08/11/2017

Pourquoi le gymnase et l'école des Serres portent-ils ce nom ?

En 1972, la municipalité Gayraud entreprend la construction de plusieurs établissements scolaires et sportifs. Considérant qu'il faut offrir à la jeunesse des infrastructures modernes dans lesquelles pourront s'exprimer les clubs tels que le HBCC (Handball) ou le SOC (Basket) mais aussi les élèves des écoles, il est recherché dans le centre-ville un terrain capable d'offrir ce potentiel. Il existe à cette époque, l'ancien jardin du Grand Séminaire transformé en Serres municipales à partir de 1924 dans la rue des Études. La ville va donc faire procéder à la destruction de plus de moitié d'un ancien carron de la Bastide, afin d'édifier à la place le futur gymnase. Celui-ci prendra naturellement le nom des Serres, comme l'école primaire qui lui sera ensuite adossée quelques mois après.

Gymnase Serres.jpg

© CAUE

Le gymnase des Serres

Un ouvrage important construit sur ordre du duc de Montmorency se trouvait là autrefois. C'était le ravelin de la Mercy, sa construction au temps des guerres de la Ligue s'était effectuée en démolissant tout un carron de maisons. Les restes de ce ravelin sont dans le parc de la maison Satgé.

serres.jpg

© IGN

Vue aérienne des Serres en 1954

Sans fouilles préalables, la municipalité va raser les Serres municipales sous lesquelles on aurait sans doute retrouvé bien des vestiges archéologiques. Les travaux débutèrent le 10 mai 1972 avec l'entreprise Bonnery qui fut obligée de creuser en profondeur, afin de mettre de niveau à cet endroit les rues des Études et du 4 septembre. Où passèrent les remblais ou passèrent les vestiges ? Mystère...

P1070673.jpg

© Midi Libre / Carlos Recio

Financé en intégralité par la mairie, la construction du gymnase coûta la bagatelle d'un million sept cent vingt cinq mille francs. Son architecture fut confiée aux urbanistes Carcassonnais Pierre et Christine Tarbouriech, dans un style faisant la part belle au béton armé.

P1070673.jpg

Plan des architectes Tarbouriech

La particularité de ce bâtiment est de posséder un sous-sol comprenant une salle de gymnastique, des douches, quatre vestiaires, une salle de réunion, une infirmerie. L'entrée du gymnase de 800 m2 se fait par la rue des Études. L'inauguration aura lieu le 17 février 1973. Quant à l'école primaire des Serres qui jouxte le gymnase, elle fera son ouverture pour Pâques de la même année.

gymnase. CAUE.jpg

© CAUE

Si vous vous mettez en quête de savoir ce qu'il reste des anciennes Serres municipales, longez la rue des Études et descendez par la rue de République.

Capture d’écran 2017-11-08 à 14.20.51.png

Il reste ce mur de clôture de l'ancien jardin du Grand séminaire. Quant aux nouvelles serres, elles furent édifiées le long du Canal du midi dans le quartier de l'Estagnol. 

Sources

Journaux locaux / Mai 1972

Bulletin municipal / Février 1973

Léon Riba / Historique des propriétés de la ville / 1949

Géoportail IGN

_________________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

 

14:25 Publié dans Patrimoine disparu | Tags : serres | Lien permanent | Commentaires (4)

07/11/2017

La reconstruction du Quai Riquet après le massacre et l'incendie du 20 août 1944

Après le passage des hordes teutoniques composée en majorité de soldats caucasiens enrôlés dans la Wehrmacht, il ne reste plus rien des immeubles logeant le Quai Riquet. Le bilan humain fait état d'une vingtaine de victimes civiles assassinées et de nombreux bâtiments incendiés par jets de grenade. La cause de cette déferlante de haine animée par une armée ennemie aux abois et sur le recul reste floue. Les troupes d'occupation remontant vers la vallée du Rhône ne cessent d'être harcelées et décimées par l'aviation alliée. Ce 20 août 1944, un appareil américain est abattu au-dessus de Grazailles, finit sa chute dans le domaine de Gougens ; son pilote s'éjecte avec son parachute. Il tombera au milieu d'un champ du côté de Pennautier. Les convois Allemands, échaudés par des routes nationales peu sûres, s'aventurent désormais par les départementales. Ce 20 août 1944, jour de la libération de Carcassonne, les troupes nazies passent sous le pont de chemin de fer de la route minervoise, lorsque paraît-il un coup de feu retentit provenant du Quai Riquet. Le convoi s'arrête, les boches tirent sur tout ce qui bouge et franchissent la passerelle du Canal du midi. Ils recherchent l'auteur de l'escarmouche. Sans aucune distinction de sexe, ils abattront ceux qui auront le malheur de se trouver là au mauvais moment. A la suite de la fusillade, l'ensemble des bâtiments logeant le Quai Riquet sera incendié.

