23/03/2018

Ce fils d'ouvrier Carcassonnais qui chanta au Métropolitan Opera de New-York

Dans la famille Rousselière on ne roulait pas sur l'or, tout au plus manipulait-on la fonte. Père de treize enfants, Antoine Rousselière et son épouse Jacquette Artozoul n'avaient guère les moyens d'offrir des cours de chant à leur fils cadet. D'ailleurs, aucun d'entre eux ne fut en mesure de déceler chez Charles cette voix exceptionnelle qui le fit monter sur les plus grandes scènes d'opéras du monde.

Charles_Rousseliere_on_cover_of_L'Illustration_cropped.jpg

Charles Rousselière 

(1875-1950)

Charles Rousselière naît le 17 janvier 1875 à Saint-Nazaire d'Aude. Dernier d'une nombreuse fratrie, c'est à Carcassonne où son père occupe le poste d'ouvrier dans l'une des fonderies de la ville, que le jeune Charles va s'émanciper. Dans la capitale audoise, le futur ténor fait entendre quelques fois sa voix, mais personne chez nous ne voulut aider l'éclosion de ce talent. A la faveur d'un voyage en Algérie, département dans lequel les pauvres de la ville allaient dépiquer la vigne, la famille s'installe à Sidi-Bel-Abès. Charles Rousselière va être pris en main par un dénommé Maurin. La municipalité lui octroie une bourse et l'envoie étudier à Paris. Au Conservatoire national de musique, il a pour professeurs Vergnet (chant), Girardot (opéra) et Achard (opéra-comique). En 1899, il obtint un second accessit de chant et un second prix d'opéra. Il fut aussitôt engagé à l’Opéra et débuta dans Samson et Dalila avec un succès qui le plaça d’emblée au nombre des artistes en vue et qui, ensuite, ne s’est pas démenti.

Rousseliere dans Samson.jpg

Rousselière dans Samson de Camille Saint-Saëns

Sa voix exceptionnelle et ses dons de comédie seront les moteurs d'une rapide ascension dans le métier. Mais, Rousselière possède également la rare faculté à cette époque de chanter en Anglais et en Italien. En France, tous les opéras étrangers étaient traduits. C'est cet atout supplémentaire qui permit au ténor Carcassonnais de franchir l'Atlantique. Ainsi, après sept années passées à l'opéra de Paris, le voilà engagé au Metropolitan Opera de New-York. Il était le seul à ne pas être italien dans la troupe.

Rousseliere - Musica.jpg

Adulé, Charles Rousselière reçoit des cadeaux par milliers et l'on se sert de son image pour des publicités dont le cacao Poulain. Un lion lui fut même offert qu'il donna au zoo de Vincennes. Interprète divin des œuvres de Richard Wagner, Guillaume II lui décerna une décoration. En 1914, il la lui renvoya avec l'expression de son profond mépris. Au cours de l'une de ses tournées en Europe, le compositeur Gustave Charpentier vint le chercher à Barcelone pour lui demander créer Julien, son nouvel opéra. Le contrat fut signé entre Barcelone et Carcassonne. C'est dans cette dernière qu'il avait pour cousins MM. Falcou et Artozoul. Le premier était imprimeur, le second marchand d'articles de pêche dans la rue de la gare. 

Feodor_Chaliapin_signed.jpg

Feodor Chaliapine

(1873-1938)

Revevant d'Espagne après y avoir chanté, Rousselière amena la grande basse Russe Féodor Chaliapine à Carcassonne déjeuner chez les Falcou. Que reste t-il de tout cela ici ? Rousselière ne fut jamais convié à chanter dans le Grand théâtre de la Cité. Si le monde entier, connut Rousselière, Carcassonne ne s'y intéressa sûrement pas. C'est aux arènes de Béziers qu'il créa en 1900 Prométhée, l'opéra de Gabriel Fauré.

Capture d’écran 2018-03-23 à 10.56.44.png

On pourra lire cette biographie parue chez Edilivre en janvier 2017. On n'y parle pas de Carcassonne, mais le mérite t-elle vraiment ? Vous trouverez également sur Youtube de nombreux enregistrement d'époque de Charles Rousselière : Samson et Dalila, La juive, Lohengrin, Manon, etc.

