23/12/2016

Le café Roldan, siège de la jeunesse de la Trivalle

Voilà un café de quartier comme il en existait tant dans Carcassonne ; ils ont presque tous disparu. Le café Roldan se tenait au n° 54 de la rue Trivalle. Autrefois, café et pension de famille, l'affaire fut reprise jusqu'en 1940 par Manuel et Maty Roldan avant qu'il ne prenne définitivement le nom de "Café Roldan".

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Né le 2 février 1899, Manuel Roldan débuta sa vie professionnelle comme cimentier et la termina comme chef de chantier dans l'entreprise Subias. On lui doit notamment la construction du château d'eau de Bram en 1936, selon les plans dressés par l'architecte Enderlin. Il s'occupera ensuite de son café en compagnie de son épouse Clémentine (1894-1962), née Mathissart.

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Le café Roldan vers 1936

La famille Roldan gérait plusieurs affaires en ville. D'abord, la buvette du stade de la pépinière (A. Domec) entre 1948 et 1966 ; elle passa ensuite entre les mains du limonadier Guilhem. Ensuite, la buvette sous les halles où l'on dansait au rythme des orchestres Maravella ou Eddie Warner.

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Dans ce quartier cosmopolite de Carcassonne dans lequel se côtoyaient émigrés espagnols, italiens et gitans, la jeunesse avait fait du café Roldan le rendez-vous des fêtards. Au 1er étage, la salle servait pour les réunions de la fête de St-Saturnin (15 août) et de penderie pour le carnaval. Les ouvriers de la brasserie Fritz Lauer, de l'usine Farge et de la distillerie Sabatier y venaient déjeuner. 

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L'orchestre Carcassonnais Jeanoely des frères Marson

Outre les fêtes de la Trivalle, du café Roldan partait le Tour de l'âne, la "Java vache" sous l'impulsion de Gualdo et de Gimenez. Cet établissement ferma ses portes en 1963 et Manuel Roldan s'éteignit le 23 février 1972.

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© Google maps

L'ancien café Roldan aujourd'hui

Cet article n'aurait pas pu être rédigé sans le travail remarquable sur la Trivalle de Jean-François Vivès. Les photos du café Roldan m'ont été prêtées par René Roldan ; celle de l'orchestre Jeanoely, par Madame Marson.

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22/12/2016

Joseph Choy (1905-1990), international de rugby à XV et joueur à l'AS Carcassonne

Il n'y a pas d'erreur dans le titre de cet article, car l'AS Carcassonne jouait à XV jusqu'en 1938. Elle échoua même en finale de ce championnat en 1924 contre US Perpignan. Le changement s'effectua lors d'une assemblée générale du club le 6 mai 1938 au Café des deux gares à Carcassonne - aujourd'hui, café Bristol. Par un vote de 80 voix contre 3 (Dr Delteil, Vitalis et Bastouil), l'ASC présenta sa démission de la F.F.R XV et demanda son affiliation à la ligue de football-rugby à XIII.

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Joseph Choy né le 19 août 1905 à Homps (Aude) effectua presque toute sa carrière comme joueur de rugby à XV. Ses 1,80 m pour 92 kg lui permirent d'évoluer à deux postes distinctifs, selon qu'il jouait comme pilier au sein de l'Equipe de France ou comme Seconde ligne au RC Narbonne.

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J. Choy avec l'Equipe de France en 1930

Sa carrière d'international débute contre l'Ecosse le 1er janvier 1930 et s'achève le 1er novembre 1938 contre l'Allemagne. Au total, il effectuera 10 matchs en sélection dont le plus célèbre sans doute étant la victoire en terre Irlandaise lors du tournoi des cinq nations. Il marquera un essai. En club au RC Narbonne, il sera le capitaine de l'équipe vice-championne de France en 1932 et 1933.

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L'AS Carcassonne en 1938

 Haut :Duhaut, Choy, Roumagnac, Gabanou, Bordenave, Poch, Fabre, Carrasco, Raynaud (Béret),

Bas : Altemaire, Fau

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Les dirigeants de l'ASC croqués par Dantoine

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Le Café des deux gares, siège de l'ASC en 1938. On voit l'inscription ASC sur le fronton et si vous y passez devant maintenant, levez les yeux. Certes, on a repeint dessus mais on aperçoit encore les lettres.

