14/06/2018

Des erreurs et des oublis sur le nouveau Monument aux morts, parvis de la Cathédrale

Au mois de février dernier, les autorités municipales et nationales inauguraient le nouveau parvis de la cathédrale Saint-Michel. On constatait que le monument des enfants de Carcassonne morts pour la patrie réalisé en 1919 avait été déposé. Sur le nouveau monument on retrouve les soldats de la Première guerre mondiale, de la Seconde guerre mondiale avec ses victimes civiles, d'Indochine et d'Afrique du Nord. Or, en se penchant dans le détail sur cette longue liste, on s'aperçoit au moins d'un oubli de taille.

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© Ville de Carcassonne

La ville de Carcassonne à ses enfants, morts pour la patrie

Le nom du jeune Résistant Marceau Perrutel (1908-1944) ne figure pas dans la liste. Né à Castelnaudary, mais ayant toute sa famille à Carcassonne et encore aujourd'hui, il fut assassiné par la Gestapo. Une rue dans le quartier des Capucins porte même son nom... On pourrait se dire, c'est peut-être parce qu'il n'était pas né dans la capitale audoise. Certes, mais alors pourquoi y trouverait-on Jean Bringer et Aimé Ramond qui l'un et l'autre sont nés respectivement à Vincennes (94) et à Montgeard (31) ? 

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Le nom de Marceau Perrutel est absent

Ci-dessus, on remarque le nom de Pheloup Roger dans la liste des victimes de 39-45. Or, il s'agit très probablement de Pheloup Robert, mort en août 1951 à Dong Khé Cao Bang (Tonkin) durant la guerre d'Indochine. Son décès est bien enregistré à Carcassonne. Notons qu'il ne figure pas dans la liste du monument des morts d'Indochine. Non seulement le prénom est inexact, mais l'emplacement est erroné.  

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© Ville de Carcassonne

Le nouveau parvis

Je n'ai révélé que ces deux cas, mais il serait souhaitable de vérifier sérieusement l'ensemble du panneau. J'ignore si cette vérification a été exécutée sous les auspices du Souvenir français, avant la réalisation du monument. Il est tout de même impensable que de tels oublis se produisent, compte tenu du coût important des travaux financés majoritairement par l'état. Sans compter que le système d'alimentation en eau ne fonctionne toujours pas, pour alimenter le bassin et l'arrosage des plantations.

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01/06/2018

"Les bourdes de Carcassonne": une spécialité bien locale...

Connaissez-vous "les bourdes de Carcassonne" ? Nous ne vous en donnerons pas ici la recette car nous n'en disposons pas ; seuls les grands maîtres confiseurs de l'Aude la gardent précieusement entre leurs mains expertes.

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Détourné d'une image empruntée à studionegre.com

Comprenez-les ! Il s'agit d'un savoir faire de plusieurs décennies issu d'une transmission essentiellement orale. "Les bourdes de Carcassonne" ne se vendent pas ; elles s'émancipent avec l'argent public.

Concours de la Bourde d'or

Prix "Hors catégorie"

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En bordure de la rivière Aude et en dessous du quartier des Capucins, s'est construit tout récemment dans une zone jamais épargnée par les caprices de la crue de l'Aude, une résidence H.L.M. Nous n'allons pas citer le maître confiseur - grand bailleur social devant l'éternel - afin qu'on ne puisse pas nous accuser de partialité dans l'attribution des prix. Sur cette grande parcelle se trouvaient les terrains Delteil, c'est ainsi qu'on les nommait. En effet, l'ancien propriétaire y faisait du maraîchage pour sa clinique du Bastion. Ses héritiers vendirent ensuite les terrains à la ville de Carcassonne jusqu'à ce que celle-ci décide de s'en dessaisir. Ainsi en allait-il des terrains d'Emile Delteil, chirurgien bien connu à Carcassonne, patron d'une clinique et accessoirement "Capitaine Simoun" dans la Résistance. Une fois la résidence édifiée, il fallut bien lui donner un nom. Nos confiseurs exprimèrent alors tout leur talent, car ils choisirent bien le nom d'un Delteil pour rappeler sans doute l'histoire du lieu. Le problème c'est qu'ils ne prirent pas le bon... La résidence porte celui de Joseph Delteil, le célèbre poète de Pieusse. 

