12/02/2017

Ce qui est caché dans la Cité n'a pas de secret pour nous !...

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Dans la cour du château comtal (Premier plan sur cette photo) sous une dalle de béton, il y a une salle que l'on tient hors de la vue des publics. Et pourtant...

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Sous la dalle en béton, les vestiges de la Cité à l'époque romaine

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Au dessus de cet habitat se dressait au XIIe siècle une chapelle dédiée à la vierge. Peut-être aurait-on pu ne pas fermer totalement à la vue, ces vestiges. Par exemple, en plaçant au dessus de la mosaïque et à hauteur de la chape en béton, un verre d'une belle épaisseur. On aurait pu admirer tout ceci par transparence, mais je ne suis pas architecte et j'ignore les contraintes techniques Les Monuments nationaux qui administrent la Cité de Carcassonne ont montré cette mosaïque dans un reportage télévisé du journal de 20h de France 2. L'espace de 20 secondes seulement... le temps de nous faire saliver et puis, la porte s'est refermée à clé.

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Au dessous se trouvent des vestiges d'une rare beauté de l'époque où la cité était habitée par les Gallo-Romains. Les restes d'une villa de la fin du 1er siècle de notre ère avec ses murs en grès et une splendide mosaïque, sont dans un parfait état de conservation.  

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Parties de la mosaïque

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Nous nous sommes procurés des photographies et nous en faisons profiter.

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Une note interne du 27 février 2006 signée de Madame Patrica Corbett - administratrice du château - indique que "Le diagnostic réalisé par SOCOTEC sur la solidité de la dalle de la cour d'honneur couvrant la mosaïque soulève des problèmes d'ordre structurel importants qui mettent en cause la solidité générale de cette partie de l'édifice. En conséquence, l'accès au public et au personnel à la salle de la mosaïque ainsi que l'organisation de toute manifestation ou rassemblement de groupe de visites sur la dalle de la cour d'honneur est INTERDITE. Qu'en est-il aujourd'hui ?

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11/02/2017

En octobre 1647, Jean-Baptiste Poquelin dit Molière était à Carcassonne

Molière quitte Paris en 1645 après s'être retrouvé en prison au Châtelet. L'Illustre théâtre est alors en faillite et il s'écoulera treize années avant que son chef ne fasse une entrée triomphale dans la capitale devant le roi et sa cour dans la salle des gardes du Louvre. Ces treize années, Molière les passera en province en quête de protecteurs et de seigneurs influents. A cette époque, l'église obtient l'interdiction des représentations théâtrales dans les villes, malgré la réhabilitation initiée par Richelieu. La quinzaine de troupes itinérantes mènent une existence précaire à travers les routes de France. Parmi elles, se distingue la compagnie théâtrale de Charles Dufresne, protégée depuis vingt ans par les ducs d'Epernon, gouverneurs de Guyenne. Les Béjart et Molière entrent dans cette troupe en 1646 ; il en sera quelque temps après le directeur avec le prince de Conti comme propriétaire entre 1653 et 1657. Dès 1647, la troupe est appelée à jouer pour le comte d’Aubijoux, lieutenant-général du roi pour le Haut-Languedoc, « grand seigneur éclairé, libertin et fastueux », qui lui assure une « gratificatication annuelle considérable », l'invitant à se produire dans les villes de la région. Celles où se tiennent les Etats du Languedoc accueillent Molière et ses comédiens. En 1647, la troupe du duc d'Epernon est à Toulouse et à Albi pour les fêtes données en l'honneur du lieutenant-général du roi en Languedoc.

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Molière par Nicolas Mignard (1658)

Au mois d'octobre 1647, Molière se trouve à Carcassonne. Les comédiens n'ayant pas été payés à Albi, trois d'entre eux repartirent réclamer la somme de 500 livres qui leur était due. On trouvera trace de cet épisode dans la lettre de l'intendant conservée aux archives départementales du Tarn. On ne sait pas formellement si la troupe se trouvait encore à Carcassonne au mois de février 1648 pour l'ouverture des Etats du Languedoc dans cette ville. Toutefois, la présence du comte d'Aubijoux tend à confirmer cette hypothèse. On ne voit pas comment Molière n'aurait pas pu y voir un intérêt.

