17/08/2015

Le mystère est levé sur le cadavre de la tombe 17...

Le 12 août 2014, j'évoquais l'histoire de la disparition du cadavre d'un responsable de la Résistance, retrouvé calciné le 6 septembre 1944 en bordure de la route menant au Mas-des-cours. Il s'agissait de Noël Blanc, alias Charpentier, envoyé par Londres pour enquêter sur la disparition d'une grosse somme d'argent destinée aux maquis, après un parachutage. Il est indispensable que vous relisiez cet article en lien ci-dessous afin de comprendre ce qui va suivre :

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Depuis ce temps, je me suis rendu aux archives départementales de l'Aude où j'ai tenté de retrouver certains dossiers jusque-là classifiés. J'ai découvert les dépositions des témoins ayant découvert le cadavre, quelques rapports de police, les lettres du préfet et les sanctions prononcées contre un de ses agents. Voilà un puzzle, qui reconstitué, va nous éclairer sur cette ténébreuse affaire...

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C'est là... sous ce ponceau situé à 800 mètres de la ferme de Cassagnac en direction de Fajac-en-val qu'a été découvert le cadavre de Charpentier.

La découverte du cadavre

Le 7 septembre 1944, Jean Labadie et Henri Mas, Maréchaux-des-logis chef, rédigent un rapport dans lequel ils indiquent avoir été prévenus par le Président de la Commission de Libération de Palaja, de la découverte du cadavre d'un homme sous un ponceau de la route départementale 42, à proximité de la ferme Montgrand, en direction du Mas-des-cours. Ce sont deux hommes qui, partis pour chercher des champignons, ont fait la macabre découverte en voulant cacher leurs bicyclettes sous ce ponceau. Il était impossible d'apercevoir le corps depuis la route ; l'entrée du petit pont était obstruée par quelques ronces. 

Constatations sur la victime

Le corps était allongé de tout son long, la face tournée vers le haut et les mains crispées repliées vers le milieu du corps. Après avoir été arrosé d'un liquide inflammable, le ou les assassins ont mis le feu au cadavre qui a été entièrement brûlé. Une quinzaine d'allumettes ont été allumées et jetées près du corps. La victime était habillée d'un costume bleu marine avec rayures blanches, une chemise gris-bleu à manchettes, nu-tête, les chaussures complètement détruites par le feu. On a retrouvé des boutons de manchettes qui ont été déposées comme pièces à conviction. La victime a été tuée à l'aide d'une arme à feu et transportée ensuite en ce lieu désert, puis incendiée avec un liquide inflammable. Aucune douille n'a été retrouvée à proximité ou dans les environs. Aucune pièce d'identité n'a pu être trouvée sur lui.

Les témoins  

M. Ricard Joseph, Président de la Commission de Libération de Palaja, déclare à 17h :

"Aujourd'hui, six septembre 1944, vers 12h45, j'ai été avisé par les nommés Plantier et Roquefort, tous deux de Carcassonne, que le cadavre d'un homme, se trouvait sous un ponceau de la route départementale N°42 de Palaja à Fajac-en-val, à 3,5 km au sud-est de Palaja. Je vous ai avisé aussitôt et j'ai mandé d'urgence un docteur en médecine. Je ne me suis pas rendu sur les lieux avant votre arrivée. Je ne connais pas cet homme comme étant de la région. Dans ma commune aucune disparition ne m'a été signalée. Durant ces derniers jours, je n'ai remarqué aucun véhicule suspect passer à Palaja. Cette route avant la rentrée des F.F.I à Carcassonne, était peu fréquentée ; il n'en est pas de même actuellement."

Laganthe Élie, 73 ans ; André Besse, 38 ans et Rios Narcisse, 46 ans ;  demeurant respectivement à la ferme Montgrand (située à 500 mètres) et à la ferme Cassagnac (située à 800 mètres), n'ont rien entendu et n'ont rien vu de suspect.