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Au même moment, Joseph Choy prenait en gérance une station service à Carcassonne. Celle-ci se trouvait sur l'emplacement actuel de la pharmacie Cartou, à côté du square Gambetta. L'ancien international de rugby est décédé en 1990. Gageons qu'ici personne désormais ne l'oubliera.

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21/12/2016

Michel Mir (1882-1958) où symbole d'une culture musicale Carcassonnaise jetée aux oubliettes

Ne cherchez pas un nom de rue ou d'établissement portant le nom de cet illustre musicien dans Carcassonne. Et pourtant la culture musicale de cette ville doit énormément à Michel Mir... La faute n'incombe pas seulement aux élus, mais aux musiciens Carcassonnais actuels qui se fichent de cet héritage. Que fait-on de tout cela à la Fabrique des Arts de Carcassonne, à l'Harmonie municipale ? Ces directeurs, croient-ils que le siège sur lequel ils posent leurs fesses, n'a pas été bâti grâce aux efforts de leurs prédécesseurs ? Y a t-il seulement un département de musique régionale au Conservatoire de Carcassonne ? Que fait-on du millier de partitions cartonnées qui étaient conservées précieusement dans la salle Michel Mir de l'Harmonie municipale ? Les a t-on archivées ou numérisées ? Si vous n'en faites rien M. Jean-Marc Miquel, donnez-les aux archives départementales avant qu'un incendie ne les ravage !

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 Michel Mir est né à Lodève (Gard) le 27 mars 1882. Il débute sa carrière comme violon solo à Paris dans l'Orchestre des concerts Charles Lamoureux - cet orchestre existe encore à Paris. C'est là qu'il fait la connaissance de son ami et maître Paul Lacombe dont il transcrira les oeuvres pour orchestre d'harmonie. Il prend ensuite en 1906 à Carcassonne, la direction des Concerts symphoniques, de la Société lyrique Sainte-Cécile qui deviendra ensuite Harmonie municipale.

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Il se retrouvera à la tête de tous les concerts au kiosque du Square Gambetta, mais aussi des revues et opérettes jouées par l'orchestre du théâtre municipal entre les deux guerres. Oui ! Carcassonne possédait sa propre formation musicale ; elle accompagnait Mistinguet, Fernandel, lorsqu'ils se produisaient dans notre ville. Afin de sédentariser les musiciens, nombreux firent carrière dans l'administration municipale. C'est le cas par exemple de Gustave Bocquet - 1er prix de trompette du conservatoire de Toulouse - qui finira comme Secrétaire général de mairie. Cet homme dont nous reparlerons bientôt, fut le professeur et le mentor de René Cadrès.

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L'harmonie municipale dirigée par Michel Mir en 1954

Bien entendu nous n'avons pas pu retrouver les noms de tous les éléments continuant cette harmonie. Parmi elle : Gustave Bocquet (Trompette), Martial Andrieu (Baryton), Lécina (Bugle), Ernest Daniel (Trompette), Edouard Gorry (Trombone) - 1er prix du conservatoire de Versailles-, Rouzié (Hautbois), Serra (Saxophone), Sauvage (Saxophone basse), Murat (Saxophone ténor), Gazel (Flûte), Pierre Rajol (Clarinette), Solano (Soubassophone), Anicet (Clarinette), Clayton (Trompette), Mattéo (Trompette), Reverdy, Rivière, Ouliac (Percussions et violon), etc...

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© Bibliothèque municipale de Carcassonne

Dédicace de Paul Lacombe à Michel Mir 

Il enseigna également à l'école de musique de la ville et au lycée St-Stanislas et forma bon nombre d'élèves comme Jacques Miquel. Michel Mir a composé de nombreuses oeuvres qui ont été "conservées" à la bibliothèque municipale, sous forme de manuscrits.

Le témoignage de Pierre Mir, son petit-fils

"On lui avait proposé plusieurs emplois de niveau national, voire international (orchestre symphonique de Genève) mais sa famille très attachée à Carcassonne et à notre maison familiale ne fut pas favorable à ces projets. Mon grand père qui était un homme peu contrariant et d'une grande gentillesse resta donc à Carcassonne où son amour de la musique et son désir de la faire connaitre à un maximum de gens fit qu'il s'impliqua fortement dans la vie carcassonnaise par de nombreux concerts et aussi par son enseignement qui lui valut d'être décoré de la Légion d'Honneur."

