15/03/2017

Paul Tomas, chef machiniste et régisseur de plateau au Théâtre municipal

Originaire de Peyriac-de-Mer, Paul Tomas entre d'abord au service menuiserie de la mairie de Carcassonne en 1951. Il a alors 17 ans. De cette époque, il se souviendra des corridas organisées à Patte d'oie dans des arènes démontables en bois. On y voit les toreros Luis Miguel Dominguin, Ortega et Ordonnez.

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© Carlos Recio

De septembre 1954 à mars 1957, il sert sous les drapeaux au Maroc dans l'armée de l'air. Il travaille à l'entretien des bases et voyage de Rabat à Casablanca, de Mekness à Fez. Retour en France et à Carcassonne, où il participe à la création des décors du premier Festival de Carcassonne en 1957.

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L'équipe des décors du Théâtre municipal

De 1965 à 1971, il est employé comme machiniste et voit passer les plus grands artistes : Brel, Brassens, Ferrat, Bécaud, etc... Les souvenirs bons ou moins bons se bousculent dans sa tête :

"L'un des meilleurs souvenirs est la venue de Gérard Lenorman qui, en février 1980, a fêté avec nous son anniversaire en toute simplicité. En revanche, le souvenir du passage de Dalida est beaucoup moins plaisant. Une lampe avait grillé pendant le spectacle, et elle était entrée dans une colère noire à l'entracte."

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Paul Tomas et Jean Alary

Jean Alary - directeur du Théâtre municipal - propose en 1979 à Paul Tomas un billet de chef de plateau. L'aventure dura quatorze années. Malgré un temps de réflexion, Paul accepta.  Dès lors, il mena de main de maître, tel un chef d'orchestre, son équipe de dix techniciens.

"Au cours de ces années, s'est créée une amitié et une solidarité qui est propre aux gens du théâtre et que l'on ne retrouve pas ailleurs."

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Paul Tomas, Mme Olivan, Jeannot Resplandy, Thierry Ravillard

Du coeur et de la disponibilité, autour de qualités dont a dû faire preuve Paul Tomas. A de nombreuses reprises, il a fallu déployer beaucoup de patience pour répondre aux caprices des stars. Son dévouement fera dire à son épouse : "Tu devrais faire installer un lit au théâtre".

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L'équipe du Festival 1984

On reconnaîtra le jeune Georges Bacou qui est aujourd'hui le directeur du théâtre 

Depuis 1957 et jusqu'en 1993, Paul Tomas s'occupa de la régie et de l'équipe technique du Festival de Carcassonne. Les machinos étaient des agents municipaux se portant volontaire pour la durée de l'événement culturel estival. Il y eut des coups de gueule et des fous rires. Une bête noire surtout : la pluie ! Des souvenirs, ces techniciens en ont à la pelle mais il y en a un qui est cher à leur coeur.

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© Droits réservés

Grillade au Festival de la Cité

"Deux fois, l'opéra de Paris est venu à Carcassonne. A chaque fois, on a vécu des moments formidables et une vraie complicité s'est installée entre nous. Les soirées se sont terminées par des grillades conviviales. Comme on sait le faire dans notre midi."

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© Midi Libre

L'équipe technique du Festival 1993

Paul Tomas prit sa retraite en novembre 1993, non sans un pincement au coeur. On ne laisse pas tant de souvenirs et d'amitiés derrière soi sans une certaine nostalgie. Il aura connu deux directeurs : Jean Alary et Jacques Miquel. Aujourd'hui, Paul Tomas vit retiré à Roullens entouré de l'affection de sa famille et de son petit-fils Nathan qui a tant d'admiration pour ce papy si méritant.

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© Carlos Recio

Paul Tomas avec le brigadier du théâtre

A titre personnel, j'ai connu Paul Tomas depuis mes débuts sur scène à l'âge de cinq ans, jusqu'à sa retraite. Un homme peu bavard et parfois austère, mais quelle efficacité dans le travail ! Comme beaucoup de ceux qui paraissent bougon, Paul Tomas possède une grande générosité d'âme. Finalement, un paradoxe dans ce midi où les gens sont souvent superficiels en amitié. Après sa retraite, il laissa la place à Michel Choureau. Ensuite, la ville de Carcassonne et la directrice du théâtre Madame Nicole Romieu, ne remplacèrent pas les machinistes attitrés, partis à la retraite. Ce fut le début de la fin, car machiniste est une véritable profession dans l'art du spectacle. Cela ne s'improvise pas ! Fini les grillades, fini les rigolades...

