23/11/2017

L'évêque de Carcassonne intervint auprès du pape pour faire sacrer Napoléon III

Napoléon III avait souhaité, à l'exemple de son oncle, être sacré empereur à Paris par le pape. Nous savons grâce aux archives publiées sous le pontificat de Paul VI, le fin mot de cette histoire assez rocambolesque. Dès le mois d'août 1852, Louis-Napoléon Bonaparte engagea des négociations auprès de Pie IX et envoya deux émissaires à Rome : son aide de camp, Jules Comway de Cotte, et l'abbé Louis-Gaston de Ségur, fils de la célèbre comtesse. L'un comme l'autre s'en revinrent bredouille du Saint-Siège.

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Napoléon III

Élu en 1846, Pie IX avait dû s'enfuir de Rome pour se réfugier à Gaète. C'est grâce à la campagne d'Italie de l'armée française qu'il put revenir dans la ville éternelle. Ce que la grande histoire n'a pas retenu c'est l'intervention en octobre 1852 de Mgr de Bonnechose, évêque de Carcassonne. Il n'obtint pas davantage de succès... Pie IX fit traîner sa réponse, tenta de l'éluder, puis opposa un "Non possumus" invoquant l'impossibilité de transporter les saintes huiles à l'étranger : "Les papes ne vont pas porter le Saint-Chrême hors de chez eux. L'exception faite pour Napoléon 1er ne sera pas renouvelée", fit savoir Pie IX.

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Mgr de Bonnechose dans son habit de cardinal

(1800-1883)

L'évêque de Carcassonne revint malgré tout à la charge auprès du Saint-Père, mais celui-ci plus entêté que lui répondit :

"Eh bien ! Qu'il vienne à Rome comme Charlemagne et nous le sacrerons."

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Pie IX

Napoléon III refusa cette proposition. Il eut peur du ridicule car en 1832, il avait participé avec les "Carbonari" à l'envahissement des Etats pontificaux. Il avait fait le coup de feu contre les soldats du pape. Aller à Rome serait faire jaser l'Europe entière ! D'ailleurs, Mgr de Bonnechose comprit fort bien qu'il ne fallait pas insister davantage : "Je comprends qu'il redoute les souvenirs de jeunesse qu'il a laissés à Rome. Il dit qu'il a abjuré tout cela, qu'il est un autre homme. Eh bien, qu'il le prouve..." Napoléon le petit resta droit dans ses bottes et son sacre n'eut jamais lieu. Napoléon III fit sa demande de sacre auprès de Pie IX, mais celui-ci n'était prêt à en disposer qu'à condition que l'empereur abrogeât "tout disposition contraire au concordat".

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20/11/2017

La malédiction des entrepreneurs du Grand Hôtel Terminus

Le 17 juin 2015 nous rédigions un article sur Raoul Motte, banquier de son état, à l'origine de la construction en 1914 du Grand Hôtel Terminus sur l'emplacement du vieil Hôtel Saint Jean Baptiste. Cent ans après sa mort, nous révélions que cet homme avait été fusillé lors de la Grand guerre pour abandon de poste en présence de l'ennemi. Il est l'un de nombreux soldats français jugés en conseil guerre et que la France n'a jamais réhabilités. Le lieutenant Motte, contre l'avis du gouvernement, sera exécuté par la seule obsession du général Berthelot. 

http://musiqueetpatrimoine.blogs.lindependant.com/archive...

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Nous pensions que ce pauvre homme avait été le seul à subir un tel coup du destin, sans préjuger que ce qu'était devenu Auguste Beauquier, son associé. Par chance, lors de nos recherches nous sommes tombés sur un vieil article de presse rédigé en 1951 par Jean Amiel. Cet érudit publiait des articles sur l'histoire locale dans le Courrier de la Cité.

Le Courrier de la Cité - 1951

S’il est des morts qu’il faut qu’on tue, dit-on parfois quelque peu brutalement, il en est d’autres, et beaucoup d’autres, si l’on veut se bien tenir dans la doctrine du Christ, qu’il faut que l’on salue.
De ce nombre est Auguste Beauquier, qui vient de mourir à Toulouse, à l’âge de 66 ans, il y quelques jours à peine. Ce nom ne vous dit rien, Carcassonnais de son âge et du nôtre ? Il est cependant lié très étroitement à celui de cet édifice magnifique qui orne aujourd’hui votre ville, près de la gare du midi, devant le Jardin des plantes et qui engage, pour sa large part le voyageur et le touriste à entrer chez vous et à y séjourner : le Terminus Hôtel.

