23/06/2017

Les secrets des anciens remparts médiévaux de la Bastide Saint-Louis (Fin)

Nous terminons aujourd'hui notre périple historique autour des boulevards par la partie allant du bastion du Calvaire à celui de St-Martial, portant le nom de Théophile Marcou. Appelé Bastion des Moulins ou encore de la Tour Grosse, il n'a pas l'élégance de celui de Montmorency. Toutefois, la création en 1825, à l'intérieur de celui-ci d'un calvaire, amena la protection militaire de l'ouvrage et suscita un regain d'intérêts pour ce reste de fortifications. Pour autant, elle faillirent être démolies en 1900 à la demande de plusieurs membres du conseil municipal, pour aligner le boulevard Marcou à celui de Barbès. 

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À l'intérieur de ce calvaire dont l'accès se fait par la rue Voltaire, on trouve les 14 stations du Chemin de Croix dont certaines reproduisent en grandeur nature, les scènes du Jardin des Oliviers. Au centre, une chapelle ronde est aménagée dans le reste de la Tour Grosse. On y célébrait la messe pendant la Semaine sainte. Les fondateurs du calvaire - en particulier le chanoine Cazaintre - sont inhumés dans le terre-plein. Une plantation variée de différentes essences d'arbustes et d'arbres (pins d'Alep, cystes et cyprès) rappelle un peu la Judée.

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Le Bastion de la Tour Grosse (Calvaire)

À la sortie de la rue Voltaire, le bastion du Calvaire fut amputé de son orillon qui était moins important sur le côté ouest que sur le côté sud. Sa disparition a fait place à l'école Marcou en 1871. Sa coupure est marquée par un pilier eu pied duquel on voit, dans la rue Voltaire, la voûte d'une casemate murée.

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Le pilier à droite et la voûte, en bas et à gauche.

Le 31 mars 1778, le ministre des armées du roi céda l'ensemble des fortifications (murs, chemins de ronde et portes) aux consuls qui en disposèrent et aliénèrent les remparts. On trouvait en 1900, à gauche du débouché de la rue Aimé Ramond, une tour dite "Tour du Moulin", à cause de sa proximité du bastion de même appellation, située là où se trouve actuellement la M.A.I.F. L'intérieur de cette tour avance sous le trottoir de l'immeuble ; le parement était en pierres bien appareillées.

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L'emplacement de la Tour du Moulin

En continuant, nous arrivons à la porte de Toulouse ou des Augustins, ainsi nommée à cause du voisinage de l'église de ces religieux. Edifice conséquent qui abrita un temps les audiences du Parlement de Toulouse. Cette porte fut démolie. Selon Antoine Labarre, elle était plus à l'ouest sur la partie haute de l'actuelle place Davilla. La porte d'alors était constituée d'un passage entre immeubles, lequel était équipé de chaînes pour gêner la marche des cavaliers. La construction de la résidence Marcou en 1972 devait livrer dans les terrassements divers objets, poteries d'époque, cendres de l'incendie du Prince Noir et, particulièrement, des carrelages historiés du XIVe siècle. Où diable tout ceci est-il passé ?

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La porte de Toulouse

Le plan de l'ingénieur Bonnevay, inspecteur des bâtiments du royaume en 1785, nous montre la porte de Toulouse reconstruite après l'incendie en 1357, plus en arrière. Là, où s'élèvent les deux piliers carrés à l'entrée de la rue de Verdun.

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© Jacques Blanco

Vestiges d'accès à la tour de la porte de Toulouse

Cette porte était constituée par deux tours demi-rondes munies chacune d'un escalier en colimaçon qui, selon la chronique, formait un châtelet. Elle possédait une herse et deux vantaux. En 1740, la porte fut restaurée, sa charpente fut refaite en bois en chêne, mais à la veille de la Révolution, les fortifications étant déclassées, les consuls laissèrent le monument se détériorer et firent ôter les toitures en 1786. En 1806, l'ouvrage est démoli et les pierres sont utilisées pour la construction de l'école normale de la rue Littré. Ce bâtiment a été rasé en 1974, mais grâce à l'esprit de conservation de M. Labarre je suis en mesure de partager une photographie unique, ci-dessous.

