04/06/2016

La caméra explore le temps : Les Cathares

C'est en novembre 1965 que l'équipe de tournage dirigée par Stellio Lorenzi s'installe à Carcassonne pour tourner la dernier opus de

"La Caméra explore le temps"

Les Cathares.

Depuis 1957 ce sont 36 épisodes scénarisés par Alain Decaux et André Castelot, consacrés à l'histoire de France qui sont diffusés sur la première chaîne de la RTF. Les rôles sont confiés à d'excellents comédiens dont beaucoup d'entre eux sont pensionnaires de la Comédie française comme François Chaumette ou Michel Bouquet. J'insiste sur ce point car à cette époque on n'a pas encore besoin de pousser le son du téléviseur pour comprendre les dialogues. Le jeu est certes un peu trop théâtral mais la diction est parfaite. A ce sujet, ne demandons pas à "Joséphine ange gardien" de faire des miracles ! 

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Nous avons retrouvé Francis Aracil - figurant et comédien Carcassonnais à cette époque - qui a bien voulu nous raconter ses souvenirs de tournage :

"Guy Vassal m'écrit un jour pour m'informer que dans le cadre de "La caméra explore le temps", émission télévisée, il allait venir sur Carcassonne, aux pieds de la Cité médiévale un téléfilm sur les Cathares. Il souhaitait ma présence sur le plateau en tant que figurant. Je me souviens avoir demandé une autorisation d'absence au proviseur du lycée qui me l'accorda. Un problème se posa : le réalisateur, Stelio Lorenzi exigeait pour les figurants une taille de 1m 75. Je ne les faisais pas. Guy mit au point un stratagème. Stelio Lorenzi devait venir ce matin-là au Théâtre municipal pour choisir les figurants, parmi tous ces jeunes attroupés dans la rue, devant les marches du Théâtre. Guy m'avait dit qu'il me présenterait personnellement à Stelio Lorenzi, mais qu'à ce moment-là je devais être sur une marche de l'entrée. Ainsi, paraissant plus grand, le réalisateur accepterait de ma prendre, ce qui fut fait. Je revois ce minibus à l'enseigne de l'ORTF dans lequel je m'engouffrai avec les les autres figurants. Direction les abords de la Cité, la route de Saint-Hilaire, la plaine Saint-Jean. 

Là, sous une pluie fine et froide, nous étions pris en main par l'équipe du tournage, en repli dans un corps de ferme voisin qui servait aussi de loges pour les acteurs. Quand mon tour arriva, on me remit une tunique de croisé avec cotte de mailles, plastron blanc porta la croix rouge, casque, ceinturon et épée. L'habilleuse nous recommandait d'aller uriner avant, car elle nous cousait ensuite dans le dos la cotte de mailles qui allait de la tête jusqu'aux pieds, sans braguette évidemment. De là, nous traversions la route pour être conduits vers ce terrain bourbeux, où des tentes moyenâgeuses avaient été dressées avec des oriflammes, auprès de chevaux superbement harnachés, où les acteurs et actrices se protégeaient de la pluie glaciale. Je portais aux pieds des espadrilles en toile et corde qui prenaient l'eau. On nous affecta une place qu'il ne fallait pas quitter. Vue sous cet angle, l'histoire prit un caractère surréaliste dès que l'heure du tournage proprement dit arriva.

Guy Vassal interprétant le rôle de Raymond-Roger Trencavel, devait arriver au galop depuis le fond du champ, au-delà duquel se détachait l'imposante Cité de Carcassonne, et parvenir jusqu'à nous, où l'attendait Simon de Montfort. Là, après un échange de dialogue, Trencavel jetait, en signe de reddition, son épée aux pieds de Simon de Montfort, incarné par Jean Topart. Trencavel repartait escorté vers la Cité où il s'était réfugié. Simon de Montfort, dialoguant ensuite avec une gente Dame à cheval, devait monter à son tour sur le sien et partir au galop... Sauf que tout cela était bien cocasse et que le réalisateur dut "couper" plusieurs fois. Guy Vassal avait du vernir, jeter son épée, repartir, au moins quatre ou cinq fois. "Coupez" encore, et soudain retentit un éclat de rire général : La gente Dame, en pleine concentration dans son échange avec Simon de Montfort, ne s'était pas aperçue que sa monture avait déployé toute sa vigueur pour uriner de toutes ses forces... Et puis, Simon de Montfort, c'est-à-dire Jean Topart, ne savait pas conduire son cheval ! Il avait beau tirer d'un coup sec sur les brides, le cheval restait sur place, impassible. Après plusieurs tentatives, Stelio Lorenzi trouva une solution : il avait fait porter de la grange une table sur laquelle il installa une chaise. Une fois sur le cheval l'acteur redescendit s'asseoir sur la chaise surélevée et cette fois, imitant de tout son corps le mouvement du cheval, il fit semblant de tirer sur des brides et, pliant le torse brusquement en avant, donna l'illusion d'un départ à plein galop. Je ne sais pas si j'avais ri aussi franchement que toute l'équipe lorsque Stelio Lorenzi annonça : "C'est terminé !"

