23/10/2014

Les évènements de Mai 68 à Carcassonne

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 Lundi 13 mai 1968,

près de 3000 manifestants sont dans la rue. Après un meeting sous les halles, les militants syndicalistes et politiques, les ouvriers et surtout un grand nombre de jeunes étudiants font face aux CRS.

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Le texte d'une résolution condamnant la répression au quartier latin à Paris, est lu et approuvé par l'assistance.

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Un mouvement de grève sans précédent paralyse alors la ville dans tous les secteurs publics. Plus d'électricté, de trains, d'école, de poste... Dans le privé, les ouvriers ont cessé le travail chez Huard, Someca, jean de Bru. Bientôt on va manquer de pain et d'essence! Les stocks de l'étoile du midi sont épuisés, car on se rue sur les denrées de base.

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Dans la rue Jean Bringer devant la droguerie Garric, ça chauffe! Les étudiants sont aux prises avec les CRS qui défendent la Préfecture. Les lycéens vont s'organiser et tiendront des réunions au théâtre municipal. leurs revendications sont d'ordre sclaire mais aussi en soutien au monde ouvrier contre le diktat du patronat. A la tribune se trouvent: Pierre-Yves Boisboissel, A. Tarrius, A. Mortès, J. Durand, J. Vaquer, Yves Tarlier, Yves Lamarin, René Piniès et bien d'autres...

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Les CRS tiennent la rue J. Bringer et malgré la tension, on ne comptera qu'un petit incident. Au moment de la dislocation de la manifestation sur la place Davilla, à 19h20 un fourgon de police arriva. Une dizaine de policier interpellèrent alors le représentant de l'UNEF, Roger Petit. Une fois dans le panier à salade, les forces de l'ordre consentirent à le libérer pourvu qu'on libère la place. Ainsi, tout le monde rentra chez lui et l'incident fut clos.

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Les viticulteurs audois soutiennent le mouvement le révolte de mai 68. Sur le boulevard Barbès, ils sont des milliers à brandir des pancartes hostiles au pouvoir. On connaît l'apprêté du combat chez les vignerons depuis 1907 et certains slogans sont de retour comme "Vaincre ou mourir". Le leader vigneron André Castéra sera t-il nouveau Marcellin Albert?

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Une contre manifestation favorable au Général de Gaulle s'organise sur la place Davilla. Les anciens combattants de la France libre vont déposer une gerbe au monument aux morts et chanter la marseillaise. Ils veulent s'opposer au désordre causé par les manifestants et tenter de retourner l'opinion en faveur du pouvoir. Le Général de Gaulle a quitté l'Elysée en hélicoptère avec toute sa famille pour Baden Baden en Allemagne. Il va s'assurer auprès du Général Massu (Compagnon de la libération et commandant des forces françaises en Allemagne) du soutien de l'armée. De Gaulle est fatigué, il a quitté Paris comme Louis XVI avait quitté Varennes. Lors d'une réusion qui fera date, Massu expose ses conditions: "Libérez les prisonniers!". De Gaulle consent à amnistier les responsables du coup d'état d'Alger: Salan, Challe et Jouhaud. De Gaulle inquiet dit à Massu: "il va falloir recommencer Juin 1940". Massu répond alors: "Allez vous reposer mon général. Tout va rentrer dans l'ordre". Voilà comment s'est déroulé l'entretien de Baden Baden entre Massu et De Gaulle, selon un officier qui se trouvait là et qui me l'a rapporté. Massu et De Gaulle entretenaient des relations tendues: "Alors Massu, toujours aussi con?", "Toujours Gaulliste, mon général"

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28/05/2014

Elle n'avait que 19 ans en 1943, mais elle a vu l'horreur...

En cette journée de 1943, Carcassonne est toujours occupée par l'Allemagne nazie. Paulette n'a que 19 ans et depuis le début de la guerre, elle a trouvé un petit travail à la Croix-rouge. Sa fonction est de récolter et d'expédier les colis destinés aux soldats français prisonniers en Allemagne. Cette fois, la délégation départementale située avenue Arthur Mullot, lui a demandé d'aller à la gare SNCF chercher un paquet. Lorsqu'elle arrive sur le quai, il y a beaucoup de personnes qui attendent le train et un jeune milicien, la mitraillette en bandoullière.

