11/02/2017

En octobre 1647, Jean-Baptiste Poquelin dit Molière était à Carcassonne

Molière quitte Paris en 1645 après s'être retrouvé en prison au Châtelet. L'Illustre théâtre est alors en faillite et il s'écoulera treize années avant que son chef ne fasse une entrée triomphale dans la capitale devant le roi et sa cour dans la salle des gardes du Louvre. Ces treize années, Molière les passera en province en quête de protecteurs et de seigneurs influents. A cette époque, l'église obtient l'interdiction des représentations théâtrales dans les villes, malgré la réhabilitation initiée par Richelieu. La quinzaine de troupes itinérantes mènent une existence précaire à travers les routes de France. Parmi elles, se distingue la compagnie théâtrale de Charles Dufresne, protégée depuis vingt ans par les ducs d'Epernon, gouverneurs de Guyenne. Les Béjart et Molière entrent dans cette troupe en 1646 ; il en sera quelque temps après le directeur avec le prince de Conti comme propriétaire entre 1653 et 1657. Dès 1647, la troupe est appelée à jouer pour le comte d’Aubijoux, lieutenant-général du roi pour le Haut-Languedoc, « grand seigneur éclairé, libertin et fastueux », qui lui assure une « gratificatication annuelle considérable », l'invitant à se produire dans les villes de la région. Celles où se tiennent les Etats du Languedoc accueillent Molière et ses comédiens. En 1647, la troupe du duc d'Epernon est à Toulouse et à Albi pour les fêtes données en l'honneur du lieutenant-général du roi en Languedoc.

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Molière par Nicolas Mignard (1658)

Au mois d'octobre 1647, Molière se trouve à Carcassonne. Les comédiens n'ayant pas été payés à Albi, trois d'entre eux repartirent réclamer la somme de 500 livres qui leur était due. On trouvera trace de cet épisode dans la lettre de l'intendant conservée aux archives départementales du Tarn. On ne sait pas formellement si la troupe se trouvait encore à Carcassonne au mois de février 1648 pour l'ouverture des Etats du Languedoc dans cette ville. Toutefois, la présence du comte d'Aubijoux tend à confirmer cette hypothèse. On ne voit pas comment Molière n'aurait pas pu y voir un intérêt.

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Molière était-il à Carcassonne lors des Etats généraux du Languedoc en 1751 ? Selon plusieurs biographes, cela ne fait pas de doutes. Une lettre d'Assoucy, auteur et compositeur, adressée à Molière atteste de sa présence à ses côtés à Carcassonne. Cette missive que nous avons retrouvée fut publiée par le poète dans "Poésies et lettres" (Paris / 1653). Frézal dont il est question fut délégué du Parlement de Toulouse aux Etats de Carcassonne.

A Monsieur de Molières

Monsieur, je vous demande pardon de n'avoir pas pris congé de vous, Monsieur Frésart le plus froit en l'art d'obliger qu'homme qui soit au monde, me fit partir avec trop de précipitation pour m'aquitter de ce devoir, j'eus bien de la peine seulement à me sauver des roues entrant dans son carrosse, et c'est bien merveille, qu'il m'ait pû souffrir avec toutes mes bonnes qualités, pour la mauvaise qualité de mon manteau qui luy semblait trop lourd ; cela vient du grand amour qu'il a pour les chevaux, qui doit surpasser infiniment celuy qu'il à pour Dieu, puisqu'il a vu périr deux de ses plus gentilles créatures, sans daigner les soulager d'une lieue. Je ne vous saurais exprimer avec quelle grâce, le plus agile de mes pages faisait dix lieues par jour, ni les louanges qu'il a emportées de sa gentillesse et de sa disposition, pour celuy qu'il y a si longtemps que je nourris, peu s'en ai fallu qu'il n'ait fait comme le chien de Xantus qui rendit l'âme pour avoir suivy son maître avec trop de dévotion. Je ne m'estonne pas sir la Cour la député aux Etats pour le bien du peuple le connaissant si ennemy des charges. Je luy suis pourtant obligé m'avoir souffert avec mon bonnet de nuit, n'ayant promis que pour ma personne. Je remercie Dieu de cette rencontre.

