05/03/2017

L'histoire du jardin Pierre et Maria Sire, au pied du Pont vieux

Sur ce terrain situé au pied du Pont vieux et à l'entrée des vieux faubourgs de la Trivalle et de la Barbacane, se trouvait autrefois des étendoirs. C'est là que l'usine Farge qui occupait l'ancienne manufacture royale de la Trivalle, faisait sécher les draps et chiffons.

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Les casemates allemandes en 1944

Quand Carcassonne fut occupée par les Allemands à partir de novembre 1942, les entreprises réquisitionnées construisirent à cet endroit des casemates et des blockhaus. Cette zone était rigoureusement interdite aux civils et constituait un point stratégique pour la défense Allemande. A la Libération, l'ensemble de ces constructions militaires furent détruites et le terrain retrouva son aspect d'origine.

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Le futur jardin Pierre Sire en 1945

Dans sa séance du 30 janvier 1947, le conseil municipal de Carcassonne dirigé par le Dr Henri Gout décide d'honorer la mémoire de Pierre Sire (1890-1945). Il est prévu sur ce terrain la construction d'un jardin qui portera le nom de cet écrivain et poète Audois, prématurément décédé. Une partie de ces terrains avait acquise en 1937, l'autre partie le fut en 1945.

Nous avons déjà écrit un article sur Pierre Sire, que vous pouvez consulter ci-dessous.

http://musiqueetpatrimoine.blogs.lindependant.com/archive...

En mai 1950, la ville présente le projet d'aménagement paysager réalisé par l'architecte parisien M. Brice. Depuis un certain temps, l'emplacement des pelouses avait été bêché, ratissé et le gazon semé. Selon, les plans de l'architecte des arbres ont été plantés et dispenseront ombre et fraîcheur, les murettes du pourtour édifiées et des bancs complèteront bientôt l'ensemble. 

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Le jardin Pierre Sire dessiné par M. Graza en 1950

Ce nouveau jardin sera inauguré le jeudi 22 juin 1950 par Marcel Itard-Longueville - maire de Carcassonne. On notera la présence de Maria Sire - épouse de Pierre Sire - et de M. Bruguier , sénateur du Gard et ami de la famille. René Nelli dans son allocution retracera les grandes lignes de la vie du poète. 

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Monument à Pierre Sire

Le samedi 7 juillet 1951 à 18h, une foule importante s'était massée dans le jardin Pierre Sire pour l'inauguration du monument lui rendant hommage. Le médaillon à l'effigie du poète avait été réalisé par le sculpteur Paul Manaut. On notait les présences à cette manifestation de MM. Picard (Préfet de l'Aude), Francis Vals (Député et ancien Résistant), Georges Guille (Député), Jules Fil et Philippine Crouzat (Adjoints au maire), Henri Gout (ancien député), Noubel (Conseiller général), Laurens (Inspecteur d'Académie), Vidal (Proviseur du lycée), Sirven (Directeur du petit lycée), Blaquière (Archiviste départemental), Vincent Jordy et Louis Amiel (ancien adjoints au maire). Les membres des Associations des prisonniers de guerre et de la Résistance. L'association des Amis de Pierre Sire au rang desquels René Nelli, Patau, Chaussade, Llobet, Abadie, etc...

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Régine Tort, Henri Tort-Nouguès et Raymond Chésa

Le Vendredi 20 septembre 1985, le maire Raymond Chésa inaugurait le médaillon à l'effigie de Maria Sire sur le monument qui jusque-là ne possédait que celui de son époux. En préambule, Henri Tort-Nouguès - neveu des Sire - ne pouvait s'empêcher de parler de l'émotion qui l'étreignait à l'heure où, après de longues années d'attente, on allait, enfin honorer ses "parents". 

"Ceux qui me connaissent, savent que je dois à mon oncle et à ma tante tout ce qui fait ma richesse..."

M. Henri Tort-Nouguès - ancien Grand maître de la Grande loge de France - remerciait Raymond Chésa d'avoir, voulu honorer deux enseignants qui consacrèrent leur vie à l'éducation des enfants et à l'enrichissement de notre langue et de notre spiritualité.

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Pierre et Maria Sire

Raymond Chésa commençait son discours par :

"Erckmann et Chatrian ont rempli de gloire l'est de la France. Nous sommes, nous, méridionaux, heureux de pouvoir rappeler en ce jour qu'un couple d'instituteurs audois, au-delà de son enseignement fondé sur le respect de chacun, a su enrichir notre patrimoine culturel en publiant sous la même signature une oeuvre imposante dans la grande tradition de nos écrivains régionalistes : "L'homme à la poupée", "Le Clamadou", "Marthe et le village" pour ne citer que quelques titres, n'ont rien à envier aux livres d'un Ramuz, d'un Pourrat ou d'un Giono qui, pour ce dernier, comme Pierre et Maria Sire, était instituteur.

Le foyer intellectuel qu'ils créèrent sans la recherche d'une quelconque notoriété brûla de ce feu dévorant qu'alimentèrent si longtemps les familiers du couple : Jean Camp, Claude-Louis Estève, Ferdinand Alquié, René Nelli et Joë Bousquet, cohorte impressionnante, cortège lumineux que ces apôtres de l'esprit et des mots."

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L'assistance et les élus

Parlant ensuite des "grands principes" qui guidèrent la vie de Pierre et Maria Sire, le maire se laissait aller à un long pensum sur la laïcité en général et sur Jules Ferry en particulier : "Particulièrement respectueux de la conscience religieuse et partisan de la plus large liberté sous réserve des droits de l'état."  Raymond Chéa termina son discours par cette phrase...

"Quelle chance d'avoir pour Carcassonne un tel homme, adversaire du sectarisme et militant de la vérité."

Sources

La dépêche / 22 septembre 1985

La dépêche / Mai 1950

L'indépendant / 23 juin 1950

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17/02/2017

Le carnaval de Carcassonne de 1979 à 1983

La Dépêche du midi interrogeait en 1978 les élus au sujet du retour du carnaval à Carcassonne, après plus d'une dizaine d'années d'absence.

