09/10/2017

La lauseto dal Carcassès : Quand Carcassonne avait encore une âme languedocienne.

Dans la salle des Jeux floraux de l'hôtel de ville fut fondé le 12 mars 1952, le groupe folklorique "La lauseto dal Carcassès". Cette association souhaitée par André Mouls, véritable passionné de la culture occitane, bénéficia du soutien de M. Marcel Itard-Longueville, maire de Carcassonne. C'est d'abord pour rendre hommage au félibre Achille Mir et à son ouvrage "La cansou de la Lauseto" que ce nom fut donné à ce groupe. L'alouette représente l'oiseau du Languedoc par excellence ; il naît, vit et chante dans nos contrées. Les buts de cette nouvelle société inscrits dans les statuts furent multiples : S'intéresser à tout ce qui touche le folklore (costumes, danses, chants régionaux du Languedoc), donner des représentations de pièces folkloriques, de danses et de chansons languedociennes, conserver de vieilles coutumes, organiser des conférences, des expositions, des projections, etc. Mme Maviel fit part des difficultés de reconstituer, d'après des sources officielles, un costume typiquement carcassonnais. Les seuls renseignements certains recueillis ce jour-là furent la coiffe tuyautée et le châle. M. Bourdil (Professeur de danse) mettra son ardeur à retrouver les danses de notre Languedoc.

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© Martial Andrieu

Les danseurs et musiciens de la Lauseto dal Carcassès

Comité d'honneur

MM. le Maire de Carcassonne, François-Paul Alibert et Jean Lebreau (poètes), le Dr Girou, Antoine Arnal (adjoint au maire), Georges Cotte (organiste de la cathédrale), Henri Signoles, Pierre Embry (Conservateur), René Descadeillas (Bibliothécaire), René Nelli (Conservateur du Musée), le chanoine Salvat (Félibre), Victor Bonnafous et Armand Tarès (acteur dramatique).

Comité actif

André Mouls (Président), Jean Bourdil (Vice-président), Célestin Combes (Trésorier), Francine Astier (Secrétaire), Jacqueline Barou (Secrétaire adjointe), Mme Maviel (Déléguée à la presse), Jean Lapeyre (Conseiller technique)

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© Martial Andrieu

Farandole dans la Cité

Le 8 juin 1952, la lauseto dal Carcassès se produisait pour la première fois au Jardin des plantes de Carcassonne. Pendant trois mois, il ne fut pas aisé de reconstituer les costumes traditionnels, les danses et les chants languedociens. Pour ce qui concerne les habits, on consulta l'ouvrage de Jean Lebreau "Ceux du Languedoc" et M et Mme Boumadier, habitants à Bouriège. Les costumes masculins se ressentent de l'influence catalane : bérets, cravates et ceintures blanches, sandales blanches et lacets bleus, qui se croisent jusqu'au dessous du genou. Les couleurs bleues et blanches sont celles figurant sur les armes de la ville de Carcassonne. Les costumes féminins comprennent les jupes fleuries, taillées dans des étoffes tuyautées fournies par Mme Guiraud à Arzens, et les châles authentiques.

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© Martial Andrieu

La ronde du coucou

Le groupe était constitué d'une vingtaine de bénévoles dont six couples de danseurs et un couple de jeunes danseurs de 6 à 8 ans, trois chanteurs (MM. Jean Lapeyre et Jean Jalabert, Mme Yvette Reynes). Cette dernière règle également la chorégraphie des danses. Les répétitions avaient lieu deux fois par semaine. Au répertoire de la Lauseto dal Carcassès : Le poivre, Les bâtons, le quadrille à l'Aragon, La fille de la meunière, la polka du fifre, La danse des treilles, La danse du chevalet, La trompeuse, Los Esclots (les sabots), la mazurka de Baset et Michel.