Prix du public

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© Claude Boyer / L'Indépendant

Il y a bientôt un an la Halle aux sports, construite elle aussi sur les terrains d'Emile Delteil, était inaugurée en grandes pompes. Quelques mois auparavant, l'exécutif de la confiserie du Conseil départemental avait lancé une consultation auprès des écoles de la ville afin d'attribuer un nom à ce nouveau gymnase. On leur demanda de choisir entre quatre sportives dont aucune n'avait d'attaches à Carcassonne. J'avais à cette époque montré ma désapprobation sur ce blog et sur Facebook que l'on ne choisisse pas des personnalités féminines de notre ville. J'avais avancé le nom de Madame Eychenne qui s'était dépensé sans compter pour la Carcassonnaise gymnastique. On balaya d'un revers de main cette proposition. La Halle sport porte donc le nom de Nicole Abar, footballeuse toulousaine et militante féministe. Nos maîtres confiseurs, sans doute chagrinés par le couac né sur les réseaux sociaux, décidèrent in-extremis de donner finalement le nom de salle à Annette Eychenne. Votre serviteur peut légitiment s'en féliciter, surtout qu'il en est - mais on s'en gardera de la dire - le précurseur.

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© Claude Boyer / L'Indépendant

Pourquoi donc, me direz-vous, faudrait-il donner le prix du public à cette bourde ? J'y viens... D'après une source bien informée, Madame Eychenne aurait été invitée à l'inauguration par un bristol envoyé trois jours seulement avant l'évènement. Prévenue trop tard, elle se serait trouvée en voyage ce jour-là et n'aurait donc pas pu s'y rendre. Effectivement, je l'ai cherchée en vain sur les photographies officielles publiées sur le site du Conseil des maîtres confiseurs du département.

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26/05/2018

La préfecture de l'Aude donne elle aussi sa liste des 23 sélectionnés...

Après Didier Deschamps la semaine dernière, on apprend hier dans la presse locale que la Préfecture de l'Aude a elle aussi dressé une liste de 23 sélectionnés. Rassurez-vous, il ne s'agit pas là d'un stage préliminaire avant une grande compétition. Tout simplement d'attribuer vingt-trois portraits d'illustres Audois, à la galerie précédent l'entrée vers le bureau du préfet. L'affaire fut tellement sérieuse et secrète qu'il nous est impossible de dire le noms des personnes ayant finalisé la sélection. La chose est maintenant entendue, les plus grands illustres du département siègent à la préfecture. Enfin, d'après ceux qui les ont choisis...

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Dame Carcas

Ermessande de Carcassonne

Ramon de Miraval

Jean-François de la Rocque de Roberval

Françoise de Cézelly

Nicolas Pavillon

Pierre Louis Reich de Pennautier

Marie-Claire de Catellan

Jacques Gamelin

Fabre d'Eglantine

Dominique Ramel-Nogaret

André Chénier

Armand Barbès

Achille Mir

Charles Cros

Marcellin Albert

Ernest Ferroul

Marie Petiet

Paul Sabatier

Albert Sarraut

Joe Bousquet

Charles Trenet

Raymond Courrière

 On va nous dire qu'il était très difficile de dresser une liste avec si peu de noms. Certes... Mais pourquoi s'est-on arrêté à vingt-trois ? Peut-être est-ce le nombre de cantons de l'Aude. Non, ils sont trente-cinq !   D'après le préfet : "Nous l'avons voulu équilibré sur le plan des territoires, des époques. Nous avons souhaité aussi qu'il y ait des femmes."  Malgré cela, il n'y a pas de représentante féminine pour le XXe siècle et on est loin de la parité.