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Le carnaval de Carcassonne sur les boulevards

Le 28 février, le maire adjoint Fernand Ancely répondait aux journalistes en ses termes :

"Refaire carnaval est souhaitable. Cette année pas question. Le temps est passé et puis, il faut du temps pour le préparer. Il y a des jeunes en ville qui s'y intéressent. Ils ont saisi le secrétariat du maire qui a donné un accord de principe. Nous sommes favorables à cette relance. Le groupe socialiste doit d'ailleurs entendre ces jeunes dans quelques jours. Il reste avant tout à faire une étude financière du projet. A l'époque, Carnaval coûtait environ 15 millions à la ville. Il y avait une quarantaine de chars, une douzaine de musiques, des majorettes. Il faut étudier la dépense."

 

1979

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Aidé dans sa tâche par le Conseil Communal de la Culture réuni le 26 janvier 1979, le Carnaval d'une nouvelle ère était lancé à Carcassonne. Le 10 février 1979, sa majesté Carcassus faisait son apparition à la gare SNCF ; accompagné par la foule en délire, on lui fit faire le tour de ville. Pendant la durée des festivités, il y eut la création d'une radio-carnaval qui anima les rues du centre-ville avec la bandas Thibault de Limoux. Le 28 février, on jugea et on brûla sa majesté Carcassus sur la place du pilori (place Eggenfelden). Tout se finit ensuite par une grande "mongetada" sous les halles.

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Parallèlement à ces festivités, on entendit une conférence le 23 février sur le "carnaval de Romans" par Leroy Ladurie. Avec la projection d'un film sur les "Mascarades du nouvel an en Moldavie". Un concours photo avec expositions des plus belles à la mairie. Toute une série d'expositions en lien avec le carnaval.

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© Patrice Cartier

 

1980

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Carcassus, roi des eaux

"Le Carcassus 79, candidat malheureux au Parlement européen, avait sombré dans les eaux troubles de la haute politique ! De braves Carcassonnais s'étaient justement émus de la tournure des choses et, cette année, le Comité leur donne raison. Nous renouons avec les Rois du jazz, de la photo et du scooter, cette année Carcassus sera notre Neptune, notre roi des eaux à nous ! Vive Carcassus !

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Bien sûr, les bacilles de la polémique s'insinuent partout, qui sait si demain quelque sans-gêne ne va pas nous chercher la petite bête ? Mais non, nous tenons bien la barre, ni p'eau l'épique, ni pot-litique, Carcassus roi des eaux sera un principe débonnaire et rigolard qui chatouillera la tripe. 

Ouvrez les vannes, buvez du vin, du lait, de l'eau, jusqu'à ce que le ventre vous tire ! Carcassus s'avance sans masque, mais il fallait bien mettre les points sur les O !"

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Le samedi 2 février 1980, sa majesté Carcassus, Roi des eaux fit son arrivée au Dôme à 17h. Le cortège passa ensuite rue de l'hospice (G. Brassens), boulevards Camille Pelletan, Jean Jaurès et Omer Sarrault ; rue du marché, rue Victor Hugo et place Carnot. Les festivités durèrent jusqu'au 1er mars avec "monjetada" et jugement de Carcassus. 

1981 

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Carcassus, roi du chômage

"Au cours de ces quatre dernières années, le comité de Carnaval a montré sa vitalité et ses capacités d'organisation. ce ne sont pourtant pas les critiques qui lui ont manqué. La première de ces critiques - la plus grave à mes yeux car la plus fausse - fut une critique de type culturel : "Le Carnaval, ce n'est pas de la culture". Cet alibi de la culture classique, ce besoin d'une façade culturelle, cette hostilité de quelques uns, prouveraient s'il en était besoin, que le carnaval gène, heureusement, un certain nombre de personnes. Il en est toujours ainsi quand on affirme sa volonté de court-circuiter les canaux habituels de la consommation culturelle.

Cette critique de type culturel en sous entend une autre : "Si le Carnaval n'est pas de la culture, pourquoi financer une activité de cette nature ? " D'où une subvention tronquée, trop réduite aux yeux des animateurs du comité, qui prive effectivement le Carnaval d'un à-côté culturel classique plus important : expositions en plus grand nombre, théâtre, conférences. En fait, les réactions passionnées et contrastées suscitées par le Carnaval de Carcassonne font régulièrement leur apparition dans notre cité et ne concernent pas que le seul Carnaval. (Simon Peyras / adjoint à la culture)

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En février 1981 - à seulement trois mois de l'élection présidentielle - le thème choisi par le Comité du Carnaval fit grincer des dents. Le chômage constituait un angle d'attaque contre le président Valéry Giscard d'Estaing et politisait le Carnaval aux yeux des électeurs de droite.

Reconnaissons que l'utilisation de la dérision comme moyen d'expression culturel n'est pas du goût de tout le monde (Simon Peyras / adjoint à la culture).

 

1982

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Dessin de Denis Bonnes

Carcasse, reine de la consommation, fut certainement dans l'histoire du Carnaval de Carcassonne l'unique représentante féminine. "Femme d'idées et d'entreprise, consciente du manque de grandes surfaces dans notre ville, elle crée un super Diplodocus générateur d'emplois, détonateur de la relance économique."

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Du 23 janvier au 13 février 1982, le Carnaval fut animé par plusieurs fanfares : Clin d'oeil, la Bobota, les Thibaults et l'harmonie de Villepinte. Outre la traditionnelle monjetada, le jugement et la crémation, il y eut au programme un concert de carillon à l'église St-Vincent, un buffoli à minuit et la sortie des fécos à la Rotonde, café des familles et au Bristol. Sans oublier, bien sûr, les films du Ciné-club au théâtre municipal.

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On se moque du nouveau supermarché Mammouth implanté en 1981 à Carcassonne. 

"Mammouth écrase les prix"

 

1983

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Affiche du Carnaval 1983

Carcassus, roi des sportifs, fut à la fête du samedi 5 février au samedi 26 février 1983. 

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Les fécos sur la place Carnot

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A un mois de l'élection municipale de mars 1983, le candidat Raymond Chésa tracte aux côtés des carnavaliers. Preuve que l'on peut faire de la politique tout en ne se prenant pas au sérieux. C'est là, la morale de cette histoire, sans doute. Dommage que cette vision ne soit partagée par tous...