Pierre Roquefort, 38 ans, chauffeur domicilié à Carcassonne et son camarade Plantier Étienne, 46 ans, mécanicien à Carcassonne ont déclaré avoir découvert le corps en allant aux champignons, le 6 septembre 1944. En voulant cacher leurs vélos, ils ont vu un homme étendu sous le ponceau au petit matin. Avec l'obscurité, ils n'ont d'abord pas vu qu'il s'agissait d'un cadavre, mais plutôt un individu en train de dormir ou encore un "bôche". Après leur cueillette, ils sont retournés à midi voir si l'homme y était toujours. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'il se sont aperçu avec le jour, qu'il s'agissait d'un homme carbonisé.

Certificat médical

Le Dr Henri Piétréra, médecin assermenté a constaté que la victime avait tué par une balle de révolver ayant pénétré dans l'espace inter-uno vertébrale gauche et est sortie en avant au-dessus de la clavicule gauche. Le corps a été brûlé après la mort.

L'enquête

Elle mènera à la clinique du Bastion de Carcassonne, après la réouverture de l'enquête suite au décès suspect du Dr Cannac dans cette même clinique. Il semble évident qu'une partie de la Résistance ait occis Charpentier. Mais qui ? L'infirmière Thérèse Paillet s'accuse du meurtre ; elle indique que Charpentier l'avait menacé de ses avances et qu'elle a agi par légitime défense. Puis, elle se rétracte... Elle accuse le Dr Cannac d'être l'assassin car il fallait l'éliminer, c'était un traître. Thèse également soutenue par une partie des Résistants mais démontée par l'autre partie. Qui croire ? Facile de faire porter la responsabilité sur un   défunt ; le Dr Cannac venu se suicider (chose étrange) depuis Antibes - où il s'était réfugié après la guerre - le lendemain dans la clinique Delteil. Tout ceci va créer un véritable émoi dans la presse locale et la presse nationale ; détective et Paris-Match font leur gros titre.

On étouffe l'affaire ?

J'ai retrouvé une lettre du Préfet de l'Aude datée du 28 novembre 1952. Elle adressée au Ministre :

"Cette affaire est de nature à avoir des répercutions considérables dans mon département et peut-être même sur le plan national, en faisant hâter le procès du ou des assassins de Charpentier (Blanc) et de mettre en cause un certain nombre de personnes considérées comme honorables."

Des documents disparaissent

Parmi les policiers Carcassonnais épurés (ils sont nombreux), J'en ai trouvé un qui a été sanctionné pour avoir participé aux activités pro-allemandes et pour avoir faire disparaître des documents très importants du dossier d'enquête de l'affaire Charpentier. Tiens donc... 

On sait où est Charpentier

Ce cadavre inhumé à Saint-Michel dans la tombe 17, puis placé dans le caveau des martyrs de la Résistance, avant d'être envoyé à Chäteauneuf (Vosges) à la demande de la veuve, n'a jamais été celui de Charpentier. On a subtilisé le corps à la morgue, afin qu'aucune nouvelle autopsie ne puisse être pratiquée, tout en plaçant deux individus inconnus dans le cercueil. Plus de corps, beaucoup moins de chances de résoudre l'énigme du crime... Mais alors, où est passé le corps de Charpentier ? Nous avons trouvé la réponse manuscrite au bas d'un document confidentiel de la police, en date du 24 décembre 1953. Nous sommes à cette époque en plein procès de l'affaire Delteil, Cannac, Charpentier...

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"On ne le retrouvera pas. Il est enterré avec le corps de miliciens"

Au début du mois de septembre 1944, certains miliciens Carcassonnais (n'ayant pas pu fuir) ont été fusillés à la caserne Laperrine. Qui a pu placer le corps de Charpentier avec celui des Miliciens ? J'ai mon idée... L'implication de certains Résistants à faire disparaître un responsable venu enquêter sur le vol d'argent parachuté, me semble se faire plus nette.  Qu'entend le Préfet par "personnes considérées comme honorables" ? Qui a t-on voulu protéger ?... Je vous invite à regarder les élections d'après-guerre, vous verrez des amitiés de circonstance faire alliance en dépit d'idéologies politiques à priori opposées. Carcassonne conserve encore ses secrets...

