27/12/2014

Les Travaux Aériens du Midi

En ma qualité de collectionneur de cartes postales de Carcassonne — comme chacun peut le penser — je me suis toujours demandé ce que signifiait le sigle TAM qui figure dans un coin de celles-ci. À force de recherches, j'ai découvert qu'il s'agissait de l'abréviation des

Travaux Aériens du Midi

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Fondée le 4 juillet 1946 par Robert Ménard, concessionnaire Citroën à Carcassonne, la TAM a son siège 21 boulevard Omer Sarraut. Les Travaux Aériens du Midi s'étendent au Maroc et à Madagascar après avoir ouvert une succursale dans chacune de ces colonies. L'activité est au départ concentrée sur le travail agricole par épandage. Les appareils Piper de la société, au nombre de seize, avaient été équipés à l'arrière d'un réservoir et d'un diffuseur capables par un effet aérodynamique dans des venturis, d'épandre 100 à 150kg de produit en quelques minutes sur trois à trente hectares. Ce sont des engrais, graines de semence ou sulfate pour la vigne. À Madagascar, il s'agissait d'un traitement insecticide sur les champs de canne à sucre afin de combattre les ravages des sauterelles.

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Henri Gantès, pilote de la TAM, diffuse le produit

L'utilisation de ce type de traitement par voie aérienne, nécessite des pilotes chevronnés capables de voler à basse altitude et de se poser sur des sols par toujours adaptés. À ces risques ajoutons un nombre d'heures de vol élevé, la fatigue et la toxicité des produits embarqués. Très souvent, les pilotes avaient été recrutés parmi des anciens de l'armée de l'air.

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À Perrégaux (Algérie) en 1952, un Piper de la TAM dans les orangers

Dans l'Aude, la TAM dont les avions décollaient depuis l'aérodrome de Salvaza, disposait de pilotes tels que Maurice Boullu (Carcassonne), M. Reynès (Castelnaudary), Obrecht (ancien mécano de Mermoz). Dans le cadre de la coopération Franco-Magache, deux pilotes instructeurs furent détachés auprès du ministère malgache chargé de l'aviation civile, MM. Jean Cazelles (instructeur du Centre National de Carcassonne) et Henri Maurice. Dans le cadre de leurs missions, ils formèrent des pilotes dans certains aéroclubs et Jean Cazelles, des instructeurs de pilotes privés.

La photographie aérienne

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Georges Andrieu au-dessus de la Cité en 1952

Équipés d'une caméra embarquée sur le bord de l'avion, l'opérateur prenait des clichés à moyenne altitude par déclenchement automatisé. Sur une photographie aérienne de l'usine SOMECA, l'opérateur-photographe de la TAM est M. Cousin et l'épreuve, développée et agrandie, par le studio Portes de Carcassonne. Comme l'éditeur de cartes postales Combier, rendu célèbre pour ses clichés aériens, Robert Ménard suivra cette voie et diffusera dans les bureaux de tabacs les vues du Carcassonne des années 50. C'est aujourd'hui une mine d'informations sur les transformations urbaines de la capitale audoise du milieu du XXe siècle.

Les Transports Aériens du Midi

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En 1947, Robert Ménard lance deux lignes aériennes transversales de passagers. L'appareil est un Junker.

1. Bordeaux - Nice (via Toulouse, Montpellier, Marseille)

2. Biarritz - Marseille (via Pau, Toulouse, Castres, Carcassonne, Perpignan, Montpellier, Nîmes, Avignon)

Les escales sont facultatives et l'appareil ne se pose que s'il y a un passager à déposer ou à prendre. Sylvain Floirat (Patron de Bréguet et d'Europe 1) sera l'associé de Robert Ménard dans cette affaire, qui ne durera pas longtemps en raison des risques encourrus et du peu de rentabilité.

La TAM s'est alors orientée vers le transport en autobus

Sources

Le livre d'or de l'aviation Malgache

L'aviation à Carcassonne (Tome 3) / A. Raucoules

aviation-algerie.com

Je remercie Jean-François Ménard

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05/12/2014

Jeux et gamineries au quartier des Capucins dans les années 50

Je vous parle d'un temps où les consoles de jeux video n'existaient pas. De toute façon, personne dans ce quartier populaire de Carcassonne dans lequel cohabitaient plusieurs familles issues de nationalités différentes, n'aurait eu la somme pour s'en procurer. Car, si maintenant le jeu video se pratique presque uniquement en solitaire ou avec un adversaire du bout du monde, les jeux traditionnels ont fondé des amitiés de jeunesse qui perdurent encore. Outre les classiques tels que marelle, corde à sauter, billes ou ballon, les petits débrouillards des Capucins s'amusaient avec presque rien...

Claude Marty un ancien du quartier, aujourd'hui exilé dans le Nord — comprenez chez nous tout ce qui se situe au-dessus de Castres — nous a transmis quelques souvenirs de ces instants joyeux.

