30/03/2017

Le triomphe de Suzanne Sarroca dans sa ville natale, le 1er mai 1962

Le 21 février 1961 est constituée dans une salle du théâtre municipal,"l'Association des choeurs du Festival de Carcassonne". Cette formation de chanteurs Carcassonnais amateurs, puisée au sein du choeur de la cathédrale St-Michel, était dirigée par Georges Cotte et Jean Amiel. Elle devait participer aux productions des opéras programmés durant la période du Festival de la Cité.

Copie.jpg

© P. Hyvert

Pierre Hyvert (debout), Jean Amiel (centre), Georges Cotte (droite)

Les choeurs du Festival allaient se distinguer le 22 juin 1961 au théâtre municipal dans "l'Hommage à Camille Saint-Saëns" dirigé par Georges Cotte avec les solistes de l'Opéra de Paris dont Myriam Djavan (soprano), Geneviève Leroy-Thiebaut, contralto de l’Opéra (Dalila); Maurice Blondel, ténor de l’Opéra (Samson); André Jonquères, baryton de la Radio-Télévision (Le Grand Prêtre).

Copie 2.jpg

© P. Hyvert

On reconnaît Mlle Mailhac, Mme Jean Amiel, Mlle Bels, Zélie Lacoste

Carcassonne possédait en ce temps-là non seulement un choeur amateur très important, mais également une Harmonie municipale avec des éléments primés dans les conservatoires du musique. 

Copie 3.jpg

© P. Hyvert

Pierre Hyvert, Jean Malaval, Marius Laffargue, Sablayrolles, Mlle Mailhac, Mme Escoupérié

L'année suivante, Jean Alary qui avait en main la direction du théâtre municipal, eut l'idée de monter une production de Faust - le chef d'oeuvre de Charles Gounod. Cet opéra composé d'après la pièce de Goethe, reste encore de nos jours, le plus représenté à l'Opéra de Paris. Le désir d'Alary fut de proposer à la soprano Carcassonnaise Suzanne Sarroca, qui allait avec la Scala de Milan inaugurer l'ouverture de l'opéra de Genève quelques mois plus tard, le rôle de Marguerite. Il se mit alors en relation avec Louis Nègre - son mari et impresario - afin de la faire chanter pour la première fois dans sa ville natale. La fille d'une épicière de la rue Trivalle devenue star internationale de l'Art lyrique, acceptait de se produire à Carcassonne, alors qu'elle triomphait à Milan, Rome, Paris et New-York. C'est là toute la délicatesse et l'humilité de Suzanne Sarroca, qui même à 90 ans, ne l'ont toujours pas quittées. Sa ville le lui rend fort mal... Enfin, là n'est pas le sujet.

Copie 4.jpg

© P. Hyvert

Les chœurs de Faust à la Cité

Tenez-vous bien ! La distribution de ce Faust à Carcassonne rassemblait ce qui se faisait de mieux comme chanteurs français à cette époque.

Dr Faust : José Luccioni (1er acte) et Paul Finel

Marguerite : Suzanne Sarroca

Méphistofélès : Xavier Depraz

Valentin : Michel Dens

Siébel : Mireille Martin

Dame Marthe : Colette Gérardin

Wagner : Georges Borrot

Le Grand orchestre de Toulouse fort de 36 instrumentistes, les choeurs du Festival de Carcassonne, de Nîmes et de l'opéra de Toulon étaient dirigés par Georges Gayral. Les décors provenaient du théâtre du Capitole de Toulouse. C'est la maîtresse du ballet du Capitole - Simone Techeney - qui avait réglé "La nuit de Walpurgis". On peut retrouver son interview en cliquant ci-dessous.

https://www.youtube.com/watch?v=MTq5NfMWjQY

DSC00840.jpg

Paul Finel, Suzanne Sarroca et Xavier Depraz

Au cours du troisième acte, au moment où Suzanne Sarroca (Marguerite) chantait "Anges purs, anges radieux", son mari qui avait été pris d'un malaise dans la journée, succombait à une embolie pulmonaire. On la tint à l'écart de la nouvelle jusqu'au moment où dans la voiture, elle effectuait le trajet du retour vers sa maison natale, rue Camille Saint-Saëns. C'est là qu'elle apprit le décès brutal de Louis Nègre à l'âge de 59 ans. Ce grand chanteur et professeur de chant au conservatoire de Toulouse fut inhumé à Carmaux dans le Tarn.