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25/01/2017

L'arrivée du cinématographe à Carcassonne.

Le cinématographe inventé par les frères Lumières en 1895 arrive dans notre ville au début du XXe siècle. Les cafetiers carcassonnais organisent des projections sur leurs terrasses en tendant un drap blanc entre deux arbres ou piliers. Ils se procurent appareils, films et opérateurs bénévoles. Tout ceci ne se réalise pas sans un certain intérêt; celui, bien entendu, d'attirer la clientèle dans leurs établissements. Les consommations sont obligatoires et les orgeats-menthe ou le Mazas tournent à plein régime. Les moins fortunés ou les malins ont trouvé une astuce pour ne pas s'acquitter du moindre centime. Ils portent leurs chaises et se placent derrière l'écran; munis d'un miroir, ils lisent les sous-titres qu'ils reçoivent à l'envers! Plusieurs cafés font ainsi des projections: Le Terminus, le café du musée (trésorie générale), le Grand café Not (place Carnot), le café Maymou (café de la terrasse), le café Canis (l'Aiglon), le Helder (café des platanes) et le Grand café glacier (maison de retraite Montmorency).

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Sur cette carte postale, nous voyons à droite les deux piliers avec le drap enroulé servant d'écran de projection.

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La toute première salle de cinéma apparue à Carcassonne, fut semble t-il le "Cinéma Variétés et des familles" vers 1914. A l'intérieur, des fauteuils à claquette ont remplacé les bancs, un bar à limonade et à bières, un orchestre pour accompagner les différentes scènes du muet. Les instrumentistes improvisateurs étaient membres de sociétés musicales de la ville: Mandoul, Reverdy, Taillefer, Soubrières... Les jets de tartes à la crèmes lors de films comiques, étaient matérialisés par un coup de symbales donné par Roucairos. Cette salle se trouvait sur l'actuel emplacement de l'ancienne clinique Saint-Vincent (boulevard Jean Jaurès). Le terrain avait été acheté à la famille Ouliac en 1884. Émile Duffaut, pionnier du cinéma dans notre ville, était le propriétaire de ce Cinéma des familles. Jean Ouliac nous parle de cet établissement:

"Au début le confort était plutôt précaire. Je me souviens qu'un jour, il y eut une interruption de la projection, au cours de laquelle un membre du personnel monta sur un banc pour proclamer: "Voilà le caillou qu'on vient de lancer sur la tête d'une demoiselle. Le premier qui lancera quelque chose trouvera un pain de bouffes, le pied dans le cul et à la porte. (textuel)" Le principal film à épisodes fut "Les mystères de New-York" qui fit la renommée de l'actrice Pearl White. Je l'ai suivi entièrement. Il y eut 23 épisodes, c'est à dire qu'il fallait aller au cinéma chaque semaine, pendant 23 semaines consécutives. En dehors de cela, M. Duffaut donnait des soirées avec des fantaisistes ou des chanteurs. C'est ainsi que j'ai pu entendre Dalbret, Dranem qui trouvait encore le moyen de chanter. Je connaissais bien l'opérateur. C'était Angel Longan. Il s'exprimait en bon français avec un fort accent espagnol. C'est à lui que je dois de savoir comment fonctionnaient les appareils de projection de l'époque. Ils étaient mus à la main à l'aide d'une manivelle et un obturateur tournant, escamotait les changements d'images successifs. On pouvait ainsi, faire varier la vitesse de déroulement des films. Il arrivait, alors, qu'une course d'automobiles, ressemble à un cortège funèbre ou que le Président de la République ait l'air de disputer un marathon. M. Duffaut disparut un jour et avec lui, le "Cinéma des familles".

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M. Duffaut prit également la direction de l'Eden qu'il transforma en cinéma-théâtre. Ce fut une salle de "Mouisic-all" comme le disait les carcassonnais, dans laquelle se produisirent Maillol, Damia, Mistinguet, Josephine Baker, Maurice Chevalier, Tony Poncet... Écoutons le récit que nous en donne Jean Ouliac:

" Il est évident  que je n'ai pas fréquenté L'Eden-théâtre dans mes années d'enfance, mais il m'a été donné d'assister à de nombreuses représentations entre 1921 et 1924. Le directeur était alors M. Arnaurec. La troupe de Music-Hall était sédentaire et je me souviens du comique Juguler, spécialiste de l'arrivée des retardataires, dont mes parents se sont souvenus toute leur vie; parce qu'un soir, il leur avait souhaité la bienvenue à sa façon. Il y avait aussi une fantaisiste, Paulette Pastor, et un certain Ruquet qui apportait à son nom la qualité de chnateur à voix, ce qui exaspérait un professeur de chant de l'époque. Mlle Jeanne Bonnet disait: "Mais, il n'y a pas de chanteurs sans voix". L'activité du music-hall ne dura pas longtemps après 1924. Le nouveau directeur, M. Chatenet, me disait: "Un mauvais comique me prend à peu près, la moitié de la recette. Dans ces conditions, ce n'est plus possible. Effectivement, M. Chatenet transforma son affaire en cinéma qui restera le dernier à projeter du muet à Carcassonne."

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Vers 1912, un cinéma ambulant Bonnet s'installa sur la place d'armes, face à la caserne. Écoutons, là encore M. Ouliac:

"J'ai assisté à quelques unes de ses séances. Il essaya, à sa façon, de réaliser le cinéma parlant, ou plus exactement, le cinéma chantant. Le dispositif n'est pas compliqué: on faisait tourner un disque sur un phonographe. Il n'y avait donc pas d'amplification pendant la projection du film muet. Vous pouvez comprendre ce que cela donnait comme qualité de son et, surtout, comme synchronisation."

Bonnet s'installa définitivement à Carcassonne. Ce fut le "Cinéma Bonnet" devenu vite le "Modern cinéma", puis le Vox et enfin, le Boléro (voir photo ci-dessus) à côté du garage Métropole. M. Duffaut racheta le "Modern cinéma" et il y eut comme directeurs M. Salès puis Gaston Deumié.