____________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2018

21/03/2018

La future impératrice Eugénie a t-elle rencontré Napoléon III à Carcassonne ?

  Ce que nous allons vous conter n'est pas issu des livres d'histoire, ni a fortiori de l'une des biographies les plus documentées sur Napoléon III. Non ! Il s'agit du témoignage d'un Carcassonnais, célèbre en son temps dans notre ville. Les souvenirs de M. Esparseil, architecte et descendant de Théophile Marcou, rédigés en 1962 sont miraculeusement arrivés jusqu'à nous. Dans ce condensé de précieuse mémoire, cet homme évoque le passage du Prince-président Louis Napoléon Bonaparte à Carcassonne, le 3 octobre 1852.

eugenie.jpg

Eugénie de Montijo

Depuis leur dernière rencontre en 1849 dans l'hôtel de Mathilde Bonaparte, Louis Napoléon Bonaparte brûle de passion pour cette jeune femme issue d'une noble famille espagnole. Pendant deux ans, le futur empereur cherche à lui faire une cour assidue. Son entourage préfèrerait plutôt qu'il se marie avec l'une des héritières des têtes couronnées européennes, mais les souverains ne sont guère enclins à se ranger derrière cette idée. Napoléon n'est pas encore empereur et on ne prête guère une éducation qui sied avec la bienséance et l'étiquette des cours royales. Coureur de jupons Napoléon ? 

Emperor_Napoleon_III.jpg

Le 3 octobre 1852, le Prince-président effectue une tournée à travers le sud de la France et fait arrêt à Carcassonne. Nous avons déjà relaté cet évènement dans notre article du 2 février 2016. Eugénie était là, au coin de la rue du marché. Inutile d'en dire davantage, lisons le récit que fait M. Esparseil à ce sujet.

« Mon père qui l’avait connue aux Tuileries dans toute sa splendeur, se trouvant tout d’un coup en face d’elle, sa figure changea. Il la salua respectueusement. Cette rencontre fut le sujet de notre conversation au cours de laquelle j’appris qu’avant son mariage avec Napoléon III, ce dernier vint à Carcassonne le 3 octobre 1852, en qualité de Louis Napoléon Bonaparte, prince Président de la République.
La comtesse de Montijo, amie du curé de Saint-Vincent (ce devait être l’abbé Gastines) avait été invité par lui à Carcassonne pour voir passer le Président de la République, bien en vue, afin qu’elle ne passe pas inaperçue du Président. Ce qui se produisit, à tel point que l’on prétendit à cette époque que le curé de Saint-Vincent était pour quelque chose dans le mariage de Napoléon III avec Mlle de Montijo en 1853.
Beaucoup plus tard, passant rue du Marché avec des vieux amis de mon père qui avaient assisté à l’évènement, l’un d’eux, s’arrêtant au coin des deux rues, dit aux autres : « Vous rappelez-vous la petite Montijo, ici ? »

Capture d’écran 2018-03-21 à 08.35.56.png

Eugénie se tenait là avec l'abbé Gastines le 3 octobre 1952

La future impératrice ne trouvait guère de charme à cet homme plus âgé qu'elle, mais elle se résolu à l'épouser religieusement le 30 janvier 1853. Après tout, on ne refuse pas la main d'un empereur. Exilée avec son époux déchu de son trône en 1870, elle mourra en 1920 à l'âge de 94 ans.  Les époux sont inhumés dans la crypte de l’église St.Michel de l’abbaye de Farnborough (Grande-Bretagne).

eugénie.jpg

Eugénie de Montijo à la fin de sa vie

Sources

Notes, recherches et synthèse / Martial Andrieu

Souvenirs de M. Esparseil / 1962

_________________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2018

20/03/2018

Ce qui a disparu du paysage urbain de Carcassonne depuis 15 ans...

Difficile de dresser une liste exhaustive et précise des magasins, objets du patrimoine ou encore des bâtiments administratifs, d'autant plus que nous n'avons pas tout archivé. Cependant, nous vous proposons un tour d'horizon de ces changements pour lesquels il nous faudra sans doute plus d'un article...

