05/02/2016

L'urne des déportés retrouve sa place au pied du monument à la Résistance.

À une date que l'on estime être celle de l'inauguration du monument à la Résistance au Square Gambetta - soit en 1948 - une urne contenant de la terre provenant du camp de Buchenwald a été scellée au pied du monument. Elle aurait été ramenée par les déportés et déposée lors de la cérémonie officielle à cet endroit.  Nous n'avons pas de certitude concernant la date précise - il faudrait consulter les registres des délibérations du conseil municipal de Carcassonne - en revanche, les photos et cartes postales en ma possession attestent de l'existence de cet objet en ce lieu au moins jusqu'aux années 1990. 

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L'urne au pied du monument à la Résistance

En 2013, je saisissais Madame Tamara Rivel - adjointe à l'urbanisme - sur la disparition de l'urne après la destruction du square Gambetta et sa transformation en parking souterrain. Celle-ci commissionnait des agents municipaux afin de tenter de la retrouver. Sans succès...  Si tous les autres monuments du jardin avait été rassemblés aux serres municipales avant 2009, l'urne en fonte ne s'y trouvait pas. Notre hypothèse c'est qu'elle fut jetée à la benne ou, au mieux, récupérée par un ouvrier pour son usage personnel.

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Les collégiens et les élus à Sachsenhausen

L'histoire en resta là, quand en juin 2014 Tamara Rivel - Conseillère départementale - proposa au président Viola de refaire une urne et de profiter du voyage annuel des collégiens en Allemagne, pour ramener de la terre des camps. Le président André Viola trouvant l'idée excellente fit les démarches auprès de l'ambassade d'Allemagne afin d'obtenir les autorisations. De mon côté, à sa demande, je fournissais les photos à Madame Rivel, nécessaires à la reconstitution du précieux objet. Le Conseil départemental fit une demande écrite au maire de Carcassonne en vue d'obtenir l'autorisation de remettre à une date non précisée, la nouvelle urne à Gambetta. 

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Les collégiens s'en étant revenus d'Allemagne, la terre ramenée du camp de Sachsenhausen était gardée précieusement. Avec l'aval de l'Architecte des Bâtiments de France, on fabriqua un réceptacle en marbre en guise d'urne avec les noms de MM. Viola et Larrat ; ce dernier ayant accepté de se joindre à la future manifestation symbolique dans un élan d'oeucuménisme politique.

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Dans le journal Perspective - organe de communication du conseil départemental de l'Aude - le président Viola annonce l'inauguration pour le 24 janvier 2016. La date sera finalement déplacée au 3 février.

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Je regrette de n'avoir pas pu me rendre à cette inauguration et je m'en suis excusé auprès des autorités compétentes ; j'habite à 350km de Carcassonne. Selon les observateurs sur place, les discours n'ont pas évoqué l'histoire de l'urne primitive et de son parcours. Ceci aurait permis de comprendre les raisons d'une telle manifestation aujourd'hui ; mais aurait suscité l'embarras de certains élus vis à vis d'un objet dont ils avaient la charge.

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04/02/2016

Dans la valise des déportés Carcassonnais vers Auschwitz

Nous avons déjà évoqué sur ce blog, l'aryanisation, c'est-à-dire la spoliation des biens immobiliers et mobiliers des familles juives avant leur déportation dans les camps de la mort. Ceux-ci étaient d'abord confiés à un liquidateur - désigné par l'administration allemande - avec le concours de l'État Français, puis vendus aux enchères publiques ou cédés gracieusement à des nazis. Nous avons retrouvé des documents dans les archives de l'armée américaine prouvant qu'hélas, Carcassonne n'est pas passée au travers de ces spoliations. La difficulté pour les familles héritières -s'il en restait- de ces pauvres malheureux envoyés à la chambre à gaz, fut d'obtenir après la Seconde guerre mondiale, la restitution de ce qui avait été volé. La plupart du temps, des familles entières ayant été exterminées, les biens restèrent entre les mains de ceux qui les avaient acquis. Qui allait porter réclamation ? Dans d'autres cas, les héritiers durent s'armer de courage pour faire valoir leurs droits auprès des autorités compétentes ; il fallut qu'elles apportassent les preuves de propriété. Il y a sans aucun doute des propriétaires actuels qui, sans le savoir - dans le meilleur des cas - possèdent des biens provenant de l'aryanisation. Ci-dessous, nous ne donnerons que deux exemples parmi... combien ?

