24/11/2017

Tradition festive disparue : Le tour de l'âne de Carcassonne

Il était à Carcassonne une tradition festive aujourd'hui disparue, dont l'origine remonterait au Moyen-âge : Le tour de l'âne. Dans un livre de Paul Basiaux-Defrance, l'auteur n'est pas tendre avec cette vieille tradition : "On en a fait une bouffonnerie et la malignité publique y voit plutôt un signe de tromperie et de discorde". Ainsi, le tour de l'âne serait une réminiscence d'un culte mithriaque. Mithra était sous l'empire romain honoré dans notre région. Ont dit également que les corridas en seraient une émanation. L'argument de Basiaux-Defrance prend son sens si l'on considère que le christianisme naissant, voulût interdire les autres religions. Les adorateurs de Mithra auraient créé le tour de l'âne comme subterfuge. A Alzonne, il existe les vestiges d'un temple de Mithra.

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En dehors des célébrations religieuses et des processions, le dernier marié de l’année, coiffé d’un gibus et vêtu d’un costume noir, parcourait les rues de la Cité à dos d’âne.Il devait également tenir une paire de cornes au bout desquelles pendaient des légumes, comme autant de symboles phalliques.
Autour de lui une farandole chantait un vieil air « siás coiol paure  òme … », (tu es cocu, pauvre homme).
En signe d’allégeance, les femmes devaient embrasser les cornes.

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La fête se terminait par un grand repas et grand bal devant la Porte narbonnaise. 
L'ouverture du bal débutait par la bataille des « gabels » ; des sarments de vigne avec lesquels les hommes mariés tapaient sur les jeunes pour les faire partir. 

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© Loupia

Tour de l'âne à la Cité vers 1920

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Le tour de l'âne en 1930

On reconnaît : Laurent Bergé, Cadène, Roger Béteille, Raymond Arino, Jean Roos, Julien Charles, Henri Céreza, Léon Maury, Antoine Sire, Etienne Aribaud, Paul Contié (Marié), Georges Béteille, Eugène Pueyo, Germaine Espanol, Antoine Barrabès...

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En 1954 : Eugène Pueyo, François Pujet (fait boire l'âne), Marcel Debez (Le marié), Jules Rainaud (trompette), etc.

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© Martial Andrieu

Tour de l'âne du 9 juillet 1965

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Le tour de l'âne se fit également pendant la fête de Saint-Saturnin à la Trivalle et s'exporta dans d'autres quartiers de la ville.

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Tour de l'âne à Villalbe pendant les fêtes du 15 août 1952.

Le tour de l'âne, dont la tradition était exclusivement entretenue par des habitants de la Cité s'éteignit en 1976. A cette époque, la cité médiévale devint un lieu de plus en plus touristique dans lequel les anciens citadins n'avaient plus guère leur place. Les maisons furent vendues et transformées en commerces. Si les citadins regrettent qu'on leur ait pris leur cité, ils ne disent jamais la plus-value immobilière qu'ils ont réalisée en vendant leurs biens. Entre 1976 et 1999, date du renouveau avec la création de l'association "Los ciutadins", le tour de l'âne se déplaça en la ville basse.

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© Droits réservés

Le tour de l'âne en 1983

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Le tour de l'âne dans la rue Courtejaire en 1986

La tradition reprit donc en 1999, mais seulement pour sept années. Depuis 2012, les anciens combattants de l'association "Los ciutadins" ont jeté l'éponge. Peut-être le tour de l'âne est-il mort de sa consanguinité. En effet, il fallait être un citadin pour monter sur l'âne. De nos jours, on fait des procès aux maires qui laissent sonner l'angélus, aux voisins dont le coq chante. Même les ânes seraient défendus par une association de défense animale... Alors chacun rentre chez soi, regarde Michel Drucker le dimanche et ne se mêle de plus rien. Ainsi va la vie, derrière désormais les ordinateurs où paraît-il on se fait plein d'amis... virtuels. Pendant ce temps, on nous transporte la fête de Saint-Nicolas à Cité qui n'a vraiment aucun lien historique ni traditionnel avec le Languedoc. "O tempora, o mores !"

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09/10/2017

La lauseto dal Carcassès : Quand Carcassonne avait encore une âme languedocienne.

