20/09/2013

Le tour de table

Peu à peu les traditions fuient le temps où elles étaient encore pratiquées. Ainsi en est-il du "Tour de table"! Macarel, qu'es aco? Pendant les fêtes de quartier ou maintenant de villages, il était de coutume pour le comité des fêtes de faire gonfler ses finances. A la fin de la messe dominicale, les musiciens de l'orchestre prévus pour animer le bal du jour en compagnie de membres du comité passaient de maison en maisons. Le propriétaire sortait et demandait aux musiciens de leur jouer l'air de son choix, après quoi il remettait aux organisateurs une petite ou une grosse somme. Le tour de table souvent se finissait tard jusqu'au début de l'après-midi, pendant qu'un apéritif était offert aux habitants à la salle des fêtes. Souvent l'ensemble des musiciens revenaient en titubant de ce tour de table, où chaque maison leur proposait un verre de muscat ou d'anis alcoolisé.

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Voici la ligne de démarcation entre Trivaliens et Barbacaniens!

Lors des fêtes de St-Gimer (Barbacane), il était formellement défendu au comité des fêtes de ce quartier de s'aventurer au-delà de ce porche pendant le "Tour de table". La frontière s'établissant à cet endroit, quiconque la franchissait faisait craindre un incident diplomatique, voire des représailles. Voyez que le "Tour de table" était une affaire très sérieuse...

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07/09/2013

Le quartier de la digue

Charles Trénet dans sa très belle chanson, Coin de rue, chantait déjà: "Je m'souviens d'un coin de rue aujourd'hui disparu. Mon enfance jouait par là. Je m'souviens de cela". Ma chronique de ce jour prend à témoin la rue de la digue, pour dénoncer la disparation des commerces de proximité. Ces lieux de vie sont essentiels comme lien social entre des individus n'ayant pas les mêmes origines, la même religion, le même niveau de vie. Or, leur lente agonie et finalement leur mort a le plus souvent laissé place à l'indifférence, l'intolérance et même pire... à la déshumanisation. C'est à la boulangerie ou chez le boucher que l'on savait encore dire bonjour à la voisine, que l'on évoquait la prochaine fête du quartier. Peut-être suis-je un peu passéiste mais à force de vouloir être dans le vent, on devient une feuille morte...

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Au début de la rue de la digue, il y avait le café du Nord qui était tenu par M. Mouton (aujourd'hui, café du Dôme). Un peu plus bas, la boucherie Espanol puis Respaud (Voir photo). A côté, la pâtisserie Cruchandeau et en face d'elle, l'épicerie Fôret. A côté de cette dernière, le magasin de cyles de M.Nicoli.

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A l'emplacement de ce garage, à l'angle avec la rue Marceau, l'épicerie de Madame Cabrol puis de M. André. De l'autre côté de la rue, M. Tourain, marchand de vin. En face de lui et consécutivement, la boulangerie Ingres, Montclus puis Souza et la pâtisserie de Simon Bièche.

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L'étoile du midi (ci-dessus), épicerie de Madame Yvonne Granouillet qui ferma en 1964. Quatre ans après c'est l'école de piano de Mlle Alay qui s'y installa jusqu'en 1996. En face au numéro 27, le vollailler Darnaude.

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Ci-dessus au numéro 25, l'épicerie de Madame Lapasset avec derrière, l'atelier de tourneur de son mari. Au numéro 23, l'atelier de couture de Madame Alay qui louait également des appartements meublés.

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L'entrée des deux laiteries de Madame Azéma et de Madame Coste.
Cette liste prend en compte la seule rue de la digue mais dans les rues adjacentes, il y avait par exemple: L'épicerie Roudière (rue Marceau), le transporteur Sirven, l'usine de chaussures Pidoux, le garage automobile Casanova, Madame Saunière (sage femme)...
 
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26/08/2013

Le Tivoli de 1940 à aujourd'hui

Le quartier proche de la gare s'appelle le faubourg Tivoli depuis le second Empire (voir H. Alaux/ "Quartiers et faubourgs au fil du temps"). Au cours des années, il s'est largement modifié avec la construction du grand hôtel Terminus (1914) en lieu et place de l'hôtel Saint Jean-Baptiste. Nous allons voir à l'aide de cartes postales, sa mutation entre 1940 et aujourd'hui.

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A droite, la concession Citroën et la station service des établissements Ménard (Supérette en 2011). Juste à côté d'elle, le bar Edouard (Café Latin) puis le Continental (Pergola du Continental) et enfin la Rotonde. Regardons de plus près...

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Le café de l'hôtel Terminus en 1940

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Nous voyons dans le fond, qu'il y avait une rangée de platanes centenaires sur le trottoir du café La Rotonde. Je n'étais pas bien grand, mais je m'en souviens très bien...

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Entre 1983 et 1986, pour satisfaire le propriétaire de la Rotonde qui souhaitait agrandir son établissement par la construction d'une véranda, la mairie a fait abattre l'ensemble de ces platanes.

