16/06/2017

Le compositeur Jacques Charpentier est décédé hier matin à l'âge de 83 ans

C'est avec une grande émotion que j'ai appris hier, le décès du compositeur et organiste Jacques Charpentier. Il s'était fixé à Carcassonne depuis les années 1960, après plusieurs collaborations musicales avec son ami Jean Deschamps, dans le cadre du Festival d'Art dramatique de la Cité. Il avait notamment composé la musique pour la pièce de théâtre de Jean-Paul Sartre "Les mouches". Inutile que je revienne sur la carrière de Jacques Charpentier, pour laquelle nous avons consacré de nombreux articles sur ce blog. Disons que cet homme affable et abordable faisait honneur à ceux avec lesquels, il s'abandonnait à parler de musique. J'en fus et à ce titre, les moments hélas trop courts que j'ai passés avec lui, furent en tous points délicieux. Sa préface dans mon ouvrage biographique de Paul Lacombe, restera à jamais d'une inestimable valeur. Que dire de plus quand un homme, qui fut la tête pensante et créatrice de la musique nationale au sein du ministère Malraux, accepte de préfacer votre ouvrage ?

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© DDM

Jacques Charpentier voulait que l'on joue sa musique et qu'elle soit reconnue avant sa mort. A plusieurs reprises, il me confia ses craintes ; il faisait un parallèle avec le devenir de celle de Paul Lacombe. Que son unique opéra "Béatrice de Plannisolas" sur un livret en occitan de René Nelli, n'ait été jamais représenté à Carcassonne, le tourmentait. En 2013, il s'empressa de m'annoncer l'attribution d'un Diapason d'or pour l'exécution de ses Etudes karnatiques par un pianiste Allemand. Il était en droit d'attendre quelque chose de la part des municipalités de Carcassonne sur le plan culturel, mais n'avait plus guère d'illusions.

 Un jour, je dis à Chésa que je connaissais très bien.

- Pourquoi donc, fais-tu un Festival pareil ?

- Pourquoi, me répondit-il, tu n'aimes pas ?

- Ce n'est pas un Festival, ça ! 

- Tu comprends, ça fait venir du monde.

 - Dans ce cas, je te conseille de le remplacer par un festival de la pornographie. Tu en auras encore davantage.

Chésa est allé bouder dans son coin...

Les inflexions programmatiques du Festival le rendaient furieux : "Ah ! Si Deschamps voyait ça". Le pire c'est quand sur un coup marketing, la mairie annonçait en 2015 les 10 ans du Festival de Carcassonne. Lui, plus que tout autre, savait que Jean Deschamps était à l'origine du Festival qui débuta dans les années 60. D'abord, ce n'est pas un Festival, disait-il. Car, il n'y a pas de thématique et on ne peut pas se prévaloir de ce titre.

"J'habite rue Denisse à deux pas de la place Carnot, me disait-il. En été, je suis obligé de fermer mes fenêtres pour ne pas entendre le bruit assourdissant des sonorisations. J'aime la musique populaire, mais en France elle n'existe plus."

Il n'était pas tendre non plus avec la politique culturelle du gouvernement Hollande. "Ils sont en train de détruire tout ce que l'on avait mis en place avec Malraux : Les centres culturels, les conservatoires, les orchestres nationaux, les Jeunesses musicales de France, etc." 

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On n'était pas ami avec Jacques Charpentier, c'est lui qui voulait que vous le soyez. Cela fait une sacré différence dans ce pays où les gens se disent l'ami de quelqu'un, alors qu'ils ne le connaissent que depuis 5 minutes. Carcassonne a perdu un homme de grande valeur qu'elle n'a pas su utiliser, comme d'ailleurs beaucoup de talents et de belles choses qu'elle possède. Soyez assurés qu'ils seront tous présents mercredi 21 juin à 16 h à la cathédrale St-Michel pour ses obsèques. Après tout, ce serait bien là la moindre des choses, non ?

