19/06/2017

Antoine de Saint-Exupéry survola la Cité de Carcassonne

Le 22 avril dernier, nous écrivions un article concernant le passage d'Antoine de Saint-Exupéry à l'aérodrome de Salvaza. Nous ne faisions que relater les souvenirs de Marie-Louise Pujol publiés dans un article de l'Indépendant en 1975. Toutefois, nous avons constaté quelques incohérences dans la date, puisque cette dame affirmait que le héros de l'aéropostale s'était posé en 1944, juste avant qu'il ne se perde en mer. Or, à cette époque là, l'aérodrome était aux mains de la Luftwaffe. Il se peut fort bien qu'avec l'âge, Mme Pujol se soit égarée dans les dates.

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© Archives P. Mariou

Images d'un Stamp survolant la Cité

Aujourd'hui, c'est une interview radiophonique de 1965 que nous avons retrouvée, dans laquelle le colonel Louis Castex évoque le passe de St-Ex à Carcassonne. Castex (1896-1968), né à Pinsaguel près de Toulouse, était un ami très proche de l'auteur du Petit prince. Aviateur de la Première guerre mondiale, le colonel effectua de nombreuses missions de reconnaissances. Au cours de l'une d'entre elles, il relia pour la première fois Papeete aux îles Marquises en 1953. 

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Le colonel Louis Castex

C'est à l'occasion de l'inauguration d'une plaque faite à la mémoire de Saint-Exupéry au Panthéon en 1965 que le colonel relata la personnalité de l'aviateur, à travers les détails d'un vol fait avec lui sur la Cité de Carcassonne.

 "J'ai eu le grand privilège de le connaître à Toulouse, lors de ses premiers vols. Je l'ai vu pilote de ligne accomplir les grandes randonnées avec la haute conscience, le courage, l'abnégation de ces héros obscurs de l'aéropostale, qui les premiers ont créé la ligne et ont jalonné les routes de l'air dans le monde. Tandis que Saint-Exupéry joue un rôle capital dans le pilotage d'un avion, il médite, il se livre à des remarques d'ordre social, comme s'il n'était qu'un touriste installé confortablement dans le Pullman d'un clipper.

Je le revois encore aux commandes d'un cabriolet de l'air et j'étais à ses côtés. Il voulait me montrer la Cité millénaire de Carcassonne. Il adorait voir en philosophe, en artiste, ces remparts célèbres. Et pour moi, pour moi seul, l'histoire de ces tours, depuis les romains, les wisigoths, les maures jusqu'au remaniement de Viollet-le-duc.

Comment pouvait-il concilier ses méditations philosophiques dans la solitude du ciel, avec la matérialité des préoccupations des pilotes ? Et quelles préoccupations ! À côté du camarade enjoué, d'une exubérance verbale, il y avait l'homme. L'homme, la rude écorce. D'une énergie de fer, d'une volonté devant laquelle tout devait plier. On ne pouvait rien lui refuser. C'est un homme qui ne ressemblait à aucun autre. Il nous imposait sa supériorité intellectuelle sans atténuer en rien, la camaraderie la plus parfaite."

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© Wikipédia

Antoine de Saint-Exupéry au Canada en 1942

Source

Inter actualités de 13 h / 17 février 1965 / Radio

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17/06/2017

Qu'est venu faire le cinéaste américain Otto Preminger à la Cité en 1965 ?

Qu'à bien pu venir faire à Carcassonne, le réalisateur américain Otto Preminger en 1965 ? On sait qu'il logea à l'hôtel de la Cité, mais est-ce suffisant pour en faire tout un article ? Nous avons donc poussé plus en avant les recherches, car cette pointure du cinéma d'Hollywood n'était venu faire du tourisme. A cette époque, si les stars et autres personnalités internationales se déplaçaient à la Cité c'est surtout qu'elles y avaient un intérêt professionnel. Une visite officielle, un congrès, un tournage ou bien l'exceptionnel retentissement d'un festival d'Art dramatique dont Jean Deschamps était la tête pensante.

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© Allan Warren

Nous avons trouvé dans les mémoires du scénariste Nelson Gidding, une partie des raisons de la venue de Preminger à Carcassonne. Depuis longtemps déjà, ce dernier avait sollicité Gidding afin qu'il lui écrive un film. Un jour, le scénariste lui fit connaître un roman de l'écrivain français Vercors : "You shall know them" (Les animaux dénaturés). A l'époque, il était construit comme une pièce de théâtre. Après avoir acheté et lu le livre, les deux américains décident de venir à Carcassonne. 

