20/09/2017

Cette chapelle du XIIIe siècle rasée à proximité de la Cité

On ne connaissait pas bien la date précise de la construction de la chapelle de Sainte-Croix, même si l'architecture du chœur permettait de penser qu'elle avait dû être érigée au XIIIe siècle. Sa voûte, ses nervures, ses culs-de-lampe décorés de feuillage ne laissaient sur ce point guère planer de doute. L'oratoire sur lequel elle avait été bâtie en bordure du chemin de Palajanel, servait de chapelle annexe à l'église Saint-Michel, aujourd'hui disparue, du diocèse de Saint-Nazaire et Saint-Celse. Les habitants de l'ancien quartier Saint-Michel et Fontgrande y venaient assister à l'office dominical. En période rogations, ils y priaient pour obtenir les grâces du ciel sur les récoltes. Au cours des siècles, le lieu avait subit des transformations dans le but de l'agrandir. Cet oratoire était le dernier vestige d'un faubourg dense autour de Fontgrande. Ses habitants payèrent chèrement leur attachement 

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© SESA

En 1858, un article de presse alerte les lecteurs sur la ruine de la chapelle de Sainte-Croix. Il serait vraiment dommage qu'elle disparaisse. A Carcassonne, les vieilles pierres des anciens lieux de culte n'ont jamais suscitées d'émotion chez les élus. Quatre ans plus tard, un petit encart dans le journal évoque la disparition de plusieurs pierres sculptées de cet édifice classé par les beaux-arts. L'œuvre des pilleurs s'est effectuée loin des préoccupations quotidiennes de la municipalité. Il est à parier que ces pierres soient allées rejoindre la propriété d'un particulier, après celle d'un antiquaire recéleur.

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© Midi-Libre

La pierre taillée volée en 1962

 Faute d'entretien et menaçant de ruine, le sort municipal réservé en 1966 à la chapelle du XIIIe siècle, fut la destruction pure et simple. Bien entendu, il est inutile de demander où sont passées les pierres de taille. Au mieux chez un particulier, au pire dans une carrière.

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© SESA

Au début de l'année 1972, un comité du souvenir est constitué par les commandants Béteille et Adroit ainsi que MM. Decaud, Sourou et Sarraute. A l'endroit où se trouvait la chapelle, une stèle enfouie dans la terre est dégagée et redressée. Elle va servir de socle à l'érection d'une croix matérialisant l'emplacement de l'ancien édifice. MM. Antoine Labarre et Albert Blanc, membres du comité et de la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude sont à la manœuvre. La chapelle rasée avait fait place à un dépotoir et ces messieurs obtinrent l'autorisation municipale d'y installer la croix.

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Antoine Labarre et Albert Blanc

 Après une messe dite à la basilique Saint-Nazaire, l'inauguration devait avoir lieu le 19 novembre 1972 en présence de l'abbé Mazières, vicaire général représentant Mgr l'évêque ; le commandant Phillipot (3e RPIMA), le commandant Campredon (Souvenir français), M. Pech de Laclause (SESA), M. Georges Cotte (Président de la Société des arts et des sciences de Carcassonne) et des membres du comité. L'abbé Mazières procéda à la bénédiction de la croix :

"Je voudrais me situer dans la lignée de tous ceux qui sont venus ici bénir et prier."

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© Martial Andrieu

La croix et son socle de nos jours

Cette chapelle accueillit une grand-messe du chapitre cathédral en 1707. En 1754, Guillaume de Bellegarde, vicaire général, y fit une visite. A la Révolution, elle fut vendue à Pierre Routier pour 1250 livres le 13 fructidor de l'an XII.

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On doit beaucoup à Antoine Labarre et à Albert Blanc. Puisse cet article réhabiliter leur mémoire auprès de ceux qui les ont oubliés. C'était une époque, hélas défunte, où des citoyens tentaient de sauver le patrimoine au plus près du terrain.

