29/11/2016

Pierre Sire (1890-1945) : l'écrivain, le poète et l'archéologue de nos racines

Pierre Sire naît en décembre 1890 à Coursan dans l'Aude dans une modeste famille de viticulteurs. Après sa scolarité à Limoux, il entre à l'Ecole Normale d'instituteurs en 1907 à Carcassonne. "Mens sana in corpore sano" : cet esprit sain dans un corps sain, jouait au poste de trois-quart aile dans l'équipe de l'AS Carcassonne qui évoluait autrefois à XV avec Albert Domec. Outre le ballon ovale, Pierre Sire pratiquait également la course à pied, la natation et le tennis. Durant l'année scolaire 1912-1913, Pierre Sire est nommé maître détaché au Collège français de Madrid. Hélas, la Grande guerre l'arrache pour un temps à sa destinée et à 24 ans, il combat l'ennemi avec bravoure comme lieutenant d'infanterie. Ceci lui vaudra l'attribution de la Croix de guerre.

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Pierre Sire

Après l'armistice, le jeune soldat reprend ses activités littéraires. Il est nommé comme instituteur à La Nouvelle, mais c'est à Cailhau qu'il se réalisera pleinement au contact de ses élèves. Il bénéficie de notations frisant l'excellence compte tenu de ses grandes valeurs humaines et morales. Il est ensuite chargé pendant un an de l'enseignement du français dans les classes d'examen au Cours complémentaire du Bastion à Carcassonne, puis des classes de 8e et de 7e du lycée de garçons. 

A nouveau, une guerre ! Il part le 26 août 1939, comme capitaine commandant la 2e compagnie du 2e Bataillon de Chasseurs Pyrénéens. En 1940, il reçoit la légion d'honneur à titre militaire.

Dans Carcassonne, Pierre Sire s'était fait une place de choix parmi les intellectuels - à cette époque, riche de gens lettrés et d'artistes (Joe Bousquet, Rene Nelli, Ferdinand Alquié...). Cet homme simple et modeste, sachant s'attirer toutes les sympathies, allait devenir l'une des pierres angulaire du temple littéraire Audois. Ses études sur le folklore local à travers le Groupe Audois d'Etudes Folkloriques en sont une référence.

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Buste de Pierre Sire réalisé par Hélène Cannac.

Son ami d'enfance, le poète Jean Camp - un autre oublié de chez nous, Académicien - avec lequel il allait à bicyclette par les collines de la Clape jusqu'au bord de mer, disait de lui :

"Il détestait le panache inutile, l'emphase ; l'ostentation et l'exagération si chère à beaucoup de nos compatriotes le faisait d'abord se rétracter, puis tout aussitôt sourire."

" Il avait tout de même en ce temps-là ces révoltes généreuses qui le poussaient à protester avec les gens de chez nous, victimes de la crise viticole, à sentir plus profondément qu'un autre la peine d'un pays ruiné où ceux qui l'entouraient n'avaient plus à vivre et redoutaient les pires lendemains."

La mort devait brutalement arracher cet esprit élégant en 1945, à l'âge où les hommes sont d'ordinaire en pleine maturité intellectuelle. 

Ses romans

 

L'Homme à la poupée 

Henri Estorge que sa blessure désespère, fuit son amie pour ne pas lui avouer son impuissance, mais répond à l'appel des champs et oublie sa peine sur la glèbe maternelle.

Le Clamadou 

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Dans ce roman écrit en 1935 avec son épouse Maria, un petit hameau de pêcheurs s'accroche à une île entourée de marais ; la présence de Paquita la gitane y avait passer un vent de folie mais il ne faudra rien moins que les pouvoirs publics pour provoquer l'exode.

Marthe et le village

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"La communauté se ligue contre l'étrangère et parvient à la chasser. Sur le drame personnel plane toujours l'auguste nécessité qui soumet l'homme à l'ordre naturel, qui le plie aux forces élémentaires. Il dépend alors de lui que sa vie soit leur conséquence harmonieuse et seuls trouveront le salut ceux qui ne dérogeront pas aux lois du milieu primitif." (Jean Ballard)

Citations

"Ne peut devenir votre ami que celui qui est digne d'entrer au coeur de votre enfance."