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Claude Marty

D'autres jeux étaient plus périodiques sans que l'on sache comment ils arrivaient à la mode. Quoique, après analyse, le temps y était pour quelque chose. Lorsqu'il faisait mauvais dehors — c'est-à-dire trop chaud — les jeux calmes prenaient le dessus. On y jouait sur les trottoirs, à l'ombre ou mieux, dans la fraîcheur des couloirs. Par exemple, les osselets...

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Au printemps et au début de l'été, pendant la période où les agneaux étaient petits — car ce jeu avant l'arrivée du plastique se faisait avec de vrais os du métatarse d'agneau donnés par un boucher compatissant. Ces os (deux par animal) sont les astragales. Il fallait cinq osselets pour jouer et cela facilitait l'agilité des enfants.

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Lorsque les billes de verre étaient trop chères, on jouait avec des noyaux d'abricot. Le jeu consitait à bloquer un noyau dans la paume de la main, de frapper les doigts sur la bordure du trottoir et de lâcher le noyau. Le joueur suivant faisait de même et s'il touchait un noyau, il emportait le tout sinon la partie continuait. Quand on avait perdu trop de noyau... il fallait manger des abricots.

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Avec les noyaux d'abricots, une occupation courante était d'user les deux côtés convexes sur un mur jusqu'à l'obtention de deux trous — on évide l'intérieur avec une épingle à nourrice. Lorsque cela est terminé, on met le noyau sous les lèvres et devant les incisives et on soufle... Avec de la chance, cela faisait un sifflet.

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Pour les garçons... Le rugby "à toucher" avec un bout de tissu roulé (un peillot, en occitan). Et on faisait même des transformations ! Comment ? Voir la dessin ci-dessus...

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23/10/2014

Les évènements de Mai 68 à Carcassonne

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 Lundi 13 mai 1968,

près de 3000 manifestants sont dans la rue. Après un meeting sous les halles, les militants syndicalistes et politiques, les ouvriers et surtout un grand nombre de jeunes étudiants font face aux CRS.

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Le texte d'une résolution condamnant la répression au quartier latin à Paris, est lu et approuvé par l'assistance.

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Un mouvement de grève sans précédent paralyse alors la ville dans tous les secteurs publics. Plus d'électricté, de trains, d'école, de poste... Dans le privé, les ouvriers ont cessé le travail chez Huard, Someca, jean de Bru. Bientôt on va manquer de pain et d'essence! Les stocks de l'étoile du midi sont épuisés, car on se rue sur les denrées de base.

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Dans la rue Jean Bringer devant la droguerie Garric, ça chauffe! Les étudiants sont aux prises avec les CRS qui défendent la Préfecture. Les lycéens vont s'organiser et tiendront des réunions au théâtre municipal. leurs revendications sont d'ordre sclaire mais aussi en soutien au monde ouvrier contre le diktat du patronat. A la tribune se trouvent: Pierre-Yves Boisboissel, A. Tarrius, A. Mortès, J. Durand, J. Vaquer, Yves Tarlier, Yves Lamarin, René Piniès et bien d'autres...

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Les CRS tiennent la rue J. Bringer et malgré la tension, on ne comptera qu'un petit incident. Au moment de la dislocation de la manifestation sur la place Davilla, à 19h20 un fourgon de police arriva. Une dizaine de policier interpellèrent alors le représentant de l'UNEF, Roger Petit. Une fois dans le panier à salade, les forces de l'ordre consentirent à le libérer pourvu qu'on libère la place. Ainsi, tout le monde rentra chez lui et l'incident fut clos.

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Les viticulteurs audois soutiennent le mouvement le révolte de mai 68. Sur le boulevard Barbès, ils sont des milliers à brandir des pancartes hostiles au pouvoir. On connaît l'apprêté du combat chez les vignerons depuis 1907 et certains slogans sont de retour comme "Vaincre ou mourir". Le leader vigneron André Castéra sera t-il nouveau Marcellin Albert?

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Une contre manifestation favorable au Général de Gaulle s'organise sur la place Davilla. Les anciens combattants de la France libre vont déposer une gerbe au monument aux morts et chanter la marseillaise. Ils veulent s'opposer au désordre causé par les manifestants et tenter de retourner l'opinion en faveur du pouvoir. Le Général de Gaulle a quitté l'Elysée en hélicoptère avec toute sa famille pour Baden Baden en Allemagne. Il va s'assurer auprès du Général Massu (Compagnon de la libération et commandant des forces françaises en Allemagne) du soutien de l'armée. De Gaulle est fatigué, il a quitté Paris comme Louis XVI avait quitté Varennes. Lors d'une réusion qui fera date, Massu expose ses conditions: "Libérez les prisonniers!". De Gaulle consent à amnistier les responsables du coup d'état d'Alger: Salan, Challe et Jouhaud. De Gaulle inquiet dit à Massu: "il va falloir recommencer Juin 1940". Massu répond alors: "Allez vous reposer mon général. Tout va rentrer dans l'ordre". Voilà comment s'est déroulé l'entretien de Baden Baden entre Massu et De Gaulle, selon un officier qui se trouvait là et qui me l'a rapporté. Massu et De Gaulle entretenaient des relations tendues: "Alors Massu, toujours aussi con?", "Toujours Gaulliste, mon général"

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28/05/2014

Elle n'avait que 19 ans en 1943, mais elle a vu l'horreur...

