26/02/2017

Roger Hyvert (1901-1988), l'arpenteur du patrimoine culturel audois

Le texte que nous avons choisi de vous présenter ci-dessous est une autobiographie de Roger Hyvert, écrite à la fin de sa vie et racontant les principales étapes de sa vie intime et professionnelle. Lorsque nous avons rédigé sur ce blog un article sur la société Docor-Grazailles, fondée par son père Georges, nous avons attiré l'attention de son petit-fils. Avec une extrême gentillesse, il nous a confié de précieux documents sur les activités des mines et de l'usine, propriétés de la famille Hyvert dans l'Aude. Sur mes conseils, Pascal Hyvert a fait don de cette masse documentaire aux Archives départementales de l'Aude. Qu'il en soit remercié.

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© SESA

Roger Hyvert

Né à Saint-Junien (Haute-Vienne) le 28 mars 1901, il faillit de ce fait être prénommé Gontran, en l'honneur du saint de ce jour, par une grand-mère abusive qui consentit toutefois à lui laisser les prénoms de son grand-père paternel Pierre et de son père Georges, encadrant celui de Roger, alors à la mode et qui devint son prénom usuel.

Quelques mois plus tard, le jeune Roger, né dans une vieille maison en haut de l'avenue de Limoges, posait la main sur la truelle de la première habitation de granit que le grand père maternel, Germain Faye, faisait édifier sur la même avenue, quelques centaines de mètres plus bas.

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© Pascal Hyvert

L'usine Hyvert avant l'incendie, rue Buffon

Dès lors, la jeunesse de Roger se partagea entre la vieille demeure branlante du Quai Riquet à Carcassonne (où par les nuits de tempête, le vent faisait craquer les poutres) et, pendant les vacances scolaires, dans l'agréable maison de St-Junien, bien chauffée l'hiver par une énorme chaudière, entourée d'un beau jardin, bien planté, entretenu par le vieux jardinier Beaumartin qui aimait rappeler les souvenirs de ses sept ans de service dans les cuirassiers (car il avait tiré le mauvais numéro) et qui, à l'occasion, se coiffait d'une casquette de cuir pour remplir l'office accessoire de cocher, attelant au break familial le vieux cheval "Bonhomme" (qui mourut âgé de 30 ans).

Dans ce décor, la solitude d'un fils unique ne pouvait être pesante, cependant tel n'était pas l'avis de la grand mère Faye qui s'ingéniait à faire venir des enfants du même âge pour jouer avec son Roger. Par exemple, Guy Rougier, petit-fils de Sylverine, soeur de Germain Faye, infortuné enfant d'une famille accablée par la misère et par l'ivrognerie du père et qui du moins, goûtait confortablement ces jours-là. Parfois, c'était le jeune d'Arcambal, d'une famille amie des écrivains Jérôme et Jean Tharaud qui venaient souvent dans ces parages, enfant qui scandalisait ses parents en prétendant avoir la vocation de cocher ; bon camarade de jeux ayant l'avantage supplémentaire de m'inviter parfois, à son tour, dans un splendide rendez-vous de chasse situé près de la route d'Angoulême, avec un des derniers chenil de chasse à coure restant encore dans le pays.

Le jeune Dedareuil venait plus souvent, pour la raison simple qu'il habitait tout près, en période de vacances comme moi, car son père professait, le reste du temps, à la Faculté de droit de Toulouse. C'était un enfant rieur, spirituel, qui apprit rapidement à dissimuler ses qualités pour se composer un visage rigide, car il devint juge d'instruction et procureur de la République. Quant au cousin Marc Bouneau, si j'ai beaucoup regretté qu'il fut victime de la guerre en 1915, mes jeux avec lui manquaient d'entrain, car il était plus âgé que moi de trois ans et l'éducation rigide de sa mère n'en avait pas fait un boute-en-train.

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© Pascal Hyvert

Roger Hyvert au lycée de Carcassonne en 1912, assis à l'extrême droite

Bachelier à 17 ans, on m'envoya à Louis-le-Grand en octobre 1918 pour préparer Centrale. Mon père tenait à effacer le souvenir de son échec au diplôme de sortie. J'y fus donc reçu, y passai deux ans et en sortis le 22 février 1922, âgé de 20 ans et quelques mois. Sursitaire, j'avais encore du temps devant moi et entrepris avec un camarade en voyage d'études en Alsace et en Rhénanie, pour penser ensuite à mon incorporation, retardée par une bénigne opération de hernie .