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Mme Olivan (Costumière), Mme Pujol (Billeterie), Paul Tomas (Régie de plateau); Thierry Ravillard (Lumières), ?, Jeannot Resplandy (Machinerie), ?

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14/03/2017

Où est passée la donation "Ferdinand Alquié" à la ville de Carcassonne ?

Dans le discours qu'Henri Tort-Nouguès prononça le 27 février 1989 à l'occasion de l'inauguration de la plaque apposée sur la façade de l'illustre philosophe Carcassonnais, on apprend qu'il a été fait donation à la ville de Carcassonne de l'ensemble de ses archives. Renseignements pris auprès de témoins de l'époque, c'est M. Tort lui-même qui aurait convaincu Denise Alquié - la veuve du philosophe - de céder l'ensemble des livres, discours, correspondances, manuscrits à la la commune. Cette transaction se serait faite dans les règles et devant notaire ; après quoi, l'ancienne Bibliothèque municipale en aurait reçu l'inventaire. Or, depuis le déménagement de celle-ci en 2010 vers les locaux de Montquier, nous ignorons ce qu'il est advenu de cette donation. Nous ne doutons pas qu'elle ait été bien conservée. Toutefois, il est dommage que les universitaires n'aient pas connaissance de ce dépôt, qui n'est en l'état accessible que sur demande. En effet, depuis sept ans Carcassonne n'a plus de Bibliothèque. Cela peut paraître extraordinaire pour une capitale départementale, mais c'est ainsi.

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Raymond Aron, Ferdinand Alquié, Vahl et Maurice Merleau-Ponty

Nous voici donc réunis ce soir du 27 février 1989 à Carcassonne pour rendre hommage à notre compatriote Ferdinand Alquié, professeur à la Sorbonne et membre de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, décédé il y a de cela quatre ans le 28 février 1985, après une implacable maladie.

Tous ceux qui sont ici ce soir et parmi eux des anciens élèves, et de très vieux amis, savent les liens anciens et profonds  qui m'unissaient à Ferdinand et à Denise Alquié, à travers Pierre Marie Sire dont il était l'ami le plus fidèle, et connaissent l'attachement que celui-ci et son épouse avaient gardé pour la terre languedocienne où ils aimaient retrouver leurs vieux amis et les souvenirs d'un lointain passé. Et ce soir, nous sommes réunis pour évoquer sa mémoire mais aussi pour une autre raison.

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Henri Tort-Nouguès et Ferdinand Alquié

En effet, Madame Ferdinand Alquié vient de faire don à la ville de Carcassonne, à la Bibliothèque municipale d'un lot exceptionnel de manuscrits, d'oeuvres de notre maître, d'ouvrages et de Revues de philosophie et de littérature, d'une correspondance importante et des cours enregistrés lors de son séjour aux Etats-Unis à l'université de Yale.

Aussi je veux tout de suite, au nom des élèves, des étudiants, des amis, de tous ceux qui l'ont connu, admiré et aimé, apporter le témoignage de notre gratitude et de notre reconnaissance à Madame Alquié : un grand merci, ma chère Denise, empreint d'affection car je ne pourrai poursuivre ce discours. Mais je veux aussi, au nom de tous ses amis, et me faisant l'interprète de Madame Alquié, adresser, cette fois à Monsieur Raymond Chésa, Maire de Carcassonne, le témoignage de notre gratitude. Lorsque je suis venu vous parler de ce projet, vous avez tout de suite accepté de recueillir ce lot de manuscrits et de livres qui viendront enrichir le patrimoine culturel de notre ville. Vous avez compris, à l'heure où l'on parle tant de décentralisation culturelle, quel intérêt majeur il y avait pour la ville de Carcassonne et sa Bibliothèque Municipale, de posséder cet ensemble d'oeuvres philosophiques, littéraires et artistiques.

