14/04/2017

Quand le Centre dramatique "les tréteaux du midi" programmait le Festival de la Cité

Entre 1968 et 1975, le Centre dramatique National du Languedoc-Roussillon présidé par Jean Deschamps résidait à Carcassonne. Il faisait toute la programmation du Festival de la Cité dont la notoriété dépassait de loin les frontières de notre département. À cette époque, Carcassonne se trouvait presque sur le même pied d'égalité, en terme de programmation théâtrale, que le Festival d'Avignon. En 1975, Jean Deschamps décida de passer la main au comédien Jacques Echantillon. Le Théâtre du midi changea de nom pour Les tréteaux du midi, domiciliés cette fois à Béziers. La compagnie assurera également la programmation de la saison du théâtre municipal. 

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© Archives municipales de Carcassonne 

Affiche du festival 1976

Jacques Echantillon réalise la programmation en collaboration étroite avec les associations culturelles de la ville, les techniciens de la culture, les élus municipaux et les grandes organisations syndicales. L'adjoint à la culture de l'époque cite cette phrase de Paul Langevin : "La culture est ce qui permet à l'individu de sentir pleinement sa solidarité avec les autres hommes".

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© Archives municipales de Carcassonne

Les tréteaux du midi - Centre Dramatique National Languedoc-Roussillon - ont pour mission de procurer tout au long de l'année un service à l'ensemble de la population de la région. L'idée de service public, chère à Jean Vilar, suppose une disponibilité permanente de la part de l'équipe du C.D.N à l'égard du public. Le théâtre, la musique, le music hall, les arts plastiques, la danse, le cinéma, toutes les formes d'expression seront accueillies dans les lieux les plus divers : Théâtre de la Cité, Cour du Midi, Jardins et cours intérieures, remparts et cafés.

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© en.notrecinema.com

Jacques Echantillon

Né à la Tronche (Isère) en décembre 1934, Jacques Echantillon obtient un Premier prix d'Art dramatique au conservatoire de Grenoble puis "monte" à Paris. Il est reçu à l'unanimité au conservatoire de Paris, après audition des bouts de scènes de Figaro du "Barbier", le sosie d'Amphitryon , Lubin de "Georges Dandin". Le voilà pour deux ans dans la classe d'Henri Roland. Après un passage par la guerre d'Algérie, il réintègre le conservatoire d'où il sortira avec un Premier prix moderne et un accessit classique.

Il multiplie les rôles de valets, les sapins, etc. À la télévision, il obtient un rôle de 800 lignes dans "Un pareil milliardaire" avec Claude Santelli. Il rêve d'avoir une troupe et monte des farces de Molière avec Francis Lemaire, France Darry, Jean-Luc Bidaut, Ramade et Paulette France.

A la Maison de la culture de Nantes, il joue "Voulez-vous jouer avec moi" de Marcel Achard. L'auteur qui était dans la salle préféra confier la pièce à la troupe d'Echantillon plutôt qu'à celle de Robert Dhéry. Il eut alors envie de changer de style "pour se remettre en question", et il eut le culot de monter "l'espace dedans" d'Henri Michaux, dans le premier café-théâtre du quartier du Marais. Personne n'y croyait mais au bout de dix jours c'était la queue ; deux séances par jour.

Au festival de Mexico, il obtint les deux premiers prix - pour la troupe et pour le spectacle. Au retour, après la reprise de Scapin à la Comédie Française. Après avoir roulé sa bosse dans de nombreux pays, Jacques Echantillon s'établit en Occitanie. A partir des années 75, il dirige des institutions : Michel Guy le nomme au Centre dramatique de Carcassonne, le Théâtre du Midi. L'aventure s'achèvera avec Carcassonne en 1981, où il sera remplacé à la tête du Festival de la Cité par Jean Alary. Jacques Echantillon est décédé le 17 décembre 2009.