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L'ancienne Ecole normale rasée en 1974, rue Littré

 Plus loin, fermant l'actuelle rue Victor Hugo, on trouvait une tour qui portait le nom de "Tour de la Mercy". Ceci, en raison de sa proximité avec le couvent des Mercédaires, ordre religieux fondé par Pierre Nolasque, originaire du Mas-Sainte-Puelles. Il était chargé de recueillir les dons afin de libérer les catholiques capturés par les maures au Moyen-Orient.

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La Tour de la Mercy

Quelques mètres plus loin à l'ancienne gare routière, un ouvrage important construit sur ordre du duc de Montmorency. C'était le ravelin de la Mercy, sa construction au temps des guerres de la Ligue s'était effectuée en démolissant tout un carron de maisons, situées sur l'emplacement de l'actuel gymnase des Serres. Ce dernier fut édifié en 1974. Les restes de ce ravelin sont dans le parc de la maison Satgé.

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L'emplacement du ravelin et le parc arboré

A l'est de cet ouvrage, un tunnel permettait de faire communiquer les rues du 4 septembre et de la République. 

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Vue aérienne du bastion St-Martial

Et nous arrivons à l'angle ouest que flanquait le bastion St-Martial. Construit comme tous ses semblables au XVIe siècle, il ne reste qu'un orillon. En 1908, l'agrandissement de l'école du Bastion obligea à détruire le mur occidental de l'ouvrage et un tracé de situation fut conservé dans le pavage de la cour de l'école. Un goudronnage malencontreux l'a fait disparaître. Une partie du mur nord devait être démolie en 1925 pour le percement de la rue Jules Sauzède. Les travaux de terrassement effectués à la main pour le percement de la rue et d'autres travaux par la suite, n'ont jamais permis de voir trace de la grande tour primitive qui aurait dû s'y trouver. Il nous faut croire que lors de la réduction du périmètre de la ville primitive en 1357, l'ancien tracé a dû être déplacé pour la construction du bastion. Cet angle et cette tour devaient se trouver plus au nord-ouest, sur le tracé du Canal du midi, puisque devant le Café de Paris et vers la SNCF, on trouve enfouis dans le sol des maçonneries importantes inconnues. En 1933, au cours des travaux sur le boulevard Omer Sarraut, on trouva des substructions que l'on supposa appartenir à l'enceinte primitive de la ville basse. 

Toujours à l'ouest, une chapelle rurale du nom de Sainte-Croix se trouvait au vieux chemin de Pennautier.  Des ossements furent tournés en 1943, lors de travaux de tranchées - abris pour la défense passive dans la terre du boulevard de Varsovie. Ces restes situent, semble t-il, le cimetière de cette chapelle.

Sources

Antoine Labarre / L'Indépendant / 1975

Martial Andrieu / Notes et synthèses 

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22/06/2017

Les secrets des anciens remparts médiévaux de la Bastide Saint-Louis (III)

L'avant dernier volet de notre série sur les anciens remparts de la ville basse, nous amène aujourd'hui le long des boulevards Barbès et du commandant Roumens. Le bastion Montmorency tire son nom du gouverneur du Languedoc, dont les armoiries figuraient au centre de deux frontons reposant sur deux colonnes. On les aperçoit encore sur chacune des deux faces de l'ouvrage. 

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Le bastion Montmorency en 2017

Cet ouvrage, le mieux conservé des quatre autres qui enserrent la ville basse, fut construit sur les fondations de la primitive porte des Jacobins. Elle est représentée sur le dessin ci-dessous datant de 1467. Elle était munie d'une avant porte donnant sur un pont de bois, qui s'avançait vers l'actuelle rue de la Digue. Un fossé en avant de la porte recevait les eaux pluviales et usagées qui ruisselaient le long des murs. Selon une chronique, elle avait dû être édifiée en 1357. La tour du Tenda (A), au bout de la rue de la Digue, jouait le rôle de sentinelle en point névralgique. Car, selon Cros-Mayreveille, c'est là que passait autrefois la voie romaine en direction de la Cité.