Un grand merci au nom de ceux qui sont présents, au nom des Carcassonnais, merci au nom de tous ceux pour qui la culture authentique est une composante et une valeur essentielle de l'homme. Et merci aussi de servir ainsi la mémoire d'une de nos compatriotes les éminents.

Merci aussi à Madame Eychenne, à René Piniès, au fidèle entre les fidèles J-P Amiel de l'aide précieuse qu'ils m'ont apporté dans cette difficile entreprise. Car Ferdinand Alquié était né à Carcassonne le 18 décembre 1906, au 2 rue Omer sarraus, à l'endroit où s'élève aujourd'hui Le Terminus et avait résidé longtemps au 2 boulevard de Varsovie.

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Son père, Joseph Alquié était professeur de physique au vieux lycée de la rue de Verdun. Et c'est dans cet établissement que Ferdinand Alquié accomplit sa scolarité avec comme condisciples Jean-Paul Amiel, René Nelli, Maurice Nogué, Henri Ferraud et tant d'autres que je ne peux citer. Il eut, comme professeur de philosophie, Claude Louis Estève, qui eut une influence déterminante dans le choix de sa carrière et lui fit connaître Joë Bousquet. Très rapidement, il deviendra un élément des plus importants parmi ceux qui se réunissaient autour du grand poète blessé, avec Claude Louis Estève, René Nelli, François-Paul Alibert, Pierre et Maria Sire, Molino, Jean Ballard.... Avec eux, il créa la revue "Chantiers" et comme eux, il sera un des fidèles collaborateurs des "Cahiers du sud".

Elève exceptionnellement brillant, après le baccalauréat, il montera à Paris poursuivre des études de philosophie, licences, diplômes d'études supérieures, et sera reçu 1er à l'agrégation de philosophie en 1931. Il passera un an à Mont-de-Marsan, puis reviendra comme professeur au lycée de Carcassonne de 1932 à 1937. Nommé à Paris, il enseignera dans différents lycées (St-Louis, Rollin, Condorcet) dans les classes de première supérieure, à Henri IV, et à Louis-le-Grand, jusqu'en 1947. Docteur es lettres, il reviendra dans le midi comme professeur à la Faculté des lettres de Montpellier de 1947 à 1952, puis comme professeur à la Sorbonne jusqu'en 1976, date de sa retraite. Il sera élu à l'Académie des Sciences Morales et Politiques en 1975 et partagera sa retraite entre Paris, Montpellier et Carcassonne où il revenait assez souvent. Et comme je le disais tout à l'heure, il s'éteindra à Montpellier le 28 février 1985.

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Pierre Clarac remet l'épée d'Académicien à Ferdinand Alquié

C'est là, tracée à grands traits, résumée et schématisée, une carrière universitaire exceptionnelle. Alquié fut un homme de grand savoir et de réflexion. Il fut aussi homme d'action, et un professeur admirable, un philosophe authentique, mais il ne fut pas que cela. A une époque particulièrement sombre de notre histoire, alors que certains se faisaient les théoriciens de l'engagement et du risque (sans s'engager et rien risquer), Ferdinand Alquié rejoignait à Paris les rangs de la Résistance. Membre du réseau "Darius", il échappa même de justesse, avec son épouse Denise, à une souricière de la Gestapo, dans cette rue de Levis que je connais si bien.

Titulaire de la médaille de la Résistance et de la Croix du combattant volontaire, à la Libération il reprit simplement ses cours de philosophie dans son lycée avec sa modestie, sa scrupuleuse conscience, ce dévouement total qu'il mettait dans l'exercice de son métier. Il continue d'élaborer et d'échafauder une ouvre dont je crois pouvoir dire qu'elle est une des plus importantes, la plus marquante de notre siècle. Il n'est pas possible, dans le temps qui nous est imparti, d'énumérer et les titres de ses oeuvres et ceux de ses conférences et de ses communications innombrables. 

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12/03/2017

Georges Guille (1909-1985), député SFIO de l'Aude et opposant à François Mitterrand

Le 18 juin 1971, le député socialiste de l'Aude Georges Guille, écrit une lettre aux militants du PS, nouvellement fondé, dans laquelle il leur indique qu'il quitte le parti. N'ayant pas réussi à sauver l'ancienne S.F.I.O (Section Française de l'Internationale Socialiste) auprès de laquelle il fut un des plus vaillants représentants, Guille s'oppose à François Mitterrand et à son OPA sur le vieux parti ouvrier.