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15/06/2017

4 janvier 1987 : Jean-François Daré de l'ASC tué par un joueur du XIII Catalan

Ce dimanche 4 janvier 1987, je n'étais âgé que de 16 ans quand je me rendis avec mon père au stade Albert Domec. Le temps quoique un peu froid, laissait resplendir le soleil de l'hiver sur la pelouse. Toutes les conditions étaient réunies afin que nous assistions à une belle affiche de rugby à XIII, entre deux clubs mythiques du championnat. Le XIII Catalan auréolé de plusieurs titres, avait fait parler de lui ces dernières saisons par la brutalité de ses joueurs sur le terrain. Depuis 1981, on se souvenait de la bagarre générale pendant la finale entre les Perpignanais et Villeneuve ; le match avait duré cinq minutes. Hélas, pour ce sport régulièrement diffusé sur les chaînes nationales, les exploits belliqueux du XIII Catalan allaient mettre fin aux retransmissions. Il fallait croire qu'en ce mois de janvier 1987, le rugby à XIII n'avait pas encore touché le fond avec ces sportifs qu'on serait tenter de traîter de voyous, voire d'assassins.

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L'ASC XIII

Dans la tribune d'honneur de Domec, dès la sortie des joueurs vers la pelouse, les invectives venant du groupe de "supporters" Perpignanais, commençaient à donner le ton. Toute la première mi-temps ne fut qu'intimidations et bagarres sur le terrain. Déjà, les frères Naudo de l'équipe visiteuse, s'étaient distingués en allumant la mèche contre Albérola. A la 51e minute, l'arbitre M. Carrière excluait Hébert du XIII Catalan. Les deux équipes rivales entraient au vestiaire sur un score de parité : 6 à 6. En seconde mi-temps, des canettes de bière commençaient à nous pleuvoir sur la tête. Juste au moment où Jean-François Daré venait par un superbe mouvement à l'aile, de marquer le second essai de l'ASC. 

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Jean-François Daré, 3/4 centre de l'ASC

 A la 76e minute, alors que Daré allait sans doute plier le match par un autre essai en coin, le n°7 du XIII Catalan le stoppait brutalement dans sa course vers l'en-but. Ces images sont demeurées immortelles dans ma mémoire et je ne les avais pas revues depuis 30 ans. Hier, j'ai visionné sur le site de l'INA l'ensemble des journaux télévisés relatant cette tragédie, avec toutes les interviews et résumés de l'époque. 

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On y voit clairement le joueur catalan en blanc (cercle rouge) le bras tendu, aller chercher le porteur du ballon (flèche bleue). Il s'agit de Thierry Naudo, le numéro 3 du club Perpignanais. A cet égard, les conclusions des journalistes ne laissent pas de doute sur ce fait de jeu : il s'agit d'une agression caractérisée.

"A la 76e minute, l'attaquant Carcassonnais, Jean-François Daré a été victime d'une manchette donnée par le joueur Catalan Thierry Naudo. Jean-François Daré, 32 ans, employé municipal à Carcassonne, avait été admis hier soir à l'hôpital de Rangueil de Toulouse, dans un coma dépassé de stade 4, provoqué par un œdème au cerveau." (FR3 Montpellier)

Nous avons trouvé un article publié dans le journal de Singapour "The straits times", publié trois jours après le drame. En voici un passage...

"The Carcassonne club secretary Louis Fernandez said there was no suggestion of foul play. Club president Dr Philippe Ourliac said : "Daré was running at full speed when he was stopped in his tracks by a tackle. The effect on the brain would be similar to someone hitting the windscreen of a car in a collision."

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Etendu sur le sol et ne bougeant plus, l'arbitre a mis une minute avant d'arrêter le match. Une minute pendant laquelle, Jean-François Daré a avalé sa langue. Pendant vingt minutes, les secours ont tenté de le ranimer mais déjà le joueur ne donnait plus de signe de vie. L'ambulance a fait son entrée sur la pelouse, emporta la victime et le match reprit. Pour l'anecdote, l'ASC gagna 10 à 7 ; staff et joueurs se rendirent ensuite à une réception avec les partenaires du club à la discothèque Le privé. Le lendemain matin on apprenait que Daré n'avait pas survécu. Naudo lui avait fracturé les cervicales ; une autopsie a été ordonnée par la justice, ainsi qu'une enquête.

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L'ASC déclara qu'elle refuserait de jouer contre le XIII Catalan, tant que des décisions exemplaires n'étaient pas prises. Cette affaire mit en émoi le monde du sport local et national. Plusieurs équipiers de JF Daré s'exprimèrent. Philippe Gril déclara : "Nous avons peur quand nous rentrons sur un stade. De ça, nous n'en voulons plus." Hervé Guiraud : "Il faut éliminer les brebis galeuses. Ils récidivent tous les dimanches, on ne les punit pas assez." De son côté, Palanques (International de l'équipe du Pontet) affirme qu'il "refusera de jouer en Equipe de France tant qu'un Perpignanais en fera partie."

