07/10/2017

Le nouveau parvis de la cathédrale Saint-Michel ne fera pas l'unanimité !

Tout a débuté il y a bientôt dix ans avec le plan de relance de Nicolas Sarkozy, dont les bâtiments classés Monuments historiques ont largement bénéficié. Carcassonne obtenait de la part de l'état, la restauration de la cathédrale Saint-Michel : réfection des toitures et des gargouilles, remplacement des pierres défectueuses. Le Grand orgue de Cavaillé-Coll entièrement révisé par le facteur Nicolas Toussaint a été béni par Monseigneur Planet, évêque de Carcassonne, le dimanche 24 septembre 2017. Quelle émotion que d'entendre pour la première fois résonner tous les timbres de ce merveilleux instrument ! Citons à ce titre l'excellent organiste Florent Mamet pour sa virtuosité.

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Depuis ce temps donc, notre joyau de l'art religieux Languedocien fait sa toilette. Ce chantier s'achèvera dans quelques semaines, avec l'inauguration d'un parvis devant l'entrée Est de la vieille dame. De mémoire, il n'y a jamais eu de parvis devant notre cathédrale, pas plus d'ailleurs qu'il y en a eu au Moyen-âge devant Notre-Dame de Paris. Quand on a déjà un joli square gazonné devant pour admirer la façade, a t-on besoin d'un parvis bétonné ? Là, est toute la question surtout lorsqu'on ne peut raser les immeubles autour pour offrir davantage de dégagement. Eh ! bien. Il semble que l'architecte des bâtiments de France et ses collègues du ministère de la culture aient vu les choses différemment.

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Les nouveaux lustres financés, choisis et placés par l'Etat dans la cathédrale

N'excluons pas sûrement quelques édiles de notre bonne ville qui ont dû participer à cette commission. Ont-il entrepris des recherches sur l'origine de la construction de ce square, bientôt transformé en parvis ? Si seulement, ils avaient eu l'heureuse initiative de nous le demander...

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© Ministère de la culture

Jusqu'à la première moitié du XXe siècle, le square faisant face à la cathédrale n'existait pas. Sur son emplacement s'élevaient des maisons d'habitation et la rue de la lune permettait de passer du boulevard Barbès à la rue Voltaire. Après la Grande Guerre, tout ceci fut rasé et resta en terrain vague. Il ne restait que les murs qui l'entouraient. Sur le boulevard Barbès, des baraques de photographes et de marchands s'adossaient à ce mur.

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© Ministère de la culture 

Chantier de restauration de la cathédrale en 1884

A l'occasion d'une grande fête commémorative, le 14 septembre 1919 à 9 heures sont dévoilées et inaugurées les plaques de marbre portant le nom des soldats de Carcassonne tués à l'ennemi, disparus ou morts sous les drapeaux en 1914-1918. Cette cérémonie à l'initiative du conseil municipal dirigé par M. Faucilhon (maire) se déroule dans la grande salle de la mairie. Ces plaques de marbre ont été démontées lors de la destruction de l'hôtel de ville au milieu des années 30. Nous parlons ici de celui qui se trouvait jusqu'en 1933 sur l'emplacement de celui que l'on nomme maintenant "Ancienne mairie". Quand il fut détruit, on décida de fixer ces dalles comportant les noms des poilus décédés au combat, contre le mur du square faisant face à la cathédrale. Elles s'y trouvent toujours avec le nom de mon grand-père... Il n'y a pas si longtemps, ce jardin fut baptisé "Square de l'armistice de 14-18 et de la capitulation nazie".

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Les enfants de Carcassonne "Morts pour la France"

En 1948, le futur square n'était donc qu'un terrain vague et les murs enserrant la cathédrale ne permettaient pas d'admirer le porche d'entrée, ni la façade. 

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© Martial Andrieu

Le terrain vague et la rue de la Lune vers 1945

Le 22 juin 1949 vers 11h45, le maire Philippe Soum donna symboliquement le premier coup de pioche afin d'abattre les murs enserrant la cathédrale. Ce projet avait échoué depuis près d'un siècle ; c'était au moment où Viollet-le-duc achevait le gros œuvre de la restauration de la cathédrale Saint-Michel. Là, l'ensemble des parties prenantes se sont entendues : M. Naudet (Architecte en chef des Monuments historiques), M. L'Archiprêtre, M. Soum (Maire de Carcassonne). M. Bourely, architecte des Monuments historiques, adressa à la Commission, un rapport qui reçut un avis favorable.