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11/08/2017

Les sœurs St-Joseph de Cluny expulsées de Carcassonne

La congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny fut fondée par la bienheureuse Anne-Marie Javouhey (1779-1851), le 12 mai 1807 à Châlon-sur-Saône. En 1812, après l'établissement du noviciat à Cluny, elles ont leur siège dans la rue Méchain à Paris. Reconnue par l'état en 1870, la congrégation suit la règle de Saint-Augustin. Les sœurs de St-Joseph de Cluny viennent s'établir à Carcassonne le 5 septembre 1881, au numéro 65 de la Grand rue. Jeanne Ducroux (sœur Marie du St-Esprit) en est la mère supérieure. Elles s'installent très exactement dans l'actuel collège André Chénier, ancien hôtel Roux d'Alzonne, dans lequel séjourna le roi Louis XIV lors de son passage dans notre ville. Elle n'en seront jamais les propriétaires, seulement les locataires pour une somme de 6000 francs mensuels payée à Eugène, Louis, Joseph Sénéchal de la Grange. Ce dernier est le président de la Société d'acquisition et d'exploitation en tous pays, 56 rue de Londres à Paris. La congrégation est également présente à Villemoustaussou (Ecole), Caunes-Minervois (Ecole) et à Chalabre (Hospice et Ecole).

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Le couvent dans la rue de Verdun en 1901

Les sœurs, au nombre de 29, dispensent principalement un enseignement payant à 42 pensionnaires et à 66 externes. Les premiers s'acquittent de 7 francs par mois, les seconds de 45 francs par mois. Au sein de la communauté, il y a deux sœurs irlandaises pour l'apprentissage de la langue anglaise. Dirigées par la mère supérieure Louise Duhamel (Sœur Saint-Michel), elles distribuent des vêtements et des secours en nature aux indigents.

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Une salle de classe en 1901

En 1901, le gouvernement promulgue la loi sur les associations. Les congrégations relèvent d'un régime d'exception au titre III de la loi du 1er juillet. Elles devront déclarer leurs biens, leurs ressources et leurs activités afin de pouvoir éventuellement bénéficier d'un autorisation. Celles pour lesquelles elle sera refusée, devront quitter leurs locaux dans un délai d'un mois. A défaut, des mesures coercitives s'appliqueront dans les termes fixés par la loi.

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Ancienne chambre de Louis XIV, vue en 1901

Les sœurs de Carcassonne se conforment à la loi et rédigent une demande adressée au préfet. Le 22 janvier 1902, le commissaire central de police rend son rapport au terme de son enquête.

Il est notoire que la dite congrégation est un auxiliaire précieux du cléricalisme et qu'elle fait une concurrence déloyale à nos écoles laïques ; qu'elle inspire à la jeunesse le mépris de nos institutions et entretient des divisions regrettables. En conséquence, au lieu de présenter un caractère d'utilité quelconque, elle est simplement nuisible à la société, à l'opinion de toute la population républicaine en général. Cependant, il faut reconnaître que pas un de ses membres n'a donné lieu jusqu'à présent à aucune remarque défavorable. L'immeuble est d'une valeur de 120 000 francs environ et il appartient à Sénéchal de la Grange Eugène, Louis, Joseph. Le mobilier qui est la propriété de la congrégation peut-être estimé à 5000 francs environ.

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La cour de l'actuel collège Chénier en 1901

Le 24 novembre 1901, le conseil municipal de Carcassonne présidé par le maire Jules Sauzède prononce un avis défavorable. Le préfet se range également derrière cette décision, mais fait observer que la ville devrait créer une école primaire supérieure de jeunes filles afin d'accueillir le plus grand nombre des élèves de institution dont l'autorisation a été rejetée. Il ajoute qu'elle pour le moment toujours refusé cette option. Le 28 mars 1903, le ministre des Cultes signifie par courrier adressé au siège de la congrégation à Paris, que la demande est rejetée. On a fait valoir à Carcassonne que les sœurs qui avaient présenté un bilan financier excédentaire de 1000 francs, faisaient des bénéfices.

