10/04/2017

Le mausolée romain du hameau de Montredon: une pépite enfouie depuis 9 ans!

Au début de l'année 2008, lors d'un sondage archéologique préventif sur un terrain de 2ha situé sur le hameau de Montredon destiné à être transformé en zone pavillonnaire, les chercheurs vont faire une extraordinaire découverte.

3150416480.jpg

L'unique mausolée de l'Empire romain en grand appareil (16m2) découvert en Gaule jusqu'à aujourd'hui. Selon l'INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives), il aurait été édifié pour servir de sépulture au premier colon envoyé par Rome pour administrer Carcassonne entre 50 et 40 avant J-C. La pierre verticale servait à obstruer l'entrée du temple.

4139576065.jpg

La datation a pu être réalisée en partie grâce à la découverte de la base d'une colonne de brique en quart-de-rond. En effet, cette technique était utilisée à Rome dès le 1er siècle avant J-C et seulement en Gaule, au 1er siècle après J-C. L'INRAP en déduit que le concepteur l'a importé pour bâtir le mausolée entre 40 et 50 avant notre ère.

4287251941.jpg

Avec les parties restantes éparpilées sur le terrain, on a tenté de reconstituer l'aspect primitif du mausolée. Etait-ce un temple? Les éléments d'ornementation accréditent plutôt la thèse d'un mausolée de type turriforme (Comme une tour).

352492320.jpg

Les blocs de gré font environ 700kg chacun. Ils ont été assemblés par un système de levage dit à la louve.

3960808388.jpg

A l'est et en bordure du mausolée passait une voie publique pour que l'on puisse l'admirer.

2861866444.jpg

A l'ouest, s'élevait une villa romaine.

2916069918.jpg

Un puits

3918113405.jpg

Cette découverte unique a fait grand bruit en 2009: reportages télévisés, articles dans la presse locale et scientifique, journée ouverte au public, commentaires des élus...etc. Et quatre ans après ?

2553781060.JPG

Voici ce qu'il en reste... Il semblerait qu'un tel héritage soit devenu très difficile à gérer, aussi sur les conseils des scientifiques la ville de Carcassonne a enfoui le site archéologique. Il n'a pas disparu, mais pour le préserver des pilleurs, taggers et autres vandales, c'est désormais une friche. La ville a gelé le terrain où est situé la construction, qui est par ailleurs municipal. Le lotissement devait accueillir en son sein dans un espace préservé ce mausolée, mais la ville lui cherche depuis neuf ans une meilleure exposition. Entre-temps, on a trouvé de la place pour l'exposition des supermarchés ! Reste encore à lui trouver un nouveau site et étudier techniquement la possibilité de le démonter pour le bâtir ailleurs. On avait pensé au square Gambetta, mais l'intérêt historique ne risque t-il pas d'être altéré à des fins purement touristiques ? Et puis, les hameaux ont aussi le droit d'avoir leurs visiteurs... Bon allez, rendez-vous dans mille ans !

patrimoine

En attendant, tout autour du site archéologique, un bailleur social a construit 51 logements HLM. L'ensemble des vestiges de l'ancienne voie romaine a été écrasé. Au milieu de ces maisons, se trouve désormais une friche sous laquelle est enfoui le mausolée. Autant dire que c'est maintenant lui le gêneur... Dans n'importe quelle autre ville, on l'aurait mis en valeur. Oui, mais c'est Carcassonne !

http://www.inrap.fr/un-mausolee-romain-carcassone-9450

Article mis à jour le 10 avril 2017

_________________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2017

08/04/2017

Que devient la maison de l'historien Gustave Mot (1885-1979) ?

Qui connaît ou à entendu parler de Gustave Mot à Carcassonne ? À dire vrai trop peu de personnes, mis à part les historiens locaux. Pourtant, cet employé à la SNCF fut toute sa vie un passionné de sa ville. Une espèce d'autodidacte qui nous laissa un ouvrage sur l'histoire de la ville basse.

2075726381.jpg

Mot fait partie de cette armée des ombres, qui a travaillé et travaille encore bénévolement pour l'amour de l'histoire locale. Un très grand nombre d'entre-eux n'ont jamais suivi de cursus universitaire, mais la passion qui les anime renverse tous les préjugés sur leur capacité de recherche. Ils connaissent les moindres recoins de la ville et apportent aux plus érudits, un savoir indispensable à leurs travaux.  

