10/03/2016

Les Jourdanne : Deux maires, une même famille...

Gaston Jourdanne

(1858-1905)

Avocat de son état - il siège comme élu dans le Conseil municipal du maire Omer Sarraut, en mars 1887. Prenant le contre-pied de son éducation conservatrice et catholique, il se tourne politiquement du côté des anticléricaux du parti Radical. Après la mort soudaine d'Omer Sarraut, il occupe les fonctions de maire par intérim entre octobre 1887 et mars 1888. Sur plainte de l'opposition, qui l'accuse de fraude électorale, Gaston Jourdanne est condamné à un mois de prison.

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© Chroniques de Carcassonne

"M. Gaston Jourdanne, a été incarcéré ce soir, à deux et demie. Dès onze heures du matin, les gendarmes se présentaient, porteurs d'un mandat d'arrêt, à la porte de la maison qu'il habite, Grand-rue, 44. Ils sont entrés dans le magasin tenu rue Courtejaire, par Charles Jourdanne, et ont expliqué le motif qui les amenait. M. Charles Jourdanne leur a fait remarquer qu'il était chez lui, et leur a fait comprendre que, s'ils persistaient à entrer, ils s'exposaient à des poursuites graves pour violation de domicile. Ces gendarmes ont fait appel au Commissaire central, qui s'est rendu sur les lieux, accompagné de M. Béziat, deuxième adjoint. Ces magistrats n'ont pu vaincre la résistance opiniâtre de Charles Jourdanne, et ont été obligés d'aller chercher les ordres auprès de M. le procureur de la République.

Mais la nouvelle s'était bientôt répandue dans la ville, et une foule nombreuse accourait de toutes parts, et attendait sous une pluie battante, le dénouement de cette affaire. M. Gaston Jourdanne après son retour de Lézignan, lundi soir, aurait voulu suivre sa musique, la lyre Carcassonnaise, seulement couvert sur sa tête d'une casquette de musicien en toile blanche. Cette imprudence fut cause que mardi matin, M. Jourdanne ne pouvait plus parler et resta au lit. Les médecins constatant son état lui recommandèrent le repos absolu. Cependant, le Parquet envoyait mardi soir les docteurs Cordes et Rigail qui, après vu le malade, constatèrent qu'une angine catarrhe s'était déclarée.

Des ordres durent donnés, et la gendarmerie avisée d'aller procéder à dix heures à l'arrestation de M. Gaston Jourdanne. Mais devant la déclaration de la famille Jourdanne, la brigade entière a été appelée pour contenir la foule. Pourtant, force est restée à la loi ; et à une heure et demie, une civière a été requise pour transporter M. Jourdanne à la maison d'arrêt. 

La foule était nombreuse de la rue Courtejaire à la prison. Quelques applaudissement ont éclaté devant la maison Jourdanne et devant la porte de la maison d'arrêt.

(Le rappel de l'Aude / 21 juin 1888)

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A la suite de cette affaire, Gaston Jourdanne ne pourra plus exercer de fonctions électives. Il se retire dans son domaine de Poulhariès à Carcassonne et se consacre pleinement à l'oeuvre félibréenne. L'ancien premier magistrat de la ville rédige de nombreux livres sur les traditions et la culture occitane. Il est également à l'origine du Comité des Cadets de Gascogne en 1898, dont ne nous reste que le feu d'artifice  tiré depuis les remparts de la Cité médiévale. Gaston Jourdanne pourra prématurément en 1905 à l'âge de 47 ans. Une place porte son nom, face au centre des impôts.

Jules Jourdanne

(1892-1983)

naît le 21 novembre 1892 à Carcassonne. Il est le fils d'Alexandre Joseph Paul Jourdanne et d'Aurélie Passérieux, résidants à Cazilhac. Après ses études secondaires, il entre à l'Institut National agronomique et habite à Paris. Durant la Grande guerre, c'est un remarquable officier - lieutenant puis Capitaine - au 3e régiment d'artillerie ; ceci lui vaudra la Croix de guerre et la légion d'honneur. En 1921, Jules Jourdanne épouse Marie-Thérèse Ancelme avec lequel il aura une fille - Magali. Cette dernière se mariera avec Pierre Castel (dit de la Reille). En sa qualité de docteur en droit, il publie en 1928 "Les associations de fonctionnaires et le recours pour excès de pouvoir." En 1938, les époux Jourdanne habitent 3, square Gambetta à Carcassonne.

Un maire nommé par Vichy

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En février 1941 - sur décision du gouvernement de Vichy - Albert Tomey démocratiquement élu depuis 1919 à la tête de la ville est remplacé par Jules Jourdanne, maire nommé. C'est le cas - voir ci-dessus - d'un très grand nombre de maires de la zone libre. Jules Jourdanne dont la pensée politique avait suivi celle du maréchal Pétain au-delà de son admiration pour le vainqueur de Verdun, rassemblait toutes les qualités pour administrer Carcassonne selon les lois de Vichy. Le 11 mars 1941, le conseil municipal de Carcassonne compte dans ses rangs : MM. Combe, Nelli, Grossetête, Carrière, etc... (source : ADA 108W32)

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Le Conseil départemental de l'Aude nommé par Vichy

D'après l'historien Claude Marquié, Jules Jourdanne refusa de toucher ses indemnités de maire et se serait contenté d'expédier les affaires courantes de la ville, sans prendre une part active aux lois coercitives de Vichy. C'est ce qui sans doute lui a voulu de ne pas être inquiété à la Libération. (Les dimanche dans l'histoire / La dépêche)

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© Martial Andrieu

Jules Jourdanne, Philippe Pétain, le préfet Cabouat

Le 14 juin 1942, Carcassonne reçoit la visite du maréchal Pétain et lui adresse un accueil des plus fervents. Ci-dessus, le maire Jules Jourdanne sort de la maternité de Carcassonne avec à ses côtés Philippe Pétain et Jean Cabouat, préfet de l'Aude. Le 24 août 1944, Louis Amiel - Président du Comité de Libération - remplace Jules Jourdanne qui se retire dans son domaine de Samary, situé à Caux-et-Sauzens. C'est dans ce village qu'il est inhumé depuis 1983.

