16/10/2017

L'Almanach Boher : la belle histoire d'un berger catalan devenu éditeur

Fondé en 1875 par un berger des Pyrénées-Orientales, cet almanach était l'oracle des semailles, des travaux du jardinet des prévisions météorologiques. Nos anciens ne partaient pas en voyage sans avoir consulté le Boher. On ne plantait pas un légume où semé une graine sans l'avis de l'almanach. C'était en quelque sorte le Nostradamus des viticulteurs et des jardiniers de sept départements. Le père Boher posait avec un air de penseur sur la couverture rose de ce bréviaire du paysan. Il ajoutait à ses prévisions, maintes histoires en patois, maints contes dits à la veillée.

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Sébastien Boher, berger de son état, gardait ses troupeaux tant dans les pâturages catalans que dans les prairies audoises de haute montagne. Tout au long des gardes de ses troupeaux, ce berger inspiré, qui se doublait d'un sage et d'un philosophe sans le savoir, observait le mouvement et les réactions de ses bêtes face au soleil, au nuits de lune et aux caprice des vents. Il pensait que les astres avaient un influence sur le comportement de son troupeau. Ainsi, devint-il capable de prédire le temps et ses caprices. Si l'on en juge par les témoignages, il ne trompait pas. Une idée vint alors à son esprit : pourquoi donc ne pas faire profiter à ses semblables de ses observations ? Il nota d'abord tout au fil des jours sur des modestes carnets. L'almanach Boher, naquit ainsi.

Si les débuts de la publication furent modestes, au fil des ans Boher devint une institution. Les premiers numéros de cet almanach furent tirés à Sorède (P-O) puis, à l'imprimerie Pierre Polère rue du Port (Aujourd'hui, rue Armagnac) à Carcassonne. Le chiffre atteint les 150 000 exemplaires sur sept ou huit départements ! L'imprimeur composait ses textes à la main, c'est-à-dire caractère par caractère. Un travail de bénédictin ! Ce n'est qu'au moment où cette imprimerie artisanale fut rachetée par Gabelle, que le travail fut simplifié. Dès 1930, Gabelle s'équipa d'une linotype. 

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"Lé bossut" caricaturé par Dantoine

 Le créateur de l'almanach ne pouvait le diffuser via les diffuseurs de presse. Sa publicité ses faisait par le bouche à oreille, grâce à des colporteurs. 

"Le génial Boher en rencontra deux à Carcassonne. L'un qui était l'une des figures les plus pittoresques de Carcassonne dans les années 30, avait pour nom "Lé Boussut". En effet, homme de petite taille, il était porteur d'une gibbosité importante qui déformait sa silhouette. Pour accentuer le pittoresque de son personnage, il s'affublait d'une étrange blouse grise, plus longue que lui, et d'un chéchia à long gland. Outre le Boher, ce colporteur baratinait le public de la place Carnot en proposant des lacets, des savonnettes et des pastilles de menthe. Ce petit homme, visitait tous les villages de la région et cela jusqu'à Foix. Il accomplissait ses déplacements à pied, par étape de 20 km par jour. Il était connu de tous les fermiers du coin, était reçu à leur table et couchait dans la paille des granges. L'autre colporteur qui diffusait "Le Boher" était Soigné, pittoresque, brave homme qui, précédé de sa boite en bois blanc emplie d'almanachs et de lacets se mettait, en tous les instants, sous la protection de Saint-Antoine de Ligouri." (Marcel-Yves Toulzet)

La parution de l'almanach Boher s'arrêta en 1958. Vous n'en trouverez plus que quelques rares exemplaires chez les bouquinistes.

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L'ouverture de la route touristique Luchon-Carcassonne par les Pyrénées en 1939

Depuis 1935, la SNCF avait rétabli la liaison touristique par autocars entre Biarritz et Luchon. Réalisant un vœu émis par les municipalités et les sociétés d’exploitation des stations thermales de l’Ariège et de l’Aude, la nouvelle ligne Luchon-Carcassonne était inaugurée le 24 juillet 1939. Cette liaison, qui fit de Carcassonne la plate-forme d’accès aux Pyrénées fut assurée en deux étapes par un service bihebdomadaire. Un mois après, la Seconde guerre mondiale éclatait... Ces excursions furent d'ailleurs interrompues à partir du 6 septembre 1939.

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Réunis samedi 22 juillet au matin à Luchon, les journalistes, après un petit déjeuner à l’hôtel d’Angleterre, commencèrent leur périple en direction de Carcassonne. Ce sont les cars Sors-Redonnet de Luchon qui embarquèrent tout ce beau monde.