Le service militaire de 18 mois se divisa pour moi en trois périodes : six mois à la caserne Pelleport de Bordeaux, comme canonnier de 2e classe (car il n'y avait pas alors de loi sur la préparation militaire pour les grandes écoles), six mois à l'école d'E.O.R de Poitiers, après concours. Enfin, six mois comme lieutenant au 6e d'artillerie de Valence.

Après cet intermède obligatoire, il était temps de chercher une situation, même problème pour moi que pour mes camarades de promotion, à peu près insoluble malheureusement en raison de la crise économique et aussi pour que la promotion de rattrapage des étudiants qui avaient été mobilisés, avaient saturé le marché de l'emploi. Je me résignai donc à rester après de mes parents (qui ne demandaient pas mieux) et à aider mon père à la vente - de plus en plus difficile - de ses produits arsenicaux.

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Usine Docor, vue depuis la route de Villemoutaussou

Lors de mon mariage, en 1926, il parut cependant utile de trouver d'autres débouchés et la création d'un atelier de cannetilles perlières parut opportune, d'autant qu'elle convenait pour utiliser un grand local disponible au 2e étage, rue Buffon. Mais la mode évolua en défaveur de ce type de produit ; la concurrence en devint que plus vive, abaissant les prix de vente au niveau du prix de revient. Aussi fallut-il abandonner, et si le matériel eût pu être vendu, ce ne fut qu'après la guerre de 1945 lorsqu'une offre parvint, mais tout avait été détruit dans l'incendie de 1944 (NDLR, incendie du Quai Riquet).

Ayant peu de goût pour des activités commerciales, qu'il n'exerçait que dans les stricte mesure nécessaire pour l'entretien vital, Roger souhaitait se consacrer à d'autres sortes de travaux, mais fut peu encouragé dans cette voie. Par exemple, s'étant inscrit à la Faculté des Sciences de Toulouse pour préparer le diplôme d'ingénieur-docteur, il ne peut obtenir de son père les autorisations nécessaires pour préparer une thèse sur les métaux-carbonyles, sous prétexte que ces composés chimiques étaient toxiques et dangereux. Or, on sait que cette voie était fructueuse, puisque quelques années plus tard on en fit l'application aux composés de plomb antidétonants  - en voie d'abandon en 1971, précisément pour les dangers de pollution, mais après plus de 40 années d'emploi intensif.

Un travail, également d'ordre chimique, fut déposé à l'Académie des Sciences et publié par la Société d'etres Scientifiques de l'Aude, portant sur certains composés où la molécule organique est formée d'homologues du benzène (1924).

Ce n'est que bien plus tard que Roger commença de s'intéresser à l'archéologie, publiant vers 1928 une étude sur St-Bertrand de Comminges, puis sur d'autres moins poussées, sur Minerve et d'autres sites et monuments de la région.

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© Pascal Hyvert

Roger Hyvert sur le plateau de Grazailles

Après 1940, l'arrêt quasi-total de la production commerciale lui laissant de longs loisirs, Roger fréquenta assidument les archives départementales de l'Aude, dressant un répertoire des documents non classés de la série C, trouvés par lui dans un effroyable désordre, consécutif aux déménagements subis par suite de la reconstruction des locaux. Constatant l'intérêt des compoix (NDLR, plans cadastraux) terriers pour l'étude de l'histoire économique et agricole, il dépouilla spécialement la collection de compoix de Lavalette, dont la suite remarquable permet de reconstituer complètement l'évolution des cultures et du morcellement des propriétés du XVIe au XVIIe siècle.

Un travail plus étendu premit ensuite d'établir un bilan des diverses mesures utilisées dans l'Aude. Cette synthèse parut en deux fois dans le bulletin de la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude, mais les circonstances du moment ne permirent pas l'exécution de tirages à part.