Généalogie

Quel lien de parenté entre Gaston et Jules Jourdanne ? Le grand-père de Jules - Pierre Guillaume, né le 11 février 1827 - était le frère du père de Gaston - Jean-Pierre Hippolyte, né le 26 février 1822. Leurs parents : Alexandre Hippolyte (Marchand de cuirs) et Marie-Françoise Rieussec, habitant rue St-Vincent (actuelle rue Tomey). 

Sources 

Gallica

ADA (Etat-civil et recensement militaire)

Le rappel de l'Aude

Merci à J. Blanco pour son aide iconographique

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18/02/2016

La belle histoire de l'ancien asile de Bouttes-Gach

Un enfant est déposé à la porte de l'hospice de Carcassonne, le 20 avril 1818. Sur ces vêtements, un papier est accroché avec l'inscription suivante : "Gaudefroy Lucien, né aujourd'hui 19 avril 1818 marqué au petit doigt de la main gauche, n'est pas baptisé." Ce bébé retrouvera probablement sa mère biologique - Jeanne Marie Louise Gach, née à Floure en 1776 - avec laquelle il vivra à Saint-Couat d'Aude jusqu'à la mort de celle-ci, le 27 août 1859. Nous avançons comme hypothèse que Bouttes soit le nom du père qui ne l'a jamais reconnu. On retrouve ce patronyme dans le Narbonnais...

 Lucien Bouttes-Gach poursuit même des études de droit, selon le recensement de 1836. Il sera élu comme maire de Saint-Couat à deux reprises et sous deux noms différents. Entre 1843 et 1848, sous le nom de Lucien Bouttes-Gach et de 1871 à 1874, sous celui de Gaudefroy Bouttes. Ceci s'explique par le fait qu'il ait choisi de modifier son patronyme par jugement du 26 mars 1862. 

 N'ayant pas d'héritier naturel et ne souhaitant pas que le profit de ses biens fasse l'objet d'un enrichissement, il rédige entre 1847 et 1873 six testaments différents. Le 19 novembre 1873, il institue le département de l'Aude comme son légataire universel. En 1874, Bouttes-Gach met fin à ses jours ; le département devient propriétaire du domaine d'Aussières près de Narbonne - acquis aux enchères par le défunt en 1872, ancienne propriété de M. Mareschal - et du domaine de Saint-Couat, qu'il met en vente aux enchères publiques en mai 1875.

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© Le figaro

Domaine d'Aussières (673 ha) : Mise à prix 415.000 francs

Le domaine d'Aussières près de l'abbaye de Fontfroide a été acquis en 1999 par les Domaines Barons de Rothschild (Lafite). Il aura fallu dix ans pour remettre sur pied la production et sortir les premières cuvées, il y a seulement deux ans.

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Château de St-Couat (141 ha) : Mise à prix 850.000 francs

Le premier nommé est adjugé en juillet 1875 à MM. Bousquet et Bergasse pour la somme de 415.000 francs. Le second ne sera vendu qu'après une baisse de prix pour 625.000 francs à Joseph Lignières, propriétaire à Ferrals. Le Conseil général dispose d'un gros héritage.

La succession

Le testament spécifie que le département devra s'acquitter de trois legs particuliers dont l'un est ainsi spécifié :

"Je lègue 100.000 francs à tous mes parents du côté maternels au degré successible."

Par voie de presse, la préfecture demande aux parents de M. Bouttes-Gach de se faire connaître. Le 12 août 1875, ils sont 68 a revendiquer cette part de l'héritage. Les neveux et nièces vont intenter un procès afin de toucher en supplément, les 20.000 francs qui leur étaient dévolus dans un testament antérieur datant de 1860 ; le département obtient gain de cause en avril 1878. M. Antoine Marty - avocat et propriétaire à Floure - ami du défunt, réclamera l'exécution des deux testaments de 1852 et 1860 dans lesquels M. Bouttes-Gach lui lègue ses meubles, ses voitures, ses chevaux et ses bijoux. Son nom n'apparaissant pas dans le testament de 1873, le département refusera de lui céder cette partie de l'héritage, arguant que l'antériorité n'a plus de validité. Marty va aller en justice et obtenir gain de cause ; la préfecture interjettera appel. Les fabriques des églises de Saint-Vincent et de Saint-Couat vont elles-aussi réclamer leur part. Le 30 août 1879, elles acceptent les bases de la transaction adoptées en avril, au sujet de la délivrance des legs en faveur de ces établissements. 

Les voeux du défunt

Le reste de mes biens, je le lègue au département de l'Aude, pour un hospice sain et élevé. Je souhaite que ma fortune serve à but d'utilité publique et non a assouvir des cupidités particulières.

