31/01/2018

Mrg Jacques Despierre aussi bien que Johnny Hallyday au Grand Théâtre de la Cité

Combien étaient-ils ? Beaucoup avaient pris place sur les remparts, du haut des quels ils surplombaient une scène fort encombrée. Si ce jour-là la foule des fidèles fut difficile à évaluer, on peut estimer qu'il y a avait 5000 personnes dans le Grand théâtre de la Cité. De qui parle t-on des Rolling stones, des Beatles ou de Johnny Hallyday ? Eh ! bien, non. La vedette de ce 10 octobre 1982 est un homme d'une grande simplicité et humilité, qui allait succéder à Pierre-Marie Puech à la tête de l'évêché de l'Aude : Jacques Despierre.

Octobre 1982 Ordination a la Cité Monseigneur Despierre.jpg

© Droits réservés

L'ordination de Jacques Despierre, né à Toulouse le 6 mai 1928, fut célébrée par Mgr André Collini (archevêque de Toulouse), Mgr Sabien (Evêque d'Agen) et Mgr Pierre-Marie Puech (évêque de Carcassonne) qui descendait de charge. Outre, bien entendu, le rituel liturgique et les chants, il fut rappelé au nouvel évêque l'histoire de ses prédécesseurs dans l'Aude.

P1070370.jpg

L'imposition des mains et la remise de l'anneau pastoral

Ce n'est pas dans émotion, dit Mgr Puech, que votre évêque votre parle pour la dernière fois. Puis s'adressant à Mgr Despierre, il ajouta : "Tout un peuple vous attend. Vous lui donnerez vos forces et votre vie, vous lui donnerez Notre-Seigneur. Un évêque est l'employé du Christ, toute sa valeur vient du Christ. L'homélie de Mgr Collini n'en faut pas moins écoutée : "Vingt ans après "Vatican 2", l'on se représente un évêque de façon incomplète - parfois, de manière caricaturale. Il suffit d'interroger les gens pour s'en apercevoir. Pourtant, quand on pose la question de savoir qui furent les premiers évêques, les gens interrogés vous répondent que ce furent les apôtres." Pour Mgr Collini, l'apostolat doit être un humble service de tous. L'évêque n'est pas au-dessus de sa communauté, c'est un frère au milieu de ses frères. De par la volonté du Christ, il est le serviteur de tous. Pour exercer vraiment ce qui est requis de lui, il doit demeurer un missionnaire.

P1070367.jpg

Le nouvel évêque de l'Aude reçut la crosse qui fut offerte à Mgr Le Camus le 2 février 1901 par ses amis du clergé de Carcassonne. Mgr Le Camus, prêtre du diocèse, avait été nommé cette année-là, évêque de La Rochelle. La célébration de l'ordination de Mgr Jacques Despierre se termina par le Magnificat chanté par la foule à l'intérieur du théâtre. N'oublions que sur cet emplacement s'élevait jusqu'à la Révolution, le Palais épiscopal de Carcassonne.

Capture d’écran 2018-01-31 à 10.48.04.png

© Thierry Tiberghien

Jacques Despierre vit le jour à Toulouse le 6 mai 1928. Ordonné prêtre le 24 juin 1952, il passa 38 années au sein du diocèse de Toulouse auprès des plus pauvres et de plus démunis. D'une grande simplicité qui trancha avec le côté un peu rigoriste de son prédécesseur, Mgr Despierre démontra ses qualités d'homme de terrain. Dynamique, très attentif aux problèmes sociaux et économiques, jamais il ne se départit de sa mission guidée par l'Evangile. Ces premières paroles furent les suivantes : "Il n'y a pas de diocèse sans évêque, mais l'évêque tout seul ne fait pas le diocèse." Mgr Despierre n'a jamais caché son côté méridional et sa pointe d'humour qui font de lui un personnage extrêmement sympathique, qui réussit à faire l"unanimité même chez les "brebis égarée". Au classement des évêques (si, cela existe !), Mgr Despierres n'eut jamais une seule mitre. Toutefois, qu'il soit conscient que ceux qui l'on connu le gardent encore dans leur cœur ; que cela vaut toutes les récompenses. Aujourd'hui, à près de 90 ans cet homme d'église s'est retiré dans une maison de retraite, Mgr Planet veille désormais sur les ouailles du département.