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Vercors et Otto Preminger à l'hôtel de la Cité en 1963

Le cinéaste américain qui parlait le français couramment, assiste le 15 juillet 1965 à la représentation de "Zoo", adaptation du roman "Les animaux dénaturés" de Vercors. Ayant eu connaissance de la présence de l'auteur à cette création mondiale pour le Festival d'Art dramatique de Carcassonne, Preminger vient discuter de l'achat des droits pour le cinéma. La pièce créée dans la capitale audoise en 1963 sera reprise en février 1964 à Paris (TNP) et à travers l'Europe, obtenant à chaque fois un grand succès. Preminger envisagea à la fin de l'année 1964 d'adapter Zoo pour Broadway. Ce projet sera abandonné, mais l'année suivante une seconde version de la pièce est jouée à nouveau à Carcassonne, et Preminger vint discuter des droits.

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La pièce sera traduite en plusieurs langues

Le jeudi 15 juillet 1965, Zoo est interprétée avec une distribution théâtrale prestigieuse : Jean Deschamps, Jean-François Rémi, Claude Piéplu, Françoise Bertin, André Rousselet, etc. On considère que la seconde version est encore meilleure que la première et la critique nationale se montre dithyrambique.

"Cette pièce de Vercors est amusante, profonde, passionnante. Elle est stimulante, à la fois sceptique et généreuse et d'un ton insolite. La mise en scène de Jean Deschamps remarquable. Et la distribution digne des plus grands éloges." (Le figaro / J-J Gautier)

"L'évènement de la saison théâtrale." (Carrefour / Christian Mégret)

"C'est un franc succès, certains diront un triomphe. C'est à Jean Deschamps que cette adaptation doit - de l'aveu même de Vercors - beaucoup de son astuce et de son efficacité." (Le monde / Claude Sarraute)

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Plaque sous le Pont des Arts à Paris

Jean Brüller avait pris Vercors pour nom de résistant ; il le garda comme pseudonyme. Il refusa la légion d'honneur pour protester contre la torture durant la guerre d'Algérie. Il est décédé en 1991.

Sources

I was a monster movie maker / Tom Weaver / 2001

Programme Festival Art dramatique / 1965

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11/05/2017

La sacristie de l'ancienne chapelle du château comtal dans la Cité médiévale

Au mois de février 1975, l'entreprise Gleize procédait à la destruction des anciennes casernes napoléoniennes qui avaient été édifiées dans la cour du château comtal après 1852. Positionnées contre la courtine reliant les tours du Major, du Degré et de la Chapelle, leur démolition allait permettre la mise au jour d'une certain nombre de vestiges jusque-là inconnus. N'oublions pas que la Cité médiévale fut occupée par l'armée jusqu'à la veille de la Grande guerre.

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La salle des gardes

La destruction du premier étage permit de récupérer un linteau de pierre présentant sous plusieurs couches de stuc, la date : 1773, entourée des lettres A et B. Il s'agit là à l'évidence d'une pierre en réemploi.

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Le linteau de 76 x 25 cm

Au début de la construction le château avait la forme d'un U. Après 1169, on continua les travaux. Dès lors, la démolition de la chapelle était devenue obligatoire pour la construction du front nord. Il est probable que la courtine ait été édifiée fin XIIe siècle et début XIIIe siècle. En 1160, la chapelle est mentionnée  sur un plan ; en 1209, elle n'y figure plus.

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La chapelle

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© Droits réservés

La destruction des bâtiments mit au jour l'entrée de la sacristie de l'ancienne chapelle. A la faveur du ravalement du rempart nord - une fois la caserne rasée - une croix à branches égales de 23 centimètres en relief apparut sur un linteau en arc, au-dessus de la porte. A l'intérieur, se trouve une salle ronde de 2,90 mètres.

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Intérieur de la sacristie en 1975. A droite, le Sacraire.