Quai Riquet. Maison Hyvert copie.jpg

© ADA 11

Les maison Hyvert et Embry après l'incendie

La famille Hyvert s'était retirée à la campagne au-dessus de Grazailles avant le massacre. Au Quai Riquet, elle possédait l'usine de fertilisants Docor-Grazailles (4, rue Buffon) et sa maison d'habitation (11, quai Riquet).

Hyvert 2.jpg

Les deux bâtiments furent visés par des grenades incendiaires et entièrement détruits avec tout ce qui s'y trouvait à l'intérieur. Seul le grand bâtiment de logements, rue Buffon fut sévèrement endommagé mais pas détruit, Roger Hyvert n'ayant pas les fonds nécessaires pour le réparer l'a vendu a un mécano originaire de Trèbes, il y a installé un atelier de réparation de freins de camions.

Maison Hyvert.jpg

Les bâtiments Docor-Grazailles, 4 rue Buffon

Rue Buffon, il s'agissait à l'origine d'un hangar avec chais pour le commerce du vin.
Sur la façade coté Quai Riquet, il était peint "VINS DU MINERVOIS A LA COMMISSION". Pierre Hyvert avait fait construire vers 1893 cette usine, contre un immeuble d'habitations modestes contenant 21 appartements. Un ami de la famille avait racheté les immeubles aux enchères après la faillite de Pierre Hyvert, consécutive à la crue de l'Orbiel inondant les mines de la Caunette. Georges Hyvert rachetera les immeubles de son père, alors l'ami leur en avait laissé la jouissance contre un très modeste loyer.

Plan.jpg

Plan du Quai Riquet avant l'incendie

Le 22 août 1944, un état des lieux est dressé par M. Rimailho, ingénieur des T.P.E. En entrant au rez-de-chaussée, se trouvaient le laboratoire et le bureau. Au milieu de ce cloac, M. Hyvert tente de reconnaître ce qu'il possédait. Des vitrines exposaient une collection de minéraux, roches-types et fossiles-types. Une armoire vitrée contenait des produits chimiques. Parmi les appareils du laboratoire, on devine encore un microscope, un ébullioscope Maligan, un alambic de Salbron, un Alcidi-gypsomètre Belot, un chalumeau de Berzielium, un polarimètre à tourmalines, un pantographe en laiton, un compas "maître de danse" et des balances d'essai. Au coin de la pièce, gisent les restes d'un four de coupelles en briques réfractaires, composé d'un four de fusion pour l'attaque des minerais par voie sèche, et d'un four de coupellation à moufle.

14249871_1111367812266195_1270562679898359898_o.jpg

Dans le garage, il ne reste que les ferrures de scellement d'un meuble ayant contenu le classement des échantillons de la mine de la Boussole. Pareil pour ce buffet, dans lequel étaient conservées les collections de revues scientifiques (Echo des mines, bulletin de l'Industrie minérale, Revue pétrolière, Revue chimique analytique, Mining magazine). Vers le milieu du magasin, un important matériel provenant d'un atelier de fabrication de cannetilles en perles qu'il avait dû stocker là pour libérer un local en avril 1944, lors des évacuations de la Cité.