Le parterre d'invités était essentiellement du paysage politique départemental ; il ont dû être comblés. C'est bien là que le bât blesse... Il n'y a que d'anciens militants socialistes dans cette liste politique : Armand Barbès, Albert Sarraut, Ernest Ferroul, Achille Mir, Marcellin Albert et Raymond Courrière. Où est donc l'équilibre que l'on nous vend ? Fallait-il absolument mettre les deux fers de lance de la contestation du midi viticole de 1907, quand un seul aurait suffit à dégager une autre place ? Albert Sarraut, député Radical-Socialiste de l'Aude, ayant voté en 1940 les pleins pouvoirs au maréchal Pétain avait-il sa place, quand aucun Résistant comme Jean Bringer ne figure dans cette liste ? Et Raymond Courrière... On aurait plus apprécié d'y voir le socialiste Francis Vals, député-maire de Narbone et Président du Comité départemental de Libération. Un vrai Résistant, qui plus est, issu d'une famille modeste ! Ou encore, Vitalis Cros, préfet et ancien maire de Villeneuve-Minervois, d'obédience gaulliste. Et pourquoi pas Raymond Chésa, premier député européen de l'Aude ? Pourquoi pas le communiste Félix Roquefort, député de l'Aude et Résistant ?

Pour le côté historique, on aura choisi une héroïne qui n'a jamais existé : Dame Carcas. En revanche, toujours pas de place dans notre histoire pour le jeune Raymond-Roger Trencavel qui lutta contre Simon de Montfort, à l'intérieur de la Cité. Doit-on évoquer l'absence des compositeurs de musique, comme le Narbonnais Joseph Cassanéa de Mondonville ou le Carcassonnais, Paul Lacombe ? Ce dernier, membre de l'Institut de France et co-fondateur de la Société Nationale de Musique en 1871 avec Bizet et Massenet. Quant au milieu sportif... Il brille par son absence.

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29/03/2018

Il n'est pas bon d'avoir raison trop tôt...

"Un bon croquis vaut mieux qu'un long discours" aurait dit Napoléon 1er. S'il avait disposé à son époque de la photographie, peut-être alors l'issue de la bataille de Waterloo en eut été changée. A l'évocation de certaines batailles dont je fus à une époque pas si lointaine en tête de proue, l'histoire me revoie très souvent à la figure l'expression suivante : "Il n'est jamais bon d'avoir raison trop tôt !". Diable, mais pourquoi n'écoute t-on pas ceux qui comme "le petit Caporal", ont toujours eu un temps d'avance sur les évènements ? Eh ! bien, mes amis je vous le dis, ce qu'il manque à nos décideurs c'est le réflexe de l'anticipation. Sans avoir l'outrecuidance de vouloir me hisser au rang des visionnaires de l'histoire, reconnaissons simplement qu'à la lecture de ce qui suit, il n'est pas bon d'avoir raison trop tôt...

La villa de la Gestapo

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L'ancienne maison Ormières, au n°67 de l'avenue Roosevelt avait été le siège de la Gestapo de Carcassonne entre 1943 et 1944. Malgré le combat solitaire que j'ai mené pour la conserver à titre mémoriel, elle a été rasée en février 2015. Le propriétaire et bailleur social, Habitat Audois, y a construit à l'arrière du parc une résidence cubique dessinée par des architectes formés chez Légo. 

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Cette demeure de la fin du XIXe siècle avait un aspect coquet donnant sur l'avenue. Sur prescription municipale, le service de l'urbanisme exigea que l'on conservât le mur d'entrée et son portail. 

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La photographie ci-dessus fut prise à la fin de l'été dernier, mais je vous rassure... Aujourd'hui, rien n'a évolué depuis 2015. Si, quand même ! Le portail a été remplacé par une porte de chantier du plus bel effet et le terrain sur lequel se sont fait massacrés les Résistants est jonché d'herbes et de saletés. 