"L'homme garde toujours une possibilité si petite soit-elle de se relever ou de s'évader : si inégale que soit la lutte, si avancée que soit la défaite un espoir subsiste, et subsiste par cette résistance toujours possible aux forces de désagrégation, intacte parce qu'indivisible, la dignité, c'est-à-dire l'homme."

Hommages

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Une plaque sur la maison de Pierre et Maria Sire rappelle dans la Cité, le souvenir des deux poètes.

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Dans les années 1980, le maire Raymond Chésa a inauguré le jardin au pied du Pont vieux. Le nom de Pierre et Maria Sire lui a été donné et un monument en leur souvenir trône au milieu de celui-ci.

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25/11/2016

Jean-François Bousquet, ce curé de l'Aude massacré pendant la Révolution Française

Voilà encore une histoire dont on ne vous parlera pas dans les livres de catéchèse historique du département de l'Aude... La vie de Jean-François Bousquet, né à Ginestas le 8 juin 1751 de Jean Bousquet (ménager) et de Marie Thomas, ne fut pas singulière. Il n'y a pas dans cette histoire de Happy end, mais je vous garde pour la fin une belle surprise à terroriser tous les sans-culottes de la rue de Verdun. Je plaisante, bien sûr...

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Statue de Jean-François Bousquet à Ginestas

Docteur en théologie et licencié en droit canonique et civil, J-F Bousquet devint un des canonistes les plus réputés de l'époque. Sous les yeux de Mgr l'archevêque de Toulouse, Charles DE LOMÉNIE DE BRIENNE et de ses grands vicaires, il fouilla les documents du parlement ide Toulouse et commença son grand travail en deux volumes in-4° : Droit ecclésiastique français, où il traite des questions relatives aux collateurs ecclésiastiques dans la dispensation des bénéfices, indique les abus qui s'y sont introduits et trace le plan de réforme dont la jurisprudence sur ce point est susceptible.

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Eglise St-Saturnin de Pouzols-Minervois

Clerc-tonsuré en 1770, il est ordonné prêtre le 15 mars 1777 et prend en charge la cure de Pourzols-Minervois. Vers 1786, il alla se fixer à Paris et établit sa résidence chez les Eudistes. Il y vint attiré par le cardinal DE BRIENNE, afin de confronter les arrêts de Toulouse avec ceux du Grand Conseil et du Parlement de la capitale. Là, il se mit en relations avec BARRÈRE, qui deviendra membre influent de la Constituante, puis de la Convention et du Comité de salut public. Ces relations étroites avec LOMÉNIE DE BRIENNE et BARRÈRE pourraient faire soupçonner son orthodoxie. Il n'en fut rien. Successivement, Mgr DU LAU, archevêque d'Arles, à l'assemblée générale du Clergé le 21 août 1786, et Mgr DE DILLON, archevêque de Narbonne, ainsi que TALLEYRAND-PERIGORD, archevêque de Reims, à l'assemblée de 1788, firent de lui le plus bel éloge, et obtinrent en sa faveur une subvention de 4.000 livres d'abord et de 6.000 livres ensuite. Les ressources de l'abbé BOUSQUET étaient modiques. Aussi demanda-t-il au P. HÉBERT l'hospitalité aux Tourettes. Sa réputation s'étendit au-delà de la petite communauté et pour lui témoigner leur estime les prêtres de la paroisse Saint-Etienne-du-Mont, le choisirent le 21 avril 1789, en compagnie du P. HÉBERT, pour être l'un des 9 députés, chargés de la rédaction des cahiers du Clergé.

Ne remplissant pas de fonctions publiques ou paroissiales, l'abbé Bousquet ne fut pas tenu à prêter le serment constitutionnel. Mais quand la loi du 27 mai 1792 de déportation des prêtres fut proclamée, ils furent tous recherchés et le serment civique leur fut réclamé. Il fut l'un des premiers arrêté aux Tourettes et conduit à la section du Luxembourg. Là, Jean-François Bousquet refusa le serment et déclara :

"Je refuse tout serment, contraire à ma conscience et suis prêt à tout endurer même le martyre".