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© Bibliothèque Nationale de France

 Le bastion Montmorency a dû ensuite conserver sa destination militaire, car une casemate servit au début du XIXe siècle de loge maçonnique. La loge Napoléon s'installa en cet endroit ; les décorations symboliques seraient l'œuvre de Gamelin fils. 

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© Droits réservés

La loge maçonnique dans les années 1970

Le bastion devint la propriété de Coste-Reboulh jusqu'à son décès en 1891. C'est ensuite L. Parlange, négociant en vins ayant ses bureaux allée d'Iéna, qui en prit possession. Il offre l'agrément d'un parc en terrasse, aux murs ornés extérieurement de supports d'armoiries et flanqué d'échauguettes. L'une d'entre elles fut aménagée en loggia ; elle porte un blason aux armes de Montmorency en donne sur le boulevard Pelletan.

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La loggia du bastion avec les armes de Montmorency

Cette loggia éclaire une très grande salle qui était meublée, au temps de M. Parlange d'une cheminée monumentale à colonnes en bois de chêne, avec des lambris de deux mètres de haut. Au début des années 1930, le bastion fut acquis par Émile Delteil qui y fonda une clinique bien connue des Carcassonnais. Aujourd'hui, tout ceci appartient au groupe Korian qui administre la maison de retraite Montmorency.

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En cheminant en direction du boulevard Barbès, arrêtons-nous à porte des Jacobins (B). Sur sa droite, la disparition d'un kiosque à journaux et l'aménagement de surface du parking des Jacobins, mit au jour en 1992 les vestiges du rempart de la ville basse. Il s'agit de l'unique tronçon conservé et visible par tous. Après 1764, il fut question de transformer les anciennes portes défensives de la ville en de monumentales entrées ouvertes sur l'extérieur. Seule la porte des Jacobins fut réalisée en 1779 par Pagnon. Toutefois, elle ne prendra ce nom qu'en 1812. Elle s'appela successivement "Porte Saint-Louis", "Porte des Casernes" et à la Révolution "Porte de la Fraternité". 

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Avant d'arriver à la cathédrale Saint-Michel (C), vous remarquerez une tour arasée mise au jour vers 1950, ouvert à la gorge. Elle comportait trois niveaux jusqu'à la hauteur du chemin de ronde, situé sur les chapelles de la cathédrale qui au rez-de-chaussée possédait trois archères. Cet ouvrage ne figure pas sur le plan de 1462, c'est donc qu'il fut sans doute réalisé postérieurement. La cathédrale est la plus ancienne de la ville basse.

Sa construction n'a rejoint, au cours des ans, le clocher que vers le XVe siècle où les murs se sont soudés à cette tour porche utilisée comme beffroi. Le passage du Prince noir fut l'une des causes qui précipitèrent la finition de l'édifice, car le nouveau plan de réduction de la ville porta l'enceinte du côté méridional de l'église. Un chemin de ronde crénelé démoli par Viollet-le-duc ou son successeur Boeswilvald, courait au-dessus des chapelles avec passage au travers des contre-forts. (Antoine Labarre)

On remarque sur ce mur méridional diverses ouvertures murées en plein cintre, dont la plus belle est à mi-longueur de façade d'une façon jumelée. Il s'agit d'enfeux, sortes de tombeaux aménagés dans l'épaisseur des murs pour recueillir les restes des personnes inhumées en ce lieu.

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Le square de l'armistice de 1918

Ce square devant le parvis de la cathédrale était une nécropole. Lors de la création de ce jardin en mars 1951, plusieurs corps furent soulevés et enlevés avec la terre de déblai. De par les ossements qu'Antoine Labarre a vus, il en déduisit que nos ancêtres étaient de fortes corpulence. En remontant le grand escalier vers le boulevard, jetons un oeil sur l'angle nord-ouest de la cathédrale. Nous y voyons le reste d'une porte. Il s'agit de la porte des morts qui servait à faire communiquer l'ancien cimetière dont nous venons de parler, avec le nouveau. Il était aménagé hors du rempart dans le vaste fossé qui s'étendait du jardin du Chapitre (à côté de l'hôtel de police) jusque légèrement au-dessus de la rue Jules Sauzède et en largeur sur tour le boulevard, route comprise. Des trouvailles funéraires furent faites autours d'aménagements de canalisations de gaz, d'eau ou d'égouts. Ce cimetière fut désaffecté en 1778.

