25/01/2017

L'arrivée du cinématographe à Carcassonne.

Le cinématographe inventé par les frères Lumières en 1895 arrive dans notre ville au début du XXe siècle. Les cafetiers carcassonnais organisent des projections sur leurs terrasses en tendant un drap blanc entre deux arbres ou piliers. Ils se procurent appareils, films et opérateurs bénévoles. Tout ceci ne se réalise pas sans un certain intérêt; celui, bien entendu, d'attirer la clientèle dans leurs établissements. Les consommations sont obligatoires et les orgeats-menthe ou le Mazas tournent à plein régime. Les moins fortunés ou les malins ont trouvé une astuce pour ne pas s'acquitter du moindre centime. Ils portent leurs chaises et se placent derrière l'écran; munis d'un miroir, ils lisent les sous-titres qu'ils reçoivent à l'envers! Plusieurs cafés font ainsi des projections: Le Terminus, le café du musée (trésorie générale), le Grand café Not (place Carnot), le café Maymou (café de la terrasse), le café Canis (l'Aiglon), le Helder (café des platanes) et le Grand café glacier (maison de retraite Montmorency).

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Sur cette carte postale, nous voyons à droite les deux piliers avec le drap enroulé servant d'écran de projection.

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La toute première salle de cinéma apparue à Carcassonne, fut semble t-il le "Cinéma Variétés et des familles" vers 1914. A l'intérieur, des fauteuils à claquette ont remplacé les bancs, un bar à limonade et à bières, un orchestre pour accompagner les différentes scènes du muet. Les instrumentistes improvisateurs étaient membres de sociétés musicales de la ville: Mandoul, Reverdy, Taillefer, Soubrières... Les jets de tartes à la crèmes lors de films comiques, étaient matérialisés par un coup de symbales donné par Roucairos. Cette salle se trouvait sur l'actuel emplacement de l'ancienne clinique Saint-Vincent (boulevard Jean Jaurès). Le terrain avait été acheté à la famille Ouliac en 1884. Émile Duffaut, pionnier du cinéma dans notre ville, était le propriétaire de ce Cinéma des familles. Jean Ouliac nous parle de cet établissement:

"Au début le confort était plutôt précaire. Je me souviens qu'un jour, il y eut une interruption de la projection, au cours de laquelle un membre du personnel monta sur un banc pour proclamer: "Voilà le caillou qu'on vient de lancer sur la tête d'une demoiselle. Le premier qui lancera quelque chose trouvera un pain de bouffes, le pied dans le cul et à la porte. (textuel)" Le principal film à épisodes fut "Les mystères de New-York" qui fit la renommée de l'actrice Pearl White. Je l'ai suivi entièrement. Il y eut 23 épisodes, c'est à dire qu'il fallait aller au cinéma chaque semaine, pendant 23 semaines consécutives. En dehors de cela, M. Duffaut donnait des soirées avec des fantaisistes ou des chanteurs. C'est ainsi que j'ai pu entendre Dalbret, Dranem qui trouvait encore le moyen de chanter. Je connaissais bien l'opérateur. C'était Angel Longan. Il s'exprimait en bon français avec un fort accent espagnol. C'est à lui que je dois de savoir comment fonctionnaient les appareils de projection de l'époque. Ils étaient mus à la main à l'aide d'une manivelle et un obturateur tournant, escamotait les changements d'images successifs. On pouvait ainsi, faire varier la vitesse de déroulement des films. Il arrivait, alors, qu'une course d'automobiles, ressemble à un cortège funèbre ou que le Président de la République ait l'air de disputer un marathon. M. Duffaut disparut un jour et avec lui, le "Cinéma des familles".

