05/12/2016

Petites chroniques de la Seconde guerre mondiale dans l'Aude (1)

Nous inaugurons aujourd'hui une nouvelle rubrique de petites chroniques, racontant des événements qui se sont produits durant l'occupation dans l'Aude. Il ne s'agit pas de la Grande histoire telle que vous la lirez dans de sérieux ouvrages ou telle que l'on vous voudra bien vous la raconter d'une façon édulcorée. Non, nous n'avons pas cette prétention. Ce sont juste des faits réels retrouvés dans des archives ou que nous avons enregistrés auprès de témoins. 

Conques-sur-Orbiel

(1942-1944)

L'ensemble du village est occupé par des troupes allemandes qui ont réquisitionné plusieurs bâtiments. À la ferme de la Tuilerie, des soldats de l'armée de terre pas très nombreux mais gradés occupent de grandes salles. Il bénéficient de la proximité du terrain de sport sur lequel ils pratiquent leurs entraînements. Dans les bâtiment de droite, vivent les propriétaires de la ferme ; à gauche, les troupes d'occupation. Dans le château des Saptes comme d'ailleurs celui de la Vernède, résident les officiers de la Wehrmacht. Celles-ci ont évacué le village après la tragédie de Trassanel.

Le 23 août 1944, vers 17 heures une colonne allemande arriva par la côte de Villegailhenc, à pied et avec des camions. Le chef de la gendarmerie du village alla à leur rencontre avec un drapeau blanc. Afin d'éviter d'éventuels problèmes, il leur indiqua qu'ils pouvaient traverser Conques-sur-Orbiel sans problèmes. D'après le témoin, la colonne s'étendait sur une distance d'un kilomètre. Après avoir passé la nuit dans le village à boire, ils violèrent trois femmes. Puis, cherchèrent des bicyclettes pour s'enfuir. D'autres postés à la sortie de Conques, tiraient sur les gens qui allaient travailler à la mine de Salsigne.

La ferme de Valmy

Août 1944

Capture d’écran 2016-12-05 à 09.38.39.png

La ferme de Valmy avant le carrefour de Bezons

Cet endroit était un immense dépôt de ravitaillement pendant l'occupation. Au moment de la débâcle allemande, ceux-ci y mirent le feu. Ça pétait de partout le 20 août 1944, mais les Carcassonnais affamés par quatre années de privations s'y rendirent en nombre. Chacun ramena chez lui de grosses quantités de boites de singe. C'est ainsi que l'on appelait ces conserves de Corned-beef...

Le château de Pech-Redon à Pezens

1942-1944

pech.jpg

Les Allemands malgré leur visite à la famille Saint Exupéry - propriétaire du château - décidèrent de ne pas réquisitionner la bâtisse. Il faut dire que la patronne avait tout fait pour les en dissuader, d'après un des héritiers. Le château fut pendant l'occupation équipé d'un émetteur radio en relation avec Londres. Deux résistants du nom de Barde et Alégri de Pezens furent arrêtés ; le parc était devenu un lieu de résistance. Au mois d'août 1944, au-dessus du château des aviateurs Anglais et Allemands se livrèrent à une bataille aérienne des plus spectaculaires. Des colonnes allemandes traversèrent Pezens en direction de la vallée du Rhône et les habitants allèrent cacher leurs chevaux au château de Pech-Redon, afin qu'il ne soient pas pris par les troupes en déroute. Un char allemand perforé d'obus resta de nombreuses années après la guerre près du château. 

Carcassonne

25 mars 1942

Capture d’écran 2016-12-05 à 10.16.02.png

Le siège de la L.V.F à Carcassonne

La Légion Française de Volontaires Français contre le Bolchévisme installe ses bureaux à Carcassonne, 14 rue de l'Aigle d'or.

Limoux

18 novembre 1942

Capture d’écran 2016-12-05 à 10.24.42.png

Collège moderne de garçons

Les troupes allemandes occupent la ville de Limoux et s'installent dans le collège moderne des garçons. Elles quitteront cette ville le 6 mars 1943.

Carcassonne

Oct-Nov 1943

affWaffen-SS01.jpg

Affiche de recrutement en français

Le 7 octobre 1943, le centre de recrutement de la Waffen SS est inauguré, rue Chartran. Le mois suivant, Carcassonne est choisie comme lieu de rassemblement pour les Waffen SS de la région de Montpellier. La cadence des départs est de 10 par semaine. Depuis la création du bureau de recrutement SS, la L.V.F a une activité presque nulle.

Carcassonne

24 février 1944

Réquisitions de la Milice pour les miliciens appelés à servir en Haute-Savoie. Les Francs-gardes de la Milice de l'Aude sont acheminées vers la Haute-Savoie. Ceci afin de la combattre la Résistance dans les combats du maquis des Glières.

franc garde.jpg

Carte de la Franc-Garde organe militaire de Milice.