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L'étendue de l'ancien cimetière désaffecté en 1778

Par ce qu'il en reste, la porte des morts doit sa particularité à la disposition des gonds qui la faisaient s'ouvrir vers l'extérieur, c'est-à-dire vers le cimetière. Ceci paraît anormal si on songe que le mur de l'église servait de rempart et que le système de fermeture était exposé aux attaques de l'assaillant. Selon, Labarre, en temps de guerre une barbacane la protégeait.

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Sur la traversée qui unit le boulevard Barbès à la rue Tomey, une chapelle funéraire avait été édifiée au XVIe siècle pour servir de sépulture aux évêques de Carcassonne. On ignore si elle a pu servir. Mais sous les escaliers montant au boulevard Barbès, subsiste la crypte qui fut percée par Viollet-le-duc, lequel voulait créer à l'ouest une entrée monumentale avec baldaquin. Pour réaliser les fondations, il perça le caveau. De cette chapelle, on remarque encore les arrachements et deux chapiteaux frustes ans le mur du clocher. Les deux piliers d'entrée de cette chapelle ont été démolis lors de la création du jardin.

Sources

A. Labarre / L'Indépendant / 1975

H. Alaux / Quartier et faubourgs au fil du temps / 2002

Martial Andrieu / Notes et synthèses

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Une œuvre originale de Camberoque vandalisée à l'école Jules Ferry

Dans ce quartier populaire de Carcassonne, la presse se fait très souvent l'écho des faits divers de vandalisme perpétré par certains individus désœuvrés. Or, le vandalisme ne saurait-être assimilé particulièrement à une population, une communauté voire une jeunesse. Il existe bel et bien un autre type de saccage inodore mais loin d'être indolore. Nous voulons parler de celui des cols blancs ; ceux qui a longueur d'année se chargent de diffuser la morale et le civisme, à travers l'école et la police. 

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Il y a quelques jours, je suis tombé sur un documentaire de 1969 réalisé sur le peintre Carcassonnais Jean Camberoque. Il est sans doute inutile de le présenter, car nous avons déjà fait un article et nombreux sont parmi vous, ceux qui le connaissent. Dans ce film diffusé pour la télévision régionale, Camberoque évoque son travail de céramiste et comment il en avait fait l'apprentissage. En 1949, alors qu'il passait dans la région de Castelnaudary, il s'arrêta chez un potier céramiste. Il s'intéressa à la matière de l'émail, particulièrement à la couleur des pots et des assiettes. Elle pouvait se prêter à des réalisations murales et leur donner un peu de gaité. Ainsi, il fit un séjour dans une poterie en se familiarisant à la technique - les couleurs qui sont crues ne rendent leur éclat qu'après la cuisson. Ce n'est qu'après cette période d'initiation, que Camberoque réalisera une œuvre en céramique sur la façade du collège du Dr Lacroix à Narbonne en 1960. Signalons au passage, que la sous-préfecture de l'Aude a prix soin de faire restaurer l'ensemble des œuvres du peintre, se trouvant dans sa juridiction. C'est très certainement peu de temps après, qu'une céramique décorera l'entrée de l'école Jules Ferry dans le quartier du Viguier à Carcassonne.

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Voici l'œuvre dans son intégralité en 1969

"Cette œuvre en céramique réalisée pour l'école Jules Ferry est au fond symbolisée par ce mouvement un peu joyeux des enfants. Le tout, dominé par ce poème d'Eluard qui s'appelait "Liberté", dont j'ai écrit quelques phrases en haut de la céramique. J'ai essayé de traduire une espèce de gaité, de joie de vivre. J'espère y être arrivé." (Jean Camberoque / 1969)

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Piqué par ma curiosité coutumière, j'ai envoyé un ami prendre des photographies sur place. A dire vrai, j'étais loin de m'attendre à pareil vandalisme sur une œuvre d'art. Un peu comme si le Conservateur du Musée des Beaux-arts de Carcassonne avait cisaillé en deux un tableau de Gamelin pour faire de la place, la céramique subit un sort identique. Au fond, n'est-ce pas un musée à ciel ouvert avec une valeur pédagogique, puisque situé dans une enceinte scolaire ?