3145843216.jpg

À sa mort en 1979, Gustave Mot a légué à la ville de Carcassonne sa maison située aux numéros 89 et 91 de la rue Jues Sauzède. Pendant de nombreuses années, elle fut occupée par le GARAE avant son installation dans la rue de Verdun. Cette maison appartient aujourd'hui à un particulier ; cela signifie t-il que la ville ou le département s'en est dessaisi ? Y avait-il une clause testamentaire du défunt qui indiquait ce que devait devenir ce bien ? On ne le saura certainement pas, mais quel manque de respect pour la mémoire du défunt !

1792283227.jpg

L'imposte au dessus de la porte d'entrée de la maison de Gustave Mot

Cette demeure a une histoire et surtout un véritable cachet. Joë Bousquet en fit une description précise lorsqu'il la visita. Nous avons retrouvé des photographies de son intérieur.

gustave mot

"Sur les murs, au plafond, dans les coins se dressaient des draperies, des bibelots, des meubles, tous de style Charles X, et si richement ornés de sphinx, de lions, de dragons que cette profusion d'appliques, donnait à l'ensemble la physionomie d'un décor chinois. Plus loin s'ouvrait une autre galerie, tapissée de noir et coupée de grecques rouges, elle offrait le spectacle d'une espèce de tombe étrusque extrêmement bizarre. Sans oublier un buste de Manon, sculpture en bois due à Gustave Mot, que l'on aurait dit surprise lors d'un chant, bouche ouverte, au moment où la voix module les notes les plus hautes. A l'arrière enfin régnaient les jardins aux murs incrustés de mosaïques et de symboles, où les fûts de colonnes antiques gênaient parfois la marche vers d'éclatants arbustes, orangers et citronniers, qui devaient leur vigueur et leur couleur au sang que chaque jour l'érudit allait recueillir pour eux auprès des abattoirs."

(Les Audois / 1990)

gustave mot

Les vitraux

gustave mot

Le jardin de l'orangerie

Comment a t-on pu laisser partir ce patrimoine ?

Capture d’écran 2015-12-02 à 07.47.40.png

Une rue et un impasse portent le nom de Gustave Mot, derrière le cimetière La Conte.

_________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2017

05/04/2017

Anniversaire du blog "Musique et patrimoine de Carcassonne"

Le 5 avril 2013, après avoir clôturé l'ancien blog "Histoires de Carcassonne" en raison des attaques calomnieuses dont il était l'objet, naissait "Musique et patrimoine de Carcassonne". C'est donc le quatrième anniversaire des chroniques consacrées à l'histoire de notre belle ville. Nous ne retracerons pas le chemin parcouru, chacun le connaît au travers des actions qui ont été menées et des articles rédigés. Je voudrais vous remercier pour votre fidélité. Si je ne peux pas voir s'afficher sur vos visages la satisfaction que vous procure la lecture quotidienne du blog, ni recueillir physiquement vos témoignages de gratitude, j'ai conscience de l'intérêt qu'il suscite chez vous. N'oubliez pas quelques fois de poster un commentaire, c'est le seul carburant qui encourage cette machine à poursuivre son action.

cake-topper-joyeux-anniversaire.jpg

04/04/2017

Le charivari. Qu'es aco ?

Voilà une coutume héritée du Moyen-âge et qui se pratiquait encore dans certains villages jusqu'au milieu du XXe siècle. Imaginerait-on faire Le charivari aujourd'hui ? Les moeurs ayant considérablement évolués, il faudrait sans doute en faire un toutes les heures. La tradition nous allons le voir n'a pas que de bons côtés lorsqu'elle se mêle de la vie privée d'autrui...