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Après l'expulsion des religieux du Couvent des Carmes en 1880, un pensionnat s'installa dans l'actuel Évêché. L'incendie survenu dans la première décennie du XXe siècle à cet endroit fut d'une voilence inouie. Les flammes pénétrèrent dans l'église des Carmes par la porte de la sacristie. Le bâtiment du pensionnat revint à la paroisse St-Vincent. Il abrita une société de gymnastique, le catéchisme mais surtout une vesta salle de concert. C'est là qu'on entendit les oeuvres jouées par la Société des concerts symphoniques dirigée par Michel Mir. Ensuite, le cinéma muet remplaça le cinématographe; la salle servit au cinéma catholique jusqu'au mois d'août 1914. Pendant la guerre, on y entreposa des sacs de grains. En 1918, une association d'éducation populaire fit modifier la salle; le cinéma catholique devint L'idéal cinéma. La composition de l'orchestre pour accompagner les films fut confiée à Jean Ouliac. Parmi les musiciens, on notait la présence de Georges Anisset, Charles Adroit, Joseph Rieupoulh. L'idéal cinéma dura le temps du muet, mais avec l'arrivée du parlant, il devint alors Le Rex. Le directeur était M. Esquirol, habitant Castelnaudary.  

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Le Colisée fut construit en même temps que le Grand Hôtel Terminus, c'est à dire en 1914. L'intention de l'architecte était que les clients puissent se rendre au café ou au cinéma, sans quitter l'hôtel. François Fargues, professeur de musique et compositeur carcassonnais, occupa la fonction de directeur. L'orchestre du Colisée se constitua en Consortium des musiciens, avec MM. Mir, Coyot, Sabatier, Jordy, Pouzols, Taillefer, Guiraud...

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La grande salle du Colisée, de style Art-Nouveau

En 1927, Gaston Deumier ouvrit un nouveau cinéma dans la rue Antoine Marty: L'Odéum. La façade est de style Art-Déco et mériterait un classement, comme c'est le cas pour d'autres architectures de cette époque comme l'ancienne mairie ou le théâtre municipal. Le parlant arriva à Carcassonne et deux grandes firmes se partagèrent le gâteau: La Western Electric et La Gaumont. L'Odéum opta pour la première et le Rex, pour la Tobis. Les premiers films parlant à Carcassonne furent La chanson de Paris, Le collier de la reine et Le chanteur de jazz avec Al Johnson (voir affiche).

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L'Odéum quand il était encore un cinéma...

Sources 

Marcel-Yves Toulzet/ Midi-Libre/ 26 août 1984

Souvenirs posthumes de Jean Ouliac

Cet article a nécessité trois heures de travail

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12/01/2017

Quand la ville de Carcassonne offrait des vacances en colonie à ses enfants

Au lendemain de la Libération, le Conseil National de la Résistance venait depuis peu de fonder la Sécurité sociale ; chaque français quels que soient ses moyens pouvait désormais se faire soigner. Les municipalités allaient de leur côté, avec l'appui de l'appui de cette nouvelle administration, créer des colonies de vacances pour les enfants de 4 à 15 ans durant trente jours. De 35 000 enfants en 1945, le nombre passa à 800 000 deux ans plus tard. L'état participait à hauteur de 50 % sur le coût de fonctionnement des séjours et afin d'en garantir la qualité, il créait en 1949 le diplôme de Directeur et de Moniteur de la Colonies de vacances. Aujourd'hui, nombreuses sont les communes qui ont vendu leurs centres de vacances et bientôt, la Sécurité sociale ne sera plus qu'un lointain souvenir. Il nous restera les vieux articles de journaux et les photographies jaunies, pour raconter aux plus jeunes ce à quoi ils n'ont plus droit. Il faut croire que la génération du baby-boom qui a largement profité de ces avancées sociales, considère qu'il est maintenant trop coûteux de conserver ce système pour leurs petits enfants. C'est ce que l'on appellera sans doute la solidarité générationelle à sens unique, puisqu'actuellement c'est nous qui payons leurs retraites.

Il était une fois, une vie de château...

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Le château de la Bourdette près de la Bastide de Sérou dans l'Ariège fut construit en 1901 par le général d'Ambois de Latour. En 1948, les propriétaires assommés par le poids des impôts finirent par le céder à un chevillard, qui en fit de même en 1950. La ville de Carcassonne se porta alors acquéreur de la belle demeure, non pas pour y installer - comme dans un endroit que je ne citerai pas - la résidence d'été de certains élus, mais pour en faire profiter les enfants de la commune. On doit cette initiative au maire Marcel Itard-Longueville. "Quand la République achète des châteaux, les enfants des villes vont à la campagne". Il fallut aménager ce bâtiment afin d'y accueillir 200 personnes dont 150 enfants. Le chef de la colonie de la ville de Carcassonne était M. Paul Charles, professeur d'Anglais.

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© Marie Saleun

Départ pour la Bastide de Sérou en juillet 1952

Au château de la Bourdette, on ouvrait les yeux, le matin dans un grand dortoir qui fleurait l'encaustique fraîche sur un paysage de verdure que chacun respectera. Puis, dans une grande salle couverte, sur des tables aux couleurs vives, un petit déjeuner copieux fait de Phoscao au lait, de café au lait, de chocolat accompagné de miel, de beurre ou de confitures, est servi. 

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Le grand salon

Les enfants font leurs lits, les moniteurs aidant les plus petits, et le personnel attaché à la colonie se chargeant des travaux ménagers. Ensuite, liberté totale...

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M. Charles entouré du personnel de la colonie

Celui-ci flânera dans le parc à la recherche de fleurs ou de feuilles rares pour son herbier, celle-là rejoint ses camarades à l'atelier de vacances, cette autre va faire de la photographie avec un moniteur vietnamien qui a passionné tous les enfants pour cet art, etc...

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Tous les repas se déroulent dans l'ordre, sous l'oeil attentif des moniteurs, lesquels prennent leur repas avant les enfants. On est propre parce qu'il y a partout des lavabos brillants, parce qu'on passe régulièrement à la douche, et parce que les mamans ont muni leurs enfants d'un trousseau commode et suffisant.