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Hôtel Saint Jean-Baptiste

Nous nous rappelons, nous, vieux Carcassonnais, le vieil hôtel Saint-Jean Baptiste, avec son affenage, qui se trouvait là, sur cet emplacement, et qui avait reçu et hébergé des hôtes illustres, notamment le pape Pie VII et le roi Ferdinand VII d’Espagne, alors que l’un et l’autre, en 1814, rentraient d’exil et regagnaient leur patrie. Devant la vieille porte du vieil hôtel, quand les choses avaient véritablement leur prix et les gens leur dignité, l’on voyait périodiquement, quatre fois par an, en février, mai, août et novembre, un dragon, un beau dragon, armé de pied en cap, monter diligemment la faction : un conseiller à la Cour d’appel de Montpellier, qui venait présider la session de la Cour d’assise, y séjournait durant toute une semaine, ou un général y descendait, qui venait inspecter les troupes de la garnison. Vous pouvez revoir la silhouette de cette demeure ancienne aujourd’hui disparue à tout jamais, dans le Guide de Carcassonne que publia Gaston Jourdanne en 1900.

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C’était en 1912, quelque temps avant la Première guerre mondiale. Deux jeunes hommes de notre bonne ville de Carcassonne s’avisèrent qu’à la place du vieil hôtel Saint-Jean Baptiste, il en fallait décidément un autre ayant toute l’ampleur et l’installation modernes. Et, sans plus d’égards ni de retard, l’on jeta bas le bâtiment vétuste qui était pour nous et pour nos pères tout un coffre de souvenirs. Ah ! c’est qu’on ne prit pas cela à la légère à Carcassonne. Les murs que l’on abattait ainsi et ceux qu’on élevait à leur place en ont entendu de sévères et de cruelles à l’adresse de ces imprudents ou téméraires qui provoquaient ainsi cet évènement sensationnel.

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On allait en promenade au Jardin des plantes, et là, les groupes protestataires et même les autres - la contamination jouant son jeu - s’agitaient et discutaient à qui mieux mieux. Si le vénérable Mgr de Beauséjour, alors évêque de Carcassonne, y venait avec son jeune vicaire général, l’abbé Saglio, imposant par sa taille autant que par sa prestance, régulièrement et tout simplement pour y voir fonctionner la… grue, au dire de l’érudit abbé Sabarthès, tout fraîchement nommé chanoine, ses diocésains y venaient aussi pour cela sans doute et pour se divertir et s’égayer, mais aussi pour donner libre cours à leur colère et à leur indignation dans lesquelles les sept pêchés capitaux entraient en grande partie : « Où veulent-ils aller ? » (Ils, c’étaient les deux jeunes hommes qui avaient lancé l’entreprise : Auguste Beauquier et Raoul Motte). "Que pensent-ils faire ? » « Ça ne se passera pas comme ça, renchérissaient-ils. Ils s’arrêteront et ils monteront les escaliers ! »
« Monter les escaliers ! » Nous ignorons si cette expression est commune à d’autres régions, mais à Carcassonne, chez nous, cela veut dire tout bonnement qu’on ira devant le juge et en prison.
Le Palais de justice, en effet, dans le chef-lieu de l’Aude, a au pied de sa porte principale, un escalier monumental qui compte de nombreuses marches, et l’on comprendra aussitôt ce que veut dire chez nous cette si charitable locution.

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Et ils les ont montés, les escaliers, ces deux pauvres bougres : Auguste Beauquier et Raoul Motte, celui-ci, hélas ! beaucoup plus tragiquement que celui-là, qui vient de mourir paisiblement dans son lit. Accueilli à Toulouse, en effet quelque temps après le désastre, par Maurice Sarraut qui en fit un inspecteur de son journal, Beauquier vivait maintenant et depuis quelques années comme nous tous, sans trop de mal. Et de même qu’ils ont monté les escaliers, l’édifice n’a pas été réalisé comme ils l’avaient conçu : nous avons-là, sous les yeux, son plan primitif qui comportait quatre étages, notamment et il n’en compte que trois…

Un jour Beauquier nous raconta son histoire : "J’ai eu dans les mains, nous dit-il, huit millions et je n’ai rien gardé pour moi. Je n’ai pas le sou et l’on m’en demande toujours. Je ne puis pas payer mes amendes, et l’on ne cesse pas de m’inquiéter, de me harceler et de me menacer…"

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Tout cela est passé, et bien passé. Mais il reste à Carcassonne un splendide hôtel que d’autres grandes villes lui envient. Nous avons eu l’occasion de nous y trouver, une fois, avec M. Emmanuel Brousse, député de Perpignan et ancien Sous-secrétaire d’Etat aux finances, qui nous honorait de son amitié, et qui nous dit que cet établissement manquait à sa ville, et Dieu sait si Perpignan en a de superbes. Carcassonne doit le sien à deux de ses enfants intrépides et confiants qui ont, sans doute, commis quelques erreurs qu’ils ont d’ailleurs, rudement payées, mais ils n’en ont pas moins fait œuvre utile et nécessaire à travers d’inextricables difficultés et d’insurmontables obstacles auxquels nous n’avons fait que de très superficielles allusions.