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Entrée de La Boussole en 1936

(Bonnet, Roger Hyvert, Esparseil)

Vers le même temps, Roger écrivit le chapitre "Corbières" du guide touristique Privat. Sur le plan minier, il écrivit une étude stratigraphique sur le gisement de "La Boussole-Maisons", portant notamment sur la structure et la disposition des failles et diabases, expliquant ou tâchant d'expliquer l'origine spéciale et complexe de cet ensemble de gîtes minéraux.

Un inventaire sommaire des documents d'archives concernant les guerres religieuses du XVIe siècle dans l'Aude, occupa les loisirs résiduels, interrompus par le sinistre d'août 1944 qui, supprimant les ressources des loyers, fit rechercher d'urgence une activité rémunératrice. Il s'en présenta deux, chacune d'elles insuffisante pour vivre, mais y convenant simultanément, du fait qu'elles laissaient beaucoup de temps de libre. L'une était l'inspection, au sein du service des examens du permis de conduire, travail rémunéré (faiblement alors) à la vacation, représentant environ 8 à 10 jours effectifs par mois. L'autre activité, celle de délégué au recensement des monuments anciens, présentait beaucoup plus d'attrait, mais pour une mensualité dérisoire, exigeant cependant - en principe - 200 heures de travail par mois. En bonne forme physique, Roger put cumuler l'une et l'autre tout en satisfaisant chaud de ses employeurs, non sans y passer de longues veillées, surtout en fin de mois à l'époque des rapports ou comptes-rendus périodiques.

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Après l'incendie de 1944, des appartements ont été reconstruits sur l'usine

Cela cependant ne pouvait durer, surtout après que des attributions sans alourdies eussent rendu ce cumul absolument intolérable ; ce point de rupture fut atteint en 1964 et, déclinant alors les offres faites par les Monuments historiques pour une amélioration de sa situation, Roger abandonna pour se consacrer à la situation de Contrôleur général du service des examens, signifiant sa présence permanente à Paris, d'où son déménagement dans le XVe arrondissement.

Au sein de cet organisme, il eut à s'occuper - indépendamment de ses attributions habituelles - du secrétariat de la commission internationale des examens automobiles (CIECA), rédigeant tous les comptes-rendus des séances tenues à Paris, Cologne, Munich, La Haye, Ostende, Londres, Naples, Séville, Montreux ; tout en ayant à se poser, sur la plan technique, la position du service français et à élaborer les projets d'amélioration des examens.

Sur le plan littéraire, Roger avait trouvé le temps de rédiger en 1964, plusieurs certains articles qui lui avaient été demandés par Robert Laffon pour le tome Languedoc du dictionnaire des églises de France (offert plus tard à la bibliothèque Vaticane), et vers la même époque quelques articles pour la Revue des Monuments historiques Français : "Ephémérides lapidaires" et surtout "Métrologie des églises romanes du Languedoc" ; travail très poussé sur les mesures de ces monuments, exprimés en unités locales anciennes et permettant d'y reconnaître des affinités, jusque-là inaperçues. Une étude sur la "dissémination de l'art flamboyant en Languedoc" avait d'autre part été publié par le bulletin Monumental.

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Surmené par son travail de Contrôleur général, Roger ne put s'adonner à une nouvelle oeuvre qu'en mai 1971 (alors qu'il était en retraite depuis 14 mois), éditant à ses frais un recueil de documents sur le siège de Paris (lettres par ballon monté), l'affaire de Buzenval (dépêches échangées pendant la bataille du 19 janvier 1871) et la commune, plaquette qui revint peut-être cher pour une vente incertaine, mais que son auteur considérait comme un devoir de publier à la mémoire de son grand-père. Indiquons ici, ce qui ne l'a pas été dans cette plaquette, que l'auteur de la lettre racontant en quatre pages serrées la bataille de Buzenval, était Louis Laylavoix, descendant d'une soeur de Pierre Hyvert. Les Laylavoix étant une famille notable de Rochechouart (H-V).

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La tombe de Roger Hyvert au cimetière St-Vincent

Là, s'arrête le récit autobiographique de celui qui fut le Président de la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude. Chevalier de la légion d'honneur, chevalier du mérite agricole, Officier des Palmes académiques et Croix des Services militaires volontaires. Inutile de préciser - cela va de soit - qu'aucune rue de Carcassonne ne porte son nom.