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Molière était-il à Carcassonne lors des Etats généraux du Languedoc en 1751 ? Selon plusieurs biographes, cela ne fait pas de doutes. Une lettre d'Assoucy, auteur et compositeur, adressée à Molière atteste de sa présence à ses côtés à Carcassonne. Cette missive que nous avons retrouvée fut publiée par le poète dans "Poésies et lettres" (Paris / 1653). Frézal dont il est question fut délégué du Parlement de Toulouse aux Etats de Carcassonne.

A Monsieur de Molières

Monsieur, je vous demande pardon de n'avoir pas pris congé de vous, Monsieur Frésart le plus froit en l'art d'obliger qu'homme qui soit au monde, me fit partir avec trop de précipitation pour m'aquitter de ce devoir, j'eus bien de la peine seulement à me sauver des roues entrant dans son carrosse, et c'est bien merveille, qu'il m'ait pû souffrir avec toutes mes bonnes qualités, pour la mauvaise qualité de mon manteau qui luy semblait trop lourd ; cela vient du grand amour qu'il a pour les chevaux, qui doit surpasser infiniment celuy qu'il à pour Dieu, puisqu'il a vu périr deux de ses plus gentilles créatures, sans daigner les soulager d'une lieue. Je ne vous saurais exprimer avec quelle grâce, le plus agile de mes pages faisait dix lieues par jour, ni les louanges qu'il a emportées de sa gentillesse et de sa disposition, pour celuy qu'il y a si longtemps que je nourris, peu s'en ai fallu qu'il n'ait fait comme le chien de Xantus qui rendit l'âme pour avoir suivy son maître avec trop de dévotion. Je ne m'estonne pas sir la Cour la député aux Etats pour le bien du peuple le connaissant si ennemy des charges. Je luy suis pourtant obligé m'avoir souffert avec mon bonnet de nuit, n'ayant promis que pour ma personne. Je remercie Dieu de cette rencontre.

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Charles Coypeau d'Assoucy

La Notice biographique sur Molière (P. Mesnard / 1889) ne remet pas en cause l'hypothèse selon laquelle Molière et D'Assoucy se trouvaient ensemble aux Etats de Carcassonne en 1651-1652.

"Cette lettre ne remet guère en doute qu'il ait été à Carcassonne pendant la session des Etats, avec le dernier jour de juillet de cette année. Ce témoignage est celui de d'Assoucy. (...) Pour douter que d'Assoucy se soit trouvé avec Molière à Carcassonne pendant la session de 1652, la seule supposition qui resterait serait que Frezals l'eût prit dans sa voiture non pas en revenant de sa mission, mais en partant de Toulouse."

L'historien Carcassonnais Claude Marquié oppose à cette affirmation l'objection suivante :

"Le problème est que nous ignorons où se trouvaient, au moment où elle fut écrite, aussi bien l'auteur que le destinataire de cette missive. En effet, on ne sait pas où sont passés Molière et ses compagnons en 1651 et 1652 : en décembre 1650, ils sont à Pézenas, puis le 4 avril 1651 à Paris, enfin le 12 août 1652 à Grenoble, mais nul document n'a été retrouvé portant sur les dix-huit mois qui se sont écoulés entre ces deux dernières dates."

Molière au château de Pennautier

Même, délégation du Parlement mise a part, même sans compter le nombreux et illustre personnel figurant aux États, il y avait, pour le comte d'Aubijoux, de quoi se mettre en frais largement. La société élégante et choisie qui, en de telles occurrences, se donnait rendez-vous à Carcassonne, méritait cet honneur. Si la ville n'était pas grande, de vrais amis de spectacles elle était vite pleine. On a pu on avoir une approximative idée par le Voyage de Chapelle et Bachaumont, fait en 1656, et qui, à quatre ans de distance, n'a pu nous donner que des impressions synchroniquement identiques et exactes. Ils étaient qualifiés pour voir tout et bien. Bachaumont était « intendant du duc d'Orléans », et une telle clé ouvrait bien des portes, grandes ou petites. Les voyageurs furent donc reçus en conséquence, et le souvenir des fêtes qu'on leur fit est ici topique.