Famille Hyvert devant la porte d'entrée.jpg

La famille Hyvert devant chez elle au Quai Riquet

A la Libération, les Hyvert ont perdu leur outil de travail et leur logement. On réquisitionne un appartement au numéro 4 de la place Carnot chez Mlle Mary, où ils habiteront jusqu'au 31 août 1952. Le 22 décembre 1944, le Service des sinistrés de la mairie, dirigé par M. Caverivière, leur livre une chambre complète avec literie. Ils sont ensuite invités à se présenter à ce bureau afin pour y percevoir un béret, un complet, des pardessus, des robes ainsi que des bons en vêtements. La propriétaire souhaitant récupérer son bien en juin 1945, reçoit une lettre de Maître Tiffou, huissier de justice, lui indiquant qu'il était impossible de satisfaire sa demande. Pour subvenir aux besoins de la famille, Roger Hyvert deviendra inspecteur du permis de conduire et s'occupera du recensement des monuments historiques.

carte_pcf_1945.jpg

 Le 16 mars 1946, le Parti Communiste Français tente de récupérer à sa cause les mécontents du quartier de l'Olivette et de Grazailles. Des tracts sont distribués auprès des sinistrés au nom de la cellule Danielle Casanova. Dénonçant les atermoiements et les promesses non tenues du ministre Dautry, les communistes de Carcassonne appellent les sinistrés à se ranger derrière les camarades Thorez et Billoux, Ministre de la reconstruction. 

Vue aériene quai Riquet.jpg

Vue aérienne du Quai Riquet en 1947

Après l'incendie la mairie refuse les reconstructions sur place et préférerait un jardin public. Les petits propriétaires seront indemnisés et iront construire ailleurs. Après une longue période et l'abandon du projet de jardin, l'ensemble des terrains est partagé entre la veuve Embry et Hyvert (Roger et sa mère). Les moellons issus de la destruction restent longtemps sur place et sont la propriété de l'état. Or, le tas diminue sensiblement de jour en jour... Ce n'est qu'au mois de mai 1951 que la reconstruction de l'immeuble Hyvert est portée en priorité, par le Ministère de la reconstruction et de l'urbanisme. A partir de cette autorisation, le propriétaire dispose d'un délai de trois mois pour rebâtir le 1er novembre 1951.

23215786_10213880403671918_7419486100467851837_o.jpg

Plan dressé par l'architecte Bourely, le 25 novembre 1950

Roger Hyvert reconstruit rue Buffon une maison avec 4 petits appartements et 5 garages. Au bord du canal il fera bâtir une maison avec deux appartements : un pour Roger et un pour sa mère (décédée avant la fin de la construction). Ceci se fit avec l'argent de la vente des terrains qu'il possédait et les indemnités. Ces dernières étant insuffisantes...

Maison Hyvert.jpg

Les travaux en cours d'achèvement le 31 octobre 1952

 La famille Hyvert pourra prendre possession de ses locaux à la fin de l'année 1952. Roger aurait voulu tout reprendre et poursuivre le travail de son père après l'incendie, mais s'il a pu reconstituer un petit laboratoire avec les indemnités, en revanche il renonça à acheter un four capable de fondre le minerai. Trop cher et pas pris en compte dans les indemnités car celui qui avait été détruit était impossible à évaluer.

hyvert.jpg

Roger Hyvert dans son nouveau jardin en 1952

Comme pour le massacre et l'incendie d'Oradour-sur-Glane, on s'aperçoit des grandes difficultés que rencontrèrent les sinistrés après la guerre. En Haute-Vienne, ils durent habiter dans des pré-fabriqués pendant plusieurs années avant la reconstruction du nouveau village. Quant aux dommages de guerre et à la punition des coupables... 

Sources 

ADA 11

Archives de Pascal Hyvert

Presse locale

______________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

05/11/2017

Les vieux marchands de bonbons de Carcassonne

Il est loin le temps où les jeunes carcassonnais se ravitaillaient à la bonbonnerie Marseillaise de M. Raynaud sur le boulevard des tilleuls (Commandant Roumens). C'était au début du siècle dernier, à côté du Bazar du Bon marché et du café du Helder (café des platanes). Jusqu'à la libération et à la destruction du square gambetta par l'occupant, deux kiosques en pierres se tenaient parallèlement au jardin. Le premier, en face du musée était tenu par M. Andrieu. Le second, celui de Mlle Delphine, lui faisait concurrence en face de la maison Lacombe. Faut dire qu'il fallait du stock en réglisses, guimauves et autres sucettes pour les écoliers du groupe scolaire Jean Jaurès, inauguré en 1928. Ces kiosques ont été détruits comme celui qui à l'identique est resté quelques temps après place Davilla.