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"De Luchon, coquette ville d’eau à 630 mètres d’altitude - la Reine des Pyrénées, comme l’appellent les guides - un funiculaire conduit à Superbagnères. L’excursion en vaut la peine : à 1800 mètres, une solitude grandiose, le silence majestueux des grandes altitudes…

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Au sortir de Luchon, on descend la grande vallée de la Pique, puis on traverse la Garonne, dont on suit quelque temps la rive droite. Mais, dès Fronsac, on quitte la vallée pour s’élever graduellement par une impressionnante montée en lacets, jusqu’au col des Ares, d’où l’on aperçoit au sud, les cimes neigeuses qui marquent la frontière espagnole.

On se laisse ensuite mollement descendre vers la vallée du Job pour remonter cette fois à travers bois, vers le col d’Aspet, qui atteint 1074 mètres d’altitude. Et voici Saint-Girons, capitale du Conserans, au triple confluent du Salas, du Les et du Baup. Calme Conserans aux frais paysages de pelouses vertes et d’eaux vives, véritable oasis de sérénité dans le chaos tourmenté des Pyrénées… Son ancienne capitale, Saint-Lizier, offre d’authentiques joyaux d’architecture romane, avec son cloître, son palais épiscopal et sa cathédrale où abonde le marbre, car la région en est riche.

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Audinac-les-bains, où les voyageurs de l’autocar font halte pour déjeuner, est une calme et reposante station dont les eaux chargées en sel font merveille dans certaines caves.

La seconde étape comporte une curiosité : les grottes de Labouiche et ses merveilles souterraines. A quelques kilomètres de là, voici Foix, dont le château célèbre, qui abrita les fastes de la Cour de Gaston Phœbus, évoque sur son socle de rocher, dans son décor sauvage, l’art d’un Gustave Doré…
Plus loin, la traversée de l’Ariège, à Tarascon, nous transporte soudain dans un paysage nouveau et curieusement méditerranéen, bien qu’il nous faille rouler longtemps encore avant de découvrir, comme nous le ferons au-delà des Gorges de l’Aude, le panorama méditerranéen type, à quelques nuances près. Mais déjà l’on perçoit une influence maritime, dans ce bourg coloré, aux tons rudes, aux rocs pelés, aux vieilles portes d’enceintes admirablement conservées…

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Mais c’est la journée du lendemain qui offre sans doute la large variété de panoramas et de sites, puisqu’elle conduit de près de 2000 mètres, pour le ramener au niveau de la mer ou presque, en traversant tour à tour les défilés vertigineux des gorges de l’Aude et les vallées verdoyantes que coupe la frontière espagnole à Bourg-Madame. La matinée se passe en ascensions et en descentes, aussi raides les unes que les autres. A la splendeur désolée du panorama qu’on embrasse du haut du col de Puymorens, à 1918 mètres, succède la promenade en lacets à travers la brûlante Cerdagne, puis la descente sur la vallée du Carol, avec sa fameuse tour dont le nom évoque les heures dramatiques de la guerre d’Espagne…

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Une courte halte à Bourg-Madame pour contempler, à l’autre bout du pont international, les carabiniers espagnols, et l’on recommence une nouvelle ascension, celle de Font-Romeu, brillante station de sports d’hiver qui mérite mieux qu’un court passage. Et l’on redescend, à travers bois, vers Mont-Louis aux remparts inexpugnables qui rappellent le souvenir de Vauban.

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Un nouveau col, celui de la Quillane, et c’est la descente, fertile en émotions, sur l’Aude et ses défilés sinueux qu’il fallut bien souvent gagner sur la montagne elle-même, à coups de mine.

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Enfin, la vallée d’élargit, la campagne prend soudain - transformation d’autant plus saisissante après la sauvagerie du décor que l’on vient de traverser - l’aspect débonnaire des vignobles et des vergers méridionaux. Bientôt, à un détour de la route, la Cité de Carcassonne dressera ses remparts intacts au-dessus de la plaine, comme sur une enluminure des « très riches heures du duc de Berry… » (Le petit journal)

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 Ce périple inaugural se termina par une réception à la mairie de Carcassonne, avant une dernière visite de la Cité médiévale. Dans la salle des fêtes, M. Sigé (adjoint au maire) représentant le Dr Tomey reçut les nombreuses personnalités : MM. Hyvert (Président de la Société d'Etudes Scientifiques) ; Embry (Conservateur du musée) représentant le Syndicat d'Initiative en l'absence du Dr Girou; Sorel (Délégué du Touring-Club de France), Colonel Cros-Mayrevieille (Président du folklore Audois) ; Génie (Chambre de Commerce) ; Lasserre (Syndicat des hôteliers) ; Brun (Chef de gare) ; Sablayrolles (Inspecteur de la SNCF) ; Doubrère (Chef de publicité SNCF), etc.