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M. Duffaut prit également la direction de l'Eden qu'il transforma en cinéma-théâtre. Ce fut une salle de "Mouisic-all" comme le disait les carcassonnais, dans laquelle se produisirent Maillol, Damia, Mistinguet, Josephine Baker, Maurice Chevalier, Tony Poncet... Écoutons le récit que nous en donne Jean Ouliac:

" Il est évident  que je n'ai pas fréquenté L'Eden-théâtre dans mes années d'enfance, mais il m'a été donné d'assister à de nombreuses représentations entre 1921 et 1924. Le directeur était alors M. Arnaurec. La troupe de Music-Hall était sédentaire et je me souviens du comique Juguler, spécialiste de l'arrivée des retardataires, dont mes parents se sont souvenus toute leur vie; parce qu'un soir, il leur avait souhaité la bienvenue à sa façon. Il y avait aussi une fantaisiste, Paulette Pastor, et un certain Ruquet qui apportait à son nom la qualité de chnateur à voix, ce qui exaspérait un professeur de chant de l'époque. Mlle Jeanne Bonnet disait: "Mais, il n'y a pas de chanteurs sans voix". L'activité du music-hall ne dura pas longtemps après 1924. Le nouveau directeur, M. Chatenet, me disait: "Un mauvais comique me prend à peu près, la moitié de la recette. Dans ces conditions, ce n'est plus possible. Effectivement, M. Chatenet transforma son affaire en cinéma qui restera le dernier à projeter du muet à Carcassonne."

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Vers 1912, un cinéma ambulant Bonnet s'installa sur la place d'armes, face à la caserne. Écoutons, là encore M. Ouliac:

"J'ai assisté à quelques unes de ses séances. Il essaya, à sa façon, de réaliser le cinéma parlant, ou plus exactement, le cinéma chantant. Le dispositif n'est pas compliqué: on faisait tourner un disque sur un phonographe. Il n'y avait donc pas d'amplification pendant la projection du film muet. Vous pouvez comprendre ce que cela donnait comme qualité de son et, surtout, comme synchronisation."

Bonnet s'installa définitivement à Carcassonne. Ce fut le "Cinéma Bonnet" devenu vite le "Modern cinéma", puis le Vox et enfin, le Boléro (voir photo ci-dessus) à côté du garage Métropole. M. Duffaut racheta le "Modern cinéma" et il y eut comme directeurs M. Salès puis Gaston Deumié.

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Après l'expulsion des religieux du Couvent des Carmes en 1880, un pensionnat s'installa dans l'actuel Évêché. L'incendie survenu dans la première décennie du XXe siècle à cet endroit fut d'une voilence inouie. Les flammes pénétrèrent dans l'église des Carmes par la porte de la sacristie. Le bâtiment du pensionnat revint à la paroisse St-Vincent. Il abrita une société de gymnastique, le catéchisme mais surtout une vesta salle de concert. C'est là qu'on entendit les oeuvres jouées par la Société des concerts symphoniques dirigée par Michel Mir. Ensuite, le cinéma muet remplaça le cinématographe; la salle servit au cinéma catholique jusqu'au mois d'août 1914. Pendant la guerre, on y entreposa des sacs de grains. En 1918, une association d'éducation populaire fit modifier la salle; le cinéma catholique devint L'idéal cinéma. La composition de l'orchestre pour accompagner les films fut confiée à Jean Ouliac. Parmi les musiciens, on notait la présence de Georges Anisset, Charles Adroit, Joseph Rieupoulh. L'idéal cinéma dura le temps du muet, mais avec l'arrivée du parlant, il devint alors Le Rex. Le directeur était M. Esquirol, habitant Castelnaudary.  

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Le Colisée fut construit en même temps que le Grand Hôtel Terminus, c'est à dire en 1914. L'intention de l'architecte était que les clients puissent se rendre au café ou au cinéma, sans quitter l'hôtel. François Fargues, professeur de musique et compositeur carcassonnais, occupa la fonction de directeur. L'orchestre du Colisée se constitua en Consortium des musiciens, avec MM. Mir, Coyot, Sabatier, Jordy, Pouzols, Taillefer, Guiraud...

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La grande salle du Colisée, de style Art-Nouveau

En 1927, Gaston Deumier ouvrit un nouveau cinéma dans la rue Antoine Marty: L'Odéum. La façade est de style Art-Déco et mériterait un classement, comme c'est le cas pour d'autres architectures de cette époque comme l'ancienne mairie ou le théâtre municipal. Le parlant arriva à Carcassonne et deux grandes firmes se partagèrent le gâteau: La Western Electric et La Gaumont. L'Odéum opta pour la première et le Rex, pour la Tobis. Les premiers films parlant à Carcassonne furent La chanson de Paris, Le collier de la reine et Le chanteur de jazz avec Al Johnson (voir affiche).