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Le grand escalier de l'hôtel Roux d'Alzonne

Le 14 avril 1903, le commissaire de police Castaing se rend au couvent et remet en main propre à la mère supérieure la décision de l'état. Les sœurs devront quitter les lieux dans un délai d'un mois, faute de quoi elles s'exposent à des poursuites.

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Alors que le commissaire de police Castaing et ses hommes arrivent le 16 mai 1903 - soit un mois après - au couvent de la Grand rue (rue de Verdun) afin de faire appliquer l'arrêté, ils trouvent porte close. S'adressant aux voisins, ceux-ci expliquent que les sœurs ont déjà quitté les lieux depuis huit jours, pour une destination inconnue. Une pancarte accrochée sur la porte indique : Maison à vendre ou à louer. En fait, les religieuses sont parties se réfugier au couvent de Limoux. La ville reprendra en location l'ancien couvent le 20 juin, à la Société d'acquisition et d'exploitation en tous pays avec une promesse d'achat. En 1904, le collège de jeunes de filles de Carcassonne est officiellement créé.

Sources

ADA / V 201

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07/08/2017

À chacun de porter sa croix....

Durant les premiers mois de l'année 2013, Madame Vialade - qui s'occupe avec une dévotion toute particulière de l'entretien bénévole de l'église de Villalbe - avait retrouvé parterre le bras de la croix du XVIe siècle. Celle-ci orne l'intérieur de l'église paroissiale depuis 1978, date à laquelle elle fut découverte dans la boulangerie de ses parents. Ils en firent don à la commune - ce qui explique sa présence dans ce lieu de culte - et elle fut ensuite inscrite à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques. 

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© Martial Andrieu

Roselyne Vialade devant la croix restaurée 

Durant l'été 2013, je m'aperçus que la croix avait été camouflée sous un drap et que le bras avait disparu. Il ne s'agissait pas d'un acte malveillant ; l'usure du temps avait fait son œuvre. Roselyne que je connais depuis ma tendre enfance, m'expliqua qu'elle avait pris soin d'amener le bras chez elle. Je lui conseillais d'alerter les services de la mairie, mais préféra se tourner vers les Monuments historiques grâce au concours d'une amie dont la fille est guide à la Cité. De mon côté, je prévenais le service du patrimoine de la mairie et la conseillère municipale de l'époque, Monique Joseph. L'affaire prit plusieurs mois avant qu'elle ne suscite l'émoi des locataires de l'Hôtel de Rolland. Tant et si bien que je sollicitais à de nombreuses reprises la municipalité sur ce dossier, sans résultats malgré des articles sur mon blog. 

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© Martial Andrieu

De temps en temps, je prenais des nouvelles du côté de Roselyne Vialade afin de savoir si les choses bougeaient. Ne voyant rien venir, j'alertais Marie-Chantal Ferriol - Conservatrice des objets d'art sacré du département. Elle se déplaça avec la conseillère municipale à Villalbe et constata les dommages. Il fallait que la ville établisse deux devis de réparation auprès d'entreprises spécialisées et les envoyer à la DRAC (Direction des Affaires Culturelles) à Montpellier. La somme que la municipalité devait débourser s'élevait autour de 2000 €. Même pas le cachet de la secrétaire de Johnny Hallyday pour le festival... L'affaire dura quatre ans ! Entre temps, la mairie changea et Monique Joseph fut remplacée par Annie Barthès. Quand le service du patrimoine de la ville - qui se résume à une seule secrétaire (Nelly Bourcelot) - eut enfin ses deux devis, le temps ayant passé, une des entreprises n'exerçait plus. Il fallut tout recommencer... 

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© Martial Andrieu

La croix restaurée, côté face

Au mois de mai 2016, le dossier passa au bureau municipal. Le 28 septembre 2016, le conseil municipal effectua une demande subventions auprès de l'état. Après quoi, M. Amigues - Conservateur des antiquités et objets d'art de la DRAC - valida cette restauration. C'est l'entreprise Carcassonnaise Coq et Torrès qui obtint ce marché. 