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Très peu de temps après, une locomotive avec à sa file des wagons à bestiaux s'arrête en gare. On ouvre un des wagons et là, Paulette doit faire face à l'horreur. Devant ces yeux, des femmes en larmes, crient et tentent de s'extraire de cet habitacle restreint afin de prendre un peu d'air. Il y a aussi des enfants, mais pas d'hommes. Les autres voyageurs sur le quai font comme si rien n'était, c'est l'indifférence générale avérée ou supposée. Le jeune milicien, lui, tient en joue ces pauvres gens destinés vraisemblablement à la déportation. Alors, voyant Paulette, une de ces femmes lui lance un bout de papier. Est-ce une adresse ou un mot? C'est sûrement un acte désespéré, une bouteille à la mer dans cet océan déchaîné et criminel. Paulette va alors pour s'en saisir, mais le milicien lui intime l'ordre avec son arme de rester à sa place. On referme les portes du wagon, le train part et la jeune Paulette gardera ce souvenir tragique de cette journée ou elle fut incapable de porter assistance et secours. Aujourd'hui, ce n'est qu'à 90 ans qu'elle m'a livré ce lourd secret et tout en respectant son anonymat, j'ai décidé de faire le relais de ce témoignage.

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09/04/2014

La quête des oeufs: une tradition perdue

Il était de coutume dans nos villages le dimanche de Pâques, après la messe, de procéder à la quête des oeufs. Les enfants de choeur de la paroisse avec un panier, faisaient le tour des maisons du village afin de récolter des oeufs. On frappait à la porte et quand le propriétaire sortait, on disait de concert: "C'est la quête des oeufs". Ceux qui étaient au courant de la tradition pascale, avaient déjà tout préparé. Pour les autres, il fallait expliquer que l'on donnait soit des oeufs, soit des sous. A la fin d'une quête qui durait la journée, on se partageait les oeufs et l'argent. Largement pour faire une omelette géante et le reste en pourboires non négligeables.

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A Villalbe, cette tradition s'est pratiquée jusqu'à la retraite de l'Abbé Maurice Vidal (avec le papier à la main), dernier curé du hameau. Ce dernier est décédé en 1997 et c'était vraiment "un vrai" dans tous les sens du terme. Disons, un de ceux qui ne faisaient pas fuir leurs ouailles et qui ne fixait pas de tarif pour les baptêmes, inhumations ou mariages comme j'ai pu le voir ailleurs... Un homme qui visitait les malades, apportait parfois une aide financière avec ses propres deniers, accompagnait lors des inhumations le défunt jusqu'au cimetière.

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07/03/2014

L'école des femmes... ménagères

A la fin du XIXe siècle se développe l'enseignement ménager sensé apprendre aux jeunes femmes à bien tenir un foyer. Les cours sont divisés le plus souvent en deux catégories: Les cours de cuisine et les cours de repassage, blanchissage, nettoyage. Les cours de cuisine comprennent l'achat des provisions nécessaires pour le menu du jour, la gestion des dépenses, la préparation des aliments, la mise du couvert, des conseils sur le nettoyage et le ragement de la cuisine. Dans les cours de repassage on apprend l'amidonnage et l'empesage du linge: cols de lingerie, rabats, rideaux, chemisettes. Dans les cours de racommodage, il s'agit de remmaillage et de raccords. Enfin le nettoyage rend invincible contre le cambouis, la peinture, les vernis... En 1910, le ministère de l'instruction publique l'introduit même dans les lycées de fille.

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Les jeunes filles commençaient par obtenir leur Certificat d'études primaires

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A Carcassonne, l'école de ménagère se trouvait sur l'avenue Bunau Varilla dans un immeuble en face de l'actuelle Caisse d'Epargne et à côté du supermarché ED. La directrice était madame Maurel Marie-Rose accompagné par sa soeur Marguerite qui enseignait.

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Les jeunes femmes faisaient également (avaient-elles le choix?) des études pour devenir secrétaire. A Carcassonne, plusieurs écoles privées dispensaient cet enseignement. C'est le cas de madame Gorry, sur le boulevard de Varsovie à côté du café Barthe (Le Makila, aujourd'hui).

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Il y avait aussi l'école de madame Chatenet dans la rue de la mairie (Rue A. Ramond), à l'angle avec la rue Bringer.

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Les bonnes secrétaires étaient recherchées et rares sont celles qui n'ont pas trouvé d'emploi à cette époque.