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L'Odéum quand il était encore un cinéma...

Sources 

Marcel-Yves Toulzet/ Midi-Libre/ 26 août 1984

Souvenirs posthumes de Jean Ouliac

Cet article a nécessité trois heures de travail

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24/01/2017

Les funérailles de Jean Bringer - chef FFI - le 31 août 1944

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Jean Bringer

(1916-1944)

Chef départemental FFI, il est exécuté par les nazis sur le dépôt de munitions de Baudrigues (à Roullens) le 19 août 1944 avec plusieurs de ses camarades de combat.

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A travers des photographies totalement inédites, nous allons tenter le retracer le parcours de cette triste journée du 31 août 1944 pendant laquelle les Carcassonnais, rendirent un dernier hommage à ce héros de la résistance audoise. Nous avons matérialisé en rouge le cheminement du cortège à travers le centre-ville.

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Le cercueil contenant les restes de Jean Bringer (il ne sera identifié par sa veuve que grâce à son chevalière) est exposé dans une chapelle ardente sur la place Carnot. Elle est veillée par ses frères d'armes.

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Les différentes troupes résistantes (Corps franc de Montagne noire, FFI, FTP, Maquis de Picaussel...) défilent et rendent les honneurs à la dépouille de Jean Bringer sur la place Carnot. La levée du corps est faite par l'évêque de l'Aude, Mgr Jean-Joseph Pays.

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Le cortège funèbre au départ de la place Carnot devant le café "Chez Félix". Tenant les cordons du poêle, on reconnaît à droite Charles Fourès. Résistant aux côtés de Jean Bringer, il a fait sa carrière de journaliste au Midi-Libre. Sa veuve, madame Cécile Farges, vit encore à près de 95 ans ; elle a été faite dernièrement Chevalier de la légion d'honneur pour ses actes de résistance à côté de son époux.

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A l'arrière du corbillard se tient dignement madame Bringer dans un crêpe noir, qui devra désormais élever seule, son unique enfant Jean-Marie âgé seulement d'un an. A sa droite, on reconnaît Gilbert de Chambrun (1909-2009), chef des FFI pour le Languedoc-Roussillon et Commandant du 81e régiment d'infanterie de l'armée du général de Lattre de Tassigny. Il sera député de la Lozère jusqu'en 1956. Juste derrière lui, Georges Morguleff qui fera partie de l'état-major du 81e RI. A la gauche de madame Bringer, se tient Lucien Roubaud, délégué à l'Assemblée Consultative provisoire siégeant à Paris entre novembre 1944 et août 1945. A côté lui, le préfet Augé. Juste derrière ce dernier, on aperçoit Louis Amiel (1897-1971) nommé au Comité départemental de libération et maire provisoire de Carcassonne d'août à septembre 1944 (lire Carcassonne, d'hier à aujourd'hui/ Bonnet/ pp.390). A sa gauche, Francis Vals (1910-1974) est le président du Comité départemental de libération de l'Aude. Maire socialiste de Narbonne en 1959, il sera battu par Hubert Mouly en 1971. Il restera député jusqu'à sa mort et est inhumé à Leucate. Derrière lui se trouve Guy David, adjoint de Bringer; à côté avec le béret, c'est André Coumes dit "Capitaine Cabot".

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Ce jour-là dans le cortège, il y avait le Dr Marcel Cannac (au second plan) dont le cabinet se trouvait sur le boulevard Marcou. Ce médecin est mort dans d'étranges circonstances dans la clinique Delteil...

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Pour l'occasion, une foule immense suit le cortège ou prend place en bordure de celui-ci. Toutes les administrations et commerces resteront fermés toute la journée.

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Les anciens combattants de la Grande guerre

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Les enfants de choeur précèdent la Société musicale Sainte-Cécile qui, tout au long du parcours, joue la Marche Funèbre de Frédéric Chopin. Ici, le cortège passe à l'angle des rues de la préfecture et Barbès devant le Bar de la poste. Le magasin de vêtements à l'extrème droite, est aujourd'hui la boucherie Péténuzzo.