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A une date que nous ne saurions déterminer, une partie de la céramique a été supprimée afin de réaliser une porte d'accès. On peut estimer qu'un bon mètre et cinquante centimètres ont été détruits. Déjà, une grille en fer du plus bel effet est venu s'appuyer sur les carreaux avec une saignée dans le mur. Plus loin, la pose d'un interphone a supprimé une dizaine de carreaux. Si cette œuvre gênait les nouveaux aménagement indispensables à la vie quotidienne de l'école, on aurait pu chercher à avertir les héritiers du peintre. Tout simplement, rechercher une autre solution qu'une basse manoeuvre de maçonnerie exécutée avec l'assentiment de la mairie et de la direction de l'école.

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Le poème de Paul Éluard sur la liberté, a été amputée de ses deux premiers vers. N'est-ce pas là, un beau symbole ? Les responsables ne pourront pas affirmer qu'ils ne connaissaient pas l'auteur de cette céramique. Elle est signée en bas et à droite... Hier, j'ai informé le cabinet du maire de Carcassonne. Au-delà de cas, cela pose la question de l'avenir des ouvres d'art sur l'espace public de notre ville. Depuis longtemps, je réclame la constitution d'une commission afin de les inventorier. Le désert n'est pas assez grand à Carcassonne pour ceux qui veulent y prêcher...

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21/06/2017

Les secrets des anciens remparts médiévaux de la Bastide Saint-Louis (II)

Nous poursuivons notre tour des anciens remparts médiévaux avec aujourd'hui, les boulevards Jean Jaurès et Camille Pelletan. Afin de faire face à de probables attaques des Huguenots, la ville dut revoir ses systèmes de défense. À partir de 1530, les vieux murs du XIVe siècle furent aménagés en une courtine et renforcés à l'aide des pierres des anciens couvents des Cordeliers et des Jacobins. Ces bâtiments situés à l'extérieur des remparts - square Gambetta et en-dessous de l'actuelle caserne Laperrine - menaçant la défense de la ville basse, furent rasés. Les religieux se réfugièrent à l'intérieur des remparts et rebâtirent leurs couvents sur l'emplacement actuel de la poste centrale et du Théâtre municipal Jean Alary. Quatre gros bastions triangulaires à oreillons, englobant les vieilles tours médiévales, firent leur apparition.

L'intérieur comprenait deux rampes d'accès pour monter l'artillerie sur les terrasses, au-dessous desquelles ont pratiquées casemates, soutes et chambres de mines, galeries de circulation débouchant par des poternes sur les fossés. (Gustave Mot)

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Un bon schéma valant mieux qu'un long discours, nous avons dessiné à l'échelle sur une vue aérienne Google maps, l'emplacement du Bastion du bourreau à partir des contours du bastion du Calvaire. Le seul qui est aujourd'hui intact à 90 % - il ne lui manque qu'un oreillon. Après quoi, nous avons juxtaposé les deux images à l'endroit où se tenait celui du bourreau, à l'angle du boulevard Sarraut et du boulevard Jean Jaurès. Au centre, la tour du XIVe siècle.

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Nous nous trouvons actuellement à la pointe extrême de ce bastion construit en 1590 avec les pierres du couvent des Cordeliers. En face, se trouvait depuis 1958 la clinique Saint-Vincent transformée maintenant en logements. Les travaux de démolition du bastion du bourreau débutèrent le 3 mars 1885. Il est possible que les pierres aient été vendues pour édifier les belles demeures le long du boulevard Jean Jaurès. Les restes de la tour médiévale ont été abattus en 1974, lors de la rénovation de la clinique St-Vincent. Déjà en 1962, on y avait trouvé deux magnifiques chapiteaux gothiques avec leurs colonnes.

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Cette maison de 1903 a été bâtie sur le tracé de l'oreillon sud-est, d'où sa forme arrondie. Dans le même alignement, citons l'entrepôt de charbon Gisclard. C'est sur l'ancien Cinéma des familles, que fut édifiée la clinique St-Vincent en 1958. Si l'on poursuit en direction du square Gambetta, on remarquera que les maisons ont été posées sur les anciens remparts. Il suffit de descendre dans les caves...

