05/01/2015

19 Août 1944 : Il a échappé au convoi des martyrs de Baudrigues

Ce témoignage manuscrit totalement inédit dormait depuis longtemps dans un dossier des Archives départementales de l'Aude. André Biaud arrêté en 1944, s'est retrouvé emprisonné à la citadelle de Perpignan avec d'autres détenus de la résistance qui seront transférés avec lui à la prison de Carcassonne le 17 août 1944. Ils seront tous exécutés à Baudrigues (Roullens) avec Jean Bringer et Aimé Ramond. Lui, sera libéré ; il nous livre là un témoignage poignant sur ses conditions de détention.

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La citadelle de Perpignan

© Conseil général des P-O

Position des cellules au 14-15 août 1944 dans ce secteur

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André Biaud nous livre le plan des cellules avec les noms de ses camarades d'infortune

Georges Salvazo (Lt Italien), Jésus (militaire espagnol), André Torrent, René Avignon, Le Nahour, Soyer, Simon Baills, Léon, Louis du "Scian Bar" de Perpignan, Jacques Bronson, Maurice Sévajols, Kerfour.

On peut lire les notes suivantes

De ma place, je peux soulever la plaquette qui de l'extérieur ferme le Judas. Je peux ainsi voir qui on amène en prison dans les cellules. À Perpignan, les 14 internés de ces cellules peuvent ses parler en l'absence des gardiens ou la nuit.

Cellules 21, 25, 26 : Sont des employés du terrain d'aviation de Persignan ; seront libérés.

Cellules 35 et 36 : Sans intérêt, l'un avait volé du pain. C'était des gamins.

La citadelle de Perpignan

15 août 1944

En fait, la prison de Perpignan ne comportait, à mon avis, que six cas graves : Maurice Sévajols, René Avignon, André Torrent, Simon Baills, Jacques Bronson, André Biaud.

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Jacques Bronson

(1923-1944)

Une autre série était sans doute classée dans les "déportables", dont ma femme, et ce groupe a donc pris l'autobus du transfert de Perpignan à Carcassonne. Le reste des internés a été regroupé dans des salles communes aménagées au sous-sol, dont les fenêtres barricadées donnaient sur les fossés de la promenade. Ce fut le cas pour Nahour, Soyer, Kerfour et les autres.

Le 15 août nous sommes dans nos cellules de la citadelle. Jacques Bronson est à la place indiquée sur mon plan. Lorsqu'il est arrivé, il nous a dit avoir été arrêté dans la gare de Perpignan, soit après avoir franchi le guichet de sortie.

Dans la nuit du 15 au 16 août, il règne une certaine animation au rez-de-chaussée (mouvement de meubles, etc...)

Le 16 au matin, nous allons aux lavabos au rez-de-chaussée comme chaque jour, sons surveillance d'un gardien et par groupe : soit une rangée de cellule à la fois. Vers 20 heures, on fait sortir certains des cellules pour les placer ailleurs. C'est ainsi que je me retrouverais dans une salle commune avec une vingtaine de personnes inconnues qui ne semblent pas avoir quelque chose de commun avec la Résistance.

 Le départ pour Carcassonne

Le 17, vers 9 heures 30, je suis appelé à l'extérieur et je retrouve des camarades de cellules voisines dans la cour. On nous rend, contre signature, ce que nous avions lors de notre arrestation : papiers, monnaies, et pour moi un petit insigne de l'armée de l'air que je remets en place sur le revers de mon veston. Nous sommes dirigés vers l'extérieur de la cour de la prison (tout en restant à l'intérieur de la citadelle). c'est ainsi que nous voyons un autobus qui nous attend. Attend un groupe de prisonniers, dont ma femme, que l'on fait de suite monter (Ma femme était d'abord, dans la cellule de René Avignon, avant son arrivée, et moi dans la cellule au secret total dans une autre aile).

C'est le car qui fait la ligne Quillan -Estagel - Perpignan. Plutôt petit (je pense maximum 30 places) et dedans un chauffeur et une femme avec une sacoche (sans doute la patronne).