Carcassonne

13 juillet 1944

658599866.jpg

Jean Bringer

Message cablé envoyé par "Sultan" depuis Londres : "Bringer nommé définitivement chef FFI dans l'Aude avec accord FTP". (Service de renseignements)

Carcassonne

10 décembre 1945

Dix prisonniers allemands travaillant au déblaiement des casernes incendiées par les troupes d'occupation en retraite, le 19 août 1944, ont découvert dans les décombres un crâne, quelques ossements et divers objets, des lunettes et des ciseaux, une clé. Après examen par le docteur Soum, médecin légiste, les inspecteurs de la police locale ont réussi à identifier le cadavre. Ces restes sont ceux d'une Espagnole. Pilar Boix y Jil, née en 1921, habitant Carcassonne, disparue depuis le 19 août 1944. On pense qu'elle réussit, malgré une interdiction rigoureuse et des barrages de police, à pénétrer dans les casernes et qu'elle fut victime de l'explosion à retardement des dépôts de munitions. Le cadavre fut brûlé par l'incendie qui survint.

____________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

26/10/2016

La libération de la ville de Limoux, le 20 août 1944

2222503085.jpg

Le 20 août 1944, la ville de Limoux est libérée des Allemands. Ses enfants engagés dans les maquis de la Haute-vallée ont payé un lourd tribu à la liberté. Beaucoup d'entre eux furent pourchassés, tués ou envoyés en déportation par les Nazis avec le concours de la Milice Française. Dans ses rangs, figuraient un nombre conséquent de Limouxins engagés aux côtés des Allemands. Au total, ils étaient trente... 

188236045.jpg

Les libérateurs Américains de Salvezines, dans le canton d'Axat le 14 août 1944.

3285765757.jpg

Le tambour de ville annonce sur la place de la République que la ville est libérée!

911763645.jpg

La place de la République avec le Comité de libération et les maquisards autour. Les couleurs sont levées et au premier plan, on aperçoit la bannière étoilée des Etats-Unis.

1912083053.jpg

Les FTP et les FFI défilent en libérateurs autour de la place de la République. La foule est immense en ce jour de fête, après tant de privations et de contrôles du peuple par la police politique de Vichy et de l'occupant Allemand.

4273530829.jpg

La population Limouxine rassemblée sur la place de la République, qui retrouve là tout son sens. C'est le retour des drapeaux français... Ici, commence la chasse aux Miliciens et Collaborateurs chasseurs de Résistants et de juifs. Une seule parole à la terrasse d'un café en faveur du général de Gaulle pouvait vous faire arrêter et interner. Une époque où les murs avaient des oreilles...

Crédit photos

ADA 11

____________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

14/10/2016

Voilà comment le maquis de Trassanel a été dénoncé aux Allemands...

Nous avons très souvent évoqué sur ce blog les opérations allemandes contre les maquis de l'Aude pendant la Seconde guerre mondiale. Chaque année, on commémore aux quatre coins du département le massacre de jeunes français défendant la liberté. La plupart d'entre eux avaient rejoint la lutte armée car réfractaires au S.T.0 (Service du Travail Obligatoire) ; ils ne voulaient pas partir en Allemagne fabriquer des bombes pour tuer leurs compatriotes. D'autres, firent un autre choix... Ce dont on se garde bien de parler même 72 ans après, c'est la façon avec laquelle les Allemands purent retrouver ces maquisards cachés dans les bois. On peut légitimement penser qu'il est illusoire pour une troupe étrangère munie d'une seule carte d'Etat major, de mettre la main sur un campement perdu au milieu de la Haute-vallée ou de la Montagne noire. Bien sûr tout n'aurait pas été possible sans le soutien de quelques autochtones, dénonçant un maquis parfois pour quelques milliers de francs. Un tel, qui avait simplement besoin d'argent pour se marier a proposé ses services à la Police allemande en entrant comme agent rémunéré. Les plus gros délateurs furent très souvent passés par les armes à la Libération ; les occasionnels des petits village de l'Aude s'en sortirent sans trop de dommages. Dans un dossier conservé aux archives départementales de l'Aude, René Bach - agent du S.D - consigna en guise de testament ses souvenirs contre les maquis. On y apprend de pas très jolies choses sur la cupidité ou la haine d'une petite population locale. Retenez surtout que la Gestapo de Carcassonne, installée 67 route de Toulouse, croulait sous les lettres de dénonciation. Et comme René Bach l'a si bien dit le jour de son procès :

"Toutes ses affaires n'auraient pas été faites si les Français ne s'étaient pas dénoncés eux-mêmes."

112.jpg

Concernant les maquis de Fournes, Trassanel et Citou, René Bach indique comment s'est passé leur dénonciation au siège de la Gestapo de Carcassonne. Nous avons bien entendu modifié le nom de l'individu mis en cause dans cette triste affaire. Ce blog n'est pas un juge, ni un tribunal. Toutefois, il considère que 72 ans après les familles des malheureux de Trassanel, ont enfin le droit de savoir.