Les problèmes d'apurement de la succession Bouttes-Gach durèrent plusieurs années... Le Conseil général chercha néanmoins le meilleur moyen pour faire respecter les voeux de son bienfaiteur. En janvier 1876, Justinien Capmann propose d'affecter la somme provenant de la succession à la création d'une école des arts et métiers dans l'Aude. Cette proposition ne sera pas retenue ; M. le préfet fait étudier par l'architecte départemental M. Desmaret, un projet ayant pour but la création d'un asile où tous les secours que peut réclamer l'humanité dans tous les cas de maladie à tous les âges, seraient donnés gratuitement. 

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© Polices mobiles

L'asile en 1942, en bordure de la route de Toulouse

La construction de l'asile

Entre le décès de M. Bouttes-Gach et le début des travaux de l'asile, il s'écoulera huit années de procédures, commissions et autres atermoiements. En 1880, plusieurs propriétaires offrent des terrains pour l'édification du futur hospice. Priorité est donnée aux terres de MM. Albarel et Cabrié situées en bordure de la route de Toulouse, si les fouilles dans le sol révèlent l'existence d'une eau suffisante pour les besoins de l'asile. A défaut, ce seront les terres de M. Combes-Gaubert à l'Estagnol ou celles de Mme Riscle à la Gravette qui seront choisies. 

Le 16 juillet 1881, l'entreprise de maçonnerie de Michel Cau se voit confier la construction des bâtiments pour un montant de 135.000 francs. Le 26 août 1882, la même entreprise doit réaliser la platrerie, la charpente et le dallage pour 16.000 francs. Enfin, les travaux de menuiserie, parquets et serrurerie sont dévolus à M. Falcou pour 30.000 francs. Au total, ce sont 183.000 francs + 2000 francs d'imprévus.

Deux sociétés ont offert de fournir des appareils pour l'installation du gaz : M. Flander de la Cie Néerlandaise et directeur de l'usine à gaz de Carcassonne ; M. Huguet, appareilleur à Carcassonne. Malgré le devis avantageux de ce dernier, l'offre de M. Flander est retenue car la Cie Néerlandaise réalisera la canalisation extérieure de 400 mètres à ses frais.

L'acquisition d'une horloge avec cloche en raison de l'éloignement de l'asile avec le centre de la ville est conclue de gré à gré - selon l'usage pratiqué dans les communes de l'Aude - avec le sieur Péghoux, horloger à Carcassonne. Celui-ci sera chargé de la maintenance pour une durée de dix ans.

Afin d'honorer la mémoire du généreux bienfaiteur, un buste prendra place au milieu du vestibule. On demande à M. Malbret - photographe à Carcassonne - la reproduction d'un cliché de M. Bouttes-Gach. Il est question de rechercher un sculpteur parisien, puis de s'offrir les services de M. Godin, auteur des sculptures ornant le fronton du Palais de justice. En 1883, M. Injalbert de Béziers tient l'affaire.

Le 12 janvier 1881, les élus du Conseil général se prononcent sur la construction d'une chapelle à l'intérieur de l'asile. Au sein de l'assemblée départementale, l'hostilité des libres-penseurs gagne à une voix de majorité contre ce projet. Ils indiquent que jamais M. Bouttes-Gach n'a évoqué cette résolution dans son testament, qu'il ne devait pas être si croyant pour s'être suicidé et que la création d'une chapelle catholique exclue de fait les mahométans et autres religions. L'économie réalisée sur ce poste de dépense permettra, selon eux, la création de lits supplémentaires. Les défenseurs de la chapelle fendent cet argument en mettant en avant les contradictions budgétaires, avec la création d'une maison du jardinier pour 18.000 francs.

L'administration

Les sept membres nommés par le Conseil général administrent l'asile. Leurs fonctions sont bénévoles et leur mandat renouvelé par cinquième chaque année. Ils sont rééligibles. Le 14 janvier 1885, M. Jean-Baptiste Progent - Officier d'administration des bureaux de l'intendance, en retraite - est nommé comme directeur. M. Antoine Lauze lui succédera en 1901. Le fonctionnement financier de l'asile est assuré par l'encaissement de 24 bons du trésor pour 240.000 francs et d'un nouvel achat de rente pour 711.000 francs placés à 5% sur l'état. 

En 1886, l'asile accueille 40 pensionnaires. Les repas coûtent 1,40 francs par pensionnaire ou 400 francs par an. L'excédent de recette se monte à 3.800 francs. Il est observé que le tarif de 0,80 franc pour deux repas est bien faible pour proposer de la qualité. A moins que le jardin n'améliore l'ordinaire, les pensionnaires risquent fort de manger plus souvent des patates que de la viande.

"C'est l'heure du déjeuner qui a lieu à 11 heures et demi. Nous avons vu défiler devant nous les pensionnaires au moment où ils se rendaient au réfectoire. Ils étaient tous convenablement vêtus et paraissent en général disposés à faire honneur au déjeuner, dont le menu était ainsi composé : soupe au jus, plat de haricots et figues sèches. Ce repas avait été précédé d'un premier déjeuner qui avait eu lieu à huit heures et demi et qui était composé d'une soupe au lait. Le dîner du soir comprenait un plat de pois au jambon et une salade. Telle était la carte de ce jour, et certes elle n'avait pas été dressée pour la circonstance. Les convives ont pris place autour d'une table reluisante de propreté. A côté du couvert chaque pensionnaire avait une large rondelle de pain blanc et frais dont la croûte dorée des plus appétissantes et une bouteille de vin de demi litre.