Mon article sur l'usine Docor

http://musiqueetpatrimoine.blogs.lindependant.com/archive...

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25/02/2017

L'histoire du Grand café glacier, aujourd'hui disparu

Fondé en 1920 par Antoine-Félix Miailhe, le Grand café glacier appartient à la liste déjà longue des établissements Carcassonnais qui ont aujourd'hui disparu. Une époque où les cafés étaient tenus par des patrons impliqués dans la vie associative et festive de la ville. On était limonadier de père en fils ; c'était une vraie profession représentée dans l'Aude par un puissant syndicat. Nous pourrions citer Not, Lapasset, Roldan, Miailhe, Calmet, Biscans, Lasserre, etc... Aujourd'hui, mis à part les cafés de la Comédie et Chez Félix, on peut dire qu'il n'existe plus guère de vrais héritiers de ces temps-là.

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La terrasse du Grand café glacier

Jusqu'en 1974, cet établissement se trouvait 6, boulevard commandant Roumens. Après sa fermeture, il fut rasé afin d'agrandir la clinique Delteil. C'est aujourd'hui, la maison de retraite Montmorency.

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Simone Pujol dans les bras de sa grand-mère en 1928

Simone Pujol - la fille du patron née en 1922 dans le café - évoque les concerts de l'harmonie municipale au kiosque à musique, juste en face de la terrasse.

"Tous les jeudis soir, pendant l'été, papa installait les chaises de la terrasse dans l'autre sens et tout le monde écoutait religieusement. Le marchand de cacahouètes passait de table en table, il y avait toute une ambiance. Même si, la nuit, toutes les épluchures attiraient les rats."

Quelques vingt mètres plus haut se trouvait le cinéma l'Eden (aujourd'hui, Maison des syndicats) 

"A l'entracte, les spectateurs se glissaient jusqu'au Glacier pour boire un chocolat au lait que mon père avait baptisé Félix. On ne dirait pas non plus un café mais un "masa".

Félix Miailhe ne faisait pas de distinction dans les années 1930 entre les clients Carcassonnais et les autres. Au moment des la guerre civile espagnole, les réfugiés prirent le café pour lieu de rassemblement. Tant et si bien qu'il fut nommé le café des Espagnols.

"Il n'y a pas qu'eux ! On a connu les Alsaciens-Lorrains, la justice Belge, les annamites et aussi les Résistants, pendant la guerre. Et jamais de bagarre, ni de problème. Tout le monde cohabitait en harmonie."

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Notons que si le Café Glacier fut le rendez-vous des réfugiés et des Résistants, le café Not (place Carnot) fut le rendez-vous des Miliciens et des membre du PPF. C'était surtout le siège des gros négociants en vins... Le populaire café Glacier accueillit les associations du club taurin, de l'USC XV, du Caméra-club, le club d'échecs. On se souviendra également de Pepito, garçon de café en 1965 et oncle de Robert et de Manu Pena. 

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Fête des forains au Café glacier en 1954

Lors des carnavals, c'est là que les Pandores et que les Bigophones Carcassonnais venaient pour la grande parade. Un brassage des idées et des cultures...

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Il ne reste plus rien du Grand café glacier

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24/02/2017

Le square André Chénier n'aura tenu que 30 années... Tout est à refaire !

Il était une fois un des endroits les plus charmants de Carcassonne, avec ses massifs floraux, ses oiseaux chantant et son ombre rafraîchissante à la belle saison.

Le jardin des plantes

donnait aux visiteurs descendant des trains de la gare SNCF toute proche, l'image d'une ville propre, fleurie et bien entretenue... Durant la journée du 14 juillet, des animations étaient organisées par la ville au bénéfice des enfants: courses en sac, jeu de la poele noircie au cirage, jeu de quille...etc.

