13/09/2017

Où est passée la plaque en hommage à Joseph Fortunat Strowski, rue Armagnac ?

 Par délibération du Conseil municipal de Carcassonne en date du 26 décembre 1952, la ville de Carcassonne décida d'honorer la mémoire de Fortunat Strowski et de Joë Bousquet. Elle fit apposer deux plaques : l'une, rue de Verdun sur la maison du poète J. Bousquet et l'autre, au 22 rue Armagnac sur la maison natale de Fortunat Strowski. Cette dernière a été déposée de la façade sur laquelle elle se trouvait par l'actuel propriétaire en 2014 ; jamais depuis elle ne retrouva son emplacement.

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C'est le dimanche 11 mai 1954 qu'eut lieu l'inauguration de cette plaque, en hommage à l'académicien natif de Carcassonne. Ce jour-là une foule d'anonymes et de personnalités s'étaient massées au pied du 22 rue Armagnac afin d'honorer la mémoire de l'écrivain décédé le 11 juillet 1952 à Neuilly-sur-seine. Parmi les notabilités, on notait la présence de MM. Merlaud (Chef de cabinet du préfet), Jules Fil (Maire), Clément (Directeur de l'enseignement primaire), Commandant Larche (Gendarmerie), Vidal (Proviseur du lycée), Garnon (Chef de la sûreté), Descadeillas (Bibliothécaire), Sablayrolles (Syndicat d'Initiatives), Chanoine Degud (Directeur de l'enseignement diocésain), Callat (Chambre de Commerce), Delpech (Secrétaire général de mairie), Jean Lebrau (Poète), le conseil municipal et la famille Strowski.

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Joseph Fortunate Strowski

La famille Strowski, française avant la lettre, s'était mise au service de la France dès 1797. C'est à cette époque que François Strowski, seigneur de Leuka, né en 1772 à Siédlec s'engagea dans les légions polonaises au service de la France. Il participa aux campagnes d'Italie et d'Espagne où il connut la charge célèbre de Somosierra au cours de laquelle les lanciers polonais de l'armée de Napoléon enlevèrent le passage qui, par le col de Somosierra, faisait communiquer les deux Castilles et les bassins du Tage et du Damo. C'est grâce à cette campagne que François Strowski reçut la légion d'honneur par décret de Napoléon 1er. Chef d'escadron puis lieutenant-colonel au 17e régiment de cavalerie polonaise - lancier du colonel Conte Tyszkiewiez - il participe à la campagne de Russie et connaît le calvaire de la retraite en 1812, à la suite de laquelle son régiment est interné au Danemark. Après la chute de l'empereur, l'aïeul de Fortunal Strowski rentre en Pologne où il promu général dans l'armée autrichienne en 1825 ; il meurt en 1842.

Fortunat Adalbert Cyprien Alexandre, père de Fortunat et fils du colonel de l'empire, est né le 17 avril 1828 à Siedlec. Il fut élève du Gymnasium de Navo-Sandec avant d'être élève-officier de l'école militaire de Neustadt, près de Vienne, d'où il s'échappa en 1848 pour participer à l'insurrection polono-hongroise de Kossuth contre l'Autriche et la Russie comme officier d'état-major dans l'armée de général Bem. Sans doute a t-il connu les succès de Chlopicki et les glorieux combats de Grochow et d'Ostrolenka, mais ressentit profondément la prise de Varsovie et l'annexion de la Pologne par la Russie. Pris avec la reddition générale des troupes hongroise et polonaises, il réussit à s'enfuir et à regagner la France. Ce fils d'un officier des armées de Napoléon 1er se vit faciliter les formalités administratives de installation en France. C'est dans notre pays qu'il se fixa et où il exerça le métier d'enseignant. Il sera nommé au lycée de Carcassonne le 8 février 1861 et s'y installera le 25 du même mois.

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Acte de naissance (11 mai 1866) de Joseph Fortunat Strowski

En 1866, année de naissance de Joseph Fortunat, la famille logeait au second étage du 20 rue du Port (actuel, 22 rue Armagnac). Selon le recensement, il y avait là son père (professeur d'Anglais au lycée), son mère Adélaïde, sa sœur Hedwige († 6 janvier 1868 à l'âge de 5 ans) et Eulalie Mauriès (fille de service). Au mois d'octobre 1869, la famille Strowski quitte Carcassonne pour Mont-de-Marsan. C'est dans cette ville que la guerre de 1870 mobilise le père de Fortunat, comme capitaine dans la Garde nationale. Il fonde le journal "Le Républicain Landais" et milite en faveur de l'établissement du régime républicain. Le 16 mai, il est invité à cesser la publication de son journal ainsi que toute activité politique.  Il meurt le 22 juin 1885 à l'âge de 56 ans ; son fils n'a pas encore 19 ans. Fortunat ne laisse pas décourager, il entre à l'Ecole normale supérieure et est agrégé à 22 ans.

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L'ami de Jean Jaurès

C'est à Albi que le jeune Carcassonnais débute sa brillante carrière. Nommé professeur de réthorique, il rencontre Jean Jaurès avec qui il se lie d'une solide amitié. Nommé à Montauban en 1890, il se marie l'année suivante avec Mlle Germaine Mérens, native de Toulouse. Professeur au lycée de Nîmes, il est docteur es-lettres en 1897 après une soutenance de thèse sur Saint-François de Sales. C'est ensuite le lycée Lakanal et la faculté de lettres de Bordeaux qui l'accueillent, alors que la Sorbonne lui ouvre ses portes en 1910, succédant à la chaire de l'éminent critique Emile Farguet. 

En 1926, il est élu membre de l'Académie des Sciences morales et politiques dont il président en 1938. Professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Paris en 1930, il a été maintes fois délégué de la France auprès de pays étrangers. C'est ainsi qu'il fut désigné par la direction de l'Enseignement supérieur  pour plusieurs périodes à la célèbre université de Columbia. Au mois de mai 1940, en pleine tourmente, il est envoyé au Brésil pour la fondation de la Faculté nationale de philosophie de l'Université de Rio de Janeiro jusqu'en 1947. C'est pendant cette période qu'il publie "La France endormie". Ses missions à l'étranger furent nombreuses. Il fut l'ambassadeur  des lettres françaises en Belgique, en Norvège, à Rome, en Hongrie et en Pologne où une de ses filles a été professeur au lycée français de Varsovie. Fortunat Strowski laisse une œuvre immense de plus de 25 livres, sans compter les communications faites à l'Académie. Montaigne, Pascal et François de Sales durent ses sujets préférés. Vice-président de la Société des Gens de Lettres, Fortunat Strowski était officier de la légion d'honneur et commandeur de Polonia Restitua. Ainsi vécut cette famille d'origine étrangère, qui mit sa vie et son intelligence au service de la France.