1787553859.jpg

Comme elles étaient délicieuses les sucreries de madame Bourrel... Juste après la guerre, la marchande de bonbons avait posé son étal dans la rue de la gare en face du Continental, pour la grande joie des enfants. Elle vendait des cocos, des bonbons acidulés en forme d'ostie, de la croquande, des sucres d'orge et des cacahouettes qu'elle faisait griller chez le boulanger M. Deveze, 33 rue de Lorraine.

2327570238.jpg

Le kiosque du boulevard Marcou face à l'école Ste-Marie auxiliatrice

Ce kiosque fut construit grâce à une délibération du conseil municipal en date du 9 novembre 1928, avec jouissance pour une période de 20 ans à M. Cros, résidant rue Clémenceau. Le 30 novembre 1948, il devint la propriété de la ville.

A partir du boulevard Barbès, en face le café du Midi (détruit), il y avait l'étal de madame Gillot surnommée "la japonaise" par les enfants, en raison de sa coupe de cheveux.

Kiosque du Palais 2.jpg

Le vieux kiosque du Palais de justice qui sera rasé en 1959. On construira à l'opposé celui que nous connaissons aujourd'hui, dans un style plus moderne.

20170614_192522.jpg

Le kiosque de Mariano Ramon contre le mur du portail des Jacobins fut construit en 1909 pour M. Roucairos. On y vendait des journaux et des friandises pour déguster à la sortie de l'école. Il cessa son activité en 1985 et la transmit à Chantal Julien, habitant à Cazilhac. Au début des années 1990, le kiosque sera rasé lors de l'aménagement en surface du parking Jacobins. Il y avait également un kiosque du même style contre le mur du boulevard Marcou, à gauche en haut de la rue de Verdun. 

Almazor 1.jpg

Le marchand ambulant Almazor

Antonio ALMAZOR, exilé espagnol de Catalogne, arrivé en France dans les années 30 en traversant les Pyrénées à pied, engagé à la Légion étrangère au Barcarès, prisonnier en Allemagne lors de la seconde Guerre Mondiale puis libéré, il s'installa à Carcassonne. Avec son épouse, ils montèrent cette confiserie ambulante. De Castelnaudary, au stade Domairon, à la foire près du portail des Jacobins, ils étaient présents avec leur étal de bonbons de la Pie qui chante... ils faisaient de la Croquande. Présents lors des fêtes foraines, des marchés et sur des points stratrégiques, tous deux ont arrêté cette activité pour sillonner les routes de l'Aude, des Pyrénées Orientales et de l'Hérault avec un "tube" transformé en magazin de quincaillerie...

Almazor 2.jpg

Antoine ALMAZOR, naturalisé français, retourna en Espagne au milieu des années 70 en tant que touriste après la mort de Franco. Certains carcassonnais fréquentant les stades les jours de match se souviennent peut-être de cet étal de confiserie où l'on vendait aussi des sandwichs. Aujourd'hui décédé, Monsieur ALMAZOR est enterré au cimetière de la Conte

2747346957.jpg

Coma-Pérez

Plus bas, en face du portail des jacobins, qui n'a pas connu les bonbons de M. Coma puis de son beau-fils, M. Perez? Monsieur Pérez, ici avec son épouse faisaient aussi des crêpes et de la croquande (nougat caramélisé rougeâtre) pour les foires de la Sainte-Catherine (novembre) ou des comportes (mars). Avec son camion, on retrouvait aussi M. Perez pour les fêtes de la cité sur le jardin du Prado près de la porte narbonnaise. A sa suite, c'est leur employé depuis 23 ans, madame Quirant qui a repris l'affaire.