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Le château de Pennautier

D'abord, réception chez M. de Pennautier, « à une lieue de Carcassonne ». M. Reich de Pennautier est un des trois trésoriers des États du Languedoc — et Borel le cite parmi les amateurs distingués du temps. Réception fastueuse. N'insistons pas et laissons à Chapelle le soin d'en témoigner la reconnaissance de l'estomac. Une chose importe par-dessus tout et domine tout, même dans le récit de Chapelle, c'est que « la comédie — car comédies il y eut — fut aussi un de nos » divertissements assez grands, parce que la troupe n'était pas mauvaise, et qu'on y voyait toutes les dames de Carcassonne. »

La banlieue de Carcassonne, alors très aristocraliquement habitée, pouvait, à elle seule, composer un public d'élite et peupler une salle de spectacle, même plus vaste que les locaux dont on disposait d'ordinaire. M. de Baisant, l'ami de Chapelle, qui ne l'oublie pas dans son Voyage, n'aurait eu qu'à battre le rappel de ses amis et amies pour avoir un auditoire, si la seule notoriété de Molière n'avait pas produit cet effet. Mais Molière était en pays de connaissance à Carcassonne, et la recommandation elle-même du comte d'Aubijoux, si elle pouvait maintenir ou accroître la faveur dont il jouissait, ne pouvait plus ni la lui attirer ni la lui mériter : Molière avait fait ses preuves à Carcassonne, en 1647. Et c'est un lieutenant du roi, le comte de Breteuil, qui lui avait en quelque sorte décerné là un certificat de maîtrise, dans une lettre du mois d'octobre de cette année, où il déclare sa « troupe remplie de fort honestes gens et de très bons artistes. »

Les artistes eu voyage, comédiens ou musiciens, savaient que la ville de Carcassonne était hospitalière et accueillante aux talents. Molière en lit souvent l'expérience : il la faisait pour la seconde ou la troisième fois en 1651-1652. Il retrouvait ces groupes sympathiques d'amateurs qui se donnaient le mot d'ordre autour de lui, à chacun de ses passages dans les villes. Ici, il retrouvait chaque fois un de ces fidèles de la comédie et de la musique, une sorte d'abonné par destination : « M. Charmois, ancien secrétaire du maréchal de Schomberg » et dont Borel encore signale la galerie formée de « beaucoup de beaux tableaux originaux ».

M. Charmois avait pris sa retraite à Carcassonne, un peu comme devait le faire Etienne Molinier. N'est-ce pas M. Charmois qui avait introduit le musicien chez le maréchal de Schomberg, durant ses résidences en Languedoc ? La passion du maréchal pour la musique est fort connue. Ou sait qu'il en faisait en tête à tète dans la chambre de Louis XIII, où Dassoucy était admis familièrement avec le surnom de « Phoebus garde-robin ». C'est au maréchal de Schomberg qu'Annibal Gantez, Languedocien d'acclimatation, avait dédié sa messe: Loetamini. Auuibal Gantez, tour à tour maître de chapelle à Aigues-Mortes, à Toulouse et à Montauban, avait parcouru un peu eu tous sens le Languedoc, où son admiration déclarée pour Élienne Molinier n'avait pu que grandir cet artiste dans l'opinion générale. Tout contribuait donc à faire de Carcassonne un foyer discret mais lumineux et réchauffant, pour l'art errant en quête d'une station propice pour faire halte. Molière y avait à qui parler, Molinier à qui se faire entendre.