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© Booking

Le Grand Hôtel Terminus en 2017

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19/11/2017

L'attaque contre le Corps Franc de la Montagne noire par les Allemands en juillet 1944

Au matin du 8 juin 1944, il est donné l’ordre aux escadrons du Corps Franc de la Montagne noire cantonnés à Laprade d’aller occuper Montolieu. A 13 heures, ce sont 120 hommes commandés par Kervenoael qui défilent dans les rues de ce village d’un millier d’habitants. On cherche à défier les Allemands en leur montrant que les maquisards sont partout. A tous les carrefours les sentinelles sont en faction, la mairie et le bureau de poste sont occupés. Une heure plus tard, l’autobus venant de Carcassonne dépose ses voyageurs ainsi que deux soldats de la Wehrmacht. Ces derniers sont immédiatement faits prisonniers. 19 heures sonne à l’horloge de l’église de Montolieu ; c’est l’heure du rassemblement sur la place. Il est dangereux de s’attarder davantage dans ce village qui serait difficile à défendre en cas d’attaque ennemie ; il suffirait d’un collaborateur zélé pour donner l’alerte à Carcassonne. Grâce au dossier du procès Bach conservé aux archives, nous savons que les Allemands apprirent l’évènement de Montolieu et y envoyèrent des troupes. Fort heureusement, les maquisards étaient déjà partis. Revenons sur la place du village en cette fin après-midi du 8 juin où la population en liesse, s’est attroupée autour des maquisards. Une minute de silence est observée devant le monument aux morts, suivie de la Marseillaise. Les habitants applaudissent, des femmes pleurent… Il est temps de revenir dans la clandestinité ; la guerre n’est pas encore terminée.

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© David Mallen

A Carcassonne, les autorités Allemandes entendent mettre bientôt fin aux exactions du Corps Franc de la Montagne noire contre ses troupes. Elles sont régulièrement victimes d’embuscades lorsqu’elles transitent par les routes forestières de la Galaube ou encore de la Loubatière. Les chefs militaires vont alors mettre les moyens humains et techniques afin de faire taire ce maquis. Où se trouve t-il exactement ? Quels sont ses effectifs et ses moyens ? Autant d’interrogations qui ne pourront trouver de réponse sans le concours et la collaboration de français infiltrés, ayant une bonne connaissance du terrain. Depuis quelques temps, le Sipo-SD (Gestapo) de Carcassonne, aidé dans sa tâche par la Milice départementale de l’Aude, rassemble des renseignements sur l’existence de ce maquis. Antoine Maury âgé de 19 ans et originaire de Tourouzelle, fait partie de la Franc-Garde de la Milice. Il s’y est engagé parce qu’il ne voulait plus travailler la terre et qu’on l’avait refusé dans la police. Ses chefs, dont la grande partie fuira à la Libération sans être inquiétée, savent endoctriner la jeunesse qu’ils détiennent sous leurs ordres. Celle-là même qui sera fusillée en septembre et octobre 1944 comme Antoine Maury…

En ce mois de juillet 1944, Georges Prax, chef départemental de la Milice de l’Aude, convoque Maury et l’envoie à la Gestapo, route de Toulouse. C’est bien la première fois qu’il s’y rend. René Bach, interprète Alsacien du SD lui donne alors la somme de 500 francs. Quelle est sa mission ? Aller à la Galaube, indiquer l’emplacement du maquis, son armement et son effectif. C’est sur les indications de Fernand Fau, agent du SD, que Maury s’y rend. A son retour, il racontera qu’étant tombé sur le poste de garde, la sentinelle le pria de rebrousser chemin. Avec 500 francs supplémentaires, René Bach n’a pas de mal à convaincre Maury d’aller cette fois au Pic de Nore. A cette époque, un ouvrier agricole gagne environ 45 francs par jour. En se faisant porter pâle Maury rentre à Tourouzelle et ne retourne pas dans la Montagne noire.

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© David Mallen

L'hôtel Terminus en 1944

Du côté de la Kommandantur de Carcassonne, on commence à s’agiter. Fernand Fau a été présenté par le chef du Sipo-SD Eckfellner au colonel de la Luftwaffe Haffner. Il doit lui indiquer les observations qu’il a faite sur le terrain en vue des préparatifs de l’attaque contre la Galaube. Haffner dépêche alors deux soldats pour faire des relevés topographiques. Ce sont deux français engagés dans l’armée allemande qui viennent de faire leurs preuves lors de la campagne de Russie. On met leur habileté au service de la lutte contre les maquis. Habillés en civil, ils fréquentent très régulièrement le Café du midi, boulevard Barbès. Ils n’auront aucune difficulté à se fondre dans la population. Fernand Fau fait le même travail, mais se serait-il trop montré ? Comment expliquer alors qu’il paraît aux côtés des résistants du maquis de Villebasy replié dans la Maleperre, ce qui lui permettra de faire arrêter Jean Bringer le 29 juillet 1944 ? On ne s’explique pas comment cet homme a pu berner aussi facilement le Corps Franc Lorraine (Villebasy), alors qu’il avait déjà dénoncé plusieurs maquis de l’Aude. Il y a forcément une grave légèreté dans le renseignement, voire une complicité quelque part…

D’après ce que Fau a raconté à René Bach car il se trouvait à la Galaube, à l’aube ce sont cinq cents hommes de la 2e compagnie du 71e flieger régiment (aviation) de la caserne Laperrine qui partent vers la Montagne noire en ce 20 juillet 1944. Ce régiment de l’air était composé de 1775 unités réparties en trois bataillons : Montpellier, Carcassonne dont deux compagnies à Perpignan, Béziers. Nous ignorons l’effectif de la garnison de Laperrine ; en divisant par trois bataillons cela représente à peu près 500 hommes. Ceci est proche du chiffre que donne René Bach lors de son procès.