Il y a un projet beaucoup plus simple que ceux de Viollet-le-duc et Saulnier. Il consiste à abattre les murs entourant la cathédrale, sauf la partie subsistante des anciens remparts, notamment les murs de l'enclos appartenant aux Beaux-arts qui autorisent la ville à construire sur son emplacement et celui de la rue de la lune, un square qui réunirait le boulevard Barbès et la rue Voltaire. Ce projet revaloriserait un quartier de la ville. Saint-Michel n'a pas de porte... La porte était anciennement placée au nord (pour éviter le vent de cers). Elle a été murée par le Chapitre au début du XIXe siècle. La petite porte près de la tour n'est pas suffisante pour les cérémonies, notamment les sépultures. Quant à celle qui a été percée provisoirement par Viollet-le-duc en attendant un grand porche trop fastueux, ayons le courage de la regarder et d'avouer qu'elle ne ferait pas de réclame à un garage ou à une usine. Une table de communion cache de sa lourde masse, les cérémonies du chœur à un bon quart de l'assistance. La direction des Beaux-arts approuve totalement la réouverture de la porte du nord avec le déplacement de la chaire qui en est la conséquence, l'aménagement de la Sainte-Table, la construction à l'ouest d'une porte décente. Qui finance ?" (La Républicain / 25 octobre 1949)

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© L'indépendant

Le conseil municipal valide la construction du square le 3 novembre 1950. Les travaux débuteront en mars 1951. Peu à peu cet espace s'ornera des vestiges d'une fenêtre de la maison Grassialo et de la statue de Jeanne d'arc.

Le nouveau parvis

Comme nous l'écrivons en début d'article, la transformation d'un square verdoyant en parvis bitumé n'est pas du goût de tout le monde. Pour le moment, on s'exprime à voix basse mais nous n'avons rencontré personne pour sauter de joie.

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Un aspect du chantier ce samedi

Imaginez aujourd'hui, un espace bétonné au centre et un rétrécissement latéral supporté par des blocs de béton qui devraient accueillir des végétaux. C'est le parti pris de nos grands penseurs, alors même que la municipalité manifeste sa volonté de revenir au végétal. Deux exemples : le square Gambetta, le Jardin de la poste et le futur square Chénier.

Jeanne d'Arc privée de parvis ?

Selon les informations que nous avons recueillies auprès de la cathédrale Saint-Michel, la statue de Jeanne d'Arc sera mise dans le jardin du Chapitre. C'est-à-dire derrière le chevet de la cathédrale, là où personne ne la verra à côté de la Croix de mission. Cette statue avait été acquise par le chanoine Combes et placée dans une fenêtre donnant sur le boulevard Barbès, depuis l'actuel lycée privée St-François. C'est en 1972 qu'elle fut mise dans le square de la cathédrale, avec la plaque des réfugiés d'Alsace-Lorraine. Sera t-elle restaurée ?

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Jeanne d'Arc autrefois dans le square

Il se dit que le choix de pousser la fille de Lorraine à l'écart du parvis, serait dicté par la volonté d'exclure de sa vénération, les processions patriotiques du Front National. Mais chut... c'est pas correct de le dire. Barbès peu trembler à deux pas de là, car les vénérations communistes... Nous qui ne vénérons que le patrimoine, sommes marris.

Sources

Léon Riba / Carcassonne. Ses places, ses rues / 1951

Le Républicain / Octobre 1949

Programme des fêtes de l'armistice / 1919

Recherches, notes et synthèses / Martial Andrieu

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06/10/2017

L'histoire chaotique du Musée des beaux-arts de Carcassonne de 1850 à 1971

En 1850, les salles provisoires du Musée de Carcassonne étaient situées 50 rue Lafayette (actuelle, rue de la République) et renfermaient 140 tableaux.Cros-Mayrevieille dans les « Monuments de Carcassonne » édité en 1850 énumère à la page 201, quelques-unes des toiles du musée, mais ne mentionne pas la nature morte de Chardin. Il cite « Louis-Philippe à Valmy » (Mausaisse), « Portrait de Mme Poulhariez et de sa bonne fille » (Sableyras), « Un bouquet de fleurs » (Van Spændonck), deux tableaux de Rigaud, etc. Dans le même temps, la Société des Arts et des Sciences s’attelait à la constitution d’une galerie de portraits. A ceux déjà cités, elle avait ajouté celui de Bernard de Monfaucon, Andréossy, Dejean, Gamelin, Ramel, Fabre d’églantine, Bosquet, Marie de Pech de Calage, etc.