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Stand du Syndicat d'initiative 

Cette manifestation avait amené à Carcassonne un très grand nombre de journaliste régionaux et nationaux qui ne tarit pas d'éloges sur la Cité médiévale. Surtout après le somptueux dîner donné à l'Hôtel de la Cité par son patron, M. Jordy. Parmi eux on put apercevoir : MM. Toulet (La dépêche) ; A. Praviel (La Garonne), Cep (La petite Gironde) ; Paul-Emile Cadilhac (L'illustration) ; Bruni (Le jour) ; Codur (Le petit Marseillais) ; Delhi-Cluzaux (Paris-Midi) ; Forestier (Paris Soir) ; Gardet (Agence Havas) ; Gouin (La France) ; Herpin (Journal des débats) ; Kuyper (Maasbode de Rotterdam) ; Lavedan (La journée industrielle) ; Mommarche (Les guides bleus) ; Perrin (La populaire) ; Pichon (L'époque) ; Georges Pernot (Le petit journal) ; Ranc (L'œuvre) ; Sangle-Ferrière (L'émancipation nationale) ; Mme Claude Sézanne (La République) ; Mme Gude (La presse américaine) ; Mme Léon (New-York Hérald) ; Mme Pernoud (L'intransigeant) ; Mme Vincent (Les pages de la femme) ; Guiter (Rummelspacher), etc.

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La salle à manger de l'Hôtel de la Cité vers 1930

Menu

Filets de sole à la sauce méditerranéenne

Poulardes du Languedoc aux Rousillous

Foies gras du pays

Sorbets

Corbières, Picpoul et Blanquette de Limoux

Tous ces convives repartirent en direction de Paris en fin de soirée avec le rapide Port-Bou-Paris. Ils emportèrent le meilleur souvenir des richesses touristiques de notre région. Leurs échos résonnèrent chez les lecteurs du monde entier, contribuant ainsi à la renommée de notre ville.

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Hôtel de la Cité vers 1930

Sources

La dépêche / 24 juillet 1939

Le petit journal

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15/10/2017

Les anciennes guérites des édifices publics de Carcassonne

Si vous passez par la rue Jean Bringer, devant la préfecture, vous remarquerez à droite du portail donnant accès à la cour d’honneur, une guérite en pierre de taille incorporée à la maçonnerie de même appareil. Avant 1941, date à partir de laquelle se tint un gardien de la paix à cet endroit, personne ne gardait l’entrée de la préfecture. Antérieurement, le ministre de l’Intérieur ne possédait pas de fonctionnaires de police en uniforme. Cette fonction était de la prérogative des municipalités qui avaient à recruter leurs agents rémunérés par la commune. De cet fait, la surveillance requise était confiée aux soins de l’armée qui devait assurer le service de garde à la Préfecture, au Palais de justice, à la Banque de France, à l’Évêché situé à l’Hôtel Murat (actuelle Chambre de Commerce) et au cercle des officiers. Ce dernier avait son siège à l’hôtel Saint-Jean Baptiste, démoli en 1911 et remplacé par le Grand Hôtel Terminus.

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De ces guérites, seuls deux subsistent : celle dont nous venons de parler et celle de l’ancien évêché, rue Aimé Ramond. Celle-ci est située à gauche du portail d’entrée de la Chambre de Commerce. Elle est aussi en pierre de taille ouvragée et murée pour éviter qu’elle ne serve d’abri pour une mauvais action.

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Dans un journal local, une anecdote nous est rapportée à propos de cette guérite… Un habitant de Carcassonne s’étant attardé pour rentrer chez lui, allait passer devant la guérite, c’était là son chemin pour rentrer en ville. La Ville basse était encore ceinte de remparts et notre homme, peut-être ayant fait la fête, déambulait trainant ses pas sur les pavés inégaux de la chaussée de la rue de la mairie, après avoir passé la porte des Cordeliers. Il arrivait à hauteur du factionnaire, lorsqu’il s’entendit interpeller par un : « Halte là ! qui vive » impératif. Il répondit aussitôt : Rouvenac ! Ce devait être son nom. La sentinelle répondit par : « Passez au large ! ». Notre homme, un paysan habitué au langage occitan, se fit comprendre en répondant : « Je rasée la muraille », voulant ainsi rassurer le militaire qu’il n’avait rien contre lui.

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© Collection Martial Andrieu

La Banque de France en 1906

La troisième guérite, celle de la Banque de France, a été démolie en 1964, au cours de réparations effectuées à cet établissement. Moins ouvragée que les précédentes, elle était en pierre et comportait une petite ouverture dans le fond pour communiquer avec l’intérieur de l’immeuble. Elle était située à huit mètres à droite de l’entrée de la banque.

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La garde du Palais de Justice était faite par une escouade de six à sept hommes, lequel étaient logés dans le bâtiment de Thémis. Ils occupaient les locaux à gauche des escaliers du palais ; on y voyait encore en 1964, les rateliers d’armes, les bas-flancs où s’allongeaient aux heures de repos les hommes du corps de garde et sur les murs de nombreux graffitis tels que « C’est du peu, c’est 15 au jus. »
Au centre des officiers, l’entrée était située côté boulevard Omer Sarraut de l’hôtel Saint-Jean Baptiste ; c’était une simple guérite de bois adossée au mur de l’hôtel, lequel fit place en 1914 à l’hôtel Terminus. La guerre de 1914 ayant éclatée, le Cercle des officiers ne fut pas réinstallé en ce lieu.