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L'entrée du camp d'Auschwitz

Steiner Greta

 Madame Steiner Greta de nationalité française, habitait 9 route de Limoux à Carcassonne, quand elle tenta de récupérer un logement en novembre 1947, par l'intermédiaire chef de la division des restitutions et réparations, au quartier général des forces armées américaines en Autriche.

"J'ai l'honneur de vous informer que l'immeuble situé à Vienne VII, Zieglergasse 38, appartenait avant la guerre à Madame Rosa Krieger ; il a été confisqué le 15 juillet 1942 au bénéfice du Reich conformément au Reichbürgergesetz*Il est toujours entre les mains du Reich comme cela apparaît dans Grundbuch du registre de Neubau (Numéro 1200).

Rosa Krieger disparut durant sa déportation. Par décision du 16 octobre 1947, le tribunal régional l'a déclaré comme étant décédée. Il résulte que sa succession est par conséquent ouverte. Son unique héritière est sa fille, Madame Gerta Steiner, de nationalité française habitant à Carcassonne qui demande la restitution de l'immeuble confisqué dès qu'elle deviendra propriétaire de son héritage.

En conséquence, vous seriez aimable de noter que cet immeuble, bien qu'apparemment allemand, représente un intérêt français, prendre les mesures pour le protéger et me tenir informé.

Je suis disposé à vous donner toutes information complémentaire."

*La loi sur la citoyenneté du Reich de 1935 créait deux espèces d'Allemands ; ceux de "sang pur" et les  ressortissants raciaux considérés comme étrangers. Ces derniers avaient moins de droits que les autres.

Haguenauer Paul

Paul Georges Haguenauer demeurant 10, rue de la préfecture pendant la guerre, possédait une société de vente de tracteurs sous la marque "Le Français". Par arrêté du 24 janvier 1942 paru au Journal Officiel, les biens de M. Haguenauer sont mis entre les mains d'un administrateur et d'un huissier Carcassonnais chargés d'en rédiger l'inventaire en vue de la vente. Il est également mis fin aux fonctions de M. Haguenauer comme directeur de cette société.

Le 30 novembre 1942, un courrier du Commissariat aux questions juives de Montpellier (2, rue des Etuves) signé de J. Tollincri est adressé au préfet de l'Aude :

" J'ai l'honneur de vous demander l'internement administratif du juif Haguenauer Paul, dont les agissements et l'activité croissante en qualité d'ingénieur conseil portent un grave préjudice aux vrais français."

 Le préfet Marc Freund-Valade ne va pas se soustraire contrairement à son prédécesseur à la demande du Commissariat aux questions juives. Le 5 janvier 1943 :

"M. Haguenauer Paul né le 24 décembre 1890 à Colmar (Haut-Rhin) de Simon et de Neyer Eve, domicilié 28 rue de la mairie à Carcassonne, est astreint de résider au centre de séjour de Fort-Barreaux (Isère) où il sera immédiatement conduit.

M. le chef d'escadron, commandant la compagnie de gendarmerie d'Aude, est chargée de l'application et de l'exécution du présent arrêté."

Après son internement sans sa fille et sa femme restées sous surveillance en leur domicile de Carcassonne, l'inspecteur de police Valentin D, l'administrateur Jules B et l'huissier maître T chargés de l'inventaire, découvrent des tracts jugés anti-nationaux du journal Combat, deux revolvers et un tract appelant au rassemblement du 14 juillet 1942 à la statue de Barbès. Un rapport est envoyé par Jules R, Commissaire principal, chef des renseignements généraux de l'Aude.