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L'entrée du Musée des beaux-arts vers 1960


En 1861, le musée fut installé ainsi que la bibliothèque, dans les locaux de l’ancien Palais de Justice de la rue de Verdun. La délibération du Conseil municipal du 5 janvier 1861, affecte la bibliothèque et le musée à l’ancien Palais de Justice. Malgré des expositions organisées par la Société des Arts et des Sciences, les collections entre 1864 et 1875 ne s’étaient guère augmentées - seulement quelques envois de l’état et de maigres donations. En 1876, la ville reçut l’importante donation des œuvres d’art de Casimir Courtejaire. Ce dernier compléta son don en 1880 et 1884 par une somme allouée de 120 000 francs qui servit à l’acquisition de tableaux et à l’aménagement de deux salles. Isidore Nelli, grand-père de René Nelli, participa à la commission d’achat des tableaux. À partir de 1887, la Société des Arts et des Sciences cessa d’administrer le musée, passé désormais sous le contrôle de la mairie, malgré les protestations de ses membres. Le premier conservateur municipal fut le peintre Émile Roumens, assisté de M. Mauré pour les collections archéologiques. Un arrêté municipal du 5 avril 1894, assigna le conseiller municipal Charles Chamans comme délégué à la surveillance spéciale du musée. C’est à cette date que fut établi par Émile Roumens et M. Mauré, le premier inventaires des legs de Couretjaire, Chénier et Coste-Reboulh.

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Jacques Gamelin par Falguière

A la fin du XIXe siècle les œuvres de Gamelin reviennent à la mode et une grande exposition est présentée en 1898. Emile Astruc remplace Emile Roumens comme conservateur. A partir de 1912, c’est le peintre Léon Cabanier qui lui succède. En 1938, Louis Cazaban assisté de Pierre Embry pour les collections archéologiques, tente de réorganiser le musée avec Mlle Mouton épouse Cahen-Salvador. Dans une note adressée à la Direction des Beaux-arts, Louis Cazaban énuméra les rôles qu’avait dû assumer le vétuste édifice destiné en principe à n’abriter que des livres et des peintures. Il a servi de siège au Syndicat d’initiative, à l’Association des anciens combattants. On y a vu un cantonnement de Sénégalais qui allumaient des feux dans le cour pour y faire leur cuisine, des sections de vote pour les élections, des soupes populaires, des dépôts d’ustensiles, des réfugiés. En 1945, il servit même à l’échange de billets de banque. Malgré cela, on y organisa une exposition des tableaux avec en même temps une présentation des chef d’œuvres de l’art religieux. Alors que le musée prend une nouvelle tournure, la Seconde guerre mondiale éclate…

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© AAVC

Pierre Embry

Victime d’un incendie en 1942 et désorganisé par la guerre, le musée ferme ses portes jusqu’en 1948. Les plus belles œuvres avaient été mises à l’abri par Pierre Embry dans le monastère d’En Calcat ; notamment les tableaux de Gamelin.

« Durant leur retraite ils voisinèrent avec les Goya de Castres, le Snyders (à moins qu’il ne soit un Rubens) de Narbonne et le portrait du duc d’Orléans venu de Perpignan, sans faire de faux plis à son pantalon rouge. La Trinité de Saint-Just, avec les trois personnes divines habillées en papes, présidait, sans doute, cette auguste assemblée. » (Chanoine Sarraute / 1946)

En 1948, l’état du musée inquiète ses plus ardents défenseurs. Tant et si bien que dans une interview de 1966, M. Bourely, architecte des Bâtiments de France, confia que la ville avait pour ambition de raser le vieux musée afin de construite en lieu et place, un bâtiment offrant toutes les garanties de modernité. Ce projet qui n’aboutira faute de moyens, fut étudié par son père. Au sortir de la guerre, les finances publiques allèrent en priorité à la reconstruction des villes bombardées. Le musée échappa ainsi à la destruction municipale. Je vous laisse imaginer un bâtiment analogue à celui de la Trésorerie générale, édifiée en 1952 à la place du charmant Café du musée…

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La collection Joë Bousquet au musée en 1952