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Joseph-Fortunat Strowski participa à la collection des écrivains Audois "À la porte d'Aude", constituée de 17 volumes. Il donna à cette collection deux contes dont "Le porteur du rouleau des morts". Au Moyen-âge étaient portés d'abbaye en abbaye, des parchemins pour commémorer les morts et solliciter en leur faveur des prières des vivants. Mais le parchemin, nous dit Fortunat Strowski, avait moins d'attrait pour la curiosité des moines que la conversation du personnage obscur qui le portait et qu'on appelait du nom plaisamment choisi de "frère roulier". Ces messagers étaient choisis parmi les frères les plus agiles de jambes et d'esprit ; ils s'en allaient d'un pied léger, à travers routes et sentiers, comme l'imagination du savant faisant pour une fois l'école buissonnière. Les yeux bien ouverts, l'oreille attentive, bon appétit et bonne humeur. C'est à l'un d'eux que Fortunat Strowski demanda donc pour "La porte d'Aude", l'histoire du sénéchal fantôme, alors qu'en l'an 900, comme hier, la France était à peine délivrée  d'une invasion qui avait mené jusqu'à Montmartre l'armée germanique de l'empereur Otton. 

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La maison natale de Fortunat Strowki, actuellement sans la plaque

On pourrait polémiquer à loisir sur l'indigence du petit patrimoine Carcassonnais, mais nous n'en ferons rien. En vérité, c'est bien plus grave que cela. On pourrait s'entendre dire que cette plaque avait dû être posée par quelques admirateurs, membres d'une quelconque société savante de la ville. Or, cette fois ce chapelet d'objecteur des mauvaises consciences ne peut être soutenu. Il s'agit ni plus ni moins d'un acte répréhensible par loi, qui envoie au tribunal toute personne s'en prenant aux biens municipaux. Oui ! le propriétaire de l'immeuble - si, c'est lui - doit restituer l'objet déposé. 

Source

Délibération Conseil municipal / 26 décembre 1952

A la porte d'Aude / 1928-1930 / 17° volumes

Discours de Jean Lebrau

L'Indépendant / 12 mai 1954

Notes et synthèses / Martial Andrieu

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12/09/2017

Les anciennes bornes d'octroi de la ville

Cachées par la végétation et usées par le temps, les bornes des anciens octrois de Carcassonne se sont endormies avec l'espoir qu'un curieux ne les découvre à nouveau. Il y a donc quatre ou cinq ans que Jacques Blanco tenta de faire connaître à qui voulut bien l'écouter, l'existence de ces vieux piliers en grès prélevé sur la carrière de Villegly. Tant et si bien qu'il s'amusa à les recenser : route de St-Hilaire, chemin de Montredon, etc. L'un d'entre-eux servit en réemploi de support à une croix matérialisant une chapelle disparue. Restait encore à s'instruire de l'utilité de ces bornes et d'essayer de comprendre la raison pour laquelle, elles se trouvaient là, en bordure de la route. Tout dernièrement, le fruit de mes recherches a permis de mettre la main sur un vieil article de journaux d'après-guerre. 

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© J. Blanco

Borne d'octroi en place, route de St-Hilaire

M. Achille Alaux avait débuté sa carrière au bureau des Octrois de Carcassonne en 1913, jusqu'à en devenir le chef. Il prit sa retraite en 1948, après que cet office municipal a été démantelé par les gouvernement de Vichy. Grâce aux souvenirs qu'il livra à un journal dans les années 1970, nous sommes maintenant en mesure de pouvoir expliquer l'utilité de ces bornes. 

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Achille Alaux

En 1913, la ville de Carcassonne disposait de onze bureaux d'Octrois, en comptant la recette centrale de la mairie. Ils étaient ouverts de 6 heures du matin à 8 heures du soir. Dans la nuit, une brigade de surveillance, un contrôleur et deux employés prenaient la relève. 

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© Coll. Martial Andrieu

Employés de l'Octroi de Carcassonne

Ces bureaux étaient disposés de la façon suivante aux quatre coins de la ville : carrefour de l'avenue Jean Moulin et de l'avenue du général Leclerc, sur la place du Prado à la Cité (wc publics), route de St-Hilaire à l'angle avec le chemin des Ourtets, au quatre chemins à l'angle des avenues Bunau Varilla et Henri Gout. Ce dernier fut scindé en deux en 1914. L'un alla dans la caserne de la Justice (Parc municipal au matériel, avenue H. Gout) et l'autre, route de Limoux au niveau du maraîcher Gélis.

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© Coll. Martial Andrieu

L'octroi de la route de St-Hilaire (Disparu)

On trouvait également des bureaux au Chemin de Serres, contre le pont de chemin de fer de l'Estagnol ; au pont d'Artigues, route de Toulouse ; boulevard de Varsovie, en face du collège du Bastion côté Canal du midi ; à l'entrée de la gare SNCF ; route Minervoise, avant d'arriver à St-Jean (on l'appelait Tourtel) et enfin, à l'abattoir à la route de Montredon (Espace Jean Cau).

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© J. Blanco

Borne en bordure de la route minervoise

Ces bornes avaient pour utilité d'annoncer le bureau de l'Octroi, car elles étaient toutes placées à une distance de 100 mètres de celui-ci. Si les bureaux ont disparu, il est tout de même possible de savoir où ils se trouvaient précisément. Il suffit de prendre un décamètre afin de mesurer la distance. Ces octrois percevaient une taxe pour faire entrer des marchandises en ville. M. Alaux se souvient que pour un poulet ou un lapin, il fallait s'acquitter de deux sous. Les cochons abattus par des particuliers en ville c'était 10 francs les cinq kilos ; 100 kg de bois c'était deux francs. Quand le service des Octrois fut abandonné, les employés ont été recasés à la police municipale et à la voirie.

Je remercie J. Blanco de m'avoir fait connaître l'existence de ces bornes. 

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11/09/2017

Une partie des trésors du temple de Jérusalem serait enfouie dans la Cité de Carcassonne.

Il y a une quinzaine de jours nous écrivions un article en formulant une hypothèse qui parut farfelue à certains d'entre vous : les trésors du temple de Salomon seraient-ils à Carcassonne ? Les détracteurs de ce blog - ils existent - crurent trouver du grain à moudre pour faire avancer l'idée selon laquelle, "Musique et patrimoine de Carcassonne" ne serait que l'œuvre d'un bricoleur. Or, à l'inverse de ceux qui savent ou croient savoir, nous cherchons ; car nous, nous ne savons pas. Aussi, au prix de nos efforts pour contredire ses fieffés dignitaires de la porte ouverte, sommes-nous tombé sur un travail publié en 1867 dans "Le moniteur de l'archéologie" par J. Jaffus. Le voici recopié dans son intégralité...

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© Booking.com

 Les immenses richesses du temple de Jérusalem devaient exister la convoitise des conquérants de l'Asie. Saccagé et incendié par les Chaldéens, 625 ans avant J-C, ses trésors furent transportés à Babylone. Cyrus rendit aux Juifs captifs la liberté et 5400 vasques d'or que Nabuchodonosor avait mis dans le temple de Bélus. Ces dépouilles du monument de Salomon servirent d'ornement au second temple bâti par Zorobabel. L'an 170, elles devinrent la proie d'Antiochus Epiphane. Le temple, pillé de nouveau par Crassus, restauré et embelli par Hérode, reprit son ancienne splendeur, et lorsque Titus y pénétra, il fut étonné à la vue de tant de magnificence. Flavius Josèphe nous a légué le dramatique récit de cette Guerre Judaïque à laquelle il prit une part active, d'abord comme ennemi des Romains, et ensuite comme partisan dévoué de ceux qu'il avait combattus. cette guerre se termina le 8 septembre 70, par la destruction de Jérusalem et l'incendie de temple.