À la libération, Paul Haguenauer cherchera à récupérer une partie de ses objets dispersés. Sa bibliothèque contenant plusieurs livres de valeur ayant été expertisée par un libraire de la ville, il s'adressa à lui afin de la récupérer. Il dût s'y reprendre à plusieurs reprises avec au final une mise en demeure. Voici la réponse qu'il reçut du commerçant :

"Au cours de l'année 43, j'ai été sollicité pour examiner une bibliothèque. J'ai donné mon avis verbalement sur un certain nombre de livres en précisant que généralement le prix en occasion correspondait à la moitié du prix marqué. Au cours de la visite j'ai appris les raisons de cette vente et je n'ai fait aucune offre. Je précise que contrairement à ce que vous prétendez dans votre lettre, je n'ai pas remis d'expertise par lettre et que je n'ai reçu aucune rétribution de quelque sorte que ce soit."

De la même manière, M. Haguenauer s'adresse à un grand magasin de vêtements de Carcassonne afin de récupérer ses seize complets que celui-ci à accepter de revendre, contrairement à d'autres tailleurs qui ont refusé de prêter une aide quelconque à un acte de spoliation. 

(Ces commerces n'existent plus à Carcassonne)

Paul Haguenauer participa comme lieutenant F.F.I a la libération de Carcassonne, le 20 août 1944. Il est reconnu "Mort pour la France" le 9 novembre 1946 avec le grade de Commandant. Son corps se trouve dans la nécropole nationale "Les vallons" à Mulhouse, Carré A1 n°115. 

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© Georges Simon

MémorialGenWeb

 

Sources

Service historique de l'armée

Document déclassifiés US

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29/01/2016

La collaboration industrielle dans l'Aude sous l'occupation

 Le 20 septembre 1944, le service du bâtiment et des travaux publics de la Délégation Générale à l'Equipement National relève une liste de 143 entreprises audoises - artisanales et non artisanales - ayant travaillé pour l'occupant Allemand. Ce grand nombre s'explique par le fait, qu'à un certain moment, l'Office de placement allemand de Carcassonne a réquisitionné en bloc un certain nombre d'entreprises ; ce fut le cas en particulier de toutes les entreprises de maçonnerie de Carcassonne.

Cette liste comporte le degré d'implication de l'entreprise, exprimé en pourcentage. Ce taux a été calculé en faisant le rapport entre le nombre d'ouvriers travaillant sur le chantier et les effectifs de chaque patron. La note de l'ingénieur en chef au Commissaire de la République rappelle que : " Ce pourcentage n'est donné qu'à titre d'indication et qu'il est probablement assez différent de celui que l'on obtiendrait, en faisant le rapport des chiffres d'affaires des secteurs allemands et français."

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Fortifications allemandes, avenue A. Mullot.

Si une très grande partie d'entre-elles a exécuté ces travaux sous la contrainte de la réquisition, 31 cas ont fait l'objet d'un examen particulier. Certains entrepreneurs de maçonnerie se sont portés volontaires pour la réalisation de travaux militaires tels que casemates, blockhaus et autres tranchées anti-char. Des poursuites ont été engagées contre eux après la guerre, avec dans certains des arrestations. La circulaire ministérielle du 2 décembre 1944 "recommande aux administrations et aux Services publics concernés de s'abstenir d'attribuer aux entreprises dont l'activité en faveur de l'ennemi a eu un caractère notoire, des commandes et des marchés." Le 2 juillet 1946, suivant instructions du préfet de l'Aude, les noms de cinq entrepreneurs Carcassonnais exclus et condamnés sont affichés au tableau officiel de la mairie.

Lettre de Louis Amiel (Maire de Carcassonne) à M. le Commandant Georges (Commandant départemental des F.F.I)

31 août 1944

J'ai l'honneur de vous faire part d'une résolution du Comité local de la Libération, approuvée par le Comité départemental, tendant à mettre à la charge des entrepreneurs constructeurs de fortifications, la démolition des ouvrages qu'ils ont exécuté pour le compte de l'armée allemande.

Les conditions d'exécution de ces ouvrages ont soulevé pendant l'occupation, parmi la population, une émotion considérable. Certaines entreprises ont travaillé à forfait à des conditions honteuses que les allemands se souciaient fort peu de discuter puisqu'il s'agissait en définitive que des finances de la France. D'autres ont construit des ouvrages avec la main d'oeuvre fournie par la réquisition civile qui, durant quatre mois, a astreint nos compatriotes à de véritables travaux forcés.