Sources

Archives de l'Aude

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11/08/2015

Le tortionnaire de la Villa de la Gestapo est inhumé dans Carcassonne.

On lui aurait donné le bon Dieu sans confession avec sa gueule d'ange de premier communiant et pourtant...

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© ADA 11

C'est bien le diable qui se dissimulait derrière René Bach, agent du SD (Gestapo) de Carcassonne du 20 avril 1943 au 18 août 1944 après avoir proposé ses services comme interprète à la Kommandantur dès le 1er novembre 1943. Du haut de ses 23 ans, l'alsacien de Voellerdingen (Bas-Rhin) - Eh ! oui, il était français - a su se rendre utile et même faire preuve de zèle. Pour 3000 francs mensuels, plus quelques extras dérobés à ses victimes, il est passé en peu de temps, maître en coups de matraques et nerfs de boeufs.

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La villa du 67 route de Toulouse

Affuté aux pires techniques d'interrogatoires comme celles de la baignoire ou des brûlures sur les doigts, simulant l'exécution par pendaison ou arme à feu, la villa de la route de Toulouse fut le théâtre de ses méfaits. Ne croyez pas qu'il n'en fut pas moins efficace sur le terrain, comme à Trassanel où à Belcaire. 

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© Pablo Iglesias

Le 28 juillet 1945, la majorité des jurés (Yvonne Marcillac, Pierre Carbonne, Albert Sirven, Jacques Riffaud) de la cour d'assise de l'Aude répondent Oui à l'ensemble des 97 questions mettant en cause l'accusé pour vols, coups et blessures, meurtres et tentatives de meurtre, crimes de trahison. En foi de quoi, la cour le condamne à la peine de mort ; ceci après l'audition des témoins et victimes de l'agent du SD :

Reine Bayle (Belcaire), Pierre Vacquier (Camurac), Roger Malet, Joseph Dieuzer (Carcassonne), Claire Comminges épouse Bringuier (Carcassonne), Antoine Rodriguez (Bram), Miguel Amantegui (Carcassonne), Jean Lopez (Carcassonne), Vincent Miralles, Marieront Antoine (Narbonne), Laurent Durand (Villeneuve-Minervois), Dr Camus (Narbonne), Henri Tournié (Carcassonne), Joseph Audirac (Quillan), Louis Ferral (Le bousquet), Louis Bousquet (Le Bousquet), Baptiste Seguy, Antoine Mortez (Le Bousquet), Gaetan Tristan (Le Bousquet), Jean Pijoan (Roullens), Francisco Rovira (Carcassonne), Mercedes Nunez (Carcassonne), André Verdier (Carcassonne), Pierre Tabouil (Mas Saintes-Puelles) et Robert Molinier (Castelnaudary).

Un Pourvoi est adressé par son avocat. Il est rejeté le 14 août 1945

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© Google maps

C'est ici sur le champ de tir de Romieu, à la sortie de Carcassonne en direction de Bram, qu'est conduit René Bach au matin du 6 septembre 1945. 

Procès Verbal d'exécution

L'an mil neuf cent quarante cinq et le six septembre à 6 heures sur l'invitation de Monsieur le Procureur de la République de Carcassonne, nous Darles, Juges d'instruction à Carcassonne, assisté de Marty, notre greffier, et en présence de M. Moulais, substitut de M. le Procureur de la République. Nous sommes transportés à la Maison d'arrêt de Carcassonne, ou en notre présence le condamné Bach, 24 ans, interprète à Carcassonne, 8 rue P. Curie a été livré à l'Officier commandant le peloton chargé de mettre à exécution l'arrêt de la cour de justice de l'Aude du 28 juillet 1945. Le condamné a été conduit au terrain de Romieu près Carcassonne où l'exécution a eu lieu par fusillade à 7 heur

Bach est ensuite inhumé en toute discrétion dans Carcassonne, où il repose depuis 70 ans. La concession a été acquise par sa famille, ainsi que la pierre tombale. Au milieu de ce lieu de repos éternel figurent également les martyrs du Quai Riquet, des résistants, des miliciens fusillés à la Libération. Finalement René Bach n'avait-il pas raison lorsqu'il déclara à son procès ?