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Le corbillard emprunte le boulevard Camille Pelletan devant l'ancien Café du musée (aujourd'hui, la Trésorerie générale) et la maison du compositeur Paul Lacombe.

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Après un passage par la rue Voltaire rythmé par le bourdon de la cathédrale Saint-Michel, le cercueil est déposé à l'intérieur du lieu saint. L'homélie de Mgr Pays fut des plus poignantes suivie de l'absoute. Monsieur Tournier, titulaire du grand orgue, malgré sa cécité versait des larmes qui paraissaient inconsolables. De mémoire de Carcassonnais, on n'avait jamais vu pareille foule aussi émue. Une fois la cérémonie terminée, le cortège funèbre se mit en marche en direction du cimetière Saint-Michel.

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Devant le cercueil disposé à l'entrée du cimetière, les combattants de l'ombre entonnent La Marseillaise. On reconnaît à premier plan à droite, Lucien Maury alias Franck, chef du maquis de Picaussel.

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Le cercueil est porté en sa dernière demeure par Louis Raynaud, Louis Bahi et Lucien Maury.

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Mgr l'évêque de l'Aude et les frères du couvent des Capucins bénissent une dernière fois la dépouille de Jean Bringer avant la mise au tombeau.

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Le cercueil est placé provisoirement dans le caveau familial de Louis Amiel, résistant et maire provisoire de Carcassonne. Six mois plus tard, les restes de Jean Bringer seront transférés au cimetière de Pierrelatte dans la Drôme.

Remerciements:

A J. Blanco, sans lequel je n'aurais pas obtenu ses photographies uniques et inédites

A ma tante, Isabelle Alay, pour ses souvenirs

Sources:

La résistance audoise/ Lucien Maury/ Tome 2/ 1980

Carcassonne d'hier à aujourd'hui/ JL Bonnet

La seconde guerre mondiale dans l'Aude/ Julien Allaux

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23/01/2017

Le régime de la Terreur à Carcassonne pendant la Révolution française

De nouvelles mesures, plus sévères que toutes celles qui avaient été prises jusqu'à ce jour, allaient être votées, le 20 avril 1793, par le conseil du département en séance permanente, dans deux réunions à laquelle assistèrent, avec les administrateurs, le conseil municipal ; les commissaires des guerres, tous les agents militaires et le représentant du peuple Mailhe, en mission dans le département.

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© alex-bernardini.fr

Portrait d'un conventionnel

Dans la séance du matin on commença par nommer six commissaires, un pour chaque district, avec mission de requérir, dans les limites de leur arrondissement, "l'exécution des précédents arrêtés et de faire arrêter, en conséquence, touts les prêtres, frères laïcs et convers qui "n'avaient pas prêté le serment de l'égalité avant l'époque du 19 mars, ainsi que les personnes suspectes, et de faire mettre les scellés sur leurs papiers."

Le procureur général syndic ayant alors proposé "d'enfermer les fanatiques dans une maison nationale pour y rester jusqu'à ce que la tranquillité publique fût rétablie et même pour être livrés aux tribunaux s'il était prouvé qu'ils fussent coupables", le représentant du peuple et les administrateurs approuvèrent cette mesure, et, à l'instant, on décida que les portes de la salle des séances seraient fermées, " pour qu'aucun des citoyens ne pût sortir et aller prévenir les personnes suspectes et que des officiers municipaux" se retiraient " à l'instant dans la maison commune pour s'occuper de cette opération".

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J-B Mailhe (1750-1834), procureur syndic et député de la Haute-Garonne.

Dans la séance du soir, le procureur général syndic, ayant pris de nouveau la parole, observa "que la ville de Montréal, plus que tout autre du département était un véritable foyer d'aristocratie ; "qu'elle était le repaire des prêtres insermentés ; que le peuple égaré y manifestait les opinions les plus contre-révolutionnaires ; que la municipalité et la moyenne partie des citoyens les partageaient ; qu'il était indispensable que les mêmes mesures qui avaient été prises, le matin pour la ville de Carcassonne fussent adoptées à l'instant, pour cette ville ; qu'elles étaient l'unique moyen pour faire revenir le peuple de ses erreurs et lui inoculer cet esprit qu'il ne connaissait pas encore".