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On nous avait dit que ce projet ne pouvait se réaliser qu'à condition d'abattre la villa, afin de faire un parking pour les véhicules et créer un accès de sortie vers l'avenue. La preuve par l'image que l'on vous a roulé dans la farine. Ce qui était nécessaire c'était la destruction à droite de la maison du gardien, qui servit de geôle pour la Gestapo. A gauche, là où s'élevait la villa, on n'a pas fait de parking et on a même conservé les arbres. Alors, pourquoi a t-on mis tant d'ardeur à raser l'ancienne résidence de la Gestapo ?

La plaque des victimes civiles du 20 août 44 

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Nous venons de vivre une tragédie qui a coûté la vie à quatre victimes innocentes. Un crime réalisé par une homme dont le bras armé est une idéologie de haine, d'intolérance et de soumission. Il y a bientôt 74 ans, c'est une autre idéologie mortifère qui faisait régner la terreur en France. L'histoire n'est qu'un éternel recommencement : 'L'Inquisition, la conquête espagnole, les campagnes napoléoniennes, la colonisation, etc. A chaque fois, on fait "devoir de mémoire"... Depuis sept ans, je signale à qui veut l'entendre que la plaque ci-dessus, risque de tomber faute de rivetage correct. Au numéro 41 de la rue Jean Bringer, un oublié de l'histoire a été tué par les nazis au cours de la Libération de Carcassonne. Ce Lacroix s'appellera demain sans doute Christian Medvès, Hervé Sosna ou Jean Mazières, tombés fortuitement par le bras armé d'une idéologie malfaisante. On leur élèvera, je l'espère, une plaque puis... le temps faisant son œuvre, on oubliera. Ou plutôt, ceux qui on en auront la charge y passeront devant avec indifférence. C'est ce qui s'est produit avec la plaque à Paul Lacroix récemment. Les services municipaux de l'habitat en relation avec les services du patrimoine de ville, ont fait procéder au ravalement de nombreuses façades en centre-ville. Que croyez-vous qu'il advint ? La plaque à cette victime civile n'a pas été remise en place. Cela fait maintenant un mois que je l'ai signalé et on la cherche toujours... Sans doute, comme l'urne des déportés du square Gambetta.

La statue de Jeanne d'Arc

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Voici la statue de Jeanne d'arc qui se trouvait sur l'actuel parvis de la cathédrale Saint-Michel. Après l'inauguration, on avait compris qu'elle n'y reviendrait pas. Je ne vous dis pas les courriers, les articles et les coups de téléphone que j'avais passés afin qu'on préserve la statue et la plaque apposée par les Lorrains en 1945. Honte aux responsables des Bâtiments de France !!! Ils ont posé la statue derrière le chevet de la cathédrale de cette façon depuis un mois et demi. 

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Ces gens n'ont aucun respect pour l'histoire locale. 

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09:24 Publié dans Carton rouge | Tags : mépris | Lien permanent | Commentaires (6)

02/10/2017

Le triste sort du Musée lapidaire de la Cité de Carcassonne classée UNESCO

Cela faisait six ans que je n'avais pas mis les pieds dans le Château comtal de la Cité de Carcassonne. Au cours de la visite que j'ai effectuée sans la présence d'un guide, ni d'un audioguide, j'ai voulu constater l'évolution de l'accueil des publics et des objets archéologiques conservés à l'intérieur de l'enceinte. L'aménagement des caisses et de l'accueil du public dans la barbacane du château est plutôt une réussite ; elle contraste nettement avec ce que l'on avait connu en 2011. La cour du château et la mise en sécurité des accès sont encore à mettre au crédit du Centre des Monuments Nationaux. On relève ici l'effort des travaux effectués depuis six années. J'ai également rencontré des guides conférenciers fort sympathiques et parfaitement impliqués dans leur tâche. Après tous ces aspects positifs, passons à ce que je considère comme inacceptable pour un site classé au Patrimoine de mondial UNESCO.