"Toutes les affaires ont été faites parce que les Français se sont dénoncés entre eux"

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René Bach

Décédé

Le 6 septembre 1945

à l'âge de 24 ans

P.D.P.L*

Concession

à

perpétuité

* Priez Dieu Pour Lui

Après la destruction de la villa de la Gestapo en janvier dernier c'est finalement le seul témoin historique qui la relie à elle. Tout cela a bien existé et nous ne souhaitons pas que cela puisse être un jour remis en cause. Nous savons que d'autres peuvent être d'un avis différent ; peut-être craignent-ils qu'elle ne devienne un lieu de dévotion à la gloire du nazisme. Nous respectons leur conscience, tout en assumant la nôtre.

Sources

Archives de l'Aude

Midi-Libre / Juillet 1945

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29/06/2015

La Libération de Carcassonne croquée sur le vif par Jacques Ourtal en 1944

Les Archives départementales de l'Aude regorgent de trésors souvent oubliés parmi les milliers de documents qu'elle offre à la lecture du public. Ainsi, avons-nous pu mettre la main sur une série de dessins exceptionnels et rares, réalisés par le peintre Carcassonnais Jacques Ourtal le jour de la Libération de Carcassonne.

La Cité

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Entrée d'une écoute dans les fossés du château

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Sortie dans les lices hautes de la galerie allant jusqu'au fossés du château. Cette ouverture se trouvait à environ 40 mètres des tours Narbonnaises. Elle a été comblée en 1945...

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Place Marcou

 

Jardin Pierre et Maria Sire

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Fortification en bas du Pont-vieux

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Fortin dans un jardin. Pont-vieux

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A l'extrémité du Pont-vieux

Actuelle place Léopold Verguet

 

Pont vieux

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Entrée du Pont-vieux par Notre-Dame de la santé

A droite, l'actuel hôtel des 3 couronnes

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Entrée du Pont-vieux par l'ancienne maternité

A gauche, aujourd'hui l'hôtel des 3 couronnes

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Fortification bâtie sur le Pont-vieux par l'occupant

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Casemates à la sortie du Pont-vieux vers la rue Trivalle

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Blockhaus attenant à la maternité face à la Cité

Aujourd'hui, terrasse de l'hôtel des 3 couronnes

 

Route de Narbonne

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Mannequin sur la barricade en face la prison.

Inscription sur la pancarte :

"On est foutus"

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Entrée de l'avenue Arthur Mullot vers le square Gambetta

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Barrage - Porte de la gendarmerie

Gendarmerie rasée en 1985 et reconstruite au même endroit

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Ce qu'il reste du Square Gambetta

 

Rue Achille Mir

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Route de l'abattoir

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Barrage - route de l'abattoir

 

Les quatre chemins

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Carrefour - Route de Limoux

 

Avenue du Maréchal Joffre

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Entrée de l'hôtel Terminus

La Kommandantur

 

Boulevard de Varsovie

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Boulevard du canal - chemin de hallage

Entrée de galeries passant sous la route

 

Patte d'oie

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Entrée de galerie sous la butte de Patte d'oie

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Sous la butte de Patte d'oie, deux galeries coffrées d'environ 20 mètres.

 

Quai Riquet

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Sous le pont de chemin de fer - Leur signature

Il s'agit du massacre du Quai Riquet où plus de 20 victimes civiles innocentes furent lâchement exécutées par les allemands, le 20 août 1944.