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Molière aurait joué avec sa troupe à Carcassonne en 1652, Andromède de Pierre Corneille. La musique en était du sieur Charles d'Assoucy. Citons également un compositeur audois illustre à la Cour de Gaston d'Orléans et qui accompagna la troupe de Molière : Etienne Moulinié (1599-1676), né à Laure-Minervois.

Sources 

Le Ménestrel / 14 janvier 1894

La carrière de Molière / Caldicott / 1998

The Molière encyclopédia / James F. Games / 2002

La vie théâtrale dans les provinces du midi / 1976

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09/02/2017

Les directeurs du théâtre municipal de Carcassonne de 1906 à aujourd'hui

Au début du XXe siècle, les directeurs étaient nommés chaque année pour la saison à venir, après l'examen des candidatures par la commission théâtrale composée pour 1906 de: MM. Coll, Durand, Léginières, Maillé, Roumens, Vidal, Jordy, Sentenac, Suberville et Chai. Les candidats, le plus souvent déjà directeurs dans divers théâtres français, rédigeait leurs lettres de candidatures parfois accompagnées d'une lettre de soutien de la part du Député ou du Maire de la commune dans laquelle ils officiaient. Une fois désigné arprès signature du contrat, le nouveau directeur versait à la caisse municipale la somme de 6000 francs à titre de caution, qui lui était restituée cinq jours avant la fin de la saison. En contrepartie, il percevait une subvention municipale de 12000 francs payable par moitié et bénéficiait de la location des loges, de l'éclairage et de la salle de spectacle. Néanmoins, le dernier versement de la subvention n'intervenait qu'après un délai de 5 jours consécutifs, à la clôture de la saison et vérification des comptes. Quelques noms parmi ces directeurs: MM. Crémieux, Sylvo, Delpret...

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La campagne théâtrale se composait ainsi: Six représentations d'opéra-comique données dans le courant du premier mois et 10 représentations de Grands opéras dans le courant du second mois. Elle débutait une semaine avant ou après Pâques, à raison de deux représentations par semaine les dimanches et les jeudis. La direction pouvait donner une 3e représentation par semaine, si nécessaire, pour que la saison soit terminée dans une période qui ne devait être ni supérieure, ni inférieure à mois. La municipalité imposait au directeur de donner à ses frais une représentation au profit de la Société du "Sou des écoles laïques" avec tout son personnel. Si le directeur ne le faisait pas, il devait une amende de 300 francs à la dite Société. Le prix des places allait de 3,50 francs pour les fauteuils d'orchestre à 0,75 centimes au poulailler.

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La direction musicale était composée de deux chefs. Les membres de l'orchestre étaient au nombre de 46 choisis parmi les instrumentistes des formations de la ville (Sainte-Cécile, Lyre, Orphéon...). Ils avaient une entrée permanente (même pour les spectacles auxquels ils ne participaient pas) et étaient payés. Les artistes du choeur au nombre de vingt, étaient équitablement répartis entre hommes et femmes. Eux, venaient de régions différentes et devaient être présents à Carcassonne pendant les deux mois. Ils étaient également distribués dans les rôles secondaires des opéras. Leur salaire était défini selon leur grade dans la troupe: Dugazon, Premier ténor, Prémière Falcon, Seconde basse...etc. Il apparaît que les femmes étaient moins bien payées. Chaque artiste de la troupe devait avoir ses propres costumes de scène avant de signer son contrat. Le ballet était lui, composé d'un maître de ballet et de 7 danseurs. Voici les Grands opéras qui étaient régulièrement joués: Hérodiade (Massenet), La juive (Halévy), Rigoletto (Verdi), La favorite (Donizetti), Hamlet (Thomas), Faust (Gounod), Guillaume tell (Rossini), Le trouvère (Verdi),L'africaine (Meyerbeer).