Deux jours avant le massacre, il songea à son ami BARRÈRE, et lui écrivit d'intervenir en sa faveur auprès de DANTON, ministre de la Justice. Danton promit bien à BARRÈRE et par deux fois la liberté, pour le lendemain même, de l'abbé BOUSQUET; mais la promesse ne fut pas tenue. Détenu dans l'église des Carmes, rue de Vaugirard, il fut le 2 septembre 1792 mis à mort avec 94 autres ecclésiastiques.

La tuerie des Carmes

Vers 16 heures, un groupe armé se rend à la prison des Carmes, où 150 prêtres insermentés ont été enfermés après le 10 août. Une heure auparavant, était passé le juge de paix Joachim Ceyra qui avait procédé avec célérité à l’appel des prisonniers, puis s’était tout aussi prestement retiré. Les prêtres sont alors poussés vers le jardin.

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Le perron d'où sortirent des prêtres

Aussitôt la tuerie débute par une fusillade, puis à coups de piques et de sabres ; certains religieux cherchent refuge à la chapelle, mais sont entraînés de force et exécutés dans le jardin ; certains toutefois réussissent à s’échapper. L’arrivée du Commissaire de la section du Luxembourg Jean-Denis Violette suspend pour un instant les massacres. Celui-ci établit une procédure en faisant office de juge occasionnel et fait comparaître les prêtres survivants. Les jugements consistent en une rapide vérification d’identité et un verdict rapide. Peu avant six heures tout est terminé, après 115 exécutions. Les quelques prêtres rescapés sont conduits au siège de la section du Luxembourg.

 Certains corps sont transportés au cimetière de Vaugirard et entassés dans une fosse commune ; d’autres sont jetés dans un puits du jardin, redécouvert, en 1867, lors du percement de la rue de Rennes, dont le tracé passe au travers du jardin des Carmes. Quelque temps après le massacre, les sœurs de J-F Bousquet - Marie et Rose - donnèrent procuration au citoyen Michel AZÉMA, député à la Convention, pour procéder à la levée des scellés apposés sur les meubles de leur frère, et le citoyen BONNARD, ancien réfectorier des Tourettes, vint au nom de ce dernier réclamer la montre que le martyr portait sur lui au jour de sa mort.

Le Bienheureux

Le 17 octobre 1926, le pape Pie XI a inscrit l'abbé Bousquet au nombre des bienheureux de l'église.

La surprise et la recherche du blog

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Jean-François Bousquet, curé de Ginestas béatifié par Pie XI, n'est autre que le grand oncle en ligne directe, du poète Joë Bousquet. Ce dernier n'a jamais caché ses convictions et son éducation religieuse. Sa famille a même hébergé l'évêque de Carcassonne, lorsqu'il fut expulsé au moment de la loi de séparation de l'église et de l'état. La soeur Henriette Bousquet épouse Patau, le raconte fort bien dans un manuscrit de ses mémoires. Quant à son frère, l'abbé Gabriel Sarraute fut son confesseur et lui administra l'extrême onction la veille de sa mort.

Sources

Histoire du clergé de l'Aude / Chanoine Sabarthès / 1939

Les martyrs Eudistes massacrés aux carmes / 1926

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16/10/2016

Marcel Itard-Longueville (1898-1993), maire de Carcassonne injustement oublié

Faudrait-il que l'on s'étonne que dans Carcassonne, d'anciens maires du XXe siècle aient bénéficié d'un véritable culte et que d'autres n'aient même pas un nom de rue ou de bâtiment public en leur mémoire ? Parmi les heureux élus, on peut citer Albert Tomey, Henri Gout, Jules Fil, Antoine Gayraud, Raymond Chésa. Dans la liste des "oubliés" figurent Louis Amiel (Maire provisoire à la Libération), Philippe Soum, Marcel Itard-Longueville et Fernand Ancely. Tout pourrait paraître étrange à celui qui ne connaît pas l'histoire de la vie politique de la capitale audoise ; sur ce point, les rancoeurs et les vengeances ont été souvent l'objet d'alliances de circonstances et cela perdure encore de nos jours. Après avoir retracé la biographie de Philippe Soum, nous nous sommes intéressés à son successeur. Comme il était inutile et vain d'aller rechercher des informations les concernant dans ouvrages dans lesquels ils sont volontairement absents, nous avons frappé à la porte de leur famille et des archives départementales. Quelles en soient remerciées.