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© Archives municipales de Carcassonne

Jacques Echantillon a porté notre culture jusqu'à Paris. On pourra citer le succès de "Jésus II" de Joseph Delteil, au théâtre de Paris en 1977. Que reste t-il aujourd'hui de tout cela ? La nostalgie, sans doute, d'une époque où les artistes étaient appréciés comme des porteurs de rêves et non, comme la variable d'ajustement de l'économie du secteur culturel. On ne fait pas de la culture pour le peuple - quel mépris ! On fait de la culture par le peuple, c'est là une différence de taille vers son émancipation émotionnelle, intellectuelle et finalement vers sa liberté.

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26/03/2017

"Jeanne d'Arc au bûcher" au Festival de la Cité de Carcassonne

Cette oeuvre dramatique du compositeur Arthur Honneger sur un texte magnifique de Paul Claudel venait d'être créée à Bâle (Suisse) le 12 mai 1938, lorsqu'une tournée dans 40 villes la fit représenter à Carcassonne le 19 juillet 1941. On entendit l'ensemble Chantier orchestral sous la baguette d'Hubert d'Auriol avec Jacqueline Morane (1915-1972) dans le rôle de Jeanne d'Arc.

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Festival de Carcassonne 1982

"Jeanne d'Arc est sur le bûcher, elle voit sa vie défiler. Onze tableaux pour retracer son histoire, onze pages du livre de sa vie évoquées feuille à feuille avec frère Dominique, alors que le feu se prépare. De l'infâme jugement d'un tribunal dirigé, par des animaux à son enfance insouciante, c’est la France blessée et l’épopée de la Pucelle qui sont évoquées à rebours, au milieu des cris de haine d’une foule hostile, à jamais impénétrable pour l'innocente Jeanne." (Opéra de Lyon)

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Jeanne d’Arc au bûcher a les apparences d’un oratorio avec chœur et orchestre mais les personnages qui font l'histoire sont des rôles parlés : les derniers instants de la sainte se prêtent ainsi aisément à l'action dramatique, mais aussi mystique puisque Jeanne, déjà en dialogue avec le Divin, ne comprend plus la haine des hommes…

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Jean Deschamps et Marie-Christine Barrault en 1982

Le 29 juillet 1982, le directeur du Festival de Carcassonne - Jean Alary - programme une représentation de l'oeuvre d'Honneger et de Claudel. L'orchestre et les choeurs sont dirigés par le chef du Théâtre du Capitole de Toulouse, Michel Plasson. Le succès sera au rendez-vous et un article dans le Figaro mettra en exergue la réussite de cette production, montée de toute pièce pour Carcassonne.

Distribution

Chorale Elisabeth Brasseur de Paris, Ensemble Vocal d’Oratorio de Bordeaux, Choeurs de l’Opéra de Lyon, Chorale d’enfants “Les petits chauriens”. Avec Marie-Christine Barrault (Jeanne), Jean Deschamps (Saint-Dominique), Rémy Corazza (Porcus), Michèle Command (Marguerite), Chantal Bastide (La Vierge), Gisèle Guidicelli (Catherine), Roger Trentin (Le hérault), Jean-Jacques Cubaynes (Le deuxième hérault).
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Maquette des décors de 1982 à Carcassonne

La scénographie et les décors sont réalisés spécialement pour le Grand théâtre de la Cité par Georges Wakhevitch (1907-1984). Né à Odessa (Ukraine), Wakhevitch est Illustrateur, peintre, costumier et décorateur pour le cinéma, le théâtre et le ballet. Il est également le père du compositeur Igor Wakhévitch, connu notamment pour ses collaborations avec la chorégraphe Carolyn Carlson à l'Opéra de Paris entre 1973 et 1978, sous la direction de Rolf Liebermann.

Pour le cinéma, on peut citer : « L’homme à l’Hispano », « Baroud », « Prison sans barreaux », « Les visiteurs du soir », « L’éternel retour » ; pour le théâtre ou l’opéra : « Le jeune homme et la mort », « Adventure story » à Londres, « Jeanne la folle », « Donogoo », « Roméo et Juliette », « Le Consul », de Menotti à la Scala de Milan, un des tableaux des « Indes Galantes » à l’Opéra de Paris, « Le libertin », « Thérèse Raquin », à Edimbourg, etc.