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Depuis 1927, le château comtal possède un musée archéologique. Fondé par Pierre Embry, conservateur du musée de Carcassonne, il accueille les dépôts des vestiges trouvés au cours du XIXe siècle. Comme nous l'avons vu dans un article précédent, un premier musée lapidaire avait été créé dans la rue de Verdun par la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne. C'est donc l'ensemble de ses dépôts qui sont exposés au château comtal. Le chanoine Barthe avait rédigé un inventaire en 1905. Après le décès de Pierre Embry, le chanoine Sarraute reprit la gestion du musée jusqu'en 1971. Sa démission entraîna l'exécution d'un nouvel inventaire réalisé par Anne Debant, épouse de Robert Debant, lui-même archiviste départemental. Madame Debant, diplômée de l'école des Chartes, avait été conservatrice des archives de Toulouse de 1964 à 1967. 

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© AAVC

Pierre Embry

(1886-1959)

En 1971, outre les dépôts provenant de la Cité (Eglise St-Sernin, Basilique Saint-Nazaire), le château comtal possédait des pierres de Salsigne, de Fontfroide, de Lagrasse, des statues gothiques, de sarcophages, des dalles funéraires. Tous ces objets n'étaient pas exposés mais déposés en réserve. Ce musée se doublait d'une bibliothèque dans laquelle avaient été réunis des ouvrages particulièrement intéressants. Nombre d'entre-eux provenaient de la collection de Pierre Embry. L'ancien conservateur conservait également de remarquables photographies de la Cité et de la ville basse - quelque 250 documents de grand intérêt. Gravures, photographies et documents furent classés par Mme Debant et conservés au château comtal. Où cette collection est-elle passée depuis ?

Le musée lapidaire ne figure pas sur l'affiche, ni dans le guide remis aux visiteurs lorsqu'ils prennent leurs billets. Il faut donc savoir qu'il existe un dépôt archéologique à l'intérieur du château. La première impression en pénétrant dans les lieux c'est la quasi pénombre ; pas un vestige n'est correctement éclairé, mais à part Dame Carcas - nous y reviendrons. Ci-dessus des croix discoïdales sans aucune information de date, ni de provenance. Il s'agit pourtant de croix trouvées dans le Lauragais et dans l'ancien cimetière Saint-Michel. Le Dr Jean Blanc nous en donne un descriptif et plusieurs dessins dans son travail réalisé sur les croix du département en 1977.

6 croix avec attributs de métiers, 1 croix avec arbre de vie, 3 croix simples, 2 croix avec blasons effacés, 1 croix trilobée avec agneau et blason du XVIe (Classée). Je mets au défit le visiteur de pouvoir les identifier. Et pour cause...

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Les cartels indiquant la date, l'origine et l'inventaire sont souvent manquants. Ailleurs, ils sont carrément inexistants. Ainsi nous retrouvons-nous à visiter un musée sans références sur les objets présentés. Avouez que la chose est pour le moins extraordinaire dans un site UNESCO.

 

Qu'est donc ceci ? Mystère... A moins d'aller chercher dans l'inventaire de 1905, publié par la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne il y 112 ans. Heureusement, le Congrès archéologique de 1973 va nous renseigner

"Cippe funéraire, 1er siècle : moulage de l'original conservé au musée de Mayence. Epitaphe de C. Julius Niger, soldat né à Carcassonne et incorporé dans la IIe légion où il servir dix-sept ans. Elle évoque le séjour de cette légion dans la Germanie supérieure dont Mayence est la capitale, avant sa venue en Bretagne."

Là, encore ?... 

"Borne milliaire, pierre, époque gallo-romaine (Vers 270). Texte : C.PIO / TETRICO / C / NOBIL / C / IVVENT /PRINCIP / COS XICI. Provenance Barbaira (Aude)." (Congrès archéologique. 1973)"

 

On voit que ce sont des amphores. Pour le reste ?...