Titus fit de vains efforts pour conserver ce superbe édifice, mais il en sauva du moins les trésors.  Le butin fut si grand, dit Josèphe, que la valeur de l'or diminua de moitié dans toute la Syrie. Cependant, une partie de ces richesses avait été cachée. Un sacrificateur à qui Titus avait promis la vie et la liberté, à condition de lui remettre quelques restes des trésors du temple, livra au général vainqueur deux chandeliers, la table des pains de proposition, des coupes et quelques vases d'or massif, comme aussi des voiles, des vêtements sacerdotaux, des pierres précieuses. On prit en même temps Phinées, garde du trésor, et il découvrit un lieu secret où se trouvait une grande quantité d'habits et de ceintures des prêtres, de la pourpre et de l'écarlate pour les voiles du temple, et plusieurs autres objets de grand prix. 

D'après la Chronique d'Alexandrie, Titus envoya à la ville d'Antioche deux chérubins de taille colossale et quatre taureaux d'airain. Le reste du butin fut porté à Rome. Josèphe a décrit le magnifique triomphe de Titus :

"Parmi la grande quantité de dépouilles qui ornèrent son triomphe, les plus remarquables, dit-il, étaient celles qui avaient été prises dans le temple de Jérusalem, la table d'or qui par son poids égalait plusieurs talents et le chandelier également d'or, fait avec tant d'art pour l'usage auquel il était destiné. De son pied s'élevait une espèce de colonne d'où sortaient, comme de la tige d'un arbre, six branches, au bout de chacune desquelles était une lampe. Elles étaient au nombre de sept, indiquant le nombre septnaire en honneur des Juifs. Après cela était portée la Loi des Juifs, qui fermait la dernière partie des dépouilles."

On voit encore sur un bas-relief de l'arc de Titus à Rome, huit soldats, couronnés de lauriers, portant la table d'or et les trompettes placées sur un ferculum. Un autre bas-relief représente un groupe transportant de la même manière le grand chandelier. la table des pains de proposition avait deux coudées de long, une coudée de large et une coudée et demi de haut. Elle était soutenue par quatre pieds. Tout autour, régnait une bordure d'or sculptée à jour. Sur cette table étaient rangés, en deux piles, douze gâteaux azymes qu'on recouvrait d'encens et qu'on renouvelait tous les sept jours, comme un hommage des douze tribus à la puissance divine. Le grand chandelier était formé d'un pied, d'une tige et de six branches. Chacune de ses branches se composait d'une série de petits plateaux, en forme d'amandes, qui supportaient une pomme et par-dessus une fleur. Le tout était d'or massif et pesait un talent (67 livres).

Moïse avait placé devant le tabernacle une seule table er un seul chandelier. Salomon fit faire sur ce modèle, dix tables et dix chandeliers d'or. D'après les Rabbins, la table et le chandelier primitifs furent déposés dans le trésor du temple. Tout cela fut brisé par Antiochus Epiphane ; Judas Machabée mit dans le temple une nouvelle table et un nouveau chandelier, les mêmes sans doute qui furent portés à Rome après la destruction de Jérusalem. Quant à la Loi des Juifs qui, selon Josèphe, dut figurer au triomphe de Titus, on a supposé que c'étaient les deux tables de pierre sur lesquelles Moïse ou plutôt Dieu lui-même avait gravé le Décalogue. Cette opinion n'est pas fondée. L'arche d'alliance, placée dans le Saint des saints, renfermait les tables de la loi ; mais depuis longtemps l'arche avait disparu. Lorsque les Chaldéens attaquèrent la Judée, Jérémie prit l'arche, la porta jusqu'au mont Nébo, et la cacha dans une caverne dont il ferma soigneusement l'entrée. Les Juifs croient généralement et Dom Calmet a démontré qu'elle n'a jamais été retrouvée. Depuis le retour de la captivité, il n'est plus question de l'arche dans la Bible. Josèphe dit expressément qu'à la prise de Jérusalem, il n'y avait rien dans le sanctuaire. Ni l'arche, ni les deux tables ne sont représentées sur l'arc de Titus. On porta sans doute à son triomphe un exemplaire du Pentateuque, appelé par les Juifs : Thorah (la loi).

Vespasien ayant bâti le temple de la Paix, il y mit le chandelier d'or, la table des pains de proposition et les autres richesses du temple de Jérusalem. Quant à la Loi des Juifs et aux autres voiles du sanctuaire, qui étaient de pourpre, il les fit garder avec soin dans son palais.

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Alaric Ier

L'an 191, un violent incendie détruisit le temple de la Paix. Les objets sacrés qu'il renfermait durent être sauvés des flammes, puisque, deux siècles après, les Goths les trouvèrent dans le palais des Césars. Le 24 août 410, Alaric entra dans Rome qu'il livra au pillage pendant six jours. Procope assure que les Goths s'emparèrent du trésor impérial et des dépouilles du temple de Salomon. A la mort d'Alaric, Ataulf, son beau-frère, quitta l'Italie et vint s'établir dans le midi de la Gaule. Quelques auteurs modernes ont cru qu'il occupa Carcassonne. Les chroniques d'Idace et de Prosper d'Aquitaine constatent la prise de Carbone par ce chef et font supposer celle de Toulouse, mais ne disent rien de Carcassonne. Cette place déjà très importante sous les Romains, leur fut enlevée par Théodoric 1er qui l'entoura de nouvelles fortifications en 440.

Alaric II régnait paisiblement à Toulouse lorsque Clovis envahit l'Aquitaine. Le roi wisigoth se hâta de mettre en sûreté une partie de ses richesses dans la citadelle de Carcassonne.  Il fut vaincu et tué de la propre main de Clovis, à Vouillé en 507. Toulouse capitula ; le reste du trésor des Wisigoths devint la proie du vainqueur ; puis, Clovis alla mettre le siège  devant Carcassonne, dans l'espoir de s'emparer des richesses qui y étaient renfermées. Tel est le récit de Procope ; mais, d'après Grégoire de Tours, le trésor d'Alaric II tomba tout entier au profit des Francs. Comment concilier ces assertions contradictoires ? 