395071726.jpg

Madame Quirant et sa fille Nicole, ont installé leur camion plus haut en tournant le dos à la caserne Laperrine. Elles ont étoffé leur stock en vendant des frites, Hot-dog, sandwiches Américains... La plus grande partie de leurs clients étaient les militaires du 3e RPIMA. Ils laissaient leurs listes et venaient ensuite se ravitailler chez madame Quirant. Une affaire florissante à cette époque. Puis après la guerre du Golfe, les militaires ont obtenu le droit d'avoir un appartement en ville. L'arrivée des fast-food et des pizzerias à Carcassonne au début des années 1990, a sérieusement fait chuter le chiffre d'affaire de ce commerce ambulant. La construction du parking souterrain a achevé tout espoir de reprise. On a d'abord voulu exclure ce commerce de son emplacement, puis on l'a mis dans une guérite dont l'exiguité ne permettait pas la poursuite de l'activité. Madame Quirant a jeté l'éponge et ainsi disparut le dernier et emblèmatique marchand de bonbons de Carcassonne.

1969294690.jpg

L'ancien camion de Mme Quirant ; la cantinière du 3e RPIMA

On pourra également citer Joséphine qui vers 1955 avait son étal de bonbons et de caramels en face de la clinique St-Vincent, sur le boulevard Jean Jaurès. En haut du boulevard Barbès, les glaces du couple Soler qui habitait rue du Cherche Midi. A côté du collège André Chénier, un marchand de bonbons. Mme Arcas fabriquait des sucres d'orge filants aux belles couleurs pastel. Elle les faisait dans sa cuisine au 9 ou 11 rue fortuné. Vers 13 h 30 les jours d'école, elle allait se mettre à côté de Mme Soler sur le boulevard de Varsovie derrière le monument aux morts.

______________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

02/11/2017

Jean-François Jeanjean (1877-1956), un historien Carcassonnais oublié

Jean-François Jeanjean consacra sa vie entière à l'étude historique et plus particulièrement celle de notre département. Erudit doté d'un grand talent littéraire, il se distingue d'abord grâce à la biographie d'Armand Barbès qui sera récompensée par la Société de l'Histoire de la Révolution de 1848. Un premier tome paraîtra en 1909 aux éditions Comely à Paris ; le second, chez Gabelle à Carcassonne en 1947. Jean-François Jeanjean est alors Correspondant du ministère de l'Instruction publique, lorsqu'il est admis en 1912 au sein de l'Académie des Arts et des Sciences de Carcassonne. Il en deviendra le président en 1922, en même temps qu'il occupe les fonctions de conseiller municipal de la majorité Radicale-socialiste du Docteur Albert Tomey. Cet homme très apprécié de ses pairs prononcera l'éloge funèbre du compositeur Paul Lacombe en 1927. Pour un autre Lacombe prénommé Edouard, il avait écrit les paroles occitanes de la chanson "La Carcasssouneso" interprétée par l'Union vocale en 1923. 

Parmi ses publications

Armand Barbès Tome 1 / Editions Comely, 1909

Armand Barbès Tome 2 / Imprimerie Gabelle, 1947

La dénomination des rues de Carcassonne / CM, 8 juin 1920

Les étreintes, poésies / Imprimerie Gabelle, 1939

La guerre de Cent ans en pays audois / Imprimerie Gabelle, 1946

Guizot et Mahul dans leurs relations politiques / Imprimerie Gabelle, 1916

Proclamation de la République dans le département de l'Aude / Gabelle, 1920

Le roman d'amour de Lamartine / Gabelle, 1912

Capture d’écran 2017-11-02 à 10.17.20.png

 En 1927, Jean-François Jeanjean ouvre une librairie-bouquiniste dans la rue de la mairie (Aimé Ramond). C'est d'abord une bibliothèque de location, mais on y trouve également des livres d'occasion à la vente. Quand vient la période de la rentrée scolaire, le magasin connaît une belle affluence. Dans des rayons bien agencés se sont pas moins de 20 000 ouvrages sur des thèmes différents qui sont exposés.

jeanjean

Après la mort de M. Jeanjean en 1956, la librairie passera entre les mains de Claude Guillemin en 1963. Les Carcassonnais s'y retrouvent pour acquérir les nouveaux romans primés par le Renaudot, ou le Goncourt. Les amateurs, un peu plus fleur bleue, sont attirés par ceux de Magali ou de Delly. Il y en a pour tous les goûts. Les 2000 abonnés pour 2 francs par an et un droit de location, ne se privent pas. Aux vieux livres a fermé depuis ; elle se trouvait juste en face de l'entrée de l'Hôtel de Rolland (actuelle mairie).

