12/04/2014

René Ferrié, le dernier forgeron de Carcassonne.

René Ferrié était né à Carcassonne le 25 août 1903 dans l'atelier, situé 21 rue Montpellier, où son père exercait déjà le noble métier de forgeron. Il était de coutume de reprendre l'activité familiale qui se perpétuait ainsi tout au long des générations. C'est ce que fit le jeune René qui à l'âge de 16 ans apprit les rouages du métier, jusqu'à succéder à son père en 1929.

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René Ferrié devant sa forge

L'arrivée des moteurs à considérablement modifié un métier qui a dû s'adapter. Dans son atelier de la route Minervoise, le forgeron entretenait pour le compte de la Compagnie Carcassonnaise des cars et pour celui du garage Citroen, les suspensions d'une soixantaine de véhicules "P45" et "Isobloc". Il réparait les lames de ressort et les essieux.

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La forge de René Ferrié, 28 route Minervoise

Dès l'aube on trouvait René Ferrié dans sa forge, ses deux grands feux et ses soufflets actionnés à la main. A cette époque pas de soudure électrique, tout se faisait à chaud ou à froid en maniant le marteau de deux kilos et demi. Un métier qui n'était pas sans riques... Après la seconde guerre mondiale, rien ne fut comme avant pour le dur labeur de forgeron. Alors, Réné se reconvertit dans le montage des tentes jusqu'à sa retraite en 1968. Ses deux fils avaient eu la chance de poursuivre des études et se sont naturellement dirigés vers une autre profession. Ainsi disparaissait le dernier forgeron Carcassonnais...

Remerciements

Claude Ferrié

J. Blanco

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08/04/2014

Au nom du père...

Louis Andrieu est né le 10 avril 1937 à Carcassonne d'une mère originaire de Figueras en Catalogne et d'un père menuisier à la Barbacane. Il passa son enfance entre ce faubourg de la cité et la rue de la digue. Ainsi, il fit la connaissance de nombreux copains de la Trivalle (comme R. Chésa) malgré que ceux-ci ne se mélangeaient guère avec l'autre quartier rival. Son père qui jouait dans l'harmonie municipale lui transmit l'amour de la musique et ainsi de retour de la guerre d'Algérie, en dehors de sa profession de menuisier, Louis Andrieu animait au piano certains bars de la ville. La fièvre du jazz l'avait guidé sur les pas d'Eroll Garner et on le retrouvait souvent à la cité, au piano à l'Hostal dont le patron était Jean-Loup Peters. Son chapeau vissé sur sa tête, sa moutache finement taillée à la Clark Gable et sa cigarette au bec faisait de lui un personnage attachant. Il se retrouva en 1983 au Conseil municipal élu UDF sur la liste de R. Chésa...

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Il prit alors sa nouvelle fonction attachée au hameau de Villalbe comme une mission désinteressée au service de la population. Même si cela peut paraître de nos jours curieux, ce n'est après tout que le devoir de tout homme politique. Il ne comptait pas ses heures et mangeait froid le midi; obtenant un secours pour telle famille en difficulté, faisant retablir l'électricité à ceux à qui faute de paiement on l'avait coupée, les dossiers de surendettement... Sans compter les chiens égarés, les nuisances sonores, la gestion du foyer...
Tout ceci lui valut d'être affublé par les villalbois du titre symbolique et honorifique de "Maire de Villalbe". Son combat pour les autres, il le paya chèrement quand il fut licencié en 1986 de son travail et pensant que sa fonction le lui interdisait, il ne demanda l'aide de personne.
Quand le Président Mitterrand fit une visite officielle à Carcassonne en 1986 (je crois), il y eut une réception en mairie avec un discours du chef de l'état devant l'ensemble du Conseil municipal. Faisant fit des consignes de la majorité, Louis Andrieu, fut le seul à applaudir Mitterrand. Ce dernier après en avoir terminé descendit de sa tribune, se dirigea vers le petit menuisier villalbois et lui serra la main. Comme quoi, on peut être petit par la position sociale et grand par la hauteur d'esprit! "Qui s'abaisse sera élevé" (St-Luc)
En 1995 après douze années de loyauté, ses anciens alliés le remercièrent par une indifférence polie en ne le reprenant pas sur la liste. Plongé dans un vrai désarroi, ils n'ont pas été nombreux à prendre des nouvelles du petit menuisier humaniste de villalbe. Aussi à sa mort le 30 aout 2007, il y avait une foule de gens... des modestes, des sans grades. Bref, de vrais amis dont Isabelle Chésa! Le député J-C Pérez avait envoyé une lettre de condoléances à ma mère. Pas une gerbe de fleurs de la municipalité de l'époque, mais ce qui est sûr c'est qu'il a emporté avec lui les fleurs des habitants de Villalbe qui le tenaient en haute estime.
 