607048608.jpg

René Bach - interprète du S.D - à son procès en 1945

"Roger Jean (Nom modifié. NDLR) de Lastours ou Conques est venu à la Police Allemande se présentant sous ce nom, et n'ayant aucune pièce d'identité sur lui, il indiqua que les nommés Busque et Combrié de Fournes et Agnel faisaient partie de l'Armée Secrète ; et qu'un maquis se trouvait à la ferme de Montredon à Fournes. Qu'il y avait urgence d'agir, ce maquis devant changer de place. Il dit même avoir assisté à une réunion de Busque. 

Afin de contrôler ses dires, la Police Allemande se rendit à Fournes, en passant par Lastours et afin de prendre quelques renseignements complémentaires, elle essaya de voir Roger qui fut introuvable. Celui apprit-il qu'il avait été recherché ? Toujours est-il qu'il ne se présenta plus à la Police Allemande mais fit plusieurs rapports écrits qu'il lança par-dessus la porte après avoir sonné au 67, route de Toulouse (Siège de la Gestapo, rasé depuis février 2015. NDLR).

Fin juillet, un nouveau rapport vint de lui. Il renfermait des renseignements sur le maquis de Trassanel et sur celui de Citou. Comme Fau (agent de la Gestapo. NDLR) devait partir en mission à Salsigne et environs, la première partie lui fut remise pour lui faciliter la tâche. La deuxième partie me fut remise aux fins de traduction, il s'agissait de l'instituteur Piquemal de Citou (René Piquemal, capitaine du maquis du Minervois. NDLR).

Roger avait 165 à 170 cm, cheveux blonds sur châtains clairs, barbe rousse, portait des lunettes. Parlait très rapidement, sans accent méridional."

2429203386.jpg

La villa de la Gestapo détruite par décision municipale en février 2015.

__________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

03/10/2016

Dans l'intimité de Jean Bringer...

Il est des photographies qui valent mieux que de trop longs discours. Aussi, aujourd'hui ai-je décidé de vous faire partager un cliché totalement inédit de Jean Bringer - chef de la Résistance Audoise, assassiné à Baudrigue le 19 août 1944. C'est le moment heureux d'un papa de 27 ans avec son fils sur ses épaules. Ce bambin prénommé Jean-Marie qui à l'âge d'un an deviendra orphelin de guerre, à cause de la barbarie d'hommes fanatisés, au service d'une idéologie extrême. La paix est le bien le plus précieux ; comme la santé, c'est quand on l'a perdu qu'on s'en aperçoit. 

Bringer et son fils copie.jpg

Jean Bringer

(1916-1944)

Jean-Marie Bringer

(1943-2011)

_______________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

02/10/2016

Témoignage inédit des combats de Trassanel à Rieux-Minervois durant l'été 1944

Au fond d'un tiroir, nous avons trouvé un document dactylographié de 130 pages datant de 1974. Il était là, oublié dans un coin du Centre de la Mémoire Combattante de Carcassonne. Avec l'autorisation de David Scagliola, j'ai pu numériser l'ensemble des pages. Ce texte qui n'a jamais été édité raconte jours après jours, l'épopée du bataillon du Minervois. "Avec ceux du Minervois, trente ans après" rédigé par le Capitaine René Piquemal, donne d'importantes précisions sur les combats qui firent rage durant l'été 1944. Il évoque le courage de ces hommes du maquis qui allèrent poursuivre la lutte contre les nazis jusqu'en Allemagne.

Piquemal.jpg

© Blog sur l'histoire de Rustiques

Le capitaine Piquemal et ses troupes défilent sur le boulevard de Varsovie à Carcassonne

L'heure de passer à l'action approchait. Nos maquis étaient bien ravitaillés, et nous étions satisfaits de tous. J'avais à Citou, pour assurer certains transports, un camion (gazobois évidemment) que nous avions baptisé "l'Ouragan" malgré ses pannes fréquentes, une voiture et une moto qui servait à ces déplacements d'isolés et ces missions de liaison. Nous étions alors au milieu de juillet 1944. Renseignés sans doute, les Allemands font de nombreuses patrouilles dans notre secteur. Un détachement de la Feld-Kommandantur" vient même à Citou et me surprend à la mairie. Je m'attendais au pire, mais ce n'est qu'une fausse alerte ; l'officier me demande des renseignements sur les personnes étrangères traversant la commune :

- Quelqu'un les héberge t-il ?

- N'a t-on pas ce maquis signalé dans la région ?

Evidemment, je le rassure et, ayant obtenu son numéro de téléphone, je lui promets de le prévenir immédiatement à la moindre nouvelle. Mon camarade Gerbaud, d'Olonzac, n'a pas la même chance. Il est arrêté le 17 juillet, incarcéré à la prison de Bouttes Gach (Caserne de la Milice, NDLR) à Carcassonne, et n'en sortira qu'à la Libération.