Après la construction du nouveau théâtre municipal, la direction est confiée en concession à André Valette. Il s'agit d'un producteur marseillais. Grâce à ses relations parmi les vedettes, il va adapter la programmation à l'air du temps. On conserve l'orchestre du théâtre avec les musiciens carcassonnais. C'est Michel Mir qui dirigera le plus souvent l'orchestre en alternance avec des chefs venus de Toulouse ou Marseille. Le théâtre accueille des opérettes, des opéras, des tours de chant lyriques et de variétés, du cirque et des revues.

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Fernandel

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L'orchestre de jazz Fred Adison

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Le ténor français Georges Thil

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Mistinguet

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Fernandel en 1970 au théâtre municipal de Carcassonne

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Sur ce graphique que j'ai réalisé, on voit l'activité pendant la période de guerre. Au total en 5 ans: 22 opéras, 45 opérettes 74 pièces de théâtre, 42 revues, 22 concerts et 20 spectacles diverses. La saison 39-40 commence avec 4 mois de retard; le concert de Charles Trenet et l'opérette "L'amour masqué" sont annulés en raison des évènements de mai 1940. A partir du 24 mai 1940, le théâtre restera fermé. Le nombre de spectacles croissant à partir de 1940-1941 et très élevé lors de la saison 1941-1942, s'explique par le fait que bon nombre d'artistes et de troupes vinrent se réfugier en zone libre. Si le nombre de pièces de théâtre à tendance à croître en période guerre, en revanche les revues, opéras ou opérettes se font plus rares en raison des difficultés à trouver des choristes, instrumentistes et danseurs pour monter les ouvrages. La baisse durant la saison 1942-1943 coïncide avec le passage de Carcassonne en zone occupée.

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Paul Thomas (Chef machiniste) et Jean Alary (Directeur)

En 1955, Jean Alary, dont les parents tenaient le magasin de chaussures "Cendrillon" dans la rue de la gare, est nommé en remplacement d'André Valette. Il signe alors sans le savoir un long bail avec la ville de Carcassonne jusqu'à sa mort en 1986.

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D'abord directeur du théâtre puis en cumulant avec la direction du festival de la cité, Jean Alary va imprimer sa marque. Exit l'orchestre du théâtre avec ses vieux musiciens dont la plupart avaient allègrement dépassés la soixantaine. On va vers de la qualité, en tournant le dos à un passé qui n'est plus possible. Le théâtre municipal porte désormais son nom.

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Paul Thomas, Mme Olivan, Jeannot Resplandy, Thierry Ravillard, ?

Pris au dépourvu par la mort prématurée de Jean Alary, Raymond Chésa va faire appel à Jacques Miquel. Le théâtre était alors en concession et la veuve du directeur termina la saison jusqu'à l'apuration des comptes. A la prise de fonction de Jacques Miquel, le théâtre passa en régie municipale. Tout en conservant l'esprit de l'ancien directeur, Jacques Miquel de part sa formation de musicien classique aller user de ses relations avec le Capitole de Toulouse et son chef Michel Plasson. Dans sa programmation en retrouve les incontournables comédies de boulevard des tournées Baret. Mais surtout, les concerts symphoniques et de musique de chambre. 

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Andalousie (F. Lopez) en décembre 1988

Avec lui, c'est le retour de la création "maison" des opérettes (une par trimestre). Pendant sept jours, on monte au théâtre un spectacle lyrique avec l'orchestre Mélodia de Toulouse et son chef Claude Cugullière, dont la famille avait une pharmacie à Carcassonne, les choeurs de Carcassonne et des artistes tels Carlo di Angelo, Jose Todaro, Henri Genès... Ces spectacles faisaient salle comble à chaque fois avec des réservations prises d'une année sur l'autre.

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Jacques Miquel jusqu'en 2002

Jusqu'en 2011, Nicole Romieu qui n'avait aucune formation musicale fut propulsée à la tête du théâtre. Fini les productions maisons ! Ce fut le retour des spectacles achetés clé en main.

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Aujourd'hui, Georges Bacou assure la direction du théâtre portant le nom de celui avec lequel il apprit le métier. Nous le voyons sur la photo ci-dessus en 1984 (haut en droite) avec l'équipe du festival de la Cité. Jean Alary qui en était le directeur se trouve au centre avec la moustache.