4_charivari07.png

"Selon les lieux, on organisait le charivari pour les filles-mères, les concubines qui régularisent leur situation, les vieilles femmes qui se marient, les hommes âgés qui épousent une jeune fille, l’époux qui célèbre ses troisièmes noces, l’étranger qui se marie sans payer le vin à la jeunesse, le ménage qui n’a pas d’enfant au bout d’un an. Adultères, mariages mal assortis, retour au foyer d’une épouse volage trop facilement absoute par un mari un peu trop compréhensif: tout ceci était dénoncé sans pitié par la jeunesse. (L'abeille de la Ternoise)

Capture d’écran 2017-04-04 à 10.14.11.png

Selon les régions, un cortège de jeunes gens grimés accompagnés par des bruits de casseroles, de cloches ou de poêles allaient perturber leurs victimes. Afin d'arrêter ce charivari, la solution était de payer les meneurs, soit en argent, soit en nourritures et surtout en vin. Cela ne marchait pas toujours et il y eut des cas où la réception se fit à coup de fusil de chasse.

___________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

03/04/2017

Carcassonne a t-elle oublié sa soeur Mosellane de Lorry-lès-Metz ?

Nous l'avons vu dans un précédent article, le département de l'Aude a accueilli un très grand nombre de réfugiés d'Alsace-Lorraine en 1940. Annexés à l'Allemagne hitlérienne, les habitants des communes de cette région française n'ont pas eu d'autres choix que de fuir. Le nettoyage ethnique des nazis s'opéra en cherchant à remplacer les Mosellans par des Germains. L'école Jean Jaurès de Carcassonne servit de point de regroupement, à partir duquel les familles furent renvoyées vers différents villages : Conques sur Orbiel, Pexiora, Bram, Montréal d'Aude, etc..

http://musiqueetpatrimoine.blogs.lindependant.com/archive...

LES LORRAINS A CARCASSONNE EN MARS 1942.jpg

Les Alsaciens-Lorrains à Carcassonne en mars 1942

Ces familles sont restées dans l'Aude jusqu'à la fin de la guerre. A jamais dans leur coeur, l'accueil des Audois demeura exemplaire de générosité malgré les restrictions. Ils travaillèrent dans les champs, les enfants allèrent à l'école du village et s'intégrèrent parfaitement tout en gardant leurs coutumes. Certains se marièrent avec des femmes du pays et d'autres y restèrent. Des liens de fraternité se tissèrent mais les générations passent et le temps fait son oeuvre. Que reste t-il de ces souvenirs ?

Cérémonie Monument aux morts de Carcassonne. 3 Décembre 1944.jpg

Le 3 décembre 1944, les Mosellans de Carcassonne fêtèrent la libération de Metz et de Strasbourg lors d'une cérémonie au monument aux Audois, place Davilla. En réalité, Metz est encore sous le feu des forts qui entourent la ville côté ouest et où résistent encore les Allemands. La ville ne sera "nettoyée" que vers le 15 Décembre, alors qu'elle est libérée depuis le 28 Novembre 1944.

018.jpg

Cérémonie d'adieu des Alsaciens-Lorrains

Fin avril 1945, les Mosellans déposent une plaque au monument aux morts de Conques-sur-Orbiel et devant les tombes des maquisards de Trassanel. C'est un marbrier de Conques qui l'a faite, mais il n'a pas voulu être payé. 

016.jpg

Famille Mosellane à Conques-sur-Orbiel pour les adieux

2200003921.jpg

Le 1er mai 1945, en présence du préfet et des autorités civiles et religieuses de l'Aude, une plaque est dévoilée au pied de la statue de Jeanne d'Arc, boulevard Barbès. Les réfugiés d'Alsace-Lorraine remercient les Audois pour leur accueil.

111779695.jpg

Cette plaque avait été déplacée en même temps que la statue de Jeanne d'Arc sur le parvis de la cathédrale Saint-Michel. Aujourd'hui, des travaux sont en cours à cet endroit. La statue et la plaque ont été récemment enlevées pour réhabiliter le jardin. Nous avons signalé aux services municipaux ces témoins de l'histoire et la plaque devrait être remise en place.

Drapeau Lorry les Metz 2 copie.jpg

Au cours des cinquante dernières années, Carcassonne et Lorry-lès-Metz ont perpétué le souvenir de leur tragique destin. Le maire de la commune Mosellane est venu avec une délégation à la fin des années 1970 participer à une cérémonie à Carcassonne. On aperçoit M. Antoine Gayraud, le maire de notre ville.

Drapeau Lorry les Metz 3.jpg

Les autorités de Lorry-lès-Metz déposent une gerbe au pied de Jeanne d'Arc et de la plaque de 1945, dans le jardin du parvis de la cathédrale Saint-Michel.