Les dortoirs, vastes et aérés, présentaient une double rangée de lits parfaitement alignés et dont la régularité aurait plus au sergent de chambrée le plus exigeant. La lingerie, aux étagères bien garnies et pourvues de casiers numérotés, renferme les objets appartenant à chaque pensionnaire. La cuisine, les magasins pour conserver les provisions font plaisir à voir. Tout indique une surveillance méticuleuse de la part du directeur, un souci très réel de la conservation du matériel et du bien-être des pensionnaires.

La vérité nous oblige à ajouter que ce n'est pas cependant des témoignages unanimes de satisfaction que l'on recueille de la part des habitants de l'Asile. Ils se plaignent, en général, de ce que la nourriture est moins bonne que les années précédentes. Les plats de viande qui ont été supprimés du programme sont regrettés par ceux qui ayant été habitués à un meilleur régime dans les premiers temps ne peuvent pas s'expliquer la diminution apportée à leur bien-être, ce qui prouve que le bonheur n'est pas de ce monde.

(La Fraternité de l'Aude / 8 juillet 1887)"

L'Asile au fil du temps

En 1884, l'asile de Bouttes-Gach devient pour un temps une annexe de l'hôpital général de Carcassonne afin d'accueillir les malades touchés par le choléra. Ils y sont mis en quarantaine et soignés jusqu'à la fin de l'épidémie. Le 19 octobre 1906, M. Fondi de Niort signale la ruine prochaine de l'asile de Bouttes-Gach. Les réparations étant considérables, il propose de le supprimer et de donner les soins à domicile. On décide finalement de faire les réparations les plus urgentes. Le 23 avril 1909, on propose la transformation en partie de l'asile en une école professionnelle pour les pupilles de l'assistance publique.

Guerre 14-18

L'asile de Bouttes-Gach est aménagé en annexe de l'hôpital le 16 novembre 1915 pour les soldats contagieux, jusqu'au 29 septembre 1919. 277 soldats allemands y seront internés.

Guerre 39-45 

L'asile est transformé en caserne pour le GMR Minervois qui s'y installe le 16 novembre 1941. Après la création de la Milice Française à Carcassonne en 1943, ce sont les troupes de la Franc-garde agissant contre les maquis qui occupent Bouttes-Gach.

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A La Libération, la Résistance prend possession des lieux avant que le 1er juillet 1945, la CRS 163 n'en fasse sa caserne.

La fin de Bouttes-Gach

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L'incendie de l'asile de Bouttes-Gach

En 1976, un violent incendie détruit l'ancien asile de Bouttes-Gach. La CRS s'installe dans de nouveaux locaux, route de Narbonne. Le 15 septembre 1980, le département cède à la ville, suivant estimation des Domaines, un terrain de 1980 m2 sur lesquels se trouvent les anciens ateliers de l'ex-caserne de CRS. Dans ces bâtiments ont envisageait de loger le Foyer du Méridien. Finalement, les bâtiments ruinés seront rasés et on construira sur leur emplacement la résidence du Méridien. Aujourd'hui, on a oublié qu'un enfant abandonné aux portes de l'hospice en 1818 a ensuite légué une immense fortune pour le bien-être des vieillards les plus démunis. Plus rien sur ce site n'indique la mémoire de Lucien Bouttes-Gach, bienfaiteur du département de l'Aude.

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© Google maps

La résidence Méridien sur l'ancien asile Bouttes-Gach, en 2016

Sources

Cet article a nécessité deux jours de travail de recherche et de synthèse. Il a été rendu possible grâce à la consultation des délibérations du Conseil général de l'Aude entre 1875 et 1883, des journaux locaux, de l'état civil et du recensement sur le site en ligne des archives de l'Aude. C'est donc comme presqu'à chaque fois, un travail de fourmi auquel l'auteur s'est livré. Il vous est demandé - si vous deviez vous servir de ces informations - de le citer. Nous comptons sur l'honnêteté morale des lecteurs.

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14/01/2016

Martial Andrieu, artiste lyrique Carcassonnais

Martial Andrieu, né le 12 juin 1971 à Carcassonne, est un artiste lyrique et un écrivain régionaliste français. Il est le biographe du compositeur français Paul Lacombe auquel il a consacré plusieurs concerts, conférences et un ouvrage inédit : Paul Lacombe, le testament musical d'un grand symphoniste français.

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© Sergio Lopez

Après une enfance dans un milieu familial porté sur les arts dans lequel émergeront de nombreux professionnels, Martial Andrieu apprend très tôt le piano et l'Art dramatique dans sa ville natale. Aux côtés de son père, alors conseiller municipal de Carcassonne, il s'intéresse de près à la vie politique et historique de la capitale audoise ; c'est ainsi qu'il se prend rapidement de passion pour elle.

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Samson et Dalida (Camille Saint-Saëns) en 1989

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Choeur et orchestre du Capitole de Toulouse

Une fois son baccalauréat en poche, il est admis en 1990 au Conservatoire National de Région de Toulouse dans les classes de chant et d'Art dramatique. Il y restera pendant quatre années au cours desquelles il participera notamment aux Master classes de José Van Dam, Michel Sénéchal ou encore de Jean-Christophe Benoît.

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Le service militaire l'appelant, il intègre en février 1994 le Chœur de l'armée française dirigé par Yves Parmentier et placé sous le commandement de la Garde républicaine. À ce titre, il participe aux cérémonies du 50e anniversaire du débarquement en Normandie sur la plage d'Omaha-beach et de la libération de Paris sur la place de l'Hôtel de ville.