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08/02/2017

La création du jardin Bellevue en 1995 à Carcassonne

Avant que la municipalité Chésa ne se décide à créer un jardin public en bordure du quai Bellevue, le terrain était occupé depuis longtemps par des jardins potagers appartenant à plusieurs propriétaires. Il s'agissait d'un endroit plus ou moins laissé à l'abandon par certains et séparé par des enclos de fortune. D'autres, y cultivaient des légumes pour leur consommation personnelle. Il faut dire que cet endroit avait un certain charme, comme on peut le trouver encore à l'intérieur de nos villages. La ville acquit les terrains à MM. Toustou, Monier Jean, De Geoffroy, Oulié, Laffargue et à Mesdames Lanau, Moulet, Monier, Emma et Fontanilles. Les autres comme MM. Ramon Marius, André et Roger Campo, Clément Castilla et Mlle Homps, les échangèrent contre une parcelle aux jardins de la Reille.

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Le chantier en 1993

Ce projet sera présenté durant la campagne des municipales de 1989. Après la reconduction aux affaires de la ville du conseil municipal sortant, une maquette présentant la future réalisation est installée dans la mairie en février 1991. Il s'agit d'une aire de loisirs avec un parking de 140 places longeant le quai Bellevue. Un jardin planté d'arbres bas pour ne pas cacher la vue sur la Cité. Une aire de jeux pour les enfants et un coin de repos pour le 3e âge. Un théâtre de verdure pour y donner des concerts qui sera remplacé dans la version finale par un boulodrome. Les remblais nécessaires proviennent du chantier de construction du parking des Jacobins.

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Le passage au gué sur l'Aude

Faute de financements, le chantier de terrassement commencé en 1991 restera en l'état pendant quatre ans. Les travaux arrêtés ne reprendront pas avant l'année 1994, précédent l'élection municipale de 1995.  Jusque-là, les riverains n'auront devant leurs yeux qu'un terrain vague et boueux. 

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© Google maps

Le jardin Bellevue sera inauguré au début de l'année 1995 avant l'élection municipale. C'est une belle réussite qui a offert une plus-value à toutes les maisons bordant le quai Bellevue, avec une vue imprenable sur la Cité. Le jour de la fête nationale lors de l'embrasement de la Cité, les spectateurs viennent en masse y admirer le feu d'artifice. 

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Ce tilleul centenaire devait être abattu dans le plan initial, mais une pétition des habitants du quartier a permis de le conserver.

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Au mois de juin 1995, afin de fêter l'élection de Jacques Chirac à la présidence de la République, les jeunes du RPR ont planté symboliquement ce pommier dans le jardin. Cet arbre fruitier que l'on cultive en Limousin - terre natale du candidat - avait été au coeur de la communication de sa campagne électorale.

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07/02/2017

Lucien Allibau (1908-2004), résistant et libérateur de l'Aude

Nous allons laisser parler dans cette chronique, la voix d'un témoin qui fut un ami très proche de Lucien Allibau. Tout simplement parce que dans peu d'années, les témoignages sur ces maquisards ne se retrouveront plus que dans des livres. Y trouvera t-on celui de cet homme ? Déjà, les néo-libéraux camouflés en Gaullistes par opportunisme, commencent à vouloir dénoncer tout ce que la Libération a apporté au peuple français pendant 75 ans. Outre le retour de la liberté, un certain nombre d'avancées sociales issues du Conseil National de la Résistance - comme la Sécurité sociale - obtenue en 1945 grâce à la souffrance des combattants de la France libre et au général de Gaulle. Il suffit de lire le tome 3 de ses mémoires de Guerre. C'est là toute l'utilité d'un blog comme celui-ci, de mettre en lumière ce qui est dans l'obscurité. 