Les joueurs du XIII Catalan répondirent à Palanques par la voix de Guy Lafforgue : "Avec les paroles de Palanques, on va vers des incidents" et d'Yvan Grésèque " Il ne faut pas oublier que le XIII Catalan est très jalousé à cause du palmarès qu'il obtient depuis de nombreuses années."

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Jacques Soppelsa

Le président de la Fédération de rugby à XIII indiqua qu'en cas de délit reconnu par la justice, il n'hésiterait pas à demander l'exclusion du XIII Catalan. Le Dr Francis Mourgue (Président de la commission des clubs) fit cette déclaration à la presse : "Les présidents des clubs plaident coupables d'avoir laissé se développer des errements sanctionnables, mais nous n'avons rien dit et laissé faire."

La déclaration de Justin Salgado, le président du XIII Catalan, cherche à disculper Thierry Naudo de toute faute intentionnelle. Elle s'aligne finalement sur celle de ses joueurs. Quelques jours avant l'entraîneur des juniors du XIII Catalan, avait cassé la gueule sur le terrain à l'arbitre de touche...

"Il n'y a pas d'agression. J'enlève le mot d'agression. C'était une phase normale, disons que peut-être les deux joueurs se sont rencontrés, certainement lancés à grande vitesse. Pour moi, Thierry Naudo n'avait aucun sens d'agressivité. Pour moi, il n'est pas coupable. C'est peut-être le sort qui a voulu ça. Un sort qui a été méchant envers nous, envers tous. Thierry Naudo est dévasté, il pense à arrêter le rugby."

Finalement, Naudo ne prendra que quelques matchs alors qu'il aurait dû être suspendu à vie. Le club remportera le championnat de France 1987 et ne sera pas sanctionné.

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Construit en 1990, le stade du hameau de Grèzes-Herminis près de Carcassonne porte le nom de Jean-François Daré. Qu'évoque t-il aux visiteurs ? Nous sommes là pour rappeler ce triste 4 janvier 1987, au cours duquel un joueur de 32 ans, a perdu la vie sur un terrain de rugby à cause de la violence. 

Sources

JT de FR3 Montpellier / 5 janvier 1987

Stade 2 / Antenne 2 

JT Tf1 / 5 janvier 1987

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L'écrivain Nathalie Sarraute avait épousé un Carcassonnais...

Qui n'a jamais lu "Enfance" ou "Tropismes" de Natacha Tcherniak, plus connue sous le nom de Nathalie Sarraute ? Née en 1900 pendant le règne du tsar Nicolas II dans une famille juive, Natacha émigrera en France avec son père en raison des opinions politiques de celui-ci. Elle sera élevée par sa belle-mère Véra, la seconde femme de son père, et suivra ensuite des cours à la faculté de droit de Paris. C'est là qu'elle fit la connaissance d'un jeune étudiant en 1922. Elle l'épousera trois années plus tard.

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© Pinterest.com

Raymond Sarraute est le fils de Joseph Sarraute, né à Carcassonne le 21 mars 1874, avocat athée aux opinions socialistes, ami de Jules Guesde. Sa mère Elisabeth Lourié, décédée prématurément en 1908 avait été amie de Rosa Luxemburg et de Lénine. A cent lieues de son oncle Léon Sarraute (1860-1939), moine capucin connu sous le nom de père Michel-Ange et d'une famille catholique pratiquante. Le chanoine Gabriel Sarraute (1893-1991) qui avait été à Carcassonne le confesseur de Joë Bousquet, avait pour père Albert Sarraute, frère du moine capucin. Il était donc cousin au premier degré avec le mari de l'écrivaine, tout comme les antiquaires de la Cité.

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Raymond Sarraute, le mari de Nathalie

Ceux qui ont connu le chanoine Gabriel Sarraute, ne pourront que confirmer la ressemblance avec son cousin. Dès leur rencontre, Raymond Sarraute incita sa jeune épouse à se mettre à écrire. Lui, poursuivit sa profession d'avocat et devint le secrétaire général du Comité français pour la défense des immigrés.