Il suffit d'admettre, et cette opinion n'a rien d'invraisemblable, l'existence simultanée de deux trésors, l'un à Carcassonne, l'autre à Toulouse. Le premier, c'est-à-dire,l'ancien trésor d'Alaric et d'Ataulf, était le fruit du pillage de l'empire et de Rome ; le second pouvait provenir des dons de l'amitié ou des tribus de l'obéissance, et surtout du butin conquis en Espagne sur les Alains, les Suèves et les Vandales. On se ferait difficilement une idée de l'énorme quantité de dépouilles massées par les rois Wisigoths pendant deux siècles de guerre et de dévastations. Les cent bassins remplis de pièces d'or et de diamants que Placidie, épouse d'Ataulf, reçut le lendemain du jour de ses noces, n'étaient qu'une très petite partie de leurs richesses. On trouva dans leur palais de Narbonne, lorsque les Francs le pillèrent dans le Vie siècle, 60 calices, 15 patènes, 20 boites ou coffres pour conserver les saintes écritures, tous d'or massif, incrustés de pierreries et beaucoup d'autres objets précieux.

Le butin convoités par Clovis était bien autrement considérable. Aussi le roi des Francs pressait-il vivement le siège de Carcassonne. Voici comment ce fait est raconté par Procope, auteur contemporain :

"Les Germains (les Francs) victorieux dans cette bataille (Vouillé), font un grand carnage de leurs ennemis, tuent Alaric, deviennent ainsi maîtres de la plus grande partie de la Gaule, et investissent étroitement la ville de Carcassonne, ayant entendu dire qu'elle renfermait les richesses impériales que le vieil Alaric avait emportées, lorsqu'il eut pris la ville de Rome. Parmi ces richesses, se trouvait, dit-on, une bonne partie du précieux mobilier de Salomon, lequel était orné de superbes pierreries ; ce qui était une chose très belle à voir. Les Romains avaient autrefois apporté ce mobilier de Jérusalem."

Cependant Théodoric, roi d'Italie, avait le gouvernement des Wisigoths durant la minorité d'Amalric, fils de sa propre fille et d'Alaric II. Le comte Hibbas, son lieutenant, passa les Alpes avec une armée et battit les Francs dans les environs d'Arles. Il marchait sur Carcassonne, quand Clovis se hâta de lever le siège et de reprendre sa route vers le nord. Théodoric, sous prétexte de veiller à la conservation des biens de son pupille, fit transporter à Ravenne les trésors des Wisigoths. D'après un traité conclu entre Amalaric et le successeur du roi d'Italie, les Wisigoths rentrèrent en possession de tout le pays qui s'étend du Rhône à Carcassonne, et obtinrent la restitution des trésors pris dans cette ville. Si l'on doute de cette restitution, il faut du moins admettre que Théodoric n'a pas tout enlevé, et que les Wisigoths durent cacher ce qu'ils avaient de plus précieux. Lorsqu'ils quittèrent définitivement le midi de la Gaule, ils emportèrent en Espagne une partie de ces richesses. On y remarquait le fameux missorium, plat d'une grandeur extraordinaire, d'or massif, du poids de 300 livres, destiné à l'usage de la sainte Table, et d'une valeur inestimable par la main d'ouvre et les diamants dont il était orné. La tradition le faisait regarder comme un présent du patrice Ætius, offert au roi Thgorismond après la défaite d'Attila.

Quand les Arabes conquirent l'Espagne et pillèrent ce trésor, ils trouvèrent une curiosité encore plus admirable ; c'était une table fort grande, formée d'une seule émeraude, entourée de trois rangs de perles, soutenue par 60 pieds d'or massif, incrustée de diamants et estimée à la valeur de 500 pièces d'or. Cette table magnifique, ce merveilleux missorium provenait du trésor de Carcassonne. 

Quant aux ornements du temple de Salomon, s'ils avaient été envoyés à Ravenne et si l'Italie les eût gardés, on en verrait dans les Lettres de Cassiodore, premier ministre de Théodoric, dans l'Histoire Gothique de Jornandès, qui fut évêque de Ravenne  vers 552. Théodoric était un grand roi. Quoique arien, il protégeait les catholiques ; il veillait à la conservation des monuments romains, des statues. Loin  de briser les vases sacrés de Jérusalem, il les aurait gardés avec une religieuse vénération. Ravenne, Milan, Naples, Rome se disputaient l'honneur de les posséder. Le silence des auteurs contemporains, joint à l'absence de ces augustes dépouilles, prouve qu'elles n'ont pas été envoyées à Ravenne ou qu'elles n'y sont pas restées longtemps. 

Mais peut-être que les Sarrasins, les Wisigoths les ont-ils emportées en Espagne. Si cela était, on en trouverait quelque vestige dans l'histoire, quelques souvenir dans la mémoire des peuples. La catholique Espagne montrerait avec orgueil ces reliques saintes. Les chroniques arabes font mention de sept énormes colonnes d'argent que Moussa enleva, en 713, de l'église Sainte-Marie (Actuellement, Notre-Dame de l'abbaye à la Trivalle - note du blog). Gibbon parle de sept statues équestres ; Fauriel, de sept figures colossales d'argent massif. Quoi qu'il en soit, on ne connaît pas d'autre spoliation commise à Carcassonne par les Sarrasins, pendant leur courte domination. 

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Notre-Dame de l'abbaye, rue Trivalle

Nous avons dit que les Arabes, lorsqu'ils pillèrent le trésor des Wisigoths, à Tolède, y trouvèrent le missorium et une table admirable, mais qui ne ressemblait en rien à celle que Salomon mit dans le Temple. Il est évident que les auteurs qui nous ont conservé ces curieux détails, auraient parlé aussi du grand chandelier et de la table de Jérusalem, si l'un ou l'autre avaient fait partie de ce trésor. Sans vouloir expliquer pourquoi les Wisigoths ne les ont pas emportés, constatons que ces objets précieux ont été enlevés de Rome par Alaric 1er, renfermés par ses successeurs dans la Cité de Carcassonne, et que rien ne prouve qu'ils en soient sortis, au moins depuis leur restitution en 526.

Je terminerai ces considérations par l'examen d'un passage de Procope, qui se rattache à la question qui nous occupe. En 455, Rome fut prise et saccagée par les Vandales. Genséric, leur roi, revint à Cathage chargé d'un immense butin. Vingt ans après, Bélisaire porta la guerre en Afrique, battit Gélimer, cinquième successeur de Genséric, et s'empare de son camp où il trouva une masse énorme de dépouilles. Procope avait suivi Bélisaire, comme secrétaire, dans cette expédition ; il assista à son triomphe.

"On y voyait, dit-il, des meubles riches, admirables, enlevés autrefois dans palais de Rome par Genséric. Parmi eux, étaient beaucoup de choses précieuses, qui avaient appartenu aux Juifs et qui furent apportées, avec plusieurs autres, à Rome, par Vespasien, après qu'il eut pris la ville de Jérusalem. Un Juif, voyant passer ce triomphe et reconnaissant ces richesses judaïques, ne put s'empêcher de dire à un homme qui était près de lui et assez connu de l'empereur, qu'il ne fallait pas mettre ces joyaux dans le palais de Constantinople ; qu'il ne devaient pas demeurer dans un  autre lieu que lui pour lequel le roi Salomon les avait destinés ; qu'à leur occasion Genséric avait ruiné l'empire romain, et que, pour la même cause, l'armée romaine avait détruit celui des Vandales. L'empereur ayant appris ce que le Juif avait dit, eut peur et commanda aussitôt qu'on portât ces richesses à Jérusalem, dans les églises des chrétiens."