Trassanel

Le 22 juillet, un fort détachement cerne le village de Fournes, dans le Cabardès, principal ravitailleur du maquis de Trassanel. Le même jour notre camarade Agnel, de plus de soixante ans, est arrêté à Trassanel et interrogé sur le maquis, que l'Allemand sait tout proche, ce qui prouve qu'un traitre a donné certaines précisions. Agnel résiste aux coups et se tait. On l'amène à Sériès, petit hameau de Fournès, où on le confronte avec d'autres camarades : rien ne sort de cette épreuve. On l'oblige alors en le frappant sauvagement devant les yeux horrifiés de sa mère. Un habitant du hameau, Théophile Rieussec, est contraint d'attacher une corde à la branche maîtresse et un gros noeud coulant autour du cou de Agnel que l'on fait monter sur une caisse. La caisse est renversée, mais le poids du corps fait rompre la corde... Je ne suis pas mort !

Une rafale de mitraillette fermera ces lèvres qui n'ont pas parlé, et extraira ce nombre coeur héroïque. Par son sacrifice digne des héros de légende, Agnel s'est élevé au niveau des martyrs les plus purs. Théophile Rieussec, le visage ensanglanté, est amené par ses bourreaux. Envoyé en déportation, il reviendra libéré par les alliés.

Grotte_du_Maquis.jpg

La grotte du maquis de Trassanel

Le 8 août alors que je me trouve avec mon groupe à Citou dans le maquis (j'ai échappé deux fois miraculeusement à l'arrestation des miliciens), des rafales lointaines, des explosions sourdes se font entendre... J'essaie de m'informer, ce n'est que très tard que j'apprends que le maquis de Trassanel, cerné par un fort contingent de troupes allemandes, a été totalement anéanti. Quelques très rares rescapés qui rejoignent le lendemain le maquis de Citou, me fournissent certains détails. La trahison du maquis est flagrante. La grotte où les maquisards avaient aménagé leur cantonnement a été cernée en un clin d'oeil, et nos volontaires abattus au moment même où ils tentaient une sortie désespérée. Quelques autres qui se trouvaient en dehors de la grotte, ont été capturés et conduits avec brutalité sur la petite route qui descend de Trassanel à Villeneuve et fusillés à l'endroit même où s'élève aujourd'hui, le monument érigé en leur mémoire.

fev-2013-Trassanel---5.jpg

Cependant un miracle s'est produit... Deux fusillés, Bouissou et Tahon ont échappé à la mort. Le Roubaisien Tahon, atteint par une rafale à la cuisse à tenter de ses relever. Le Feldwebel commandant le peloton s'est alors approché de lui et lui a donné le coup de grâce en pleine tête. La nuit arrive, la fraîcheur ranime le blessé. Fuyant le lieu de son supplice, il se traine sans but, perdant son sang en abondance, mais luttant farouchement contre la mort qu'il sent si proche.

Au petit jour, les habitants de Trassanel, venant relever les fusillés, s'aperçoivent de l'absence du corps de Tahon. Mais suivant ses traces de sang, ils arrivent ainsi aux premières maisons de Villeneuve où ils apprennent que Tahon, à bout de force, a été découvert par deux jeunes filles du village. Transporté dans une maison amie, il y reçoit les premiers soins du docteur Jourtau du maquis de Citou... et il échappe à la mort. J'aurai d'ailleurs l'occasion de parler de lui car orphelin et sans aucune attache familiale (ses parents avaient été tués lors du bombardement de Roubaix), il fut adopté par le "Minervois".

Azille et La Redorte

Le 12 août, un train de ravitaillement est attaqué à Azille ; nous récupérons une importante quantité de chaussures dont nous avons grand besoin, et de boites de conserves qui sont aussi les bienvenues. Cependant, peu après, des colonnes allemandes sont signalées comme devant traverser notre secteur. De tous les points, ce fut la ruée.

Le 19 août à La Redorte, 63 volontaires attaquent une colonne allemande, font 8 prisonniers et récupèrent le matériel. A Peyriac-Minervois, presque au même moment, 35 hommes attaquent une autre colonne et font 6 tués.

Bataillon.jpg

© Blog sur l'histoire de Rustique

Rieux-Minervois

Toujours le 19 août, les Allemands ont cerné et attaqué la localité. Les nôtres étaient 48... Après un combat de rues des plus acharnés, 21 de nos camarades tombent en combattant, 3 sont blessés... L'ennemi a des pertes qu'on ne peut dénombrer mais abandonne sur place du matériel et de l'armement. Le maquis de Citou et les volontaires locaux venant à la rescousse, ils sont arrêtés à Caunes-Minervois où notre ami Louis Combes, chef du groupe local, trouve la mort. Son frère Fernand est grièvement blessé. Un motocycliste arrive ; à Rieux tout est terminé, mais la colonne allemande se dirige sur notre côté. Immédiatement je prends les dispositions nécessaires ; deux bouchons armés de fusils mitrailleurs et de mitrailleuses Hotchkiss se placent à des endroits favorables. A la sortie de Caunes sur la route de Saint-Pons, bien encaissés dans la vallée de l'Argent-Double. Hélas, notre attente est vaine ; la colonne ennemie s'est détournée vers Olonzac.

Le 20 août, un train de ravitaillement attaqué à Puichéric nous permet de récupérer un stop de boites alimentaires qui sont distribuées à la population des villages environnants.