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C'est le cas par exemple ici

Fermant la rue du 4 septembre, on trouvait la tour de la Bouscaterie. Quelques mètres plus loin, à l'hôtel Central, la tour de la Curaterie. A l'angle de la rue de Verdun, une grand tour carrée ressemblant à un bastion, qui avait nom de "Tour de Jaule". Ici, la déformation de geôle qui faisait fonction de prison. L'entrée de cette prison se trouvait rue de Verdun (Actuellement, caviste Le verre d'un), à côté de la poterne ayant remplacé la porte des Cordeliers.

bastion du bourreau

De cette prison, il reste la porte monumentale du XVe siècle, avec arceau en tiers points et piliers moulurés. C'est une entrée massive dont la façade comportait des meurtrières. Une de celles-ci fut démolie pour créer un couloir.

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Dessin de la bastide par Antoine Labarre.

 C'était une tour carrée de 5 mètres environ de couloir sur 3 mètres de passage, surmontée d'un étage et munie d'ouvertures pour le tir à l'arquebuse avec un mâchicoulis. Sa construction avait été décidée en 1570 par le capitaine Puget, chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem aux ordres du Maréchal de Danville. Cet individu passait pour un expert militaire et fut député à Carcassonne, en raison des évènements, pour défendre la ville contre les Huguenots. 

Après que Mgr de Bezons a fait combler les fossés en 1764 et planté des arbres, il fut question de remplacer les anciennes portes défensives par des entrées monumentales. Ce projet ne se fit que pour l'actuelle Porte des Jacobins. Nous nous projèterons la fois prochaine entre les bastions Montmorency et de la Tour Grosse.

Sources

Antoine Labarre / L'Indépendant / 1975

Gustave Mot / carcassonne, ville basse / 1963

H. Alaux / Quartiers et faubourgs au fil du temps / 2002

Synthèse et notes / Martial Andrieu

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20/06/2017

Les secrets des anciens remparts médiévaux de la Bastide Saint-Louis (I)

Après le passage du Prince noir en 1355 et de ses troupes qui incendièrent la ville basse, édifiée sur ordre de Louis IX (Saint-Louis), on procéda à sa reconstruction. En 1247, elle s'étendait au nord et au sud au-delà du périmètre actuel. Disons sur l'actuel quartier des Capucins et le square André Chénier.

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© Carcassonne, ville basse / G. Mot

Un an après la mise à sac, on fut obligé de reconsidérer les pourtours de la ville en réduisant sa superficie. Elle fut rescindée de moitié en raison des coûts de construction et de la perte d'un nombre conséquent d'habitants. En 1331, Carcassonne dénombrait 20 000 sujets du roi de France. On enserra la ville de remparts de 12 mètres de hauteur sur 3 mètres d'épaisseur avec un chemin de ronde. A chaque angle, quatre bastions flanqués d'une tourelle pour les commander : Tour Saint-Martial (école du Bastion), Tour du bourreau (ancienne clinique St-Vincent), Tour des Jacobins (Maison de retraite Montmorency) et Tour Grosse (Calvaire). Les fossés de 12 mètres de large sur 5 mètres de profondeur étaient alimentés par des recs (ruisseaux) ou escouladous. Le premier (Tourtel) au niveau de la Tour du bourreau, vers La Prade ; le second au niveau de la porte des Cordeliers (Le toual), vers l'Aude. Quatre portes fortifiées gardaient les entrées de la ville : Porte des Carmes (rue Clémenceau), Porte des Cordeliers (rue de Verdun), Porte de Toulouse (rue de Verdun) et la Porte des Jacobins (rue Courtejaire).

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© Carcassonne, ville basse / G. Mot

En 1764, Monseigneur Armand Bazin de Bezons décida de transformer les anciens fossés en promenade. Ils furent comblés ; des ormeaux et du gazon furent plantés. C'est la configuration actuelle des boulevards, à l'exception de celui d'Omer Sarraut.

À la recherche des anciens remparts...