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Plan du bus, d'après André Biaud

Lorsque nous monterons à notre tour, personne ne s'offusquera à ce que j'occupe une place près de ma femme. Nous serons donc à l'avant dernier rang. Les places du fond sont occupées par les soldats allemands (5 ou 6), deux ou trois à l'avant, plus deux convoyeurs du SD (Gestapo). Ma femme et moi sommes à la hauteur des roues arrières côté gauche de l'autobus ; ma femme près du couloir central, moi en sens inverse de la marche près de la glace, d'ailleurs baissée et le restera. En montant par la porte avant droite, Avignon et Baills sont au second rang et (je crois), Bronson et Torrent se trouvaient à la même hauteur côté gauche.

Tous les hommes ont été attchés l'un à l'autre par des menottes. Les femmes laissées libre, au nombre de trois. J'étais donc seul, et au lieu de m'attacher à ma femme, ils m'ont attaché à l'autobus ; l'une des menottes fermée sur l'un des côtés du siège, ma main droite restant libre. Quelques arrêts durant le voyage, descentes du chauffeur, bricolages divers... etc. Mais les soldats allemands en profitent pour faire des contrôles à distance, fouillent les vignes et les petits bois.

Avant Lézignan, la dame de l'autobus, après autorisation du responsable du SD, ouvrira des boites de sardines, prépara des casse-croutes avec du pain et en donnera aux femmes. Puis nouveaux arrêts.... memes battues dans les environs. En fait, il était impossible de s'évader, et si des maquisards éventuels avaient attaqués, le résultat n'aurait sans doute pas été positif.

Arrivée à la prison de Carcassonne

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Nous sommes arrivés à Carcassonne vers 16 heures 30, alignés dans la cour de la prison, l'autobus et les soldats repartent. Après un certain temps (10 à 15 minutes), l'un des représentants du SD convoyeur, vient avec des gardiens et l'on procède à l'appel dont l'ordre sera : Biaud, Bronson, Torrent, Avignon, Sévajols, Baills. Cet ordre déterminera la mise en place des cellules.

Nous montons les marches de l'entrée. J'ai juste le temps de me retourner pour un geste d'au-revoir à ma femme. Au bout du couloir, nous franchissons les grilles de la cage centrale et nous pénétrons dans le bâtiment des cellules. Au deuxième étage, nous occuperons les cellules ainsi indiquée sur le plan.

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Plan réalisé par André Biaud

Le soir, rien à manger. Nous essayons de communiquer, Bronson et moi et sans doute, Bronson et Torrent. Les murs sont massifs, les chocs contre ceux-ci sont très assourdis et semblent venir de très loin ; et par les lavabos rien ne passe.

Vers 22 heures, la nuit est venue, tout semble calme et nous tentons de parler. Hélas, les gardiens sont dans le corps de bâtiment. Ils sont deux, l'un est pied nus et torse nu. La lumière s'allume dans la cellule, la porte s'ouvre, ils sont là ! Le plus petit reste d'abord devant la porte, l'autre va ouvrir la cellule de Bronson. J'entends le bruit d'un coup de poing au visage, la chute de Bronson. Les deux gardiens entrent dans ma cellule. Ils y resteront plus d'une heure et demie. Au cours de ce temps, je pense m'être évanoui au moins deux fois. Interrogatoire (pour rien d'ailleurs), mauvais traitements, canons de révolver sur la tempe...etc. Ils me laissent évanoui et saignant de la tête.

Lorsque je reviens à moi, je vais vers le lavabo pour boire et laver mon sang qui coule de ma bouche, mais ils ont fermé l'eau. Je pense qu'ils m'observent car l'électricité se coupe également. Je tombe sur la paillasse du lit et m'endors (ou m'évanoui à nouveau immédiatement). Je ne reviens à moi qu'au jour. J'ai des punaises et des poux dans mes plaies, et jusque dans l'intérieur de la bouche.

Vers 10 heures, on nous fait sortir pour aller aux waters. Je croise Bronson qui me fait signe que sa mâchoire est douloureuse. Les autres n'ont rien, ils me regardent et je vois à leur tête que je ne dois pas avoir bonne mine. Ils ont certainement entendu ; et les coups et mes cris. C'est la dernière fois que je les ai vus.

L'eau a été remise en service, je peux donc me laver un peu la figure. En montant sur le lit, je peux par l'angle du vasistas, voir la campagne. Un homme bêche son jardin, pas tellement loin derrière le mur d'enceinte mais à aucun moment il ne regarde la prison.