2003

Photo 044.jpg

Le square Gambetta disparaissait sous la pioche des pelles mécaniques afin de réaliser un parking souterrain. Voulu et décidé par Raymond Chésa, ce chantier restera un trou béant pendant quatre ans. Ce n'est qu'en 2008 que sa construction sera enfin lancée.

2006

Café Les Négociants.jpg

Le Café des Négociants est vendu par Jeannot Lapasset. Cette institution Carcassonnaise, autrefois siège de nombreux clubs dont l'USC, passe entre les mains de deux repreneurs. L'établissement ne gardera pas le nom, selon la volonté de son ancien propriétaire. Les arbres sont coupés, la façade est entièrement revitalisée. Le Saint-Germain ouvre ses portes et c'est tout juste si un groom ne vous cire pas les chaussures à l'entrée... L'histoire va durer trois ans au mieux. 

2009

station service 2.jpg

L'ancienne station service Horcholle de la route de Toulouse ferme définitivement. Le méridien de Paris perd le nord et se demande s'il ne doit pas aller s'installer près de la pompe du supermarché Leclerc.

Gambetta.JPG

Gambetta est soviétisé et l'ensemble des statues remisées aux serres municipales... A Carcassonne, on est en retard sur la déstanilisation du bien public. Une espèce de nostalgie post communiste, sans doute.

2010

2_coiffeur_Taillefer.jpg

Michel Taillefer, le coiffeur préféré de Philippe Noiret, s'exile au Maroc et met la clé sous la porte. La place Carnot perd ainsi l'une de ses figures emblématiques. Le cochon noir auquel il n'est pas nécessaire de couper les poils en brosse, prendra place quelque temps après.

clinique_la_Bastide_ou__st_vincent_.Je_comprend_pas_trop_l-_pq_la_bastide.jpg

C'est la fin des cliniques en centre-ville... On mure ! La clinique Saint-Vincent, elle, se mure dans le silence. Elle complète la liste de nos chères disparues : Brun (Quai Riquet et Delteil (Bastion). Il faudra attendre là encore quelques années pour que le bâtiment soit repris et transformé en logements.

croix.jpg

Tronçonnée à la disqueuse, pas vus pas pris. Faut dire que la croix en pierre du XVe siècle au pied de la Cité n'intéressait personne. Il a fallu que je donne le signal GPS aux soi-disants experts du patrimoine pour qu'ils s'en rendent compte. Ah ! C'est que nous avons des gens dans les bureaux...

2011 

xénon.JPG

La discothèque le Xénon est rasée, au Pont rouge. Des souvenirs de jeunesse qui s'écroulent ; ils laisseront place à des bureaux dont on conservera le nom d'Espace Xénon. Il y avait depuis longtemps déjà de l'eau dans le gaz des nuits Carcassonnaises. Là, on a coupé l'électricité...

2012

Square Chénier.JPG

Mais où est passée Héléna ? Avec de la poudre de perlimpinpin communale, on l'a faite disparaître du square Chénier. Ceci afin d'égayer un peu en cette année 2012, la nouvelle place rouge du Kremlin Carcassonnais. Là-bas pour la magie de noël. Un père noël bien kitch et tout feux clignotants s'amusera à la distraire pendant un mois chaque année.

Route Minervoise.JPG

Route minervoise, la plaque en hommage à Noël Ramon assassiné le 20 août 1944 avait été enlevée le temps de refaire la clôture. Heureusement, que l'œil de Limoges veillait... Il a fallu en faire des courriers et passer des coups de fils pour qu'on la remette en place.

2013

Poissonnerie moderne. rue de la gare.JPG

Qu'ils sont beaux vos poissons ! Il ne sont pas que beaux, il faut les faire cuire assez, avait dit la marchande avec un trait d'humour au militaire du Régiment d'infanterie de marine. La poissonnerie moderne qui n'avait que le nom puisqu'elle était là depuis très longtemps, décidait d'aller les vendre au port de Trèbes. Il paraît qu'au bord du Canal, là-bas, on y pêche le cabillaud et la morue. 