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Sortie à Alet-les-bains

On vit en équipes, et on se donne des noms de fleurs (Les colchiques, les bleuets, les jonquilles) ou de guerre (Les Huns, les mousquetaires, les conquérants).

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M. Paul Charles, le chef

Pendant les vacances, Paul Charles était le "Grand chef" des deux cents garçons en juillet, et des deux cents filles en août. Le Grand chef c'est quelqu'un qu'on révère et qu'on vénère. D'abord, parce qu'il sait tout et qu'il arrange tout. Il était très apprécié des commerçants de la Bastide de Sérou.

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La visite des parents

Un matin, une monitrice, à la suite d'une querelle avec un moniteur, disparut de la colonie. les enfants se précipitent, vont chercher M. Charles qui les rassure, et dit qu'on va organiser des recherches. Les Jonquilles iront sur la gauche, les mousquetaires vers la rivière, les chevaliers au village, et les myosotis vers la montagne. On va téléphoner à la Bastide de Sérou alerter les gendarmes, prévenir le pharmacien en cas d'accident ; bref, branle-bas de combat.

On a cherché toute la journée, ou presque ; les gendarmes sont venus ; les habitants ont dit qu'ils avaient vu passer une jeune fille qui pleurait.

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La monitrice, on l'a retrouvée, finalement cachée dans les gerbes de blé. M. Charles l'a ramenée sous bonne garde, disant qu'on verrait après quelle sanction lui infliger. Mais il y a bien sûr un épilogue : le moniteur, cause indirecte de la fugue, fut retrouvé... juste à temps lui aussi. Pris de remords, n'allait-il pas faire une bêtise ? On le ramena sous bonne escorte, juste au moment où sonnait la cloche du dîner. Alors, quand les deux cents gosses furent à table, le Grand chef vint, avec tous les héros du drame et dit que ce fut un grand jeu pour lequel les enfants marchèrent à fond. Il y a en a quelques-uns qui pleurèrent, qui découvraient soudain que ç'aurait pu être vrai, et du même coup, combien ils étaient attachés à leur monitrice, et quelles conséquences, peuvent avoir les disputes, même insignifiantes. On s'est retrouvé tout d'un coup plus amis encore, et l'union de la colonie a été cimentée d'un coup.

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Le 30 avril 1965, le conseil municipal de Jules Fil décidait de vendre la colonie de vacances de l'Ariège.

"En présence des insuffisances de la colonie de la Bastide de Sérou, au regard de la nouvelle réglementation applicable tant au point de vue sanitaire qu'au point de vue de la sécurité, à quoi s'ajoutent d'autres inconvénients qui se sont révélés à la longue, depuis que la ville a fait l'acquisition du château de Labourdette : éloignement, climat fortement humide, entretien onéreux d'une bâtisse peu fonctionnelle."

La Goutarende...

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La Goutarende à Cuxac-Cabardès offrait plusieurs possibilités : 2 séjours de 28 jours pour la colonie de vacances, 2 séjours de 28 jours pour pré-adolescents, 2 séjours de 24 jours pour adolescents. En 1978, la ville de Carcassonne participait à une bourse de vacances de 84 francs par séjour pour la colonie. La Caisse d'allocations familiales, les comité d'entreprises et les comité d'oeuvres sociales aidaient les familles sous forme de "bons de participation".

Après une gestion confiée à la FAOL qui avait cessé toute activité de ce genre, la colonie fut vendue par la ville de Carcassonne le 27 septembre 1991.

Sources

Un grand merci à M. Jullian Charles

Bulletins municipaux, articles de presse, délibérations CM

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07/01/2017

Carcassonne sous la botte des nazis racontée par un témoin

Avant de passer à trépas, ce vieux monsieur a rédigé dans ses souvenirs destinés à ses petits-enfants un chapitre concernant la période de l'occupation à Carcassonne. Avec son autorisation, j'ai décidé de retranscrire son témoignage sur ce blog. Avec le temps, on a trop tendance à lisser l'histoire...

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Le 3 septembre 1939, déclaration de guerre à l’Allemagne. La mobilisation générale fut décrétée par voie d’affiches et de communiqués radio. Certains Français disaient que dans trois mois, nous serions de retour. Mon père et ma mère qui avaient vécu la Première guerre de 14-18, dit « aux enfants », il faut s’attendre à tout ce qui va nous arriver. Ils avaient bien raison ; les trois mois durèrent cinq ans. Cet évènement que j’ai vécu pendant ma jeunesse m’a marqué toute la vie. A dix ans, c’est là que l’on commence à se poser des questions sans apporter des réponses. Les analyses seront pour plus tard. C’est au jour le jour que les événements firent l’histoire.

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Réfugiés espagnols en 1939

Ce jour là, tout le village étant dans la rue en écoutant la radio qui diffusait des informations continues sur les conditions de la mobilisation générale. Dès le lendemain, les gendarmes apportaient les ordres pour rejoindre leur affectation. Si les ouvriers agricoles, les employés de commerce furent mobilisés les premiers pour aller au front, je me rappelle que les « affectés spéciaux » autrement dit pour mes parents les « planqués », allèrent dans les services administratifs. Mon père disait : ce seront toujours les mêmes qui truqueront. Pour les étrangers espagnols qui étaient en France depuis longtemps, il n’y eut pas de problème. Ils furent naturalisés et mobilisables, ce que firent beaucoup des rescapés de la guerre d’Espagne qui attendaient pour rentrer chez eux le départ du général Franco.
Certains s’engagèrent dans la Légion et d’autres préférèrent attendre. Mais dès le début de l’occupation ils furent poursuivis par la police française et les soldats Allemands, étant pour la plupart communistes. Ils durent rejoindre ou former les premiers maquis dans la montagne de Salvezine ou Puivert. C’était les F.T.P (Franc Tireurs et Partisans)

Pour les émigrés Italiens venus chercher du travail en France ou fuir le fascisme de Mussolini, ils venaient pour la plupart de l’Italie du nord. Ils n’étaient pas trop aimés des gens du village sauf des patrons qui les faisaient travailler comme des esclaves, sous prétexte qu’ils étaient logés, qu’il avaient un lopin de terre pour jardiner, etc… Le gouvernement leur donna 48 heures pour partir rejoindre l’Italie ou se faire naturaliser et rester en France ; ce que firent beaucoup d’entre-eux surtout s’ils n’étaient pas mobilisables.