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Le jardin des plantes avant 1986

le jardin des plantes

Pose de la première pierre, le 17 janvier 1986

La ville de Carcassonne et son maire Raymond Chésa décident la construction en 1985 d'un parking souterrain. Le choix se porte sur l'emplacement du Jardin des plantes, devenu square André Chénier. Ce poumon vert très prisé des Carcassonnais va alors être rasé afin de laisser les pelleteuses faire leur oeuvre.

le jardin des plantes

C'est aussi à cet endroit que se trouvait depuis l'époque médiévale, le plus grand cimetière de la ville. D'après mes sources, il n'y aurait eu aucune fouille préventive sur le site. Le parking souterrain ouvre ses portes le 25 novembre 1986, soit 11 mois après le début des travaux. Conçu sur deux niveaux et d'une longueur de 120 mètres, il offre une capacité de 340 places. Il faut compter 3 francs de l'heure pour s'y garer en 1986 (aujourd'hui, 1 euro soit 6,55 francs). 

le jardin des plantes

© Patrice Cartier

Les travaux du nouveau square en surface débuteront après l'ouverture du parking. La mairie conserve la perspective mais supprime la végétalisation pour la minéralisation du sol.

le jardin des plantes

© Patrice Cartier

Le square Chénier en 1986

Fini les massifs de fleurs ! Ils sont remplacés par des dalles et un habillage en marbre de Caunes-Minervois tout autour. La colonne destinée au Petit Trianon de Versailles reste au milieu accompagnée de part et d'autres par deux vasques en marbre blanc.

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L'horloge florale en face de l'hôtel Terminus était surmontée par le buste d'Omer Sarraut. 

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L'ensemble a été remplacé par un bassin qui ne fonctionne pratiquement jamais. Le buste d'Omer Sarraut a été remisé au fond du square dans le seul espace épargné par le parking. Le gazon n'est pas toujours entretenu et aucun massif de fleurs ne vient l'égailler.

le jardin des plantes

Le nouveau square Chénier sera inauguré en mars 1988 par Raymond Chésa et Charles Pasqua, sous une pluie battante. On pouvait espérer que ce lieu serait respecté et protégé. Force est de constater que l'élément minéral n'attira plus les mères de familles et leurs enfants...

Un Constat d'abandon

Ce square Chénier, avec tous les atouts qu'il détenait, a été laissé à l'abandon. Pire, il se dégrade de jours en jours... Depuis l'instauration du Festival des deux cités, de la Magie de noël et de la Féria ce jardin a gravement subi la loi des camions de chargement des matériels scéniques. Il est devenu une esplanade dont on se sert uniquement pour les animations festives. Les équipes techniques sans aucun scrupules laissent les camions monter ou accrocher les marbres dans l'indifférence générale. Evidemment, ce lieu n'a pas été à l'origine conçu pour accueillir ce type de manifestation. Durant la Féria d'août, les casitas sont placées sur le gazon du seul coin du jardin encore préservé. 

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La colonne en marbre de Caunes-Minervois sert de colonne Morris ! Pendant ce temps, le marbre est d'une saleté repoussante sans qu'aucun soin n'y soit apporté.

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Non ! Ce ne sont pas les nervures naturelle du marbre, c'est la saleté...

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Les deux grands bassins ne sont jamais mis en eau. Ils servent de dépôt de matériel pendant les fêtes d'été et d'hiver, si bien que des tags ont fait leur apparition sur le marbre.

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L'entrée du square par le côté du boulevard Sarraut a été défoncée par les camions de chargement du matériel des diverses manifestations culturelles et festives. Il s'agit là de j'en foutre à qui l'on ne demande jamais des comptes. 

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Là, une pièce en marbre de Caunes a disparue et n'a jamais été remplacée

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Là, les camions sont visiblement montés sur la bordure

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L'ensemble du pavement du square a été cassé sous le poids des camions. 

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Autre exemple...

 

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Ici une partie du marbre n'a pas été remplacé ou a été dérobé.

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Juste en face du Grand Hôtel Terminus et sur le passage des touristes vers la gare...

La municipalité actuelle s'est engagée à refaire dans l'année, l'ensemble du square André Chénier. Etudes et appels d'offre ont été lancés. C'est tant mieux, mais... Il eut été plus judicieux de préserver ce lieu, au lieu d'y faire des manifestations qui n'étaient pas prévue pour sa structure. Souvenons-nous que les experts avaient donné un avis négatif pour y loger la fête foraine, en raison du poids exercé sur la dalle. Où va t-on désormais mettre la Magie de noël, la Féria, les concerts du festival off ? Si c'est au même endroit, gageons que nous n'ayons à refaire ce square dans 30 ans !