Sources

Notes, recherches et synthèse / Martial Andrieu

_______________________

Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2018

 

07/12/2017

A la cité, les évêques n'ont pas les mêmes valeurs....

Le cimetière de la Cité médiévale possède au moins une particularité : il possède deux tombes d'évêques inhumés côte à côte mais ne bénéficiant pas du même lustre, traitement et restauration. La comparaison ne s'arrête pas là... La première tombe, richement ornée des armes et d'une épitaphe, appartient à Mgr Bazin de Bezons (1701-1778) qui officia sous l'Ancien régime, comme évêque du diocèse pendant 48 ans. Il souhaita se faire inhumer ainsi à côté des pauvres, qu'il avait institués comme ses légataires universels. La première restauration de cette dalle funéraire fut opérée en octobre 1971 par un archéologue amateur. La dernière en date, nous la devons à l'Association des Amis de la Ville et de la Cité.

24862397_10214113187531369_9141747811009081476_n.jpg

"Ci-gît, Armand Bazin de Bezons, évêque de Carcassonne, remarquable par sa piété, exemple pour clercs et laïques, père des pauvres, plein de zèle pour la maison du Seigneur. Les héritiers reconnaissants, les pauvres, ont posé cette pierre. Décédé le 11 mai de l'an 1778 après avoir régi 47 ans le diocèse."

Juste à côté, de "l'évêque des pauvres" se trouve à même le sol la sépulture de Guillaume Besaucèle (1712-1801). Il fut évêque constitutionnel de Carcassonne pendant dix ans, de 1791 à 1801. Lors de la Révolution française, il se prononça en faveur de la Constitution civile du clergé et prêta le serment. Il échappa à la Terreur et mourra en 1801 sans avoir pu mener à bien ses réformes. Guillaume Besaucèle fut enseveli à côté de l'illustre Bazin de Bezons "se croyant l'héritier de sa doctrine et de son autorité" (Mahul - 5e volume - p.529)

24852509_10214113187291363_6498166403562168139_n.jpg

La tombe en marbre rose de Caunes-Minervois de Guillaume Besaucèle ne comporte pas d'inscription. Il est enterré comme les pauvres... Remarquons simplement la différence de traitement dans la restauration, entre deux évêques inhumés côte à côte. Les Carcassonnais seraient-ils davantage attachés au souvenir de l'Ancien régime qu'à celui de la Révolution française ? Je prends le risque d'affirmer ici que les catholiques de cette ville ne sont pas depuis 1789, majoritairement Républicains. Certains ont même cru qu'en 1940, un certain Philippe Pétain... C'est une autre histoire. 

_______________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

10/11/2017

Cherche et tu trouveras, les vestiges de l'ancien Palais épiscopal de la Cité

Il suffit de monter à la Cité et d'emprunter des chemins peu fréquentés ou ignorés par les touristes. Dans les murs des hôtels ou des vieilles maisons d'habitation, l'on aperçoit des pierres sculptées en réemploi : meneaux, tiercerons ou encore formerets. Ils ont appartenu à des piliers ou à des voûtes d'édifices  aujourd'hui disparus. Prenons alors en exemple l'ancien Palais épiscopal, construit entre 1160 et 1200, qui s'élevait jadis sur un triangle délimité par un triangle la Porte d'Aude, la tour de Cahuzac et la Basilique Saint-Nazaire. Vendu comme Bien national à la Révolution en 1791, sa vétusté eut raison peu à peu de ses pierres qui furent dispersées. Si le bâtiment a été complètement rayé de la carte, il n'en est pas de même de ses vestiges que l'on retrouve ça et là dans la Cité.