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Charles Coypeau d'Assoucy

La Notice biographique sur Molière (P. Mesnard / 1889) ne remet pas en cause l'hypothèse selon laquelle Molière et D'Assoucy se trouvaient ensemble aux Etats de Carcassonne en 1651-1652.

"Cette lettre ne remet guère en doute qu'il ait été à Carcassonne pendant la session des Etats, avec le dernier jour de juillet de cette année. Ce témoignage est celui de d'Assoucy. (...) Pour douter que d'Assoucy se soit trouvé avec Molière à Carcassonne pendant la session de 1652, la seule supposition qui resterait serait que Frezals l'eût prit dans sa voiture non pas en revenant de sa mission, mais en partant de Toulouse."

L'historien Carcassonnais Claude Marquié oppose à cette affirmation l'objection suivante :

"Le problème est que nous ignorons où se trouvaient, au moment où elle fut écrite, aussi bien l'auteur que le destinataire de cette missive. En effet, on ne sait pas où sont passés Molière et ses compagnons en 1651 et 1652 : en décembre 1650, ils sont à Pézenas, puis le 4 avril 1651 à Paris, enfin le 12 août 1652 à Grenoble, mais nul document n'a été retrouvé portant sur les dix-huit mois qui se sont écoulés entre ces deux dernières dates."

Molière au château de Pennautier

Même, délégation du Parlement mise a part, même sans compter le nombreux et illustre personnel figurant aux États, il y avait, pour le comte d'Aubijoux, de quoi se mettre en frais largement. La société élégante et choisie qui, en de telles occurrences, se donnait rendez-vous à Carcassonne, méritait cet honneur. Si la ville n'était pas grande, de vrais amis de spectacles elle était vite pleine. On a pu on avoir une approximative idée par le Voyage de Chapelle et Bachaumont, fait en 1656, et qui, à quatre ans de distance, n'a pu nous donner que des impressions synchroniquement identiques et exactes. Ils étaient qualifiés pour voir tout et bien. Bachaumont était « intendant du duc d'Orléans », et une telle clé ouvrait bien des portes, grandes ou petites. Les voyageurs furent donc reçus en conséquence, et le souvenir des fêtes qu'on leur fit est ici topique.

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Le château de Pennautier

D'abord, réception chez M. de Pennautier, « à une lieue de Carcassonne ». M. Reich de Pennautier est un des trois trésoriers des États du Languedoc — et Borel le cite parmi les amateurs distingués du temps. Réception fastueuse. N'insistons pas et laissons à Chapelle le soin d'en témoigner la reconnaissance de l'estomac. Une chose importe par-dessus tout et domine tout, même dans le récit de Chapelle, c'est que « la comédie — car comédies il y eut — fut aussi un de nos » divertissements assez grands, parce que la troupe n'était pas mauvaise, et qu'on y voyait toutes les dames de Carcassonne. »

La banlieue de Carcassonne, alors très aristocraliquement habitée, pouvait, à elle seule, composer un public d'élite et peupler une salle de spectacle, même plus vaste que les locaux dont on disposait d'ordinaire. M. de Baisant, l'ami de Chapelle, qui ne l'oublie pas dans son Voyage, n'aurait eu qu'à battre le rappel de ses amis et amies pour avoir un auditoire, si la seule notoriété de Molière n'avait pas produit cet effet. Mais Molière était en pays de connaissance à Carcassonne, et la recommandation elle-même du comte d'Aubijoux, si elle pouvait maintenir ou accroître la faveur dont il jouissait, ne pouvait plus ni la lui attirer ni la lui mériter : Molière avait fait ses preuves à Carcassonne, en 1647. Et c'est un lieutenant du roi, le comte de Breteuil, qui lui avait en quelque sorte décerné là un certificat de maîtrise, dans une lettre du mois d'octobre de cette année, où il déclare sa « troupe remplie de fort honestes gens et de très bons artistes. »