Ce récit de Procope n'infirme en rien ce qu'il a écrit lui-me^me au sujet du trésor des Wisigoths. Il est possible, et Procope semble d'affirmer, qu'une partie des vases sacrés, arrachés à Jérusalem par Titus, ait échappé à l'avidité des soldats d'Alaric. cependant Zonare, qui nous a laissé une description très longue, très détaillée du triomphe de Bélisaire, ne dit rien de ces prétendus joyaux du temple de Salomon. Peut-être Procope a t-il voulu rehausser la gloire de son maître, en exagérant l'importance de ces dépouilles. Personne ne soupçonnait leur origine ; il faut qu'un Juif les reconnaisse, on ne sait comment. Justinien devait être peu convaincu de leur authenticité, puisqu'il ne les a pas gardées. 

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L'Arc de Titus à Rome

La menace du Juif était ridicule ; ces vénérables reliques auraient été à leur place sous les voûtes de Saint-Sophie aussi bien que dans une église de la Palestine. Au reste, quand même quelques vases d'or auraient été restitués à Jérusalem, il resterait encore à chercher ce que sont devenus les deux principaux ornements du temple, ceux que Josèphe a mentionnés et que les Romains ont représentés sur l'arc de Titus : le chandelier à sept branches et la table des pains de proposition. Déposés dans le temple de la Paix et ensuite dans le palais des Césars, il durent dès l'abord attirer les regards et les mains avares des Goths. Apportés par eux dans la Gaule méridionale, la forteresse de Carcassonne les reçut et les a probablement gardés dans la double enceinte de ses murailles (Gaza Gothorum).

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Chandelier à sept branches sur l'Arc de Titus

D'après une tradition populaire, ils furent jetés dans le Grand puits par les Wisigoths effrayés, lors de l'invasion d'Attila. C'est une fable absurde, qui ne supporte pas la discussion. Cependant, au commencement de ce siècle (XIXe siècle, NDLR), une société d'actionnaires se forma à Carcassonne pour dessécher le Grand puits dans l'espoir d'y trouver des trésors : on y trouva seulement quelques pointes de flèches et quelques médailles. Une autre légende raconte qu'Alaric fit bâtir sept tours, notamment la tour du Trésau, où il renferma ses richesses. Mais cette magnifique tour est une construction de Philippe le Hardi. Sur quel point de la Cité, les Wisigoths ont-ils donc caché leur trésor ?

Carcassonne, fortifiée par les Romains avec toute la puissance de leur art, était réputée, dès le Ve siècle, comme elle l'a été depuis, durant tout le moyen âge, une citadelle d'une force merveilleuse. Bien qu'elle ne fût pas leur capitale, les rois Goths devaient y avoir un palais. Si l'on pouvait déterminer la place de ce palais, le problème serait résolu.

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Tour du Major

Le château actuel a été fondé dans le XIe siècle ; les tours rondes du côté de la Cité semblent contemporaines de Roger 1er. Deux de ces tours méritent notre attention. On voit dans une meurtrière rectangulaire de la tour du Major, deux pierres ayant appartenu à un monument ancien ; leurs bords sont taillés d'ornements bizarres dans le style romain de la décadence. On remarque, dans la tour des casernes, au linteau de la porte qui conduit à la courtine suivante, une pierre à moitié sculptée, ornée d'un filet et de plusieurs baguettes ; elle provient évidemment d'un monument antérieur. Au linteau de la fenêtre romane qui donne sur la cour, est une pierre du même genre dont une arête est taillée en biseau. En joignant ces exemples à celui de la tour dru Major, on arrive à la certitude qu'avant la construction du château du XIe siècle, il existait sur son emplacement actuel, ou tout au moins non de là, un édifice important.

Ni les Francs, ni les comtes héréditaires n'ont laissé de trace de leur passage à Carcassonne. S'il existait de leur temps une résidence seigneuriale, il est probable, dit M. Foncin, qu'elle occupait l'emplacement du château. Il ne reste aucune construction des Arabes, si ce n'est la tour Pinte, que Viollet-le-duc croit pourtant de l'époque romane. Ainsi, l'édifice qui a précédé le château comtal ne peu avoir été bâti que par les Wisigoths, à moins qu'on ne le suppose d'origine romaine : hypothèse moins vraisemblable qui, d'ailleurs, ne changerait rien à ma conclusion. Romain ou Wisigoth, ce monument était, selon toute apparence, l'ancienne résidence des successeurs d'Alaric, le palais fortifié où ils avaient déposé leur trésor ; et si une partie de ce trésor a été réellement cachée quelque part, c'est dans ce palais qu'elle dut être enfouie à une date incertaine, peut-être à l'approche d'Attila ou de Clovis.

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La Tour Pinte

J'appelle l'attention du lecteur sur le passage suivant du Dictionnaire historique de Moréri, édition de 1759, article Carcassonne :

"Quelques auteurs croient que les Goths fortifièrent Carcassonne, qu'ils bâtirent le château et qu'ils y mirent en dépôt les dépouilles de Rome... On voit dans la Cité un château assez fort où l'on conserve des actes très anciens sur de la toile, dont il en a plusieurs qu'on croit y avoir été apportés par les Wisigoths après la prise de Rome."

Le même fait est mentionné par M. Gros-Mayrevieille dans Les monuments de Carcassonne :

"Voici ce qu'on lit dans une Mémoire déposé dans les archives du génie militaire de Perpignan : Les Goths apportèrent dans la Cité de Carcassonne, avec les trésors de Rome des actes très anciens et d'un écriture  particulière  sur des écorces d'arbre et sur de la toile, qu'on conserve avec soin dans les archives."

Ces actes n'étaient-ils pas des fragments, en caractères samaritains, de cet exemple de la Loi des Juifs que Vespasien fit déposer dans son palais ? Quoi qu'il en soit, ce curieux document a été détruit. Le 30 brumaire de l'an II, les Archives de la Cité furent brûlées par les autorités révolutionnaires, sur la place de la Liberté.

Le dictionnaire universel de la France dit également :

"La ville passa ensuite sous la domination des Goths qui bâtirent le château, dans lequel ils renfermèrent tous les trésors et les riches butins qu'Alaric avait faits à Rome." 

Nous devons noter encore que Zacharie le Rhéteur, vivant vers 457, dans les Fragments sur l'origine et les édifices de Rome, compte entre autre objets : 

25 statues d'airain offrant la figure d'Abraham, de Sara, et des rois de la famille de David, que Vespasien avait apportées à Rome, après la ruine de Jérusalem avec les portes et les autres monuments de cette ville."

Conclusion

Ainsi pour conclusion c'est à la place où était le palais des rois Goths à Carcassonne que résident peut-être encore les dépouilles du temple de Jérusalem. Qui sait si, dans ce temps de tant de découvertes archéologiques, on ne retrouvera pas aussi ce précieux trésors, et non seulement les dépouilles du nouveau temple, mais encore les dépouilles de l'ancien, que Jérémie cacha dans une des cavernes du mont Nébo.