Le représentant du peuple et les autres membres de l'assemblée applaudirent à la proposition du procureur syndic. Mailhe s'offrit lui-même pour aller à Montréal ; il fut "arrêté à l'instant que le procureur général syndic ferait réquisition à trente dragons du 15e et à la municipalité de Carcassonne, pour qu'elle eût à faire trouver à 11 heures du soir, soixante gardes nationaux armés et équipés sur la place d'armes, pour accompagner le représentant à Montréal".

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L'ancienne place d'armes à Carcassonne

Le chiffre des personnes arrêtées à Carcassonne, comme suspectes, ce jour-là et le lendemain, fut de quatre-vingt-huit dont cinquante-quatre hommes et trente-quatre femmes. 

Paul-Joseph Daspect (Ingénieur) natif de Varilhes, Pierre Cesses (cordonnier), Raymond Bourlat, Bertrand Bourlat, Lazare Boyer, Vergnes (Marchand droguiste), Dominique Lozun (Commis), Jean Antoine Sacreste, Joseph Crocy, Gabriel Bourgues (tailleur), Jean Gout (Marchand chapelier), Joseph Belaussa, Jean-Antoine Lanes (Muletier), Pierre Azaïs (Tailleur), Mathieu Artigues (Charron), Stanislas Victor Granjean, Jean Peille (Pareur), Jean Chapert (Serrurier), François Antoine Fondi-Niort, Antoine Viguier, Pierre Dougados, Jacques Alric (Laboureur), Bernard Bajol (Boulanger), Joseph Desaifres Champredon (lieutenant de gendarmerie), Martial Doumes (Huissier), Pierre Lalleman (Maréchal), Marc Moulis (Métayer à Rousilhes), Jacques Durand (Plâtrier), Antoine Paquier (Boulanger à Alet), Joseph Barthélémy Lassalle (Maître de pension), Pierre Garrigues (St-Polycarpe, résidant à Carcassonne), Germain Cambon (Domestique), Jean-Baptiste Bardou (Brassier), Gabriel Pradier (Batteur de laine), Pierre Brezet (Pâtissier), Guillaume Cavaillé (Cordier), François Mondol (résidant à la métairie de la Criminelle), Pierre Ourliac (Marchand tailleur), Paul Cuin (Marchand de fer), Jean-Pierre Lacombe (Doreur), Louis Brail (Négociant), Jean-Baptiste Brail (Fabriquant), Jean-François Poncet, Jean-Baptiste Poncet, Pierre Paul Gaillard (Chirurgien), Jean-Pierre Sourbieu, Jean-Baptiste Sicard, Jean-François Ricardou, Jean David (Homme de loi), Jean Cavaillé (Négociant), Jean Portal, Stanislas Digeon (Homme de loi d'Alet), Théodore Marragon, Pierre Blanc (Tourneur).

Marguerite Albert veuve Cambon, Anne Amigues (habitant la Cité), Jeanne Sabatier épouse de François Samary (vitrier), Catherine et Rose Samary (ses filles), Philippe Calvet veuve de Jean Blanc, Marie Sabatier, Marie et Madeleine Blanc (soeurs), Veuve Dutard, Marie Dutard, Françoise Dutard épouse de Marson (Habitant à Azilhe), Geneviève Vié (Régente), Marguerite Gamelin veuve Courtejaire, Marguerite Escudié (Servante chez François Pinel), Julie Saunier, Claire Ilhe, Marthe Rieudemont, Cécile Roucairos, Madeleine Salvetat, Anne Albarel épouse Sarrand, Marie Roussel, Marie Viguier (Habitant Castres), Lasaignes veuve Castanier, Marie Aribaud veuve Lanes, Veuve Antoine Gamel, Anne Darzens, Marie Mialhe veuve Grilhet, Claire Portes, Marguerite Marre, Jeanne Marre, Marianne Brunel, Elisabeth Brunel, Claire Gélis épouse Durand.

