06/06/2017

L'Œuvre de la Miséricorde : Un bureau de charité oublié des Carcassonnais

On pourrait résumer l'Œuvre de Miséricorde dans la religion chrétienne, aux paroles contenues dans le chapitre 25 de Saint-Matthieu :

"Donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts."  

Au fil de nos études sur ce blog, nous constatons le désintérêt des chercheurs locaux pour l'histoire religieuse de Carcassonne. Aussi, lorsque nous avons voulu enquêter, ce n'est pas dans les livres contemporains de notre époque que nous avons trouvé des informations. Alphonse Mahul dans son Cartulaire, nous apprend que l'Œuvre de la Miséricorde fut fondée vers 1680.

"Légalement instituée par Lettres patentes du 20 novembre 1739 enregistrées au parlement sous dénomination Bureau de charité, l'oeuvre jouissait d'une entière indépendance à l'ombre des Jésuites du Collège."

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Les sept oeuvres de miséricorde

A Carcassonne, il s'agissait d'une espèce de bureau de bienfaisance dirigé par des Dames de la ville. En 1739, Monseigneur de Bezons - Evêque de Carcassonne - s'occupa du bureau des dames de la Miséricorde pour leur donner des règlements, qui devaient placer ce bureau sous son autorité. Jusque-là, il jouissait d'une indépendance relative puisque ce sont les Jésuites qui assuraient la formation des dames, tout en exerçant leur influence sur elles. Cette dépossession ne fut pas une petite affaire. Les Dames qui composaient le bureau de la Miséricorde résistèrent par voie de droit. Ce n'est que par lettre de cachet du roi en date du 16 juin 1760 qu'elles durent se soumettre.

"De part le Roy. S.M. ordonne à la veuve Pinel, l'une des Dames de l'Œuvre de Miséricorde à Carcassonne, qu'aussitôt qu'elle aura connaissance du présent ordre, elle ait à remettre au bureau dudit Œuvre de la Miséricorde, généralement tous les papiers, actes et titres qu'elle en a déplacés, et ce à peine de désobéissance."

Depuis lors, les Dames de la Miséricorde qui se réunissaient au Collège, chez les Jésuites, se réunirent à l'Evêché.

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En 1842, l'œuvre devint l'Orphelinat des filles de la Miséricorde et s'établit dans la rue de la liberté. Connu également sous le nom d'Œuvre des orphelines, il est tenu avec les sœurs de la charité de Saint-Vincent-de-Paul. Le 10 février 1862, les Dames patronnesses de l'Œuvre de la Miséricorde entendent le discours de Mgr de la Bouillerie dans la chapelle de la Miséricorde de l'église Saint-Vincent. En 1896, l'orphelinat reçoit des filles légitimes de 6 à 12 ans, orphelines ou semi-orphelines indigentes de la ville et de l'arrondissement et les garde gratuitement jusqu'à 21 ans. Il peut offrir 51 places. Il existe dans Carcassonne la Maison de la Providence (à Sainte-Gracieuse) qui reçoit les filles orphelines dès 4 ans. Pour les garçons, il existe l'Hôpital général, l'orphelinat de Millegrand (Fondé à Trèbes en 1873 et dirigé par les Sœurs de la Présentation de la Vierge) et celui de Limoux (Frères des Ecoles chrétiennes).

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L'ancien bâtiment de l'Œuvre des Orphelines se trouvait contre le bastion Saint-Martial, face à l'actuel restaurant Chez Fred. Sous l'Ancien Régime, le bastion prit le nom de la Miséricorde. A l'intérieur de celui-ci, se trouvait le jardin des Sœurs de la Charité. Les bâtiments de l'orphelinat ont été rasés par la ville en 1974. Ils ont permis de dégager les vestiges de l'ancien rempart de la ville basse.

Sources

La France charitable et prévoyante / N°1 / 1896

Cartulaire / Mahul / Vol 6 (1ère partie)

L'assistance publique à Carcassonne / Thèse de doctorat / Ch. Boyer / 1919

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Depuis 50 ans, ce mobilier urbain qui n'a pas changé dans Carcassonne...

Il y a exactement 53 ans, la municipalité de Carcassonne faisait procéder à l'élargissement du Pont neuf et de l'avenue du général Leclerc, afin de supprimer un goulot d'étranglement à cet endroit. Le pont réalisé en 1844, devenu trop étroit pour la sécurité des automobilistes et la fluidité du trafic, allait connaître une véritable cure de jouvence. Le montant total de l'opération avoisinait les 1 400 000 francs.