"Deux amphores pour le vin, quatre meules à huile. Epoque gallo-romaine. Provenance locale." (Congrès archéologique. 1973)

 

Ce sarcophage possède encore son cartel : "Sarcophage paléo-chrétien. Scènes bibliques et évangélistes entourant le médaillon des deux défunts. Sur les côtés, Daniel dans la fosse aux lions et Adam et Eve. Provenance : Tournissan (Aude)."

 

Une énigme pour le visiteur ! Que dit le Congrès archéologique de 1973 ?

"Inscription votive, pierre, Ier siècle : P. CORNELIUS PHILEROS LABASONI V.S.L.M. Traduction : Publius Cornelius Phileros à Larasonus a tenu sa promesse avec plaisir ayant été exaucé. Provenance : Moux."

 

Seule éclaircie dans ce sinistre musée mal tenu, la salle des chevaliers a bénéficié d'une restauration. Ces fresques médiévales connues dès les années 1920, furent mises au jour en 1957 par Pierre Embry.

 

Cette vierge à l'enfant provenant de la basilique Saint-Nazaire (XVIe siècle) est placée dans un coin sombre.

 

Sans indication. Il s'agit pourtant d'une des plus belles pièces du musée. 

"Vierge à l'enfant dite vierge au sourire, statue, marbre, XIVe siècle. La tête de l'enfant et la couronne de la Vierge ont été refaites au XIXe siècle. Provenance : Couvent des sœurs de la Charité de Carcassonne. (Congrès archéologique. 1973)

 

Les fenêtres de la maison Grassialo qui se trouvaient place de la poste en centre-ville, furent sauvées par Raymond Esparseil et exposées dans ce musée. Aujourd'hui, personne ne devrait pouvoir s'asseoir ou grimper dessus, mais comme il n'y a pas de surveillant, les enfants font ce qu'ils veulent. La lumière fait aussi défaut.

 

Cette statue sans tête semble avoir été posée là, sans que l'on sache vraiment pourquoi. Elle non plus, ne possède pas d'informations. Pourtant, elle fut trouvée par Antoine Labarre dans lors des travaux de construction du Grand Théâtre de la Cité en 1971 (source : l'Indépendant 1971)

 

En revanche, bénéficiant d'une exposition privilégiée, la statue de Dame Carcas restaurée grâce au 30 000 € récoltés par une campagne de crowdfunding en 2014, trône en bonne place. En fait de restauration, il s'agit d'un assemblage de ce qu'il restait de ce morceau de pierre informe. On aurait mieux fait de mettre cette somme à la réhabilitation de l'ensemble du musée. 

 

Ces albatres sont également bien exposés dans une vitrine

 

Dans la salle des conférences est exposée dans l'obscurité, la cité miniature de Louis Lacombe (1856-1933). Artisan maçon Carcassonnais résidant rue Trivalle, il consacra pendant plus de 40 ans tous ses loisirs à la réalisation minutieuse de cette maquette en noyer, à l'échelle 1/100e. Ce chef-d'œuvre est classé Monument historique depuis le 4 avril 1961.

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Malheureusement, là comme ailleurs personne pour surveiller et aucune caméra. On peut donc sans problème se saisir d'une partie de ce chef d'œuvre classé, qui croule sous la poussière. Oui ! La poussière qui n'a pas été faite depuis des lustres.

 

Tout se termine par la boutique qui, elle, est indiquée sur les affiches et les guides à l'attention des visiteurs. Ici, tout est bien ordonné, éclairé et sans poussière. Sur les présentoirs, la place réservée à l'histoire de la Cité n'occupe que 20% de la surface.  Il n'y a rien sur la ville basse, ses hôtels particuliers, son patrimoine culturel. Tout ceci est géré depuis Paris par la direction du Centre des Monuments Nationaux. Quant à la place des livres des historiens locaux, on n'en parlera même pas.