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06/02/2014

Les souvenirs d'Alfred: Le Square Gambetta

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Affred Raucoules à plus de 90 ans est la mémoire vive de cette ville. Enfant de la rue de Verdun, il a tout connu et tout vu de cette artère dont il a été un des commerçants. A son actif, une très intéressante monographie sur la vie sociale de la Grand rue, comme on l'appelait avant 1918. C'est rendre justice à ce serviteur discret que de relater ces écrits sur ce blog. Voici donc le premier épisode qui concerne la fréquentation du Square Gambetta au début du XXe siècle.

Épisode 1

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Le square de cette époque était peuplé différement en fonction de l'heure et de la saison. A peu près désert le matin, l'après-midi, il voyait quelques une de ses bancs occupés par des "papets" avec une canne, venus s'y retrouver pour discuter et rejoints parfois par des pensionnaires de l'Hospice du Pont vieux. Et à côté, des mamans ou des nounous en grand tablier blanc y amenaient jouer les enfants en âge d'être encore gardiénnés.

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Les enfants un peu plus grands n'hésitaient pas à quitter l'horizon des yeux maternels pour s'en aller explorer toutes les merveilles à découvrir au bord de chaque allée. Les seules traces actuelles de l'ancien square sont représentées par les deux rangées de platanes bordant les allées latérales qui, alors rejointes entre-elles par des allées aboutissantes, étaient donc périphériques. Le tour du square était l'espace de jeux des enfants. Les courses se faisaient sur un tour du square, courses à pied mais aussi courses de cerceaux. Ce jeu, prisé par les moins de huit ans était pratiqué selon trois techniques: le cerceau était poussé soit à main nue, à la baguette ou à "l'enraïador", fait d'un gros fil rigide, une partie droite formant manche terminé par un U carré dans lequel s'engageait le cerceau, et la partie centrale de ce U une bobine vide de fil à coudre. Avec l'enraïador, on poussait le cerceau constamment et la bobine diminuait le frottement qui sans cela eût été générateur de freinage.

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Le milieu du square était très fourni en végétation et donc propice au jeu de cligné. D'innombrables poursuites ont eu lieu autour des buissons, à travers les bosquets ou les allées transversales dissimulées dans cette verdure. L'on pouvait aussi parfois apercevoir sur un banc quelque solitaire bourgeoise "encapelada" (portant un chapeau). Les bonnes langues prétendaient que ce n'était pas sans rapport avec la présence du cercle des officiers des dragons au premier étage de l'actuel café du square. Les soirées d'été, les habitants du quartier lassés de rester assis uniquement devant leur porte, venaient remplir les bancs. La population totale était alors en fonction de la capacité des bancs, les proches voisins apportant quant à eux, leur chaise.

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Il fait bon au square, mais à 22 heures, il est temps de rentrer. Le garde sonne la cloche pour informer les promeneurs de la fermeture; car le square avait un garde pour lui tout seul. Le préposé était un dénommé Gazel, amputé d'un bras. Le père du coiffeur du 2 rue de Verdun, qui rejoignait ses pénates après avoir fermé à clé les quatre portails. A ce moment-là un autre type de population va hanter le square. Il y a ceux qui se sont laissés enfermer, et ceux qui franchirons la balustrade: les "frétadous". L'éclairage était fourni essentiellement par deux lampes à arc, le restant étant éclairé par des lampadaires à la lumière blafarde.

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En dehors de ces journées classiques, il y avait quelques extras: le kiosque, lieu mythique, où les mélomanes se regroupaient les jeudis soirs en été. Ceci n'était pas entendu de la même oreille par les enfants pour qui le jeudi était un jour maudit car, le concert donné par l'harmonie municipale attirant la foule, les allées étaient trop encombrées pour permettre les poursuites, d'autant plus que les mélomanes apportaient leurs pliants ou avaient la possibilité de louer des chaises métalliques pliantes municipales. C'est donc de mauvaise grâce qu'il nous fallait entendre "La rasega" (la scie) des musiciens, conduits par leu chef Michel Mir qui "brassejava" (agitait les bras) pour le plus grand amusement des profanes. Toutefois, il ne fallait pas rire trop fort, sous peine de se faire adresser des "chut" bien sentis et des regards de blâme! et à l'entr'acte, c'était l'Union Vocale dite l'Orphéon qui montait sur le kiosque. Mais les "remonstagaires" (marmotteurs) n'avaient pas plus notre faveur que les musiciens.