____________________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

01/11/2017

Une pierre bien mystérieuse dans la rue Cros-Mayrevieille

Les mystères de la Cité médiévale de Carcassonne ne se trouvent pas que dans ses antiques remparts. Au mois de février 1970, des ouvriers de M. François Stacchetti travaillent à la rénovation de la boulangerie de M. Bacharan dans la rue Cros-Mayrevieille.

Capture d’écran 2017-11-01 à 09.39.24.png

L'ancienne boulangerie Bacharan

Cette vieille demeure avait appartenue auparavant à la famille Magnou, puis à celle de M. Vidal. Il est question avec l'accord de M. Bourrely, architecte des Bâtiments de France, de donner à son magasin un aspect médiéval. Ceci répond aux efforts des différents organismes souhaitant rendre à la Cité son lustre d'antan. Au cours de cette opération de rajeunissement, il est découvert une traverse d'époque Renaissance datée de 1549. Elle sera placée au-dessus de la porte d'entrée.

Bacharan 2.jpg

© Los ciutadins

La boulangerie Bancharan avant les travaux 

Par nécessité d'extension et d'unité, M. Bacharan décida d'aménager également un salon de thé. Cette nouvelle transformation permit de découvrir sous un épaisse couche de ciment et de crépi, une inscription portant la date de 1768. Les Bâtiments de France décidèrent d'accorder une subvention à M. Bacharan, ainsi qu'aux commerçants qui animés d'un tel état d'esprit voudront donner à leur magasin et à leur maison, un aspect médiéval.

pierre.jpg

La pierre placée dans le linteau de la porte découverte en 1970

Cet esprit aurait-il disparu ? C'est ce que l'on croit voir depuis une vingtaine d'années, avec les nombreuses transformations de maisons en magasins ou restaurants. Il semble que le tiroir-caisse ait force de loi.

________________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

09:46 Publié dans La Cité | Lien permanent | Commentaires (3)

30/10/2017

Dénoncés à la Gestapo pour avoir écouté Radio-Londres, rue Laraignon

Les époux Vinsani menaient une existence ordinaire et discrète à Carcassonne pendant l’Occupation. Ni la Milice française, ni la police allemande n’étaient au courant que le mari avait durant la guerre civile espagnole, soigné des Républicains et partageait des idées communistes. Ce couple aurait bien pu ne pas être inquiété s’il n’avait pas été dénoncé par Madame Marguerite S, habitant rue Laraignon et serveuse de son état ; la voisine d’à côté, qui ayant la cuisse légère s’amusait à recevoir des soldats allemands chez elle. Madame Vinsani excédée par le vacarme quasi quotidien engendré par ce remue-ménage, eut le malheur de se plaindre auprès de cette sans-gêne. Se sentant sans doute protégée par sa collaboration horizontale, la voisine lui répondit alors : "Et vous ? Lorsque vous faites marcher Londres jusqu’à une heure du matin… Je vous dénoncerai à la Police allemande !"

village 2.jpg

© Pinterest / Un village français

Le 4 juillet 1944 vers 19h45, deux allemands en civil se présentent au domicile des époux Vinsani alors que ceux-ci sont en train d’écouter Radio-Londres en langue italienne. Inutile de préciser qu’il était formellement déconseillé de se livrer à ce type d’activité, au risque d’être dénoncé. C’est sans aucun doute ce qu’il arriva après que la voisine eut prévenu la Gestapo. Sans aucun ménagement, les agents perquisitionnent la maison et amènent Monsieur Vinsani dans une des geôles de la caserne Lapérine. Son épouse l’accompagne, mais il lui est signifié de se rendre le lendemain dans les locaux de la Gestapo, au numéro 67 route de Toulouse.