Les artistes eu voyage, comédiens ou musiciens, savaient que la ville de Carcassonne était hospitalière et accueillante aux talents. Molière en lit souvent l'expérience : il la faisait pour la seconde ou la troisième fois en 1651-1652. Il retrouvait ces groupes sympathiques d'amateurs qui se donnaient le mot d'ordre autour de lui, à chacun de ses passages dans les villes. Ici, il retrouvait chaque fois un de ces fidèles de la comédie et de la musique, une sorte d'abonné par destination : « M. Charmois, ancien secrétaire du maréchal de Schomberg » et dont Borel encore signale la galerie formée de « beaucoup de beaux tableaux originaux ».

M. Charmois avait pris sa retraite à Carcassonne, un peu comme devait le faire Etienne Molinier. N'est-ce pas M. Charmois qui avait introduit le musicien chez le maréchal de Schomberg, durant ses résidences en Languedoc ? La passion du maréchal pour la musique est fort connue. Ou sait qu'il en faisait en tête à tète dans la chambre de Louis XIII, où Dassoucy était admis familièrement avec le surnom de « Phoebus garde-robin ». C'est au maréchal de Schomberg qu'Annibal Gantez, Languedocien d'acclimatation, avait dédié sa messe: Loetamini. Auuibal Gantez, tour à tour maître de chapelle à Aigues-Mortes, à Toulouse et à Montauban, avait parcouru un peu eu tous sens le Languedoc, où son admiration déclarée pour Élienne Molinier n'avait pu que grandir cet artiste dans l'opinion générale. Tout contribuait donc à faire de Carcassonne un foyer discret mais lumineux et réchauffant, pour l'art errant en quête d'une station propice pour faire halte. Molière y avait à qui parler, Molinier à qui se faire entendre.

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Molière aurait joué avec sa troupe à Carcassonne en 1652, Andromède de Pierre Corneille. La musique en était du sieur Charles d'Assoucy. Citons également un compositeur audois illustre à la Cour de Gaston d'Orléans et qui accompagna la troupe de Molière : Etienne Moulinié (1599-1676), né à Laure-Minervois.

Sources 

Le Ménestrel / 14 janvier 1894

La carrière de Molière / Caldicott / 1998

The Molière encyclopédia / James F. Games / 2002

La vie théâtrale dans les provinces du midi / 1976

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05/01/2017

Ketty Dolbert, artiste dramatique et professeur de diction

Les premiers cours municipaux d'Art dramatique furent créés le 20 mars 1951 sur proposition d'Armand Tarrès, comédien natif de Carcassonne. La municipalité lui en confia la responsabilité. Dans les années 1970, ces cours municipaux furent dispensés par Ketty Dolbert, grâce à Jean Alary - directeur du théâtre municipal.

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Ketty Dolbert

Cette artiste dramatique donnait ses cours dans une des salles du théâtre municipal. C'était, diront certains, la vieille école... Loin de la déclamation qui était la règle jusqu'au milieu du dernier siècle, Ketty Dolbert prônait l'usage d'une parfaite diction. Il fallait projeter le texte pour être compris et utiliser correctement les règles du français. Point de "les Zharicots", "les zhandicapés" ou "les machines za laver"... De même espèce, qui est féminin: Une espèce d'idiot ! Pour la diction, il fallait apprendre les dentales, les guturales, les palatales, les labiales et s'exercer avec BA, PA, DA, TA, GA, KA que l'on devait dire autant de fois que l'on avait encore du souffle. Si vous ajoutez à cela les phrases: "le fisc fixe exprès chaque taxe fixe au luxe et à l'exquis", vous sortiez de là avec une belle correction du langage. Pour avoir été son élève, j'ai vu une personne bègue corriger son petit handicap avec ses méthodes.