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05/02/2014

Les mémoires posthumes d'un carcassonnais (2)

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Jean Ouliac (1904-1984), violoniste et professeur de musique

Épisode 2

J’ai été admis à l’orchestre du théâtre municipal en 1923. Je ne me souviens pas du nom du directeur ; mais le chef d’orchestre était M. Subtil, et le premier ouvrage que j’ai joué a été « Mignon » d’Ambroise Thomas. Je vous donne ce détail en raison d’une coïncidence curieuse dont je vous parlerai un peu plus loin. En 1924, le chef d’orchestre était M. Flon. Ce fut l’année où l’on a joué « Gismonda » ; et je crois que cet ouvrage n’a jamais été joué à nouveau. En 1926, après mon retour du service militaire, le directeur du théâtre était M. Pogel et le chef d’orchestre était M. Manse. Tous deux devaient exercer leurs fonctions jusqu’à la fin de la saison de pâques 1929. Il n’est pas inutile de parler de ce qu’était la saison de pâques : Jusqu’en 1929, le théâtre demeurait fermé pendant neuf ou dix mois de l’année. Il s’ouvrait à l’occasion des bals de la période du carnaval. On plaçait un plancher à niveau de la scène sur toute la surface du parterre et les danseurs évoluaient sur ce plancher. Il n’est pas difficile de comprendre que les fauteuils et les sièges du parterre subissaient, d’année en année, des dégâts progressifs ; mais la propreté et l’hygiène de la salle étaient aussi passablement malmenées. Monsieur et madame Pédron ont du vous donner d’édifiants détails concernant le nettoyage auquel il était nécessaire de procéder après les fêtes de carnaval ; mais, avant eux, il fallait entendre parler de cela par M. Falcou, et surtout, par Mme Falcou, qui s’exprimait avec vigueur et volubilité, peu soucieuse d’en rester dans ses descriptions, aux seules formes académiques. La saison de pâques commençait quelque temps après ce nettoyage. Elle durait environ deux mois ou deux mois et demi. Le gros de la troupe et le chef d’orchestre logea à Carcassonne durant cette période. On donnait, en général, une représentation le jeudi et une autre le dimanche ; quelque fois une autre le samedi. Eh bien, ces spectacles étaient bien suivis et un certain nombre de personnes assistaient à toutes les représentations. Certains même, louaient à l’année une loge qu’ils aménageaient à leur goût. En 1927, M. Pogel fit précéder la saison de pâques par une saison d’hiver. Cette année là, on donna 16 opérettes et 14 opéras-comiques ou opéras. La saison se terminait traditionnellement par une représentation de « la Traviata » ou de « La juive ». Il est évident que devant ce nombre de représentations, le nombre de ceux qui assistaient à tous les spectacles commença à diminuer et M. Pogel commença à avoir les difficultés financières que vous pouvez comprendre. Il lui arrive même de commettre quelques erreurs : le 28 avril 1929, il fit jouer « Mignon » en matinée et en soirée (vous vous rendez compte de l’effort qu’il exigeait des chanteurs, et des résultats qui pouvaient s’ensuivre. C’est ici que se place la coïncidence dont je vous parlais au début de ma lettre : j’avais été élevé au rang de premier violon  à la représentation précédente. Or, ce jour là, il y eut un concert symphonique à Perpignan auquel M. Mir tint à assister. Il fit, donc, savoir qu’il ne participerait pas à la représentation de l’après-midi. Cet avertissement eut pour effet de provoquer l’absence des cinq autres premiers violons. Je serais bien garder de les imiter, se restai donc seul comme 1er violon, et du coup j’avais à remplir les fonctions de violon solo. L’un des seconds violons se dévoua pour que je ne sois pas absolument seul au pupitre. Voilà donc, la coïncidence : en 1923, le premier ouvrage pour lequel je fus employé comme jeune second violon fut « Mignon », passant aux premiers violons, ma première exécution fut « Mignon », et la première fois ou j’ai remplacé le violon solo, j’eus encore à jouer « Mignon ». Comme on pouvait le penser, en 1930, M. Pogel arrêta les frais. Lors de la saison suivante, le directeur était un carcassonnais M. François Bernies. Le chef d’orchestre était M. Lemaire. Il succédait à MM. Waersegers, Vicker et Fistoular qui avaient dirigé l’orchestre du temps de M. Pogel. En 1933, les travaux de réfection étaient commencés. Il n’y eut pas de représentation au théâtre municipal. Le directeur du théâtre de la cité était M. François-Paul Alibert. Il demanda à M. Mir si l’orchestre du théâtre municipal accepterait de se joindre à un orchestre plus important pour les représentations d’ « Hamlet » d’Ambroise Thomas et de « Lohengrin » de Wagner qui devaient avoir lieu les 15 et 16 juillet 1933. M. Mir réunit l’orchestre et lui fit part de la proposition. On accepta, en principe, moyennant un cachet global de 6000 francs de l’époque. M. Alibert répondit par lettre : « Je ne méconnais pas l’application des musiciens carcassonnais ; mais pour 6000 frs je pourrais avoir des musiciens éprouvés » (Sic). La fin de l’histoire est facile à deviner. Après les travaux de réfection, en 1935, le directeur du théâtre municipal fut M. Valette et, jusqu’en 1939 j’eus le plaisir de jouer sous la direction de MM. Vernet, Tartanac et Albu. Quelques jours avant la déclaration de guerre, le 16 juillet 1939, un rêve que je caressais depuis longtemps se réalisa : nous jouâmes « Tannhäuser » de Wagner au théâtre de la cité sous la direction de Léandre Brouillac. Pendant la terrible période qui s’étendit de 1940 à 1945, M. Valette était toujours directeur du théâtre ; l’activité lyrique fut à peu près normale, compte tenu des difficultés de l’époque, et MM. Joly, Tartanac, Delsaux, Ange de Lucas, Chabert, Andolfi, Bessière, Gamet et Jef de Murel occupèrent le pupitre de chef d’orchestre. On peut, à cette époque, faire une remarque dont l’importance ne vous échappera pas : les autorités allemandes avaient fixé le couvre-feu à 23 heures, c'est-à-dire qu’à 23 heures, tout le monde devait être chez lui. Les allemands étaient sans pitié pour toute personne surprise dans les rues après 23 heures. Le sort de certaines personnes fut, hélas, tragique. On fit commencer les spectacles à 20 heures précises ; et il était terminé à 22h30 environ. Eh bien, on a pu constater deux choses :