Vers 15 heures 30 / 16 heures, un gardien passe nous faire émarger un gros registre. J'apprendrai plus tard que c'est notre "sortie" en tant que condamné... Peu de temps après, par les vasistas je vois un avion Anglais qui tourne au-dessus de Carcassonne. Il est probable que Bronson et les autres, l'ont également vu et qu'ils ont comme moi, d'une part souhaité qu'il puisse bombarder la prison (ce n'était pas un bombardier), d'autre part que la libération de la France n'était plus très loin (nous n'avions aucune information).

Je ne peux dormir dans la journée car je souffre du thorax et de la tête. Je me vois les lèvres en baissant les yeux, tellement elles sont gonflées. Le soir à la nuit, il y a encore des sévices sur une femme. Peut-être sur deux ? À genoux derrière la porte de ma cellule je tente de voir, car le bas de la porte en chêne est éclaté, mais si j'entends, je ne vois que la passerelle du premier et une porte de cellule. Elle crie, elle hurle même pendant longtemps. Elle sortira en courant de sa cellule sur la passerelle et parviendra aux grilles. Ils iront la rechercher et la ramèneront dans sa cellule.

Vers 17 heures, nous avions reçu une soupe. Vers 23 heures 30, je secoue la couverture pour retarder l'invasion de la vermine. je dors se suite tellement je suis abruti. À ce moment, mes camarades des cellules voisines étaient encore en place.

Le 19 août 1944

Le 19 août au matin, rien ! Vers 10 heures, un gardien me dit de ramasser mes affaires et de descendre avec lui. Arrivé dans la cage centrale, je retrouve des internés français qui attendent, et parlent entre-eux. l'un deux parle avec l'un des gardiens. Quand il revient vers nous, il déclare : "Nous allons être libérés !" Comme je ne connais pas leur cas, je pense que moi il doit y avaoir une erreur. Aussi je me dissimule un peu derrière le petit groupe.

Vers 11 heures, on nous dirige vers une cellule de l'aile droite, je crois. Il y a là quatre ou cinq lits ; déjà il y a du monde. On nous y fait entrer. Apparemment tous sont en forme, ils ont le sourire et me regardent curieusement, car en plus je ne suis pas rasé depuis le 16. Je leur parle de la vie dans la partie centrale de la prison. Ils m'écoutent, peut-être même sceptiques. Personne n'a jamais rien entendu. J'en déduis qu'ils étaient en cellules, non isolés, dans les ailes droite ou gauche.

Vers 12 heures à peu près, une énorme explosion secoue la prison même. Le bruit est important mais il semble que ce soit assez loin. Certains tentent de voir, s'il y a quelque chose dans le ciel par-delà les murs. Mais rien !

On parle de Bringer, on s'étonne de ne pas le voir.

Vers 14 heures, l'un des gardiens (l'un des deux qui m'ont assez malmenés l'autre nuit) vient me chercher et me fait sortir dans le couloir. Il est habillé en militaire correctement et chaussé. Je pense que je vais réintégrer une cellule et qu'on vient de s'apercevoir de l'erreur. dans un court entretien dans le couloir, il m'explique : "que le SD ne voulait pas que je sorte, mais qu'il a vu que j'étais aviateur (insigne), il me demande ma spécialité. Je luis dit Radio (lui-même est mécanicien avion), que de plus j'étais le seul avec ma femme dans la prison, qu'il prenait la responsabilité de ma sortie, à condition que je quitte la ville au plus tôt." Il tient dans sa main ce qu'il faut pour se raser, il me le remet et em demande de me raser de suite. Puis il me rentre dans la petite salle commune. Vers 15 heures 30, il revient chercher son matériel, repart vivement.

À 16 heures, c'est la Croix-rouge française qui nous ouvre la porte de la cellule. Les femmes et d'autres sont déjà derrière le délégué dans le couloir. Je retrouve ma femme.

 À peine sur le pont qui traverse l'Aude, je viens tout juste de réaliser que nous sommes libres. Je suis pris d'une crise de nerf, je pleure... Nous cherchons nos camarades des cellules de Perpignan. Nous ne les trouvons pas. Nous ne sommes pourtant pas tellement à suivre le délégué de la Croix-Rouge. Nous passons à la Croix-Rouge [Av Arthur Mullot, NDLR] où l'on nous délivre un certificat de libération de la prison militaire allemande. On nous emmène au "Secours National" où l'on nous donne des pâtes de fruit, du chocolat... Pour ceux qui ne sont pas domiciliés dans les environs on nous conduit à l'Hôtel Bernard, rue de Verdun. Le grand hôtel de l'époque, je crois.