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Le chanoine Gabriel Sarraute

Lorsqu'en 1939 la Seconde guerre mondiale éclata, les affaires se compliquèrent pour le couple Sarraute.  Nathalie fut radiée du barreau de Paris en raison de ses origines juives. Afin d'éviter le même sort à son époux, fautif pour un catholique de s'être marié avec une israélite, il fut convenu entre eux de divorcer. Le chanoine Gabriel Sarraute serait même intervenu afin de protéger Nathalie, qui sous une fausse identité, passa cette terrible période dans leur maison de Chérence (Val d'Oise), jusqu'au printemps 1944.

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Cette maison dans laquelle elle écrivit un grand nombre de ses romans, Raymond Sarraute l'avait acheté avec la part de la vente d'un immeuble hérité de sa famille Carcassonnaise.

"Nathalie appelait son mari "Chien loup", qui la désignait de son côté par "Mon cher petit Fox". Ces surnoms affectueux font référence à une nouvelle de David Garnett, Lady into Fox, publiée en 1922."

Nathalie et Raymond auront trois enfants : Claude, Anne et Dominique. La première fut longtemps journaliste au Monde et chroniqueuse avec Jacques Martin, puis Laurent Ruquier. C'est la mère de Martin Tzara qui a été rédacteur en chef du service des sports de tf1. 

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© France dimanche

Claude Sarraute a du sang Carcassonnais dans les veines... Si elle fait partie de l'équipe des Grosses têtes qui fera l'émission depuis la Cité de Carcassonne le 28 juin prochain, elle pourra aller visiter ses cousins à quelques mètres de là, porte d'Aude.

Sources

Lettres d'Amérique / N. Sarraute / Gallimard / Mai 2017

Généanet

Emission Tv / Antenne 2 / Mai 1976

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13/06/2017

En février 1978, on tourne à la Cité "La vie d'Esclarmonde de Foix" pour la télévision

Voilà sans doute un nouveau tournage, à inscrire dans la longue liste des films ou téléfilms ayant eu pour décor naturel, notre Cité médiévale bimillénaire. La salle des Chevaliers située à l'intérieur du Château comtal, les extérieurs de la Cité, la ville de Fanjeaux, les châteaux de Puivert et de Montségur, les grottes de Bédeillac furent les cadre privilégiés de plusieurs scènes de "La vie d'Esclarmonde de Foix", émission réalisée par André Vétusto pour "Les histoires de France". Cette princesse cathare, symbole de la lutte des bons hommes contre les croisés vers 1130, avait pour interprète l'actrice Loleh Bellon.

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© René Roques / DDM

André Vetusto (au centre) avec l'équipe technique 

L'émission voulut juxtaposer le mythe de cette héroïne et la réalité de son histoire que l'on connaît très mal. C'est René Nelli qui se chargea par ses commentaires éclairés de tenter de lever le voile sur l'existence de la belle Esclarmonde. Le 14 mai 1978 pour la Pentecôte, FR3  devait diffuser ce volet de "Histoires de France" d'après Arthur Conte, historien et producteur de l'émission. C'est le 1er octobre que l'émission "Le mythe d'Esclarmonde" passe sur FR3 Toulouse.

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© php88.free.fr

Loleh Bellon (1925-1999) était l'enfant de la photographe Denise Bellon, décédée cinq mois après sa fille. L'actrice n'était pas en terrain inconnu à Carcassonne, où sa mère avait tissé des liens avec l'entourage du poète Joë Bousquet, qu'elle était venu photographier dans son lit. Loleh Bellon épousera l'écrivain espagnol Jorge Semprun (1923-2011)

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© Moritz / L'indépendant

Arthur Conte était né à Salses (P-O) en 1920 et mourra à l'âge de 93 ans en 2013. On connaît la carrière de l'historien et homme politique, du président de l'ORTF proche de Georges Pompidou. Ce que l'on sait certainement moins, c'est qu'il fut attaché de préfecture à Carcassonne - un poste d'assistant du préfet chargé de l'application des texte législatifs et des décisions en matière de police - entre 1941 et 1943, avant d'être appelé par le STO pour aller travailler en Allemagne. Son ami, René Nelli occupait les fonctions d'adjoint au maire de Jules Jourdanne pendant la même période. Malgré sa grande culture et ses bons services au sein de l'état, on lui refusa l'entrée à l'Académie française. Un regret pour cet homme reconnu pour sa grande qualité intellectuelle.