Video ci-dessous de Jeanne d'Arc au bûcher

https://www.youtube.com/watch?v=W4T3jO1WMmM

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11/02/2017

En octobre 1647, Jean-Baptiste Poquelin dit Molière était à Carcassonne

Molière quitte Paris en 1645 après s'être retrouvé en prison au Châtelet. L'Illustre théâtre est alors en faillite et il s'écoulera treize années avant que son chef ne fasse une entrée triomphale dans la capitale devant le roi et sa cour dans la salle des gardes du Louvre. Ces treize années, Molière les passera en province en quête de protecteurs et de seigneurs influents. A cette époque, l'église obtient l'interdiction des représentations théâtrales dans les villes, malgré la réhabilitation initiée par Richelieu. La quinzaine de troupes itinérantes mènent une existence précaire à travers les routes de France. Parmi elles, se distingue la compagnie théâtrale de Charles Dufresne, protégée depuis vingt ans par les ducs d'Epernon, gouverneurs de Guyenne. Les Béjart et Molière entrent dans cette troupe en 1646 ; il en sera quelque temps après le directeur avec le prince de Conti comme propriétaire entre 1653 et 1657. Dès 1647, la troupe est appelée à jouer pour le comte d’Aubijoux, lieutenant-général du roi pour le Haut-Languedoc, « grand seigneur éclairé, libertin et fastueux », qui lui assure une « gratificatication annuelle considérable », l'invitant à se produire dans les villes de la région. Celles où se tiennent les Etats du Languedoc accueillent Molière et ses comédiens. En 1647, la troupe du duc d'Epernon est à Toulouse et à Albi pour les fêtes données en l'honneur du lieutenant-général du roi en Languedoc.

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Molière par Nicolas Mignard (1658)

Au mois d'octobre 1647, Molière se trouve à Carcassonne. Les comédiens n'ayant pas été payés à Albi, trois d'entre eux repartirent réclamer la somme de 500 livres qui leur était due. On trouvera trace de cet épisode dans la lettre de l'intendant conservée aux archives départementales du Tarn. On ne sait pas formellement si la troupe se trouvait encore à Carcassonne au mois de février 1648 pour l'ouverture des Etats du Languedoc dans cette ville. Toutefois, la présence du comte d'Aubijoux tend à confirmer cette hypothèse. On ne voit pas comment Molière n'aurait pas pu y voir un intérêt.

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Molière était-il à Carcassonne lors des Etats généraux du Languedoc en 1751 ? Selon plusieurs biographes, cela ne fait pas de doutes. Une lettre d'Assoucy, auteur et compositeur, adressée à Molière atteste de sa présence à ses côtés à Carcassonne. Cette missive que nous avons retrouvée fut publiée par le poète dans "Poésies et lettres" (Paris / 1653). Frézal dont il est question fut délégué du Parlement de Toulouse aux Etats de Carcassonne.

A Monsieur de Molières

Monsieur, je vous demande pardon de n'avoir pas pris congé de vous, Monsieur Frésart le plus froit en l'art d'obliger qu'homme qui soit au monde, me fit partir avec trop de précipitation pour m'aquitter de ce devoir, j'eus bien de la peine seulement à me sauver des roues entrant dans son carrosse, et c'est bien merveille, qu'il m'ait pû souffrir avec toutes mes bonnes qualités, pour la mauvaise qualité de mon manteau qui luy semblait trop lourd ; cela vient du grand amour qu'il a pour les chevaux, qui doit surpasser infiniment celuy qu'il à pour Dieu, puisqu'il a vu périr deux de ses plus gentilles créatures, sans daigner les soulager d'une lieue. Je ne vous saurais exprimer avec quelle grâce, le plus agile de mes pages faisait dix lieues par jour, ni les louanges qu'il a emportées de sa gentillesse et de sa disposition, pour celuy qu'il y a si longtemps que je nourris, peu s'en ai fallu qu'il n'ait fait comme le chien de Xantus qui rendit l'âme pour avoir suivy son maître avec trop de dévotion. Je ne m'estonne pas sir la Cour la député aux Etats pour le bien du peuple le connaissant si ennemy des charges. Je luy suis pourtant obligé m'avoir souffert avec mon bonnet de nuit, n'ayant promis que pour ma personne. Je remercie Dieu de cette rencontre.