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Comme tous les communistes, Lucien Allibau disait que "les colons n'avaient rien à faire en Algérie" et qu'il fallait laisser le pays aux Agériens. Je lui dis un jour : "tu parles comme un Fellagha". Il me répondit : "Tu sais  ce que ça veut dire Fellagha ? C'est un homme de la terre. Oui, moi aussi je suis un homme de la terre." Voilà l'origine de son surnom qui lui restera au hameau de Maquens jusque'à la fin de sa vie. 

L'homme fils de travailleur comme son père qui mourut jeune, vécut avec sa mère et resta un célibataire endurci. Il était occupé à la voirie avant la guerre, mais comme il était communiste, quelqu'un se chargea de le faire renvoyer. Il retourna travailler la terre et remplaça un prisonnier de guerre dans une ferme. Pourchassé par la police de Vichy et la Milice française, il leur échappa et rejoint le maquis FTP (Francs Tireurs et Partisans) dans les forêts de Salvezine et plus tard, à Chalabre, il faisait partie d'une petite unité de sabotages.

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Il y avait deux types de maquis : l'un FFI (Forces Françaises de l'Intérieur) qui était sous la direction de Londres avec pour chef le général de Gaulle qui lui, bénéficiait de parachutage d'armes ; l'autre, FTP, qui était communiste. Bien qu'il n'aimait pas trop en parler, il me raconta quelques péripéties que je vous livre.

Son groupe au début n'était pas structuré. Un jour, pour se ravitailler, il demandaient à un fermier de lui vendre une vache. Le fermier refusa - et pour cause, les maquis payaient avec des bons remboursables à la fin de la guerre. Il tuèrent une vache à la hache et l'emportèrent. A six, ils dormaient sous un rocher. L'hiver, il fallait pour sortir couper les stalactites de glace avec le souci principal d'échapper aux Allemands. Ils étaient ravitaillés par la famille Cathala de Montjardin, un petit bourg à côté de Chalabre. Dénoncé par qui ? Il ne le surent pas avec certitude, mais toute la famille fut torturée et un de leur fils, fusillé.

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Auguste Cathala n'avait que 16 ans

Puisque les Anglais et les Américains ne leur parachutaient pas des armes, tout était bon pour s'en procurer. Attaques de gendarmeries et même simulations d'attaques Allemandes contre les FFI, qui eux bénéficiaient de parachutages. Pourtant les Américains avaient parachuté des hommes qui, ils le surent plus tard, étaient des agents de l'OSS qui deviendra plus tard la CIA. Ces sic agents parlaient toute la journée à la radio en américain. Quand Lucien leur demandait de quoi ils parlaient, ils lui répondaient : "On commande des armes". Ils n'en ont jamais reçu et pour cause, les Américains n'allaient pas fournir des armes, au maquis communiste. Ce n'est qu'après la fin de la guerre, qu'ils comprirent leur rôle qui était d'infiltrer les maquis communistes. Malheureusement, au cours d'une opération dans les gorges d'Alet contre une colonne Allemande, le lieutenant Paul Swank fut tué. Un monument rappelle cet épisode. Il y fut enterré.

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La tombe de Paul Swank - Officier OSS - à Alet-les-bains

 Au cours d'un engagement à côté de Puivert, ils firent prisonniers trois soldats Allemands. Dans la nuit, l'un d'eux tente de s'évader. Lucien qui s'en était aperçu, lui dit : "La prochaine fois tu sera tué". Il l'aurait fait. Ils furent remis à la Libération aux structures qui se mettaient en place. 

Une fois, comme un camarade lui proposait de se servir avec l'argent de la caisse qu'ils avaient récupérée, il lui dit : "Si tu la touches. Attention !" Dans sa vie, bien que braconnier dans l'âme, il fut l'honnêteté même en toutes circonstances.