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© David Mallen

Caserne Laperrine en 1944

Ils sont accompagnés par des Osttrupen cantonnés à Douzens. Ces troupes improprement appelées « Mongols » viennent d’Europe de l’Est et appartiennent à la 4e compagnie du 681e bataillon de la 326 Infanterie division. D’après nos renseignements, les effectifs de Douzens n’auraient pas dépassé une cinquantaine d’hommes. L’infanterie boche possède des canons légers et est appuyée dans les airs par six avions Junkers JU 88.

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© David Mallen

Les 3/4 de l’infanterie se déplace à pied et à cheval, mais le journal de marche du Corps Franc raconte que des civils ont vu le matin 80 camions pleins d’Allemands sur la route d’Arfons et vers 11 heures, 50 camions à Fontiers. Au total 130 camions, représentant 1500 hommes. C’est sur cette observation visuelle effectuée par des civils que se base le journal de marche pour donner les effectifs Allemands.

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© David Mallen

Du côté du Corps de Franc de la Montagne, les maquisards seraient 900. Nous n’avons aucun moyen de le contester, mais depuis 1946 les historiens ont sérieusement revu à la baisse les chiffres des effectifs donnés par la résistance après l’attaque contre le maquis des Glières en Haute-Savoie. Dans un élan d’héroïsme qu’il faut reconnaître, on a souvent modifié les données historiques. Ceci n’enlève rien à la bravoure des maquisards, bien au contraire.

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© David Mallen

Ce 20 juillet 1944, l’aviation allemande pilonne dès 6h45 l’un des trois cantonnements du maquis. Le camp du Rietgé où se trouve le dépôt de munitions est bombardé par des engins explosifs de 300 kilos. C’est ensuite au tour du Village des Escudiers. Ces combats causeront la perte et les blessures de plusieurs hommes. Le cadavre du commandant Mathieu sera retrouvé quelques jours après sous un tas de fumier. Pendant toute la journée, les maquisards opposeront un combat farouche à l’armée allemande. Menacés d’encerclement, l’ordre sera donné de décrocher et de se replier vers le Pic de Nore. Le Corps Franc ne s’en sort pas trop mal et évoque des pertes d’appareils et d’hommes du côté de l’occupant. En revanche, Bach indique que le rapport rédigé par l’administration allemande évoque aucune perte. Cela semble peu vraisemblable. Les Allemands auraient détruit le matériel de roulage du maquis et récupéré des millions de litres d’essence.

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Membres du Corps Franc de la Montagne noire

Sans la participation, les indications et la collaboration de français endoctrinés ou attirés par l’argent, l’armée Allemande n’aurait eu que peu de prise sur la Résistance. Le rôle de la Milice française qui n’est pas évoqué militairement dans cette opération, fut essentiel dans le renseignement avec l’aide des agents français du SD. Il nous a paru essentiel pour la compréhension des évènements de nous pencher sur ce qui se passait du côté des Allemands. Pendant trop d’années, on a tenu les historiens éloignés des archives. Il ne fallait surtout pas mettre en évidence le rôle d’une partie de la France, dans les déportations et massacres perpétrés par les nazis sur notre sol.
Regarder l’histoire en face, c’est ce que entendons faire sur ce blog. 

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L'ossuaire de Fontbruno près de Laprade 

Ici, des Français et des étrangers de toutes confessions politiques ou religieuses sont morts pour la libération de la France. Si vous passez-là, recueillez-vous.

Sources

Journal de marche du Corps Franc / 1946

Procès de René Bach / ADA 11

Merci à David Mallen pour ses photos

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16/11/2017

Brice Bourrounet (1925-2002) assassiné pendant la veillée de noël à Carcassonne

L'ancien coureur cycliste né le 7 avril 1925 à Blomac dans l'Aude menait une vie de retraité tranquille à Carcassonne. Père de quatre enfants et divorcé de Francine, son épouse, il s'était établi dans un appartement situé au n°12 de la rue Flandres-Dunkerque dans le quartier de la Trivalle. C'est là qu'il sera retrouvé mort le lendemain de noël par Christine Posocco et son ex-épouse. 

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A la fin des années 1940, Brice Bourrounet côtoie au sein du peloton les cracs de l'époque. Ils se nomment Louison Bobet, Jean Robic, Jean Dotto ou encore René Vietto. C'est ce dernier qu'il battra en 1945 lors d'une étape du circuit des cols des Pyrénées. 

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Le vélo était pour Brice une véritable religion qu'il n'entendait pas partager seul. Après sa retraite sportive, il constitua une équipe de jeunes coureurs. Il souhaitait transmettre le flambeau et cette lumière pour l'amour des autres qui brillait en lui. Brice faisait l'unanimité autour de lui ; il aurait donné sa chemine alors même qu'il n'était pas très fortuné. 