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© Martial Andrieu

Il y a quinze jours, j'étais à Villalbe. Au cours d'une discussion avec Roselyne Vialade, je lui demandais où en était la restauration de la croix. Elle me répondit avec une naïveté propre aux gens honnêtes : "Mais elle est restaurée !". Faudrait-il que je remercie Madame Barthès et le service du patrimoine de m'avoir tenu au courant ? Sans lanceur d'alerte, point de restauration et surtout point d'autosatisfaction dans la presse locale. Comme à chaque fois, ils répondront qu'il faut se satisfaire de l'objectif qui est atteint : Quatre ans ! Tant pis, si c'est au détriment d'un peu d'éducation et de savoir vivre...

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25/06/2017

Les cloches des églises d'Algérie ont été rapatriées à Carcassonne

A l'origine de l'article qui va suivre, une coïncidence... En visionnant une vieille émission diffusée en 1980 sur Antenne 2, un Carcassonnais autrefois habitant du quartier Bab el Oued d'Alger, participe à un jeu animé par Jacques Martin. Dans un reportage filmé, Jean Scotto explique que la cloche d'une église de Carcassonne provient de St-Joseph de Bab el Oued (1851). Ce lieu de culte catholique fut démantelé après l'indépendance de l'Algérie et transformé en Mosquée.

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Église Saint-Joseph à Alger (place Lelièvre)

J'ai souhaité évidemment en savoir davantage et tout naturellement, Marie-Chantal Ferriol m'a expliqué que l'on devait ce rapatriement à Claude Seyte. Ce dernier n'est autre que le carillonneur de Saint-Vincent, auteur de trois volumes sur les campaniles de l'Aude.

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© diaressaada.alger.free.fr

Mosquée El Nasr, place Lelièvre

Cette cloche de 550 kg baptisée en 1895 du nom de Rosalie par Mgr Dusserre, archevêque d'Alger, fut installée en 1980 dans le clocher de l'église du Sacré-coeur de Carcassonne. Elle prit le nom de sa marraine Sœur Rosalie, le curé de la paroisse St-Joseph d'Alger étant M. Planells. Fondue à Robecourt dans les Vosges par Ferdinand Farnier, elle joue la note Sol#3 et porte l'inscription suivante : "Fides caritas in hoc signe vicens" (Par ce signe d'amour tu vaincras)

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L'église du Sacré-Cœur à Carcassonne

Sur le plateau de Grazailles, l'église Notre-Dame bâtie le 22 octobre 1978 possède trois cloches provenant de l'ancienne église de Rouiba en Algérie.

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L'église de Rouiba fondée en 1876

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Les trois cloches Marcelle (Do), Marie-Rose (Ré) et Simone (La) en bordure du boulevard Léon Blum, veillent sur la paroisse de Grazailles.

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© Académie des Arts et des Sciences de Carcassonne

Claude Seyte

 A la fin des années 1970, le carillonneur de Carcassonne fait rapatrier 29 cloches provenant du diocèse d'Alger. A leur arrivée, certaines seront refondues par Paccard près d'Annecy (Haute-Savoie) afin d'en réaliser de nouvelles pour les carillons de Carcassonne et quinze autres seront attribuées au Sacré-Cœur et aux églises du hameau de Montredon et de Grazailles. 

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En novembre 1979, le carillon de l'église Saint-Vincent passe ainsi de 35 à 47 cloches. Une inauguration officielle a lieu sous la houlette de M. Seyte pendant un festival de 10 concerts. Une aubaine qui coïncide avec la venue du congrès de la Guilde des carillonneurs de France, durant lequel on croise des musiciens venus de Berkeley (USA), de Rotterdam et de Belgique. 