Dans la salle des Jeux floraux de l'hôtel de ville fut fondé le 12 mars 1952, le groupe folklorique "La lauseto dal Carcassès". Cette association souhaitée par André Mouls, véritable passionné de la culture occitane, bénéficia du soutien de M. Marcel Itard-Longueville, maire de Carcassonne. C'est d'abord pour rendre hommage au félibre Achille Mir et à son ouvrage "La cansou de la Lauseto" que ce nom fut donné à ce groupe. L'alouette représente l'oiseau du Languedoc par excellence ; il naît, vit et chante dans nos contrées. Les buts de cette nouvelle société inscrits dans les statuts furent multiples : S'intéresser à tout ce qui touche le folklore (costumes, danses, chants régionaux du Languedoc), donner des représentations de pièces folkloriques, de danses et de chansons languedociennes, conserver de vieilles coutumes, organiser des conférences, des expositions, des projections, etc. Mme Maviel fit part des difficultés de reconstituer, d'après des sources officielles, un costume typiquement carcassonnais. Les seuls renseignements certains recueillis ce jour-là furent la coiffe tuyautée et le châle. M. Bourdil (Professeur de danse) mettra son ardeur à retrouver les danses de notre Languedoc.

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© Martial Andrieu

Les danseurs et musiciens de la Lauseto dal Carcassès

Comité d'honneur

MM. le Maire de Carcassonne, François-Paul Alibert et Jean Lebreau (poètes), le Dr Girou, Antoine Arnal (adjoint au maire), Georges Cotte (organiste de la cathédrale), Henri Signoles, Pierre Embry (Conservateur), René Descadeillas (Bibliothécaire), René Nelli (Conservateur du Musée), le chanoine Salvat (Félibre), Victor Bonnafous et Armand Tarès (acteur dramatique).

Comité actif

André Mouls (Président), Jean Bourdil (Vice-président), Célestin Combes (Trésorier), Francine Astier (Secrétaire), Jacqueline Barou (Secrétaire adjointe), Mme Maviel (Déléguée à la presse), Jean Lapeyre (Conseiller technique)

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© Martial Andrieu

Farandole dans la Cité

Le 8 juin 1952, la lauseto dal Carcassès se produisait pour la première fois au Jardin des plantes de Carcassonne. Pendant trois mois, il ne fut pas aisé de reconstituer les costumes traditionnels, les danses et les chants languedociens. Pour ce qui concerne les habits, on consulta l'ouvrage de Jean Lebreau "Ceux du Languedoc" et M et Mme Boumadier, habitants à Bouriège. Les costumes masculins se ressentent de l'influence catalane : bérets, cravates et ceintures blanches, sandales blanches et lacets bleus, qui se croisent jusqu'au dessous du genou. Les couleurs bleues et blanches sont celles figurant sur les armes de la ville de Carcassonne. Les costumes féminins comprennent les jupes fleuries, taillées dans des étoffes tuyautées fournies par Mme Guiraud à Arzens, et les châles authentiques.

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© Martial Andrieu

La ronde du coucou

Le groupe était constitué d'une vingtaine de bénévoles dont six couples de danseurs et un couple de jeunes danseurs de 6 à 8 ans, trois chanteurs (MM. Jean Lapeyre et Jean Jalabert, Mme Yvette Reynes). Cette dernière règle également la chorégraphie des danses. Les répétitions avaient lieu deux fois par semaine. Au répertoire de la Lauseto dal Carcassès : Le poivre, Les bâtons, le quadrille à l'Aragon, La fille de la meunière, la polka du fifre, La danse des treilles, La danse du chevalet, La trompeuse, Los Esclots (les sabots), la mazurka de Baset et Michel.

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© Martial Andrieu

"Le poutou", chanson languedocienne

En 1953, la Lauseto dal Carcassès est rattachée à la Fédération des Pyrénées, présidée par Mme Dasque. Elle se retrouve ainsi avec les groupes du Comminges, de la Bigorre, du Béarn, du Pays Basque, de l'Ariège, de la Haute-Garonne et des Pyrénées-Orientales. Ce groupe folklorique suscite beaucoup d'intérêt en dehors de son département, notamment à Marseille en 1955 lors d'un rassemblement au parc Borély en compagnie d'un millier de participants venus de la France entière. A Carcassonne, le défilé avec la Lance Sétoise aux fêtes du 14 juillet 1955, ne recueille que peu d'applaudissements. Durant la saison 1958-1959 la Lauseto participe au Cabaret occitan pendant le Festival de la Cité, au cours duquel elle est présentée par René Nelli.

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© Martial Andrieu

"Le poivre", danse languedocienne

Pendant une quinzaine d'années, la Lauseto dal Carcassès exporta notre culture par delà les frontières du département en contribuant à sa promotion. Aujourd'hui, il ne reste plus rien de tout cela. Pourtant, dans d'autres régions comme le Pays Basque, la Bretagne ou la Catalogne, le folklore constitue une force. Il est le ferment sur lequel les générations se passent le témoin. 