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Knock de Jules Romain

Laurence Bouisset et Martial Andrieu

Ketty Dolbert, c'était aussi l'association "Théâtre et culture" qui permettait à ses élèves de se produire dans les villages de l'Aude. On apprenait à rentrer à "Cour" et à sortir à "Jardin" et vice versa. A marcher en scène et à ne pas tourner le dos au public. Le répertoire c'était les pièces classiques de Molière, Racine, Corneille mais également de boulevard avec Courteline, Roussin, Feydeau...
Dans les années 1990, l'arrivée de Thierry Almon avec une autre conception d'un théâtre moderne basé sur le jeu de l'acteur, a créé une petite rivalité bien compréhensible entre les deux enseignants. Rivalité, mais respect mutuel !

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Ketty Dolbert s'en est allée dans l'indifférence générale en 1997 et ce n'était pas cette fois, une fausse sortie. Elle a rejoint Thalie, sa muse; elle, qui appartenait à la "libre pensée", ne croyait pas en Dieu. Il serait juste qu'une salle ou une loge du théâtre municipal portât son nom en mémoire de tous les artistes qu'elle a formés comme Ana Yerno, Blandine Peroteau, Jean-Manuel Florensa, Nicolas Sievic... et votre serviteur. Ketty Dolbert avait dans le métier de nombreux amis comme Robert Manuel ou Jean le Poulain.
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22/10/2016

Hommage à J-C Brisville, auteur dramatique et Carcassonnais d'adoption

C'est dans le cadre de mes recherches biographiques sur Paul Lacombe que j'étais entré en contact avec J-C Brisville, célèbre et talentueux auteur dramatique. Quel rapport, me direz-vous ? L'auteur de la pièce "Le souper" et le scénariste du film "Beaumarchais l'insolent" était le neveu de Gabrielle Saulnier (1872-1964), professeur de piano 33 rue du marché (rue Tomey). Cette dernière était la fille d'Emile Saulnier, architecte de l'Aude à qui l'on doit de nombreuses réalisations comme la Caisse d'épargne et qui collabora avec Viollet le duc à la restauration de la cité. Mais alors ? Eh bien! Gabrielle Saulnier qui avait été l'élève du pianiste Francis Planté à qui Lacombe dédia ses études pour piano, connaissait fort bien notre compositeur carcassonnais. Elle participa souvent avec lui aux concerts donnés au kiosque du Square Gambetta, aux soirées du lundi à l'Hôtel de Rolland avec madame Germa de Nugon. A un point où Lacombe lui dédia une de ses oeuvres. On peut dire que Mlle Saulnier faisait partie des cénacles musicaux Carcassonnais et que la bourgeoisie prenait ses cours de piano chez elle. Elle donnait aussi des leçons gratuites à certains élèves doués qui n'avait pas le sou, comme ma tante et recevait bon nombre de personnalités de la musique et de la littérature. Ainsi par exemple le philosophe Julien Benda qui, pendant la guerre, en raison de sa religion avait fui la zone occupée pour se réfugier à Carcassonne. Pendant cette triste période notre ville s'est enrichie intellectuellement grâce à tous ses exilés.

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Je savais que Jean-Claude Brisville était venu à plusieurs reprises à Carcassonne rendre visite à sa tante à l'époque où elle était encore en vie et qu'elle lui avait légué sa maison de la rue du Plô à la cité. Au moment de l'appeler sur les recommandations de son fils, c'était je pense un bon argument pour gagner sa confiance. Comme toujours, on se fait un monde des "hauts esprits" mais ce sont souvent les plus abordables. J'ai eu droit à un entretien d'une heure malgré son grand âge (91 ans) mais qui aurait pu durer plus longtemps, tant l'homme lettré était passionnant. Si ne n'ai pas appris grand chose sur les relations musicales de sa tante, en revanche... j'ai eu droit à quelques révélations.