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Charles Coypeau d'Assoucy

La Notice biographique sur Molière (P. Mesnard / 1889) ne remet pas en cause l'hypothèse selon laquelle Molière et D'Assoucy se trouvaient ensemble aux Etats de Carcassonne en 1651-1652.

"Cette lettre ne remet guère en doute qu'il ait été à Carcassonne pendant la session des Etats, avec le dernier jour de juillet de cette année. Ce témoignage est celui de d'Assoucy. (...) Pour douter que d'Assoucy se soit trouvé avec Molière à Carcassonne pendant la session de 1652, la seule supposition qui resterait serait que Frezals l'eût prit dans sa voiture non pas en revenant de sa mission, mais en partant de Toulouse."

L'historien Carcassonnais Claude Marquié oppose à cette affirmation l'objection suivante :

"Le problème est que nous ignorons où se trouvaient, au moment où elle fut écrite, aussi bien l'auteur que le destinataire de cette missive. En effet, on ne sait pas où sont passés Molière et ses compagnons en 1651 et 1652 : en décembre 1650, ils sont à Pézenas, puis le 4 avril 1651 à Paris, enfin le 12 août 1652 à Grenoble, mais nul document n'a été retrouvé portant sur les dix-huit mois qui se sont écoulés entre ces deux dernières dates."

Molière au château de Pennautier

Même, délégation du Parlement mise a part, même sans compter le nombreux et illustre personnel figurant aux États, il y avait, pour le comte d'Aubijoux, de quoi se mettre en frais largement. La société élégante et choisie qui, en de telles occurrences, se donnait rendez-vous à Carcassonne, méritait cet honneur. Si la ville n'était pas grande, de vrais amis de spectacles elle était vite pleine. On a pu on avoir une approximative idée par le Voyage de Chapelle et Bachaumont, fait en 1656, et qui, à quatre ans de distance, n'a pu nous donner que des impressions synchroniquement identiques et exactes. Ils étaient qualifiés pour voir tout et bien. Bachaumont était « intendant du duc d'Orléans », et une telle clé ouvrait bien des portes, grandes ou petites. Les voyageurs furent donc reçus en conséquence, et le souvenir des fêtes qu'on leur fit est ici topique.

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Le château de Pennautier

D'abord, réception chez M. de Pennautier, « à une lieue de Carcassonne ». M. Reich de Pennautier est un des trois trésoriers des États du Languedoc — et Borel le cite parmi les amateurs distingués du temps. Réception fastueuse. N'insistons pas et laissons à Chapelle le soin d'en témoigner la reconnaissance de l'estomac. Une chose importe par-dessus tout et domine tout, même dans le récit de Chapelle, c'est que « la comédie — car comédies il y eut — fut aussi un de nos » divertissements assez grands, parce que la troupe n'était pas mauvaise, et qu'on y voyait toutes les dames de Carcassonne. »