village 3.jpg

© Pinterest / Un village français

Après avoir pris soin de faire brûler chez elle les documents qui pouvaient compromettre son mari, madame Vinsani se rend à 9 heures du matin au rendez-vous. Elle est accueillie fraîchement par deux allemands : le chef est brun, c’est Eckfellner ; l’autre est blond et lui sert d’interprète sans toutefois parler correctement le français, c’est Schiffner. On lui pose alors tout un tas de question. Elles s’enchaînent les unes après les autres sans que parfois l’on prenne même le temps de la laisser y répondre : "Où avez-vous connu votre mari ? Depuis quand êtes-vous mariée ? S’est-il rendu en Espagne ? Est-il Communiste ?" A ce flot d’interrogations, madame Vinsani répond qu’elle a connu son futur époux à Perpignan, qu’elle s’est mariée avec lui voilà cinq ans à Maureillas (Pyrénées-Orientales). Elle nie ses déplacements en Espagne et ses idées Communistes.

Village 1.jpg

© Pinterest / Un village français

Préparée à l’avance, on cherche à lui faire signer une déposition rédigée en langue allemande. Elle comprend que les perquisitions chez elle n’ayant rien données, la police allemande use d’un subterfuge pour obtenir des aveux. Elle refuse donc d’apposer sa signature sur un document dont elle ne comprend pas le sens. On la fait descendre au rez-de-chaussée dans une pièce où elle reste un moment sans que l’on s’occupe d’elle. Au bout d’un instant, madame Vinsani est invitée à passer dans une autre pièce où l’attendent Schiffner et René Bach. Ce dernier, interprète Alsacien de la Gestapo de Carcassonne, lui indique qu’elle est folle et qu’on allait la faire interner à Limoux. Refusant à nouveau de signer, le tortionnaire lui dit alors : "On fera votre maman prisonnière !" Elle bondit de sa chaise : "Vous ne ferez pas une chose comme celle-là !" Eckfellner, le chef de la Gestapo, lui adresse alors un violent coup de poing dans la poitrine qui la fait asseoir sur son siège.
Vers 13 heures, nouvelle demande :

"Voulez-vous signer ?"

"Non"  

"Alors vous prison."

Elle est alors conduite à la caserne Laperrine.

3267062531.jpg

L'ancienne villa de la Gestapo, avenue F. Roosevelt

Le lendemain, la Gestapo ramène Philippine Vinsani dans ses locaux de la route de Toulouse pour un nouvel interrogatoire. Nouvelle insistance pour la faire signer et nouveau refus. Notons que pour si terrible que furent les autorités allemandes envers leurs prisonniers, jamais elles n’agissaient en dehors des règles du droit dictées par le Reich. Il fallait toujours des aveux signés.

Maison de l ancienne gestapo (11).JPG

La cheminée de la villa avant sa destruction en 2016

"Dans la pièce où je me trouvais, se trouvait au coin de la cheminée, un fusil mitrailleur. Le chef de la Gestapo l’a pris en main et s’est mis à parler en allemand avec Bach qui se trouvait assis à un bureau, dont il avait tiré dans le tiroir un révolver qu’il chargeait avec des balles. Toute cette mise en scène a certainement été faite pour m’intimider et me faire croire qu’ils allaient m’exécuter. Ayant eu réellement peur et pris d’envie de vomir. Bach m’a dit : "Vous n’allez pas rendre ici, allez aux WC au fond du couloir." Lorsque je revins, Bach me dit : "Vous allez rester 15 jours sans manger ici." Comme je ne voulais pas signer, il m’a dit qu’on allait contrefaire ma signature. Au bout d’un moment, le chef est revenu porteur de mon sac à main, qui m’avait été retiré au cours de mon incarcération. Bach m’a dit : "Vous êtes en liberté, gardez pour vous tout ce qui a été dit et fait ici, car vous êtes en surveillance, vous ne vous en sortirez pas comme aujourd’hui. Je suis sortie sans signer la fiche et mon mari a été libéré au bout de quinze jours."

Maison de l ancienne gestapo (9).JPG

Le couloir de la villa avant sa destruction

Les époux Vinsani ont jugé plus prudent de quitter Carcassonne et de n’y revenir qu’après la libération de la ville. Quant à leur dénonciatrice, elle a arrêtée avec sa sœur puis tondue. Elle écopa de la peine d’Indignité nationale avec confiscation de 20 % de ses biens.

Sources

Procès de René Bach / ADA 11

Jugements de la chambre civique de l'Aude

________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017