Il y a encore beaucoup d'allemands en ville, des chars, des camions, d'autres à bicyclettes. Nous restons dans l'hôtel car nous n'avons pas intérêt a être pris dans une rafle.

C'est au cours du dîner vers 21 heures que nous apprenons que les prisonniers non retrouvés parmi nous, ont été massacrés à Baudrigues.

À propos de Jacques Bronson

"À la gare de Perpignan, la Gestapo avait arrêté un jeune de 20 ans Jacky Bronson, qui travaillait pour le réseau Andalousie. Il fut amené à la prison de Carcassonne où le matin du 19 août, les prisonniers furent embarqués par les allemands qui prirent la route de Limoux. Suivis par le Dr Blanc en mobylette qui les perdit en route, ils s'étaient arrêtés au château de Baudrigues, où j'ai retrouvé l'emmanchure de la veste de Jacky et la chemise à l'intérieur, en présence de la mère de Jacky et de sa tante qui lui avait acheté cette chemise. Il est originaire de Saint-Pee de Bigorre. Son nom est au monument aux morts et son père est Anglais. (Jean Capdevielle)"

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02/01/2015

La délégation audoise de la Croix rouge française sous l'occupation

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La Croix-rouge française

pendant la seconde guerre mondiale, était placée à Carcassonne sous les ordres du Commandant Abribat et dirigée par un nommé Ferrière. Ce dernier sera d'ailleurs inquiété plus tard, pour avoir détourné une partie des fonds destinés aux prisonniers. Les colis étaient d'abord collectés par le Secours national, situé dans la rue de Verdun, puis étaient triés par la Maison du prisonnier avant d'être expédiés en Allemagne dans les Oflags ou Stalags. La délégation départementale de la Croix-rouge amenait également les enfants en colonies de vacances à La Franqui ou à Escouloubre. A noter cependant, que certains de ses membres faisaient parti des amis de la Légion, si chère au Maréchal. La croix rouge de Carcassonne a reçu également les papiers d'identité et les effets personnels des résistants du maquis de Trassanel, fusillés par les nazis en 1944. À charge pour elle de les remettre aux familles...

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Un document de la Croix-rouge

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La Maison du prisonnier, pendant la guerre, se trouvait dans cet immeuble de la rue Voltaire, à côté de la Bourse du travail.

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La délégation départementale de la Croix-rouge siégeait dans cet immeuble de l'Avenue Arthur Mullot.

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30/12/2014

Le château de Pennautier logeait-il la Wehrmacht en 1943 ?

Nous n'avons pas de certitude, mais une photographie sortie récemment de ma collection personnelle. Elle semble démontrer que le château de Pennautier aurait été réquisitionné par l'occupant nazi pour y loger des officiers de la Wehrmacht.

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L'entrée du château en 1943

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L'entrée du château en 2014

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04/12/2014

Philippine Crouzat (1886-1974) au Panthéon des femmes de l'Aude

Philippine Crouzat

Ce nom n'évoque aujourd'hui rien à la grande majorité des carcassonnais. Si une avenue de Villalbe ne portait pas son nom, l'histoire aurait injustement oubliée cette femme exemplaire. Institutrice, résistante et finalement première femme audoise à accéder à une fonction élective au sein du conseil municipal en 1947, c'était une personne aux convictions en acier trempé. Militante de la justice sociale, des libertés, de la laïcité, de la condition des femmes et de la lutte contre le fascisme.

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Philomène, Catherine Bataillé dite Philippine (au centre) née à Carcassonne le 14 novembre 1886 est la fille d'un vannier. Elle se marie à Brézilhac dans l'Aude en 1908 et la grande guerre vient lui arracher trop tôt l'affection de son époux. D'abord institutrice à Villegly, elle est ensuite nommée à l'école de la cité de Carcassonne. Stricte et sévère pour elle-même comme pour ses élèves, tous lui reconnaissent ses grandes qualités d'éducatrice. Après la guerre de 14, les jeunes instituteurs estimant que leur rôle social était de travailler au milieu des ouvriers créèrent un syndicat (illégal) des instituteurs: le SNI. En 1924, elle adhère à ce syndicat et en 1940, elle en devient le secrétaire général par intérim. En 1926, elle avait été élue secrétaire départementale par 504 voix sur 530 votants.