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Sur le boulevard Omer Sarraut, la circulation était à double sens dans les années 1950

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Il y avait du monde à la terrasse du Grand café continental. Sur la façade, on peut remarquer le panneau de l'ASC XIII dont le café était le siège. Un concurrence avec le bar Edouard, juste à côté, qui soutenait l'USC XV.

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Le Continental de Pierre Pavanetto a été vendu en 1990 et depuis, nous avons un Fast food. L'enseigne devant la porte a sérieusement compromise l'installation d'une terrasse. Après sa fermeture, c'est désormais un restaurant qui a repris les lieux: La pergola du Continental.

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Le carrefour du Tivoli au début des années 1960

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La dolce vita carcassonnaise des sixties...

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Le café Terminus avec à côté, l'entrée du cinéma le Colisée. Puis, les établissements de constructions métalliques Baurès.

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L'entrée du cinéma en 1960 est aujourd'hui, la porte de sortie; et l'entrée, les anciens établissements Baurès.

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Le carrefour du Tivoli, aujourd'hui. Il a été modifié au début du second mandat de Raymond Chésa.

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09/08/2013

Les rues débaptisées de la Bastide Saint-Louis

Carcassonne ne déroge pas à une règle qui a vu au cours de l'histoire les rues des communes françaises changer de nom ou d'appellation. Ces arrêtés municipaux se sont toutefois espacés dans le temps en fonction d'évènements politiques nationaux ou locaux, des hommages rendus à un personnage illustre ou simplement à un bienfaiteur de la ville. S'il fallait retenir une date entre toutes les autres, c'est celle du 7 juillet 1883 qui devrait retenir notre attention. Pourquoi ? Tout simplement, c'est ce jour là que l'on procéda au plus grand nombre de changement de noms dans la Bastide de toute l'histoire de Carcassonne. Retenez le chiffre 12:

Ancien nom Nouveau nom
Bd du Calvaire Bd T. Marcou
Rue du Calvaire Rue Littré
Rue du Gd Séminaire Rue Victor Hugo
Bd St-Michel Bd Barbès
Rue J. de Beauharnais Rue de la Liberté
Rue Lafayette Rue de la République
Rue Saint-Michel Rue Voltaire
Rue St-Vincent Rue du 4 septembre
Rue Hôtel Dieu Rue de l'Hospice
Square Ste-Cécile Square Gambetta
  Bd du Canal
Rue Mage Grand'rue

Nous voyons avec ces changements que la République a souhaité honorer ses défenseurs et mettre un terme aux symboles de la Monarchie et de l'Empire.

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La nouvelle rue Voltaire avec à proximité la Cathédrale Saint-Michel, d'où l'ancien nom qu'elle portait. En face du porche de la Cathédrale, il y avait la rue de la Lune qui a été détruite en 1951 pour construire l'actuel jardin où sont inscrits les noms des Morts pour la France.

Ancien nom Nouveau nom Date de l'Arrêté
Rue des orfèvres Rue Courtejaire 19.01.1877
Traverse de l'hôpital Rue des calquières 1849
Rue des Halles Rue Chartran 15.05.1901
Rue de la grille Rue Coste-Reboulh 7.11.1902
Bd des Tilleuls Bd Roumens 5.06.1911
Grand'rue Rue de Verdun 26.08.1916
Bd du Musée Bd C. Pelletan 8.06.1920
Rue de la gare Rue Clémenceau 8.06.1920
Rue du Mail Rue J. Sauzède 8.06.1920
Traverse (privé) Rue F. Mistral 1934
Bd du Canal Bd de Varsovie 4.10.1939
Rue de l'Hospice Rue G. Brassens 1983

Sur le tableau ci-dessus sont mis à l'honneur un ancien maire (Sauzède), deux bienfaiteurs de la ville (Courtejaire et Coste-Reboulh), deux militaires (Chartran et Roumens), un félibre (Mistral), le Tigre de la Grande guerre (Clémenceau) et la bataille de Verdun.

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Le boulevard des Tilleuls vu de l'angle de l'actuel café du Dôme. Les arbres ont disparu après avoir été abattu par la municipalité à la fin des années 1990. Il est vrai qu'il fallait créer des places de parking et donner de l'air à ceeux qui voulaient bronzer à cet endroit...

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Le boulevard du Musée vu depuis la Caisse d'Epargne.

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Aimé Ramond (1918-1944)

Autre fait marquant dans la triste histoire de Carcassonne, celle de martyrs de la Résistance. Hélas, tous ne seront pas traités de la même manière... Ainsi, la ville oublia Christophe Roquefort qui fut exécuté avec Ramond et Bringer à Baudriques en août 1944. Le 8 octobre 1944, 4 rues porteront le nom de résistants audois.