Source

F. Jaffus / Le moniteur de l'archéologie / 1867-1868/ 2e série, II, 333-335

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10/09/2017

À l'origine du musée lapidaire, la Société des arts et des sciences de Carcassonne.

Le 20 novembre 1868, la Société française d'archéologie tint les premières séances de son congrès à Carcassonne sous la présidence du marquis de la Jonquière (préfet de l'Aude) assisté de MM. de Caumont (Président de la société française d'archéologie), Jaubert (Président de la Société des Arts et des Sciences), Mahul, Pothier, de Bonnefoy, abbé Verguet, Tournal, chanoine Barthe, Jaffus et Mgr de la Bouillerie. A l'issue du congrès, la société forma le vœu de la création d'un musée lapidaire à Carcassonne. Dans un premier temps, Monsieur de Caumont invita le chanoine Barthe et l'abbé Verguet - érudits locaux - à publier un catalogue des belles pièces antiques recueillies par la Société des Arts et des Sciences de la ville. Un premier inventaire manuscrit avait été réalisé par le chanoine Barthe ; il sera sauvé de la destruction par Edmond Baichère en 1888. Le premier catalogue rédigé par Verguet et Barthe mais archivé grâce à l'architecte Léon Nelli, fut présenté le 7 février 1869 à la Société des Arts et des Sciences. Il est mentionné un second catalogue, dans lequel étaient notés la provenance des objets déposés avant 1870, avec le nom des donateurs. 

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Vestiges archéologiques dans la tour de l'évêque

 La Société des Arts et des Sciences sous l'égide de M. Biroteau, maire de la commune, constitua une commission pour la création d'un musée archéologique : MM. Barthe, Verguet, Coste, Jouy, Saulnier, Jalabert, Nelli et Charles de Roquan. À partir du 1er janvier 1869, ces pionniers travaillèrent trois heures par jour à numéroter et à inventorier les objets archéologiques. Le musée lapidaire s'installa dans une salle située à droite, dans la cour de l'actuel musée des Beaux-arts, rue de Verdun.

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© Chroniques de Carcassonne

A droite, le musée archéologique de 1869

Le bulletin de la Société des Arts et des Sciences publié en 1905, nous donne une description précise de cette salle. En bonne place et fort bien exposé se trouvait un sarcophage mérovingien en marbre, orné de feuilles de vigne, découvert dans l'église de Floure. Une somme de 50 francs fut allouée par la Société française d'archéologie pour le restaurer.

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© Ministère de la culture

Visible aujourd'hui dans le musée lapidaire de la Cité

"Ce tombeau mérovingien en marbre blanc de Saint-Béat (Haute-Garonne) a été trouvé dans l'église de Floure, enfoncé dans le mur du midi, entre le sanctuaire et la nef ; la face antérieure seule était visible sur la place dite du presbytère. Il fut enlevé en 1840 par l'agent-voyer Malric, sur l'ordre du maire de la commune, M. Coste-Reboulh, à la demande de Jean-Pierre Cros-Mayrevieille et transporté au musée de Carcassonne. Une inscription se trouvait dans l'église et correspondait à la face postérieure du tombeau qu'elle cachait. C'est la raison pour laquelle elle est dépourvue d'ornements."

(Catalogue Chanoine Barthe / 1870)

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© Lieuxsacrés

Tombeau de St-Saturnin à l'abbaye de Saint-Hilaire d'Aude

En face du tombeau mérovingien, on plaça contre le mur opposé, le sarcophage de Saint-Saturnin reproduit en plâtre d'après le marbre de Saint-Hilaire. Entre ces deux pièces, on coucha au milieu de la salle afin d'en occuper tout l'espace, des dalles funéraires du XIIIe et XIVe siècles.

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© voies-achéo-rome

Musée lapidaire de la Cité

A l'extrémité nord, une borne milliaire en marbre de Caunes en l'honneur de l'empereur Numérien. Elle fut trouvée à Villesèque-basse, près de Malves-en-Minervois.

"Principi juventutis M Numerio Numeriano nobilissimo cæsari N(ostro) M(illia) P(assum)"

Le long des murs étaient exposés des bustes de marbres, des statues gothiques, des têtes de pierre, une belle collection de chapiteaux, des amphores romaines, des vases gallo-romains en terre, des moulins à bras pour huile, etc. Contre le mur, côté cour, des vitrines renfermant plusieurs outils des civilisations primitives, des instruments en silex, bronze, fer et terre cuite.

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Ce musée archéologique aurait pu perdurer et enrichir ses collections. Oui ! mais voilà... En 1888, date du décès du chanoine Barthe, les vestiges sont dans un état déplorable. Les chapiteaux gothiques et romans, les pierres sculptées, les têtes et les colonnes se trouvent entassées pêle-mêle dans de mauvais locaux où la poussière et l'humidité les détériorent inévitablement. Pourquoi ? Dix ans auparavant, le maire Théophile Marcou voulut installer une école laïque de garçon dans la salle occupée par le musée archéologique. Malgré les protestations, la lettre du président de la Société des Arts et des Sciences M. Dougados, rien n'y fit. La mairie récupéra la salle pour les écoliers et les vestiges furent entreposés à l'humidité dans les caves du musée des beaux-arts. Victor Gastilleur tentera au début du XXe siècle de faire installer ces vestiges dans une des tours de la Cité, grâce à ses relations au gouvernement. Il faudra attendre l'année 1927 et l'application de Pierre Embry, pour que le musée lapidaire s'installe définitivement dans le Château comtal à la Cité. Entre-temps, combien de vestiges ont disparu ?

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08/09/2017

La construction de la Cité Paul Lacombe

Le 21 avril 1952, eut lieu la pose de la première pierre de la future Cité Paul Lacombe, sur l'ancien parc au matériel de la ville de Carcassonne ; précisément à l'angle de l'avenue Achille Mir et de la rue Paul Lacombe. Cette cérémonie officielle se déroula en présence de MM. le préfet de l'Aude accompagné de M. Manière (Chef de cabinet), Guille (Président du Conseil général), Francis Vals (député), Courrière (sénateur), Larche (Commandant de gendarmerie), Noubel (Conseiller général), Lespinasse (Président des HLM) et bien entendu, M. Marcel Itard-Longueville (Maire de Carcassonne). A l'origine de ce projet, citons le conseil municipal de Carcassonne présidé par le Dr Philippe Soum qui, dans sa séance du 27 février 1948, décida d'instituer un concours pour la construction de logements à cet endroit. Le 12 juillet 1948, le jury désignait Henry Castella, jeune architecte D.P.L.G, comme lauréat du concours. Après approbation définitive le 12 juin 1950 par le ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme, l'adjudication revenait le 31 août 1951 à l'entreprise Fiorio. Le montant total des travaux s'élevant à 97 millions de francs. 

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La Cité Paul Lacombe en 1955

Le président de l'Office départemental des HLM signala que cette réalisation n'était que le prélude à beaucoup d'autres sur toute l'étendue du département de l'Aude : Coursan, Castelnaudary, Bram, Alzonne, Pexiora, Axat, Caunes-Minervois, La Nouvelle. A Carcassonne, il est prévu l'édification de 200 logements sur le terrain de Saint-Jacques. 