Capture d’écran 2017-04-03 à 11.01.18.png

Aujourd'hui, les liens se sont distendus entre les deux communes. Pourtant, à 900 km d'ici, nous avons remarqué que Lorry-lès-Metz possède une rue de Carcassonne. L'inauguration du nouveau jardin sur le parvis de la cathédrale St-Michel serait une formidable occasion de réunir encore nos deux villes. Pourquoi donc ne pas inviter une délégation de la ville de Lorry-lès-Metz ?

http://musiqueetpatrimoine.blogs.lindependant.com/archive...

_____________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

01/04/2017

La visite des petits-fils du roi Louis XIV à Carcassonne en 1701

De retour d'Espagne où ils accompagnèrent leur frère le duc d'Anjou - plus connu sous le nom de Philippe V d'Espagne - les deux princes s'arrêtèrent à Carcassonne entre le 20 et le 22 février 1701. Il s'agissait pour Charles de France (1686-1714), duc de Berry, et son frère Louis de France (1682-1712), duc de Bourgogne, d'un voyage pédagogique afin de découvrir le royaume.

Duc de Berry.png

Charles de France

Après avoir déjeuné à Alzonne et laissant Pennautier sur la gauche, ils avaient traversé le Canal du Languedoc à l'écluse de Foucaud. Imaginons l'escorte de 1500 chevaux tirant carrosses et chariots, se présentant à quatre heures de l'après-midi du 20 février 1701, à la porte de Toulouse. Près de 1200 gentilshommes en armes les y attendaient. La porte de Toulouse était située à l'entrée de la rue Mage (rue de Verdun), côté place Davilla.

Duc de Bourgogne.jpg

Louis de France

 C'est à l'hôtel de Poitiers (actuel collège A. Chénier) que furent menés les deux princes. L'évêque de Carcassonne Mgr de Grignan, le beau-frère de Madame de Sévigné, y avait sa résidence d'été. Le grand-père des deux adolescents y avait séjourné en 1759. Nous avons déjà écrit un article à ce sujet.

maxresdefault.jpg

Hôtel de Poitiers, rue de Verdun

Le lendemain, ils assistèrent à la messe en l'église Saint-Vincent après qu'ont leur eût présenté l'eau bénite. Ils entendirent également le discours d'un quart d'heure prononcé en guise de bienvenue.

"Ils ne furent point à l'église des Dominicains fondée par Saint-Louis  et qui avait un des manteaux royaux de ce prince, lequel manteau ils ont eu la folie de découper pour en faire des chasubles."

Dans l'après-midi, il visitèrent Carcassonne sans toutefois se rendre à la Cité, jugée inintéressante. La Manufacture Royale de la Trivalle eut les honneurs de leur présence devant près de mille personnes au travail. Les deux princes teintèrent même une pièce de 60 aunes chacune, ce qui leur procura beaucoup de plaisir.

manu.jpg

La manufacture royale de la Trivalle

"Les rues sont larges (pour l'époque) et tirées au cordeau, en se traversant en carré. Les maisons n'ont pas un bel extérieur mais elles sont propres (jolies) en dedans. Au milieu de la ville, il y a une grande place, qui est gâtée par la halle qu'on y a bâtie. On voit dans cette place une fontaine élevée en rocher, d'où il sort plusieurs jets d'eau, aussi bien que six chevaux marins en pierre, qui sont autour du rocher dans le bassin qui l'environne." (Journal du duc de Bourgogne)

Avant le départ, au matin du 22 février 1701, les deux frères entendirent la messe au couvent des Cordeliers puis repartirent en barque par Trèbes. Le duc de Bourgogne remarqua en passant l'aqueduc de l'Orbiel. A Azille, on les reçut avec "un petit feu de joie et une illumination". La barque royale avait été préparée par Pierre Paul Riquet ; on y servit un splendide repas.

Ce n'est qu'en Avril qu'ils regagnèrent Versailles. Ils moururent en 1712 et 1714 laissant le trône à l'arrière-petit-fils de Louis XIV. 

Source

Une visite princière à Carcassonne / Léon Charpentier / Bonnafous 1901

__________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017