Le témoignage de Pierre-Baptiste Rey, ancien élève.

"J'ai bénéficié d'un long enseignement musical de Mr. Michel MIR, Directeur de l'Ecole Municipale de musique, qui m'a formé avec patience en me conseillant de suivre les cours de solfège donnés par Mr. Rancoule, et ensuite passer au cours de Mr. Anicet pour savoir jouer d'un instrument la clarinette.
Et surtout aimer la "bonne" musique en comprenant qu'elle n'est pas réservée à l'élite.....ce qui m'a permis d'apprécier les nuances dans mes écoutes musicales.
Tout ses conseils dans une simplicité, que j'admire encore, merci Mr. Michel MIR.
Carcassonne, et certain Carcassonnais, dans le milieu dit "culturel" oublient...qu'ils sont redevables envers lui. Il a oeuvré, avec simplicité dans l'ombre, pour la culture musicale dans notre ville."


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Michel Mir habitait dans cette maison du boulevard de Varsovie à côté de l'ancien bar "Le rugby". Il est décédé le 18 janvier 1958 à Carcassonne. 

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20/12/2016

La création de Radio-Maguelone à Carcassonne

La première radio chrétienne de l'Aude est inaugurée le vendredi 22 mai 1992 par Mgr Despierre, évêque de l'Aude. C'est dans les locaux de Notre-Dame de l'Abbaye que la petite station locale émettra selon le slogan "Une autre voix, un autre choix" sur 103.FM. L'histoire de Radio-Maguelone a commencé depuis Montpellier puis a essaimé à Béziers (98.5), Narbonne (98.2) et enfin à Carcassonne. L'antenne allait ouvrir dès 6h55 du matin et toute la journée.

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Autour d'une petite équipe restreinte, on pouvait compter sur le diacre Michel Sacaze pour faire tourner la boutique. Pendant une année, j'ai animé l'antenne de cette radio et j'en garde un excellent souvenir. On pouvait passer les musiques de variétés que l'on voulait sans aucune censure. Pour preuve, personne ne m'a reproché d'avoir mis à l'antenne la chanson de Eddy Mitchell  "Pas de Boogie Woogie" ou d'avoir imité la voix de Mgr Despierre en direct. 

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Aujourd'hui, la petite station locale s'est agrandie et a changé de nom. Elle participe pleinement à la vie du département. Radio Chrétienne Francophone Pays d'Aude émet toujours en 103 sur la FM.

https://rcf.fr/ecouter/RCF11

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19/12/2016

Qui est donc Jacques Charpentier, compositeur de musique ?

Jacques Charpentier est un pianiste, chef d'orchestre, professeur et conférencier, né à Paris le 19 octobre 1933 au n°10 de la rue Claude Debussy. Fils de Georges Charpentier - gérant de société - et de Paulette Genillier - secrétaire -, le jour de son cinquième anniversaire ses parents l'installent devant le piano du professeur Maria Cerati-Boutillier. En 1948, l'organiste Henri Büsser le met en relation avec Janine Rueff (1922-1999), compositrice et Grand prix de Rome. 

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© Roger-Viollet

Jacques Chapentier en 1961

Il effectue ses débuts comme organiste suppléant à la chapelle St-Benoît d'Issy-les-Moulineaux, à l'âge de 18 ans. L'année suivante, pour gagner sa vie il devient le pianiste accompagnateur dans les salles de la société de cinéma Gaumont, notamment au "Gaumont Gambetta" à Paris. C'est entre 1953 et 1954 qu'il se prend de passion pour la musique traditionnelle de l'Inde qui nourrira ses futures compositions ; il est alors pianiste au Grand hôtel de Calcutta et reçoit les conseils du musicologue Alain Daniélou.

De retour à Paris, il entre au Conservatoire Supérieur de Musique de Paris dans les classes de composition de Tony Aubin et d'analyses d'Olivier Messiaen. On lui octroie un 1er prix de philosophie de la musique pour sa thèse "Introduction à l'étude des lois de la Musique de l'Inde" et un 1er prix de composition pour sa "Symphonie brève pour cordes". Après un passage aux Jeunesses Musicales de France comme conférencier, pianiste et chef d'orchestre, il est nommé Maître de chapelle et organiste de la chapelle St-Benoît d'Issy-les-Moulineaux. Le grand organiste Marcel Dupré (1886-1971), lui prodigue de précieux conseils.