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19:51 Publié dans Cinéma | Tags : arthur conte | Lien permanent | Commentaires (0)

12/06/2017

La marque de vêtements Chipie est née à Carcassonne en 1967

Le 16 décembre 1967, le Carcassonnais Jean-Michel Signoles n'a que 17 ans lorsqu'il créée la marque Chipie. En fait, son idée lumineuse consiste à retravailler les fripes importées des Etats-Unis en les vendant sur les marchés de la région. Bientôt, il ouvrira un atelier de fabrication et des bureaux au N°8 de la rue d'Alsace à Carcassonne. Une griffe au design stylisé apparaît sur le modèle des 60's avec des étiquettes personnalisées portant de nom de Chipie. La réussite de J-M Signoles c'est d'avoir compris avant l'heure l'importance future du jean dans la tenue vestimentaire des français.

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Dans les années 70, Chipie devient un des leaders du jean grâce notamment à l'élégance des étiquettes, outil de référencement marketing. En 1979, la marque obtient la licence "Chipie junior" et peu à peu se développe à l'exportation. On ouvre des boutiques en Belgique, Italie, Londres, Amsterdam et Tokyo. 

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La boutique de Carcassonne en 1981, rue Clémenceau

La première boutique ouvrit ses portes dans la rue Voltaire, avant de déménager rue de Verdun puis rue Clémenceau. Quel succès ! Toute la jeunesse Carcassonnaise à la mode passait son temps et son argent chez Chipie. On y achetait aussi Chevignon et Beccaro, il me semble. La marque était devenue un signe distinctif d'appartenance à un groupe de lycéens branchés. Il naviguait entre le Conti de Pavanetto et la discothèque Le privé, en passant ses samedis à faire la rue de la gare.

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L'intérieur de la boutique avec sa légendaire caisse enregistreuse.

On voit à plusieurs reprises Chipie dans le film de Christian Lara "Une glace avec deux boules", sorti au cinéma en 1982. Dans les années 90, on se souviendrai d'Elisabeth Rose qui tenait la boutique.

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© Carlos Recio

Elisabeth Rose dans la boutique de Carcassonne

En 1993, Renault lance une série spéciale pour sa Clio appelée Clio Chipie. C'est la même année que l'émission Taratata de Nagui fête la musique à Carcassonne, grâce à Jean-Michel Signoles et ses relations. Depuis quatre ans à peine, il est le directeur de l'Hôtel de la Cité acquis en 1989. Cet hôtel prestigieux, devenu l'ombre de lui-même, le patron Carcassonnais lui rend le lustre d'antant. 

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© Droits réservés

Jean-Michel Signoles photographié par Patrice Cartier en 1989

Son réseau comprend alors 1 200 points de vente en Europe et Chipie compte 650 boutiques en France, dont 25 en nom propre. En 1997, 40 % du chiffre d'affaires, qui s'élève à 600 millions de francs provient de la vingtaine de licences.A Carcassonne, on n'aime que modérément les gens qui réussissent... En 1999, Signoles vend Chipie à Zannier (Kindilz group) et se sépare de l'hôtel de la Cité. Ce dernier passe dans le giron du groupe Orient-Express, puis de Christine Pujol. Chipie compte alors 120 employés travaillant à l'usine de Carcassonne, avenue général Leclerc. Elle réalise 40 millions d'euros de chiffre d'affaire annuel. En 2014, Zannier ferme l'usine et envoie les 40 salariés qu'elle conservait à Carcassonne au chômage.

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© P. Lombardi / Institue Curie

J-M Signoles et Amélie Mauresmo à l'Institut Curie en 2006

En 1995, le patron Carcassonnais achète Goyard et se lance dans la maroquinerie de luxe. En marge de tout grand groupe de luxe il fait revivre le patrimoine de la rue Saint-Honoré, construit de nouveaux ateliers à Carcassonne, et ouvre des comptoirs de vente internationaux qui ont rendu, en l'espace d'une décennie, tout son rayonnement à l'enseigne à mille lieues de la production industrielle. A quand un point de vente dans la Cité de Carcassonne ?