A Maquens :

Jean Lalleman (Brassier), Pierre Cabanier (Brassier), Joseph Cabanier (Brassier), Jean Galinier (Brassier), Jean Tournier (Brassier), Marianne Fox, Marie Falgous épouse Fox, Elisabeth Cazes, Catherine Garrigues, Elisabeth Caraguel, Françoise Belmas, Toinette Reverdy épouse Belloc.

A Grèzes :

François Ricard, Pierre Rabicou, Paul Fages (Brassier), Jean Fages (Bossu, boiteux et contrefait), Pierre Clergues, Antoine Clergues, Jean Fabre (Maréchal), Paul Gautier, Jérôme Roques, Guillaume Gaillard (Brassier), Jeanne Rabicou, Jeanne Gaillard, Marie Roques.

A Villalbe :

Jean Roques

A Lavalette :

Rose Falgous, Anne Ormières, Jeanne Fraisse, Marguerite Fraisse, Anne Falandry, Anne Vidal

A Montirat :

Jeanne Puel épouse Gentet

A Montréal :

Elisabeth Rancoule, Elisabeth Calmel et Guilhemette Filhol.

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Ancien couvent des Ursulines, actuel Lycée St-Stanislas dans la rue A. Ramond

Toutes ces personnes furent incarcérées au couvent des Ursulines, d'où les religieuses et ursulines avaient été expulsées, par arrêté du directoire du district du 22 juin 1792, et qui, depuis, avait servi au logement d'un bataillon de volontaires nantais. Le 22 avril, le conseil général de la commune, dans une délibération provoquée par le conventionnel Mailhe et prise en sa présence, chargea le Comité de sûreté générale, "de vérifier la cause et les motifs d'arrestation de chacun des détenus pour en faire le rapport aux administrations réunies du département, du district et de la municipalité qui décideraient "qui sont les détenus qui doivent mis en liberté et ceux qui doivent continuer d'être détenus, et ceux qui sont dans le cas d'être dénoncés aux tribunaux".

Ce Comité institué en vertu d'un arrêté de l'administration du département, en séance permanente du 17 avril 1793, se composait de huit membres : Courtiel et Fauroux (conseil du département), Morin et Tailhades (Conseil du district), Heirisson et Alary (Conseil de la commune), Louis Polère et François Noël Gout (Société républicaine). Il est dit dans le rapport présenté par le Comité aux administrations réunies que la plupart des détenus ne croyaient avoir été arrêtés que pour leurs opinions religieuses, les uns parce qu'ils n'assistaient pas à la messe des curés conventionnels, d'autres parce qu'ils n'avaient pas point contracté mariage devant eux ; plusieurs femmes de Lavalette et de Montréal -, parce qu'elles se rassemblaient chez des particuliers pour y chanter les Vêpres.

Sources

Chanoine J-P Andrieu / 1914

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21/01/2017

Le noël Carcassonnais : un chant liturgique en occitan

Grâce à Georges Bruyère, archiviste de l'Evêché, j'avais appris que Paul Lacombe s'était servi d'un motif d'un vieil air carcassonnais pour écrire sa Rhapsodie sur des airs du pays d'Oc. Des recherches plus poussées m'ont appris que cette oeuvre fut jouée pour la première fois en 1906 au Congrès de musique régionale de Montpellier, placé sous la présidence de Frédéric Mistral. Le motif en question est une Elévation sur

Le noël carcassonnais

que Jean Escaffre (ancien organiste de St-Vincent) avait fait connaître à son professeur parisien Alexandre Guilmant. Ce dernier après l'avoir harmonisé l'avait inclus dans son Deuxième livre de noëls op.60. Voilà pour l'anecdote. Restait à retrouver le texte occitan puisque cette partition se chantait autrefois. Il y a dans Carcassonne des gens qu'il faut savoir solliciter et qui d'autre que Jean-Louis Bergnes, titulaire de l'orgue de la Basilique Saint-Nazaire pouvait me renseigner ?