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© A. Machelidon

C'est au cours d'un voyage avec les JMF qu'il découvre Carcassonne au début des années 1960 et où il s'installera, d'abord à la Cité puis près de la place Carnot. En 1964, à la demande de Jean Deschamps il compose pour le Festival d'Art dramatique de Carcassonne, la musique pour la pièce "Les mouches" de Jean-Paul Sartre.

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© Archives J. Deschamps / ADA 11

Partition manuscrite J. Charpentier (Les mouches)

En juillet 1966, suite à une proposition de Marcel Landowski et une recommandation écrite d'Olivier Messiaen, Jacques Charpentier est nommé Inspecteur Principal de la Musique par André Malraux. Inspecteur Général de Musique en 1975, puis Directeur de la Musique de l'Art lyrique et de la Danse en 1979 ; fonction qu'il quitte en octobre 1981. L'année suivante, c'est à Nice que Jacques Charpentier pose ses bagages comme Directeur de la Musique et professeur de composition au conservatoire. En 1989, Il devient professeur d'instrumentation et d'orchestration au CNSM de Paris.

L'oeuvre musicale du compositeur se compose d'environ 200 pièces instrumentales et vocales, Sept musiques de scène, deux musiques de film.

Les élèves lauréats de sa classe

Estéban Benzecry, Régis Campo, Sylvain Dieudonné, Thierry Escaich, Joachim Jousse, Bruno Mantovani, Jorge Torres Saenz, Marie-Jeanne Serero, Héléna Tulve...

Distinctions

Commandeur de la légion d'honneur (2016)

Commandeur dans l'ordre National du Mérite (2006)

Commandeur dans l'Ordre des Arts et des Lettres (1975)

Officier des Palmes Académiques (1993)

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© La dépêche / Roger Garcia

Jacques Chapentier est Commandeur de la légion d'honneur en 2016

Cette biographie qui n'a pas vocation a être complète a pu être réalisée grâce aux liens amicaux que j'entretiens avec Jacques Charpentier depuis quelques années. Il est par ailleurs l'auteur de la préface de mon livre sur la vie et l'ouvre du compositeur Paul Lacombe. J'avoue en toute humilité ne pas être particulièrement sensible à ce que j'ai écouté de Jacques Charpentier, c'est sûrement parce que mon oreille n'est pas encore en mesure de comprendre cet univers harmonique. En revanche, je passerais des heures en sa compagnie, tant l'homme est riche intellectuellement et spirituellement. Pour le reste, je n'aime pas trop les mondanités du microcosme Carcassonnais, qui lui, j'en suis convaincu, comprend et apprécie cette musique si particulière, mais snobe celle de Paul Lacombe.

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17/12/2016

Le café français, place Davilla

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Jusque dans les années 1980, le Café Français se tenait sur la place Davilla dans l'immeuble Tomey. Cet établissement était tenu dans les années 1950 par M. Bouc. Sur même trottoir en remontant, se trouvaient l'épicerie Crouzilles, Canavy, le marchand de graines Rieux et la boucherie Marcel. En face (aujourd'hui un restaurant), il y avait Gleizes, graines en gros. les lignes des autobus des Courriers du Midi faisaient une halte devant le Café Français. Le trottoir devant le bistrot était encombré de sacs cageots et toutes sortes de choses « précieuses » achetées en ville et qui partaient avec les passagers embarquant pour les villages de la ligne Carcassonne, Bélesta. Des poules et des lapins prenaient part au voyage… Le chauffeur connaissait tout le monde. Dès que l’heure du départ approchait, les gens s’agitaient, s’interpellaient fébrilement comme si on allait partir pour un voyage lointain. Il y avait toujours un passager qui traînait au bar. Le chauffeur klaxonnait rageusement pour l’appeler…

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Le Café Français était tenu par M. Flanzy au début du XXe siècle

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Sur la photo ci-dessus datant de la fin du XIXe siècle, le café Français n'existe pas encore.

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Le café français a disparu de cette place Davilla qui manque cruellement d'animations. Une rénovation avec un peu de verdure s'imposerait...

Mise à jour de l'article le 17/12/2016

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