2013.JPG

Ceci n'est pas une perte, mais tout de même on se souviendra à droite de l'ancienne boutique "Aux souvenirs de la Cité". Ne trouvez-vous pas bizarre qu'en Bastide, les touristes ne puissent plus désormais acheter un seul souvenir de la Cité médiévale ? Pour mémoire, ces bâtiments bétonnés se trouvaient dans la rue Clémenceau, devant la Maison de la presse.

2014

P1000371.JPG

Les bancs du Jardin du Prado à la Cité sont remplacés par des grille-pains, qui par temps de soleil sont autant de chauffe-culs. 

2014.jpg

La cave coopérative de la rue Michelet est détruite pour l'édification de cubes en béton dont, seul Habitat Audois détient le secret, destinés à loger des familles à faibles revenus. C'est vrai qu'ils ont des architectes ! Ils sont tous sortis diplômés de l'école supérieure de chez Légo.

2015

Maison Gestapo. Rte Toulouse.JPG

Adieu la mémoire de Jean Bringer, d'Aimé Ramond et de tant d'autres patriotes torturés dans la villa de la sinistre Gestapo, route de Toulouse. Les anciens combattants n'auront même pas levé le petit doigt pour te sauver. Enfin, je parle de ceux engagés en juillet 1944. Ah ! si, une fois détruite, on les a vus avec drapeaux, discours et sonnerie aux morts te porter des fleurs. Quel beau cube désormais... Décidément, chez Légo on assure côté formation d'architectes ! Habitat Audois a dû tous les recruter.

disparitions

Fini l'esplanade soviétique ! Carcassonne retrouve des couleurs à Gambetta.

2016

fontaine Rue du pont vieux.JPG

La Samaritaine de la rue du Pont vieux descendue pour être restaurée, n'est jamais revenue. Quel beau fronton de pelote basque que nous avons maintenant !

2017

Croix pont vieux 2.JPG

La croix sur le Pont vieux était vandalisée ou victime d'un accident de maintenance, au mois de septembre. Tout est mis désormais en œuvre par les services de la ville pour la restaurer. Décidément dans Carcassonne c'est la croix et la bannière pour faire respecter le patrimoine...

_________________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2018

16/03/2018

Le périmètre non constructible autour de la Cité médiévale. Mais pour qui ?

Il nous a paru intéressant de retranscrire ci-dessous, une lettre de protestation rédigée en 1967 par le Dr Emile Delteil, propriétaire de la clinique du Bastion, au sujet de la zone non-ædificandi. Ce courrier met en avant les largesses supposées, accordées aux uns et refusées aux autres. A t-on voulu faire payer au Docteur-Résistant, son étrange libération le 19 août 1944 de la prison de Carcassonne et ce qui suivit ? Ou bien était-il encore dans l'administration quelques rejetons de la Ve colonne ?

6e1fcb9a3bb726169b38da6b8566fcf5.jpg

© Pinterest

"Ce décret d’avril 1959 frappant les propriétaires des terrains situés autour de la Cité, n’a rien de commun avec le périmètre de protection de 500 m, établi par Poincaré le 13 décembre 1913. En effet; celui-ci n’interdisait pas de bâtir, mais soumettait les constructions à certaines normes, en particulier un faitage de 500 mètres, de façon à ne pas masquer la Cité par des bâtiments genre buildings.
Une demande d’autorisation était simplement nécessaire. De nombreuses dérogations ont été obtenues par moi-même et d’autres propriétaires, en particulier le séminaire, MM. Deniort, Castella, Calvet, etc. La mairie a construit les annexes de l’Ecole Normale en bordure de la rue Camille Saint-Saëns, sans même respecter le retrait classique de 4 mètres sur des terrains payés à l’époque plus de 3000 francs le mètre carré.
Le 9 avril 1959, parut le décret Malraux, contre lequel nous avons protesté, car il interdisait en principe, toute construction dans un périmètre plus ou moins fantaisiste qui a déjà été modifié plusieurs fois. De nombreuses dérogations ont été obtenues sur la fantaisie de tels préposés, ou à la suite d’influences politiques.