La banlieue de Carcassonne, alors très aristocraliquement habitée, pouvait, à elle seule, composer un public d'élite et peupler une salle de spectacle, même plus vaste que les locaux dont on disposait d'ordinaire. M. de Baisant, l'ami de Chapelle, qui ne l'oublie pas dans son Voyage, n'aurait eu qu'à battre le rappel de ses amis et amies pour avoir un auditoire, si la seule notoriété de Molière n'avait pas produit cet effet. Mais Molière était en pays de connaissance à Carcassonne, et la recommandation elle-même du comte d'Aubijoux, si elle pouvait maintenir ou accroître la faveur dont il jouissait, ne pouvait plus ni la lui attirer ni la lui mériter : Molière avait fait ses preuves à Carcassonne, en 1647. Et c'est un lieutenant du roi, le comte de Breteuil, qui lui avait en quelque sorte décerné là un certificat de maîtrise, dans une lettre du mois d'octobre de cette année, où il déclare sa « troupe remplie de fort honestes gens et de très bons artistes. »

Les artistes eu voyage, comédiens ou musiciens, savaient que la ville de Carcassonne était hospitalière et accueillante aux talents. Molière en lit souvent l'expérience : il la faisait pour la seconde ou la troisième fois en 1651-1652. Il retrouvait ces groupes sympathiques d'amateurs qui se donnaient le mot d'ordre autour de lui, à chacun de ses passages dans les villes. Ici, il retrouvait chaque fois un de ces fidèles de la comédie et de la musique, une sorte d'abonné par destination : « M. Charmois, ancien secrétaire du maréchal de Schomberg » et dont Borel encore signale la galerie formée de « beaucoup de beaux tableaux originaux ».

M. Charmois avait pris sa retraite à Carcassonne, un peu comme devait le faire Etienne Molinier. N'est-ce pas M. Charmois qui avait introduit le musicien chez le maréchal de Schomberg, durant ses résidences en Languedoc ? La passion du maréchal pour la musique est fort connue. Ou sait qu'il en faisait en tête à tète dans la chambre de Louis XIII, où Dassoucy était admis familièrement avec le surnom de « Phoebus garde-robin ». C'est au maréchal de Schomberg qu'Annibal Gantez, Languedocien d'acclimatation, avait dédié sa messe: Loetamini. Auuibal Gantez, tour à tour maître de chapelle à Aigues-Mortes, à Toulouse et à Montauban, avait parcouru un peu eu tous sens le Languedoc, où son admiration déclarée pour Élienne Molinier n'avait pu que grandir cet artiste dans l'opinion générale. Tout contribuait donc à faire de Carcassonne un foyer discret mais lumineux et réchauffant, pour l'art errant en quête d'une station propice pour faire halte. Molière y avait à qui parler, Molinier à qui se faire entendre.

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Molière aurait joué avec sa troupe à Carcassonne en 1652, Andromède de Pierre Corneille. La musique en était du sieur Charles d'Assoucy. Citons également un compositeur audois illustre à la Cour de Gaston d'Orléans et qui accompagna la troupe de Molière : Etienne Moulinié (1599-1676), né à Laure-Minervois.

Sources 

Le Ménestrel / 14 janvier 1894

La carrière de Molière / Caldicott / 1998

The Molière encyclopédia / James F. Games / 2002

La vie théâtrale dans les provinces du midi / 1976

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05/01/2017

Ketty Dolbert, artiste dramatique et professeur de diction

Les premiers cours municipaux d'Art dramatique furent créés le 20 mars 1951 sur proposition d'Armand Tarrès, comédien natif de Carcassonne. La municipalité lui en confia la responsabilité. Dans les années 1970, ces cours municipaux furent dispensés par Ketty Dolbert, grâce à Jean Alary - directeur du théâtre municipal.

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Ketty Dolbert

Cette artiste dramatique donnait ses cours dans une des salles du théâtre municipal. C'était, diront certains, la vieille école... Loin de la déclamation qui était la règle jusqu'au milieu du dernier siècle, Ketty Dolbert prônait l'usage d'une parfaite diction. Il fallait projeter le texte pour être compris et utiliser correctement les règles du français. Point de "les Zharicots", "les zhandicapés" ou "les machines za laver"... De même espèce, qui est féminin: Une espèce d'idiot ! Pour la diction, il fallait apprendre les dentales, les guturales, les palatales, les labiales et s'exercer avec BA, PA, DA, TA, GA, KA que l'on devait dire autant de fois que l'on avait encore du souffle. Si vous ajoutez à cela les phrases: "le fisc fixe exprès chaque taxe fixe au luxe et à l'exquis", vous sortiez de là avec une belle correction du langage. Pour avoir été son élève, j'ai vu une personne bègue corriger son petit handicap avec ses méthodes.