Dans tous les cas, il est de notoriété publique que les entrepreneurs des ouvrages fortifiés ont édifié, sur les deniers de la France et la sueur des Français, des fortunes scandaleuses. Il est donc logique qu'ils participent les premiers à l'oeuvre de redressement moral à laquelle nous nous attachés.

Ces considérations ont conduit le Comité local, parfaitement d'accord sur ce point avec le Comité départemental, à vous demander de contraindre les entrepreneurs qui ont construit les ouvrages de défense allemands à les démolir immédiatement à leurs frais, à la main, avec l'obligation pour eux d'embaucher au tarif syndical, le personnel qui y travaillait et les ouvriers sans travail qui leur seront adressés.

Les allemands n'étaient pas regardant sur les sommes demandées par ces entreprises de travaux publics, car la France payait 400 millions de francs par jour au titre de l'armistice de 1940. Sans compter, bien entendu, les bénéfices de tous ordres qu'ils retiraient de l'aryanisation. C'est à dire, de la spoliation des entreprises et des biens appartenant aux juifs, après leur assassinat dans les camps. Je laisse le lecteur apprécier le caractère moral de l'enrichissement des entreprises, collaborant volontairement avec l'occupant. Certaines d'entre-elles ont disparu depuis, mais d'autres sont passées du statut de petit artisan avant-guerre à une importante société, après les lois d'amnistie du milieu des années 1950. Certes, leurs dirigeants ont été condamnés à des amendes et exclus des marchés publics ; dans les faits, les pénalités financières furent modestes en rapport de ce qu'ils avaient gagné. L'Indignité nationale avec confiscation des biens n'a pas toujours été prononcée ou a été minorée en appel, quand ces personnes profitant de quelques complicités n'ont pas retrouvé tout simplement une belle virginité morale au sein du milieu associatif ou politique.

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© ADA 11

Maquis Faïta à Buc (Aude)

Qu'ont pensé les proches des résistants - morts au combat ou déportés - quand ils ont vu réapparaître dans les villes, ces anciens entrepreneurs du bâtiment ou commerçants enrichis grâce au détournement de la répartition pour inonder le marché noir, faire l'acquisition d'immeubles, d'hôtels ou tout simplement construire des maisons secondaires à la mer ? J'en ai beaucoup entendu me dire : "Maintenant, ce sont eux qui nous donnent des leçons." Eh ! oui, on ne s'enrichit pas en se cachant dans le maquis, on risque sa peau et celle de sa famille chaque jour. On mange ce que l'on trouve et parfois rien pendant quelques jours... Pendant ce temps, d'autres ont choisi une voie moins exemplaire mais bien plus lucrative.

Sources

Archives de l'Aude

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18/01/2016

Le 3 juin 1944, la police rafle 200 jeunes sur ordre des nazis dans Carcassonne.

Nous sommes le samedi 3 juin et le dimanche 4 juin 1944 à Carcassonne. C'est jour de foire... Des agents français accrédités par l'Office du placement Allemand par un service dont le siège est à Marseille, investissent l'ensemble des cafés, la gare, les stations d'autobus et les maisons de tolérance. Sur ordre du service du placement allemand, situé 22 rue Strasbourg, elle appréhende et rafle plus de 200 jeunes français suspectés d'être réfractaires au S.T.O (Service du Travail Obligatoire). Une quarantaine de ces personnes sont retenues et confiées à la garde de la police urbaine de Carcassonne. Elles sont destinées à partir travailler de force en Allemagne pour alimenter l'effort de guerre des nazis. 

Dans un courrier du 5 juin 1944 adressé au Chef du gouvernement de Vichy, le préfet de l'Aude indique :

"Je suis immédiatement intervenu auprès de la Feldkommandantur pour demander qu'un fonctionnaire français qualifié assiste aux opérations de criblage. Le colonel, commandant la Feldkommandantur, a accepté la désignation de M. Bousquet, délégué départemental du Commissariat général à la main d'oeuvre."