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Tout en continuant d'entraîner ses jeunes pousses, l'ancien coureur se mue en artisan de cycles. Dans son atelier de la rue Auguste Comte au n°12, il fabriquait des cadres de vélos sur mesure. Sa réputation dépassant les frontières, il finit même par signer sa propre marque : Cycles Bourrounet. A la Conte, tout le monde le connaissait ; il n'était pas rare d'apercevoir dans son atelier, des gens de ce quartier populaire de la ville. Cet homme rendait de nombreux services... Il prenait des enfants défavorisés comme apprentis.

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Quand l'heure de la retraite sonna, Brice Bourrounet se prit de passion pour l'accordéon. Chez Christine Posocco, professeur de piano à bretelles, il apprit avec célérité et détermination la virtuosité de cet instrument. Il n'est pas un jour, où l'on n'entendit pas Brice s'exercer chez lui. Ce véritable passionné, avec quelques amis du groupe de Montredon, se mit à faire danser les noceurs des bals à papa du dimanche après-midi. Ce charmeur invétéré amoureux de la gent féminine, se plaisait à distraire ainsi son auditoire. 

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Ce 24 décembre 2002, Brice Bourrounet est invité à passer noël chez sa fille mais décline l'invitation. Il faut dire que depuis son divorce il s'est coupé volontairement de sa famille. Dans la soirée, il reçoit la visite de deux gitans qu'il connaît bien, Alexandre Baute et Patrick Baptiste. Ces derniers en quête d'argent - l'un pour assouvir son besoin de cocaïne et l'autre, pour offrir des cadeaux à ses enfants - vont alors tenter d'escroquer le retraité. L'ancien coureur voue une passion sans limites aux femmes et s'est déjà fait avoir par le passé. Une femme de la communauté gitane avait réussi à lui soutirer 7000 €, mais Brice avait porté plainte et les escrocs avaient été condamnés à rembourser. Alors, quand Baute et Baptiste lui proposent d'aller chercher une certaine Yasmina à Toulouse, à condition qu'il paie immédiatement une somme pour le voyage jusqu'à la ville rose, Brice Bourrounet sentant le piège refuse.  Quelques jours après, Francine son ex-femme alerte Christine Posocco qui loue l'appartement à Brice. Il n'est pas normal que le chien aboie et que la boite aux lettres soit remplie de courrier. Prenant son courage à deux mains Christine Posocco va chercher un double des clés. La porte d'entrée est ouverte ; à l'intérieur, Brice Bourronnet git inanimé sur son lit. Il est mort. 

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L'enquête de police est confiée au SRPJ de Perpignan, mais s'avère difficile. Ce n'est qu'au bout d'un an et demi qu'elle connaît un rebondissement. Un homme vient de se livrer à la police. C'est Alexandre Baute âgé de 34 ans qui avoue avoir tué Brice Bourrounet. Ce jeune homme compte dix condamnations à son palmarès, mais jamais pour des faits de violence. L'arrestation inespérée de Baute, entraînera celle de son complice Patrick Baptiste, âgé de 19 ans. D'après eux, la victime aurait voulu se débattre sur le lit et pour l'empêcher de crier, elle aurait été étouffée avec un oreiller. Au cours de la reconstitution du crime, Alexandre Baute s'accuse du meurtre, alors qu'il semblerait que ce soit son comparse qui ait assassiné Brice Bourrounet. Au moment du procès, une cinquantaine de gitans sont présents dans la salle d'audience, contre très peu de connaissances de Brice. Il était pourtant très connu et estimé pour avoir rendu de grands services.

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La cour d'assise de Carcassonne condamnera en 2006 les deux meurtriers, à une peine égale de 20 années de réclusion criminelle. Alexandre Baute et Patrick Baptiste manifesteront des remords. Ils ont ôté la vie à un brave homme en s'emparant de 30 € et d'une caméra. Etait-ce bien là, l'unique mobile du crime ?...

Sources

Sur la carrière de cycliste de Brice Bourrounet, on pourra lire le travail de Jacques Blanco présenté en conférence à la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude en 2013.

Presse locale et audiovisuelle

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13/11/2017

Qui était le commandant Roumens, dont un boulevard porte le nom ?

Christian Casimir Napoléon Roumens naît le 2 mars 1864 à Carcassonne, faubourg des Jacobins n°11, le 2 mars 1864 du peintre Émile Roumens et de Rose Françoise Sauzède, sans profession. Excellent élève, il se destine après ses études au lycée de Carcassonne à embrasser la carrière militaire. Le 25 octobre 1884, le futur commandant Roumens s’engage pour cinq ans et fait son entrée à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr. Il se classe 178e sur 400 candidats retenus lors du concours d’entrée et sortira 152e de la promotion de Fou-Tchéou. Celle-ci évoque la destruction de la flotte chinoise et de l’arsenal de Fou-Tchéou par l’amiral Courbet durant la guerre du Tonkin. Le sous-lieutenant Roumens est affecté au 55e Régiment d’infanterie à Nîmes, puis à Nice le 1er octobre 1887 au 159e Régiment d’infanterie alpine. Il est ensuite promu lieutenant le 24 mars 1890 avant d’être nommé au 126e Régiment d’infanterie, puis capitaine le 23 mars 1895. Après un passage au 28e Régiment de chasseurs alpins, le capitaine Roumens entre dans l’armée coloniale au sein du 1er puis du 2e Régiment de tirailleurs algériens comme chef de bataillon le 24 septembre 1908.