On a construit parfois à moins de 50 mètres des remparts, des maisons de plusieurs étages, ne respectant même pas le décret Poincaré. On a construit encore côté de la Cité et même à l’intérieur des remparts. On a même avec la permission de qui ? élevé un dépôt de carburants au sommet du monticule qui fait face à la porte Narbonnaise sous le chemin de Montlegun. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce dernier ouvrage n’est pas très artistique. L’EDF vient de construire en bordure de la rue Saint-Saëns plusieurs maisons, dont une dans le prolongement normal de cette rue, aurait dû déboucher en ligne droite sur le milieu de la côte de la Cité et non sans visibilité au pied du monument Combéléran, après avoir fait plusieurs contours dangereux.

Lorsque le décret Malraux parut, de nombreux propriétaires se sont groupés pour réagir contre ce qu’ils considéraient comme une brimade. Pour défendre leurs intérêts, ils demandèrent une expertise légale qui leur attribua à titre de dommages, une indemnisation de 5000 francs anciens par m2 (75 € d’aujourd’hui, NDLR), alors que les terrains urbains à cette époque, valaient plus. Dans un but de conciliation, nous acceptâmes tous cette estimation, et Maître Follet fit homologuer l’expertise par un jugement d’instance qui donna satisfaction à tout le monde. Personnellement, je devais obtenir pour plus de 5000 m2, une indemnité de 309 375 francs, mais c’est le Ministère des Monuments Historiques et l’administration, qui firent appel à Montpellier, où la Cour réduisit les dommages des 2/3, ramenant mes indemnités à 106 080 francs.
C’est alors que je fis un pourvoi en cassation, pour lequel, j’ai été débouté.

J’avais accepté l’expertise qui nous indemnisait sur un taux de 50 francs le mètre carré, alors que le prix des terrains oscillait entre 80 et 120 francs sur le marché de Carcassonne, tarif homologué par l’Enregistrement et les Domaines. De plus, j’avais eu l’autorisation d’y élever une maison et fait à plusieurs reprises l’objet de démarches de la part d’éventuels constructeurs.

Ces différences sont inexplicables, puisque l’administration a acheté officiellement en zone d’aménagement différé, par conséquence non-constructible, des terrains en friche et inondables, dont voici deux exemples que l’on peut contrôler :

Terrain Calmet, entre le Pont-vieux et le Pont-neuf, acheté 70 à 80 millions soit 8000 francs le mètre carré (Cité administrative des impôts, NDLR).
Terrain Sablayrolles-Pelouse au Païchérou, acheté exactement 388 286 francs soit 300 francs le mètre carré. J’insiste, pourquoi cette différence avec mes terrains ? Puisque l’enclos Birot est en ville, parfaitement plat, construitible, d’accès facile, étant en bordure de la rue Saint-Saëns qui en assure la viabilité. On aurait pu facilement y loger une centaine de fonctionnaires à portée de leur travail, à un prix abordable."

Capture d’écran 2018-03-16 à 10.00.14.png

Anciens terrains Calmet. Actuelle place Gaston Jourdanne et Cité administrative.

"Je dois avouer que les brimades continuent, puisque on m’a parlé d’un projet pour percer en diagonale sur mes terrains, une rampe d’accès joignant la rue Saint-Saëns (angle de l’Ecole Normale actuellement affecté à la sortie des écoles), à la porte Narbonnaise, malgré une dénivellation qui sur relevé topographique est estimée à 24 mètres. Mais qu’importe ! Pour certains, le but est de rendre mes terrains inutilisables."

Source

L'indépendant / 27 novembre 1967

_________________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2018

09:53 Publié dans La Cité | Lien permanent | Commentaires (0)

13/03/2018

L'éclairage public à Carcassonne du Moyen-âge à nos jours

Comme toutes les villes du royaume, Carcassonne, au Moyen-âge, était la nuit venue plongée dans l'obscurité la plus totale. Quand les cloches de Saint-Michel et de Saint-Vincent sonnaient l'Angélus du soir et annonçaient le couvre-feu, les échoppes de la "Carriera major"ou de la rue de la Pélisserie se fermaient. Les rues boueuses devenaient alors de véritables coupe-gorges. Au XVe siècle, il existait bien quelques lumières installées aux carrefours des rues, mais comme l'entretien incombait aux habitants, ceux-ci se dérobaient le plus souvent à cette tâche. En juin 1697, sous le règne de Louis XIV, fut promulgué un édit pour l'établissement des lanternes. Suspendues à une potence, elles s'abaissaient et se levaient au moyen d'une corde passée sur une poulie. Toutefois, l'éclairage était assez timide.