Citou

Le 21 août, à Citou, on devait procéder à la sépulture de notre ami Louis Combes. Nous étions alors nous-mêmes à Villeneuve. Rentrant le soir à Citou, j'apprends qu'une demi-heure avant l'enterrement, une colonne allemande a traversé le village, pillant tout ce qui peut être profitable : bicyclettes, chariots, bijoux, alcool, etc... Les obsèques peuvent cependant se dérouler mais après la cérémonie, une arrière-garde ennemie ouvre le feu sur un groupe d'hommes et de femmes qui, par un chemin de traverse rejoignent le hameau de Rieussec... Par miracle, personne n'est atteint !

Villeneuve-Minervois

Le 22 août à Villeneuve, en fin de journée, nous apprenons qu'une colonne de camions lourdement chargés de soldats, a quitté Carcassonne, se dirigeant vers Caunes (La même colonne qui fait le massacre du Quai Riquet, le 20 août 1944 ? NDLR). Mais ce jour-là, nous sommes 227 rassemblés à Rieux-Minervois avec le commandant Bousquet. Pendant que le gros de nos forces va assurer la défense rapprochée du village en cas d'attaque, deux petits contingents vont surveiller deux carrefours, de part et d'autre de Villeneuve, sur la route nationale Carcassonne-St-Pons, qui passe à environ 2,5 km du village.

Le commandant Bousquet a donné des consignes, nous sommes prêts et notre chef m'a confié le soin de donner le signal de l'attaque. Je me trouve, avec une poignée de volontaires, sur un petit mamelon boisé, à 150 mètres environ au nord du carrefour dit "Tuilerie de Justi"... A ma droite, tout près de moi, un sous officier, Vaucher, est en position de tir avec son fusil-mitrailleur... Nous entendons très distinctement le sourd grondement des moteurs de la colonne qui avance... L'heure H est proche... La tête de la colonne doit maintenant avoir dépassé le premier carrefour. Mais nos camarades de là-bas n'ont pas réagi ; ils attendent mon signal pour prendre l'ennemi à revers. Enfin, les voilà !... Une voiture grise débouche au carrefour ; d'une pression de main, je calme Vaucher, prêt à tirer. Et voilà le premier camion, des hommes en armes sur les ailes, sur la cabine... "FEU !" La première rafale éclate, suivie de nombreux coups de fusil. Vaucher a tiré en plein dans le mille : le camion, atteint au moteur, stoppe et immobilise la caravane, ce que j'avais prévu... La fusillade à l'autre carrefour est maintenant intense : les Fridolins courent de toutes parts, dans le plus grand désarroi, et Vaucher, en pleine action, les poursuit dans leur fuite désordonnée. Les traces de rafales se voient encore à hauteur d'homme sur la façade de la tuilerie.

Mais la nuit arrive , des ordres gutturaux se croisent sur la route et je devine déjà, à certaines ombres, que la panique à pris fin et que nous sommes menacés d'encerclement. A la faveur de la nuit, nous nous replions à travers les vignes... Des balles tranchantes sifflent maintenant à nos oreilles : trop tard ! La nuit est venue et le regroupement opéré : pas de manquant ! Je confie notre groupe à Vaucher qui va rejoindre Villeneuve. Pour moi, je voudrais bien rendre compte au commandant Bousquet des résultats obtenus.

Je reviens vers la route, non pas en direction du carrefour où l'engagement a eu lieu, mais à 200 mètres environ en direction de Caunes, vers où se dirige la colonne ennemie... Un tas de gravier est là au bord du fossé ; je réussis à l'atteindre à plat ventre ; j'attends... Le brouhaha a repris chez l'ennemi, qui s'affaire autour des camions. J'entends des cris, des ordres, des heurts de métal... Les heurts passent bien lentement, et ma  couche n'est pas des plus moelleuses. A trois heures du matin seulement les moteurs tournent, la colonne se remet en route et je peux voir défiler à quelques mètres du sol, tous phares éteints : en tête, un camion remorque celui que nous avons endommagé. Dans les deux qui suivent, j'entends des cris, des plaintes... les victimes sont nombreuses. Enfin, la colonne passe ; j'ai pu compter avec précision 38 camions, tous chargés de troupes : le morceau était bien gros, en effet, pour la cinquantaine de volontaires qui ont pris part à l'embuscade entre les deux carrefours.

Au petit jour, transi mais heureux, je rentre à Villeneuve, où l'on commençait à s'inquiéter de mon absence prolongée. Une tasse de café brûlant avalée à la popote, et avec le commandant Bousquet nous revenons sur les lieux de l'engagement. Quel gâchis ! Des casques, des casquettes, des capotes, des fusils même jonchent le sol et au carrefour, Vaucher me prouve l'efficacité de son tir en me montrant en plusieurs endroits, des traces de sang. Mais toutes les victimes ont été emportées... Nous rentrons à Villeneuve.