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Dès 1934, elle appartient au comité antifasciste. Mise à la retraite pendant l'occupation, elle ne restera pas inactive. Elle s'engage dans la résistance sous le nom de "Rose" et collecte des fonds pour venir en aide aux familles de maquisards privés de leurs salaires. Une opération délicate en cette époque troublée.

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"Beaucoup de ces tickets m'ont permis de ravitailler le camp d'internés de Saint-Sulpice"

Se trouvaient dans ce camp des communistes et syndicalistes "individus dangereux pour la défense nationale", des russes puis des juifs étrangers qui seront déportés vers les camps de la mort.

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Durant l'occupation, elle collecte des fonds pour aider les familles dont les hommes sont partis dans le maquis combattre les allemands.

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Elle appartient ensuite au Comité départemental de libération et est décorée en 1945 de la médaille de la résistance.

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Philippine Crouzat était membre de la section socialiste de l'Aude depuis 1924, lorsqu'elle est présente sur la liste pour les élections législatives en 1945 puis de juin et novembre 1946 (dernière de la liste S.F.I.O). Elle devint ainsi la première audoise à briguer un mandat parlementaire. Le 19 octobre 1947, elle est élue conseillère municipale de Carcassonne.

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P. Crouzat que l'on voit ici inaugurer l'agrandissement de l'école du hameau de Villalbe le 10 mai 1952, était devenue adjointe au maire chargée de l'action sociale depuis 1950. On reconnaît à gauche au premier rang, le maire M. Itard-Longueville. Elle occupa cette fonction élective jusqu'en 1965.

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En 1957, elle reçoit la Légion d'honneur

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Le maire de Carcassonne, Jules Fil, lui remet la légion d'honneur

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Philippine Crouzat repose depuis le 16 août 1974, après 88 années d'une vie bien remplie, dans le petit cimetière du hameau de Villalbe.

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La maison de Philippine Crouzat à Villalbe, dans l'avenue qui porte son nom. Dommage qu'aucune plaque n'indique qui était cette grande dame.

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La mairie devrait changer le panneau et inscrire :

Philippine Crouzat

1886-1974

Résistante

Maire-adjointe de Carcassonne

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25/10/2014

Marc Freund-Valade, autopsie d'un Préfet de l'Aude sous Vichy

Marc Paul Freund, dit Freund-Valade

est né à Strasbourg (Alsace) dans une famille protestante. Son père est le pasteur de cette communauté. Il occupe d'abord les fonctions d'Intendant de police en zone non-occupée à partir de mai 1941. Nommés par le Secrétaire d'état à l'Intérieur, le rôle de ces agents issus du corps préfectoral est de mettre en place sur le terrain l'étatisation de la police, ainsi décidée par Darlan puis par René Bousquet en avril 1942. L'ensemble des commissariats sont soumis à des inspections minutieuses des registres, fichiers de l'ensemble des personnels. Des recrutrements et des cours sont dispensés afin de mettre en place les nouvelles méthodes définies par Vichy. Les GMR obéissent à ces règles de répression. La mission doit également assurer la surveillance des Francs-maçons et des militants politiques. C'est dans ce cadre que le futur Préfet de l'Aude va agir avec zèle et détermination. À partir du 11 septembre 1943, il quitte l'Aude et devient Préfet de la région Limousin.

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14 juillet 1942

3000 personnes se rendent près de la statue de Barbès, sur le boulevard du même nom, afin d'affirmer leur attachement aux valeurs de la République. Parmi elles, on trouve le Dr Henri Gout, maire de Carcassonne ayant refusé de voter les pleins pouvoirs à Pétain. Il a été destitué par ce dernier depuis 1941 et remplacé par Jules Jourdanne, favorable au régime de Vichy. Malgré les applaudissements de quelques passants courageux, le S.O.L (Service d'Ordre légionnaire) veille et surveille en bons futurs miliciens ; une liste des participants sera délivrée sur le bureau de la préfecture. La devise du tribun Barbès "Vivre libre ou mourir" sera même inscrite sur le Palais de justice.