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"Le souper" qui met en scène Talleyrand et Fouché, est l'oeuvre de J-C Brisville la plus connue du grand public. La première version a été écrite en 3 jours et 4 nuits pour ne pas rompre le fil de l'écriture. "Je ne sais pas pourquoi mais j'ai toujours su écrire dans la langue du XVIIIe siècle" me confie t-il. Cela sous entend avoir une excellente connaissance de la vie des protagonistes ? "Après la lecture du portrait de Fouché par Stéphan Sweig, j'ai été pris par une espèce de frénésie". Il rencontre ensuite Claude Rich à Biarritz chez un ami commun, continue l'écriture de la pièce et finalement envoie le manuscrit au comédien. En tournage au Maroc ce dernier lui téléphone:" A la fin de la lecture, j'ai salué..." Restait à trouver un Fouché, plusieurs refusèrent le rôle dont Jean Rochefort et Bruno Crémer. C'est Claude Rich qui trouva son Fouché en la personne de Claude Brasseur. Pas grand monde croyait au succès d'une pièce dont l'action se situait au début de la restauration, même le metteur en scène J-P Miquel était assez frileux. Au bout du compte, elle tint l'affiche pendant 3 ans et va être bientôt reprise.

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J-C Brisville a commencé dans l'édition chez Julliard puis il devenu un ami personnel d'Albert Camus, lecteur alors chez Gallimard. C'est dans cette maison d'édition qu'il publie en 1972 "La petite Marie" sous le pseudonyme de Sylvain Saulnier. Il s'agit d'un roman d'un genre érotique commandé par Lemarchand, membre du comité de lecture. Parmi ses connaissances, il y a notamment René Char et quand je lui parle de notre Joe Bousquet... il s'émeut quelque peu: "Je n'ai jamais rencontré un causeur aussi prodigieux. Bousquet qui recevait le tout Paris dans sa chambre à Carcassonne fumait de l'opium. Cela le transcendait et il dissertait à haute voix devant son auditoire. J'ai connu Cocteau mais c'était chez lui trop parisien, trop convenu. Chez Joe Bousquet c'était profond, philosophique."

 
"Si j'avais du génie, j'aurais créé ma langue, comme Claudel et Beckett. N'ayant que du talent, j'essaie d'être fidèle à l'héritage"
(Jean-Claude Brisville / Souvenirs / 2004)
 
Jean-Claude Brisville est décédé le 11 août 2014 à l'âge de 92 ans.
 
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15/03/2016

Le Président : Une création nationale au Festival de Carcassonne 1976

Le Président est une pièce créée pour le Festival de Carcassonne et jouée par leurs auteurs - Charles Charras et André Gille - du 5 au 17 juillet 1976. A cette époque, la programmation du Festival était assurée par le comédien Jacques Echantillon.

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Mise en scène par Charles Charras et André Gille avec une décoration et une illustration sonore de Louis Amiel, la pièce compte à ce jour plus de 3000 représentations en France. Cette oeuvre théâtrale d'une durée d'une heure fut jouée pendant huit ans au café-théâtre "Le Fanal" et "Au Bec-Fin" à Paris. Bien qu'écrite sous la présidence de Georges Pompidou, elle égratigne Valéry Giscard d'Estaing sous le pseudonyme d'Edgar. Il possède un stand au marché aux puces tenu en son absence par son ami Mimile.

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Charles Charras en 1976

Voilà une époque où notre festival avait une ligne thématique - le théâtre de création. Une manière plus intelligente pour faire parler de lui sur la scène nationale française...

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09/11/2015

Jean-Marie Besset triomphe dans Le banquet d'Auteuil... à Paris.