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Maisons incendiées au Quai Riquet

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Les secours après le massacre du Quai Riquet.

Le bâtiment incendié à gauche est celui de l'entreprise Hyvert

 

Route minervoise

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Bords du canal - Route minervoise

Ces documents tout à fait exceptionnels et peut-être jamais présentés aux publics, constituent un témoignage émouvant de l'histoire contemporaine de Carcassonne. Je suis heureux de pouvoir vous les faire partager en exclusivité.

Source

Archives de l'Aude / 2J86

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05/06/2015

Et alors, ils ont tous crié à Carcassonne : "Vive Pétain"

Le 14 juin 1942, soit cinq mois avant que la zone sud ne devienne occupée, une foule de Carcassonnais en liesse s'est rassemblée le long de l'ancien boulevard Jean Jaurès, auquel on a donné depuis 1941 le nom du vainqueur de Verdun. On attend celui qui deux ans plus tôt, acceptant la défaite, avait serré la main d'Adolf Hitler à Montoire, signant l'entrée de la France dans la collaboration avec les nazis.

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Philippe Pétain,

chef de l'Etat français

arrive à la gare en présence de l'Amiral Platon (secrétaire d'état), du Dr Ménestrel (chef de cabinet) et du Commandant Bonhomme (Officier d'ordonnance du Maréchal). La troupe lui rend ensuite les honneurs militaires et le maire Jules Jourdanne, nommé par son gouvernement, l'accueille. Notons que ce dernier fut remplacé de manière arbitraire par Pétain, à la place d'Albert Tomey qui avait été démocratiquement élu. L'antiparlementarisme d'une droite extrème anti-dreyfussarde, héritée de la fin du XIXe siècle étalait au grand jour ses principes politiques, aidée en cela par une certain nombre de parlementaires Radicaux-socialistes ayant voté les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.

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Dans l'Aude, il s'agit de Jean Bousgarbiès (Parti Radical), Léon Castel (Parti Radical), Jacques Guilhem (Gauche démocratique), Jean Mistler (Parti Radical), maire de Castelnaudary jusqu'en 1942 qui malgré des fonctions sous Vichy entrerera à l'Académie Française en 1966, Clément Raynaud (Gauche démocratique) et Albert Sarraut (Gauche démocratique), directeur de la Dépêche du Midi. Cela n'a pas empêché René Coty de devenir Président de la République en 1954, même s'il s'était rangé ensuite du côté de la Résistance.

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Le Midi Socialiste

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Philippe Pétain salue la foule, boulevard de Varsovie.

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Devant l'ancien couvent de la croix, place Davilla, détruit en 1971

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Petite visite à la maternité avec M. Lachal, directeur général de la légion française des combattants. On a pris soin de poser sur le lit du bébé, une photo officielle du Maréchal.

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A la sortie de la maternité de Carcassonne

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Philippe Pétain, sur l'actuelle place du général de Gaulle.

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Boulevard Philippe Pétain, face à la Préfecture de l'Aude, le Maréchal et sa délégation défile devant une foule en liesse. Les enfants de toutes les écoles brandissent des drapeaux et chantent la gloire de Pétain. Les adultes crient : Vive Pétain. Les mêmes crieront Vive de Gaulle en 1945. A noter, sous la flèche rouge la présence de René Bousquet, qui se rendra ensuite complice de la déportation des juifs après avoir planifié et organisé la rafle du Vel d'Hiv. Ce dernier siègera au conseil d'administration de la Dépêche du Midi, après 1959. Il sera assassiné en 1989 par Christian Didier avant son procès pour Crime contre l'humanité, ce qui arrangea sans doute les affaires de beaucoup de personnes...