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Avec l’état d’urgence en vigueur depuis 2015, nous voyons que nos édifices publics sont à nouveau l’objet d’une surveillance active. Ce ne sont plus les Sergent de ville qui veille, mais les soldats de l’armée d’active. De là à réinstaller des guérites ?…

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14/10/2017

L'arrivée du chemin de fer à Carcassonne sur la ligne de Toulouse à Cette.

La loi de 1842 détermina les lignes principales des chemins de fer français, mais le réseau n’était tracé que sur le papier. En 1845, on discuta sur l’importante question de savoir sir le chemin de fer de Bordeaux à Sète suivrait la vallée de l’Aude ou bien traverserait le Tarn. A cette époque, le département de l’Aude jouissait d’une bonne sphère d’influence au sein du gouvernement. Une commission fut instituée à Carcassonne, dont les membres durent faire ressortir les avantages d’un tracé suivant la vallée de l’Aude. Au mois d’août, M. Mandoul-Detroyat rendit un rapport au nom de la commission qui ne fut pas sans conséquences sur la décision finale. La loi du 21 juin 1846 concédait à la Compagnie Ezpeleta le réseau reliant la Méditerranée à l’Atlantique, passant par le département de l’Aude ; l’ordonnance du 1er juillet lui concédait l’embranchement de Castres. Hélas, le concessionnaire ne tint pas ses engagements et en 1849, la déchéance de la concession fut encourue. 

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© Archives de Toulouse

Inauguration de la gare Matabiau

Fort heureusement, l’avènement de Napoléon III devait imprimer aux grands travaux publics un essor jusqu’alors jamais observé. Le Midi encore oublié fit valoir ses droits, et sa juste réclamation trouva un écho auprès de l’Empereur. La compagnie Pereire recueillit la succession en déshérence de la compagnie Ezpeleta et les travaux de la ligne Bordeaux-Cette débutèrent au début de l’année 1853. Le tracé entre Bram et Carcassonne ne sera prouvé qu'en 1854 par une administration locale qui n'acceptait pas que le chemin de fer traverse la Bastide, située entre le Canal du midi et l'Aude ; la station est donc établie au-delà du canal, éloignée aussi de plus d'un kilomètre de la Cité médiévale. Nous avions déjà vu cela lorsque les Consuls de la ville avaient refusé le passage du Canal du midi dans la ville au XVIIe siècle.

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Locomotive de la Cie du Midi

"Le dimanche 21 décembre 1856, une locomotive apparaissait pour la première fois à Carcassonne, et son arrivée était accueillir avec joie par la population. On venait saluer, comme un symbole de la civilisation moderne pénétrant dans la contrée, cette puissante machine où l'eau et le feu, ces redoutables ennemis de l'homme, vaincus et humiliés, célèbrent le triomphe de l'intelligence sur la force, de l'esprit sur la matière. La curiosité était aussi un attrait, beaucoup de personnes ne connaissant que de nom ce monstre de fer et d'airain, qui secoue un panache de fumée, pousse des sifflements aigus et franchit rapidement les distances, entraînant à sa suite des centaines de voyageurs étonnés. Beaucoup ignorent encore les détails du mécanisme qui produit ces merveilles et il ne sera pas hors de propos d'en donner quelques idées." (M. Dupain, professeur de mathématiques au lycée / 3 janvier 1857)

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La ligne fut inaugurée le 2 avril 1857 sur 476 kilomètres. La traversée du département de l’Aude fut triomphale pour le convoi d’honneur. En traînés par deux locomotives, les wagons circulaient au milieu d’une foule en liesse ayant mis ses habits de fête. Les Audois avaient tant redouté que le chemin de fer ne passe pas chez eux, qu’ils lui firent une véritable ovation. Les maires, les conseillers municipaux saluaient au passage la vapeur qui s’échappait des locomotives. Les drapeaux et les banderoles fouettés par le vent se mêlaient aux musiques et aux salves tirées depuis les gares. De toutes les gares entre Toulouse et Cette, celle de Carcassonne est la plus avantageusement située.

"Le 2 et le 3 avril, elle avait provisoirement revêtu la plus coquette parure. Des panneaux peints en détrempe simulait les parties de la construction non encore terminées. Des mâts vénitiens aux brillants gonfanons et des faisceaux de drapeaux tricolores formaient les avenues ou décoraient les quatre faces de l’édifice que festonnaient d’immenses guirlandes de feulillage. La grande salle d’attente des voyageurs était intérieurement ornée avec le meilleur goût. De brillantes tentures, des massifs de feuillage et de fleurs lui donnaient un aspect d’un charme indescriptible. M. Endrès, ingénieur ordinaire de la section, et les ingénieurs sous ses ordres, à qui était due cette gracieuse décoration, ont droit aux éloges les plus justement mérités."