Entre-temps, René Nelli venait d’être nommé comme conservateur. A la mort de Joë Bousquet en 1950, quelques-uns de ses amis - à l’initiative de René Nelli - qui avaient bénéficié de ses legs décidèrent de les mettre en dépôt au musée et d’y constituer une salle pour perpétuer sa mémoire. Voici les noms des donateurs : Alquié, Bernon, Féraud, Girou, Grizou, Nelli, Patau, Roumens et Sire. Les toiles exposées dans la salle d’Art moderne avaient pour auteurs les plus illustres de la peinture contemporaine : Marquet, Fautrier, Braque, Ernst, Picasso, Tanguy, Masson, Dali, Hans Arp, etc. La municipalité avait édité en 1948 un catalogue-guide et l’inventaire déposé au Louvre fut achevé en 1949. En octobre 1952, le buste de Joë Bousquet sculpté en pierre de Clamecy par Salomé Vénard fait son entrée dans les collections. Il s’agit d’un envoi l’état. Ce buste se trouve depuis 50 ans dans les réserves…

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Le buste de Bousquet par Salomé Vénard

Au mois de décembre 1952, le journal « Le patriote » d’obédience communiste brise l’omerta et informe le public, qu’il pleut dans le musée.

« Salle Armand Raynaud. Sérieuse gouttière, au-dessus de la porte ou l’eau suinte, s’amasse, coule entre la « Cascade de Terni » de Labruzzi, et la « Ferme des bois » de Pelouse. Salle Coste-Reboulh, l’eau tombe de la verrière sur le plancher. L’humidité fait tâche mouvante dans l’encoignure gauche et menace directement une nature morte de Desportes et un portrait de Seilboldt. Dans la loggia Sarraut, la « Dame en rouge » de Dutilleul est partiellement menacée. Salle Sourbieu, est-ce une illusion d’optique ? On dirait que des coulées ont dégradé « Les toréadors » de Dilfre et « La marée basse à Grandcamp » de Pelouse. Dans l’avant-dernière salle, à chaque ondée violente sur le toit correspond un lac sur le plancher. Le plâtre commence à tomber par plaques et vraisemblablement continuera. »

A cet article, ajoutons qu’en 1948 le musée possède une verrière transparente et non opaque. Les tableaux sont exposés à la chaleur du soleil, à l’humidité et au froid en hiver. Il n’est pas gardé durant les heures d’ouvertures et à la merci des voleurs. Avec un tel musée, Carcassonne rata de bien belles donations qui allèrent enrichir les villes concurrentes. Malgré tout, Nelli reçut en cadeau du Louvre cinq toiles de Nicolas Bertin dont « La tentation ». Ces chefs d’œuvres avaient décoré l’appartement de la Pompadour.

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Le journal indique qu’un crédit de 1 119 000 francs avait été voté pour la restauration des bâtiments municipaux. Crédit qui sera désaffecté le 14 novembre en revoyant au calendes grecques, l’impérieuse nécessité de restauration du musée. Deux ans après, la municipalité inaugure de nouvelles salles de peinture grâce au financement des Beaux-arts. Parmi les maîtres d’œuvres citons René Nelli, Jean Vergnet-Ruiz (Inspecteur général), Jean Mesuret (Chargé de mission aux musées nationaux). De son côté, la mairie finança la restauration de tableaux effectuée par M. Linard. Ces salles réaménagées se composent ainsi : Salles Coste-Reboulh, Courtejaire, Gamelin, Art ancien, Art français, Artistes locaux (Jalabert, Ourtal, Grillon, Sibra), sculpture contemporaine (Manault et Yvonne Gisclard) et enfin, peinture moderne avec la collection Joë Bousquet (Dali, Ernst, Braque…). Le musée organisé par René Nelli rassembleait enfin dans un espace cohérent nos richesses picturales. Notons qu’aujourd’hui, la collection Bousquet a été dispersée et vendue ; les artistes locaux comme Ourtal sont dans les réserves.

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© aecnelli.com

René Nelli à son bureau

Accusé anonymement et à tort par Pierre Cabane d’avoir caché l’inventaire de la collection Bousquet en fermant le musée en 1961, Nelli démissionne en 1963 et écrit au maire Jules Fil :

"Je me renseignais et j'appris que les tableaux prêtés par les héritiers de Joë Bousquet avaient été vendus à Paris par l'intermédiaire d'une galerie (André-François Petit, ndlr) et les soins d'un médecin de la ville assisté d'un peintre étranger installé dans la région (Piet Moget ?, ndlr), lesquels, évidemment, avaient largement trouvé leur compte dans l'opération !
Comme les musée est très en désordre, je crois qu'il ne serait pas prudent d'annoncer tout de suite qu'il n'y a plus de conservateur. Cela pourrait tenter les voleurs. Et je tiendrais à passer l'inventaire au nouveau conservateur, après recensement des objets fais en sa présence."