Selon le préfet, sa réclamation auprès des services allemands contre l'arrestation de jeunes gens à peine âgés de 18 ans et en situation régulière, a permis finalement de ne retenir que 27 individus sur 40.

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© Musée de la résistance

 

Personnes partant pour l'Allemagne. Prévenir au plus vite la famille pour porte les bagages à l'Office de placement Allemand, 15 place Carnot.

Bourgeois Jean / 29.2.1920 à Aulnay sous bois / Rue de la mairie. Carcassonne 

Domenech François / 29.5.1923 à Barcelone / Névian

Armerio Joseph / 19.5.1925 à Béziers / Rue Capeau. Béziers

Farran René / 9.6.1922 à Sérignan / 10, rue faïence. Béziers

Gilbert Robert / 5.9. 1918 à Béziers / 5, rue Viennet Béziers

Guardia Julien / 13.11.1915 à Barbastro / 10, rue Dugommier. Carcassonne

Jeanjean Gustave / 18.7.1920 à Montjeaux / 39, av Gambetta. Béziers

Miquel Yvon / 10.3.1912 à Aspiran / 10, rue Subleyras. Montpellier

Ferrer Joseph / 8.3. 1917 à Narbonne / 21, rue dupleix. Narbonne

Sylvestre François / 18.1.1919 à Quillan / 28, rue du port. Carcassonne

Soules Émile / 2.1.1913 à Carcassonne / 59, rte de Limoux. Carcassonne

Tricarico Jacques / 26.3.1925 à Béziers / 27, rue Corneillan. Béziers

Taparel Roger / 31.7.1925 à Villassavary / Bassan (34)

Viseux René / 18.7.1924 à Paris / 46, bd Pétain. Carcassonne

Vidoni Gianino / 17.8.1916 à Trasaghis (Italie) / 37, rue de l'hôpital. Avignon

Bertholio Henri / 25.6.1915 à Florensac / Cussac (24)

Pages Étienne / 26.12.1919 à Argeliers / La digne d'aval

De Madaillan François / 14.6.1925 / La loubatière

Denat Émile / 4.7.1922 à Villalier / Villalier

Garrigues Raoul / 24.4.1926 à Prédelles / Trèbes

 

Source

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29/12/2015

Le poète Louis Aragon et son épouse ont habité à Carcassonne

 

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Louis Aragon

(1897-1982)

Le poète surréaliste Louis Aragon et son épouse Elsa Triolet s'installeront à Carcassonne durant trois mois, à partir du mois d'août 1940. Comme de très nombreux écrivains et artistes fuyant la capitale occupée par l'armée allemande, ils trouveront refuge en zone libre. Nous allons voir comment et dans quelles conditions, leur périple les a amené dans la capitale audoise.

Le communiste

Aragon est d'abord un intellectuel sympathisant du Parti communiste qui se félicite de la signature du pacte Germano-soviétique de 1939. Il suit la ligne du camarade Staline comme tous les communistes français et invite son gouvernement à se lier avec l'URSS. L'article qu'il écrit le 29 août 1939 dans "Ce soir" - journal dont il a la direction - provoque l'arrestation des communistes et l'interdiction du PC. Aragon se réfugie à l'ambassade du Chili sous la protection de son ami Pablo Neruda.

"Le pacte de non-agression avec l'Allemagne, imposé à Hitler qui n'avait pas d'autre possibilité que de capituler ainsi ou de faire la guerre, c'est le triomphe de cette volonté de paix soviétique. (…) Et que ne vienne pas ici comparer le pacte de non-agression germano-soviétique qui ne suppose aucun abandon de la part de l'URSS aux pactes « d'amitié » qu'ont signés les gouvernements toujours en exercice en France et en Angleterre avec Hitler : ces pactes d'amitié avaient pour base la capitulation de Munich… L'URSS n'a jamais admis et n'admettra jamais de semblables crimes internationaux. Silence à la meute antisoviétique ! Nous sommes au jour de l'effondrement de ses espérances. Nous sommes au jour où l'on devra reconnaître qu'il y a quelque chose de changé dans le monde et que, parce qu'il y a l'URSS, on ne fait pas la guerre comme on veut."