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Knock de Jules Romain

Laurence Bouisset et Martial Andrieu

Ketty Dolbert, c'était aussi l'association "Théâtre et culture" qui permettait à ses élèves de se produire dans les villages de l'Aude. On apprenait à rentrer à "Cour" et à sortir à "Jardin" et vice versa. A marcher en scène et à ne pas tourner le dos au public. Le répertoire c'était les pièces classiques de Molière, Racine, Corneille mais également de boulevard avec Courteline, Roussin, Feydeau...
Dans les années 1990, l'arrivée de Thierry Almon avec une autre conception d'un théâtre moderne basé sur le jeu de l'acteur, a créé une petite rivalité bien compréhensible entre les deux enseignants. Rivalité, mais respect mutuel !

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Ketty Dolbert s'en est allée dans l'indifférence générale en 1997 et ce n'était pas cette fois, une fausse sortie. Elle a rejoint Thalie, sa muse; elle, qui appartenait à la "libre pensée", ne croyait pas en Dieu. Il serait juste qu'une salle ou une loge du théâtre municipal portât son nom en mémoire de tous les artistes qu'elle a formés comme Ana Yerno, Blandine Peroteau, Jean-Manuel Florensa, Nicolas Sievic... et votre serviteur. Ketty Dolbert avait dans le métier de nombreux amis comme Robert Manuel ou Jean le Poulain.
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22/10/2016

Hommage à J-C Brisville, auteur dramatique et Carcassonnais d'adoption

C'est dans le cadre de mes recherches biographiques sur Paul Lacombe que j'étais entré en contact avec J-C Brisville, célèbre et talentueux auteur dramatique. Quel rapport, me direz-vous ? L'auteur de la pièce "Le souper" et le scénariste du film "Beaumarchais l'insolent" était le neveu de Gabrielle Saulnier (1872-1964), professeur de piano 33 rue du marché (rue Tomey). Cette dernière était la fille d'Emile Saulnier, architecte de l'Aude à qui l'on doit de nombreuses réalisations comme la Caisse d'épargne et qui collabora avec Viollet le duc à la restauration de la cité. Mais alors ? Eh bien! Gabrielle Saulnier qui avait été l'élève du pianiste Francis Planté à qui Lacombe dédia ses études pour piano, connaissait fort bien notre compositeur carcassonnais. Elle participa souvent avec lui aux concerts donnés au kiosque du Square Gambetta, aux soirées du lundi à l'Hôtel de Rolland avec madame Germa de Nugon. A un point où Lacombe lui dédia une de ses oeuvres. On peut dire que Mlle Saulnier faisait partie des cénacles musicaux Carcassonnais et que la bourgeoisie prenait ses cours de piano chez elle. Elle donnait aussi des leçons gratuites à certains élèves doués qui n'avait pas le sou, comme ma tante et recevait bon nombre de personnalités de la musique et de la littérature. Ainsi par exemple le philosophe Julien Benda qui, pendant la guerre, en raison de sa religion avait fui la zone occupée pour se réfugier à Carcassonne. Pendant cette triste période notre ville s'est enrichie intellectuellement grâce à tous ses exilés.

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Je savais que Jean-Claude Brisville était venu à plusieurs reprises à Carcassonne rendre visite à sa tante à l'époque où elle était encore en vie et qu'elle lui avait légué sa maison de la rue du Plô à la cité. Au moment de l'appeler sur les recommandations de son fils, c'était je pense un bon argument pour gagner sa confiance. Comme toujours, on se fait un monde des "hauts esprits" mais ce sont souvent les plus abordables. J'ai eu droit à un entretien d'une heure malgré son grand âge (91 ans) mais qui aurait pu durer plus longtemps, tant l'homme lettré était passionnant. Si ne n'ai pas appris grand chose sur les relations musicales de sa tante, en revanche... j'ai eu droit à quelques révélations.