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Soldats français prisonniers en 1940

Comme je l’ai écrit, en 1939 j’avais 10 ans. Ce fut la débâcle, disons la débandade. Les officiers en premier, les soldats suivirent et furent faits prisonniers pendant quatre ans en Allemagne. La guerre éclair ne dura pas longtemps. Le maréchal Pétain demanda l’armistice et les Allemands occupèrent la moitié de la France et la pillèrent toute entière. Ce n’est qu’en 1942 qu’ils occupèrent notre sud.
Le 18 juin 1940, le général de Gaulle lança son célèbre appel depuis Londres. Quelques français partirent via l’Espagne pour l’Afrique du nord pour le rejoindre. 

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© Martial Andrieu

Pétain en 1942 à Carcassonne avec les G.M.R

En 1942, quand le maréchal Pétain vint à Carcassonne, nous fûmes seulement deux de la classe à refuser d'aller le saluer avec des petits drapeaux, sur les boulevards. Je fus puni. Le matin il fallait monter le drapeau français à un mat dans la cour de l'école et le soir, le descendre. Je profitais de cette punition pour faire une blague ; je descendis le drapeau et dessinais une croix de Lorraine sur la bande blanche avec du charbon. Toute la journée le drapeau flotta dans la cour de l'école avec l'emblème de la Résistance. J'étais fier de moi, mais j'ai eu droit à une belle engueulade.

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© Martial Andrieu

Soldats de la luftwaffe à Carcassonne

Je me rappelle vaguement qu’un jour de 1942, le bruit courut à Carcassonne que tous les juifs avaient été arrêtés pendant la nuit par la police française. Le secret avait été bien gardé et la propagande avait bien fait son travail. Elle nous avait fait croire que c’était pour aller travailler en Allemagne ; nous étions loin de penser à ce que nous avons découvert après la guerre. Ce fait est une honte du gouvernement de Vichy et du maréchal Pétain qui n’est pas près d’être effacée. Pendant cette période les rafles étaient courantes, soit par les Allemands et la Gestapo, soit par la police française avec les miliciens. Un jour de 1944, j’allais à la gare expédier un colis pour un client par le chemin de fer. En haut des marches de l’entrée de la gare, je vois arriver dans deux ou trois camions des Allemands armés et qui se dirigent vers la gare au pas de course. D’un saut, je me retrouve dans le hall ; je jette mon paquet en criant : « Attention, une rafle ! ». Je bouscule le préposé et en courant le long de la voie, je passe sur le Canal, la route minervoise et descends le talus. J’arrive chez un client chaudronnier, j’explique ce qui se passe et il me cache derrière les cuves de gazogène en me disant : « J’espère qu’ils n’ont pas de chien. Moi, je ne t’ai pas vu ». Un peu plus tard, comme personne ne se manifestait j’ai pu sortir de ma cachette. Les Allemands m’ont-ils vu courir le long de la voie ? Je ne le saurais jamais, mais ils auraient pu me tirer comme un lapin.

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© Martial Andrieu

Camions allemands dans la caserne Laperrine

En novembre 1942, les Allemands envahirent le sud de la France qui était à ce moment-là en zone libre. Alors tout changea… Ont vit fleurir à tous croisement, des panneaux directionnels écrits en allemand de style gothique. Les casernes furent occupées par des troupes ainsi que les différents hôtels de la ville. En règle générale les petits habitants subissaient la domination de Vichy et des Allemands : les réquisitions pour aller garder les voies ferrées la nuit, les journées de travail obligatoires pour faire des fortifications, le couvre-feu, etc. Beaucoup de Français communistes durent prendre le maquis, alors que les familles aisées étaient plutôt pétainistes ou passives. Si le haut clergé était dévoué à l’Allemagne, les curés de village étaient plutôt pour la Résistance. 

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Les miliciens

J’ai toujours gardé dans mon coeur la haine de l’envahisseur et des Français qui les ont soutenus. Dans ma profession j’ai côtoyé quelques miliciens. La milice avait été créée pour faire la chasse aux Résistants. Ils étaient en uniforme noir et armés. C’était des auxiliaires précieux pour l’armée allemande. Je ne citerai pas noms mais un quincailler de Limoux qui était client chez nous était chef de centaine. A son sujet, un jour j’étais en train de le servir et voilà que notre secrétaire vint le prévenir qu’on le demandait au téléphone. Il partit pressé nous disant qu’il allait revenir. A midi, avec mon frère nous sommes arrêtés par un barrage de miliciens et voilà que ce monsieur nous demande les cartes d’identités. Mon frère lui dit : « Mais monsieur B, il y a une demi-heure nous étions ensemble ». Il lui répond : « Je veux voir ta carte d’identité comme tout le monde ». Voilà l’esprit de la Milice française ! Il faut dire que ce jour-là des résistants avaient exécuté un agent de la Gestapo - M. Albert Kromer.

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© Julien Allaux

Portrait d'Hitler dans l'Hôtel Terminus

Ce devait être fin 1943 début 1944, je travaillais aux établissements Baurès avec mon père et presque tous les jours je devais porter les factures des achats effectués par les troupes d’occupation, aux services administratifs logés à l’hôtel Bristol. Les plantons, des soldats âgés, étaient très sympathiques. Un gâteau, un verre de chocolat au lait et ils me demandaient dans leur charabia si j’avais écouté la radio de Londres. On plaisantait et je leur donnais les dernières informations. C’était le commencement de la débâcle sur le front de l’est. Les russes avaient repris plusieurs villes. Au mur, une grande carte avec les petits drapeaux allemands et russes. Je me suis permis de modifier la ligne de front. J’ai mis un petit drapeau russe sur Odessa - je pense. Un officier en tenue d’apparat entre à l’improviste. Il se campe devant la carte l’air étonné et appelle les plantons. Il leur demande des explications ; au début, calmement mais de plus en plus excité. Je reconnais que les soldats se sont fait engueuler pendant quelques minutes. Le peu que j’ai compris c’est qu’il voulait les envoyer en Russie. Catastrophe ! L’un d’eux dit que c’était moi le coupable. Aussitôt, il me souleva d’un coup de pied dans le cul et m’envoie dans un autre bureau où il ferme la porte à clé. Je ne suis pas resté longtemps à réfléchir ; je devais m’échapper le plus vite possible.