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Les travaux en 1964 sur le Pont neuf

Ainsi que l'on peut le voir à gauche sur la photo ci-dessus, on fit passer les câbles électriques sous le nouveau tablier en béton. Pour quelle raison ? En 1961, la ville avait engagé en plusieurs tranches, la mise en éclairage public de l'avenue Leclerc depuis le square Gambetta. Les vieux Carcassonnais se souviennent encore qu'avant 1964, seul l'astre lunaire faisait office de réverbère. Des lampadaires modernes et du plus bel effet pour l'époque, allaient enfin illuminer leurs soirées d'hiver. A Carcassonne, on aime visiblement conserver les vestiges urbains des Trente glorieuses. 

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Le nouvel éclairage public vers le Pont neuf

On remplaça donc les vieux candélabres par des lampadaires de 125, 250 et 400 watts. Montant total de l'opération, près de 1 500 000 francs. Ce qui peut nous paraître extraordinaire, c'est qu'après 53 ans on n'ait pas changé ce vieux mobilier urbain. 

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Aujourd'hui, les lampadaires de 1964 sont toujours en place depuis le Pont neuf jusqu'en haut de l'avenue Leclerc. Certes, me direz-vous, mais s'ils fonctionnent à quoi bon les changer ? Il se trouve que cette avenue qui devrait être magnifique, est tout simplement notre entrée de ville depuis Narbonne. Celle par laquelle les touristes transitent, lorsqu'ils quittent l'autoroute à Trèbes pour accéder au parking Gambetta. Celle où ils admirent la Cité depuis le Pont neuf... Bref, c'est toute l'avenue qui devrait être repensée car sa perspective n'a rien d'engageante. Surtout, elle donne d'entrée une image vieillotte de la ville, classée à l'UNESCO. Ne parlons même pas des lauriers roses, en guise de végétalisation afin de séparer les deux voies en leur centre. A part masquer, un radar à 50 km/h...

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Vu sur le Pont neuf élargi en 1964

En même temps que l'on élargissait le pont, la ville créait une voie d'accès vers la Trivalle. Le café Calmet et autres artisans furent priés de partir et l'on fit l'actuelle place Gaston Jourdanne. Là encore, on devrait rendre un peu plus chatoyant cet endroit où l'anarchie du stationnement, donne un fâcheuse impression sur le touriste. Rien n'y a été entrepris depuis 53 ans.

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La place Davilla en 1973

Comme nous sommes un peu taquin, nous avons fait le même constat place Davilla. Tiens ! Les lampadaires de 1964. La place qui comprenait une espèce de rond-point en son centre, venait d'être repensée en 1973.

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Si le lampadaire au premier plan a été remplacé il y a deux ans, pour quelles raisons conserve t-on encore celui (plus haut) sur la place où se trouvent les commerces ? Un peu d'homogénéité n'aurait pas fait de mal. Combien de temps, faudra t-il encore attendre pour que ceux de l'avenue Leclerc soient enfin changés ? Si notre petit article pouvait seulement faire avancer un peu les choses...

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05/06/2017

En 1982, la ville procédait à la rénovation des halles

La rénovation des halles de Carcassonne s'étala sur une dizaine d'années, d'une manière progressive. En 1977, à la réfection de la toiture et de la couverture en cuivre s'ajoutent celle de l'espace intérieur et la mise en place de fermeture. Le coût des travaux s'éleva à 1 600 000 francs. En 1980, c'est le toit de la halle aux grains qu'il fallut refaire pour 150 000 francs.

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La façade des halles en 1982

La rénovation de la halle à la boucherie entraîna 2 500 000 francs de dépenses prises en charges par l'état à hauteur de 700 000 francs.

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L'intérieur des halles en 1982

C'est à l'architecte Durand-Roger que fut confiée la restauration extérieure et intérieur du bâtiment. Les entreprises Escourrou, Gleizes, Nacenta, Société charpente Sopib, Jeanson, SCREG... participèrent à ce chantier. 

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Plan dressé par l'architecte Durand-Roger

Inaugurées en grandes pompes par Fernand Ancely en février 1983, ces nouvelles halles devaient améliorer la dynamique commerciale du centre-ville. La construction d'un passage couvert de la rue Aimé Ramond vers la rue de Verdun participait à cette révolution architecturale, sans altérer la qualité du bâtiment classé monument historique.