Hôtel de la Cité.jpg

© Martial Andrieu

Hôtel de la Cité

Au XIXe siècle, lors de la restauration de la Cité, il fut fait un emploi considérable de toutes les pierres abandonnées dans les ruines. C'est ainsi par exemple, que l'on trouve vingt-cinq pierres sculptées des arcades du palais épiscopal dans le mur de soutenement du jardin de l'Hôtel de la Cité. Ce dernier longe parallèlement la courtine ouest qui va de la tour de l'évêque à la tour de Cahuzac.

courtine.jpg

© Martial Andrieu

On ne peut observer cela qu'en parcourant le rempart pendant la visite du château comtal, jusqu'au Grand théâtre Jean Deschamps.

courtine 2.jpg

© Martial Andrieu

Voici donc le mur de soutènement du jardin de l'hôtel de la Cité, construit au début du XXe siècle.

Courtine 4.jpg

© Martial Andrieu

Si l'on s'en rapproche, on aperçoit les fondations de l'ancien Palais épiscopal. Il ne suivait pas exactement le mur actuel du jardin. C'est peut-être là les seuls vestiges encore en place de ce bâtiment rasé après la Révolution française.

le gray.jpg

© Gustave Le Gray / 1851

La porte d'Aude

Quand Boeswilwald prit la suite de Viollet-le-duc, il autorisa à ce que l'emploi des anciens meneaux du palais épiscopal. Ainsi les retrouve t-on avec trois fragments d'encorbellement gothique dans la galerie qui surplombe la Porte d'Aude. Les autres vestiges sont enfouis dans les maçonneries. 

Capture d’écran 2017-11-10 à 09.31.24.png

"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme"

________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

01/11/2017

Une pierre bien mystérieuse dans la rue Cros-Mayrevieille

Les mystères de la Cité médiévale de Carcassonne ne se trouvent pas que dans ses antiques remparts. Au mois de février 1970, des ouvriers de M. François Stacchetti travaillent à la rénovation de la boulangerie de M. Bacharan dans la rue Cros-Mayrevieille.

Capture d’écran 2017-11-01 à 09.39.24.png

L'ancienne boulangerie Bacharan

Cette vieille demeure avait appartenue auparavant à la famille Magnou, puis à celle de M. Vidal. Il est question avec l'accord de M. Bourrely, architecte des Bâtiments de France, de donner à son magasin un aspect médiéval. Ceci répond aux efforts des différents organismes souhaitant rendre à la Cité son lustre d'antan. Au cours de cette opération de rajeunissement, il est découvert une traverse d'époque Renaissance datée de 1549. Elle sera placée au-dessus de la porte d'entrée.

Bacharan 2.jpg

© Los ciutadins

La boulangerie Bancharan avant les travaux 

Par nécessité d'extension et d'unité, M. Bacharan décida d'aménager également un salon de thé. Cette nouvelle transformation permit de découvrir sous un épaisse couche de ciment et de crépi, une inscription portant la date de 1768. Les Bâtiments de France décidèrent d'accorder une subvention à M. Bacharan, ainsi qu'aux commerçants qui animés d'un tel état d'esprit voudront donner à leur magasin et à leur maison, un aspect médiéval.

pierre.jpg

La pierre placée dans le linteau de la porte découverte en 1970

Cet esprit aurait-il disparu ? C'est ce que l'on croit voir depuis une vingtaine d'années, avec les nombreuses transformations de maisons en magasins ou restaurants. Il semble que le tiroir-caisse ait force de loi.

________________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

09:46 Publié dans La Cité | Lien permanent | Commentaires (3)

11/10/2017

La fontaine, près de la Porte Narbonnaise à la Cité, est sexagénaire

Nous nous y sommes tous arrêtés au moins une fois pour se rafraîchir et peut-être aussi, pour soulager un besoin pressant dans les Water-Closed situés en dessous d'elle. La jolie fontaine en pierre taillée qui orne le Pradal à la Cité a fêté ses soixante-six ans. Oui ! J'insiste sur le mot "pradal" qui désigne un petit pré en langue occitane. Laissons le Prado à Marseille... 