vincent.jpg

© Vincent photographies

A Paris, l'huile remplaça le suif à la suite d'un concours à l'Académie des sciences en 1765. A Carcassonne, il faudra attendre le 10 décembre 1771 pour que l'on installe vingt grandes lanternes à vitres, garnies en plomb, à cul de lampe, avec cordes et poulies. Ce système ne survivra pas longtemps, car seuls trois citoyens de la ville acceptèrent la charge de les placer à leurs frais et de les entretenir : Bages, Pontet et Ferrier. Pour remédier cette défaillance, la municipalité met en adjudication le service d'éclairage par délibération du conseil municipal en date du 7 décembre 1779.

A cet effet, un devis et un plan sont dressés par Jean Dolbau, ingénieur géographe du roy, architecte et inspecteur des travaux publics de Carcassonne. Le bail est remporté par les sieurs Vidal, Guyot et Malaviaille. Le prestataire installera des lanternes peu de temps avant le 1er novembre et commencera à les allumer le soir de la Toussaint de six heures à quatre heures du matin. Il n'y aura pas d'allumage, les nuits de pleine lune. En 1783, Argand mit au point l'éclairage avec lampe à huile rationnelle à qui Quinquet donna son nom.

Les rues, places et promenades de la ville, de ses faubourgs et de la Cité comptaient 79 lanternes. Elle passèrent à 136 en 1838, après que l'on a supprimé l'huile trop chère par celle de colza. En 1847, les deux familles Feuillerade et Pagès s'occupèrent respectivement de la Ville basse et de la Cité avec ses faubourgs.

famille andrieu 113.jpg

Bec de gaz au hameau de Villalbe

Un changement notable intervint avec l'industrie du gaz, due au Français Philippe Le Bon. Louis XVIII fonde une société royale en 1820 et plusieurs villes adoptent le nouveau mode d'éclairage au gaz. Carcassonne fut la première ville de l'Aude à s'y intéresser. La délibération du conseil municipal du 23 mars 1846 décide que le gaz serait substitué à l'huile à partir du 16 août 1847. L'adjudication en revint à la Compagnie Blanchet, le 10 mai 1846. Initialement prévus en fonte, les tuyaux durent être remplacés par de la tôle en fer étamée et bitumée joints par un long pas de vis. La fonte ne résisterait pas au passage des charrettes ou au un tassement de la chaussée. Compte tenu de l'économie réalisée par l'utilisation des tuyaux en fer, plus chers à l'achat, mais faciles à poser et ne demandant que peu d'entretien, il était demandé à la Compagnie de prolonger leur canalisation jusqu'à la rive droite de l'Aude en traversant le Pont neuf, éclairant ainsi les faubourgs de la Trivalle et de la Barbacane.

Capture d’écran 2018-03-13 à 10.05.54.png

L'usine à gaz de Carcassonne en 1963

A la fin de l'année 1846, le travaux de construction de l'usine à gaz débutèrent sur un terrain situé en dehors de la ville appartenant à M. Cabrié. L'usine comprenait une salle des fours couverte d'une toiture en tôle, une salle d'épuration avec ventilateur, une cheminée de 33 mètres de hauteur, deux gazomètres de 400 m2 chacun. On accédait à l'usine depuis l'allée de Bezons, par le chemin dit du "gazomètre". Le directeur ou "fermier" était M. Paul Léonard Pailhiez-Piécour, représentant la Cie Blanchet frères. Le personnel de l'usine était composé d'un contremaître, M. Delmas, de trois chauffeurs de fours : Auguste, Antoine et Pierre. Ils se relayaient toutes les huit heures pour un salaire de 50 francs mensuels. Messieurs Chameau, Sabatier, Charlou et Raymond étaient allumeurs de réverbères et s'occupaient chacun d'une section de la ville. Dans les faubourgs encore éclairés à l'huile, on faisait appel à Marie et Jeanne Bousquatier, ainsi qu'aux épouses Chameau et Sabatier.