 

Clefs de voûte du Couvent des Cordeliers

Ce musée qui possède des objets archéologiques de belle facture est tout simplement indigne d'un site labellisé UNESCO. Mal éclairé, mal entretenu, sans surveillance et avec des informations défaillantes. Je ne comprends pas comment des sommités locales et nationales telles que Jean Guilaine, Michel Passelac, Arnaud de Labriffe, ne s'émeuvent pas de voir ces collections dans un tel état d'exposition. Elles auraient toute légitimité à se faire entendre, contrairement à l'auteur de cet article que l'on va encore accuser de diffuser une mauvaise image de Carcassonne.

Il y avait des photographies sur cet article. Elle servaient à vous informer, car ce blog n'a pas d'usage commercial. Je les ai enlevées malgré tout, car j'ai été menacé sur les réseaux sociaux et dénoncé par un guide conférencier de la Cité - auquel j'ai pourtant rendu service -, à la direction des Monuments nationaux pour leur utilisation.

Veritas Odium Parit.

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30/08/2017

30 squelettes médiévaux jetés dans la fosse commune du cimetière La Conte.

A l'emplacement de l'actuel Hôtel des postes, place de Lattre de Tassigny, se trouvait il y a environ deux siècles, le couvent des Cordeliers. Il fut rasé au tout début du XXe siècle.couvent1.jpg

Façade du couvent, rue Barbès

Le mur donnant sur l'actuelle rue Barbès, fut refait au XVIIe siècle. L'abside était rectiligne, mais avait été dégradée par la destruction des décorations. Seuls les arceaux avaient encore belle allure. Dans la cour (actuelle, place de Lattre), se trouvaient des chapelles latérales ; on y entrait par des ouvertures en plein cintre datant de la restauration du XVIIe siècle.

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Le portail, qui s'ouvrait sur la rue Barbès était en pierre et portait un écusson fruste. Le clocher ne manquait pas d'élégance.

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A l'ouest (face à la rue J. Bringer), le fond de l'église était limité par la maison Grassialo dont la façade s'ornait d'une série d'arcades. Sur l'une d'entre elles fut pratiqué au XVIIe siècle, une porte rectangulaire sur laquelle en lisait en creux : "l'observance".

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Faisant suite à cette façade, s'élevait une curieuse tour octogonale de style Renaissance pourvue d'un escalier à vis. On voulut d'abord la conserver pour y installer une antenne de télécommunication ; ce projet étant abandonné, elle fut rasée sans autre forme de procès. Le Directoire du département occupa le couvent ; il était tenu de payer un loyer à l'état qui l'avait déclaré Bien national. Le 14 avril, l'ingénieur Chevalier et Jean Embry, plâtrier de la ville, estimèrent l'église à 4000 livres et le reste à 6950 livres. D'après le procès verbal de la circonscription des paroisse du district de Carcassonne, l'église des "ci-devants Cordeliers" est alors conservée comme oratoire. L'un des vicaires de la paroisse Saint-Vincent a obligation d'aller y dire la messe les dimanches et jours de fêtes, pour la commodité des vieillards et des femmes enceintes qui habitent le fond de la ville. Le procès verbal imprimé du Conseil du département de l'Aude constate qu'à l'ouverture de chacun des sermons de 1791, 1792 et 1793, le Conseil en corps assista à la messe du Saint-Esprit, célébrée en l'église des Cordeliers. En 1871, l'église est affectée comme magasin à fourrages pour le régiment de dragons et les annexes servent de magasin à l'intendance.

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Vue de la destruction de la maison Grassialo, sur l'emprise de l'actuel magasin de l'entreprise Duarte. Au fond, on aperçoit l'ancien clocher de la chapelle des Domicains, rue de Verdun.