À l'issue de cette manifestation, un peu plus de cent personnes vont être assignées à résidence ou internées sur décision de la préfecture. Notons que le 20 septembre 1942 de jeunes communistes audois commémoreront la bataille de Valmy, qui vit les armées Républicaines vaincre celles de la Prusse venues au secours de Louis XVI. Ils seront internés puis pour certains, fusillés sur l'ordre de Darnan. Parmi eux, Gabriel Pelouse dont une rue de Carcassonne porte le nom.

La liste des internés ou déportés par Freund-Valade

(Communistes, Étrangers, Juifs, Résistants)

entre 1942 et 1943

Alra Santiago, Amiel Jules, Arnal Antonio, Arnal Raphael, Arthapignet Jean-Baptiste, Avrial Justin, Barthomeuf Paul, Bats René, Baylet Clémence, Beltran Joseph, Belmaaziz Abdallah, Berthomieu Lucienne, Beltran Alban, Baltra Ramon, Biart Jean, Bonnemaison Léon, Bouissou Clovis, Bruguier Michel, Bruguier Georges, De Bueger née Maurin, Buxaca Germain, Brun David, Brun Louise née Lévy, Caillens Robert, Calonne Marcel, Carbou Maurice, Castillo, Alphonse, Cavaillé Laurent, Daras Jean, Dantoine Roger, Delmas Marie-Jeanne, Delpech Albertine épouse Berthomieu, Demons Bernard, Denat Irénée, Domingo Vincent, Doyen Marie née Klein, Dropn Élie, Dreisine Henri, Drollinger Rodolphe, Daunil André, Duclos Gabriel, Duffaux Paul, Encuentro Salvatore, Fey Pierre, Fratzack Jean, Fuste Jean, Fonterailles Jean, Gambau Michel, Gayde Jean, Gayraud Urbain, Gallet Louis, Gastou Charles, Gibel Émile, Guiraud Albert, Gladieu Robert, Garcia Jean, Gimenez Dominique, Haguenauer Paul, Giresse Raymonde, Gout Henri (député), Guirao José, Heinrich Marie, Heinrich Marianne, Heymann Paul, Iliovici Émilie, Lafargue François, Lassave Fanny, Loupia Jean-Baptiste, Limongi Antoine, Liaonet Josée, Labiche Charles, Jean Edmond, Joué Jean, Mauhin Jean, Morelli André (Juge), Merches Joseph, Millan Denis, Nassonoff André, Ouarzedine Mohamed, Palisse Albert, Pau Louis, Perret Louis, Piccolo Albert, Pignol Charles, Plaza Lucienne née Gomy, Piquemal Pascal, Pons Francisco, Puguelo Manuel, Ruiz Garcia Manuel, Rodenaz Roger, Salinas Michel, Sanz Fortuneto, Seigne Guillaume, Seguy Joséphine, Sentenac Maxime, Saumière Gilbert, Sermet Élie, Signe Marie, Soete Achille, Serrano Juan, Sarroca Martin, Senty André, Tannière Frédéric, Valette Marcel, Vasquez Gonzalez Felix, Villar Vincent, Vache Paul, Vidal jean, Vidal Augustin, Villa Lucien, Villeneuve Joseph, Vergnyst Étienne, Verslype Lucien, Wolher Henri.    

Bruguier Georges :

Interné à Saint-Paul d'Eyjeaux (87)

Albert Piccolo :

Déporté

Lucien Villa :

18 mois de prison au camp d'Eysses (47)

Henri Gout (député) :

Interné à Saint-Paul d'Eyjeaux (87)

Ouarzedine Mohamed :

Mat 60622 - né le 17/09/1892 à Tizi-Ouzou (Algérie)

Déporté

Arthapignet Jean :

Mat 60697 - né le 27/03/1904 à Oloron Sainte-Marie

Déporté à Dora. Libéré le 11/04/45

Amiel Jules :

Mat 60910 - né le 17/01/09 à Toulouse

Déporté à Allach. Libéré le 30/04/45

Bats René :

Mat 30242 - né le 20/12/11 à La Réole

Déporté à Hambourg. Décédé le 12/02/45

Beltran José :

Mat 42634 - né le 22/03/1890 à Hyar (Espagne)

Déporté à Mauthausen. Décédé le 22/11/44

Gladieu Robert :

Mat 77740 - né à Carcassonne le 15/05/21

Déporté à Osterbunken. Libéré le 04/04/45

Gimenez Dominique :