Article du 27 décembre 2014 mis à jour 

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23/02/2017

Le sommet Franco-espagnol à la Cité de Carcassonne, le 6 novembre 2003

Le 6 novembre 2003, la Cité de Carcassonne fut le cadre prestigieux des relations bilatérales entre la France et l'Espagne. Raymond Chésa avait préparé son coup depuis longtemps, afin que sa ville puisse être choisie par la Présidence de la République comme hôte de cet évènement. Jacques Chirac lui devait bien cela, car il s'était souvenu que l'enfant de la Trivalle avait soutenu sa candidature en 1995, au moment ou presque toute la droite choisissait Balladur. Autre argument plaidant en faveur de Carcassonne, sa position géographique qui fit d'elle avant le traité des Pyrénées, une frontière militaire avec l'Espagne. Sans compter, bien entendu, le nombre conséquent d'anciens réfugiés espagnols devenus Carcassonnais.

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Jacques Chirac et Jose Maria Aznar

En guise de bienvenue, le maire de Carcassonne avait invité la veille, la délégation de journalistes et du personnel de l'Elysée à la dégustation du cassoulet au restaurant "Au comte Roger". Les bouchons de vins de l'Aude qui sautent, la musique des Fécos de Limoux et une soirée en discothèque auront eu raison des plus hardis parmi les convives.

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La délégation des ministres du gouvernement

Guettant Jacques Chirac et son homologue espagnol, le public massé derrière les barrières à l'entrée de la porte Narbonnaise, s'émut à la vue des ministres arrivant par les lices extérieures : Nicolas Sarkozy, Dominique Perben, Gilles de Robien, Dominique de Villepin, Nicole Fontaine et Noëlle Lenoir.

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A 11h50, le président est accueilli par Raymond Chésa, écharpe tricolore à la taille. Après un échange d'amabilités et un bain de foule, le Premier ministre espagnol arrive à 11h15. Les deux chef d'état descendent le tapis rouge alors que retentissent les hymnes espagnols et français.

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Chirac en tête, la délégation avance dans la rue Cros-Mayrevieille. Comme à son habitude l'ancien député de la Corrèze, ne sacrifie pas l'exercice des poignées de mains et des bises aux commerçants de la rue. Jose Maria Aznar, quant à lui, observe cette pratique de loin n'étant pas habitué à cela.

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Sur la place du chanoine Pierre Pont, les dirigeants font leur entrée dans l'hôtel de la Cité où doit se tenir le sommet et la conférence de presse.

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La conférence de presse à l'hôtel de la Cité

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La garde Républicaine 

Le déjeuner fut pris dans la salle à manger de l'hôtel de la Cité

Menu

Coquilles Saint-Jacques en brochette de romarin. Ecrasée de pommes de terre aux olives de Bize-Minervois.

Filet d'agneau du Mauragais rôti, risotto crémeux

Légumes d'automne

Fromages

Figues rôties cuites sur un crumble glace à la cannelle

Minervois Château Tour boisée 2001

Corbières Château La Voulte-Gasparets 2000

Taittinger "Comtes de Champagne" 1995

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© Hôtel de la Cité

Les chefs d'état avec le personnel de l'hôtel de la Cité et M. Hamburger, le directeur. Cette journée relayée par les chaînes de télévision et la presse écrite fut un sacré coup de publicité pour la ville. Jose Maria Aznar qui n'était jamais venu à Carcassonne confia à Raymond Chésa qu'il comprenait maintenant la raison pour laquelle de nombreux espagnols passaient leurs vacances à Carcassonne.

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Tableau de Patrick Robart offert par la ville de Carcassonne à J. Chirac

Un grand merci à Alain Machelidon pour toutes ses photographies

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22/02/2017

Ferdinand Alquié (1926-1985), philosophe et membre de l'Institut de France

Ferdinand Alquié est né à Carcassonne le 18 décembre 1906 dans une famille de viticulteurs catholiques et royalistes. Au contact de René Nelli, Joe Bousquet et François-Paul Alibert, il créa dans les années 1920, les revues "Chantiers" puis "Les cahiers du sud". Après des études au lycée de Carcassonne, il entre à la Sorbonne et est reçu premier à l'agrégation de philosophie en 1931.