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© histoire-image.org

Le train d'honneur parti de Cette, entra à midi et demi dans la gare de Carcassonne, au milieu des salves de l'artillerie municipale, des sons de la musique et des acclamations de la foule jusque sur les hauteurs de Gougens. Imaginez que Gougens se trouve au-delà du plateau de Grazailles, près de l'actuel Conseil général de l'Aude. Des dames élégamment habillées s'étaient placées en avant de la gare des voyageurs. Douze minutes plus tard, le convoi se lançant dans la tranchée à l'ouest de la gare, disparut avec à son bord M. le préfet, Mgr l'Evêque et le général de la caserne. Le parcours de Carcassonne à Toulouse mit 1h40 et arriva à l'heure...

"Les villageois émerveillés voyaient passer les voitures glissant sur le rail et le reporter Séguevesse, penché à la portière distinguait dans la plaine de Castelnaudary des groupes de femmes à genoux et en prières, dont les sifflements de la locomotive accéléraient les nombreux signes de croix. Nous avons vu un paysan naïf prendre ses sabots à la main et se livrer, en concurrence avec la vapeur, à un steeple-chase effréné, mais qui ne fut pas long. Au retour à Carcassonne dans la soirée, on servir un repas froid."

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La gare de Carcassonne

En 1875, la gare sera agrandie et l'on effectuera des travaux de raccordement pour la ligne de Carcassonne à Quillan.

Sources

Le Courrier de l'Aude / 3 et 8 avril 1857

Le rail en France / François et Maguy Palau / Tome 1

Recherches et synthèse / Martial Andrieu

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13/10/2017

La construction du Pont de l'avenir en 1962 au-dessus de l'Aude

Ne croyez pas, chers lecteurs, que les lenteurs et promesses administratives qui servent souvent le jeu électoral de nos politiques, sont récentes. La construction d'un d'un troisième pont routier au-dessus de l'Aude à Carcassonne, mit soixante ans à se réaliser. La barque de Titine, unique point de liaison à cet endroit entre la rue Antoine Marty et le stade de la pépinière (A. Domec), œuvra jusqu'en 1962. C'est à cette date que débutèrent enfin les travaux d'aménagement de cette construction du génie civil, baptisée quelque temps plus tard : Pont de l'Avenir. Ce futur avait tout de même débuté dans l'esprit de la municipalité en 1886... Douze ans plus tard, le conseil municipal évoqua à nouveau le projet d'un troisième pont routier sur l'Aude. Mais, le 30 août 1906, les édiles d'alors prirent la décision de construire enfin cet ouvrage.

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© Collection Martial Andrieu

La barque de Titine en 1920

Le maire Jules Sauzède exposa que la construction d'un pont sur l'Aude, face à l'abattoir, a été comprise dans le programme des grands et utiles travaux à exécuter par les soins du conseil municipal. Dans l'intérêt de la ville, ajoutait M. Sauzède, l'utilité du pont en question est incontestable. Cet ouvrage facilitera à une grande partie de la population, les communications entre les deux rives de l'Aude et amènera à coup sûr la modification de la RN 113 qui au lieu de suivre le boulevard de la Préfecture (Jean Jaurès, NDLR), pourra occuper la rue Antoine Marty, passer sur le pont projeté et se développer sur le fleuve, sur le coteau de la Gravette pour aller à la même route, N 113, après le Pont neuf actuel.

Un concours fut présenté et approuvé par le conseil municipal en 1906. Le montant du devis établi par l'architecte Gordien s'élevait à 170 000 francs ; un crédit fut voté le 30 août de la même année. Or, malgré l'approbation préfectorale du 10 janvier 1907, le projet n'eut pas de suite. Il faudra attendre l'avènement de la municipalité du Dr Tomey, vingt ans plus tard. Le pont fit l'objet de nouveaux plans. On songea à un pont métallique, en pierre mais aussi en béton armé. Certains propriétaires proposèrent d'offrir le terrain par où passerait la future route. On voulait le pont ! Un crédit de 380 000 francs fut volé pour sa construction. En vain... Le pont ne fut même pas commencé.

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Le projet de tracé du futur pont

Douze ans plus tard, toujours sous la municipalité Tomey, le projet refait surface. Le 21 avril 1937, le conseil municipal approuve le plan entraînant la dépense de 4 650 000 francs. L'état faisant connaître qu'il ne pourrait pas apporter son aide financière cette année-là, la municipalité ajourne le projet dessiné par l'architecte de la ville. Il fallait attendre que l'état fusse en mesure d'en financer une partie. La guerre éclata en 1939 et tout ceci fut remis aux calendes grecques. On en reparla plus du pont avant 1947. Trois ans plus tard, un projet dessiné par M. Seigné - Directeur des services techniques de la mairie - fut soumis et approuvé. Il en coûtait 95 500 000 anciens francs. Patatras ! Tout ceci fut rangé aux archives municipales... 