Mat 73514 - né à Carcassonne le 31/04/1894

Déporté à Dachau. Libéré le 28/04/45

Limongi Antoine :

Mat 94057 - né le 26/10/07 à Carcassonne

Déporté puis libéré

Labiche Charles :

Mat 60604 - né le 6/04/1898 à Aubervilliers

Morelli André (Procureur) :

Mat 74385 - né à Bastia le 5/06/1875

Déporté à Dachau. Décédé le 17/02/45

Perret Louis :

Mat 73860 - né le 28/09/22 à Villefranche sur Saône

Déporté

Sermet Élie :

Mat 31016 - né à Espéraza le 05/01/01

Déporté à Dora. Décédé le 14/01/1944

Sarroca Llaquet Martin :

Mat 94081 - né le 22/12/1887 à Capellas (Espagne)

Déporté à Mauthausen. Décédé en décembre 1944

Vaché Paul :

Mat 69334 - né à Narbonne le 22/05/11

Déporté

Verslype Lucien :

Mat 69170 - né à Armentières le 9/05/17 (Belge)

Déporté

Oradour Sur Glane

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Le 15 juin 1944 après que la division SS Das Reich a assassiné près de 700 villageois à Oradour-sur-Glane, Marc Freund-Valade alors préfet de la région Limousin, va rédiger le texte d'un discours pour protester contre ce massacre.

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Extrait du discours dactylographié

Le 21 juin 1944, il rend un vibrant hommage aux victimes après que Mgr l'évêque de Limoges a donné l'absoute. Ce discours restera dans les mémoires des familles et des historiens locaux qui, d'une certaine manière, loueront la sensibilité du préfet de Vichy. Celui-là même qui semble t-il à la vue des archives  que j'ai trouvées à Carcassonne, n'a pas hésité à faire déporter durant son passage dans l'Aude. Les Limousins n'en ont jamais rien su car les recherches entreprises pour le compromettre à la libération sont restées vaines. Combien de hauts fonctionnaires de Vichy ont été protégés de toutes poursuites ?

La déportation et la mort du procureur A. Morelli

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Ce jardin à l'entrée du Tribunal de Carcassonne porte son nom

Un mois après la libération de Carcassonne, plusieurs courriers sont adressés au Comité d'épuration afin de retrouver l'ancien préfet de l'Aude et le faire arrêter.

Georges Bruguier, Sénateur

le 26 septembre 1944

Mon cher Ami,

Une de mes suprises — à la millième nous ferons une pause — est d'apprendre qu'on a laissé M. Freund-Valade en liberté: Freund-Valade qui pour avoir frappé Morelli, attirait sur celui-ci les foudres de la Gestapo. Avez-vous un moyen de le faire revenir à Carcassonne pour qu'il soit jugé ? Je viens d'écrire au Commissaire de la République à Limoges pour qu'il sache quel triste rôle M. Freund-Valade a joué ici. Il va de soi que je lui parle de Morelli et de vous, mais je pense que de notre côté, en l'absence de notre ami, vous pourriez lui fournir toutes explications, avec plus de précision, sur vos internements et résidences forcées. Cette impunité ne s'est prolongée que trop longtemps. Est-ce faute de plaignant ?

Bien cordialement à vous

Le Dr Philippe Soum au Président du Comité départemental de libération

25 novembre 1944

J'apprends que M. Freund-Valade ex-préfet de l'Aude, figure sur une liste d'anciens préfets de l'Aude susceptibles d'être récupérés par la IVe République. Je ne fais pas état de persécutions dont j'ai été l'objet. je vous rappelle que c'est sous son proconsulat que furent arrêtés Bruguier père et fils, Gout, Morelli, Demons et d'autres. On vous dira que depuis, il prononça un discours courageux dans un village dévasté par les allemands [NDLR Oradour-sur-Glane]. En ce temps-là, il était facile d'avoir du courage. Depuis, on a jugé et exécuté des miliciens coupables d'un moment d'erreur— On ameute l'opinion publique contre des comparses, des imbéciles, des égarés. Nous faudra t-il entendre un jour Herr Von Freund-Valade vanter les mérites de la République !

On se fout du monde !

J'aimerais savoir que cette lettre vous étant parvenue, une suite lui a été donnée, et je vous assure messieurs de mon soutien républicain.