La débâcle de l'armée française

Après la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne, suite à l'attaque de la Pologne, Louis Aragon est incorporé comme médecin-auxiliaire. Il se trouve à la frontière belge et dirige une unité sanitaire composée d'étudiants. Le 26 mai 1940, Louis Aragon obtient une citation à l'ordre de la brigade. Pris dans la poche de Dunkerque avec une grande partie de l'armée française, il réussit à joindre l'Angleterre vers Plymouth. Le 2 juin 1940, il revient en France avec son unité et débarque à Brest. Après avoir été fait prisonnier à Angoulême, il s'évade avec six automobiles et trente hommes. On lui décerne une citation à l'ordre de l'armée pour avoir sous le feu de l'ennemi et au péril de sa vie, ramassé de très nombreux blessés. 

L'armistice de juin 1940

Louis Aragon tente de se rapprocher de son épouse Elsa, réfugiée à Bordeaux. Lui, se trouve à Ribérac en Dordogne. Le 28 juin 1940, ils se retrouvent enfin à Javerlhac où ils restent quelques jours. Il écrit "le lilas et les roses" et est démobilisé le 31 juillet 1940.

Ô mois des floraisons, mois des métamorphoses

Mai qui fut sans nuage et juin poignardé

Je n'oublierai jamais les lilas ni les roses

Ni ceux que le printemps dans les plis a gardés

À Carcassonne...

Venus à Carcassonne pour rejoindre l'éditeur Gallimard qui possédait une propriété à Azille, le couple Aragon retrouve Julien Benda, Jean Paulien, Pierre Seghers et René Magritte chez Joë Bousquet - 53, rue de Verdun. Ce dernier avait ouvert sa porte à tous ses compagnons de littérature. 

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Chez Mlle Bayle - 24, route minervoise - Louis et Elsa demeurent d'août à décembre 1940 à l'étage d'un restaurant appelé "La grillade". Ils n'ont plus aucun revenu ; ils paient leur logeuse avec leurs droits d'auteur. Aragon rencontre Jean Paulhan dans un café de la ville ; il lui lit "Les lilas et les roses". Avec ce dernier, il va organiser la résistance intellectuelle au nazisme en montant une stratégie pour déjouer la censure de Vichy. Le 10 octobre 1940, Aragon et Paulhan mettent au point un code contre la censure.

"Dès Carcassonne, écrit Saoul. Aragon avait établi un plan de résistance littéraire légale. Son difficile combat durant la drôle de guerre lui avait prouvé qu'il pouvait continuer d'exprimer ses sentiments profonds par ses vers. Dans les nouvelles conditions créées par la défaite, l'occupation hitlérienne, le gouvernement Pétain, les censures de la Gestapo et de Vichy, il fallait organiser légalement, par le moyen de la poésie, un mouvement de résistance littéraire qui utiliserait avec la fiction et les contradictions de la Zone libre toutes les publications les plus diverses."

 Dans la cuisine de l'appartement où Pierre Seghers et Aragon se retrouvent régulièrement, le poète remet à son ami plus de la moitié des poèmes du "Crève-coeur".

"Les douleurs ne ressemblent pas, varient à l'infini. Ainsi le sombre malheur que nous éprouvâmes à Carcassonne, aux derniers mois de 1940 ne ressemblait-il à aucune des peines jusque-là connues. Une mélancolie comme l'immobile eau noire du canal, noire comme les cyprès de cette ville.

La citadelle croulante et factice...

Le vent. Et notre seul havre, la chambre obscure de Joë Bousquet, seule lumière, seule âme de cette ville aux portes closes, inhumaine. Non, il y avait notre logeuse, une vieille demoiselle qui s'était prise d'affection pour nous, et de nous voir si démunis, ne sachant qu'entreprendre, qui était prête à acheter une épicerie pour nous en confier la gérance." (Elsa Triolet)

Le 2 septembre 1940, le général Weygand décerne à Aragon la médaille militaire et la Croix de guerre avec palme. À Carcassonne, un dîner est organisé par J. Bousquet en l'honneur de cette distinction. Les écrivains Pierre et Maria Sire sont chargés de la besogne. Ainsi, autour d'une table dressée chez les Sire (18, rue porte d'Aude) dans la Cité médiévale, se trouvent Joë Bousquet, Louis Aragon, Elsa Triolet, René Nelli et son épouse. Bousquet épingle sa propre décoration de 1918 sur la veste d'Aragon.