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En 1962, la construction du pont devint une nécessité urgente. Le lycée technique était sorti de terre en 1960 et les travaux à la future cité La Conte allaient bon train. L’édification de cette passerelle routière permettra le percement du boulevard Joliot Curie, vers l’extension Est de la ville. Cette fois l’état consentit à mettre la main au portefeuille pour 50% de la facture finale, soit 700 000 nouveaux francs. Les travaux devraient débuter entre le 15 novembre et le 1er décembre 1962.
Depuis longtemps déjà, la municipalité Jules Fil avait fait procéder à des sondages de terrain pour coût de 1 400 000 francs. Ils révélèrent que l’assise rocheuse sur laquelle pourraient reposer les cinq piles du pont, se situe entre 1,30 et 4,40 mètres. Il faudra donc peu de fondations. l’ouvrage aura une longueur totale de 190 mètres avec un tablier à 7 mètres au-dessus du fleuve. Sur sa largeur de 12 mètres, la route en prendre neuf et chaque trottoirs 1,75 mètres.

"L’accès par la rue Antoine Marty se fera au moyen d’une rampe dont le départ se trouvera à la hauteur de la rue Talmier. Il passera au-dessus du boulevard Sabatier, à une hauteur de 4,50 mètres. Il aboutira place Brisson. La rue Antoine Marty ainsi prolongée, traversera le lotissement Satgé, longera le collège technique pour aller aboutir, plus tard, à un carrefour nouveau, que l’on aménagera au-dessous de Montlegun."

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Le pont avant son inauguration en 1963

Carcassonne possède désormais en centre-ville trois ponts sur l’Aude. Le Pont vieux (220 mètres), le Pont neuf (140) et le Pont de l’Avenir (190). Mais au fait, pourquoi cette appellation ? Au départ, on pensa le nommer Pont Jules Fil mais tous les terrains au-delà de l’ouvrage représentaient bien l’avenir urbain de Carcassonne.

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© Google

Le Pont de l'Avenir en 2017

Sources

Le courrier de l'Aude, l'Express du Midi

Bulletins municipaux

Extraits du Conseil muncipal

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11/10/2017

Histoire de l'alimentation en eau des fontaines publiques de Carcassonne

Dès la fin du XVIIe siècle, la ville de Carcassonne tirait les eaux alimentant la fontaine de la Place aux Herbes (place Carnot), d’un lieu-dit situé à Villalbe appelé « Roquecave ». Cet endroit est compris actuellement entre l'Aude et la route de Limoux au niveau de l'ancienne gare de Madame. Un aqueduc dont les traces existent encore conduisait l’eau non loin du moulin de Maquens jusqu’à l’actuelle place Carnot où se dressait un rocher surmonté d’un Neptune aux proportions héroïques. Du haut de ce rocher, l’eau se déversait dans quatre coquilles. Un peu plus bas, quatre génies assis sur autant de chevaux marins, rejetaient l’eau par la bouche de quatre dauphins. Le tout était entouré d’un bassin en pierre et protégé par une grille de fer. Cette fontaine était insuffisamment alimentée et ses eaux ne pouvaient jaillir qu’à de rares intervalles.

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© AAVC / Alain Pignon

Le seul vestige de cette fontaine est ce dauphin restauré et déposé au Musée des Beaux-arts. On doit ce travail aux bénévoles de l'Association des Amis de la Ville et de la Cité qu'il faut féliciter :

Abbé Cazaux, J. Blanco, M-C Ferriol et A. Pignon

Les travaux relatifs à cette construction dataient de 1676 et avaient couté 70 000 livres. La communauté rechercha dès 1740, les moyens de remédier à ces inconvénients. On demanda des études au Révérend Père Pélissier de la Compagnie de Jésus et au sieur Bourrail, ancien trésorier de l’artillerie des provinces du Roussillon et du Languedoc. Les plans et devis du R.P Pélissier, présentés dans la séance du 20 janvier 1741, furent soumis par l’intendant du Languedoc à l’examen de M. Pitot, de l’Académie Royale de Londres, censeur royal et directeur des travaux publics de la Province du Languedoc.

M. Pitot après avoir dressé les procès-verbaux et fait de nouvelles études, soumit le tout à l’approbation du conseil qui, dans sa séance du 30 avril 1743, adopta son projet. Le 20 mai suivant, l’intendant autorisa l’adjudication des travaux ; retardée pour différentes causes, elle n’eut lieu que le 7 novembre 1744, en faveur de Germain Miran fils, entrepreneur des ouvrages publics de la ville de Carcassonne. Le 29 juillet 1751, il fut décidé que la grande fontaine de la place aux Herbes serait construite en marbre conformément au plan. A un détail près, les quatre lions placés aux encoignures seront supprimés.