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© Martial Andrieu

"Le poutou", chanson languedocienne

En 1953, la Lauseto dal Carcassès est rattachée à la Fédération des Pyrénées, présidée par Mme Dasque. Elle se retrouve ainsi avec les groupes du Comminges, de la Bigorre, du Béarn, du Pays Basque, de l'Ariège, de la Haute-Garonne et des Pyrénées-Orientales. Ce groupe folklorique suscite beaucoup d'intérêt en dehors de son département, notamment à Marseille en 1955 lors d'un rassemblement au parc Borély en compagnie d'un millier de participants venus de la France entière. A Carcassonne, le défilé avec la Lance Sétoise aux fêtes du 14 juillet 1955, ne recueille que peu d'applaudissements. Durant la saison 1958-1959 la Lauseto participe au Cabaret occitan pendant le Festival de la Cité, au cours duquel elle est présentée par René Nelli.

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© Martial Andrieu

"Le poivre", danse languedocienne

Pendant une quinzaine d'années, la Lauseto dal Carcassès exporta notre culture par delà les frontières du département en contribuant à sa promotion. Aujourd'hui, il ne reste plus rien de tout cela. Pourtant, dans d'autres régions comme le Pays Basque, la Bretagne ou la Catalogne, le folklore constitue une force. Il est le ferment sur lequel les générations se passent le témoin. 

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02/10/2017

Vieille coutume disparue : La fête du roitelet à Carcassonne

Autrefois, la fête du roitelet se célébrait chaque année à Carcassonne. Jusqu'à la Révolution ce 1793, les habitats des campagnes voisines accoururent à la ville pour accéder à ces réjouissances. Le premier dimanche du mois de décembre, les jeunes gens de la rue Saint-Jean organisaient une chasse à l'oiseau dit roitelet. Armés d'une gaule, ils battaient les buissons à coups redoublés et s'efforçaient de trouver et d'abattre un de ces oiseaux. Celui qui était assez heureux pour y réussir était acclamé par ses camarades qui le proclamaient leur chef ; il devenait roitelet. On rentrait en ville en procession et le nouveau monarque marchait la tête haute, portant au bout de sa gaule l'oiseau qu'il avait abattu. La comédie durait jusqu'à la fin du mois de décembre. Le dernier jour et sur le soir, les fifres et  les tambours se faisaient entendre de toutes parts. Les jeunes gens qui avaient assisté à la chasse au roitelet, allaient prendre Sa Majesté chez elle et l'accompagnaient dans une promenade qu'elle faisait dans toutes les ruesde la ville. Des hommes, portant des torches et des flambeaux, précédaient le monarque qui s'arrêtait à la porte de chaque maison. Les tambours, les fifres et les trompettes retentissaient alors et un des chambellans du roitelet écrivait sur la porte, avec de la craie rouge ou blanche : Vive le roi ! puis il ajoutait le millésime de l'année qui allait commencer. 

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Le jour de l'Épiphanie, ou jour des rois, le roitelet sortait en grand pompe dès 9 heures du matin, le diadème au front, le sceptre à la main, il se drapait dans un manteau de couleur bleue. Ses officiers qu'il avait nommés lui-même l'entouraient et lui donnaient publiquement des marques de leur respect. Une garde d'honneur formée de ses compagnons de chasse l'escortait au son des fifres et des hautbois. L'oiseau qu'il avait tué était porté par un de ses premiers officiers, au bout d'un long bâton, et les jeunes filles de Carcassonne se dépouillaient ce jour-là de leurs plus beaux rubans que les gardes du roitelet suspendaient au rameau d'olivier qui surmontait la royale bannière. 

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Suivi de ce cortège le roitelet se rendait à l'église Saint-Vincent. Assis sur un petit trône au milieu du chœur, entouré de ses ministres et de sa garde, il assistait à la grand messe. Aussitôt que la cérémonie était terminée, le monarque, dont le règne allait finir, se dirigeait vers le palais épiscopal et rendait visite au premier pasteur de Carcassonne. Les magistrats, le maire et autres fonctionnaires publics recevaient le même honneur du roitelet, qui ne manquait pas de leur présenter un petit bassin où ils déposaient leurs offrandes. Le cortège royal recevait ainsi une assez forte somme d'argent, le roi n'exigeant aucun tribut de ses sujets. Tout était employé aux frais d'un festin somptueux à la suite duquel on dansait à la lueur des flambeaux. Ainsi se terminait le règne heureux et paisible du roitelet qui abdiquait sans regret sa couronne de fleurs et son innocente et joyeuse royauté.

Source

Auguste Ditandy (1826-1902), inspecteur d'Académie.

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