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Le texte de ce noël en occitan que j'ai retranscrit ci-dessous, avait été manuscrit il y a fort longtemps par une soeur du Monastère de Prouilhe dans l'Aude pour M. Bergnes. Elle l'a écrit tel qu'il était chanté et de mémoire. J'ai eu du mal parfois à lire certains mots, d'où sûrement quelques erreurs de compréhension. 

Noël carcassonnais

1.

Qu’ès aco qu’aousici ?

Tout m’espabourdissi

Coumpaïre Miquel

Me semblo que d’arejos

Cantoun de louanjos

Amoun sul mourrel

Al lun d’un esclaïre

Que lusits en laïre

Moun diou qu’aco si bel !

2.

Béléou per talastre

Aquel noubel astre

Que bésen lusi

Marco le Mesdio

Que la proufessio

Announço béni

Rebeilhats bous, Pastrès !

Benets à me n’os autres

Benets bi lè aousi

3.

Es sus la cabano

Qu’aquel astre plano

Boli bous parla

La neit es sereno

Diots un ourgena

Disoun gloria,

In excelsis Deo !

Bei pas dins l’Ideo

Cantoun i Gloria

4.

Oui, Brabes Pastres

Esprès boi bous aoutres

Sioun benguts dal cel,

L’Eternel nous mando ;

Benets bous demando,

Quitats le troupel

Benets dins l’estable

Le saoubur aïmable

Sul fé d’un rastel.

5.

Merci, boun anjeto

Joust bostro houleto

Coun desisex, nous,

Nous rendex urouses

E maï glouriouses

D'un bounhur pla doux.

Nous farex l'intrado

per qu'à l'accouchado

Renden las hounours

 

6.

Y faren ouffrando

Pouden pas maï grando

D'un petit troussel

D'un paouc de laïtaché

Per qu'aquel maïnatché

Bengue bei le bel

De bouno facusseto

E d'uno flasqueto

De boun lainot biel 

7.

Seou d'un paouc de lano

Raï dins la cabano

Y tricoutari

uno couberturo

Per faïre caouduro

A soun petit leit

Car, fa fret bietase

Sous le biou esliasé

Jalaio la neit 

8.

Jeou a la bierjeto

Dorti n'o raoubeto

De moun effantou,

Per qué m'el counserbe

E mé le preserbe

De touto malou

Car, a la cresenço

Qu'a touto puissenço

Soun cor ès tan bou, 

9.

Le Dious admirable

Sul fé de l'estable

Ben per nous salba.

Se l'enfer menaço

El proumet sa graço

Anen l'adoura,

Soun amour nous presso

Faguen la proumesso

De toujours l'aïmar

10.

Le besets, maïnatches

Coum el siogneu sa fetches

L'aouffesses pas pus

De sa paouro cretcho

A toutis nous pretcho

Bou la fas bertuts

Josep e sa maïre

Le badoun pecaïre

Escouten Jesus.

 

Traduction

1
Qu’est-ce que j’entends ?
Tout me stupéfie,
Compère Michel !
Il me semble que des anges
Chantent des louanges
Là-haut sur la colline
A la lumière d’un éclair
Qui brille dans les airs.
Mon dieu que tout ceci est beau !


2
Il se peut que, par hasard,
Ce nouvel astre
Que nous voyons luire
Indique le Messie
Dont la prophétie
Annonça la venue.
Réveillez-vous, Bergers !
Venez avec nous,
Venez l’entendre.


3.
Et sur la cabane
Que cet astre domine
Je veux vous parler.
La nuit est sereine,
On croirait que des orgues
disent Gloria
Au plus haut des cieux !
Je manque de tête :
Ils chantent le Gloria !


4.
Oui, Bons Bergers,
Exprès pour vous
Je suis venu du ciel.
L’Eternel vous le demande,
Quittez le troupeau,
Vous verrez dans l’étable,
L’aimable Sauveur
Sur un berceau de paille.


5.
Merci, bon angelot,
Sous votre houlette,
Conduisez-nous.
Vous nous rendrez heureux
Et même glorieux
D’un bien doux bonheur.
Vous nous permettrez l’entrée
Pour qu’à l’accouchée
Nous rendions les honneurs.
6.
Nous lui feront l’offrande,
Nous ne pouvons plus importante,
D’un petit trousseau,
D’un peu de laitage
Pour que cet enfant
Devienne bientôt le plus beau,
D’une bonne brassière,
Et d’un flacon
De bon xxx vieux.