Capture d’écran 2017-10-11 à 08.52.54.png

© Google maps

La fontaine du Pradal

Elle fut inaugurée le 23 juin 1951 par la municipalité Itard-Longueville en présence de MM. Noubel (Conseiller général), Reynès (Adjoint au maire), Seigne (Chef des travaux de mairie) et Pierre Embry (Conservateur des Monuments historiques). Ce dernier représentait également le Comité de "La plus belle France".

lavoir.jpg

© Collection Martial Andrieu

Avant cette date s'élevait à cet endroit un lavoir, ainsi que nous pouvons le voir sur cette carte postale de 1930. Jugé obsolète et surtout considéré comme une verrue, la municipalité Itard-Longueville entreprit sa destruction. On bâtit donc en lieu et place cette fontaine et ces WC souterrains, avec le concours de l'entreprise Péra. La maison Castro s'occupa des installations sanitaires en posant une mosaïque jaune et des toilettes en porcelaine blanche, offrant toutes les commodités modernes. Un éclairage au néon, œuvre des services techniques municipaux, vint parfaire cette réalisation fort utile.

020.jpg

© Collection Barberis

Les habitants de la Cité ne tardèrent pas à se satisfaire de l'installation de cette fontaine. En 1971, après quelques travaux, elle fut remise en eau. Monsieur Barberis et ses petits-enfants furent les premiers à s'en réjouir.

Source

La dépêche / 24 juin 1951

________________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

05/10/2017

Le musée lapidaire de la Cité et son histoire (suite)

Nous l'avons vu dans nos précédents articles, les vestiges archéologiques exposés au musée lapidaire dans le château comtal sont le fruit d'un long parcours du combattant. Enrichie par les érudits de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne, cette collection se trouva d'abord dans une salle du musée des beaux-arts vers 1880, avant que Marcou ne la récupère pour y installer des écoliers. Les vestiges entassés dans la cave durent attendre l'année 1927 pour que la municipalité et le conservateur du musée, M. Pierre Embry, ne décident de créer un musée lapidaire dans la Cité. Nous avons visité ce lieu et nous vous avons exposé notre point de vue sur son état actuel. Si tout le monde s'accorde à ne retenir que la date fondatrice de 1927, le musée lapidaire s'est amélioré et enrichi au milieu du XXe siècle.

chro.jpg

© Chroniques de Carcassonne

Au mois d'octobre 1956, le musée lapidaire fut l'objet d'une rénovation complète grâce aux crédits alloués par le ministère des beaux-arts. Les travaux portèrent sur huit salles, dont trois d'entre-elles furent ouvertes dès 1957. Tout ceci permit d'installer les collections et les pièces que le public put voir pour la première fois depuis 1929. Parmi les trois salles ouvertes au public en 1957 : l'une gallo-romaine et les deux autres consacrées à la sculpture romane et gothique. Dans la grande salle du musée, une magnifique baie offrit aux visiteurs une vue incomparable sur Carcassonne et la ville basse. Sauvés par Raymond Esparseil lors de la destruction de la maison Grassialo sur l'actuelle place de Lettre de Tassigny (Poste centrale), Pierre Embry fit installer ces fenêtres dans le musée en 1957.

Fontaine.jpg

© ec-photos.fr

Dans la salle ronde du donjon, le public admira cette vasque bénédictine provenant de l'abbaye de Lagrasse. Il s'agit de la fontaine d'ablution la plus belle au monde. Elle fut transportée à Carcassonne après la Révolution et vendue plus tard par son propriétaire à la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne pour la somme de 1200 francs de l'époque. La Société la destina au musée des beaux-arts, mais pour les raisons que nous avons évoquées, elle se trouve à la Cité. C'est dire si ce musée lapidaire appartient d'abord aux Carcassonnais et non pas, à l'état qui n'en est que l'affectataire. 

Je fais remarquer à Monsieur G, guide-conférencier de haute instruction, que le l'érudit "auto-proclamé" a utilisé cette fois des photographies provenant d'autres sites internet. Qu'il peut par conséquent dénoncer également leur utilisation auprès Centre des Monuments Nationaux. S'il a du temps, il peut aussi le faire pour les milliers de photographies de la Cité publiées sur la toile. Heureusement que le cerveau ne rétrécit avec la petitesse de l'esprit, on aurait de sacrées déformations morphologiques chez certains.

_______________________ 

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

10:03 Publié dans La Cité | Tags : musée lapidaire2 | Lien permanent | Commentaires (2)