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Sous la halle à la boucherie en 1977

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Louis Bonhoure, boucher chevalin

 Courant de l'année 2006, de nouveaux travaux de mise en conformité et d'aménagements souhaités par le maire G. Larrat, donneront l'aspect actuel aux halles de Carcassonne. Reste encore à trouver une passerelle commerciale dynamique entre le marché du samedi place Carnot et la vieille dame...

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Les tripiers Sautel en 1977

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01/06/2017

Henri Castella, cet architecte Carcassonnais qui dessina La Grande Motte

Au gré de nos recherches multiples et variées, nous avons découvert le nom d'un Carcassonnais qui marqua de son empreinte, l'histoire architecturale du XXe siècle dans notre région. Comme toujours chez nous, on oublie sans s'intéresser vraiment aux grands hommes de notre temps. Henri Castella, né en 1921 à Carcassonne occupait dans les années 1950 la fonction d'architecte départemental. On lui doit dans la capitale audoise les logements HLM de St-Jaques - Le Viguier, le Square Gambetta dessiné selon ses plans en 1973, la salle du Chapeau rouge (rue Trivalle)... On se souvient sans doute des canaux avec les cygnes et de la fontaine en béton. Tout ceci disparut en 2003 lors de la construction du parking souterrain Gambetta.

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Le Grand voilier lors de sa construction en 1970

La Grande Motte est conçue à partir de 1960 selon les dispositions ministérielles de la Mission Racine, visant à développer le littoral de la Méditerranée. L'architecte Jean Balladur se voit confier le chantier de La Grande Motte et de Port Camargue. Autour de ce projet, Henri Castella et Pierre Lafitte aménageront l'embouchure de l'Aude ; Georges Candillis (Barcarès-Leucate), Raymond Gleize et Edouard Hartané (Gruissan), Jean Lecouteur (Cap d'Agde). 

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Le Reymar, 220 place des Tritons (1970)

Henri Castella dessina les plans de quatre immeubles de La Grande Motte, tous d'une hauteur de 33 mètres : Le Reymar, Le Grand voilier, Le Babylone et l'Impérial. Or, l'architecte Carcassonnais n'est jamais cité comme contributeur à ce "Patrimoine du XXe siècle".

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Le Babylone (1969)

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L'impérial

Dans les années 60, Henri Castella avait son cabinet d'architecte dans la rue de l'Aigle d'or. Il déménagea ensuite au 65, rue de Verdun. Il possédait une résidence à Montréal d'Aude avec des chevaux et s'était lié d'amitié avec l'acteur Philippe Noiret. 

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Toutes les maisons de ce type au Viguier sont l'œuvre d'Henri Castella

Sources

L'aventure balnéaire de la Grande Motte de Jean Balladur / Ed. Parenthèses

Mémoire Cavalière / P. Noiret / R. Laffont / 2007

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31/05/2017

Charles de Gaulle en visite à Carcassonne chez son ami le colonel Soulet

Le colonel Fulcran Soulet, qui après la débâcle de 1940 aurait aimé rejoindre de Gaulle à Londres, en fut empêché par sa période captivité à Soest puis par le décès de son épouse ; elle le laissa avec cinq enfants. En 1943, il prend sa retraite à Carcassonne et y demeure jusqu'à son décès. Ce n'est qu'en 1947, au moment où le général de Gaulle fonde le R.P.F (Rassemblement du Peuple Français) que Fulcran Soulet reprend contact avec celui qui fut son grand ami de promotion à Saint-Cyr. Le Major de celle-ci fut Alphonse Juin, futur maréchal de France dont on connaît les exploits en Italie. Le général de Gaulle qui ne manquait pas d'humour parfois un peu caustique disait lorsqu'on l'interrogeait sur son ancien camarade : "Juin. Mais de quelle année ?" En effet, tous ces hauts gradés de 1940 n'avaient pas de suite suivis les pas du grand Charles. Qu'importe ! 

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Le général à Carcassonne en 1952

Le colonel Soulet qui habitait dans la rue Aimé Ramond (N°15) reçut son légendaire ami chez lui, au moment où celui-ci lançait le mouvement RPF ; Fulcran Soulet en était le délégué départemental. 