En cette journée de 1943, Carcassonne est toujours occupée par l'Allemagne nazie. Paulette n'a que 19 ans et depuis le début de la guerre, elle a trouvé un petit travail à la Croix-rouge. Sa fonction est de récolter et d'expédier les colis destinés aux soldats français prisonniers en Allemagne. Cette fois, la délégation départementale située avenue Arthur Mullot, lui a demandé d'aller à la gare SNCF chercher un paquet. Lorsqu'elle arrive sur le quai, il y a beaucoup de personnes qui attendent le train et un jeune milicien, la mitraillette en bandoullière.

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Très peu de temps après, une locomotive avec à sa file des wagons à bestiaux s'arrête en gare. On ouvre un des wagons et là, Paulette doit faire face à l'horreur. Devant ces yeux, des femmes en larmes, crient et tentent de s'extraire de cet habitacle restreint afin de prendre un peu d'air. Il y a aussi des enfants, mais pas d'hommes. Les autres voyageurs sur le quai font comme si rien n'était, c'est l'indifférence générale avérée ou supposée. Le jeune milicien, lui, tient en joue ces pauvres gens destinés vraisemblablement à la déportation. Alors, voyant Paulette, une de ces femmes lui lance un bout de papier. Est-ce une adresse ou un mot? C'est sûrement un acte désespéré, une bouteille à la mer dans cet océan déchaîné et criminel. Paulette va alors pour s'en saisir, mais le milicien lui intime l'ordre avec son arme de rester à sa place. On referme les portes du wagon, le train part et la jeune Paulette gardera ce souvenir tragique de cette journée ou elle fut incapable de porter assistance et secours. Aujourd'hui, ce n'est qu'à 90 ans qu'elle m'a livré ce lourd secret et tout en respectant son anonymat, j'ai décidé de faire le relais de ce témoignage.

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09/04/2014

La quête des oeufs: une tradition perdue

Il était de coutume dans nos villages le dimanche de Pâques, après la messe, de procéder à la quête des oeufs. Les enfants de choeur de la paroisse avec un panier, faisaient le tour des maisons du village afin de récolter des oeufs. On frappait à la porte et quand le propriétaire sortait, on disait de concert: "C'est la quête des oeufs". Ceux qui étaient au courant de la tradition pascale, avaient déjà tout préparé. Pour les autres, il fallait expliquer que l'on donnait soit des oeufs, soit des sous. A la fin d'une quête qui durait la journée, on se partageait les oeufs et l'argent. Largement pour faire une omelette géante et le reste en pourboires non négligeables.

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A Villalbe, cette tradition s'est pratiquée jusqu'à la retraite de l'Abbé Maurice Vidal (avec le papier à la main), dernier curé du hameau. Ce dernier est décédé en 1997 et c'était vraiment "un vrai" dans tous les sens du terme. Disons, un de ceux qui ne faisaient pas fuir leurs ouailles et qui ne fixait pas de tarif pour les baptêmes, inhumations ou mariages comme j'ai pu le voir ailleurs... Un homme qui visitait les malades, apportait parfois une aide financière avec ses propres deniers, accompagnait lors des inhumations le défunt jusqu'au cimetière.

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07/03/2014

L'école des femmes... ménagères

A la fin du XIXe siècle se développe l'enseignement ménager sensé apprendre aux jeunes femmes à bien tenir un foyer. Les cours sont divisés le plus souvent en deux catégories: Les cours de cuisine et les cours de repassage, blanchissage, nettoyage. Les cours de cuisine comprennent l'achat des provisions nécessaires pour le menu du jour, la gestion des dépenses, la préparation des aliments, la mise du couvert, des conseils sur le nettoyage et le ragement de la cuisine. Dans les cours de repassage on apprend l'amidonnage et l'empesage du linge: cols de lingerie, rabats, rideaux, chemisettes. Dans les cours de racommodage, il s'agit de remmaillage et de raccords. Enfin le nettoyage rend invincible contre le cambouis, la peinture, les vernis... En 1910, le ministère de l'instruction publique l'introduit même dans les lycées de fille.

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Les jeunes filles commençaient par obtenir leur Certificat d'études primaires

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A Carcassonne, l'école de ménagère se trouvait sur l'avenue Bunau Varilla dans un immeuble en face de l'actuelle Caisse d'Epargne et à côté du supermarché ED. La directrice était madame Maurel Marie-Rose accompagné par sa soeur Marguerite qui enseignait.

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Les jeunes femmes faisaient également (avaient-elles le choix?) des études pour devenir secrétaire. A Carcassonne, plusieurs écoles privées dispensaient cet enseignement. C'est le cas de madame Gorry, sur le boulevard de Varsovie à côté du café Barthe (Le Makila, aujourd'hui).

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Il y avait aussi l'école de madame Chatenet dans la rue de la mairie (Rue A. Ramond), à l'angle avec la rue Bringer.

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Les bonnes secrétaires étaient recherchées et rares sont celles qui n'ont pas trouvé d'emploi à cette époque.

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