"Si nous avons qualifié de sacristie la salle du basse de la tour du Degré, c'est que le linteau portant la croix sculptée en relief, se trouve à même le rempart et est soutenu par des moellons allant du bas au haut de la porte. Il y a une quinzaine d'années, on a placé un faux linteau pour surbaisser l'entrée et utiliser ce local comme réserve de livres et de papiers concernant le gardiennage. Il faut noter qu'à 1,75 mètres de hauteur, sur le côté droit de la porte, l'on peut voir un graffiti : "Madamoi". (L'indépendant)

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Entrée de la sacristie dans la tour du Degré

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23/04/2017

Sa majesté Léka 1er, roi des Albanais, en visite à la Cité

Nous le savons, l'hôtel de la Cité de Carcassonne a reçu un grand nombre de têtes couronnées. Parmi elles, nous pouvons citer la reine d'Angleterre (Queen Mum), Georges VI, la princesse Grâce Kelly, etc. Au temps de sa splendeur, l'établissement eut l'honneur d'accueillir le roi des Albanais, Léka 1er.

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Philippe Decaud et SAR Léka 1er

Le successeur sur le trône d'Albanie de Zog 1er vivait en exil depuis l'avènement de la république en 1945. Il vint à Carcassonne à plusieurs reprises en avril 1970, 1973 et la dernière fois en 1975. "Je ne passe point dans la région sans descendre à l'hôtel de la Cité".

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© Le blog de Yolio

Mariage du roi Léka 1er et de la reine Suzanne

Après son mariage avec l'Australienne Susan Cullen-Ward en 1975, le couple s'installe en Espagne où il est reçu par le roi Juan Carlos. Là, il continue à recevoir les Albanais en exil en attendant une chute prochaine du communisme. Léka 1er est décédé le 30 novembre 2011 sans jamais avoir régné.

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12/02/2017

Ce qui est caché dans la Cité n'a pas de secret pour nous !...

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Dans la cour du château comtal (Premier plan sur cette photo) sous une dalle de béton, il y a une salle que l'on tient hors de la vue des publics. Et pourtant...

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Sous la dalle en béton, les vestiges de la Cité à l'époque romaine

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Au dessus de cet habitat se dressait au XIIe siècle une chapelle dédiée à la vierge. Peut-être aurait-on pu ne pas fermer totalement à la vue, ces vestiges. Par exemple, en plaçant au dessus de la mosaïque et à hauteur de la chape en béton, un verre d'une belle épaisseur. On aurait pu admirer tout ceci par transparence, mais je ne suis pas architecte et j'ignore les contraintes techniques Les Monuments nationaux qui administrent la Cité de Carcassonne ont montré cette mosaïque dans un reportage télévisé du journal de 20h de France 2. L'espace de 20 secondes seulement... le temps de nous faire saliver et puis, la porte s'est refermée à clé.

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Au dessous se trouvent des vestiges d'une rare beauté de l'époque où la cité était habitée par les Gallo-Romains. Les restes d'une villa de la fin du 1er siècle de notre ère avec ses murs en grès et une splendide mosaïque, sont dans un parfait état de conservation.  

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Parties de la mosaïque

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Nous nous sommes procurés des photographies et nous en faisons profiter.

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Une note interne du 27 février 2006 signée de Madame Patrica Corbett - administratrice du château - indique que "Le diagnostic réalisé par SOCOTEC sur la solidité de la dalle de la cour d'honneur couvrant la mosaïque soulève des problèmes d'ordre structurel importants qui mettent en cause la solidité générale de cette partie de l'édifice. En conséquence, l'accès au public et au personnel à la salle de la mosaïque ainsi que l'organisation de toute manifestation ou rassemblement de groupe de visites sur la dalle de la cour d'honneur est INTERDITE. Qu'en est-il aujourd'hui ?

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30/11/2016

Le nivellement des savoirs conduit au nivellement des esprits

Après l'édition 1978 du Festival de la Cité de Carcassonne, la municipalité ne renouvela pas le contrat qui la liait avec avec Jacques Echantillon, alors directeur de cet évènement culturel estival et des Tréteaux du Midi.

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Affiche du Festival 1978

Il fut fondé le 30 octobre 1978, un Conseil communal de la culture chargé des mettre sur pied les programmations en relations avec l'ensemble des acteurs de la culture locale. La mission de cette association avait pour buts de :

Favoriser la pratique culturelle des citoyens dans une activité artistique ou scientifique; offrir aux associations des lieux de travail et d'expression; associer les associations à la programmation de certaines opérations culturelles d'envergure; aider les associations techniquement, et parfois financièrement, pour la réalisation de manifestations; agent de développement culturel et force pour obtenir de l'Etat et des collectivités leur contribution à ce développement.