Vous n'êtes pas obligés de me croire car la vérité historique ne se nourrit pas de sentimentalisme, mais ainsi était mon père: Un homme droit, honnête et franc... pas un politicien.042.JPG
A mon initiative et sur la proposition d'Isabelle Chésa, l'ensemble des élus du Conseil municipal Larrat (de droite et de gauche) ont voté à l'unanimité le nom d'une place Louis Andrieu à Villalbe en 2008. Cette plaque fut dévoilée en présence d'élus de toutes sensibilités. M. Tarlier représentait le groupe socialiste. Les porte-drapeaux étaient ses anciens compagnons d'AFN 

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La plaque à côté de l'école primaire du hameau de Villalbe

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12/03/2014

L'abbé Jean Albignac (1878-1918)

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Jean Albignac naît le 28 novembre 1878 à Carcassonne dans le quartier de la Trivalle, juste en face des Petites soeurs des pauvres. Il est issu d'une famille modeste; son père est marbrier et sa mère, couturière. Il quittera ce quartier populaire à deux ans pour la rue de la gare où ses parents s'installent. Ses études débutent à l'école des Dominicaines (actuelle petite chapelle de la rue de Verdun), puis à celle des Frères des écoles chrétiennes (rue du 4 septembre). C'est à ce moment que naît chez lui la vocation de devenir prêtre. Il n'a que dix ans, en octobre 1888, lorsqu'il fait son entrée au Petit séminaire. Sa vive intelligence lui vaudra un Prix d'honneur et une médaille d'or. Il poursuit ensuite au Grand séminaire, puis enseigne comme professeur de mathématiques de 4e au Petit séminaire (Actuel Saint-Stanislas) jusqu'à son Diaconat. C'est à l'Institut catholique de Toulouse qu'il obtient en juillet 1903, une licence ès-lettres.

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Jean Albignac est ordonné prêtre le 15 mars 1902 par Mgr Cabrières en la Basilique Saint-Nazaire. Il continue à professer jusqu'en 1912 au sein du Petit séminaire. Le nouvel évêque de Carcassonne, Mgr de Beauséjour, a pour projet de fonder un Petit séminaire à Castelnaudary et confie cette mission à l'abbé Albignac le 20 mai 1913. L'institutiion prendra le nom de Saint François-Xavier et ouvrira le 3 octobre 1913. Durant la guerre, le Petit séminaire de Carcassonne déménage à l'école Sainte-Gracieuse (Notre-Dame de l'abbaye), le 15 septembre 1914. Jean Albignac est lui versé dans la 16e section d'infirmiers militaires. Il devient Chanoine honoraire en juin 1917. Malheureusement, l'épidémie de grippe espagnole fait son apparition à Castenaudary le 24 septembre 1918 et l'abbé est touché par cette pandémie. Il décéde le 4 octobre 1918 dans cette ville à l'âge de 40 ans et est inhumé à Carcassonne. L'abbé Jean Albignac restera dans les coeurs comme un être admirable de foi et d'érudition.

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Le nom de l'Abbé Albignac a été donné à la Cité Albignac située au pied de Grazailles

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20/02/2014

Marcel-Yves Toulzet (1919-2000)

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Marcel-Yves Toulzet était un journaliste, écrivain et historien né à Carcassonne le 21 septembre 1919. Son père Louis Toulzet tenait une droguerie sur la place Carnot remplacée dans les années 50/60 par SINGER (machines à coudre). C'est aujourd'hui, une sandwicherie. Il était également le propriétaire l'ancien Idéal cinéma qui prendra le nom de REX, dans la rue de la Liberté.

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Le REX se trouvait dans l'actuel évêché, rue de la Liberté. Il a fermé à la fin des années 1980 et il ne reste absolument rien de son apparence extérieure. (Photo: Ministère de la culture)

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Trés cultivé, poli, élégant avec son noeud papillon, parlant et ecrivant un excellent français avec un humour toujours bien à propos, Marcel-Yves Toulzet c'était la classe. Il fut le premier à democratiser, aimer et faire connaître l'histoire de notre ville à travers ses écrits dans le Midi-Libre. Il fonda également le Courrier de la Cité.

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Le Courrier de la Cité

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Avec Jean Marais qui lui avait confie un petit rôle dans une serie TV tournée à Albi et qui s'appelait"karateka and co"(un supert navet). Ils avaient sympathisés lors du tournage du miracle des loups en 1961.