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© Assemblée nationale

Georges Guille

La seule chose qui le rapproche du futur Président de la République c'est son combat contre De Gaulle et la Ve République.  Pour le reste, Guille ne considère pas Mitterrand comme un vrai socialiste : "C'est un aventurier de la politique." Une espèce d'opportuniste, en quelque sorte. Or, le député de la Nièvre s'était imposé dans les esprits après l'élection présidentielle de 1965 où il avait réussi à mettre en ballotage le général de Gaulle. Guille malgré ses talents d'orateurs n'arrivera pas à ses fins ; le parti socialiste naît en 1969. En juin 1971, le nouvel adhérent François Mitterrand en prend la direction au Congrès d'Epinay. Le député de l'Aude déclare alors : "Il ne nous reste plus qu'à recréer un parti". 

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Son amertume Georges Guille l'exprimera en 1970 dans ce livre

La gauche la plus bête ..?

Ce fils de viticulteurs adhéra à la SFIO dès 1927 durant son séjour à l'Ecole normale de Carcassonne. Il sera instituteur. A 25 ans, c'est le plus jeune Conseiller Général (Canton de Capendu) de France. Opposant à Pétain, il est déplacé par le gouvernement de Vichy dans le Gard en 1940. Malgré cela, Guille occupe des fonctions clandestines dans l'Aude au sein de la SFIO. Au printemps 1944, le Comité Régional de Libération est constitué secrètement. Le Comité Départemental prendra ses fonctions à la préfecture de l'Aude le 22 août 1944. En son sein, figurent Félix Roquefort, Auguste, Germain, Lucien Milhau et Georges Guille. Francis Vals en est le président.

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© Assemblée nationale

Charles de Gaulle le 9 novembre 1945

Elu député en 1945, Georges Guille défend les intérêts de la viticulture. Il est l'auteur de la loi sur les VDQS (Vins Délimités de Qualité Supérieure) du 18 décembre 1949. De janvier 1956 à mai 1957, il participe au gouvernement de Guy Mollet en qualité de Secrétaire d'état chargé des relations avec le parlement, chargé de l'énergie atomique. C'est l'un des fondateurs de l'Institut National des Sciences et Techniques Nucléaires et obtient la création d'une usine de raffinage de l'uranium à Malvesi, près de Narbonne. Aujourd'hui, Usine Aréva Malvési.

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Le gouvernement Guy Mollet

En 1958, le maintien du communiste Félix Roquefort fait échouer Georges Guille qui perd son mandat de député, au profit de Louis Raymond Clergue (MRP). Un an après, il devient sénateur de l'Aude jusqu'en 1967. Il présida le Conseil général de l'Aude de 1945 à 1948 et de 1951 à 1976. Si son élection à la députation en 1967 faut aisée grâce, cette fois, au désistement du candidat communiste, il n'en sera pas de même en 1968. La dissolution de l'Assemblée nationale après les évènements de mai 1968, ne profitera pas à la gauche. Georges Guille ne dut son élection qu'à quelques voix contre Vié (UDR). 

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En 1973, après s'être retiré de la vie politique, Georges Guille écrira "Des vies de chiens". Ce livre est illustré par Jean Camberoque. Un récit autour de son village de Badens, des vignes et de la chasse que l'ancien député de l'Aude aimait particulièrement. Georges Guille est décédé le 16 novembre 1985 et repose au cimetière de Badens. Le 10 juillet 1986, la municipalité de Raymond Chésa (RPR) décide d'attribuer le nom d'une avenue à Georges Guille ; elle part du rond-point de Grazailles jusqu'au Pont rouge.

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 Le nom de Georges Guille n'est guère plus cité par les socialistes Audois. Pourtant l'opposant à l'ascension de François Mitterrand, reste encore dans la mémoire collective comme un homme de conviction, droit et humain. Des valeurs éculées sans doute dans la politique d'aujourd'hui...