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© Collection particulière

Ferdinand Alquié en habit d'académicien

De 1932 à 1937, Ferdinand Alquié enseigne au lycée de Carcassonne. Pendant l'Occupation, il se trouve à Paris comme professeur de Khâgne et participe à des actions de résistance. En 1947, il soutient sa thése sur Descartes à Montpellier en qualité de maître de conférences. Cinq années plus tard, il occupe la prestigieuse chaire d'histoire de la philosophie moderne à la Sorbonne. 

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Il est l'auteur d'un nombre conséquent d'ouvrages dont la Philosophie du surréalisme en 1955. En 1975, il est élu comme membre de l'Académie des sciences morales et politiques. Ferdinand Alquié a publié des ouvrages sur René Descartes, Emmanuel Kant et Baruch Spinoza. Il est cité comme consultant au générique du film de Roberto Rossellini « Cartesius » (1973), sur la vie de Descartes. Il est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1975. Jean Guitton lui succède en 1987. Il est décédé le 28 février 1985 à Montpellier.

Un rue à Carcassonne dans le quartier du bois de Serres porte son nom, mais comme toujours les services administratifs n'ont pas pris soin de l'orthographier correctement. Nous avons donc Ferdinand Alquier avec un r final et sans dénomination en dessous pour dire ce qu'il fut.

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La maison de Ferdinand Alquié (à gauche) en haut de la rue de Verdun porte sur la façade une plaque en hommage au philosophe Carcassonnais

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© Chroniques de Carcassonne

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17/02/2017

Le carnaval de Carcassonne de 1979 à 1983

La Dépêche du midi interrogeait en 1978 les élus au sujet du retour du carnaval à Carcassonne, après plus d'une dizaine d'années d'absence.

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Le carnaval de Carcassonne sur les boulevards

Le 28 février, le maire adjoint Fernand Ancely répondait aux journalistes en ses termes :

"Refaire carnaval est souhaitable. Cette année pas question. Le temps est passé et puis, il faut du temps pour le préparer. Il y a des jeunes en ville qui s'y intéressent. Ils ont saisi le secrétariat du maire qui a donné un accord de principe. Nous sommes favorables à cette relance. Le groupe socialiste doit d'ailleurs entendre ces jeunes dans quelques jours. Il reste avant tout à faire une étude financière du projet. A l'époque, Carnaval coûtait environ 15 millions à la ville. Il y avait une quarantaine de chars, une douzaine de musiques, des majorettes. Il faut étudier la dépense."

 

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Aidé dans sa tâche par le Conseil Communal de la Culture réuni le 26 janvier 1979, le Carnaval d'une nouvelle ère était lancé à Carcassonne. Le 10 février 1979, sa majesté Carcassus faisait son apparition à la gare SNCF ; accompagné par la foule en délire, on lui fit faire le tour de ville. Pendant la durée des festivités, il y eut la création d'une radio-carnaval qui anima les rues du centre-ville avec la bandas Thibault de Limoux. Le 28 février, on jugea et on brûla sa majesté Carcassus sur la place du pilori (place Eggenfelden). Tout se finit ensuite par une grande "mongetada" sous les halles.

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Parallèlement à ces festivités, on entendit une conférence le 23 février sur le "carnaval de Romans" par Leroy Ladurie. Avec la projection d'un film sur les "Mascarades du nouvel an en Moldavie". Un concours photo avec expositions des plus belles à la mairie. Toute une série d'expositions en lien avec le carnaval.

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© Patrice Cartier

 

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Carcassus, roi des eaux

"Le Carcassus 79, candidat malheureux au Parlement européen, avait sombré dans les eaux troubles de la haute politique ! De braves Carcassonnais s'étaient justement émus de la tournure des choses et, cette année, le Comité leur donne raison. Nous renouons avec les Rois du jazz, de la photo et du scooter, cette année Carcassus sera notre Neptune, notre roi des eaux à nous ! Vive Carcassus !