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La maison Pierre et Maria Sire à la Cité

Durant la seconde moitié de décembre 1940, le couple Aragon quitte Carcassonne. Il se rend avec Pierre Seghers à Villeneuve-les-avignon. L'éditeur installa le couple aux Angles, dans une maison de curé.

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Louis Aragon, Elsa Triolet et Pierre Seghers en 1941 à Villeneuve-les-avignon

© Wikipedia

Que reste t-il du séjour de Carcassonne à Louis Aragon ?

Plusieurs poèmes dont "Ombres", "Richard II Quarante", "Zone libre", "Les croisés"...

Que reste t-il de Louis Aragon à Carcassonne ?

Pas même une plaque sur la façade du 24, route minervoise...

Remerciements

Madame Sylvie David

Abbé Jean Cazaux

Sources

Le temps des Bohèmes / Dan Franck

Aragon, un destin français / Pierre Juquin

Minuit / Dan Franck

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25/10/2015

Vitalis Cros (1913-1999) : résistant, préfet et écrivain

Vitalis Cros naît le 13 octobre 1913 à Villeneuve-Minervois dans une famille agnostique profondément ancrée dans l'histoire, les traditions et la culture de ce département. À tel point qu'il est d'usage d'attribuer aux enfants mâles, des prénoms issus des générations précédentes. Vitalis est hérité ainsi de son grand-père qui le tenait déjà du sien...etc. Que dire alors du prénom de son père, Vercingétorix ? Cet homme à la stature inébranlable, revient de la Grande guerre très sérieusement blessé, au point d'en garder un lourd handicap. Il est marié avec Juliette Durand qui tiendra plus tard un kiosque à journaux, puis la librairie Hachette dans Carcassonne qui deviendra le lieu de rendez-vous des premiers résistants.

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Vitalis Cros fait ses études au lycée de Carcassonne, puis étudie le droit à Toulouse. Une fois diplômé, il s'inscrit au barreau de cette ville et se destine au Conseil d'État. Au moment de l'armistice, cet objectif s'est éloigné avec l'obligation de prêter serment à Pétain. Il entre alors dans la clandestinité et l'opposition farouche au pouvoir de Vichy.

Le résistant

À bord de sa camionette 202 qui - bricolée par ami - fonctionne à l'alcool, il use de sa fonction de dépositaire de presse et devient agent de liaison entre les maquis de la région et au-delà : Montpellier, Toulouse, Clermont-Ferrand.

Notes de V. Cros extraite de son journal de bord

" 1940 : C'est la débandade - Rentré à Carcassonne, je ne trouve que des gens soulagés... avec deux millions de prisonniers ! J... et G... que j'ai revus, sont effondrés. Je sens la pourriture nous envahir. Il faudrait adorer ce que nous avons brûlé. Et on commence à nous parler de Révolution nationale ! Dans un pays occupé par l'ennemi ! De qui se fout-on ? Autour de nous beaucoup font comme si le destin de la France était d'être ce qu'elle est aujourd'hui, c'est-à-dire ne pas être.

"Fin 1941 - J'ai arrêté ces notes parce qu'il est impossible de faire le point, mais on sait où on va : La guerre avec la Russie se traduit pour l'Allemagne par de véritables annexions (Ukraine, Pologne...) et en France occupée tout est désormais très clair (en octobre massacre de Châteaubriant, déportation de patriotes). Que se passe t-il en Alsace-Lorraine ? On voit passer ici des tas de gens, et pas seulement des juifs, qui fuient la barbarie. Tout cela est trop significatif pour qu'on ait la moindre hésitation."

"Le rapprochement avec l'Angleterre et l'Amérique se poursuit de façon irréversible. Le coup récent de Pearl Harbor semble avoir réglé la question du côté américain. Mais ils mettent du temps et ce la reste préoccupant. William Bullitt est toujours ambassadeur à Vichy. Alors quoi ?