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Stelio Lorenzi déjeune au Café de la comédie, rue Courtejaire. 

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Ce téléfilm existe désormais en DVD

Si vous avez des photographies ou des souvenirs de ce tournage, n'hésitez pas à nous les envoyer. Merci à Francis Aracil pour son témoignage.

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11:06 Publié dans Catharisme, Cinéma | Tags : cathares | Lien permanent | Commentaires (4)

20/05/2014

Le catharisme : alibi économique et touristique?

Loin de moi l'idée de me lancer dans un raisonnement dont je n'aurais pas la maîtrise, mais il y a une posture dans ce département au sujet de l'héritage des Déodat Roché, René Nelli, Michel Roquebert ou Anne Brenon qui me dérange au plus haut point. L'Aude qui autrefois se faisait une fierté de défendre les préceptes spirituels des "bons hommes" en contant l'histoire de leur persécution par les armées du nord, aurait-elle perdu tout le sens de ce message ? N'y avait-il pas là, une volonté déterminée de montrer que nous occitans avons été en 1209 les victimes d'une purification confessionnelle ayant pour but l'annexion du midi au Roi de France ? La visée en était d'autant plus symbolique quand à la fin des années 1960, il fallut se battre pour conserver l'identité du pays d'Oc contre le jacobinisme et le centralisme parisien.

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René Nelli

(Photo: Charles Camberoque)

Depuis plus de 20 ans, ce département (un des plus pauvres de France) a peu à peu, comme le Dr Faust de Goethe, vendu son âme au diable. Non pour retrouver sa jeunesse perdue, mais pour faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'économie locale. Ils ont mis en avant les cathares, ces hommes libres pour lesquels le matériel était l'oeuvre du démon, dans un but mercantile. Après l'hérésie médiévale, la spiritualité de ces "bons hommes" était cette fois salie à l'époque contemporaine par leurs descendants. Le mot "Cathare" dont l'étymologie signifierait "pur" est ainsi exposé comme le "Vu à la télé" sur les paquets de lessive. Aujourd'hui, tout est devenu cathare dans l'Aude: Le pain, le vin, l'agneau, le miel et que sais-je encore. N'eut-il pas été plus juste de parler de "Pays occitan" que de créer un label portant la mention "Pays Cathare"? La laïcité, qu'en pense t-elle ? Car le catharisme est avant tout une religion, avec sa liturgie et ses commandements. A-t-on vu pareille exposition ailleurs? Imaginez la Vendée fière de ses chouans et de son passé très catholique avec un label "Pays Chrétien".

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Peyrepertuse

Tout cela n'a pas de sens, ou plutôt est vidé de son contenu comme la bibliothèque de l'ancien Centre d'études cathare. L'histoire des "bons hommes" car ils ne sont jamais définis comme cathares eu-mêmes, n'est aujourd'hui intelligible qu'à une poignée d'initiés. Demandez donc, à la vendeuse du pain cathare si elle connaît seulement leur histoire ou leur préceptes de vie. Au pays des aveugles, les borgnes sont rois! Ainsi, les pouvoirs publics de notre beau département n'ont-ils pas jeté un écran de fumée sur la profondeur abyssale de l'inculture consumériste ?

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Dans le rue Trivalle de Carcassonne, une fresque de 100 mètres de long a été peinte en 1991 sur le mur de Notre-Dame de l'abbaye. Elle a été réalisée par une coopérative d'artistes de la région lyonnaise: "Cité de la création". Le dessin reprend à la manière d'un acrostiche les lettres composant Carcassonne, pour raconter d'une façon épique l'histoire de la cité au moment de la croisade contre les albigeois. La fresque bien que contemporaine est fortement inspirée des enluminures médiévales. Par bonheur, les tagueurs ont toujours respecté l'oeuvre qui n'a jamais été vandalisée. Ici on vous parlait de la religion cathare, mais profitez-en. D'ici à quelques temps, tout sera effacé. L'ensemble de la fresque part en morceau et tout le monde s'en fiche !