L’église des Cordeliers sur l’emplacement de laquelle fut construit l’hôtel des postes par l’architecte de la ville, Gordien, élève de mon père, servait de salle d’exposition, de salle de banquets ou de réunions. Chaque année de belles peintures ou dessins y étaient exposés avec les sculptures de jeunes statuaires qui se sont fait un nom plus tard dans le domaine des arts. Tous ont laissé de leurs œuvres pour le musée.
Il y avait une salle spéciale où étaient recueillies les œuvres des Carcassonnais, quelques-unes, de haute valeur. Comme les autres, ces chefs-d’œuvre ont disparu dans la réserve où ils s’abiment en laissant croire qu’à Carcassonne il n’y a pas de peinture possible en dehors du XVIIe ou XVIIIe siècle et maintenant de l’art moderne et cubique.
Actuellement, faute de salle, les réunions sont impossibles et pourtant, il s’y en est produit de bien célèbres. On y donnait aussi des fêtes et de grands concerts.
La place de la poste était occupée par la manutention des régiments où nous allions chercher le pain chaque jour. Il y avait en bordure de la rue de la préfecture, la maison de Grassialo, par laquelle on y pénétrait. C’était la maison d’un jurisconsulte renommé, construite sur l’emplacement du couvent des Carmélites qui fut déserté au moment de la peste de 1347. Elle possédait deux fenêtres géminées au 1er étage et sept arcades en plein cintre pour boutiques au rez-de-chaussée. J’ai sauvé bien par hasard, après sa destruction, les belles fenêtres du XVIe siècle que j’ai fait transporter au musée de sculpture comparée de la Cité. (Raymond Esparseil / 1960)

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© Sudfrance

Fenêtres de la maison Grassialo sauvées par Raymond Esparseil

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En lieu et place, s'élève depuis 1907 l'hôtel des postes.

Il était en usage jusqu'à la Révolution d'inhumer les personnes notables de la ville dans les églises. Ces personnes finançaient et entretenaient les chapelles où ils désiraient être enterrés. Il en était de même pour les religieux qui avaient leur sépulture dans le chœur de la nef. Dans le courant du mois de juillet 1974, l'administration des PTT a fait effectuer des travaux dans l'hôtel des Postes. 

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Des travaux de terrassement dans le centre de tri ont permis la découvertes à trois mètres de profondeur et l'exhumation d'une trentaine de squelettes. Nous voyons sur la photo ci-dessus avec quelles précautions et quel intérêt pour la recherche scientifique, les ouvriers du bâtiment ont retiré les restes des moines. Tant et si bien qu'on les a jetés dans une fosse commune au cimetière de la Conte. La même opération fut entreprise lors de la destruction du cimetière médiéval de Villalbe au début des années 1970, par la mairie d'Antoine Gayraud. 

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© Antoine Labarre

Dalle funéraire trouvée en 1974 (Couvent des Cordeliers)

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© Antoine Labarre

Dalles trouvées en 1974 (Couvent des Cordeliers)

A droite : "Sépulture de Pierre Jalat, 1763" mesurant 0,70 m de long sur 0,45 de large et 0,08 m d'épaisseur. 

A gauche : Une dalle portant ce signe énigmatique (1m x 0,55 x à,10)

Ces dalles ont été découvertes dans la seconde partie de la salle de tri, près du mur des anciens guichets. Reste à savoir ce qu'elles sont devenues...

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© Martial Andrieu

Elles furent entreposées, à même le sol, jusqu'en 2012 dans la cour du musée des beaux-arts, avec d'autres vestiges. Ceci sans indications de la provenance... Ci-dessus, il s'agit bien de la dalle au destin énigmatique. Voyez déjà comme le temps depuis 40 ans a fait son œuvre.

Dalles. Musée 2.JPG

© Martial Andrieu

Voici celle de Pierre Jalat, au même endroit. Il manque la partie supérieure... Depuis que l'on a refait la cour du musée des beaux-arts en 2013, les vestiges ont été enlevés. Où sont-ils ?

Sources

L'Indépendant / 16 septembre 1974

Souvenirs R. Esparseil / 1960

Notes, recherches et synthèse / Martial Andrieu

Photos

Couvent des cordeliers / ADA 11

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