Crédit photos

Collection Martial Andrieu

Sylvain Le Noach 

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09/05/2015

Les parents de l'acteur Bruno Wolkowitch sauvés de la déportation par une famille d'Arzens

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France 3 diffusera ce soir à 20h50 le téléfilm "Meurtres à Carcassonne", tourné en octobre 2014 dans la Cité, Rennes-le-château, Saint-Hilaire et dans la Montagne noire. J'aurais pu vous parler de l'intrigue, des acteurs et des secrets du tournage, mais ce ne serait que répéter des informations déjà largement évoquées dans la presse. Je préfère m'attarder sur un chapitre historique, qui lie à jamais l'acteur principal du téléfilm à notre département.

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Bruno Wolkowitch et Rebecca Hampton à la Cité

© Nathalie Amen-Vals

Un Arzenais de coeur

Ce n'est pas sans une grande émotion que l'acteur Bruno Wolkowitch a passé ces semaines de tournage dans l'Aude. Pendant la Seconde guerre mondiale, une famille de cinq personnes du village d'Arzens, situé à une quinzaine de kilomètres de Carcassonne, a caché sa mère, son oncle et sa grand-mère de confession juive, des griffes des nazis. Tout le village était au courant mais à gardé le terrible secret jusqu'à la fin de la guerre. Au péril de leurs vies...

" C'est des héros, comme il y en a beaucoup dans la région par rapport à la Seconde guerre mondiale ou à la guerre d'Espagne. Une région où il y a pas mal de plaques sur les murs qui valent le coup. Ça m'intéresse plus que les Templiers..., commente l'acteur."

(Interview France 3 Languedoc-Roussillon)

Les faits

En 1942, Marius et Henriette Dès vivent à Paris ; lui, occupe les fonctions de gardien de la paix. Dans leur immeuble il se sont liés d'amitié avec la famille Zlotnik. Déjà obligée de porter l'étoile jaune, Marius sait que l'immeuble va être raflé et que ses voisins sont sur la liste. Le policier va alors leur fournir de faux papiers pour les faire passer en zone libre vers Arzens, où demeurent son frère Étienne, viticulteur de son état, et sa belle-mère Marie Pech. Rachel Zlotnik et ses deux enfants Gaston et Liliane (mère de l'acteur Bruno Wolkowitch) vécurent pendant trois ans à Arzens à la barbe des Allemands. Rachel travailla la vigne et les enfants allèrent à l'école ; le dimanche à la messe comme tout le monde. Après la guerre, la famille juive et la famille catholique ne faisait plus qu'une et Bruno vint souvent passer ses vacances au village. 

Justes parmi les Nations 

Le 11 février 2010, le Mémorial de Yad Vashem remit à Arzens aux ayants droit de Marius et Philippine Dès, Ètienne et Henriette Dès, de Marie Pech, le diplôme de Juste parmi les Nations.

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Marius Dès

(1909 - 1977)

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Philippine Dès

(1911 - 1993)

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Étienne Dès

(1912 -1991)

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Henriette Dès

(1905 -1999)

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Marie Pech

(1881 - 1958)

 

Le 8 mai 2010

le Conseil municipal

d'Arzens

a inauguré

l'Impasse des Justes

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10/03/2015

Le leader d'extrème droite, Philippe Henriot, acclamé à Limoux et Carcassonne !

Nous ne vous trompez pas, car nous ne sommes pas en 2015 mais en 1937 ; plus exactement les 18 et 19 avril. C'est vrai que l'on a pris l'habitude de dire que l'Aude était une terre de gauche portée par Léon Blum et le Front populaire. Les résultats électoraux sont là pour en témoigner, en effet. Toutefois, trois ans avant la défaite militaire de 1940 et l'accession du Maréchal Pétain à la tête de l'État Français, une figure de l'extrème droite nationale remporte les vivas d'une population en liesse à Limoux et Carcassonne. Cette figure est adulée des propriétaires viticoles, commerçants et artisans. Autant de corps de métiers que l'on retrouve dans les archives de la collaboration audoise. Tiens, Tiens... 

Qui est Philippe Henriot ?