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© David Mallen

Soldat allemand devant l'hôtel Bristol

Il y avait une fenêtre mais nous étions au premier étage ; c’était trop risqué mais il y avait une dernière porte dans la pièce. J’écoute et j’entends un soldat qui chahute avec une femme. Quelques minutes après j’entends un bruit de porte et je me dis : « c’est le moment, il faut que je parte ». Doucement, j’ouvre la porte que n’était pas fermée à clé et je me retrouve dans un autre bureau. Le plus rapidement possible, je traverse cette pièce qui donne sur le couloir et dévale les escaliers jusque dans la rue. Le magasin où je travaillais n’était pas loin ; j’avertis mon père je rentrais à la maison. Je ne suis pas allé travailler pendant quelques jours. Il n’y eu pas de suites mais mais je ne revenais pas porter les factures dans ces bureaux.

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Baudrigues (Roullens) après l'explosion

Les alliés avaient débarqué en Normandie et dans le sud de la France. Plus ou moins organisée l’armée Allemande voulait se regrouper. Londres avait l’ordre de les retarder le plus possible. Harcelés par les maquisards, il se repliaient un peu en débandade. Le dépôt de munitions avait sauté le samedi à midi. Avec un copain, nous voilà partis le dimanche matin pour voir s’il n’y avait pas à chaparder. Quelques dépôts étaient encore en feu et de temps en temps nous entendions de petites explosions. Nous sommes passés par le ruisseau qui était en bordure du parc. Arrivés devant, un premier dépôt était à moitié enterré de bombes de 300 kilos non explosées.
Un peu plus loin, nous sentons une odeur indéfinissable ; nous sommes au mois d’août et découvrons des débris humains un peu partout au sol, sur les arbres. Les Allemands en partant avaient signé leur départ. Nous l’apprîmes le lendemain. Tous ces cadavres étaient ceux de tous les prisonniers dit politiques de la prison de Carcassonne, qui avait été massacrés.

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Défilé de maquisards à Carcassonne

C’est l’épisode le plus difficile à écrire. Tout se mélange, la joie d’être enfin libérés et en même temps, nous apprenons les massacres que les troupes Allemandes avaient fait avant leur fuite. Je citerai pour notre département : Trassanel, Baudrigues, le quai Riquet à Carcassonne, Escales… Suite à l’appel du général de Gaulle, les Allemands furent attaqués de toutes parts sur les routes, sur les chemins de fer. Le prix à payer fut très lourd pour notre département, mais les maquisards arrivèrent de la montagne noire et du Pays de Sault. Ils défilèrent sur les boulevards, mais très peu avaient des tenues militaires. Cet évènement est pour moi inoubliable. Quelle joie ! Sauf pour les collaborateurs et les miliciens qui n’avaient pas pu fuir avec les Allemands ou quitté la France via l’Espagne ou l’Andorre. Ceux qui se firent prendre étaient traduits devant un tribunal de salut public instauré à l’école Jean Jaurès, qui était le PC des F.T.P qui essayaient de s’organiser.
La justice était expéditive ; il ne nous appartient pas de juger, mais dans le contexte je pense que j’aurais fait comme eux. Les miliciens qui avaient participé en uniforme avec l’armée allemande à leur chasse ne se privaient pas ; la torture était monnaie courante. Puis, c’était l’exécution et quelques fois les représailles pour la famille. Ils étaient considérés comme traîtres à leur patrie.
Ceux des maquis de la montagne noire qui savaient que plus de 40 de leurs camarades avaient été massacrés à la mitraillette, allez leur expliquer qu’il fallait une justice moins expéditive. Ce qui désole le plus quand on parle de ces évènements, on ne parle que de règlements de compte en laissant planer le doute que des innocents ont payé pour des actions qu’ils n’avaient pas commises. Pour ma part, témoin de ces évènements, je n’en connais pas. Par contre, j’ai connu des miliciens qui avaient fui en Espagne et qui sont rentrés sans être inquiétés quelques temps après. Certains furent jugés et condamnés à des peines légères puis amnistiés.

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© Martial Andrieu

Carcassonne, septembre 1944


Les femmes qui avaient collaboré avec les Allemands furent arrêtées. Il ne faut pas croire que seules celles qui avait couché avec l’ennemi, le furent. Beaucoup parmi elles avaient travaillé dans les bureaux administrés par les Allemands, à leurs côtés. Certaines comme interprètes ou comme dénonciatrices. Elles furent promenées tondues autour des boulevards de Carcassonne. Prenons l’exemple de deux filles qui couchaient avec un Allemand. L’une fut tondue et l’autre, proche de la famille d’un maquisard ne fut pas inquiétée.

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© Collection privée

A la Libération, on vit fleurir sur tous les bras des brassards FFI. Ceux qui avaient fait du commerce très lucratif avec les Allemands ne furent pas trop inquiétés. Sauf, un entrepreneur de travaux publics qui travaillait à faire des fortifications avec du personnel requis. Il quitta Carcassonne en hâte, mais il s’avérera qu’il faisait passer les plans à Londres.
Quelques entreprises, dont un garagiste de Carcassonne réparait les camions de l’armée allemande. Quand les troupes ont quitté Carcassonne, les camions ne pouvaient pas rouler. Ils ressortirent comme par enchantement et ce monsieur, qui ne pouvait pas payer une clé à molette comptant, monta par la suite une affaire de transport international. Ce qui prouve que l’argent parachuté par les alliés pour les maquis, n’arriva pas dans sa totalité à destination.
Un médecin de renom, résistant de Carcassonne, partit à la Libération pour Marseille. Quelques temps après, il logea chez un chirurgien de ses amis résistants lui aussi. Mystère… On le trouva mort empoisonné. Cette affaire en son temps fit couler beaucoup d’encre, mais ne fut jamais élucidée.