Georges Guille est co-fondateur du Festival de la Cité

Sources 

La tête haute / Edouard Boeglin / 1983

Ils sont entrés dans la légende / Félix Roquefort

Histoire de Carcassonne / Privat / 1984

Les Audois / 1990

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11/03/2017

Les photos exceptionnelles et inédites du carnaval de 1955

C'est en 1951 qu'un chef d'entreprise, marchand de matériaux de construction, se lance avec quelques amis dans l'organisation du carnaval de Carcassonne. Lucien Geynes fonde le Comité pour les Fêtes du Carnaval en faisant appel aux commerçants, particuliers et aux villages voisins. Cette entreprise philanthropique est entièrement financée par le mécénat local ; au sortir de la guerre, la ville de Carcassonne n'a pas d'argent à consacrer au carnaval. Hélas, c'est précisément à cause d'un manque d'argent qu'en 1962, les festivités cesseront. Plus exactement, on aurait cherché des poux à M. Geynes, dont la générosité faisait de lui un danger politique pour les échéances électorales à venir. 

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Carcassus V, Roi fainéant

Les carnavals d'avant-guerre consacraient une partie de leur recette, au profit des oeuvres de charité de la ville. Malgré leur disparition progressive, le Comité des Fêtes du Carnaval reversait des sommes à l'orphelinat "Le nid joyeux", aux "Petites soeurs des pauvres" et à l'Hospice des vieux. Les boeufs gras prêtés par les bouchers tirent Carcassus. Une promotion commerciale pour leurs produits.

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Place Davilla, devant le marchand de bois Canavy

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Les petits lutins

Le Comité du carnaval invite en 1954 l'ensemble des comités de quartiers, les villages, les groupes, les sociétés de Carcassonne à se joindre à la fête et confectionner des chars. M. Geynes a fait ressortir les groupes de Pandores et Bigophones, typiquement Carcassonnais accompagnés en musique par les fanfares, comme celle du Réveil Carcassonnais.

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Le char de Chalabre

Entre 1951 et 1962, jamais le carnaval ne fut financé par la mairie. Ce sont les particuliers qui fabriquaient les chars ; une compétition entre elles pour gagner le prix de la plus belle réalisation. On achète des grosses têtes, des masques... Le Comité passe des contrats avec les plus beaux orchestres du moment : Maravella, Raymond Legrand, Hot-Club de jazz, Jacques Hélian... Tout ceci coûte un prix fou et va pousser l'organisation pour rentabiliser à faire payer les entrées, un grand loto, la décade commerciale en centre ville avec l'Union des commerçants. Tout génère de l'activité et des rentrées d'argent ; en 1960, la ville accueille près de 50 000 personnes. Hôtels, restaurants, cafés, tabacs sont pris d'assaut.

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Les inscriptions au concours de Reine de Carcassonne sont prises "Aux dames de France" chez Ramond, rue de Verdun. Ce magasin habillait la gagnante et profitait de sa réputation pour vendre ses articles. En 1955, les commerçants annoncent qu'ils offriront chacun un lot à la future reine.

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En 1955, Carcassus V est accueilli à St-Gimer dans le quartier de la Barbacane. A la fin du carnaval, il sera jugé par le Vénérable Inquisiteur, l'assesseur-sourd, l'assesseur-poète, le Grand Réquisiteur, le bourreau Ridevaux, le bourreau Dequeur, le bourreau Crassie et le héraut. Carcassus V condamné au bûcher se consume pendant que la foule entonne en occitan

Adiu paure (bis)

Adiu paure Carnaval

Tu t'envas e ieu demori

Per manjar la sopa a l'oli

Traduction

Adieu pauvre 

Adieu pauvre carnaval

Tu t'en vas et moi je reste

Pour manger la soupe à l'huile.

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La fabrication des fleurs en papier prenaient beaucoup de temps. Trois millions dans le corso fleuri en 1960 ! Un seul char pouvait en posséder 70 000 mille.

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Le corsaire

Le carnaval faisait le tour de tous les boulevards de la ville jusqu'à la place Davilla, en passant par l'allée d'Iéna. C'est dire le nombre de chars et de participants à travers Carcassonne.