Marcel Itard-Longueville

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Marcel Itard-Longueville à son bureau

Avocat inscrit au barreau de Carcassonne et ayant son cabinet au numéro 7 de la rue du Palais, Marcel Itard-Longueville avait obtenu sur les champs de bataille, la Croix de guerre 14-18 et la légion d'honneur.  Filleul d'Albert Sarraut - sénateur de l'Aude -, ses opinions politiques appartiennent au courant Radical-Socialiste. Comme lui, il sera déporté au camp de Neuengamme en 1944. A Carcassonne, Marcel-Itard Longueville est marié à la fille du brasseur Fritz Lauer.

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Sa maison, 7 rue du Palais

Un juste parmi les Nations

La discrétion et l'humilité des Français qui ont caché et sauvé au péril de leur vie des familles juives, laissent penser à tort qu'il n'y avait que des salauds. Or, ceci est absolument inexact. A Carcassonne comme ailleurs, des gens participèrent à l'exfiltration des juifs via des réseaux de passeurs vers l'Espagne ou la Suisse. Si on le sait pas, c'est parce que ces humanistes ne sont jamais vantés de ce qu'il ont fait, considérant cela comme naturel. Encore aujourd'hui, leurs héritiers découvrent un passé dont il n'ont jamais parlé, emportant leur secret dans la tombe. Claude Itard-Longueville a ainsi découvert que son père avait sauvé la vie de deux ou trois familles, pourchassées dans un Carcassonne aux mains de la Milice et de la Gestapo. C'est dans son cabinet, situé à deux pas de la Feldkommandantur qu'il cacha ainsi la famille de M.Seidenberger. Ce négociant en houblon était régulièrement en affaire avec la brasserie Fritz Lauer ; il se réfugia à Carcassonne en fuyant la zone occupée. Quand le sud de la France passa à partir du 11 novembre 1942 entre les mains des Allemands, l'avenir de la famille Seidenberger s'assombrit. Voici comment, selon Claude Itard-Longueville, elle fut mise en sécurité.

L'assureur Arnal leur fit avoir des faux papiers d'identité, puis on les conduisit aux Martys où le boulanger Ernst Cousiné - le maire de Caudebronde - les mit entre les mains d'un réseau de passeurs. Cette famille émigra ensuite aux Etats-Unis. Peu de temps avant la mort de Marcel Itard-Longueville, une rencontre eut lieu à Carcassonne entre lui et une fille juive qu'il avait sauvée durant cette triste période, grâce à Raymond Satgé. Selon son fils, un article de journal relata l'évènement - nous ne désespérons pas de le retrouver.

Déporté à Neuengamme

Dans les dossiers laissés par René Bach (Interprète du S.D), Marcel Itard-Longueville est désigné par Otto Krebs (agent de la Gestapo) comme une personne à arrêter pour opinions anti-allemandes. Le 8 juin 1944, ce même Krebs procède à son interpellation, à 6 heures du matin à son cabinet de la rue du Palais. Il est d'abord arrêté avec six ou sept autres personnes, officiers de réserves comme lui. A t-il été dénoncé ? Envoyé au camp de Compiègne, il est déporté le 15 juillet 1944 vers le camp de concentration de Neuengamme et tatoué avec le matricule 36249. Après la libération du camp en mai 1945, il revint à Carcassonne et reprit ses activités d'avocat.

Maire de Carcassonne

Au mois de mai 1950, Marcel Itard-Longueville est désigné par les Radicaux comme candidat à la fonction de maire de Carcassonne. Elu grâce à une coalition de centristes et de sept conseillers de la S.F.I.O, son mandat ne durera que trois ans au bout desquels il sera mis en minorité. Cet homme qui dut affronter les difficultés budgétaires liées à la reconstruction du pays, fut lâché par la S.F.I.O qui s'allia avec les communistes. Jules Fil prit ainsi la mairie de Carcassonne, le 26 avril 1953.