La Cie Blanchet fut mise en difficulté par les événements de 1848. La vile signa un traité avec M. Bellenger, fermier de l'usine à gaz depuis 1849. Dans son cahier des charges, l'entrepreneur devait réaliser les travaux nécessaires pour éclairer au gaz les faubourgs l'Araignon, Barbacane, Trivalle et la Cité, ainsi que la route principale conduisant à la gare de chemin de fer. Au total : 7000 mètres de canalisations nouvelles, 125 becs de gaz dont 20 candélabres et 105 consoles. Chaque bec étant positionné à une distance de 40 mètres et à une hauteur de 4 mètres du niveau du pavé. Le prix du gaz par bec et par heure sera de 3 centimes, pour une consommation de 140 à 150 litres à l'heure. 

img037.jpg

© Coll. Martial Andrieu

Dans les années 50, on voit fort bien les gazomètres

En 1865, l'usine à gaz est cédée à la Société Néerlandaise pour l'éclairage et le chauffage par le gaz basée à La Haye. Le Hollandais M. Gros devint directeur, secondé par un contremaître, M. Mestre. L'usine entreprit des travaux d'agrandissement vers l'Est jusqu'à l'Aude. Un troisième gazomètre de 1500 m3 comprenant 8 piliers en maçonnerie fut construit, puis un autre en 1870 et un cinquième de 5000 m3. Ainsi furent éclairés entre 1868 et 1869, les actuels lieux suivants : Jacobins, Bd Sarraut, Iéna, Laraignon, square Chénier, pont Marengo, Caserne Laperrine, Palais de justice, St-Gimer, rue Antoine Marty et chemin de Montredon. Des bâtiments furent également éclairés progressivement : La gare (1867), la Préfecture et la cathédrale St-Michel (1868) et l'Hôtel Dieu. A la cité, les lices alors pourvues de vieilles maisons de tisserands possédèrent 8 becs de gaz. A partir du 1er juin 1866, la société laissa le gaz dans les canalisations le jour afin que les habitants puissent se chauffer. 

Capture d’écran 2018-03-13 à 10.13.25.png

Réverbère dans les lices vers 1900

En 1887, l'usine était reprise par la Compagnie Générale Française et Continentale d'Eclairage. La municipalité faisait stipuler dans un avenant "Le directeur de l'usine à gaz sera toujours de nationalité française".

img038.jpg

© Henri Alaux

Les ouvriers et allumeurs de réverbères en 1896

Elle prit dix ans plus tard le nom de "Société du Gaz de Carcassonne". Elle subsista jusqu'en 1946, date à laquelle elle fut intégrée au Gaz de France.

Capture d’écran 2018-03-13 à 09.53.34.png

© I.G.N

Les deux gazomètres et l'usine en 1958

Capture d’écran 2018-03-13 à 09.56.05.png

© Google maps

Vue aérienne du site en 2018

L'arrivée du gaz de Lacq à Carcassonne va sonner le glas du gaz de houille à partir de 1963. Les deux gazomètres, derniers témoins de l'usine à gaz seront rasés au mois d'avril 1974 par l'entreprise Olivier, de Revel. 

Sources

Conférence de M.Guérin au C.D.D.P / Octobre 1974

Exposition "Gaz-Panorama"

Midi-Libre / Avril 1974

______________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2018

11:26 Publié dans Usines | Tags : eclairage public | Lien permanent | Commentaires (5)

11/03/2018

La famille Schwayder, réfugiée à Carcassonne et exterminée à Auschwitz.

Au mois d'août 1940, la famille Schwayder de confession juive quitte Saint-Leu-la-forêt et se réfugie à Carcassonne, située en zone non occupée, chez un ami de Caunes-Minervois nommé Sabarthès. Ceci, bien entendu, afin d'éviter d'être arrêtée par les nazis. Henri, Sarah, Marthe et Rachel sont logés chez Madame veuve Castan, avec leur amie Marguerite Regairaz dans une maison située au n° 52 de la route minervoise. Henri travaillera au ravitaillement des viandes et Marthe, à la perception. Comme beaucoup de juifs français, ils s'étaient signalés comme tels auprès de la préfecture, suivant les lois de Vichy.

