui correspond aujourd'hui à l'agence bancaire du Crédit Lyonnais, rue de Verdun. Philippe Fourès, riche marchand détaillant de draps, y réside encore lors du recensement de 1799 avec son épouse, ses cinq enfants (dont Jean-Noël, fraîchement divorcé), son frère (Curé de St-Couat) et son beau-fils Jean Abrial. Philippe Fourès né en 1732, y mourra le 9 juillet 1802.

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La maison de la famille Fourès

Un des frères de Philippe Fourès, oncle et parrain du mari de Bellilote, s'appelait également Philippe (1737-1812). Négociant en draps, il avait exercé la profession de notaire entre 1767 et 1780. Sa maison donnait sur l'actuelle place Carnot (couleur bleue ci-dessus). Il a finit sa vie complètement ruiné par les assignats - monnaie fiduciaire de la Révolution française. Nos recherches généalogiques prouvent sa filiation avec Auguste Fourès (1848-1891), poète occitan natif de Castelnaudary.

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Quincaillerie Cuin

Jean François Noel Fourès - un autre oncle du mari de Bellilote - est le grand père de Marie Sidony Fourès. Elle épousa Jean André Cuin, fils de Paul Cuin, fondateur en 1795 de la quincaillerie bien connue des Carcassonnais. Au-delà de l'intérêt historique de nos découvertes, il nous permet d'écrire que les familles de grands commerçants Carcassonnais se sont toutes mariées entre elles. On pourrait citer en exemple : Cuin, Lamourelle, Lasserre, Sarraute, Fourès. 

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