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Les cinéma "Les capucines" dans la rue des amidonniers, c'est M-Y Toulzet qui en fut le créateur et le propriétaire. Ce cinéma fut écrasé dans les années 90 et remplacé par un immeubles de logements. (Photo: Claude Marquié)

Je remercie Jacques Blanco pour toutes les informations qui ont permis la rédaction de cet article

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08/02/2014

Michel Massé (1869-1937), bienfaiteur de la ville

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Michel Massé (à droite) fut de ses hommes que la mémoire sélective de la ville a oubliée. Peut-être étaient-ils trop nombreux dans son genre pour que l'on leur attribuât a titre posthume la place qu'ils méritaient. Cordonnier et chausseur de son état, Michel Massé tenait un magasin dans la rue de la gare, en face de l'actuel Monoprix depuis 1897. A sa mort, l'emplacement fut occupé par les chaussures André.

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Il occupe la fonction de Conseiller municipal sous la mandature d'Albert Tomey depuis 1929. Michel Massé est sur cette photo, le troisième au second rang à partir de la droite. A cette époque, c'est un cumulard. Non pas dans le sens d'aujourd'hui, où nos élus empilent les fonctions électives rémunérées comme d'autres les pièces de Légo. Il s'investit dans les associations caritatives, sociales et humanistes.

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Voici ses états de service:

Délégué cantonal des société de Secours mutuels (1932-1936)

Commissaire aux comptes de l'Union mutualiste

Membre du conseil d'administration du Sou des écoles laïques (1903-1937)

Membre du conseil d'administration des bains douches (1919-1937)

Membre du conseil d'administration de la Goutte de lait (1924-1937)

Membre du comité de patronage des habitations à bon marché

Président de l'Union des mobilisés des vieilles classes

Distinctions honorifiques

Officier de l'instruction publique

Chevalier du mérite agricole

Médaille d'or de la mutualité

Médaille de bronze de la prévoyance sociale

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Michel Massé mourra sans avoir pu obtenir la Légion d'honneur faute de temps...

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15/01/2014

Lucien Geynes, bienfaiteur de la ville

Carcassonne a une fâcheuse tendance a oublier tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, ont donné de leur temps et même de leur argent pour elle. Nous en dressons ici l'amer constat depuis longtemps. Qui se souvient de Lucien Geynes? Oh! certes pas moi qui n'ai pas eu le chance de vivre les années 50-60. Je ne connais de lui que ce que m'en a rapporté mon père, puisque le sien accompagnait au trombone les musiques du carnaval de cette époque.

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Lucien Geynes était un mécène; un de ces chefs d'entreprises à la mode paternaliste des années 60 qui, à la tête d'une société de matériaux donna de son temps et de son argent pour amuser les carcassonnais.

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Au sortir de la seconde guerre mondiale, tout est à reconstruire tant d'un point de vue économique qu'humain. Les carcassonnais se sont déchirés et ceux qui n'ont pas choisi le bon camp pendant le conflit, ont été mis au banc de la société. Dans une petite ville de province, on les connait tous. L'heure est à la réconciliation et pour favoriser cette concorde, quoi de plus innovant que d'organiser des fêtes? Soulignons que les bals étaient interdits sous le régime de Vichy. Des fêtes c'est bien beau, mais où trouver de l'argent car le pays est en ruine? C'est là qu'entre en scène le patron d'une entreprise de matériaux. Son nom? Lucien Geynes. Dès les début des années 50, il va reprendre avec un succès inégalé les fêtes d'un carnaval moribond depuis longtemps. Il y met de son propre argent et les carcassonnais adhèrent à son action. Avec trois fois rien, ils fraternisent autour de la construction de chars et de lampions.

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Comme ici sous les halles en 1958, Carcassonne fait la pige à sa rivale limouxine. Les musiciens de l'harmonie municipale (Andrieu, Rajol, Barrabès, Mattéo...) accompagnent les airs du carnaval. En 1961, tout s'arrête... Pourquoi? Certains disent que la jalousie si coutumière dans notre ville aura eu raison de la philantropie de Lucien Geynes. Quand des hommes de bonne volonté sont trop en vue, on les accuse à chaque fois ici d'avoir une ambition politique. C'est d'ailleurs ce qui crève Carcassonne! Enfin, c'est ainsi.

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Si le COMICC qui est à la tête du nouveau carnaval n'a pas encore rendu hommage à Lucien Geynes, il est encore temps de bien faire. Les archives photographiques et vidéo de cette période ont été paraît-il, confiées à Michel Sawas par sa veuve. Il serait peut-être bien de les numériser afin que chacun puisse les voir. C'est l'intérêt de tous...

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