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Vingt-deux ans après la construction du théâtre municipal, l'entreprise Fiorio se voyait à nouveau confier un chantier par la ville de Carcassonne. A cette époque encore, seules les entreprises du bâtiment n'ayant pas été exclues des marchés publics pour avoir travaillé pour le compte des Allemands, pouvaient postuler. Elles se sont bien rattrapées depuis... Dans l'entreprise Fiorio, le grutier M. Pépino avait participé à la construction du théâtre municipal en 1935.

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Le groupe comprend trois immeubles fournissant au total trente-six logements. Ils se répartissent de la façon suivante : 20 logements du type III B et 16 logements du type IV B. Les premiers possèdent chacun deux chambres, une salle à manger et une cuisine. Les seconds disposent d'une chambre supplémentaire. Aujourd'hui, la Cité Paul Lacombe entame sa 65e année de règne. 

Source

Midi-Libre / 22 avril 1952

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07/09/2017

Carcassonne, 24 août 1944. Cher François, mon chéri...

 Voici les premières lignes d'une lettre qui serait restée inconnue, si la curiosité de Monsieur William Perry  ne l'avait pas poussée à ouvrir le livre de Lucien Maury "La résistance audoise". La scène se passe tout récemment au Centre culturel de la mémoire combattante, où le vice-président prend régulièrement ses quartiers. A l'intérieur de cet ouvrage publié en 1980, une lettre manuscrite utilisée comme marque page attendait qu'une âme charitable voulût bien que l'on s'occupât d'elle. Le colonel Latournerie prit alors soin de la déchiffrer, de la dactylographier et de la confier à David Scagliola, le responsable de ce musée situé rue Trivalle. La seule recommandation que lui fit l'officier fut celle-ci : "Il faut retrouver Françoise !" Spielberg avait bien retrouvé au cinéma, le soldat Ryan au milieu des combats de Normandie. Comment diable mettre la main sur l'identité de Françoise, lorsque l'on a seulement son prénom sur une missive écrite voilà 73 ans ? Ne souhaitant pas que l'ami Scagliola se voit infliger une série de pompes, de corvée de chiottes ou encore de faire le tour de la Trivalle au pas de gymnastique, j'ai décidé de l'aider dans sa tâche. Plaisanterie mise à part, ce texte inédit apporte une orientation nouvelle à la connaissance de la Libération de Carcassonne. Ici, point de romance, ni d'héroïsme exagéré. Juste la vérité de l'instant...

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© André Zucca

Photo d'illustration d'une parisienne sous l'Occupation

Enfin nous voici libérés et Français. Carcassonne est à nouveau une ville Française. Mais hélas pas sans mal, ni sans deuils. Dimanche nous avons connu véritablement la barbarie allemande. De nombreux incidents se sont produits en ville, par les troupes de passage. Celles qui occupaient la ville sont parties samedi et dès l’aube ils ont commencé à faire sauter les munitions et l’essence. Partout où il y en avait c’était un brasier : Salvasa, la Justice (1), Lamourelle, l’école normale des garçons etc. Un peu partout ; vers midi ça a été l’école normale des filles, mais dans le parc c’était affreux à entendre et dans le fond on se réjouissait en pensant c’est la fin pour eux et pour nous et dans la nuit presque tous ont filé. Mais il arrivait des troupes venues de Toulouse et Bordeaux.

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© ADA 11

La croix gammée flotte à l'Ecole normale des filles, route de Narbonne

Le dimanche ils prenaient toutes les bicyclettes, rentraient même dans les maisons où ils ont commis des actes de banditisme, violé les jeunes filles. Colette a été sauvagement prise chez elle et amenée à la cave de Carayol, déshabillée et neuf énergumènes l’ont violée l’un après l’autre, puis l’ont assommée presque sous les yeux de sa mère et de son frère tenus en respect avec des révolvers. A la gendarmerie, une bagarre a eu lieu devant la porte entre le gendarme Raynal et deux boches, le gendarme à moitié assommé criait au secours lorsque Daubercies voyant le mousqueton du boche à terre le prit et frappa le boche sur la tête. Sur le moment tout s’était bien calmé et le commandant avait renvoyé Daubercies à sa maison afin que ce soit tranquille. Mais vers une heure et demie une auto s’arrête devant notre porte et le capitaine de gendarmerie ainsi que six boches armés de grenades, révolvers, mitraillettes et mousquetons sont venus le chercher, l’ont emmené et depuis nous sommes sans nouvelles (2). On croit qu’il est prisonnier d’une colonne qui est passée dans le Minervois et se dirige vers Saint Pons. Tout le monde dans la maison est atterré.

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© Bulletin de l'Académie des Arts et des Sciences / Tome LV

André Daubercies

(1901-1944)

Après que Lucien ait été libéré samedi voici de nouveau une situation plus triste encore. Ce n’est pas tout : vers une heure de l’après-midi une colonne qui était arrivée à pied et en vélo, et avait cassé la croûte sur les bords du canal face à ton ancienne maison (3), a eu la fâcheuse idée (en entendant de la mitraille sur la route de Toulouse, car ils se battaient entre eux) de tirer sur l’olivette. Ils ont braqué un canon au pont et d’autres ont passé la passerelle, et sur tous les gens qu’ils voyaient tiraient à bout portant. Il y a eu dimanche quarante tués, des maisons complètement brûlées, et des blessés sans compter. Parmi les morts il y avait Baratcia de la banque Le Crédit Lyonnais ainsi qu’un ancien employé de la gare Jean Rey de l’Olivette.

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© G. Sarraute / ADA 11

Sous le pont du chemin de fer, quai Riquet

En ville des isolés tiraient dans les principales rues à bout portant ; sur la route de Narbonne c’était la même chose : ils tiraient à travers les volets des maisons. A un moment deux étaient postés à la route au coin de Batz et tiraient dans toutes les directions. Ils ont aperçu madame Despagnet qui sortait la tête et ont tiré, la balle est venue sur le mur de Cavailly, tu verras quel trou ! En face chez Sempere, Georges Mas (4) employé à la ville au service des eaux allait en mission lorsqu’il a été grièvement blessé par des balles explosives qui lui ont déchiqueté le pied et la cheville, le sang giclait partout et chez Sempere où on l’avait rentré on aurait dit un abattoir. Sous le feu de la mitraille, le docteur Piétréra, Lucien Denat et d’autres sont allé le chercher pour le conduire chez le docteur (5) car les ponts étaient infranchissables, les boches tiraient partout. Hélas le pauvre Mas est décédé de ses blessures car son sang a été empoisonné. Vers la Conte, Cassan, une femme qui ramassait dans les vignes de l’herbe, a été blessée et est morte aussi.