    A 20 heures tout le monde était en place. Le nombre des retardataires était insignifiant.

      Il n’a jamais été fait d’autres coupures que les coupures traditionnelles dans les ouvrages tels que Carmen, Faust, la vie de bohême, Werther, La Tosca, les cloches de Corneville, etc…

Cela vaut d’être considéré

De 1945 à 1949, M. Viguier dirigea souvent l’orchestre ; M. Jean Trick vint aussi diriger un ou deux ouvrages mais le nombre d’ouvrages représentés diminua considérablement, ce qui provoqua de la lassitude et pas mal d’absentéisme chez les membres de l’orchestre. Pendant les saisons 1949-1950 et 1950-1951, aucun ouvrage lyrique digne du nom ne fut représenté. Le mécontentement se manifesta dans l’orchestre et dans le public. Cette situation se prolongea jusqu’en 1954 où un seul ouvrage, « Mireille », fut représenté sous la direction de Guy Lhomme. Ce fut à partir de cette date que l’orchestre commença à voir son effectif diminuer. Certains musiciens étaient découragés parce que peu d’exécutants étaient convoqués pour accompagner des revues ou des prestations de music-hall. Ils cessèrent de travailler individuellement et furent bientôt incapables de participer. D’autres furent atteints par la maladie, l’âge, quelque fois par la mort. Le remplacement n’était guère possible parce que l’école de musique était loin d’obtenir les résultats qu’elle obtient aujourd’hui. Ce fut, pour l’orchestre, le commencement de la fin. Cela contribua à ce que la saison 1955-1956 soit, encore, vide au point de vue lyrique. Le mécontentement éclata, tant dans le public que dans le reste de l’orchestre lorsque, en 1956-1957, la municipalité renouvela son contrat à M. Valette. On désespérait de l’avenir du théâtre municipal lorsque, non sans surprise, on apprit pendant la saison 1959-1960, que étiez nommé directeur du théâtre. Je me souviens de ce que, le jour où j’appris votre nomination, je rencontrais votre voisin, M. Garcès, serrurier. Je lui dis « Je vous annonce que Jean Alary est nommé directeur du théâtre municipal ». M. Garcès fut stupéfait « Jeannot, d’ici, d’à côté ? Ca alors ! » La suite, vous la connaissez mieux que moi.

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