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Depuis le Moyen-âge, la forme des cloches rappelle celle du gosier humain et de la langue qui s'y meut. Elles sont constituées de 78% de cuivre et 22% d'étain. Quant au carillon, son nom viendrait de "quadrillon", ensemble de quatre cloches. La plus grosse campagne de St-Vincent est un bourdon de 2 200 kg, d'un diamètre d'1,52 mètres qui donne le Do grave. Un nouveau clavier en bois aux normes américaines fut installé en 1979.

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Bénédiction par Mgr Pierre-Marie Puech

En 1995, sept nouvelles cloches furent ajoutées carillon qui aujourd'hui, représente le plus important du Languedoc et le 9e à l'échelle nationale. Tout ceci doit être mis au crédit de Claude Seyte.

Merci à Marie-Chantal Ferriol pour son aide

Sources

Campanes en pays d'Aude / Claude Seyte

L'indépendant / Novembre 2017

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06/06/2017

L'Œuvre de la Miséricorde : Un bureau de charité oublié des Carcassonnais

On pourrait résumer l'Œuvre de Miséricorde dans la religion chrétienne, aux paroles contenues dans le chapitre 25 de Saint-Matthieu :

"Donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts."  

Au fil de nos études sur ce blog, nous constatons le désintérêt des chercheurs locaux pour l'histoire religieuse de Carcassonne. Aussi, lorsque nous avons voulu enquêter, ce n'est pas dans les livres contemporains de notre époque que nous avons trouvé des informations. Alphonse Mahul dans son Cartulaire, nous apprend que l'Œuvre de la Miséricorde fut fondée vers 1680.

"Légalement instituée par Lettres patentes du 20 novembre 1739 enregistrées au parlement sous dénomination Bureau de charité, l'oeuvre jouissait d'une entière indépendance à l'ombre des Jésuites du Collège."

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Les sept oeuvres de miséricorde

A Carcassonne, il s'agissait d'une espèce de bureau de bienfaisance dirigé par des Dames de la ville. En 1739, Monseigneur de Bezons - Evêque de Carcassonne - s'occupa du bureau des dames de la Miséricorde pour leur donner des règlements, qui devaient placer ce bureau sous son autorité. Jusque-là, il jouissait d'une indépendance relative puisque ce sont les Jésuites qui assuraient la formation des dames, tout en exerçant leur influence sur elles. Cette dépossession ne fut pas une petite affaire. Les Dames qui composaient le bureau de la Miséricorde résistèrent par voie de droit. Ce n'est que par lettre de cachet du roi en date du 16 juin 1760 qu'elles durent se soumettre.

"De part le Roy. S.M. ordonne à la veuve Pinel, l'une des Dames de l'Œuvre de Miséricorde à Carcassonne, qu'aussitôt qu'elle aura connaissance du présent ordre, elle ait à remettre au bureau dudit Œuvre de la Miséricorde, généralement tous les papiers, actes et titres qu'elle en a déplacés, et ce à peine de désobéissance."

Depuis lors, les Dames de la Miséricorde qui se réunissaient au Collège, chez les Jésuites, se réunirent à l'Evêché.

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© Droits réservés

En 1842, l'œuvre devint l'Orphelinat des filles de la Miséricorde et s'établit dans la rue de la liberté. Connu également sous le nom d'Œuvre des orphelines, il est tenu avec les sœurs de la charité de Saint-Vincent-de-Paul. Le 10 février 1862, les Dames patronnesses de l'Œuvre de la Miséricorde entendent le discours de Mgr de la Bouillerie dans la chapelle de la Miséricorde de l'église Saint-Vincent. En 1896, l'orphelinat reçoit des filles légitimes de 6 à 12 ans, orphelines ou semi-orphelines indigentes de la ville et de l'arrondissement et les garde gratuitement jusqu'à 21 ans. Il peut offrir 51 places. Il existe dans Carcassonne la Maison de la Providence (à Sainte-Gracieuse) qui reçoit les filles orphelines dès 4 ans. Pour les garçons, il existe l'Hôpital général, l'orphelinat de Millegrand (Fondé à Trèbes en 1873 et dirigé par les Sœurs de la Présentation de la Vierge) et celui de Limoux (Frères des Ecoles chrétiennes).