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© Christian Mas

Charles Mas et son épouse

Moi pendant ce temps, ainsi que la famille Daubercies inconsolable et la famille Rivière nous étions réunis chez les Denat, une échelle posée contre le mur pour pouvoir passer dans les jardins, et une autre chez les Despagnet pour aller au parc. Vers sept heures le haut-parleur est passé disant que, si la population ripostait, on mettrait le feu à la ville et on prendrait quinze otages pour chaque Allemand tué. Songe la nuit que nous avons passé tous ! Le lendemain, plus rien, plus d’Allemands, rien que des isolés çà et là, mais on avait interdit la veille de sortir jusqu’à nouvel ordre. Vers deux heures un agent en vélo, lisant un papier, passait dans les rues disant de faire les courses au plus vite et de rentrer chez soi. J’essaie donc d’aller voir le patron car je savais par Fabrou qu’il était là. J’avais déjà préparé un mot pour donner à Caumes pour le lui porter car il n’y avait que la police dehors, les gendarmes même étaient en civil depuis la veille. Je vais donc à la viande pour moi et les Daubercies en compagnie de monsieur Despagnet.

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Le Corps franc de la Montagne noire défile dans Carcassonne

Arrivés chez Labarre l’horloger (6), le maquis faisait son entrée à la mairie. Immédiatement les agents ont débarrassé et la sirène a sonné afin que les gens rentrent. J’ai donné la lettre à Madame Labarre qui l’a passée au patron. Une heure après nous avons essayé de descendre avec les Denat Emilienne et Lucien, mais au pont (7) on nous en a empêché. Enfin mardi j’ai pu voir madame Mille qui m’a donné un bon potage. Dans la journée de mardi et depuis on fait la chasse à l’homme, car dans la campagne il y en a de cachés. Mardi et mercredi on a enterré les quarante morts de dimanche. Je suis allée mercredi soir à la sépulture de Baratcia. Mais hélas nous ne sommes pas tranquilles car des colonnes perdues errent aux alentours de Carcassonne et lorsqu’ils viennent trop près les sirènes sonnent l’alarme. Les hommes vont les pourchasser mais y laissent leur peau.

Aujourd’hui vendredi il y a eu les funérailles de six jeunes gens de la ville volontaires qui ont été tués à Pennautier. Parmi eux je connaissais le fils Poujade du Plateau (8) qui est le frère de madame Coste, le café Coste rue Chatran, puis le petit-fils de Marius Guiraud, celui de l’âne, qui est ami avec mémé Vito et le marin qui habitait au coin de Sabatier face à Georges. Il y avait aussi l’officier de paix Ramon que les Allemands ont pendu au château de Baudrigues.

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Devant la Milice, place Carnot. Les restes de Jean Bringer

Carcassonne était rassemblé place Carnot car on avait exposé les corps à la Milice, cette fois tout était bien organisé car pour les quarante premiers ce n’était pas tout à fait ça. On voit que le comité de libération nommé par Alger est en place depuis jeudi, et les drapeaux alliés flottent sur la mairie. Malheureusement il y a onze morts de plus des suites de blessures car ces balles explosives ne pardonnent pas. Maurice Chataigné le menuisier à côté d’Eugène est bien mal, ainsi que le petit Boyer qui est le fils de la femme de François Gouze, ainsi que le petit Combette du plateau. Les camps de F.F.I. arrivent pour repartir. Aujourd’hui Mazamet (9) est arrivé, ils ont mangé au square à midi et sont repartis sur Conques pour chasser les boches qui ravagent les villages.

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© Coll. Martial Andrieu

Femmes tondues à la Libération de Carcassonne


En ville, ils ramassent les miliciens et collaborateurs ainsi que les collaboratrices et les femmes qui ont été avec les Allemands. Ces dernières ont les cheveux rasés, on leur fait une croix, un U ou le tour de la tête et on leur laisse quelques mèches. Une que tu connais la Tavaillot est du nombre, elle n’ose plus sortir. Tandis que les collaboratrices et de la Gestapo comme la grande de Montlegun et sa copine, en plus d’avoir les cheveux rasés sont en prison. Il y a aussi l’Italienne et son père de chez madame Pia à côté d’Anduze. Les prisons de Carcassonne et Limoux regorgent. Les boches ont laissé du ravitaillement. Mardi on a touché presque une demi-livre de viande par personne, aujourd’hui vendredi une demi-livre de beurre et demain un peu plus de pain. Ces jours-ci quelques boulangers ont fait du pain blanc. On va toucher un demi-litre d’huile d’olives et des boîtes de sardines pour les J.

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Groupe de Miliciens au Square Gambetta


Vive la Libération, Vive de Gaulle, Vive la France. Cet après-midi, à l’École normale nous avons assisté au lever des couleurs par les enfants garçons et filles. Le drapeau a été amené à l’école en procession, tenu par quatre enfants de prisonniers, deux garçons et deux filles. Puis on l’a hissé, observé une minute de silence et tout le monde a chanté la Marseillaise. Aujourd’hui samedi, on vient d’apprendre la nouvelle que Mestre , le beau-frère de Mimi Bourdil, en allant braconner les lapins vers Baudrigues, a passé sur une mine et a sauté. On l’enterre demain à quatre heures et Ramon l’officier de paix à deux heures. A midi, comme je descendais voir madame Mille, on rentrait onze collaborateurs et miliciens. Il y avait Fages coiffeur, Poret docteur. La foule était déchainée, criait et applaudissait. Pas grand-chose de plus à te dire, demain huit jours qu’on a pris madame Daubercies et encore pas de nouvelles. Moi, pour ma part, j’ai eu tellement peur avec tous ces évènements que tous les jours depuis dimanche j’ai des pointes au cœur qui me font bien souffrir. Si ça continue j’irai au docteur pour qu’il me donne quelque chose.

J’espère que vous autres avez été tranquilles à la campagne et ne vous êtes pas trop fait de soucis pour nous. Enfin nous sommes en bonne santé et j’espère que ça continuera. Pour le moment je ne vais pas à l’herbe car il y a des francs-tireurs et puis des mines, alors je tiens à la vie et reste dedans. A bientôt de te revoir et de vous revoir tous. J’espère qu’une vie normale commencera bientôt pour nous. Mille gros baisers.
                                                               Françoise.

Notes du blog

1. Caserne de la Justice, route de Montréal. 2. Le gendarme Daubercies sera torturé et retrouvé mort avec le visage tuméfié, en bordure de la route de Villegly. Une stèle rappelle son souvenir. La gendarmerie de Limoux porte son nom (Source : J-L Bonnet / Bull. Académie des arts et des sciences / 2015) 3. Route minervoise, puis en face au Quai Riquet. 4. Il s'agit de Charles Mas, le père de Christian décédé en 2015. 5. Clinique du Dr Delteil, Bd Camille Pelletan. 6. En haut de la rue de la mairie (A. Ramond). 7. Pont neuf. 8. Plateau Paul Lacombe. 9. Corps Franc de la Montagne noire.

Si quelqu'un pense avoir des renseignements nous permettant d'identifier Paulette ou le destinataire de ce courrier, merci de le signaler en commentaires sur le blog. Au-delà de l'importance de votre témoignage, pensez aux conséquences pour M. Scagliola...

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