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Le 5 avril 1988, le Centre de séjour du pont vieux est inauguré par Michèle Barzach

Le Centre de séjour du pont vieux qui permettait aux personnes âgées, ayant de modestes revenus, d'y finir leurs jours, est fermé depuis trois ans. Cet endroit avec sa vue magnifique sur la Cité était devenu paraît-il obsolète et en-dehors des normes de salubrité actuelles. Ne pouvait-on pas engager des travaux de modernisation ? On a préféré construire une structure d'accueil appelée "Rives d'odes" près de l'auberge des chênes, route de Limoux, où pour près de 2000 euros mensuels on héberge les personnes dépendantes. Notons, qu'une grève l'an passé a mis en évidence les carences en matière de personnel pouvant altérer la qualité du service... Une dizaine de postes de soignants seraient supprimés.

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© Roger Garcia / DDM

La réfection et l'humanisation de l'hospice, futur Centre de séjour du Pont-vieux sera réalisée en trois tranches successives mises en chantier en juin 1982, mars 1983 et juillet 1986. Ce programme avait été arrêté par le préfet de l'Aude, le 8 novembre 1978. Il faudra donc attendre sept ans et une subvention de 7 500 000 francs du Ministère des Affaires sociales pour financer la 3e tranche à hauteur de 40% des travaux estimés à 18.750.000 francs. Par délibération du Conseil municipal en date du 10 juillet 1986, la ville de Carcassonne se porte garant de l'emprunt de 1.680.000 contracté par le Centre hospitalier Antoine Gayraud.

La capacité totale des lits était fixée à 288 : 90 en 1982, 105 en 1983 et 90 en 1986. Toutefois, lors de la dernière tranche le nombre passa de 90 à 66. En effet, le directeur de la DDASS fit savoir qu'il convenait de faire passer les lits de long séjour en lits de Maison de retraite. La mesure fut ainsi enterrinée par le maire avec l'édification de services médico-techniques (balnéothérapie, cabinet dentaire, salle de radiologie, kinésithérapie).

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L'inauguration en 1988

Le Centre de séjour du pont vieux fut entièrement rénové en 1988 grâce à deux architectes : Mlle Cailhau et Monsieur Tran Huy Loc. On peut largement s'interroger sur l'étude menée par ce cabinet en matière d'harmonisation architecturale dans un périmètre historique avec vue sur la Cité médiévale. La ministre de la santé et de la famille du gouvernement de Jacques Chirac, a annoncé lors de sa venue l'attribution de plusieurs enveloppes supplémentaires pour financer l'opération en cours : 1 118 000 francs pour l'équipement du nouvel hospice ; 1 million pour la mise en place de 105 lits long séjour, 113 lits de section de cure médicale et 43 lits de maison de retraite à l'hospice. En complément, 1 182 000 francs afin de permettre l'ouverture des 35 lits supplémentaires de cure médicale avec la création de 12 emplois nécessaires à leur fonctionnement.

"En l'an 2000, les plus de 60 ans représenteront plus de 20 % de la population. Il y aura 1 million de personnes de plus de 85 ans. Le gouvernement de Jacques Chirac a choisi trois priorités : préserver notre système de retraite, favoriser le maintien des personnes âgées à leur domicile et dans leur environnement familier et enfin créer des structures d'accueil et de soins diversifiées et graduées. La France soit être plus fraternelle et plus solidaire. Il faut redonner toute sa place à la solidarité de la famille." (Michèle Barzach)

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Remise de la médaille de la ville par R. Chésa

Dans son discours, le maire a rendu hommage au personnel de l'hospice :

"C'est quotidiennement que le personnel accompagne de sa chaleur et de sa compétence nos personnes âgées les plus démunies. La rénovation de l'hospice répond à la nécessité d'améliorer et d'humaniser le cadre de vie de nos personnes âgées."

Madame Barzach a rencontré les infirmières et élèves infirmières de la ville, les directeurs de l'hôpital M. Rauly et de l'hôpital psychiatrique de Limoux. Elle a ensuite signé le livre d'or et reçu la médaille de la ville. Elle est également reparti à Paris avec en cadeau, une magnifique lithographie de la Cité signée par Cantier et un coffret prestige de la blanquette de Limoux.

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© UNICEF / W. Daniels

Michèle Barzach a été jusqu'en 2015 la présidente d'UNICEF France.

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