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© Droits réservés

L'ancien bâtiment de l'Œuvre des Orphelines se trouvait contre le bastion Saint-Martial, face à l'actuel restaurant Chez Fred. Sous l'Ancien Régime, le bastion prit le nom de la Miséricorde. A l'intérieur de celui-ci, se trouvait le jardin des Sœurs de la Charité. Les bâtiments de l'orphelinat ont été rasés par la ville en 1974. Ils ont permis de dégager les vestiges de l'ancien rempart de la ville basse.

Sources

La France charitable et prévoyante / N°1 / 1896

Cartulaire / Mahul / Vol 6 (1ère partie)

L'assistance publique à Carcassonne / Thèse de doctorat / Ch. Boyer / 1919

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25/05/2017

Unique au monde ! La plus vieille statue de St-Louis est à Carcassonne.

La ville de Carcassonne possède en ses murs et plus exactement à l'intérieur de l'église Saint-Vincent, la plus ancienne représentation du roi Louis IX, connue à ce jour. La statue n'est pas contemporaine de Saint-Louis, fondateur de la Bastide qui porte son nom, mais selon le Bulletin archéologique de 1909 (Paris / Imprimerie Nationale), elle aurait été sculptée peu après 1320.

Pendant près de six siècles, elle fut exposée dans une niche du portail ouest de l'église donnant sur l'actuelle rue Albert Tomey, sans que l'on y porte grand intérêt. Après la Révolution française, Alexandre Lenoir chercha en vain une statue de Saint-Louis parmi les monuments détruits. Finalement, il prit pour modèle une statue de Charles V qu'il avait en double et pendant une cinquantaine d'années, les sculpteurs et les peintres se sont appuyés sur les traits de Charles le sage pour donner figure au fils de Blanche de Castille.

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La statue de Saint-Louis en 2017

Dans le courant du XXe siècle, on mit les quatre statues à l'abri à l'intérieur de l'église. Elle s'y trouvent toujours, fort mal exposées et dans un presque total anonymat.

"Le saint roi, canonisé en 1297, porte la couronne dont les fleurs de lys ont disparu ; sur son bras droit dont il manque la main, la couronne d'épines ; enfin il tient le sceptre de la main gauche. On n'aperçoit plus qu'un fragment de la sainte couronne. Il reproduit exactement la forme de la précieuse relique pour laquelle la Sainte-Chapelle fut construite et qui est aujourd'hui dans le trésor de Notre-Dame : un faisceau de joncs marins autour duquel était entrelacé le rameau épineux. Le sceptre est brisé et a perdu la fleur de lys qui le surmontait. La robe est retenue au col par un fermail quadrilobé sur lequel est sculptée une figure qui, à travers l'usure de la pierre, paraît être celle de la Vierge. Le manteau relevé sur l'épaule droite vient ensuite entourer le bas de la robe pour produire un effet de plis contrariés. La tête est fort belle. Elle est empreinte d'une gravité douce qui traduit le caractère du saint roi. Elle reproduit les traits sereins et nobles du buste en or repoussé de la Sainte-Chapelle qui contenait la partie supérieure de son crâne, mais que nous ne connaissons, il est vrai, que par la gravure. On y retrouve même les larges boucles de cheveux qui entouraient ce chef célèbre. L'ensemble de la statue donne bien l'impression que laisse le portrait de Joinville." 

(Extrait du Bulletin archéologique de 1909)

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Deux des quatre statues dans leur niche au début du XXe siècle.

Pendant longtemps, on vint du monde entier à Carcassonne pour copier ce que l'on considérait comme l'unique représentation fidèle de Saint-Louis. Aujourd'hui, faute de communication et pour ne pas fâcher les quelques mauvais coucheurs sectaires du coin, on tient cette statue dans une quasi obscurité. 

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