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Un jour, je vais au petit village de Pauligne près de Limoux. Je rencontre un vieux monsieur. En parlant, je lui dis que j'étais de Maquens. Il me dit avoir fait des expéditions quand il était au maquis avec un gars de ce village. Il me précisa que c'était lui qui avait tué lie maire qui à cette époque était milicien. Quand je lui ai rappelé ces faits, il me dit de n'en parler à personne. Ils me mettraient en prison encore. C'était ce que l'on appellera plus tard, un règlement de compte du maquis. Ce milicien avait été impliqué lors de la torture et de l'assassinat du fils Cathala.

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Lucien Allibau

(1908-2004)

Pendant plusieurs années, au cours des cérémonies au Monument aux morts de Maquens, un habitant d'origine italienne faisait partie des personnes chargées de déposer une gerbe. Quand "Le Fellagha" s'en aperçut, il signala aux anciens combattants que cet individu avait servi dans les milices fascistes de Mussolini. On ne le revit plus durant les cérémonies. Aujourd'hui tous ces résistants sont presque tous morts ou trop âgés, désormais n'importe qui peut donc écrire ou faire ce qu'il veut avec l'histoire. "L'habit ne fait pas le moine"...

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04/02/2017

Barbès : Ce fondu de liberté(s) qui a fondu sous l'occupation

Armand Barbès

(1809-1870)

dont le père natif de Capendu est chirurgien militaire à Carcassonne, n'aura cessé durant toute sa vie de porter les valeurs de la République. Ceci au prix d'une débauche d'énergie qui lui vaudra le surnom de "Bayard de la démocratie". Il luttera contre Louis-Philippe (Roi des Français) qu'il réussira à faire renverser, la deuxième République et le Second Empire. À chaque fois il sera condamné, au mieux, à de la prison ; au pire, à la peine capitale. Pour cette dernière, il devra son salut à une intervention de Victor Hugo en sa faveur. En1848, il représentera le département de l'Aude à l'Assemblée constituante où il siègera à l'extrême gauche. Après s'être volontairement exilé à La Haye suite à sa libération en 1854, il mourra là-bas le 26 juin 1870 ; seulement quelques semaines avant l'avènement de la République en France pour laquelle il n'a cessé de militer.

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© Martial Andrieu

Le 26 septembre 1886, une statue à son effigie est dressée sur un socle portant la mention "Vivre libre ou mourir" sur le boulevard Saint-Michel. Elle est l'oeuvre du sculpteur toulousain Alexandre Falguières (1831-1900).

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Le socle sans la statue, remplacée par un buste de Marianne en août 1944

Le 20 mars 1942, la mairie de Carcassonne, aux ordres du gouvernement de Vichy, enlève la statue de Barbès de son piédestal. La loi du 11 octobre 1941 promulguée par Vichy contraint l'administration municipale au démontage des statues et de leurs socles en vue de leur fonte. Ceci à l'exception des oeuvres présentant un caractère historique et esthétique. Notion assez vague voulue par l'amiral Darlan (Vice-président du conseil) afin que ne soient épargnées que celles à la gloire de Jeanne d'arc, Henri IV, Louis XIV et Napoléon 1er. L'enlèvement de Barbès à Carcassonne - on s'en serait douté - n'eut qu'un but politique qui n'empêchera pas la tenue d'une manifestation Républicaine au pied de son socle le 14 juillet 1942. L'occupant n'investira la zone sud et Carcassonne qu'en novembre 1942, mais il y a fort à parier que le métal a servi aux nazis pour tuer des Français et leurs alliés.

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© Martial Andrieu

Barbès retrouve son socle en 1952

Une partie des statues françaises destinées à la fonte a été moulée en plâtre. Suite une proposition du sculpteur Carcassonnais Paul Manaut en date du 20 novembre 1951, la municipalité de Marcel-Itard Longueville décide de lui confier en février 1952 la reconstruction de la statue. Le coût s'élève à 1 400 000 francs, dont une partie provient de la "souscription au Monument Barbès" levée en 1951. Cette copie présente toutefois quelques différences.

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La nouvelle statue de Barbès n'a plus son fusil entre les jambes...

Source

Délibération Conseil Municipal / 27 février 1952

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