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Le commandant Roumens

Christian Roumens participe à la guerre de pacification du Maroc, au cours de laquelle le sultan Moulay Abdelaziz défie les troupes françaises avec le soutien des pays hostiles, notamment l’Allemagne. Le général Lyautey et ses soldats sont envoyés en représailles de l’assassinat du docteur Émile Mauchamp et réussissent à reprendre Oujda.
Abd al-Hafid se proclame alors sultan du Maroc et destitue son frère aîné Moulay Abdelaziz qui, accusé d'être trop conciliant avec les Européens, a été renvoyé et chassé par la population de la Chaouia. En 1911, Abd al-Hafid, qui contrôle de plus en plus mal l'intérieur du pays se retrouve assiégé à Fès par des soulèvements populaires et sollicite l'aide française. Le général Moinier, qui en 23 juin a mis en déroute Maa El Ainine, à la tête d'une armée de 23 000 hommes, libère le sultan. La situation est irréversible et aboutit à la convention de Fès du 30 mars 1912 qui fait du Maroc un protectorat français, un régime de tutelle mais dont le sultan et le Makhzen sont maintenus comme éléments symboliques de l'Empire chérifien. Moulay Abd al-Hafid abdique en faveur de Moulay Youssef.

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Les tirailleurs algériens portent le commandant Roumens sur un brancard

Alors que le 2e régiment de tirailleurs algériens est engagé contre Marocains, non loin de la Moulouya, le commandant Roumens est à la tête de la 5e compagnie. Du haut de ses 1,79 mètre, l’homme impressionne et fait l’admiration de ses hommes. Tout à coup et sans que la marche rampante des Marocains ait été signalée à travers les broussailles, les balles sifflent aux oreilles et font des victimes. Aussitôt, le colonel Blanc envoie deux compagnies appuyer celle qui est aux prises avec les Ksouriens. La compagnie du commandant Roumens (5e) est en contre-bas de moins de trois mètres et le sol est si tourmenté qu’il faut une heure pour que les renforts puissent entrer en ligne. Les Marocains inaccessibles, se déplacent avec une mobilité extrême ; ils harcèlent les tirailleurs qui se défendent et fusillent les Ksouriens qui se découvrent.
C’est à ce moment-là que le commandant Roumens, encourageant ses hommes, est aperçu par le sergent-major Tonnot en train de pâlir. Ce dernier lui demande s’il est blessé. A ces mots, Roumens répond : « Il y a une demi-heure que j’ai une balle dans le ventre, mais il ne faut pas le dire ! » Il refuse de se faire soigner malgré les douleurs et poursuit le combat pendant une heure, au bout de laquelle il consent enfin à se faire panser.

Autour du chef, les tiralilleurs se battent avec hardiesse, mais les Marocains les ajustent à bout portant et le sergent-major Tonnot tombe sous les balles. La compagnie de renfort arrive à dégager les tirailleurs encerclés, qui demeurent maître de la position. Sans sacs et sans vivres, le général Léré donne l’ordre de regagner le camp. Blessé dans la matinée du 23 mai 1911, Christian Roumens mourra le lendemain.

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Lieu d'inhumation du commandant Roumens à Debdou

Le commandant Roumens a voulu être enterré à Debdou, à côté des braves tirailleurs tombés avec lui. Dans son testament, on peut lire : « Le pays comprendra que là où ses soldats veulent dormir leur dernier sommeil, il faut que les vivants veillent l’arme au bras sur le sol arrosé de sang français.

Deux télégrammes officiels postés de Mostaganem arrivent à Carcassonne. Le premier à 16h42 le 24 mai 1911 et le second, le lendemain.

Tirailleurs à Maire de Carcassonne : Veuillez prévenir M. Durand, rue Antoine Marty, que commandant Roumens, blessé plaie transversale abdomen, très grave combat près Debdou.

Colonel tirailleurs à Maire de Carcassonne. Prière aviser, extrême urgence avec tous les ménagements possibles M. Durand, rue Antoine Marty, Carcassonne, que commandant Roumens décédé hier 25 courant des suites de sa blessure.