En face de l'actuel square Chénier, sur l'emprise des immeubles longeant le boulevard Sarraut se trouvait la promenade arborée décidée par Mgr de Bezons. Cependant, à la suite de la transformation du vieux chemin de Toulouse et de Pennautier en route départementale après la Révolution, il s'avérait que les bastions étaient frôlés par la nouvelle route. Diverses auberges et relais de poste s'étaient implantés en avant du rempart nord. C'est pour cela que ces anciens murs se trouvent aliénés dans ces immeubles, auxquels ils servent de point d'appui. Les remparts n'ont pas disparu ; ils sont cachés à l'intérieur des maisons du boulevard Sarraut.

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© Cartulaire de Mahul / Tome 6 (2e partie)

L'actuel boulevard O. Sarraut vers 1780

Il reste un seul vestige des arbres plantés sous Mgr de Bezons. On l'appelle le platane des orphelines, en raison de sa proximité avec l'Œuvre des Orphelines qui s'appuyait jusqu'en 1974 sur le bastion St-Martial. Ce beau plantureux fait quatre mètres de circonférence. 

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© Google maps

Le platane des Orphelines, rue A. Tomey

Lorsque les écuries de l'ancienne brasserie Lauth (aujourd'hui, immeuble liberté) - à droite, sur la photo ci-dessus - se sont écroulées au début des années 70, la ville voulut y faire un parking. On appela ce projet l'îlot Liberté. On rasa ces immeubles vétustes du XIXe siècle, ce qui permit de mettre au jour une partie des anciens remparts de la bastide Saint-Louis, dans sa partie nord.

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© Droits réservés

L'ancienne écurie Lauth écroulée, à côté de l'actuel restaurant Chez Fred.

En partant de l'ouest, ce mur accolé au bastion Saint-Martial avait une épaisseur de 3 mètres à la base. On peut encore en apercevoir des vestiges en bordure du parking, place Lucie Aubrac. Il est coupé par la rue Tomey, puis reprend entre le restaurant Chez Fred et l'immeuble Liberté. C'est là qu'on le découvrit en 1975, lors de la démolition des écuries.

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© Droits réservés

A droite, la mise au jour des anciens remparts de 1356 avec le chemin de ronde. A gauche, la cour de la brasserie Lauth (actuellement, Chez Fred), avec au-dessous des caves voûtées.

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La situation en 2017 avec les vestiges de ce rempart

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© Droits réservés

Dans l'écurie Lauth avant sa destruction, on voit la partie de l'enceinte avec ce pourrait ressembler dans le mur à une meurtrière. Nous sommes là, au niveau de la rue médiévale telle qu'on la voyait au XIVe siècle.

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L'ancienne route de Toulouse (Bleu) ; la promenade de Mgr de Bezons au XVIIIe siècle (vert) ; les remparts médiévaux (rouge). Nous allons maintenant cheminer virtuellement sur le chemin de ronde... Plusieurs étages supérieurs de la rue de la liberté, ont les greniers de ces maisons sur ce chemin de ronde. Par exemple, l'ancien maréchalerie de M. Picheric, s'appuie intérieurement sur le rempart.

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Maréchalerie Pichéric, 65 rue Armagnac

Après avoir sauté ladite rue, il se poursuit jusqu'à la rue Clémenceau. L'ancienne quincaillerie Rey 113 (Supermarché G20), avait démoli un tronçon pour établir son commerce et son parking souterrain. Le magasin d'optique Ducoup s'appuie sur la face externe qui reliait à cet endroit la Porte des Carmes.

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La Porte des Carmes au XVIIIe siècle

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Son emplacement en 2017. On l'appelait aussi Porte Dillon.

Si l'on continue, le mur historique en question sépare les anciens immeubles Ouliac de ceux de la boutique Camaïeu, rue de la liberté. A l'immeuble des meubles Wolf alias Teisseire (N°24), au temps où c'était une menuiserie, des trous avaient été pratiqués dans l'épaisseur du rempart pour façonner plus commodément les pièces de bois. En cet endroit, le mur avait conservé son chemin de ronde, son faîte constitué de dalles en un mètre de large et de longueurs diverses avec bord en encorbellement. Malheureusement, une terrasse en béton, construite vers 1935, s'appuie dessus.