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Né à Reims en 1889, Philippe Henriot est député de la Gironde depuis 1932. Avant cette date, il est proche des Croix-de-feu et des Jeunesses patriotes.

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Affiche de 1935

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Affiche de 2012

Ils sont toujours là !

En 1935, il devient Vice-président de la Fédération Républicaine et se signale comme antisémite, anticommuniste, antimaçon et antiparlementaire. Pacifiste comme Laval en 1940, puisque très proche des idées du Reich. Il se range derrière le Maréchal Pétain en 1940. Philippe Henriot est la voix de la collaboration et de la propagande de Vichy, dans Radio-Paris. Il sera assassiné par en juillet 1944 par un groupe de résistants au 10 de la rue de Solférino à Paris.

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© ADA 11

À Carcassonne, un registre de condoléances est déposé devant le siège de la Milice, 18 place Carnot. Près de 400 personnes le signeront, puis une messe sera célébrée à la cathédrale Saint-Michel.

L'express du Midi

18 avril 1937

L'Union Républicaine de l'Aude, comité départemental affilié à la Fédération Républicaine de France avait organisé hier soir samedi et ce matin dimanche, deux grandes manifestations de propagande politique.

Chacune de ces réunions a groupé, sous la présidence de M. Montlaur, président de l'Union Républicaine de l'Aude, plusieurs milliers d'électeurs nationaux qui ont accueilli avec enthousiasme les électeurs du parti : M. Philippe Henriot, député de la Gironde, Vice-président de la Fédération ; Frédéric Dupont, député de Paris et François Martin, député de l'Aveyron, vice-présidents des jeunesses du parti.

Après une allocution très applaudie de M. Albouy, qui fut le candidat des nationaux aux dernières élections législatives, M. François Martin a parlé plus particulièrement du rôle de l'opposition " si activement menée par la Fédération Républicaine".

"Jamais le mot d'opposition n'a plus noble définition que lui ont donnée les chefs politiques derrière lesquels sont venus se ranger les jeunes députés adhérents au groupe parlementaire de la Fédération. C'est parce qu'ils savaient que se trouvait là, l'âme d'une résistance qui saurait demeurer intransigeante pour la défense de ce programme minimum qui réside en trois mots :

La patrie, la liberté, la famille

Qu'avec enthousiasme ils sont devenus les compagnons de lutte de leurs anciens et ont accepté d'unir à la leur, leur intraitable volonté de barrer la route à cette Révolution à laquelle, par lâcheté ou par inconscience, d'autres ont accepté d'ouvrir les portes de la patrie."

En concluant, le député de l'Aveyron a montré que la politique du Front populaire "n'a pas eu besoin de plus d'un an pour faire faillite".

M. Frédéric Dupont a fait un brillant exposé de la situation intérieure : "La France apparaît de plus en plus aux étrangers comme contaminée par le communisme. Certains peuples, soucieux d'éviter la contagion, se sont éloignés de nous, les autres guettes nos défaillances. À l'intérieur, le communisme paralyse l'activité française, sabote nos travaux de défense nationale, sème la haine dans nos villages et nos villes. Les agents de Moscou nous mènent à la guerre civile et à la guerre étrangère. Barrez la route au communisme par l'union et le courage ! Et tout de suite. C'est la condition du salu et de la patrie !"

Prenant le dernier la parole et salué par une longue ovation, M. Henriot dénonce éloquemment la dictature d'un gouvernement de Front populaire qui a réussi, dit-il, a instaurer en France la "République des goujats". Rappelant qu'en une seule semaine, les trois manifestations auxquelles il devait prendre part, ont été interdites par les préfets de M. Blum. Le vice-président de la Fédération Républicaine constate que ces brimades ridicules ne font  que fortifier la vitalité des formations nationales qui auront demain la grande tâche de mener le redressement du pays.

MM. Henriot, Martin et Dupont ont été acclamés. Samedi à Carcassonne, comme hier à Limoux, l'hymne national a été chanté par des assemblées vibrantes

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