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© Ministère de la culture

Le général en 1916 devant la tombe du Ct Roumens

Albert Durand, dont il est question dans les télégramme, était l’époux de la sœur de Christian Roumens et le patron de la confiserie de la rue Antoine Marty. A la réception de chacune des dépêches, le maire s’acquitta de sa délicate mission. C’est Frédéric Lauth, brasseur et ami de la famille qui annonça la nouvelle. Le commandant Roumens avait pour oncle Jules Sauzède, député de l’Aude et ancien maire de la ville. La famille voulut dans un premier temps faire rapatrier le corps, mais le télégramme du général des troupes françaises au Maroc l’en dissuada :

"Avant de mourir, le 24 mai après-midi, le commandant Roumens a exprimé solennellement, en pleine connaissance, à plusieurs reprises, devant le capitaine Bernard, le docteur Charrier et les autres officiers, témoins, le désir que sa dépouille mortelle restât inhumée à Debdou. D’ailleurs, dans es derniers moments, il s’inquiéta sans cesse de ses hommes, heureux d’avoir vu leur belle attitude au feu recommandant ceux qu’il avait distingués. Il s’est mit à revêtir sa tunique, pour mourir, et a affirmé plusieurs fois sa volonté de demeurer au milieu de ses tirailleurs jusque dans la mort, disant : « Je n’espérais pas une si belle mort. » Puis ajoutant : « Je en veux pas que l’on ramène ma dépouille en France. Je rester à Debdou."
Le colonel et les officiers des régiment actuellement à Debdou, prennent leurs dispositions pour élever sur place un monument, qui rappellera la fin glorieuse de notre regretté camarade."

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© ok-debdou

Ce qu'il reste de la tombe du Ct Roumens à Debdou

Une grande messe sera donnée au début du mois de juin à la cathédrale Saint-Michel en mémoire du commandant Roumens. Le mercredi 7 juin 1911, le conseil municipal sur proposition de M. Nogué, membre de l’assemblée communale, entérina l’attribution d’un nom de rue au commandant Roumens. Le boulevard des Tilleuls deviendra celui du Commandant Roumens le 20 avril 1912. Une souscription fut également lancée pour l’érection d’un monument à sa gloire ; il ne vit pas le jour.

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Comme à Carcassonne, la ville de Miliana (Algérie) possédait avant l’indépendance une rue Commandant Roumens. Elle fut débaptisée et s’appelle aujourd’hui Bounaâma Mohamed.

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Caveau de la famille Roumens à Carcassonne (St-Michel)

Cet article totalement inédit sera déposé aux archives de l'Aude avec l'ensemble des sources. En cas d'utilisation, veuillez mentionner "Musique et patrimoine de Carcassonne"

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11/11/2017

Enquête sur l'arrestation de Mlle Billot sur le Pont vieux par la Gestapo le 11 juillet 1944

Il y a une semaine nous vous révélions un épisode méconnu de la Seconde guerre mondiale à Carcassonne. L'arrestation de Madeleine Billot sur le Pont vieux par deux agents de la Gestapo le 11 juillet 1944, avait fait avorter la tenue d'une réunion de la Résistance à quelques centaines de mètres de là. S'il nous avait été possible de retracer cet évènement, nous ignorions en revanche qui était réellement Mlle Billot, le lieu précis de la réunion et les personnes qui devaient s'y trouver. D'un naturel teigneux, nous avons mené notre enquête en nous mettant sur la piste des parents de Madeleine Billot et en recherchant éventuellement des informations dans les livres d'anciens résistants. Ainsi, nous avons non seulement retrouvé sa fille que nous avons interrogée, mais également de précieux renseignements dans l'ouvrage du chef de la résistance régionale. C'est cette synthèse que nous sommes heureux de vous présenter dans ce nouvel article.  

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© Pinterest

Photo d'illustration / Un village français - France 3

Madeleine Billot était née le 5 juillet 1914 à Gaillac (Tarn). Ses parents tenaient une pharmacie à l'angle des rues de Verdun et de la préfecture, où son père fabriquait des pommades qui faisaient sa réputation. La famille habitait un peu plus bas dans la rue, au numéro 20. C'est à cet endroit que Madeleine et sa sœur Geneviève, toutes les deux étudiantes en pharmacie, faisaient transiter les aviateurs vers les maquis, chargés de leur exfiltration vers l'Espagne. Malgré les risques, le père Billot, aux idées plutôt nationalistes, fermait les yeux sur ce trafic et aidait ses filles dans l'accomplissement de cette tache. Aux dires de ceux qui les ont connus, les Billot étaient d'une extrême générosité. Au sein de la Résistance, Madeleine et Geneviève occupaient les fonctions d'agents de liaison. Cette dernière faisait même transiter le courrier vers la chambre de Joë Bousquet - située à 150 mètres de chez elle - auquel elle délivrait les doses de morphine indispensables pour soulager ses douleurs. 

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L'ancienne pharmacie Billot

Ce 11 juillet 1944, Madeleine est arrêtée sur le Pont vieux par la Gestapo. Elle ignorait que le jeune homme qui devait la rejoindre ce jour-là, avait été interpellé par la police allemande la semaine précédente. Lorsqu'elle se présenta à lui pour l'amener à une réunion de la Résistance, le piège se referma sur elle. Amenée à la villa de la route de Toulouse, elle refusa de parler malgré les tortures qui lui furent infligées. Elle confia à Madame Rizzato - une de ses amies - qu'on lui fit subir le supplice de la baignoire et qu'on l'obligea à se fléchir sur une barre d'acier. Lors de son procès, René Bach avoua s'être mis en colère en reprochant aux deux agents ayant procédé à l'arrestation, de ne pas avoir suivi Mlle Billot. Ainsi, la Gestapo aurait-elle pu coffrer les membres de cette réunion. Où se tenait-elle ? Quel était l'ordre du jour ? Qui étaient les personnes présentes ? 