Le musée des beaux-arts fermera pour une durée dix ans. Le chanoine Sarraute - membre éminent de la Société des Arts et des Sciences - s’inquiète et avec le sens de la formule indique qu’à Carcassonne « Pipette est plus connu que Chardin ». Autrement dit que les Carcassonnais qui ans leur très grande majorité n’ont jamais poussé les portes du musée, connaissent davantage les joueurs de rugby à XIII. Ce n’est pas parce qu’ils ne s’y intéresserait pas, mais parce qu’il n’y a pas de politique pour les inciter à s’y rendre.

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© Musée des Beaux-arts de Carcassonne

"Madeleine", odalisque de Jean Jalabert

M. Vergnet-Ruiz déclara à René Nelli : « J’ai déjà compté dans votre musée 14 toiles dignes du Louvre. » Nous pourrions citer un paysage Van Goyen ou un portrait de Morelsée souvent demandé pour des expositions à l’étranger. Une odalisque (Madeleine) du peintre Carcassonnais Jean Jalabert (1815-1900) inspira Manet pour son Olympia (Musée d’Orsay). On trouvera cette note dans Olympia de François Mathey aux Editions du chêne (1948). La nature morte de Chardin est un véritable chef-d’œuvre dont le Louvre ne possède qu’une copie. Le chanoine Sarraute ajoute à notre descriptif, deux tableaux de Guigou et « un extraordinaire petit tableau « Le guerrier » de Salvador Rosa ».

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En octobre 1967, la ville entreprend enfin la restauration complète du musée. Pierre et Christiane Tarbouriech, deux jeunes architectes, sont chargés des travaux. La première tranche est estimée à 70 millions de francs et c’est l’entreprise Escourrou qui a la maîtrise du gros œuvre. Dans la cave où sera installée la cuve à mazout, on découvre l’amorce du souterrain qui reliait l’ancien Palais de Justice à la prison sous la rue de Verdun. Les fenêtres qui étaient jusque-là murée seront ouverte.
L’inauguration et l’ouverture au public eut lieu le 2 juillet 1971 en présence d’Antoine Gayraud (Maire), de M. Descadeillas (Conservateur). On apprend que les collections du musée s’élèvent à 650 objets d’art, dont seulement la moitié est exposée d’une manière permanente. Durant les travaux, 160 toiles furent restaurées ; certaines au Louvre et d’autres sur place.

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Ces deux portes provenant de l'ancien hôtel de ville rasé en 1933, furent installées au Musée des beaux-arts en 1972. C'est une Carcassonnaise qui les sauva en les tirant des décombres.

"C'était une porte à double battant et sans huisserie, autant qu'il m'en souvienne, en bois sombre très ouvragé avec des motifs en gros relief. Avant les travaux faits au musée, elle était fixée à un mur du premier palier de l'escalier. Mais que sont devenues les autres portes de la mairie ?"

Voilà chers lecteurs tout le travail de recherche et de synthèse que j'ai pu réaliser avec le concours des articles de journaux de l'époque, des guides des collections, du fonds René Nelli conservé aux archives de l'Aude, etc. Ce travail, je vous livre par amour pour Carcassonne et sa culture. Dans quels buts ? Celui de montrer à nos responsables actuels que pour se glorifier du présent, il faut savoir regarder ce qui nous a précédé. Qu'il faut savoir avec humilité s'incliner devant l'héritage que nous avons reçu. Enfin, qu'il faut éviter de préjuger des qualités d'historien d'un artisan passionné de la mémoire locale.

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05/10/2017

Le musée lapidaire de la Cité et son histoire (suite)

Nous l'avons vu dans nos précédents articles, les vestiges archéologiques exposés au musée lapidaire dans le château comtal sont le fruit d'un long parcours du combattant. Enrichie par les érudits de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne, cette collection se trouva d'abord dans une salle du musée des beaux-arts vers 1880, avant que Marcou ne la récupère pour y installer des écoliers. Les vestiges entassés dans la cave durent attendre l'année 1927 pour que la municipalité et le conservateur du musée, M. Pierre Embry, ne décident de créer un musée lapidaire dans la Cité. Nous avons visité ce lieu et nous vous avons exposé notre point de vue sur son état actuel. Si tout le monde s'accorde à ne retenir que la date fondatrice de 1927, le musée lapidaire s'est amélioré et enrichi au milieu du XXe siècle.