La Redorte et Rieux

Le 23 août, un fort détachement ennemi est attaqué à La Redorte par 72 résistants. Outre la capture de 26 prisonniers, 16 civils que les Allemands amenaient comme otages peuvent être libérés. Vous devriez leur joie.Le 24 août à Rieux, une nouvelle attaque permet de récupérer du matériel mais il y a 2 tués et un blessé de notre côté.

Quatre habitants sont tués : M. Labatut, Amalric, Malrieu et Louis Cros

(Source : La Résistance audoise / L. Maury / 1980)

Citou

Le même jour notre groupe se reforme à Rieussec, hameau de Citou. Fonvalle alerte dans l'après-midi qu'une petite colonne allemande (une compagnie environ) a traversé Citou en direction de Saint-Pons. Sur la cabine de l'Ouragan, deux mitrailleuses sont mises en batterie et confiées à deux Russes incorporés de force dans l'armée allemande et que nous avons récupérés à La Redorte. Je prends les devants sur la route pour aller au renseignement...

A Lespinassière, on nous signale que la colonne est passée depuis plus d'une heure. Je continue vers le sol, à la limite du Tarn. Là, ma moto devient rétive ; un fermier me renseigne : ceux que nous poursuivons sont à quelques centaines de mètres à peine. Nos voitures arrivent. Je fais rapprocher les véhicules, et en avant ! A un virage, nous tombons sur les Allemands, arrêtés à notre vue, ils ouvrent le feu sur nous ; mais nos Russes, sur l'Ouragan, sont aussi rapides qu'eux... Les ennemis, en tiraillant, cherchent à gagner le couvert. Mes deux Russes sautent du camion et, mitrailleuses sous le bras, se lancent à leur poursuite. Ne pouvant me faire comprendre, je leur fais signe de me suivre : je connais bien le terrain et, en quelques minutes, nous atteignons un petit mamelon d'où nous apercevons les fuyards, cherchant à gagner un hameau tout proche. La fusillade reprend mais dure peu : 17 soldats ennemis, les bras en l'air, nous supplient de les épargner ; trois d'entre eux sont blessés et six cadavres restent sur le terrain. On a tant raconté d'histoires sur les "terroristes" que nos prisonniers croient que nous allons les mettre à mort... Ils ne se tiennent plus de joie quand mon interprète Gogel, un Alsacien, les détrompe. Cependant, je comprends à leur mine que Gogel leur en dit de toutes les couleurs... Nous rejoignons la route où nous ramassons notre butin ; sacoches, pistolets, fusils, grenades, etc... Mais hélas, sur un brancard improvisé, nous avons la douleur de retrouver près du camion notre camarade Vignon, chef du maquis de Citou, tué au cours du combat qui fut pour nous le dernier de la clandestinité... Partout, l'ennemi avait été attaqué par des forces toujours dérisoires, mais que galvanisait la soif de la liberté et de toute vengeance.

Piquemal.jpg

© Musée de Rustiques

L'affaire Henri Tahon

C'est au cours de notre rassemblement de 1963 à Mailhac, que certains de nos camarades me mettent au courant de la situation matérielle de notre ami Henri Tahon, rescapé de la fusillade de Trassanel : il est marié à Fournes-Cabardès et père de quatre enfants. Sa maison d'habitation est en très mauvais état, à tel point que Mme Tahon vient récemment de passer au travers d'un vieux plancher à l'étage, et s'est fracturé une jambe dans sa chute... Nous décidons de l'aider : une collecte va être ouverte, les travailleurs bénévoles se feront connaître, et des réparations seront faites à la maison de notre ami. 

Le lendemain même de notre rassemblement, je rédige un appel à tous nos camarades, appel que Pagé se charge de diffuser... En même temps, j'écris aux responsables départementaux de nos deux associations : C.V.R et Rhin et Danube... Le responsable de Rhin et Danube n'a pas seulement daigné me répondre, malgré une deuxième lettre datée du 18 juin 1964 insistant sur la nécessité d'un tel geste... Quant au responsable des C.V.R, je reconnais qu'il m'a répondu : il a bien voulu m'adresser quelques conseils et des imprimés de demande prime à l'amélioration de l'habitat rural... Bravo pour ce geste !

Mais par contre, le Corps Franc de la Montagne Noire, que je n'avais pas contacté, m'adresse un chèque de 20 000 anciens francs... En même temps, dès janvier 1964, je reçois les dons de beaucoup de camarades du Minervois. Je ne citerai pas de noms pour ne pas froisser certains négligents. Au final, c'est un totale de 120 000 anciens francs que j'ai obtenu. Justement, Tahon a fait entreprendre certaines petites réparations à sa maison... Je m'entends avec le maire de Fournes (mon beau-frère) : il verra lui-même le maçon. Nous avons je crois, suivant mes moyens, accompli notre geste de solidarité.

Mais je n'accepte pas cependant l'attitude des responsables de Rhin et Danube et des C.V.R. Je décide donc, à titre personnel, de me retirer de ces deux associations.