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"Le souper" qui met en scène Talleyrand et Fouché, est l'oeuvre de J-C Brisville la plus connue du grand public. La première version a été écrite en 3 jours et 4 nuits pour ne pas rompre le fil de l'écriture. "Je ne sais pas pourquoi mais j'ai toujours su écrire dans la langue du XVIIIe siècle" me confie t-il. Cela sous entend avoir une excellente connaissance de la vie des protagonistes ? "Après la lecture du portrait de Fouché par Stéphan Sweig, j'ai été pris par une espèce de frénésie". Il rencontre ensuite Claude Rich à Biarritz chez un ami commun, continue l'écriture de la pièce et finalement envoie le manuscrit au comédien. En tournage au Maroc ce dernier lui téléphone:" A la fin de la lecture, j'ai salué..." Restait à trouver un Fouché, plusieurs refusèrent le rôle dont Jean Rochefort et Bruno Crémer. C'est Claude Rich qui trouva son Fouché en la personne de Claude Brasseur. Pas grand monde croyait au succès d'une pièce dont l'action se situait au début de la restauration, même le metteur en scène J-P Miquel était assez frileux. Au bout du compte, elle tint l'affiche pendant 3 ans et va être bientôt reprise.

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J-C Brisville a commencé dans l'édition chez Julliard puis il devenu un ami personnel d'Albert Camus, lecteur alors chez Gallimard. C'est dans cette maison d'édition qu'il publie en 1972 "La petite Marie" sous le pseudonyme de Sylvain Saulnier. Il s'agit d'un roman d'un genre érotique commandé par Lemarchand, membre du comité de lecture. Parmi ses connaissances, il y a notamment René Char et quand je lui parle de notre Joe Bousquet... il s'émeut quelque peu: "Je n'ai jamais rencontré un causeur aussi prodigieux. Bousquet qui recevait le tout Paris dans sa chambre à Carcassonne fumait de l'opium. Cela le transcendait et il dissertait à haute voix devant son auditoire. J'ai connu Cocteau mais c'était chez lui trop parisien, trop convenu. Chez Joe Bousquet c'était profond, philosophique."

 
"Si j'avais du génie, j'aurais créé ma langue, comme Claudel et Beckett. N'ayant que du talent, j'essaie d'être fidèle à l'héritage"
(Jean-Claude Brisville / Souvenirs / 2004)
 
Jean-Claude Brisville est décédé le 11 août 2014 à l'âge de 92 ans.
 
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09:11 Publié dans Art dramatique, Livres | Tags : livres | Lien permanent | Commentaires (3)

15/03/2016

Le Président : Une création nationale au Festival de Carcassonne 1976

Le Président est une pièce créée pour le Festival de Carcassonne et jouée par leurs auteurs - Charles Charras et André Gille - du 5 au 17 juillet 1976. A cette époque, la programmation du Festival était assurée par le comédien Jacques Echantillon.

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Mise en scène par Charles Charras et André Gille avec une décoration et une illustration sonore de Louis Amiel, la pièce compte à ce jour plus de 3000 représentations en France. Cette oeuvre théâtrale d'une durée d'une heure fut jouée pendant huit ans au café-théâtre "Le Fanal" et "Au Bec-Fin" à Paris. Bien qu'écrite sous la présidence de Georges Pompidou, elle égratigne Valéry Giscard d'Estaing sous le pseudonyme d'Edgar. Il possède un stand au marché aux puces tenu en son absence par son ami Mimile.

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Charles Charras en 1976

Voilà une époque où notre festival avait une ligne thématique - le théâtre de création. Une manière plus intelligente pour faire parler de lui sur la scène nationale française...

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