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© La dépêche

Actuelle fontaine de la place Carnot

Ce travail fut adjugé en 1752 moyennant 11 800 livres, au sieur Barata, sculpteur italien de Massa-Carrard. Cet artiste fort négligeant, son travail n’avançait pas. Il fut même question de le poursuivre ; en 1766, on pensa traiter avec Rémond de Caunes-Minervois. L’affaire s’arrangea finalement et Barata fils aîné repris les travaux commencés par son père. Il livra la fontaine qui fut placée le 3 juin 1771 sur la place aux Herbes. Ceci n’alla pas sans quelques problèmes…
A commercer par l’entretien des travaux assez dispendieux. Ensuite, l’établissement de filtres capables de fournir une eau claire et pure. Cette question fut traitée par la première fois en 1801, mais revint en 1824 en même temps que l’on s’occupa de la reconstruction des quatre fontaines angulaires de la place. Elle y sont encore aujourd’hui et remises en eau en 2013 par la municipalité Pérez. Le 6 juin 1833, on décida de placer des filtres à l’Origine sur le territoire de Coufoulens.

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Bassins de l'Origine à Coufoulens

En 1824, les hauts quartiers de la ville furent alimentés en eau grâce à une machine hydraulique installée en haut de la rue de Verdun. Là, se trouve en-dessous un bassin et des canalisations souterraines. Cette machine fournit les fontaines du Jardin des plantes, près de la gare.
Dans le principe, les eaux étaient prises directement dans la rivière Aude et conduites aux bassins de décantation par un canal à ciel ouvert. Toutefois, on reconnut bientôt que ce canal était comblé à chaque crue et que le travail de décantation dans les bassins ne donnait pas une eau suffisamment pure.
Le système de filtration, établi en 1833 et 1834, sous l’administration de M. le baron Peyrusse, produisit de meilleurs résultats. On construisit 420 mètres d’aqueducs filtrants, à pierres séchées, de 0,33 x 0,30 mètres. Ces aqueducs formant deux branches, venaient se réunir à 60 mètres en amont des bassins de l’Origine, avec lesquels ils étaient mis en communication au moyen d’un aqueduc en pierre de taille évidée de 0,50 x 0,35 mètres.

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Entrée vers le bassin sous la Porte de Toulouse

Devenu maire en 1853, M. Roques-Salvaza fit rechercher ces aqueducs disparus sous la végétation et en fit établir de nouveaux sur une longueur de 400 mètres dans des proportions plus considérables, ce qui permit de les visiter d’un bout à l’autre et d’éviter les inconvénients rencontrés par le passé. Les travaux de défense furent entrepris en même temps que ceux des filtres. Sans chercher à fixer d’une manière définitive le lit de la rivière à l’Origine, on se contenta de protéger la tête par une digue de terre insubmersible reliée au coteau, et par le revêtement en moellons de la berge de la rivière, par laquelle la crue était à craindre. Les eaux ainsi captées et filtrées et défendues furent amenées des bassins de l’Origine à celui de distribution au moyen d’une conduite constamment couverte construite en maçonnerie sur presque toute la longueur et creusée sur quelques points aux abords de la ville dans le rocher.

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© Jacques Blanco

Bassin de 1676 sous la place Davilla

Cette conduite a une longueur de 7757 mètres que l’on peut diviser en trois parties distinctes : la première, en partant des bassins de l’Origine, sur une longueur de 623 mètres, est complètement enfoncée dans le sol. Elle est formée d’une galerie qu’un homme peut parcourir et qui a un mètre de large sur 1,70 mètres de hauteur. On pouvait y pénétrer par deux puisards.

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© Thierry Lamouroux

La conduite sur le domaine du Chapitre à Villalbe basse

La partie intermédiaire sur une longueur de 6639 mètres, est établie tantôt à une faible profondeur sous le sol, tantôt au-dessus, supportée par des murs et arcades. Dans cette partie, la largeur de la conduite est généralement de 0,50 x 0,80 mètres. Il a été construit 31 regards pour cette partie.

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Vestiges de l'aqueduc derrière les sapins, route de Limoux

La dernière partie, longue de 496 mètres est comme la première, enfoncée sous le sol. La plus grande fraction a même été ouverte en forme de tunnel. Elle est comme la première, desservie par dix puisards. La pente totale entre le seuil de la conduite à l’Origine et les orifices des tuyaux au bassin de distribution est de 6362 mètres qui, répartis sur la longueur totale, donnent une pente moyenne de 0,000819 par mètre.

alimentation en eau

© Droits réservés

En 1973, des travaux d'agrandissement de la station ESSO au Quatre chemins, mirent au jour une partie de l'aqueduc souterrain.

L’eau amenée par la conduite extérieure que nous venons de décrire, arrive au bassin de la place Davilla où elle se divise en deux parties : l’une, conservant son niveau et désignée sous le nom d’eaux ordinaires, va au bassin de distribution situé dans la rue de Verdun, à l’angle de la rue des Etudes. L’autre, perdant 2,40 mètres de hauteur et désignée sous le nom d’eaux basses, coule dans un canal souterrain établi sous le boulevard Marcou.