Source

Avec ceux du Minervois / Capitaine René Piquemal

_______________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

20/09/2016

Le conseil municipal de Carcassonne nommé par Pétain en février 1941

L'une des premières mesures qui furent prises par Philippe Pétain après que la majorité des parlementaires français lui octroient les pleins pouvoirs, ce fut de dissoudre les conseils municipaux démocratiquement élus avant sa nomination à la tête de l'état. A Carcassonne, le Dr Albert Tomey et ses colistiers furent priés de rendre leur mandat ; on les remplaça par des notables de la ville choisis par l'administration de Vichy. Paul Emile Gabriel Alapetite (1895-1980), nommé Préfet de l'Aude par Pétain le 17 septembre 1940, dut choisir et mettre en place en février 1941, le nouveau conseil municipal. Qui pour assurer les fonctions de maire ? Jules Jourdanne - parent du félibre Gaston Jourdanne - fut approché. Reconnu pour ses qualités de gestionnaire - il gérait plusieurs domaines agricoles - et pour son implication dans de nombreuses associations notamment catholiques, il accepta la charge de premier magistrat de la ville. 

Papa potager Béragne.jpg

© Collection particulière

Jules Jourdanne

(1892-1983)

Le conseil municipal en juin 1944

Jusque-là nous ne savions rien sur les conditions dans lesquelles s'est constitué ce conseil municipal, ni pour quelles raisons certains furent choisis plutôt que d'autres. Pour avoir consulté les archives de l'épuration, nous admettons que Jules Jourdanne n'a jamais été inquiété - son attitude non subversive pendant l'occupation a dû plaider en sa faveur. C'est presque une exception en France, tant les maires nommés étaient de fervents soutiens de la politique de Vichy. Si le maire eut une attitude plutôt bienveillante sur la ville, d'autres ailleurs eurent à en répondre à la Libération. Certains s'étaient simplement trouvés là sans motivation politique particulière ou à la recherche d'un poste. N'oublions pas que ce conseil municipal a été nommé en février 1941, au moment où la grande majorité de la population française criait à gorge déployée : "Vive Pétain".

Tombe Jules Jourdanne.jpg

La tombe de Jules Jourdanne à Caux et Sauzens

Pour comprendre, les attitudes des uns et des autres au cours de l'occupation il ne suffit pas de décortiquer les archives - les plus gênantes ont été brûlées. Attention, pas seulement par les Vichystes ou les Allemands. Un excellent article du journal "Le point" du 13 août 2015 faisait référence aux archives volées à Paris par des membres du Parti communiste dans une administration de Vichy, à la Libération.

"Par ailleurs, en août 1944, une partie a été brûlée lors du départ de France des Allemands. À la Libération, certains groupes, assez isolés, souvent communistes, se sont rendus immédiatement dans les lieux stratégiques. Ainsi, au 11, rue des Saussaies, un des sièges de la Gestapo parisienne avec le 84, avenue Foch, des FTP ont enfoncé les portes, saisissant de leur propre chef des dossiers qui ont filé dans les archives du PC où, depuis, on a souvent opposé un silence ferme aux demandes des historiens."

Capture d’écran 2016-09-20 à 10.38.20.png

Il serait un raccourci facile pour l'historien de ranger dans le camp des collabos, un nom trouvé dans une liste de conseil municipal sans étudier la personnalité du sujet. A Carcassonne, un service de renseignement de la Résistance fonctionnait à merveille ; il s'agit du Nettoyage des administrations. Ainsi par exemple, l'officier de police Aimé Ramond n'a cessé de renseigner les réseaux depuis l'hôtel de police. Pourtant, on trouve sa signature dans le livre de condoléances de Philippe Henriot, dressé devant le siège de la Milice sur la place Carnot en juillet 1944. Aimé Ramond était Résistant et l'a payé de sa vie ; il a sans doute signé ce registre pour ne pas éveiller les soupçons sur sa personne. Si l'on ne trouve rien dans les archives, en revanche il faut prendre le temps de chercher ailleurs... On sait également qu'un noyau d'intellectuels résistants se réunissait chez Joë Bousquet à la barbe des Allemands : Aragon, Benda, Lang, Sire, René Nelli... 

A ce sujet, nous avons retrouvé un texte de Joë Bousquet dans un livre de 1946 en hommage à l'écrivain Pierre Sire. En rédigeant ce chapitre, Bousquet voulait-il justifier la présence de deux de ses amis (Nelli et Llobet) au sein du conseil municipal nommé par Vichy, par une attitude résistante de leur part ? On ne pourra pas vérifier, mais on s'en contentera comme caution morale. 

Dans cette province, épargnée d'abord par l'occupation, l'esprit de résistance apparut de très bonne heure et se manifesta pour commencer de la façon la plus aveugle et la plus touchante. On se comptait sans se connaître. Les diatribes des futurs miliciens nous aidaient à recenser les patriotes. Décidée d'abord à lutter contre Vichy, la Préfecture de l'Aude cherchait fiévreusement d'authentiques républicains.