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La Reine du Carnaval 1955

Tout s'est arrêté en 1962... M. Geynes et ses amis auront beaucoup donné de leur personne et leurs efforts restent encore dans la mémoire collective. 

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Sources

Fêtes et Carnaval dans la ville / Jacques Marrot / 1987

Un grand merci à Pascal Hyvert pour ses photos

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10/03/2017

Le musicien Jean-Pierre Tutin sauva Fajac-en-val de la ruine

compositeurs

Jean-Pierre Tutin en 2013

Situé sur le boulevard Barbès, à l'angle de la rue Jules Sauzède, se trouvait au début du siècle le café du midi comme nous pouvons le voir sur cette carte postale de 1907 au moment de la révolte vigneronne. Plus au sud, se trouvait le café du nord (café du Dôme) en fâce de l'Hôtel Dieu. Dans les années 1960, le café est acheté par Jean-Pierre Tutin qui le transforme en cabaret. L'établissement s'appelle désormais "Le fiacre" et c'est le rendez-vous de la jeunesse yé-yé de l'époque. Jean-Pierre Tutin avait la particularité de ressembler d'une façon troublante à Charles Trenet. Il la cultivait en chantant ses chansons avec un timbre de voix similaire de celui du "fou chantant" Narbonnais.

compositeurs

Jean-Pierre Tutin fonda à Carcassonne le RAC (Racing Athlétique Carcassonnais). Ce club de football deviendra ensuite le FAC puis le FACV, en raison de son alliance avec l'ECV (Étoile Club Villalboise). Il acheta également l'ensemble des maisons d'un petit village à l'abandon du Val de Dagne: Fajac-en-val.

Tutin

Fajac-en-Val

Grâce à lui, le village renaquit de ses cendres après qu'il a restauré les habitations les unes après les autres. C'est là, chez lui, que viendront dîner et pousser la chansonnette, Gaston Bonheur et Charles Trenet. Un fou chantant qu'il me décrit comme génie de la musique, mais inbuvable humainement.

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Sur cette photo: Jean-Pierre Tutin (Piano), Marius Laffargue (Contrebasse), M. Bonnery (Batterie), Jany Noel (Chant)
Concert Boum-Variétés du 21 octobre 1969 organisé par M. Laffargue au Théâtre municipal

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Le café a été détruit depuis et c'est désormais cet immeuble, en forme de cage à poules, qui l'a remplacé sur le boulevard Barbès.

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La vie de J-P Tutin est un romanesque. Né à Puteaux, il commence à composer à l'âge de 16 ans et devient le plus jeune créateur de la SACEM. A 17 ans, il épouse Cathérine Claire, chanteuse du groupe "Les trois ménestrels". Elle vit actuellement près de Montlaur, dans l'Aude. Ils se produisent dans les cabarets parisiens: La lapin agile à Montmartre, par exemple. Tutin est accompagné à la clarinette par Alex Métayer, qui deviendra humoriste; mais aussi, par Serge Gainsbourg au piano chez "Milord l'Arsouille", le cabaret de Michelle Arnaud. A 21 ans, il quitte le Show-biz et une carrière qui lui tendait les bras pour s'installer à Carcassonne où il aura sept enfants. Véritable globe-trotter, il reprendra sa valise de balladin et continuera à restaurer de vieilles bergeries dans d'autres départements. Ce monsieur que j'ai eu la chance d'avoir plusieurs fois au téléphone est un être passionnant. Il a connu et cotoyé tous les artistes de la vieille génération: Bref, Trenet, Reggiani, Gainsbourg, Ferré...

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L'album de Jean-Pierre Tutin paru en 2002

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09/03/2017

Qui a assassiné M. Rouzaud-Roche en septembre 1944 à Carcassonne ?