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© Chroniques de Carcassonne

Au mois d'octobre 1956, le musée lapidaire fut l'objet d'une rénovation complète grâce aux crédits alloués par le ministère des beaux-arts. Les travaux portèrent sur huit salles, dont trois d'entre-elles furent ouvertes dès 1957. Tout ceci permit d'installer les collections et les pièces que le public put voir pour la première fois depuis 1929. Parmi les trois salles ouvertes au public en 1957 : l'une gallo-romaine et les deux autres consacrées à la sculpture romane et gothique. Dans la grande salle du musée, une magnifique baie offrit aux visiteurs une vue incomparable sur Carcassonne et la ville basse. Sauvés par Raymond Esparseil lors de la destruction de la maison Grassialo sur l'actuelle place de Lettre de Tassigny (Poste centrale), Pierre Embry fit installer ces fenêtres dans le musée en 1957.

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© ec-photos.fr

Dans la salle ronde du donjon, le public admira cette vasque bénédictine provenant de l'abbaye de Lagrasse. Il s'agit de la fontaine d'ablution la plus belle au monde. Elle fut transportée à Carcassonne après la Révolution et vendue plus tard par son propriétaire à la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne pour la somme de 1200 francs de l'époque. La Société la destina au musée des beaux-arts, mais pour les raisons que nous avons évoquées, elle se trouve à la Cité. C'est dire si ce musée lapidaire appartient d'abord aux Carcassonnais et non pas, à l'état qui n'en est que l'affectataire. 

Je fais remarquer à Monsieur G, guide-conférencier de haute instruction, que le l'érudit "auto-proclamé" a utilisé cette fois des photographies provenant d'autres sites internet. Qu'il peut par conséquent dénoncer également leur utilisation auprès Centre des Monuments Nationaux. S'il a du temps, il peut aussi le faire pour les milliers de photographies de la Cité publiées sur la toile. Heureusement que le cerveau ne rétrécit avec la petitesse de l'esprit, on aurait de sacrées déformations morphologiques chez certains.

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04/10/2017

En 1971, la ville reconstruisait un nouveau square Gambetta...

Après la destruction du magnifique square Gambetta en juillet 1944 sur ordre des Allemands, ce jardin avait été réaménagé avec les moyens du bord. Une pelouse, quelques buissons, les monuments rescapés non envoyés à la fonte par l'occupant et un parterre de fleurs. Au moins d'octobre 1970, la municipalité Gayraud lançait le chantier d'un nouveau square, dessiné par l'architecte Henri Castella. L'entreprise Bonnery s'était vue confier la réalisation du projet. Il s'agit d'un plan d'eau de 15000 m2 composé de quatre bassins et une fontaine, selon une géométrie moderne, avec une île au centre du bassin principal. Jeux pour enfants, stand de confiserie et toilettes.

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© Droits réservés

Au mois de juin 1971, les premiers travaux débutèrent avec le creusement des bassins. On ne parle pas des vestiges du couvent qui s'y trouvent dessous. Sans fouilles préventives - comme on savait le faire à cette époque - ces restes durent être fortement dégradés par les coups de pioche. Les travaux prirent du retard durant le printemps 1972 en raison du manque de livraison du matériel et de conditions climatiques déplorables. Au mois d'avril, M. Viéro et les jardiniers de la ville effectuèrent les premières plantations de gazon, d'arbustes et de fleurs.

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© Droits réservés 

Après dix mois de travaux, le square put ouvrir ses portes en juin 1972. La fontaine avec ses 67 combinaisons d'éclairage en couleur alimentées par des projecteurs sous-marins et le jet d'eau furent mis en service trois jours après. L'alimentation des plans d'eau se fit en circuit fermé, grâce à quatre moto-pompes indépendantes. On dut cette réalisation à l'entreprise Arnaud et au travail de MM. Pourcheron et Amiel.