Des tracts de zone occupée arrivent péniblement en zone non occupée. Une nommée Mme Nadel a fait passer par Dewoitine (Primo Combino, ndlr), des journaux véritables : Défense de la France.

Vitalis Cros cache son journal près de la chaudière de sa maison de Villeneuve-Minervois et de temps en temps y rédige quelques notes. Comme celle-ci où des néo-résistants se rassemblèrent à la statue de Barbès à Carcassonne le 14 juillet 1942.

Je veux signaler une manifestation nombreuse à Barbès, organisée par Picolo. Je n'ai su la chose qu'après coup, j'étais à Toulouse, le 14 juillet. Petit cénacle le 16 à la maison. (P.R.A.B.M.S.D.F.G.H).

Il s'agit des noms suivants que Cros a bien sûr voulu protéger : Picolo, Roubaud, Amiel, B, Merlane, Sable, Daraud, Fourès, Gout, Hidoux). Vitalis Cros est convaincu que l'anéantissement de nazisme ne peut passer que par l'action de réseaux structurés. Il se bat contre l'idée qu'il faille attendre des libérateurs étrangers.

Le préfet 

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© Wikipédia

Le gouvernement provisoire de la République Française lui demande en juillet 1944 d'administrer la sous-préfecture de Narbonne. Il entre en fonction au moment de la libération de la ville, le 22 août 1944 et y restera jusqu'au 15 mars 1954. Au début de l'année 1957, il devient à Paris chef de cabinet de Georges Guille - ancien résistant audois - alors secrétaire d'état à la présidence du Conseil. Le 11 mars 1958, il est nommé préfet de l'Aude puis, un an après, préfet des Ardennes. 

À Alger...

De novembre 1961 à juillet 1962, Vitalis Cros occupe les difficiles fonctions de préfet d'Alger. Il doit faire régner l'ordre dans une période où les attentats sont quotidiens entre le F.L.N et l'O.A.S. Le plus sanglant est sûrement celui de la rue d'isly en mars 1962 qui fit 67 morts et près de 200 blessés, dans lequel l'armée a ouvert le feu pour faire respecter l'interdiction de manifester contre la décolonisation.

vitalis cros

La fusillade à la Grande poste d'Alger

"La population du grand Alger est mise en garde contre les mots d’ordre de manifestation mis en circulation par l’organisation séditieuse. Après les événements de Bab-El-Oued, il est clair que les mots d’ordre de ce genre ont un caractère insurrectionnel évident. Il est formellement rappelé à la population que les manifestations sur la voie publique sont interdites. Les forces du maintien de l’ordre les disperseront, le cas échéant, avec toute la fermeté nécessaire. (Vitalis Cros)"

Du côté de l'état, on indique qu'un provocateur a tiré les premières salves et que les gendarmes n'ont fait que riposter ensuite aux émeutiers. Cette thèse est battue en brèche par les défenseurs de l'O.A.S, partisans de l'Algérie française. 

Villeneuve-Minervois

Vitalis Cros est maire de son village natal entre 1971 et 1983 et se présente aux élections législatives de 1973 pour succéder à son ami G. Guille, élu S.F.I.O. Il est battu par le candidat socialiste Antoine Gayraud et aussi, pour son soutien à Georges Pompidou. 

Vitalis Cros est décédé le 6 avril 1999 à La Redorte.vitalis cros

Le complexe Vitalis Cros est inauguré en Juillet 2005

 L'écrivain

vitalis cros

Vitalis Cros est l'auteur de plusieurs ouvrages remarquables dont "Le temps de la violence" sur les événements d'Alger et leur justification ; "Le mal du siècle"; "La liberté colonisée" explique que la police n'est pas un frein aux libertés, mais au contraire vise à les maintenir ; "La liberté" pour lequel il obtient le Grand prix de l'Académie française en 1986 ; "L'Homme et l'utopie"... 

vitalis cros

Raymond Chésa reçoit Vitalis Cros en 1985

 Sources

La résistance audoise / Lucien Maury / 1980

Radioscopie / Jacques Chancel / 1975

Wikipédia

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