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02/10/2017

Vieille coutume disparue : La fête du roitelet à Carcassonne

Autrefois, la fête du roitelet se célébrait chaque année à Carcassonne. Jusqu'à la Révolution ce 1793, les habitats des campagnes voisines accoururent à la ville pour accéder à ces réjouissances. Le premier dimanche du mois de décembre, les jeunes gens de la rue Saint-Jean organisaient une chasse à l'oiseau dit roitelet. Armés d'une gaule, ils battaient les buissons à coups redoublés et s'efforçaient de trouver et d'abattre un de ces oiseaux. Celui qui était assez heureux pour y réussir était acclamé par ses camarades qui le proclamaient leur chef ; il devenait roitelet. On rentrait en ville en procession et le nouveau monarque marchait la tête haute, portant au bout de sa gaule l'oiseau qu'il avait abattu. La comédie durait jusqu'à la fin du mois de décembre. Le dernier jour et sur le soir, les fifres et  les tambours se faisaient entendre de toutes parts. Les jeunes gens qui avaient assisté à la chasse au roitelet, allaient prendre Sa Majesté chez elle et l'accompagnaient dans une promenade qu'elle faisait dans toutes les ruesde la ville. Des hommes, portant des torches et des flambeaux, précédaient le monarque qui s'arrêtait à la porte de chaque maison. Les tambours, les fifres et les trompettes retentissaient alors et un des chambellans du roitelet écrivait sur la porte, avec de la craie rouge ou blanche : Vive le roi ! puis il ajoutait le millésime de l'année qui allait commencer. 

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Le jour de l'Épiphanie, ou jour des rois, le roitelet sortait en grand pompe dès 9 heures du matin, le diadème au front, le sceptre à la main, il se drapait dans un manteau de couleur bleue. Ses officiers qu'il avait nommés lui-même l'entouraient et lui donnaient publiquement des marques de leur respect. Une garde d'honneur formée de ses compagnons de chasse l'escortait au son des fifres et des hautbois. L'oiseau qu'il avait tué était porté par un de ses premiers officiers, au bout d'un long bâton, et les jeunes filles de Carcassonne se dépouillaient ce jour-là de leurs plus beaux rubans que les gardes du roitelet suspendaient au rameau d'olivier qui surmontait la royale bannière. 

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Suivi de ce cortège le roitelet se rendait à l'église Saint-Vincent. Assis sur un petit trône au milieu du chœur, entouré de ses ministres et de sa garde, il assistait à la grand messe. Aussitôt que la cérémonie était terminée, le monarque, dont le règne allait finir, se dirigeait vers le palais épiscopal et rendait visite au premier pasteur de Carcassonne. Les magistrats, le maire et autres fonctionnaires publics recevaient le même honneur du roitelet, qui ne manquait pas de leur présenter un petit bassin où ils déposaient leurs offrandes. Le cortège royal recevait ainsi une assez forte somme d'argent, le roi n'exigeant aucun tribut de ses sujets. Tout était employé aux frais d'un festin somptueux à la suite duquel on dansait à la lueur des flambeaux. Ainsi se terminait le règne heureux et paisible du roitelet qui abdiquait sans regret sa couronne de fleurs et son innocente et joyeuse royauté.

Source

Auguste Ditandy (1826-1902), inspecteur d'Académie.

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20/09/2013

Le tour de table

Peu à peu les traditions fuient le temps où elles étaient encore pratiquées. Ainsi en est-il du "Tour de table" ! Macarel, qu'es aco ? Pendant les fêtes de quartier ou maintenant de villages, il était de coutume pour le comité des fêtes de faire gonfler ses finances. A la fin de la messe dominicale, les musiciens de l'orchestre prévus pour animer le bal du jour en compagnie de membres du comité passaient de maison en maisons. Le propriétaire sortait et demandait aux musiciens de leur jouer l'air de son choix, après quoi il remettait aux organisateurs une petite ou une grosse somme. Le tour de table souvent se finissait tard jusqu'au début de l'après-midi, pendant qu'un apéritif était offert aux habitants à la salle des fêtes. Souvent l'ensemble des musiciens revenaient en titubant de ce tour de table, où chaque maison leur proposait un verre de muscat ou d'anis alcoolisé.

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Voici la ligne de démarcation entre Trivaliens et Barbacaniens !

Lors des fêtes de St-Gimer (Barbacane), il était formellement défendu au comité des fêtes de ce quartier de s'aventurer au-delà de ce porche pendant le "Tour de table". La frontière s'établissant à cet endroit, quiconque la franchissait faisait craindre un incident diplomatique, voire des représailles. Voyez que le "Tour de table" était une affaire très sérieuse...

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