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© Droits réservés

L'entrée par le monument de la Résistance fut dallé sur une très grande surface et on laissa pousser du gazon dans les jointures. A l'initiative de M. Viéro, les fusains furent taillés pour aménager un magnifique parterre de fleurs. Le square s'agrémenta ensuite de cyprès, de géranium et de 3 bouleaux.Square gambetta 1978 2.jpg

© Droits réservés

On fit venir du Calvados, deux couples de cygnes qui firent la joie des enfants. Le dimanche, les parents allaient au square leur jeter du pain. Ces palmipèdes n'étaient pas toujours aimables... Déjà avant son inauguration, le maire Antoine Gayraud s'émut du vandalisme contre ce nouveau square.

Source

Journaux locaux / 1970 à 1972

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03/10/2017

La croix des Justices et son mystère non encore élucidé...

Des travaux effectués entre le 4 et le 10 juillet 1966 pour la mise en place d’un pipeline d’alimentation en gaz de Lacq, mirent au jour un socle en pierre sculpté en bordure de la route de Montréal. Ce vestige armorié à quatre face d’environ 400 kg se trouvait trente mètres en face de l’actuel collège Émile Alain. Dépêchés sur place MM. Albert Blanc et Antoine Labarre, membres de la Société d’Etudes Scientifiques de l’Aude, firent les premiers relevés avant de prévenir M. Bourrely, l’architecte des Bâtiments de France. Celui-ci décida alors de placer le socle à l’intérieur de la cour du Château comtal à la Cité, afin de le protéger. Où se trouve t-il actuellement ? Mystère… Nous avons interrogé la DRAC à Montpellier et le dépôt archéologique du CAML de Carcassonne qui nous ont affirmé ne pas l’avoir en leurs murs. Il n’est pas non plus dans le musée lapidaire de la Cité ; nous l’avons visité la semaine dernière. A moins qu’il ne soit dans les réserves - puisque personne ne veut nous fournir d’inventaire -, ce vestige doit-être considéré comme à ranger dans la liste de nos chers disparus.

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Le socle tel qu'il fut découvert en 1966

C’est le journal l’Indépendant dans son édition du 1er août 1966 qui relate cette découverte, sans plus d’explications. Afin d’en savoir davantage, nous avons cherché dans les bulletins de la SESA si ses inventeurs n’avaient pas rédigé une communication plus approfondie. Grâce à celle-ci nous sommes en mesure, non seulement d’identifier ce socle sur lequel était la croix de 1646 dite « des justices », mais surtout d’actualiser géographiquement sa position sur une carte d’aujourd’hui.

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Le dessin réalisé par Antoine Labarre 

"Les écussons ciselés sur ses quatre faces sont sculptés en relief et creux. Sur la face côté route, dans l’écusson une croix à branches inégales (17 x 21 x 2 cm) et entre chaque branche un croissant de 5 cm.
Sur sa face gauche, côté Carcassonne, au milieu d’un écusson de forme originale, un splendide W, d’un fini étonnant. Sur la face droite, au milieu de l’écusson non moins original, une rosace à huit pétales paraissant retenue par une branche à double courbure ornant le haut. Les blasons de ces deux dernières faces sont en relief de 1,5 cm. Enfin, sur la face derrière un écusson plus stylisé portant la date de 1646 et au-dessous de la date, biaisé sur la droite, en ciselure à peine ébauchée, un fer à cheval. Le dessus du socle de 48 cm de côté, formant un carré régulier, possède au centre un trou carré dans lequel on avait dû sceller au plomb une tige métallique. "

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L'ancienne route royale d'Espagne

C’est en compulsant les plans cadastraux du XVIIIe siècle, qu’Albert Blanc et Antoine Labarre purent déterminer qu’il s’agissait du socle de la Croix des Justices. La route d’Espagne par Limoux bifurquait à l’intersection du chemin de Toulouse à 250 cannes, soit 437 mètres en amont de l’actuel pont de chemin de fer. C’est-à-dire peu après et en face du parc au matériel de la ville, avenue Henri Gout. Ce lieu était appelé autrefois « Les Justices », et l’ancienne caserne (aujourd’hui, parc au matériel de la ville) portait ce nom. C’est donc à la bifurcation de ces routes que se trouvait la Croix des Justices.
Si le socle s’est retrouvé à une centaine de mètres plus loin c’est parce qu’au fil du temps, l’urbanisation à dégagé ce vestige et l’a utilisé comme remblais. 