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Bien sûr, les bacilles de la polémique s'insinuent partout, qui sait si demain quelque sans-gêne ne va pas nous chercher la petite bête ? Mais non, nous tenons bien la barre, ni p'eau l'épique, ni pot-litique, Carcassus roi des eaux sera un principe débonnaire et rigolard qui chatouillera la tripe. 

Ouvrez les vannes, buvez du vin, du lait, de l'eau, jusqu'à ce que le ventre vous tire ! Carcassus s'avance sans masque, mais il fallait bien mettre les points sur les O !"

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Le samedi 2 février 1980, sa majesté Carcassus, Roi des eaux fit son arrivée au Dôme à 17h. Le cortège passa ensuite rue de l'hospice (G. Brassens), boulevards Camille Pelletan, Jean Jaurès et Omer Sarrault ; rue du marché, rue Victor Hugo et place Carnot. Les festivités durèrent jusqu'au 1er mars avec "monjetada" et jugement de Carcassus. 

1981 

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Carcassus, roi du chômage

"Au cours de ces quatre dernières années, le comité de Carnaval a montré sa vitalité et ses capacités d'organisation. ce ne sont pourtant pas les critiques qui lui ont manqué. La première de ces critiques - la plus grave à mes yeux car la plus fausse - fut une critique de type culturel : "Le Carnaval, ce n'est pas de la culture". Cet alibi de la culture classique, ce besoin d'une façade culturelle, cette hostilité de quelques uns, prouveraient s'il en était besoin, que le carnaval gène, heureusement, un certain nombre de personnes. Il en est toujours ainsi quand on affirme sa volonté de court-circuiter les canaux habituels de la consommation culturelle.

Cette critique de type culturel en sous entend une autre : "Si le Carnaval n'est pas de la culture, pourquoi financer une activité de cette nature ? " D'où une subvention tronquée, trop réduite aux yeux des animateurs du comité, qui prive effectivement le Carnaval d'un à-côté culturel classique plus important : expositions en plus grand nombre, théâtre, conférences. En fait, les réactions passionnées et contrastées suscitées par le Carnaval de Carcassonne font régulièrement leur apparition dans notre cité et ne concernent pas que le seul Carnaval. (Simon Peyras / adjoint à la culture)

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En février 1981 - à seulement trois mois de l'élection présidentielle - le thème choisi par le Comité du Carnaval fit grincer des dents. Le chômage constituait un angle d'attaque contre le président Valéry Giscard d'Estaing et politisait le Carnaval aux yeux des électeurs de droite.

Reconnaissons que l'utilisation de la dérision comme moyen d'expression culturel n'est pas du goût de tout le monde (Simon Peyras / adjoint à la culture).

 

1982

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Dessin de Denis Bonnes

Carcasse, reine de la consommation, fut certainement dans l'histoire du Carnaval de Carcassonne l'unique représentante féminine. "Femme d'idées et d'entreprise, consciente du manque de grandes surfaces dans notre ville, elle crée un super Diplodocus générateur d'emplois, détonateur de la relance économique."

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Du 23 janvier au 13 février 1982, le Carnaval fut animé par plusieurs fanfares : Clin d'oeil, la Bobota, les Thibaults et l'harmonie de Villepinte. Outre la traditionnelle monjetada, le jugement et la crémation, il y eut au programme un concert de carillon à l'église St-Vincent, un buffoli à minuit et la sortie des fécos à la Rotonde, café des familles et au Bristol. Sans oublier, bien sûr, les films du Ciné-club au théâtre municipal.

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On se moque du nouveau supermarché Mammouth implanté en 1981 à Carcassonne. 

"Mammouth écrase les prix"

 

1983

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Affiche du Carnaval 1983

Carcassus, roi des sportifs, fut à la fête du samedi 5 février au samedi 26 février 1983. 

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Les fécos sur la place Carnot

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A un mois de l'élection municipale de mars 1983, le candidat Raymond Chésa tracte aux côtés des carnavaliers. Preuve que l'on peut faire de la politique tout en ne se prenant pas au sérieux. C'est là, la morale de cette histoire, sans doute. Dommage que cette vision ne soit partagée par tous...

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