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La photo ci-dessus a été empruntée à la désencyclopédie.wikia.com. C'est d'ailleurs fort drole et vous pouvez la consulter en cliquant sur le lien ci-dessous:

http://desencyclopedie.wikia.com/wiki/Catharisme

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08/05/2013

Simon de Montfort, l'invité du Pays cathare...

Voici un communiqué de l'Institut d'études occitanes de l'Aude (Ostal Sirventes):

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Simon de Montfort

L’Institut d’Estudis Occitans-Aude, association oeuvrant pour la défense et la promotion de la culture occitanes, fait part de son total désappointement à la découverte du thème de la fête médiévale de Durban-Corbières, prévue les 22 et les 23 juin 2013. Nommer cette manifestation festive : " Simon de Montfort revient occuper le village ! 

http://www.fetes-medievales.com/simon-de-montfort-revient...

Cela nous apparaît être un véritable déni d’histoire et une grande confusion.
 Alors que l’esprit de fête peut se retrouver autour des textes des troubadours, à la cour du roi d’Aragon ou des Comtes de Toulouse, ainsi que des valeurs de Paratge et de Convivéncia (le respect de tous, le désir et la capacité de vivre ensemble) de la civilisation médiévale occitane, voilà qu’il est choisi de mettre en avant le bourreau d’un pays, celui qui trahit les règles de la chevalerie pour se saisir des terres de Trencavel, qui allume un bûcher à Minerve, qui fait lapider Dòna Guirauda à Lavaur, Son retour au village n’incite pas à se rendre danser sur la place, mais plutôt à se terrer dans les maisons ou à fuir dans les collines voisines Verra-t-on Simon de Montfort adouber des faidits ?

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Durban-Corbières et son château médiéval

 Ce choix est non seulement une faute de très mauvais goût mais surtout une grande injure à nos aïeux occitans, à leur mémoire et à leurs actes sous forme d’une véritable désinformation à travers une lecture déformée de l’histoire enfermant dans le même sac bourreaux et victimes. 
Nous osons espérer que les organisateurs et les divers financeurs sauront revenir au plus vite sur le choix de cette thématique pour que ce rendez-vous proche de la Saint-Jean soit porteur des feux de fête du solstice d’été et non des incendies et bûchers ruinant les libertés et la terre d’Oc.
 Il est tout aussi paradoxal de voir plusieurs sites et institutions se réclamant du " pays cathare " (sans aborder ici la question de la pertinence de ce terme) rediffuser, comme si de rien n’était et sans regard critique, cette annonce faisant ainsi l’apologie de celui qui voulait justement détruire toutes les terres où l‘hérésie était présente. L’anticatharisme serait-il devenu un vecteur mobilisateur pour défendre cette notion de pays cathare ?

Epitafi per Montfòrt

Epitafi per Montfòrt
 Tot dreit a Carcassona lo pòrtan sebelir,
 Al mostièr Sant Nasari celebrar e ofrir
 E ditz plan l’epitafi per qual lo sap legir
 Qu’el es sant e martir e que deu respelir
 E dins lo gaug mirable eiretar e florir
 E portar la corona e ‘l sant regne agandir.
 E ieu ai ausit dire qu’aquò deu avenir
Se per tuar los òmes e per sang espandir
 E per esperit perdre e per mòrt consentir,
 Per marrit conselh creire e per fòc abrandir
 E per baron destruire e per Paratge aunir
 E per raubar la tèrra e l’orgulh afortir,
Per empusar lo mal e lo ben escantir,
 Per massacrar las Dònas e los enfants aucir
 Pòt òme sus la tèrra Jèsus Crist conquerir
 El deu portar corona e al cèl resplendir !
 (Cançon de la Crosada)

Tout droit à Carcassonne ils vont l’ensevlir, et dit l’épitaphe pour qui sait lire, qu’il est saint et martyr et doit resplendir au ciel. Et moi j’ai ouï dire que si pour tuer sans fin, mentir, tromper, incendier, promouvoir le mal et l’infamie sans faire nul bien, assassiner femmes et enfants, on peut conquérir Jésus Christ ici-bas, il doit porter la couronne des élus et au ciel resplendir !

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 Institut d'Estudis Occitans-Aude
 BP 105 11022-Carcassona Cedex
 tel : 04.68.25.19.78
 
http://ostal.sirventes.pagesperso-orange.fr/

09:28 Publié dans Catharisme | Lien permanent | Commentaires (4)