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© Christophe Barreau

Jean-Marie Besset 

Ignorez-vous qu'il est en notre bonne ville de Carcassonne, un de ses enfants parmi les plus remarqués, les plus talentueux du monde théâtral ? Si, par un populiste concours de circonstances, on vous a préféré la fête d'un taureau ensanglanté au centre de l'arène, vous n'avez aucune excuse à ne pas connaître l'auteur au milieu de sa scène. Vous, gens de culture et autres bienfaiteurs des usages verbaux de cet ivre village claudiquant sur des pas immoraux, que faites-vous donc pour tirer le vrai vers le beau ? Vous restez pétrifiés au bord de l'abîme, sans aucun élan pour gagner l'autre rive. Côté jardin, un spectacle subventionné commence grâce à un protecteur de la bienséance ; la pièce est triste et souvent mal éclairée. Qu'importe la lumière, aux illuminés ! Côté cour, on compte ses deniers et sur une cour de fidèles, on se doit d'espérer. Le libertinage y est toléré, encouragé sans être dévoyé par une espèce pudique, qui fornique d'ordinaire dans l'ombre des cabinets. Amis de la morale et d'ailleurs, le rideau c'est Besset. Au moment des trois coups, levez-le ! Vous verrez, l'Élysée.

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Lassé des infidélités de sa femme, Molière s'est installé dans une maison à Auteuil. Là, vivent à demeure son jeune protégé, l'acteur prodige Michel Baron, et l'ami de toujours, l'écrivain Chapelle. Ce dernier, aimable fêtard, a invité une turbulente troupe à dîner, les musiciens Lully, Dassoucy et Pierrotin, les hommes de cour Jonsac et Nantouillet, bientôt rejoints par leur ami disparu, Cyrano de Bergerac. Ces libertins-là vont moquer (ou envier) la passion jalouse de l'auteur du Misanthrope pour Michel Baron. L'art et l'amitié peuvent-ils nous sauver de l'absurdité de la vie ?

Le Banquet d’Auteuil est une pièce originale écrite en 2011 à partir de personnages et d’évènements du XVIIe siècle français. Elle présente des personnages historiques – des artistes –, dans une langue réinventée, mais avec des thèmes que seule l’époque actuelle (et la réapparition de textes d’archives) peut aborder de front : la rivalité d’hommes mariés pour l’amour, le désir, la beauté et le talent de jeunes gens.

La pièce oppose au principal la passion, cette fixation amoureuse sur un seul objet (Molière- Baron) au libertinage débridé des amis de Molière (Chapelle, Lully, Dassoucy, Bergerac) dans leurs jeux avec des jeunes hommes (Nantouillet, Jonsac, Osman, Pierrotin).

En respectant les unités classiques (l’action se déroule en 24 heures chez Molière dans sa maison d’Auteuil), la pièce est résolument moderne dans la sincérité, l’âpreté et la cruauté des rapports, qu’ils soient de désir ou d’ambition, pour ne pas dire d’argent et de carrière.

Dans la tradition du genre littéraire du banquet tel qu'il est inventé par les classiques gréco- latins (de Platon à Pétrone en passant par Xénophon, Plutarque, Lucien, Epicure...), c'est-à-dire d'une assemblée d'hommes savants qui discourent, en mangeant, d'éthique et d'esthétique, j'ai essayé de réinventer ce genre pour aujourd'hui, à partir d'évènements d'il y a plus de trois siècles. La fin de ce Dix Septième siècle français posait, pour la première fois en Occident me semble-t-il, l'hypothèse d'un groupe d'hommes assez hardis pour défier Dieu et les bonnes mœurs. On n'en attendait pas moins de l'auteur de Tartuffe et de Don Juan, mais cette réunion de libertins, où l'onréhabilite et redécouvre des artistesou despenseurs considérables (Cyrano, Dassoucy, Chapelle, Baron, Nantouillet), ouvre la voie aux hérétiques en matière de religion et de mœurs des siècles qui suivront: Encyclopédistes, Sade, Fourier, Wilde, Groupe de Bloomsbury, Gide, Foucault, Pasolini... 