Pendant trois années Marcel Itard-Longueville mena à bien - malgré un contexte perturbé - plusieurs réalisations. Bien entendu, on n'en parle jamais... Parmi elles : la création du jardin et des abords de la cathédrale Saint-Michel, l'édification du nouveau lycée Paul Sabatier, la restructuration de la bibliothèque municipale, la création de la colonie de vacances à Labastide-de-Sérou, l'agrandissement de l'école de Villalbe, etc...

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© Chroniques de Carcassonne

Marcel Itard-Longueville est décédé le 19 février 1993. Il est inhumé au cimetière Saint-Vincent. Jean-Claude Pérez - Député-maire de Carcassonne - fit ériger en janvier 2013 à la demande de Claude Itard-Longueville, une plaque commémorative en sa mémoire sur la façade du 7 rue du Palais.

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© La dépêche / Sylvie Leclercq

Sources

Claude Itard-Longueville

Archives de l'Aude

DDM / Février 1993

Histoire de Carcassonne / Privat

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13/10/2016

La chanson "Frou-Frou" a été composée par un Carcassonnais en 1898

Mesdames et messieurs, j'ai l'honneur de vous annoncer que la chanson "Frou-Frou" que chantait toutes nos grand-mères est l'oeuvre d'un carcassonnais. Mais oui ! Il s'agit de Joseph Rieunier plus connu sous le nom de scène d'Hector Monréal. Il naît à Carcassonne le 17 juillet 1839 dans le quartier de la Barbacane et monte à Paris où il fait d'abord une courte carrière de dessinateur au ministère de la guerre qu'il quitte en 1862 pour le théâtre Montmartre ; il y joue la comédie pendant deux ans. Il réalise ensuite des pancartes-sommaires que le directeur du Petit journal affiche chaque jour à la porte et qui attire la foule par leur originalité. Son esprit des plus droles, n'allait pas le laisser trop longtemps dans l'anonymat. Il devient acteur et abandonne la scène pour l'écriture. Il se lance comme auteur de revues, opérettes et autres pièces de théâtre avec son ami Henri Blondeau. Pendant 40 ans, ces deux là ne cesseront d'être liés comme des frères et enchaîneront succès sur succès dans tous les théâtres parisiens: les variétés, le château d'eau, l'Eldorado, Folies dramatiques... Puis à l'Olympia en 1903. Monréal est également chansonnier et fait des dessins humoristiques dans divers journaux.

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Henri Blondeau (gauche) et Hector Monréal (droite)

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La chanson Frou-Frou est tirée d'une revue de Blondeau et Monréal

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Hector Monréal est mort dans les bras de son ami Blondeau en 1910. Ils sont tous deux inhumés au cimetière d'Asnières dans les Hauts de Seine. Aucun nom de rue à Carcassonne pour Hector Monréal, qui avait écrit pourtant un pièce "Le rempart de Carcassonne" jouée à Paris en 1868. Gageons qu'avec cet article cette injustice soit réparée...

Quelques oeuvres d'Hector Monréal et d'Henri Blondeau

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1868 : Le rempart de Carcassonne
1871 : Qui veut voir la lune
1876 : L'ami Fritz-Poulet
1875: Pif-Paf
1885: Au clair de la lune
1891: Paris port de mer
1892 : Les variétés de l'année
1896 : Une semaine à Paris
1898 : Frou-Frou
1901 : Le cirque Ponger's
 
Quelques oeuvres d'Hector Montréal seul
 
11 avril 1868 : Mlle Clochette
1er janvier 1871 :Une garde aux remparts
30 septembre 1873 : Voilà le programme
 
Hector Monréal est totalement inconnu à Carcassonne, tant et si bien qu'il serait bon que la ville lui attribue enfin un nom de rue.
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03/10/2016

Dans l'intimité de Jean Bringer...