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La maison de F. Soulet où fut reçut Charles de Gaulle

De Gaulle m'avait donné rendez-vous à trois kilomètres de Perpignan, sur la route venant de Narbonne. J'y étais à l'heure prévue (9 h) avec ma voiture dans laquelle avait pris place mon compagnon Romersa. L'auto de De Gaulle était là, lui-même près du chauffeur et Mme de Gaulle à l'intérieur avec le colonelde Bonneval. Après les salutations d'usage, nous rejoignons un groupe de compagnons que le chef très dynamique M. Fa, a rassemblés dans un cinéma. Après la séance, sans contact avec la population catalane, nous prenons la route de Quillan par Saint-Paul-de-Fenouillet où j'ai fait préparer un repas de midi pour cinq personnes : Mme de Gaulle, son mari, de Bonneval, le chauffeur et moi-même. À l'entrée du village, quelques gendarmes et une trentaine de curieux sont sur la route. Je m'arrête au pied de l'escalier qui conduit à la salle de restaurant, mais de Gaulle, qui a mis pied à terre, m'interpelle : « Comment ? ? mais tu m'as « foutu » une tournée électorale ? ? — Pas du tout ! lui dis-je, j'ai prévu une halte-repas, les couverts sont mis là-haut!» et je lui montre l'escalier. « Jamais de la vie ! grogne-t-il : on ne s'arrête pas ! achète-nous un peu de pain, quelques tranches de jambon, un litre d'eau minérale, et nous déjeunerons sous un sapin, un peu plus loin sur le bord de la route ! » — « Soit ! ».


Me voilà parti au village voisin (Caudiès) où j'achète le nécessaire plus un couteau, car de Gaulle n'en a sûrement pas ! Au retour, le Général, qui n'a pas quitté sa voiture, me remercie. Je lui souhaite bon appétit en ajoutant: « je te retrouverai sur la route, car, avec mon compagnon, nous allons déjeuner au bistrot de Pradelles ».


Vers midi, nos deux voitures sont de nouveau réunies sur la route de Quiltan où une surprise nous attend. Le commandant de gendarmerie de l'Aude m'aborde à l'entrée du gros bourg. « Une foule vous attend sur la place, me dit-il et la salle toute proche du cinéma « Le Familia » est pleine à craquer ». « Qu'est-ce que je vais prendre ! dis-je à Romersa. De Gaulle a mis la tête à la portière et paraît furieux ! « C'est bien la réunion électorale que je redoutais », me dit-il. « Pas du tout ! » ai-je répondu, c'est tout simplement la population de la haute vallée de l'Aude qui veut voir de Gaulle ! et le cinéma d'en face est bondé ! Il faut t'y faire ! ». À ce moment précis, l'attitude du Général change subitement et son visage devient souriant. Il descend de voiture et je le conduis à travers la foule (un vrai bain !) jusqu'au cinéma où j'ai fait réserver une loge pour Madame de Gaulle. Tout à fait détendu, il traverse la salle sous les applaudissements des assistants debout et décoiffés. Il refuse de monter sur la scène : « Je suis assez grand... et la scène est vide!» — Au premier rang, le conseiller général de Belvis qui m'avait demandé d'être présenté à de Gaulle. Dès que mon ami lui tend la main, voilà mon élu local qui fond en larmes, sanglote et ne peut prononcer un seul mot ! « Mais qu'est-ce qui vous arrive, lui dit le général, il n'y a pas de quoi pleurer ! au contraire ! » — Mais le conseiller ne peut maîtriser ses larmes et de Gaulle l'abandonne pour une courte allocution frénétiquement applaudie.


La tournée se poursuit jusqu'à Carcassonne où une foule moins dense (car les élus sont moins chauds) nous attend dans mon jardin privé. Nouvelle allocution sous une pluie battante qui nous oblige à nous abriter au salon pendant que Madame de Gaulle bavarde dans la pièce voisine avec quelques amies. Après un frugal casse-croûte, j'accompagne le Général et sa suite jusqu'à Saint-Ferréot d'où ils partiront demain pour Paris.


Est-ce dans la vallée de l'Aude que le général de Gaulle affronta son premier grand « bain de foule » ?

(Deux camarades de promotion : quelques souvenirs sur Charles de Gaulle, Espoir N°18, 1977)

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Fulcran Soulet

Les autorités Carcassonnaises ne seraient-elles pas bien inspirées de signaler par une plaque sur la façade de ce n°15, la présence en ce lieu du général de Gaulle ? La Fondation Charles de Gaulle où j'ai puisé ces renseignements y serait sans doute sensible.