(Jean-Marie Besset)

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© Le vingtième théâtre

L'express

« Jean-Marie Besset a rédigé un texte passionnant pour les historiens … et troublant pour les spectateurs ! »

Le Monde

"Provocateur avec élégance"

Café astral

« Les amateurs de spectacles (dé)culottés y trouveront leur compte, ce n’est pas tous les jours qu’on peut apprécier une telle liberté, ni pareille érudition, au théâtre. »

Jean-Marie Besset a assité dernièrement à New-York à une lecture de sa pièce en version américaine. Nul n'est prophète en son pays... un de plus.

http://www.vingtiemetheatre.com/spectacle/le-banquet-daut...

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28/01/2014

L'Athénée: compagnie théâtrale carcassonnaise

Il est fondé le 22 janvier 1901 à Carcassonne une Société lyrique et dramatique portant le nom de L'Athénée, ayant pour but de "développer les aptitudes lyriques et dramatiques de la jeunesse par l'interprétation du chant et de la déclamation". Cette association est composée par: Maître Darzens (président), MM. Fourcade et Barral (vice-présidents), E. Abrial (trésorier), MM. Arletaz et Tarbouriech (directeurs) et J. Laurent (secrétaire et archiviste). Les autres membres sont: MM. Auguste Bès (employé à la préfecture), Achille Abrial (rue du port), Joseph Bonnafous (rue de la mairie), Gaillardon (place aux herbes), Labrousse (Villalbe), Rey (jardinier, rte de Limoux), Joseph Costeplane (place Carnot), Bedel (rue des châlets), Corbière (rue des jardins), Peyre (rue des études), Marius Bourgès (jardinier à la Prade), Jacques Guilhem (allée d'Iéna), Charles Cambriel (rue Rancoulet) et Jean Lannes (63 bis rue du marché).

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Le siège est établi au Café Raynaud, rue Tourtel. Cette société se produit lors des fêtes et des concerts de la ville; les répétitions sont confiées au directeur général et à son adjoint, le directeur de chant.

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Programme de 1938

La Grande guerre a semble t-il mis un terme aux activités de l'Athénée. Celle-ci renaît de ses cendres le 18 juin 1923 (JO du 8 juillet 1923) et est placée sous le patronage de la ville de Carcassonne. Les buts de la nouvelle Athénée ne sont guerre différents de la société primitive: "Pour le développement de l'Art théâtral amateur et de la participation aux oeuvres de bienfaisance." On remarquera toutefois, la disparition de l'art vocal dans les statuts. La compagnie est affiliée à la Confédération Internationale des Sociétés Théâtrales d'Amateurs à Paris, qui compte parmi ses rangs Tristan Bernard, Jean Richepin...etc.

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Le Comité d'honneur est ainsi composé: Pierre Voizard (Préfet de l'Aude), Dr Tomey (Maire), François-Paul Alibert (Auteur dramatique), Osmin Nogué (Avocat), Georges Soum (Avocat), Guillaume Almayrac (Compositeur) et Jacques Ourtal (Artsite peintre).

Le Comité actif est représenté par: Henri Rousset (Président et Officier d'académie), MM. André-Francis Rajol et Paul Bonnafil (Directeurs artistiques), René Goujon (trésorier), Michel Mir (Directeur de l'école de musique) et Édouard Lacombe (compositeur et professeur de musique).

Les membres bienfaiteurs: Auguste Bès, J. Bouichou (négociant), Paul Alphonse Cambriel (négociant), Félix Cathala (Pâtissier), Georges Cotte (Négociant), J. Ferrand (industriel), Rougé (photographe), Mlle Mestre Jeanne, Noël Lassalle (huissier), Marty (retraité), Eugène Millet (bijoutier) Salès (boulanger), Alfred Ramond (négociant), Louis Raynaud (assureur) et Eugène Arnaudy (propriétaire à St-Hilaire)

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Les répétitions de la troupe avaient lieu à l'Eden-théâtre, boulevard Roumens. Quant aux représentations, c'est au théâtre municipal dirigé par André Valette qu'elles se tenaient.

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