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Après cet immeuble, on trouve l'ancien entrepôt Ouliac. Là, on voyait encore vers 1930 les restes d'un escalier qui servait à monter sur le rempart. Ces défenses étaient crénelées, mais sans meurtrières. Elles s'élevaient à 12 mètres de hauteur du bas des fossés. Enfin, face au magasin Jaumes dans la rue Bringer, se trouvait une partie du bastion du bourreau, appelé aussi le Landremont et de la Figuière. Ce bastion disparut à la Belle époque car il s'avançait trop vers le carrefour du Minervois et gênait la circulation.

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L'ancienne Clinique St-Vincent édifiée en 1958 sur laquelle se trouvait le bastion du Bourreau. Il servait de logement à l'exécuteur des hautes œuvres... La fois prochaine, nous évoquerons les secrets des boulevards Jean Jaurès et Camille Pelletan.

Sources

Antoine Labarre / L'Indépendant / 1975

Gustave Mot / Carcassonne, ville basse / 1963

Synthèse et souvenirs / Martial Andrieu

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19/06/2017

Antoine de Saint-Exupéry survola la Cité de Carcassonne

Le 22 avril dernier, nous écrivions un article concernant le passage d'Antoine de Saint-Exupéry à l'aérodrome de Salvaza. Nous ne faisions que relater les souvenirs de Marie-Louise Pujol publiés dans un article de l'Indépendant en 1975. Toutefois, nous avons constaté quelques incohérences dans la date, puisque cette dame affirmait que le héros de l'aéropostale s'était posé en 1944, juste avant qu'il ne se perde en mer. Or, à cette époque là, l'aérodrome était aux mains de la Luftwaffe. Il se peut fort bien qu'avec l'âge, Mme Pujol se soit égarée dans les dates.

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© Archives P. Mariou

Images d'un Stamp survolant la Cité

Aujourd'hui, c'est une interview radiophonique de 1965 que nous avons retrouvée, dans laquelle le colonel Louis Castex évoque le passe de St-Ex à Carcassonne. Castex (1896-1968), né à Pinsaguel près de Toulouse, était un ami très proche de l'auteur du Petit prince. Aviateur de la Première guerre mondiale, le colonel effectua de nombreuses missions de reconnaissances. Au cours de l'une d'entre elles, il relia pour la première fois Papeete aux îles Marquises en 1953. 

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Le colonel Louis Castex

C'est à l'occasion de l'inauguration d'une plaque faite à la mémoire de Saint-Exupéry au Panthéon en 1965 que le colonel relata la personnalité de l'aviateur, à travers les détails d'un vol fait avec lui sur la Cité de Carcassonne.

 "J'ai eu le grand privilège de le connaître à Toulouse, lors de ses premiers vols. Je l'ai vu pilote de ligne accomplir les grandes randonnées avec la haute conscience, le courage, l'abnégation de ces héros obscurs de l'aéropostale, qui les premiers ont créé la ligne et ont jalonné les routes de l'air dans le monde. Tandis que Saint-Exupéry joue un rôle capital dans le pilotage d'un avion, il médite, il se livre à des remarques d'ordre social, comme s'il n'était qu'un touriste installé confortablement dans le Pullman d'un clipper.

Je le revois encore aux commandes d'un cabriolet de l'air et j'étais à ses côtés. Il voulait me montrer la Cité millénaire de Carcassonne. Il adorait voir en philosophe, en artiste, ces remparts célèbres. Et pour moi, pour moi seul, l'histoire de ces tours, depuis les romains, les wisigoths, les maures jusqu'au remaniement de Viollet-le-duc.

Comment pouvait-il concilier ses méditations philosophiques dans la solitude du ciel, avec la matérialité des préoccupations des pilotes ? Et quelles préoccupations ! À côté du camarade enjoué, d'une exubérance verbale, il y avait l'homme. L'homme, la rude écorce. D'une énergie de fer, d'une volonté devant laquelle tout devait plier. On ne pouvait rien lui refuser. C'est un homme qui ne ressemblait à aucun autre. Il nous imposait sa supériorité intellectuelle sans atténuer en rien, la camaraderie la plus parfaite."

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© Wikipédia

Antoine de Saint-Exupéry au Canada en 1942

Source

Inter actualités de 13 h / 17 février 1965 / Radio

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