L'idée de confier l'élaboration des projets culturels de Carcassonne à une structure de type associatif regroupant l'ensemble des promoteurs artistiques locaux, germait depuis 1976. Cette année là, la municipalité évoquait la création d'un service d'intervention culturel et de coordination. Le 30 novembre 1977, le conseil municipal entérine sa création. Le 30 mars 1978, une assemblée générale constitutive est chargée de rédiger les statuts du Conseil communal de la culture. Quinze jours après, le conseil d'administration est élu et le 9 juin 1978, M. Léon Collot désigné comme Président.

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Gilles Durupt

En septembre 1978, le Conseil communal de la culture recrute Gilles Durupt comme directeur ; le 12 octobre, il entre en fonction et un programme d'activités sera mis en place le mois suivant.

Conseil d'administration

MM. Léon Collot, Julien Arletaz, Gérard Clavet, Jean Planson, Daniel Iché, Jean Guilaine, Jacques Miquel, Jean-Pierre Sarret, Jean Valdeyron, Simon Peyras, Jean Auzias, Joseph Dovetto, René Martimort, André Deville, Eric Mandicourt.

Mesdames Aimée Delpy, Ketty Dolbert-Dubois, Suzanne Carbou, Régine Callat.

Direction culturelle

MM. Gilles Durupt, Charles Bourely, Jean-Robert Grozay, Jean Alary, René Descadeillas.

Associations membres du C.C.C

Auberge de jeunesse, FLEP de Grèzes-Herminis, FJEP du Viguier, Francs et Franches camarades, MJC, Association des amitiés franco-chinoises, Centre d'études médiévales du Midi, Foyer Léo Lagrange, Groupe Audois d'Etudes Préhistoriques, Société d'Etudes Folkloriques, Amicale laïque, Les amis de la FAOL, Les amis des rives des Corbières, Les amis de la Sardane, Cercle occitan, Culture et bibliothèque pour tous, FEP de Montlegun, Groupe philatélique, Laouseto del Carcassès, Mouvement contre le racisme, Bouffons du Midi, Chorale à Coeur joie, Comité des fêtes de Bienfaisance, Groupe Regard, Harmonie municipale, Music-Fool, Recherches et Essais Chorégraphiques, Rencontre des Arts Audois, Le Réveil Carcassonnais, Théâtre et Culture, Ciné-Club, Comité de jumelage, Los Auzelets, Syndicat d'initiative, Tourisme et travail, Foyer des élèves du CEG André Chénier, Foyer Socio-éducatif de Grazailles, Foyer socio-éducatif de La Conte, Foyer socio-édicatif du Viguier, CFDT, CFTC, CGC, CGT, CSCV, FO et Viuire a l'Escolà.

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Festival de la Cité 1979

L'année suivante - du 2 février au 3 mars - le Conseil communal de la culture mit en oeuvre le carnaval et son roi Carcassus. On put assister également à UBU Roi d'Alfred Jarry dans une mise en scène de Peter Brook, "Ils" mis en scène par Andrei Wajda, "La maison d'Anna".

Les tarifs

Les tarifs du Festival 1979 allaient de 15 francs à 50 francs. Si l'on prend comme base de calcul le smic qui était de 2066 francs bruts mensuels, un ouvrier voulant se payer une place au premier rang à 50 frs devait débourser 2,42% de son salaire.

Effectuons pour le Festival 2016, le même calcul... Une place au premier rang coûte 70 euros environ. Le smic mensuel brut en 2016 est de 1466 euros. Un ouvrier devra débourser 4,77 % de son salaire.

Bien entendu, les différences restent les mêmes quand il s'agit d'une place au dernier rang.

Les partenaires

En 1979, le Conseil communal de la Culture était dirigé par l'ensemble des acteurs locaux et artistiques. Aujourd'hui, le Festival de Carcassonne est soutenu par NRJ, W9, Rock and Folk, M6 Music, SACEM. Ce n'est pas une critique, c'est juste un constat - Carcassonne vit avec son temps. Nous sommes passés d'une programmation locale jugée ringarde ou trop orientée politiquement, à une programmation pilotée par les majors internationales de l'industrie du disque...

Le Conseil Communal de la Culture a été dissous le 9 juillet 1986

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