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Ancien bassin de distribution, rue de Verdun

On a dru subir cette perte de hauteur pour créer une chute et, par suite, une force motrice qui, put élever l’eau nécessaire aux quartiers supérieurs de la ville. Treize tuyaux, dont six pour les eaux ordinaires et sept pour leurs nombreux embranchements se croisant en tous sens et formant un réseau compliqué distribuaient en ville de grosses quantité d’eau. Les tuyaux étaient généralement en poterie ; ils furent remplacés à la fin du XIXe siècle en métal.
L’alimentation en eau des hauts quartiers était à peu près nulle en 1676. Les moyens imaginés par M. Pitot pour les pourvoir furent imparfaits et insuffisants. A la chaîne à chapelets, établie primitivement sur la chute de la « Porte de Toulouse » (haut de la rue de Verdun), succéda en 1824, la machine Mazeline (roue en fer à godets) qui mise en mouvement par 45 pouces d’eau, devant en élever 12 à 15 - à une hauteur de 14 à 15 pieds. Le système Abadie adopté en 1832 consista en une roue motrice à augets actionnant trois pompes et devant, avec 100 pouces d’eau motrice, élever 10 pouces ou 140 litres d’eau par minute, pour alimenter dix bornes fontaines.

alimentation en eau

Vestiges de l'aqueduc de Pitot chez M. Gélis en 1973

En 1846, la roue fut remplacée par une turbine et un quatrième corps de pompe fut ajouté au trois premiers. Une seconde turbine actionnant une pompe vint plus tard fonctionner à côté de la première, sans améliorer sensiblement la situation. Le problème fut enfin résolu par M. Girard, ingénieur civil à Paris.La turbine qu’il a construite en 1864 actionne directement deux pompes horizontales à pistons plongeurs, et à double corps, devant donner 45 à 50 coups de piston à la minute et élever par 34 heures, l’une 200 m3 d’eau à la hauteur de 9 mètres et l’autre 300 m3 à la hauteur de 7 mètres avec le volume de 4000 m3 d’eau motrice. Depuis cette époque, et grâce à de nouveaux perfectionnements, on a pu créer des fontaines dans des quartiers qui en étaient privés et surtout au faubourg de Laraignon (Les Capucins) et au faubourg de la Paix.

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© Collection Martial Andrieu

Ancien réservoir de la place Saint-Sernin (Marcou) à la Cité

Des études pour compléter le service hydraulique de la Cité furent faites en 1865, par M. Simonneau, ingénieur des Ponts et Chaussées et M. Desolas, architecte de la ville. Toutefois, ces études n’aboutiront à un résultat qu’en 1871. Jusqu’à cette époque, la seule eau dont disposait la Cité était celle de la « Porte de fer » qui arrive par un aqueduc de deux kilomètres de longueur. La source qui fournit l’eau à la Cité vient de Pech-Mary et sort de dessous le rocher qui se trouve dans la propriété dite « Porte de fer », actuellement appelée « Sainte-Eugénie ». Il faut suivre actuellement le chemin de Sainte-Croix en direction de Pech Mary.

A cette date, on établit près de l’église Saint-Gimer, dans le faubourg de la Barbacane, une machine élévatoire, mise en mouvement par la vapeur, et qui conduit l’eau d’un puits sur la place Saint-Sernin. Là, un réservoir d’une certaine hauteur distribuait les eaux des deux provenances dans les différents quartiers. Cette machine ne fonctionnait guère que pendant les chaleurs, au moment des basses eaux de la Porte de fer. On ne comptait d’abord à Carcassonne que 16 bornes fontaines et la grande fontaine de la Place aux Herbes.

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L'une des quatre fontaines de la place Carnot

En 1875, il y a 119 bornes fontaines dans la Ville basse et ses faubourgs, cinq fontaines de luxe, en gerbes ou cascades. En 1865, M. des Plas, architecte de la ville, démontre par comparaisons que Carcassonne (Ville basse) est la seconde ville du monde et la première de France pour la quantité d’eau assurée aux habitants et distribuée dans les fontaines publiques. En effet, on relève sur le tableau qu’il a dressé à titre d’exemple, en litres par jour :

Rome (950), Carcassonne (750), New-York (568), Marseille (186), Bordeaux (170), Londres (95), Toulouse (70), Montpellier (60), Edimbourg (50), Le Havre (40), Paris (14).

Sources

Lectures variées sur le département de l'Aude / A. Ditandy / 1875

Notes et synthèses / Martial Andrieu

Conseils de lecture

La conduite des eaux potables à Carcassonne (XVIIe et XVIIIe siècles)

Bull. SESA - Tome CVIII - 2008 / J. Blanco et JL Bonnet

 Claude Marquié / Hommes et métiers au fil du temps

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