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© ADA 11

Que penser également de tous ces politiques qui permirent à l’Allemagne vaincue en 1918 de recommencer vingt ans après et d’avoir la meilleure armée du monde?
Que penser de l’attitude des Etats-Unis d’Amérique qui ne vinrent qu’en 1944, après que l’Armée Rouge a repris l’offensive en Russie, sinon pour s’imposer ?
Que penser après la fin des hostilités de la victoire économique du Japon et de l’Allemagne ?

A tous ces morts je dis : « Morts pour rien ». Vous avez fait votre devoir mais vous avez été les instruments d’un régime où rien ne compte compte plus que le pouvoir et l’argent. Ne nous laissons plus berner par ces gens-là et refusons tout conflit qui ne nous concerne pas.
Que penser des policiers (police d’état) qui devinrent après la guerre CRS ? Ceux là même qui allèrent dans le Vercors suppléer les Allemands en bloquant les routes pour éviter tout retrait ou tout approvisionnement des résistants. J’en ai connu plusieurs qui avaient pour excuse : « Je n’ai pas participé. J’étais cuisinier. » A croire qu’il n’y avait que des cuisiniers. A la Libération, très peu furent poursuivis. Ils formèrent ensuite les C.R.S

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Le Havre après les bombardements alliés de 1944

A la fin des hostilités, la France était à moitié détruite. Nous n’avions plus d’industries. Les Américains nous proposèrent le plan dit « Marschal » qui consistait à nous vendre à crédit tout ce qui pouvait être utile à la reconstruction du pays ; ce qui n’était qu’une façon de dépendance. Mais le général de Gaulle prévoyant cette manoeuvre, le refusa et la France fit avec ces propres moyens.

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21/09/2016

L'histoire de l'Auberge de Jeunesse de la Cité

En parcourant sur internet les différents sites faisant la promotion de l'Auberge de Jeunesse de Carcassonne, nous nous sommes rendus compte qu'aucun d'entre eux n'en évoquait l'histoire. C'est sûrement parce qu'ils l'ignorent ou qu'ils n'ont pas fait l'effort de se renseigner. Ce blog va donc une nouvelle fois leur rafraîchir la mémoire en espérant que désormais, ils intègreront dans leur communication le passé de cet endroit. 

Les fondateurs historiques

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Robert Shirrmann

En 1895, naît en Allemagne le mouvement des Wandervögel - les oiseaux migrateurs - qui sillonnent la campagne, demandent refuge aux paysans, désirent retrouver le contact avec la terre, l'eau, les forêts. En 1907, un maître d'école allemand, Richard Shirrmann, installe des couchettes dans sa classe pour recevoir des jeunes pendant les congés d'été. Marqué par la Grande guerre, l'instituteur milite en faveur de la paix et oeuvre pour la création d'Auberges de Jeunesse dans d'autres pays.

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Marc Sangnier

(1873-1950)

En France, les Auberges de Jeunesse vont être introduites en 1925 par un militant de grand prestige : Marc Sangnier, journaliste, homme politique Démocrate-Chrétien, fondateur du "Sillon" (Mouvement social chrétien) puis de la Jeune République (Mouvement d'action catholique qui adhéra au Front Populaire contre l'avis du Vatican). La première auberge - l'Epi d'or - il la fonde chez lui à Bierville (Essonne). Deux ans après, il crée la première fédération des Auberges de Jeunesse (LFAJ).

En 1933, les mouvements syndicaux créent le Centre Laïque des Auberges de la Jeunesse (C.L.A.J) dont le président est Paul Grunenbaum-Ballin (1871-1969), vice-président du Conseil d'état. Ce mouvement ne s'entendra pas avec la LFAJ en raison de ses divergences sur la question laïque. Toutefois, les membres sont accueillis indifféremment dans les deux organisations.

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Le mouvement va connaître son plus grand essor en 1936, grâce à Léo Lagrange, Ministre de la Jeunesse et des Sports du Front Populaire.

Le fondateur Carcassonnais

Carcassonne ne restera pas étrangère à l'évolution. En 1935, un professeur de Lycée de la ville, Monsieur Caminade imitant Robert Shirrmann, mit deux pièces de son appartement à la disposition des "ajistes' de passage. C'est ainsi que l'on nomme les usagers des Auberges de Jeunesse. Il faudra attendre 1945 pour que se voit créer l'Auberge de Jeunesse de Carcassonne, à son emplacement actuel dans la Cité médiévale.

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Grâce à Michel Jordy - photographe et directeur de l'Hôtel de la Cité - propriétaire des bâtiments et ancien adjoint au maire du Dr Tomey, qui avait consenti un bail de 30 ans pour un loyer d'un franc mensuel, un groupe de jeunes "ajistes" s'est mit au travail. Sans l'aide des pouvoirs publics, le groupe local a aménagé l'Auberge qui a pu accueillir dans des conditions modestes jusqu'à 80 jeunes à la fois. Les soutiens financiers sont venus plus tard, avec M. Bapt - Directeur départemental de la Jeunesse et des sports; afin d'améliorer les conditions d'hébergement.

A l'expiration du bail en 1975, les successeurs de M. Jordy ont souhaité récupérer leur bien. La municipalité a donc fait l'acquisition du bâtiment et l'a rénové entièrement. La capacité est passée à 200 lits. En 1981, l'auberge de Jeunesse avait reçu 693 personnes. Elle passa à 977 l'année suivante. Les Auberges n'étant pas que des hôtels à bas prix, il fut créé un poste d'animateur permanent occupé par Yvon Gilabert. Le conseil d'administration en 1982 était constitué par : Guy Baron (Président), Joseph Dovetto (Vice-président), Bill Stansfield (Secrétaire) et Edouard Belmas (Trésorier).

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© La dépêche

En 2014, l'Auberge de Jeunesse de Carcassonne idéalement placée au coeur de la Cité médiévale classée à l'UNESCO avait accueilli près de 10 000 personnes. Elle continue à rassembler et à rapprocher dans la fraternité, les hommes et les femmes au-delà de leurs religions et de leurs origines. 

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