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La croix à l'endroit où elle se trouvait

Nous avons effectué quelques recherches afin d'enrichir l'exposé de MM. Blanc et Labarre. Le socle semble présenter des armoiries. La famille Gilbert de Voisins (Île de France) possédait le blason présenté avec la croix et quatre croissants : D'azur à la croix engrêlée d'argent, cartonnée de quatre croissants d'or". Le croissant rappelle les croisades et les expéditions contre les Sarrasins. Ainsi, la croix du Pont vieux a t-elle les mêmes attributs que les armoiries sculptées sur ce socle. Les deux V entrelacés ou W figurent sur les armoiries de La Vaupalière (Seine-Maritime) : D'azur à la lettre W capitale d'or". Il existe de nombreuses croix des Justices en France, près desquelles étaient installés des potences pour les exécutions capitales. Route de Montréal, au lieu-dit la Justice étaient installées les fourches patibulaires - précisément à l'endroit du parc au matériel de la ville, qui servit d'abord de caserne en 1913, appelées de la Justice.

 
Si vous avez aperçu cette croix quelque part ou que vous ayez des informations sur les symboles représentés, veuillez nous le communiquer.

Sources

L'indépendant / 1er août 1966 

Antoine Labarre et Albert Blanc / Bulletin SESA / 1966

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02/10/2017

Vieille coutume disparue : La fête du roitelet à Carcassonne

Autrefois, la fête du roitelet se célébrait chaque année à Carcassonne. Jusqu'à la Révolution ce 1793, les habitats des campagnes voisines accoururent à la ville pour accéder à ces réjouissances. Le premier dimanche du mois de décembre, les jeunes gens de la rue Saint-Jean organisaient une chasse à l'oiseau dit roitelet. Armés d'une gaule, ils battaient les buissons à coups redoublés et s'efforçaient de trouver et d'abattre un de ces oiseaux. Celui qui était assez heureux pour y réussir était acclamé par ses camarades qui le proclamaient leur chef ; il devenait roitelet. On rentrait en ville en procession et le nouveau monarque marchait la tête haute, portant au bout de sa gaule l'oiseau qu'il avait abattu. La comédie durait jusqu'à la fin du mois de décembre. Le dernier jour et sur le soir, les fifres et  les tambours se faisaient entendre de toutes parts. Les jeunes gens qui avaient assisté à la chasse au roitelet, allaient prendre Sa Majesté chez elle et l'accompagnaient dans une promenade qu'elle faisait dans toutes les ruesde la ville. Des hommes, portant des torches et des flambeaux, précédaient le monarque qui s'arrêtait à la porte de chaque maison. Les tambours, les fifres et les trompettes retentissaient alors et un des chambellans du roitelet écrivait sur la porte, avec de la craie rouge ou blanche : Vive le roi ! puis il ajoutait le millésime de l'année qui allait commencer. 

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Le jour de l'Épiphanie, ou jour des rois, le roitelet sortait en grand pompe dès 9 heures du matin, le diadème au front, le sceptre à la main, il se drapait dans un manteau de couleur bleue. Ses officiers qu'il avait nommés lui-même l'entouraient et lui donnaient publiquement des marques de leur respect. Une garde d'honneur formée de ses compagnons de chasse l'escortait au son des fifres et des hautbois. L'oiseau qu'il avait tué était porté par un de ses premiers officiers, au bout d'un long bâton, et les jeunes filles de Carcassonne se dépouillaient ce jour-là de leurs plus beaux rubans que les gardes du roitelet suspendaient au rameau d'olivier qui surmontait la royale bannière. 

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Suivi de ce cortège le roitelet se rendait à l'église Saint-Vincent. Assis sur un petit trône au milieu du chœur, entouré de ses ministres et de sa garde, il assistait à la grand messe. Aussitôt que la cérémonie était terminée, le monarque, dont le règne allait finir, se dirigeait vers le palais épiscopal et rendait visite au premier pasteur de Carcassonne. Les magistrats, le maire et autres fonctionnaires publics recevaient le même honneur du roitelet, qui ne manquait pas de leur présenter un petit bassin où ils déposaient leurs offrandes. Le cortège royal recevait ainsi une assez forte somme d'argent, le roi n'exigeant aucun tribut de ses sujets. Tout était employé aux frais d'un festin somptueux à la suite duquel on dansait à la lueur des flambeaux. Ainsi se terminait le règne heureux et paisible du roitelet qui abdiquait sans regret sa couronne de fleurs et son innocente et joyeuse royauté.

Source

Auguste Ditandy (1826-1902), inspecteur d'Académie.

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