Rue de la Préfecture Rue Jean Bringer
Rue de la mairie Rue A. Ramond
Rue du port Rue Armagnac
Rue neuve du Mail Rue M. Perrutel

A noter que pendant le Régime de Vichy, l'Etat Français avait fait débaptiser en 1941 l'actuel Boulevard Jean Jaurès pour celui de Philippe Pétain. J'ai également oublié la place d'Armes devenue place du général de Gaulle en face de la caserne Laperrine.

 

Crédit photos:

Collection Martial Andrieu

Sources:

Léon Riba, Carcassonne, ses places et ses rues, 11 août 1951 (non édité)

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19/06/2013

La pose des premiers égouts de Carcassonne

La municipalité Albert Tomey décide en 1923 d'installer dans la ville de Carcassonne, le premier réseau de tout-à-l'égout. Jusque-là les habitants sortaient chaque jour à 9 heures, les tinettes qu'ils déversaient dans le caniveau. Ce n'est qu'après leur dispersion que la vie pouvait enfin reprendre dans les rues.

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Place Davilla, avec les halles en toile de fond

Quelques difficultés pour boucler le dossier financier allongèrent de trois ans le commencement des travaux. Ce n'est qu'en 1926 que l'entreprise Garric se voit confier l'ensemble du chantier. Il sera totalement achevé en 1930 pour le plus grand bonheur des carcassonnais, qui jusque-là, se plaignaient du désagrément causé par l'ampleur de la tâche.

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Jules Garric supervise les travaux entre l'ancien hôtel St-Jean Baptiste et le jardin des plantes. Aujourd'hui, l'hôtel Terminus et le Square Chénier.

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Les ouvriers devant la gare SNCF

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Sous le pont de chemin de fer au bord du Canal du midi et en direction de la rue Buffon

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Boulevard de la préfecture (Jean Jaurès)

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Jules Garric, Maître ferblantier de son état, avait fait ses études chez les Compagnons du devoir. Nous le voyons ci-dessus avec son épouse devant son magasin, situé au N°5 de l'actuelle rue Armagnac.

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Le situation du magasin aujourd'hui

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Par la petite porte à gauche du magasin, on accédait aux ateliers. Dans les années 1950, les établissements Garric situés au N°12 de la rue de la République, posaient le chauffage central et employaient près de 100 personnes. Les descendants ouvriront ensuite une droguerie-quincaillerie à l'angle de la rue Jean Bringer et de la rue Barbès.

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26/05/2013

La route minervoise, la belle ombragée (3)

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Selon les informations que j'ai pu recueillir, la cheminée que l'on voit sur cette photo des années 1930 dans la rue Prosper Montagné, serait celle de l'usine Lauze.

"L'entreprise LAUZE exploitait aussi les eaux d'ALET, avec lesquelles ils fabriquaient la limonade du même nom. D'abord à la porte Cadene, ensuite à la source. Dans les années 30 le gendre RENE BERNAT à pris la suite, puis ce fut le fils charles, jusqu'à ce que les boissons américaines à la composition mystérieuse envahissent le marché français. CHARLES BERNAT fut maire d' ALET de mars 1983 à juin 1995." (J. Blanco/ Le cyclisme et ses champions/ Bull. SESA)

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Cuve en cuivre dans laquelle était fabriquée la limonade Lauze (Photo: J. Blanco)

 Dans ce quartier de Carcassonne appelé Le Tivoli, se tenaient au début du XXe siècle un grand nombre de distilleries et de Brasseries (Cabanel, Auguste Vialade, Lauth...). Les cheminées ont été démolies à cause des pétitions des riverains qui ne supportaient plus les nuisances olfactives. Certaines de ces usines se sont déplacées sur l'allée d'Iéna (Cabanel, Vialade) et d'autres ont cessé leurs activités. La cheminée de l'usine de boissons gazeuses Lauze a dû être abattue juste après la guerre de 1940, car elle n'apparaît pas sur les cartes postales des années 1950. En 1904, son adresse était: 1, boulevard du Jardin des plantes. Au Tivoli. C'est précisément à cet endroit.

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Lors de mes balades carcassonnaises, je me suis longtemps demandé ce que pouvait être cet espèce de bâtiment en plein milieu de la rue Prosper Montagné. Au début du siècle dernier, cette artère portait le nom d'André Chénier. Il s'agit d'un vestige industriel et selon toute vraisemblance, celui de l'usine Lauze dont la cheminée était accolée au bâtiment. Dans le local de Lauze, plus tard il y eut la Maison Rieux, négociant en vins. cette affaire de vins elle aussi a cessé sont activité. Juste à côté de lui se tenaient les transports Laurens. Voilà un des rares souvenir du passé industriel de la ville encore debout. Une mise en valeur serait nécessaire, avant qu'il ne soit la proie d'un investisseur immobilier et de ses bulldozers.

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Qui ne se souvient pas des bouteilles de chez Lauze ? Nos grands parents s'en servaient pour y mettre les coulis de tomates. Aujourd'hui, elles sont vendues dans les vides greniers...

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