Voilà un nouveau sujet non élucidé qui va faire réagir dans les chaumières... Nous sommes au mois de septembre 1944 ; Carcassonne est libérée de l'occupant allemand depuis le 20 août. Jean Bringer et des résistants arrêtés et internés à la prison de Carcassonne ont été exécutés au château de Baudrigues près de Roullens. Nous savons que le dénommé Chiavacci, pseudo résistant FTP et surtout personnage d'une faible probité, a dénoncé le chef de la Résistance audoise à la Gestapo. C'est lui et quelques acolytes qui se faisant passer pour la Résistance, tortureront et voleront une famille de Limoux. A mettre également à leur crédit, la torture et l'assassinat sans jugement du comte Christian de Lorgeril détenu à la prison de Carcassonne depuis la Libération, et dont au moins l'un de ses fils était en fuite après sa participation à la Franc-garde (organe de la Milice). Alain de Lorgeril sera condamné par contumace à la peine de mort en 1945. Peut-être ces voleurs voulaient-ils par une action "d'éclat" dissiper les doutes portés sur eux, au sujet de l'affaire Bringer ? 

Nous savons également qu'à cette même période, Noël Blanc alias Charpentier, envoyé par Londres pour enquêter sur la disparition d'une grosse somme d'argent parachutée pour la Résistance, sera retrouvé calciné sur la route du Mas-des-cours. Présenté comme traître par Delteil, il a été tué dans la clinique du Bastion d'un coup de révolver par le Dr Cannac. Or, Charpentier n'était pas un traitre mais avait sans doute découvert, qui avait dérobé l'argent du parachutage. Il semblerait que l'honnête Dr Cannac ait été abusé par le petit groupe de docteurs de la clinique. Cet argent aurait profité à plusieurs personnes bien informées de Carcassonne, issues de la résistance locale.

Le Dr Cannac sera retrouvé mort dans la clinique du Dr Delteil au début des années 1950. Ce jour-là après avoir reçu un appel téléphonique des docteurs résistants de Carcassonne, il décidera rapidement de se rendre à Carcassonne. Le Dr Cannac avait été s'établir à Antibes après la Libération. Selon un membre de sa famille, le docteur se serait vivement disputé avec ses interlocuteurs. Il n'était pas dépressif, ajoute ce témoin. Dans la nuit, il couche à la clinique Delteil et est retrouvé agonisant le lendemain matin. Ses "amis" indiquent qu'il s'est suicidé, or il sera démontré que le docteur a été empoisonné. A t-on voulu faire taire le Dr Cannac sur ce qu'il allait révéler au sujet des parachutages ? Il y aura un procès qui mettra en évidence des circonstances troublantes pouvant incriminer le Dr Delteil. La loi d'amnistie le sauvera du bras séculier de la justice.

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La belle jardinière

Nous en venons donc à l'affaire Rouzaud-Roche... Ce commerçant tenait depuis des décennies avec son épouse, le magasin de vêtements "La belle jardinière". Ce commerce situé dans un bâtiment Belle époque, se trouvait dans la rue de Verdun. Aujourd'hui, il s'agit du Syndicat d'initiative. M. Rouzaud-Roche appartenait à la Résistance ; le lieutenant FFI Haguenauer lui avait présenté l'envoyé du général de Gaulle à Carcassonne. Selon le témoin, le commerçant Carcassonnais aurait servi de boite à lettres pour la Résistance locale. Homme de bien, humaniste et Franc-maçon, M. Roche aurait même caché des juifs pendant la guerre. Que s'est-il passé ? Toujours selon le témoin dont le père travaillait dans ce commerce, M. Rouzaud-Roche aurait été pris de vomissements terribles au mois de septembre 1944. Son agonie a duré trois jours ; il serait mort empoisonné. Par qui ? Mystère !... Des documents retrouvés aux archives, nous indiquent que M. Haguenauer a réclamé en décembre 1944 à plusieurs commerçants Carcassonnais impliqués dans la résistance locale, ses affaires provenant de la spoliation dont il fut l'objet opérés par Jules Barrière (administrateur des biens juifs) : sa bibliothèque de livres et plusieurs costumes. C'est pour ces derniers qu'il mit Mme Rouzaud-Roche en demeure de les lui rendre.

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Plus nous avançons dans nos enquêtes historiques et plus nous découvrons qu'une partie de la résistance Carcassonnaise, aurait été impliqué dans des affaires pas très nettes. A t-on livré Bringer, tué Charpentier et empoisonné Cannac et Roche parce qu'il avaient découvert le manège frauduleux de certains ? C'est là, toute la part de l'énigme... On peut s'interroger sur les liens entre l'argent et des pratiques de barbouzes au nom de la Résistance.  

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