Capture d’écran 2018-03-11 à 13.16.03.png

A l'angle de la rue Parmentier et de la route Minervoise, étaient logée la famille Schwayder

Le 18 mai 1944, Mlle Regairaz se présente affolée chez le voisin Léon Fraîche avec lequel la famille entretient d'excellent rapports. La Gestapo vient d'arrêter à leur domicile les quatre frères et sœurs Schwayder. Deux agents en civil, se sont présentés chez eux au moment du dîner. Ils demandèrent M. Schwayder ; Henri répondit, lequel ? Ensuite, la Gestapo les obligea à la suivre, mais comme elle ne disposait qu'un d'un petit véhicule, elle fit deux voyages. Ainsi, les quatre membres de la famille Schwayder se retrouvèrent au siège du SD, route de Toulouse.

La veille, un inconnu s'était présenté chez les Schwayder vers 22 heures pour les avertir que leur arrestation allait intervenir durant la nuit. Henri Schwayder se sentant seul visé, alla coucher chez un ami en ville. Nous savons ceci grâce au témoignage de Léon Fraîche, à qui Henri se confia. Ce dernier lui laissa même une petite valise qu'il avait préparée en vue de son départ. Le lendemain vers 11 heures du matin, apprenant que rien ne s'était passé au cours de la nuit, Henri Schwayder est rentré chez lui, tranquillisé, déclarant même qu'il devait s'agir d'un faux renseignement. 

an-der-rampe-in-auschwitz-kamen-die-gefangenentransporte-an-100~768x432.jpg

La rampe d'Auschwitz à l'arrivée d'un convoi

Après leur arrestation, les Schwayder seront internés à Drancy avant leur départ en wagon à Bestiaux vers Auschwitz. Ils seront gazés dès leur arrivée au camp, le 4 juin 1944. Deux autres frères, Ernest (73, rue du maréchal Foch à Taverny) et Charles (à Cachan) essaieront de savoir ce qu'il est arrivé à leur famille. En 1946, la ville de Carcassonne déclarera les quatre Schwayder comme décédés. Nous avons retrouvés leurs noms dans le Journal Officiel du 2 janvier 2001.

Henri, né le 30.12.1884 à Paris. † 4 juin 1944 à Auschwitz.

Marthe, née le 25.11.1944 à Paris. † 4 juin 1944 à Auschwitz.

Rachel, née le 12.07.1886 à Paris. † 4 juin 1944 à Auschwitz.

Sarah, née le 2.07.1882. † 4 juin 1944 à Auschwitz.

D'après l'enquête menée par Charles Schwayder, ses frères et sœurs ont été "arrêtés sur dénonciations de deux collaborateurs volontaires, complices d'assassins, les nommés Fernand M, chef de division au service des étrangers de la préfecture de l'Aude, et le sieur Roger S, chef de bureau au service des étrangers à la dite préfecture pendant l'Occupation, et actuellement encore. Quelques jours après l'arrestation de mes frères et sœurs, quatre allemands, sous la conduite d'un nommé Mayer, sous officier à la Kommandantur de Carcassonne, sont venus piller leurs affaires enfermées dans des salles entreposées bénévolement chez M. Fraîche, important tout : vêtements, vaisselle, bijoux et argent, plus un peu de ce qui appartenait à leur propriétaire M. Fraîche. Sans les indications des deux personnages cités plus haut M et S, les boches n'auraient jamais eu connaissance des noms des membres de ma famille."

Dans cette enquête diligentée par le parquet en 1947, le résistant Albert Piccolo déclare que "Monsieur Roger S, fournissait la liste des réfugiés juifs à la police allemande". Il ne se serait pas fait sonner les cloches, puisqu'il est demeuré en poste après la Libération. Peut-être est-il allé porter un cierge dans l'église du saint patron des vignerons... Dans cette triste histoire, on peut retenir que les juifs français se sentaient en confiance dans leur pays. Que les allemands n'auraient pas pu intervenir sans l'appui des fonctionnaires de l'Etat-Français. 

Sources

Archives du Service Historique de la Défense

____________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2018