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30/05/2017

Un criminel de guerre nazi au château du parc de Capendu

Au début de l'année 1944, les Allemands craignent qu'un débarquement des alliés ne s'effectue par la côte Languedocienne. Le 12 janvier, à la Milice de Carcassonne on apprend par le chef de cabinet du préfet de l'Aude que la côte est en cours d'évacuation. Les villes de Sigean, La Palme, La Nouvelle, Leucate sont frappées par cet ordre qui sera effectif le 15 février 1944. Les généraux Allemands Blaskowitz (commandant la Première armée), Wiese (commandant la 19e armée), Rommel (commandant le groupe d'armée B) et Von Rundstedt (commandant en chef du front Ouest), inspectent cette côte. 

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Generalfeldmarschall Gerd von Rundstedt

La Résistance est au courant grâces aux informateurs du réseau Gallia, dirigés dans l'Aude par Maurice Jean. Le commandant des gardes-voies, Froly, fournit des fiches techniques sur les ouvrages d'art ; 400 points sensibles sont ainsi répertoriés. Maurand, un entrepreneur du sous-secteur de Leucate, se fait embaucher pour la construction de blockhaus et relève les plans des fortifications. On compte également de nombreux employés de la SNCF qui surveillent les mouvements de troupes. Emmanuel Gabarros, monteur de lignes aux PTT de Narbonne, se distingue en s'approchant assez près du logement du général commandant une division allemande récemment arrivée pour distinguer sur les chemises de l'officier ses initiales. Ceci permit l'identifier ainsi que son état-major et sa division : le général Richter.

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Le château du parc à Capendu

A Capendu se trouve le Quartier Général du 4e corps d'armée allemand commandé par le général Erich Petersen (1889-1963). Il est réparti entre quatre châteaux du lieu. C'est dans l'un de ceux-là que vit la comtesse Van Wyhe, dite Camille, ancien agent de l'Intelligence Service en Hollande pendant la Grande guerre. Pour la bonne cause, la comtesse se lie avec un officier supérieur allemand auprès duquel elle soutire des informations pour le réseau Gallia.

"Chaque jour, le courrier circule entrer les quatre châteaux par les soins d'un soldat allemand. Ce soldat, un Autrichien anti-nazi, travaille pour le réseau Gallia pour qui il est Frédéric. Seuls la comtesse et Maurice Jean sont au courant de ce double-jeu. Les documents passent d'abord chez la comtesse qui les photographie avant qu'ils n'atteignent leurs destinataires. Frédéric n'accepta jamais de récompense. Il voulait seulement rentrer chez lui. Le réseau dispose également de deux informateurs allemands dans ce sous-secteur.

En 1944, un Oberleutnant, commandant un groupement de panzers de la division Das Reich, est recruté. Il est fatigué de la guerre, songe à déserter et livre ses informations sur les effectifs et les mouvements de sa division contre rétribution en dollars. En juin 1944, la "Das Reich" fait mouvement vers la Normandie, s'illustrant en chemin par les pendaisons de Tulle et le massacre d'Oradour-sur-Glane, et nul n'entend plus parler de cet officier.

Un feldwebel de la Luftwaffe surnommé Franck, qui a été en poste dans la région de Peenemüde, informe le réseau des essais de V1 peu avant que n'aient lieu les premiers tirs sur l'Angleterre. Il livre également des renseignements sur les mouvements de son unité quand elle part en opération contre les maquis, et sur une nouvelle arme antichar, le Panzerfaust. 

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Von Rundstedt au procès de Nuremberg

Le Géneralfeldmarschall von Rundstedt séjourne trois jours au château du parc de Capendu. La comtesse alias Camille, imagine un plan pour faire enlever le général et l'envoyer en Angleterre. Un commando de résistants viendrait, capturerait l'officier et le conduirait vers un terrain d'atterrissage. Ce projet jugé trop risqué sera refusé par le chef de région du réseau Gallia. Gerd von Rundstedt sera arrêté le 1er mai 1945 par les troupes américaines et fait prisonnier. Accusé de crimes de guerre en raison de sa participation aux assassinats de masse dans les régions soviétiques occupées, il assiste au procès de Nuremberg. En raison de sa santé chancelante et de son âge, les britanniques le libèreront en mai 1949. Il meurt le 24 février 1953 à Hanovre à l'âge de 73 ans.

Sources

Mémoire DEA Histoire du XXe siècle/ J-P Meyssonnier / IEP de Paris /1994

Antimaçonnisme, Francs-maçons et Résistance dans le midi Toulousain

Wikipédia

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