7.
Si j’ai un peu de laine,
Simplement dans la cabane
Je lui tricoterai
Une couverture
Pour réchauffer
Son petit lit,
Car il fait froid, bigre !
Sous le bœuf et l’âne
Il gèlerait, la nuit !


8.
Moi, à la Vierge,
Je porte une petite robe
De mon enfançon
Pour qu’elle me le conserve
Et me le préserve
De tous les malheurs,
Car je crois
En sa toute puissance.
Son cœur est si bon !


9.
Le Dieu admirable
Sur le berceau de l’étable
Vient pour nous sauver.
Si l’enfer menace,
lui nous promet sa grâce,
Et nous allons l’adorer.
Son amour nous garde,
Faisons la promesse
De toujours l’aimer !


10
Vous le voyez, enfants,
Comme xxx
xxx
Depuis sa pauvre crèche
A tous il nous prêche
Vouloir faire des vertus
Joseph et sa mère
L’admirent ; pêcheurs

Vous pouvez l'écouter ci-dessous

https://www.youtube.com/watch?v=E3mYUMZJzck

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19/01/2017

Lo cant dè San Gimer (Chanson de la Barbacane)

Bien davantage que les vieilles pierres, il y a dans nos provinces des traditions orales ou musicales qui se sont perdues au fil des générations. Il y a bien des situations que le français ne saurait imager comme l'occitan. Il était dans tout le pays carcassonnais un cantique fort connu, que l'on chantait dans la paroisse de Saint-Gimer au pied de la Barbacane: Lo cant dè San Gimer. C'est en travaillant sur Paul Lacombe et plus précisément sur sa Rapsodie sur des airs du pays d'Oc, que j'ai découvert l'existence de cet air. J'ai trouvé ainsi que le compositeur carcassonnais, avait inclus dans cette oeuvre écrite pour le congrès de musique régionale en 1907, le refrain de ce cantique à St-Gimer. Restait à retrouver la musique et le texte... Qui d'autre que l'éminent organiste de St-Nazaire, Jean-Louis Bergnes, aurait pu m'aider ?

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La partition du refrain

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Vous trouverez ci-dessous un lien pour écouter la Rapsodie de Paul Lacombe que j'ai reconstituée à partir d'instruments virtuels - Serge André a fait le reste. A partir de la 45e seconde, vous entendrez le thème du cantique de St-Gimer. Bien entendu, cette oeuvre sonnerait beaucoup mieux avec un vrai un orchestre... mais dans ce pays, on n'aime pas la musique régionale.

https://www.youtube.com/watch?v=uC0Emxz9x_o

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18/01/2017

Une très belle fresque réalisée dans l'église du Sacré-coeur de Carcassonne

Depuis le mois de septembre 2016, Thibault Remaury - curé desservant l'église du Sacré-coeur de Carcassonne - peut s'enorgueillir de la réalisation d'une belle fresque à l'intérieur de ce lieu de culte construit en 1955. 

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A partir d’une maquette du Père Angelico Surchamp, faite pour une fresque en 1955 dans l’église du Sacré-Cœur de La Chapelle Saint Luc, fresque disparue depuis, les Passeurs de fresques ont réalisé une fresque de 7m sur 2.5m pour l’église du Sacré-Cœur de Carcassonne.

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© Les passeurs de fresque

Cette réalisation est l'oeuvre de l'association "Les passeurs de fresque" située dans le département de l'Aube. Les artistes avaient déjà par le passé dessiné de petites fresques sous le porche de l'église. 

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© Les passeurs de fresque

Pendant leur travail in situ, ils ont reçu très gentiment les personnes intéressées, tout en expliquant le principe de la fresque. Le résultat est à la hauteur et permet d'ajouter une nouvelle oeuvre d'art au patrimoine religieux de Carcassonne.

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© Les passeurs de fresque

La fresque et l'autel en marbre de Caunes-Minervois

Merci à Maryse Audouy

http://lespasseursdefresques.fr

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