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Le domaine de la Jasse, à Carcassonne

 C'est au domaine de la Jasse, situé sur la plaine Mayrevielle à un kilomètre du Pont vieux, qu'était fixé le lieu de la réunion. Ce beau bâtiment caché au milieu de la nature appartenait depuis 1850 à la famille de Paul Mouton, Conseiller d'état. Sa fille Simone avait épousé Jean Cahen-Salvador, Conseiller d'état. En raison de sa religion juive, il sera arrêté et s'évadera du train lors de son transfert vers Auschwitz. Madeleine Billot avant son arrestation avait fait passer les Cahen-Salvador en Suisse. D'après l'ouvrage de ce chef de la résistance régionale, voici l'objet de cette réunion et les noms de ceux qui s'y trouvaient.

"Pour établir un programme de parachutages que Jacques (Picard, NDLR), Délégué Militaire Régional adjoint devait câbler d'urgence à Alger, je convoquai à Carcassonne, Suberville, Bringer, Cayrol et Bonnafous, respectivement chefs départementaux FFI de l'Hérault, de l'Aude, des Pyrénées-Orientales, de l'Aveyron, ainsi que Balouet, adjoint de Cayrol, et "Jean-Louis" (Louis Amiel, NDLR) adjoint de Bringer au titre des FTP, Roubaud, chef du Mouvement de Libération Nationale, nouveau président du Comité Régional de Libération, et Georges, chef du département, assistaient à la rencontre."

Si la Gestapo avait suivi Madeleine Billot, elle aurait arrêté l'ensemble des chefs de la Résistance régionale. Seul, Jean Bringer sera interpellé 18 jours plus tard... Selon le témoignage de sa veuve, il se plaignait début juillet de n'avoir pas reçu les bons parachutés d'Alger pour payer ses maquis. Très en colère, il se faisait fort de rechercher les coupables. L'objet de la réunion du 11 juillet était précisément l'établissement du programme de parachutages. C'est sûrement entre le 11 et le 29 juillet 1944, que Bringer n'a pas reçu cet argent parachuté ; que Charpentier (assassiné dans la clinique du Bastion en septembre 1944) a été diligenté par Londres pour enquêter. Bringer avait-il trouvé les coupables ? La vénalité de certains au sein même de la Résistance Audoise, a eu la peau du chef départemental des FFI de l'Aude. Ceci est nôtre conviction, mais l'enquête se poursuit de notre côté.

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Jean Bringer

Alors qu'elle était détenue, la Gestapo alla perquisitionner au domicile des Billot. Fort heureusement, la bonne avait fait passer les documents compromettant dans l'arrière cuisine pour les brûler. Toutes les enquêtes et interrogatoires n'ayant rien donnés, Madeleine Billot fut transférée à Montpellier le 20 juillet 1944, puis dirigée sur Romainville le 31 juillet. Le 15 août 1944, elle était déportée vers le camp de Ravensbrüch en Allemagne. Nous avons transcrit son témoignage lors du procès Bach, mais d'autres éléments donnés par sa fille l'enrichissent.

Quand le convoi partit pour l’Allemagne, elle entendit l’aviation alliée bombarder la France. Du côté de Berlin, le train fut stoppé pendant une heure pour attendre la fin des bombardements. Une heure pendant laquelle, elle aurait pu s’échapper. Lorsqu’elle tomba malade au camp, elle passa une semaine à l’infirmerie ; le paradis selon elle. Libérée par les Russes, elle passa par Odessa puis en bateau vers Marseille et en train à Carcassonne. L’accueil fut triomphant. Suite à son passage au camp, on dut lui faire un dentier complet ; toute sa vie durant elle sera dépressive. 

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© cite-tapisserie.fr

Marc Saint-Saëns, petit neveu du compositeur 

En 1948, Madeleine Billot se maria avec Marc Saint-Saëns. Le peintre Toulousain aux idées communistes était entrée dans la Résistance. Observons qu'il connaissait Joë Bousquet, car au-dessus du lit du poète se trouvait une tapisserie de Marc Saint-Saëns. Elle est conservée au Musée des Beaux-arts de Carcassonne. Madeleine tint un temps une pharmacie à la Barbacane, puis reprit ses études de biologie et travailla au CNRS avec le professeur Camille Soula. Ce dernier œuvra dans la résistance ariégeoise. La résistante et ancienne déportée est décédée au mois d'avril 2009. A sa demande, elle fut incinérée et inhumée au cimetière du Mont Valérien à Paris. D'après sa fille, jamais elle ne se considéra comme une héroïne, disant que dans tout conflit il y eut des résistants.

Sources

Nous ne donnerons désormais que des informations parcellaires sur nos sources. Le but de ce blog est d'informer, pas de livrer sur un plateau des informations inédites à ceux qui se servent de l'histoire pour briller sur notre dos.

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