Un beau soir, on apprit à la fois la destitution du conseil municipal élu et le nom du maire vichyssois qui allait administrer la ville. Animé d'un sincère élan de fureur, le Préfet convoque Jean Lebrau le poète, (alors employé bénévole à la Préfecture), et lui dit en propres termes :

"Vichy impose pour maire monsieur X... (Jourdanne, NDLR). Il va traîner derrière lui une bande d'aigris. Courez chez Bousquet, qu'il désigne aussitôt des amis capables de combattre au sein même du Conseil d'influence politique des nouveaux venus. De mon côté, je chercherai parmi les employés de chemin de fer..."

Humbles paroles ! Paroles historiques ! Elles font l'éloge de la petite ville. Chacun y va son chemin, riant aux anecdotes et aux cancans, mais gardant dans son coeur les noms des hommes à mobiliser dans le danger. Avant même d'entendre ma réponse, Lebrau avait désigné Sire. [...] Si Pierre Sire a été remplacé dans ces fonctions honorables et dangereuses par un autre de nos amis, je puis certifier qu'il avait accepté nos propositions ; qu'il savait à quoi elles l'exposaient. Au dernier moment, on nous montra un décret qui interdisait à un professeur du cadre primaire d'accepter un mandat municipal.

Vildé_2.jpg

Boris Vildé

Quand Boris Vildé vint nouer à Carcassonne le premier lien avec la Résistance parisienne, c'est à Pierre Sire que je pensai d'abord et par son intermédiaire que je pus faire circuler l'humble polycopie qui inaugurait la diffusion des journaux clandestins. Au retour de son troisième voyage, Boris Vildé fut arrêté à Paris (26 mars 1941, NDLR) et assassiné par la Gestapo (23 février 1942, NDLR).

Roubaud avait pris la tête du mouvement local ; et pendant qu'il agissait, créait les maquis et soulevait la province, nous vivions notre passion d'intellectuels à peu près inutiles, nous nous consumions dans l'impatience. [...] Vint enfin le jour de prévoir le débarquement. On parachutait des vivres, des munitions. On élaborait des plans. Il fallait deviner où commencerait le combat. [...] On sait fort mal ceci : pendant plusieurs mois notre région a été vouée à un douloureux avenir et nos résistants ont dû se préparer et préparer quelques civils choisis à une périlleuse aventure :

Supposant que toute l'armée allemande contre-attaquerait les premiers éléments débarqués, Alger souhaitait que les villes partiellement vidées d'ennemis redevinssent aussitôt françaises. Il fallait éviter qu'à peine victorieuse, l'armée alliée ne s'accommodât des administrations mises en place par Vichy. La Résistance désignait donc des chefs de quartier décidés à mener le peuple à la Préfecture, un conseil municipal qui s'emparât de la mairie, un préfet, des hommes vrais et qui se déclarassent citoyens au mépris de leur vie. Ce fut là un beau moment dans l'histoire de la Libération. Il n'y avait pas d'avantages à politiques à prévoir pour ces hommes de bonne volonté. Toute leur mission était d'accepter des responsabilités en attendant les titulaires et de se désigner eux-mêmes comme otages d'un ennemi victorieux ou, même, trop lentement vaincu.

On ne peut pas oublier le nom et le visage de ces hommes quand on a, en des circonstances pareilles, recueilli leur adhésion. James Ducellier acceptait de remplir les fonctions de préfet en attendant Monsieur Augé, Maître Llobet devenait, pour la période héroïque, maire de Carcassonne. René Nelli répondait du quartier du Palais. Pierre Sire devait prendre la tête de la colonne qui se formerait à la Cité et marcher sur la Préfecture. Ce dernier trait donne à peu près la date du complot, lequel précéda de peu l'occupation par les Allemands du bord fortifié. 

299989195.jpg

Le témoignage de Lucien Roubaud (La Résistance Audoise / p.400) donne une autre lecture venant contredire le texte de Bousquet :

"Existait aussi à Carcassonne un groupe de résistants qui se préoccupaient de choisir les hommes devant occuper les postes importants à la Libération. Je le sais, car un émissaire est venu me proposer le poste d'Inspecteur d'Académie. J'ai décliné cet honneur, Gilbert de Chambrun, alerté, est venu contacter ce groupe qui a refusé de faire autre chose que la propagande orale et la préparation de l'après-libération."

Les textes ci-dessus donnent une autre dimension à cette triste période, telle que l'ont vécu les Carcassonnais. Il rappelle qu'il ne faut préjuger de rien et surtout ne pas s'arranger avec l'histoire lorsqu'on désire l'étudier pour flatter un camp ou un autre. La vérité est souvent bien plus complexe qu'une réflexion simplement manichéenne relevant du café du commerce. Il faut peut-être essayer de comprendre l'homme dans sa complexité et les circonstances qui l'ont amené à agir. Retenons par exemple que le destin de René Bach, le tortionnaire de la Gestapo de Carcassonne, aurait pu être différent pour lui et surtout pour ses victimes, s'il avait été accepté dans l'armée qui allait combattre au sein de la France libre. Il chercha un emploi et trouva celui d'interprète bien rémunéré par les Allemands au sein du SD. La suite, vous la connaissez...

___________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016