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Les chefs d'état à Omaha-beach en 1995

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Outre de nombreux services chez le Chef d'état-major des armées - l'amiral lanxade - et au Palais de l'Élysée, il chante à St-Louis des Invalides pour l'état-major Polonais. Le choeur de l'armée française participe également à l'émission "C'est votre vie" de France 2 pour le général Bigeard en 1994.

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Revenu à la vie civile, il continue de perfectionner sa technique vocale aux côtés de Christiane-Sans Bertrand et son interprétation, auprès de Suzanne Sarroca et d'Helmut Lips. Il obtient en 2003 la médaille d'or de chant lyrique du Conservatoire National de Région de Limoges. 

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Ariadne auf Naxos

Opéra de Limoges en 2006

 Rôle du Tanzmeister 

Martial Andrieu a interprété en soliste de nombreux rôles d'opéra et d'opérettes : Les pêcheurs de perles, La veuve Joyeuse, les cloches de Corneville, la Traviata, la Belle Hélène, la Grande duchesse de Gerolsteimn, Ariadne auf Naxos, la fianciulla del west, etc... Ainsi que des oratorios : Requiem de Mozart, Passion selon St-jean, Messe du couronnement, Messa di gloria... A Lyon, Nice (Acropolis), Béziers, Nantes, Le Mans, Paris...

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Opéra du Grand duché du Luxembourg

Cette année, il interprétera avec le choeur de l'opéra de Limoges "The Rake's progress" d'Igor Stravinsky à l'opéra du Luxembourg, de Reims, de Limoges et de Caen. Après avoir chanté au mois de mars, Eugène Oneguine de Tchaikovsky.

"On n'est finalement jamais mieux servi que par soi-même"

quand

"Nul n'est prophète en son pays"

Source

Wikipedia

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05/01/2016

Pierre Dantoine (1884-1955), caricaturiste Carcassonnais

Pierre Dantoine est né à Carcassonne le 22 février 1884. Sa famille du côté paternel venait du village de Chalabre dans la Haute-Vallée de l'Aude et du côté maternel, de Camont dans l'Ariège. Huissier de justice de son état, son père Léon mourut à l'âge de 50 ans sur la route de Villardonnel. Victime d'un infarctus, on le retrouva inanimé dans sa voiture à cheval dans la descente du plateau de Grazailles. C'est le cheval qui ramenait le défunt à son domicile. La destinée de Pierre Dantoine en fut bouleversée; à l'âge de 15 ans, il dut arrêter ses études afin de subvenir aux besoins de sa mère et de ses deux frères. On lui trouva alors un  poste à la gare de Carcassonne, avant d'entrer à la préfecture où il finit chef de bureau.

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Dantoine au 272e Régiment d'infanterie

Dès l'âge de 12 ans, Pierre Dantoine réalise des dessins à la plume avec une extrême finesse. Son travail à la gare de Carcassonne lui a sans doute permis d'observer les attitudes des usagers. Il croque durant son adolescence des curés, des militaires, de grosses femmes, etc... Ce n'est pas un hasard si le train a toujours attiré l'oeil du dessinateur. Sa fille Lucie raconte ses longues promenades à la Cité avec son père, qui finissaient par l'observations du passage des trains. Sa carrière aurait été tout autre s'il avait accepté de partir pour Toulouse ou Paris, comme cela lui avait été proposé. Peut-être aurait-il fait les beaux jours des journaux nationaux...

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Publicité pour les matériaux Bezombes

© Martial Andrieu

Son amour viscéral pour Carcassonne l'empêcha de nourrir cette ambition. Cette ville, il la connaissait dans les moindres détail grâce aux longues marches qu'il faisait chaque jour. Tantôt, il s'attablait pour dessiner à la terrasse du café Not (Place Carnot), tantôt au café du musée (square Gambetta). D'ailleurs c'est dans ce square qu'il parcourait les allées sinueuses, se laissant aller à la rêverie.  On y croisait une oie blanche prénommée Marie qui semblait deviser avec les passants. Dantoine connaissait également le nom de toutes les tours de la Cité, ainsi que leur histoire sur le bout des doigts.

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Jules Rivals, domaine de St-Martin à Montredon

C'est tout naturellement qu'il participa à l'illustration d'un ouvrage de M. Rivals, dont le titre est L'âme des pierres. Qu'elles soient taillées ou brutes, Dantoine aimait par dessus tout la nature de son pays. Particulièrement, la colline de Pech-Mary par laquelle on accédait par des sentiers sentant déjà la garrigue. Sa fille se souvient des ballades tout autour du Carcassès et de son havre de paix estival à Saint-Martin-le-vieil.

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Dantoine c'était un oeil, un sens inné de l'observation. Il lui arrivait de faire la caricature de quelqu'un plusieurs jours après l'avoir croisé. Un témoin de son temps : les premiers touristes à la Cité, le cinéma muet projeté devant le café du musée, les premières jupes courtes et pantalons portés par des femmes coiffées à la garçonne dans les années 1930. Ce n'était pas un mondain. Pierre Dantoine appartenait au Parti radical socialiste et avait soutenu la candidature du Dr Tomey à mairie de Carcassonne. Il lui est arrivé de croquer les adversaires politiques de ses idées, afin de les ridiculiser. 