Il est des photographies qui valent mieux que de trop longs discours. Aussi, aujourd'hui ai-je décidé de vous faire partager un cliché totalement inédit de Jean Bringer - chef de la Résistance Audoise, assassiné à Baudrigue le 19 août 1944. C'est le moment heureux d'un papa de 27 ans avec son fils sur ses épaules. Ce bambin prénommé Jean-Marie qui à l'âge d'un an deviendra orphelin de guerre, à cause de la barbarie d'hommes fanatisés, au service d'une idéologie extrême. La paix est le bien le plus précieux ; comme la santé, c'est quand on l'a perdu qu'on s'en aperçoit. 

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Jean Bringer

(1916-1944)

Jean-Marie Bringer

(1943-2011)

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26/09/2016

Ramón Martí (1902-1989), le plus Carcassonnais des Catalans

Ramón Martí était né à Manresa près de Barcelone en 1902. Le coup d'état du général Primo de Rivera en Espagne et l'instauration de la dictature, l'avaient amené à fuir son pays en 1923. Ce gouvernement militaire persécutait les Catalans ; l'enseignement de cette langue à l'école était proscrite. Il était interdit de l'écrire et même de la parler. Les opposants devaient s'exiler ou craindre l'emprisonnement, la torture et les exécutions. La répression contre l'indépendance de cette terre annexée par l'Espagne au Moyen-âge fut terrible et sans pitié. On ne peut pas bien comprendre l'actuel séparatisme Catalan sans connaître ce que le gouvernement espagnol de l'époque Rivériste et Franquiste a fait subir à ce peuple ; ce pays qui s'étendait avec sa langue et sa culture de la Sardaigne aux Baléares.

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 Ramón Martí s'installa donc successivement comme décorateur à Perpignan, Toulouse, Paris et Bruxelles. Deux ans après, il s'installe à Carcassonne. En 1936, il part combattre les troupes de Franco lors de la guerre civile espagnole. Il est blessé lors du débarquement d'Ibiza, retourne en France où il obtient sa naturalisation.

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© Patrice Cartier

Patrice Cartier et Ramón Martí en 1979

Pendant la Seconde guerre mondiale, l'ancien émigré défend la France contre l'occupant Allemand et s'engage dans l'Organisation de la Résistance Armée (ORA) en Haute-Vienne. De retour à la vie civile, il occupe plusieurs fonctions avec talent dans le domaine des arts : Décorateur, peintre, caricaturiste, journaliste et cinéaste. En 1949, il collabore à la chronique de l'Indépendant : "Les Catalans chez eux et ailleurs".

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Ramón Martí dans "Le Sourcier" de G. Savi

Entraîné par son ami Carcassonnais Georges Savi, il figure dans de nombreux films muets amateurs. Les deux éternels gamins gagneront plusieurs prix nationaux. En 1955, il part à Cannes défendre "Le sourcier" réalisé à Carcassonne par Georges Savi  et remporte le Premier prix du film amateur ; ce même film est primé au Festival de Katowice (Pologne) en 1959. Deux après, "Le voleur chausse du 42" obtient le Grand prix du Festival de Cannes et prix du Président de la République. En 1961, "Un départ à toute pompe" est réalisé en 35 mm (format professionnel).

L'oeuvre de R. Martí c'est aussi ses nombreuses chroniques dans "Le Midi-Libre" pendant vingt-quatre ans. Il prend sa retraite en 1981, mais poursuit sont talent d'écriture dans "Le courrier de la Cité". Inutile d'ajouter que ce personnage aujourd'hui oublié côtoya les plus grands de nos poètes et écrivains : Joë Bousquet, Jean Lebeau, René Nelli, Michel Maurette, etc... Il est décédé le 7 juin 1989 à l'âge de 87 ans à Carcassonne. Sa tombe se trouve au cimetière d'Alzonne. Au cours de sa vie, l'émigré Catalan n'a jamais cessé de militer pour les libertés individuelles et l'émancipation de l'homme.

Ci-dessous, le film "Le sourcier"

https://www.youtube.com/watch?v=u1gI9VXW21s

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