Rapport de la Commission départementale de contrôle et d'épuration

Le 20 décembre 1944, le commission proposait l'arrestation de l'ancien préfet de l'Aude jugé responsable des arrestations du 14 juillet 1942 pour atteinte à la liberté des français et aux libertés publiques. Le 16 octobre, le Commissaire de la République de Montpellier signalait que M. Freund-Valade avait été mis aux arrêts à Limoges et que son transfert à Carcassonne ne pouvait être envisagé. Le 1er décembre, le président du comité d'épuration de Limoges répondait à celui de Carcassonne, que M. Freund-Valade n'a jamais été incarcéré à Limoges et résidait actuellement à la Roche-Chalais (Dordogne).

Madame Veuve Morelli écrit au Garde des sceaux

5 juin 1945

Mon mari M. André Morelli, Procureur de la République à Carcassonne a été admis à faire valoir ses droits à la retraite le 16 novembre 1940. Domicilié depuis dans cette ville, il fut placé le 26 octobre 1942 en résidence surveillée à Axat, dans des conditions de vie et d'un confort inimaginables.

M. Freund-Valade, alors Préfet de l'Aude, qui avait pris cette décision, changea brusquement d'avis et transforma cette résidence le 1er décembre, en un internement administratif. Envoyé, malgré son âge (67 ans) et son mauvais état de santé, au camp de concentration de Saint-Sulpice (Tarn), il obtint sa libération fin janvier 1943. M. Freund-Valade le plaça alors chez lui en résidence surveillée.

Mon mari depuis sa mise à la retraite, vivait une existence calme et retirée ; il n'appartenait à aucune formation politique. Très ferme républicain et ardent patriote, il avait défilé le 14 juillet 1942 devant la statue de Barbès avec de nombreux amis. Ce fut probablement les raisons pour lesquelles M. Freund-Valade a jugé bon de le frapper aussi durement et injustement.

Mais malheureusement toutes ces mesures injustifiées en avait fait une proie tout désignée ; elles ont abouti à son arrestation par la Gestapo le 5 septembre 1943. Transféré à la prison de Montpellier, envoyé en début d'otobre au camp de Compiègne, puis en juin 1944 déporté en Allemagne et sans nouvelles de lui pendant de longs mois, je viens d'apprendre son décès au bagne de Dachau par son compagnons de captivité M. Vincent Badie, député de l'hérault et avocat à la cour d'appel de Montpellier.

J'accuse donc M. Freund-Valade d'être le principal responsable des souffrances physiques et morales qu'a endurées mon... malheureux mari et qui, en dépit de toute justice a pris contre lui des mesures qui l'ont conduit à la déportation et à la mort.

Dans mon extrême douleur, j'ai espoir que justice sera rendue à la mémoire d'un homme qui fut un magistrat intègre et un bon patriote. Injustement frappé par le serviteur d'un odieux régime, il est resté jusqu'à la fin fidèle à son idéal de vrai français.

Épilogue

M. Freund-Valade ne fut pas inquiété. Une cérémonie en son hommage eut lieu dans les années 1990 au temple de La Roche-Chalais par le Président des amis du temple.

Sources

ADA 11

Fondation pour la mémoire de la déportation

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04/10/2014

70 ans après, ce sombre passé qui fait de la résistance au temps.

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Il est un village du Minervois de mille habitants nommé Azille, dans lequel, un mur peint sur une ancienne grange conserve depuis 70 ans les stigmates d'un sombre passé. Sur fond blanc, liseré de bleu et lettres rouge on peut encore lire :

"Avec la Légion ou contre la France"

Il s'agit de la Légion française des combattants et de la révolution nationale, fondée par le Maréchal Pétain. De cette légion ont émergé deux formations :

Le S.O.L (Service d'ordre légionnaire) en 1942

La Milice française en 1943

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Dans notre département, les résistants de la première heure furent peu nombreux. Le gros des troupes grossit au moment du STO (Service du travail obligatoire), mais aussi en juin 1944. Notons tout de même que ce n'est pas un hasard si ce type de peinture orna les murs d'un petit village du Minvervois ; un nombre conséquent de grands propriétaires viticoles audois s'étaient rangés du côté du Maréchal. L'indignité nationale dont ils furent frappés en 1945 les condamna de fortes amendes et à la dégradation de leur citoyenneté.

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