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Pierre Dantoine participa à la Grande guerre à Verdun, dans les tranchées en compagnie des poilus. Il a rapporté l'esprit de camaraderie et le sacrifice des plus humbles toujours en première ligne. Antimilitariste convaincu et méfiant vis à vis de la hiérarchie militaire, son pacifisme s'exprima dans ses dessins. Dans de pénibles conditions, il crayonna la vie des tranchées et donna vie à ses personnages dans la langue de notre pays.

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On publia ensuite son album "La guerre de 14".

En 1939, l'entrée en guerre de la France annoncée par Daladier, le fit pleurer.

Dantoine était sans nul doute un humaniste avec un don inné pour le dessin ; lui qui n'avait jamais pris un seul cours. Il ne gommait presque jamais pendant l'exécution d'un trait et ne se servait que de simples instruments. L'ébauche était réalisée au crayon noir, le dessin final à l'encre de chine. La légende, qu'il gardait précieusement dans sa tête, venait après la touche finale à sa caricature. Cet homme d'une grande sympathie remportait l'adhésion de tous. À la préfecture, il offrait ses dessins ; tant et si bien que sa fille n'a jamais su qui avait emporté une série de caricatures de l'idylle d'Hitler avec Mussolini.

" Ce qui ressort surtout quand je pense à lui c'est cet amour de la paix en lui, autour de lui, s'élargissant en ondes concentriques jusqu'à la paix du monde. C'est un Carcassonnais du début du siècle, né en 1884, mort en 1955, qui a pressenti, sans le vivre vraiment, ce changement de civilisation que nous vivons aujourd'hui. Il n'aurait pas supporté les horizons nouveaux, un accent étranger au nôtre, l'agitation et l'indifférence parisienne, les brumes du nord de la Loire.

Ce qui ressort c'est attachement, cet affection pour le petit peuple qui l'entourait à l'époque. Elles faisaient partie de son univers. Il y en avait beaucoup dont j'ai oublié le nom et le surnom. Elles ont figuré dans ses dessins, depuis "Pauline" qui vendait des journaux et des réglisses à six sous dans un minuscule kiosque vert près de l'école Jean Jaurès, jusqu'à Chim Boum Boum qui périt lors de la débâcle allemande sous les coups d'un soldat excité par la retraite, en passant par madame Racau, à la face anguleuse, colorée par ce vin du midi qui l'aidait à manier la rame ; pour passer les promeneurs d'une rive à l'autre de l'Aude, près du pont de chemin de fer inaccessible, il n'y avait rien d'autre !"

(Lucie Dantoine)

Pierre Dantoine reçut les Palmes académiques en 1926 et fut décoré de la légion d'honneur en 1938. Comme beaucoup d'artistes de son temps qui ne voulurent pas quitter cette ville malgré leurs talents à la dimension de notre pays, Carcassonne les a oublié. Il a fallut attendre 2014 pour qu'une exposition Dantoine voit le jour dans sa ville natale, à l'initiative d'une association. Ceci avait été réalisé depuis longtemps déjà dans d'autres villes. Gageons que cette biographie puisée dans les mémoires de sa fille Lucie, puisse ranimer la flamme de cet humaniste, en symbole des luttes pour les libertés et la paix. Cet article n'arrive pas au hasard dans un calendrier qui commémore les tristes évènements de Charlie Hebdo. Qu'en aurait pensé Dantoine ? 

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02/01/2016

Ce député de l'Aude qui s'opposa au serment du Jeu de paume, le 20 juin 1789

578 députés du Tiers-état, du clergé et de la noblesse se réunissent en ce jour du 20 juin 1789 dans la salle du Jeu de paume à Versailles. Ils font serment de ne point se quitter avant l'élaboration d'une Constitution. Sans fondement juridique sous l'Ancien-régime, cet évènement politique, fort de ce symbole, préfigure la naissance de la Révolution française. Il annonce l'Assemblée nationale constituante qui mettra un terme à plusieurs siècles d'un régime monarchique absolu.

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Le serment du Jeu de paume par David (1791)

Au moment d'apposer sa signature au bas du texte, un seul député va s'y opposer. Il s'agit du représentant du Tiers-état pour la Sénéchaussée de Castelnaudary, le sieur Joseph Martin-Dauch.

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© Archives nationales

En bas à gauche, la signature du député est suivie du mot "Opposant".

Aussitôt après la prestation du serment, l'appel du baillage, sénéchaussées, provinces et villes, fut fait selon l'ordre alphabétique, et chacun des membres présens, en répondant, s'approcha du bureau du président, et signa.

Tout-à-coup Camus d'interrompant :

"J'annonce à l'assemblée, s'écrie t-il, que Martin d'Auch (baillage de Castelnaudary) a signé opposant !"

À cette exclamation un grand tumulte s'élève dans l'assemblée. Cette défection à l'unanimité d'une décision aussi solennelle, cause généralement un sentiment douloureux. L'indignation succède à la douloureux, et bientôt à la fureur à l'indignation. Bailly s'élance au milieu de la foule menaçante, monte sur la table pour être mieux entendu ; et, après être parvenu non sans peine, à ramener le calme, il demande à ce que l'on entende les raisons de l'opposant.

Martin d'Auch répond aussitôt, avec le ton de la plus parfaite imperturbabilité :

"Je déclare, dit-il, que je crois pas pouvoir jurer d'exécuter des délibérations qui ne sont pas sanctionnées par le roi, et que..." Il est aussitôt interrompu par un nouveau cri de mécontentement général ; Bailly cette fois désespère de ramener les esprits ; cependant il parvient à se faire entendre :

"L'assemblée, dit-il, a déjà publié les mêmes principes dans ses adresses et dans ses délibérations, il est dans le coeur et dans l'esprit de tous ses membres de reconnaître la nécessité de la sanction du Roi pour toutes les résolutions prises sur la constitution et la législation ; mais il s'agit ici d'une détermination intérieure prise par l'assemblée, et par conséquent d'un acte qui n'est pas susceptible de sanction."

 Le député Martin ayant persisté dans son opposition, l'assemblée délibérera sur l'espèce de protestation qu'il s'était permise sur le procès-verbal même ; quelques membres voulaient que la signature du député et le mot "opposant" fussent rayés ; mais les esprits s'étant calmés, on décida que ces mots subsisteraient comme une preuve de la liberté des suffrages, et que l'on mettrait en tête de l'arrêté qu'il avait été pris à l'unanimité des voix, moins une.

(Journées mémorables de la Révolution française / Charles F. Marchand)

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La salle du Jeu de paume à Versailles avec dans le fond le tableau de David, dans lequel figure Martin-Dauch.

Soudain se produit une altercation, d’abord inaperçue parmi les clameurs et les piétinements. Au moment où on lui passe la plume, Martin Dauch, député du bailliage de Castelnaudary, a dit :

« Mes électeurs ne m’ont pas envoyé pour insulter et déchirer la monarchie. Je proteste contre le serment adopté ! »

Aussitôt houspillé par ceux qui se pressent autour du bureau, il tient hardiment tête et déclare qu’« il ne peut jurer d’exécuter des délibérations non sanctionnées par le roi. » Bailly l’exhorte à ne point entacher d’une disparité unique l’unanimité de ses collègues ; Dauch s’obstine ; le président insiste : « On a le droit de s’abstenir, non de former opposition au vœu de toute l’Assemblée. » Mais déjà Dauch a tracé son nom, suivi du mot opposant. Une voix sévère impose un semblant de silence :

« J ‘annonce à l’Assemblée que M. Martin Dauch a signé : opposant ! »

Un hourra d’indignation accueille le nom de ce traître. Qui le dénonce ? C’est Camus, député de Paris, membre de l’Académie des inscriptions et belles lettres. On se précipite, on entoure le renégat, le transfuge : les mains tendues le désignent à la fureur de la populace qui, du haut des fenêtres, mêle ses huées à celles des députés. C’est miracle si Dauch évite le poignard d’un de ses collègues ; on va le jeter à la porte, le peuple fera justice de ce misérable parjure. Un huissier, nommé Guillot, lui sauva la vie en le poussant vers une porte dérobée par laquelle il put sortir et s’esquiver dans les rues tortueuses du vieux Versailles. Le président parvint à clore l’incident en proclamant que la signature de cet unique opposant serait conservée au registre comme une preuve de la liberté des opinions. On la retrouve en effet, cette signature, sur le procès-verbal exposé dans les vitrines du musée des Archives ; elle est presque illisible, tracée par une main agitée d’une violente émotion ou qu’on retient peut-être et qu’on empêche d’écrire dans une furieuse bousculade.


Le lendemain, Bailly tenta d’obtenir de cet entêté une rétractation. N’ayant pas réussi, il lui conseille de s’abstenir, durant quelque temps, de paraître à l’Assemblée ; mais Dauch n’avait pas peur, et il reprit sa place parmi ses collègues. Il y siégea jusqu’à la Constituante, se mêlant peu aux débats, car les Tables du « Moniteur » ne citent pas de lui une seule intervention. On sait seulement qu’au jour de 1791 où Louis XVI se rendit à l’Assemblée pour donner son agrément à la Constitution, comme tous les députés avaient jugé digne de rester assis, chapeau sur la tête, pour recevoir le roi, un seul eut l’audace de se lever et de se découvrir : c’était Martin Dauch, fidèle à sa résolution d’intransigeante indépendance. Rentré dans sa province, il parut se désintéresser de la politique, mais la Terreur ne se désintéressa pas de lui. Un sans-culotte tenta de l’assassiner. Dauch se retira à Toulouse, y fut arrêté, mis en prison, et aurait été bien certainement guillotiné si les comités locaux s’étaient doutés qu’ils détenaient le Judas du Jeu de Paume. Par bonheur, son nom, au registre d’écrou, était écrit « Martin d’Auch » ; cette opportune apostrophe le sauva de l’échafaud, les recruteurs du bourreau croyant que cette mention désignait quelque vague Martin, originaire du chef-lieu du Gers.

(Histoire pour tous)

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David a représenté le député de Castelnaudary dans le coin droit de son tableau. Sa posture est recroquevillée avec les bras croisés en signe de pénitence. Or, jamais Martin Dauch ne s'est récusé d'avoir été l'opposant au serment du Jeu de paume. Ce tableau a été réalisé deux ans après... David montre ainsi une image détournée de la vérité historique à des fins de propagande.

« Dauch, écrit-il, fut loin d’être un hésitant et un timide. Il soutint son opinion avec la plus grande énergie, ayant en face de lui ses six cents collègues exaspérés et la foule des tribunes qui le huait… »

(Armand Brette / historien)

Royaliste et conservateurs ont loué le courage de Joseph Martin-Dauch. Tous les journaux orthographièrent d'Auch avec une particule, faisant de lui un noble. Certains pensèrent même qu'il était député du Gers. Disons que Martin-Dauch eut le courage que d'autres, passés entre-temps à la postérité, n'eurent pas malgré leurs dires. Ainsi, Mirabeau :

« Je signe… parce que je serais roué comme je l’ai été, ces jours derniers, en effigie, à Paris ; mais je vous déclare que ceci est une vraie conjuration. » 

Martin-Dauch mourut le 5 juillet 1801. La république ne lui en a pas tenu rigueur puisqu'une avenue porte son nom dans Castelnaudary...

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11/12/2015

J-P Cros-Mayrevieille sauva la Cité de Carcassonne de la ruine

Jean-Pierre Cros-Mayrevieille naît le 31 août 1810 dans la quartier de la Trivalle. Sa famille fait partie d'une illustre lignée de Consuls carcassonnais qui se sont succédés du XVe au XVIIIe siècle. À 6 ans, il va habiter avec sa famille dans la rue du marché (A. Tomey).

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© Chroniques de Carcassonne

C'est à peu près à cette époque qu'il assiste à la destruction de la grande barbacane (place St-Gimer) et l'on prétend que ce cruel évènement a été le déclencheur de son action future. A ce propos, il écrira plus tard:

"J'ignore si la postérité élèvera une statue au vandale qui a vendu la tour de la barbacane; mais que cette statue ne soit pas placée à l'intérieur de nos vieux remparts: les ombres des anciens chevaliers en seraient outragées."


Il entre au collège et à 20 ans, il fait des études de droit qui lui vaudront une licence, puis un doctorat en droit romain et un en droit français. Il publie en 1830, une étude sur le cours de philosophie deM. Gatien-Arnault. Quatre ans après, dans le Journal des connaissances utiles, un plan d'association pour l'éducation primaire populaire. Dans le journal politique et littéraire de Toulouse, 5 articles politiques, économiques et statistiques sur l'Aude. Enfin, un mémoire sur l'amélioration du sort des ouvriers.
1837, est l'année où il fonde le journal L'Aude avec Théophile Marcou pour rédacteur en chef et où il publie "La vie de Félix Armand", curé de St-Martin, initiateur de l'ouverture de la voie de la Pierre Lys communément appelée "Trou du curé" près de Quillan.
Pendant onze ans de 1837 à 1848, il est Conseiller municipal de la ville et entre à la Société des arts et sciences. Toujours soucieux de la condition ouvrière et de son éducation, il fait voter la création de la première salle d'asile à Carcassonne.

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Le 18 juillet 1839, au cours de fouilles menées dans la basilique St-Nazaire, il découvre le tombeau de Guillaume Radulph, évêque de carcassonne au XIIIe siècle. La même année, il est nommé Correspondant du ministère de l'instruction publique pour les travaux historiques. Viollet le duc écrira ceci à propos de lui en 1844:

"M. Cros a déjà sauvé bien des parties de cette cathédrale et, grâce à son zèle et à sa persévérance, il est à croire que St-Nazaire sera garanti de la ruine qui le menace."

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Classée encore comme place de guerre en 1791, la cité est déclassée le 26 brumaire an XIII (17 novembre 1804) et livrée à la vente. Les domaines de l'état se désaisissent alors des fossés, glacis et les remparts cédés à la commune pour percevoir l'octroi. C'est dans ces conditions que disparut la barbacane du château en 1816. La tour du Trésaut faillit subir le même sort, mais l'intervention de Guiraud de St-Marsal et du prefet St-Hillaire Angelliers, permit de classer à nouveau la cité dans le cadre des places de guerre le 1er août 1821.
Nommé Inspecteur des monuments historiques pour l'Aude, Cros-Mayrevieielle attira l'attention des autorités sur le sort de la cité. On lui promit un architecte "sous peu" pour dresser un état des lieux en vue d'une complète restauration, mais on ne le vit point. Au contraire, le décret du 8 juillet 1850 déclasse à nouveau la cité et la transforme en future carrière. Cros-Mayrevieille provoque dans l'urgence une réunion du conseil municipal et de la Société des arts et sciences qui se prononceront pour le maintien du classement. Le ministre abonda dans ce sens et les travaux de restauration purent débuter en 1852. Voilà pourquoi nous pouvons affirmer que nous devons à Cros-Mayrevieille, une fière chandelle...

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J-P Cros-Mayrevieille est décédé le 16 octobre 1876. Fidèle à ses convictions, il a légué par testament la somme de 10000 francs aux hospices de Carcassonne et la même somme à ceux de Narbonne. Il a également ordonné à son fils Antonin de faire construite au domaine de Mayrevieille, une chapelle identique à celle de l'évêque Radulphe.

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La chapelle dans le domaine de Mayrevieille à Carcassonne.

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Le 31 juillet 1910, pour le centième anniversaire de sa naissance, un buste fut sculpté par Jean Rivière et exposé dans la maison natale au 70 de la rue Trivalle. Ensuite un monument fut érigé dans la cité et le buste placé à son sommet. Pendant l'occupation allemande le buste fut fondu, de sorte qu'aujourd'hui celui qui trône aujourd'hui, a été inauguré le 1er février 1989 par la municipalité Chésa. Après quarante années d'absence! On doit ce renouveau à l'activisme de l'Association des Amis de la Ville et de la Cité.

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© Garcia / L'Indépendant

Ce nouveau buste identique à l'original, a été réalisé par le sculpteur Jean Augé d'après le moulage qui avait été conservé.

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