DSC00842.jpg

Louis Nègre

Les représentations de ce Faust à Carcassonne resteront inoubliables pour tous les amoureux de l'Art lyrique, mais surtout bien tristes pour Suzanne Sarroca. Elles prouvent s'il le fallait que notre ville possédait des éléments de valeurs à la tête des orchestres, des théâtres et des chœurs. Aujourd'hui, nous allons simplement écrire avec fatalité et pour ne fâcher personne qu'il s'agissait certainement... d'un autre époque. Que chacun se fasse une idée du niveau actuel

Sources

La dépêche / Le Midi-Libre

Remerciements

Pascal Hyvert et Arlette Moulin

_____________________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

26/03/2017

"Jeanne d'Arc au bûcher" au Festival de la Cité de Carcassonne

Cette oeuvre dramatique du compositeur Arthur Honneger sur un texte magnifique de Paul Claudel venait d'être créée à Bâle (Suisse) le 12 mai 1938, lorsqu'une tournée dans 40 villes la fit représenter à Carcassonne le 19 juillet 1941. On entendit l'ensemble Chantier orchestral sous la baguette d'Hubert d'Auriol avec Jacqueline Morane (1915-1972) dans le rôle de Jeanne d'Arc.

Copie.jpg

© Droits réservés

Festival de Carcassonne 1982

"Jeanne d'Arc est sur le bûcher, elle voit sa vie défiler. Onze tableaux pour retracer son histoire, onze pages du livre de sa vie évoquées feuille à feuille avec frère Dominique, alors que le feu se prépare. De l'infâme jugement d'un tribunal dirigé, par des animaux à son enfance insouciante, c’est la France blessée et l’épopée de la Pucelle qui sont évoquées à rebours, au milieu des cris de haine d’une foule hostile, à jamais impénétrable pour l'innocente Jeanne." (Opéra de Lyon)

Capture d’écran 2017-03-26 à 10.20.08.png

Jeanne d’Arc au bûcher a les apparences d’un oratorio avec chœur et orchestre mais les personnages qui font l'histoire sont des rôles parlés : les derniers instants de la sainte se prêtent ainsi aisément à l'action dramatique, mais aussi mystique puisque Jeanne, déjà en dialogue avec le Divin, ne comprend plus la haine des hommes…

Jean Deschamps et MC Barrault festival 1982 ( Jeanne au Bucher) copie.jpg

© Droits réservés

Jean Deschamps et Marie-Christine Barrault en 1982

Le 29 juillet 1982, le directeur du Festival de Carcassonne - Jean Alary - programme une représentation de l'oeuvre d'Honneger et de Claudel. L'orchestre et les choeurs sont dirigés par le chef du Théâtre du Capitole de Toulouse, Michel Plasson. Le succès sera au rendez-vous et un article dans le Figaro mettra en exergue la réussite de cette production, montée de toute pièce pour Carcassonne.

Distribution

Chorale Elisabeth Brasseur de Paris, Ensemble Vocal d’Oratorio de Bordeaux, Choeurs de l’Opéra de Lyon, Chorale d’enfants “Les petits chauriens”. Avec Marie-Christine Barrault (Jeanne), Jean Deschamps (Saint-Dominique), Rémy Corazza (Porcus), Michèle Command (Marguerite), Chantal Bastide (La Vierge), Gisèle Guidicelli (Catherine), Roger Trentin (Le hérault), Jean-Jacques Cubaynes (Le deuxième hérault).
Copie 2.jpg

© Droits réservés

Maquette des décors de 1982 à Carcassonne

La scénographie et les décors sont réalisés spécialement pour le Grand théâtre de la Cité par Georges Wakhevitch (1907-1984). Né à Odessa (Ukraine), Wakhevitch est Illustrateur, peintre, costumier et décorateur pour le cinéma, le théâtre et le ballet. Il est également le père du compositeur Igor Wakhévitch, connu notamment pour ses collaborations avec la chorégraphe Carolyn Carlson à l'Opéra de Paris entre 1973 et 1978, sous la direction de Rolf Liebermann.

Pour le cinéma, on peut citer : « L’homme à l’Hispano », « Baroud », « Prison sans barreaux », « Les visiteurs du soir », « L’éternel retour » ; pour le théâtre ou l’opéra : « Le jeune homme et la mort », « Adventure story » à Londres, « Jeanne la folle », « Donogoo », « Roméo et Juliette », « Le Consul », de Menotti à la Scala de Milan, un des tableaux des « Indes Galantes » à l’Opéra de Paris, « Le libertin », « Thérèse Raquin », à Edimbourg, etc.

Video ci-dessous de Jeanne d'Arc au bûcher

https://www.youtube.com/watch?v=W4T3jO1WMmM

_______________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

09/02/2017

Les directeurs du théâtre municipal de Carcassonne de 1906 à aujourd'hui

Au début du XXe siècle, les directeurs étaient nommés chaque année pour la saison à venir, après l'examen des candidatures par la commission théâtrale composée pour 1906 de: MM. Coll, Durand, Léginières, Maillé, Roumens, Vidal, Jordy, Sentenac, Suberville et Chai. Les candidats, le plus souvent déjà directeurs dans divers théâtres français, rédigeait leurs lettres de candidatures parfois accompagnées d'une lettre de soutien de la part du Député ou du Maire de la commune dans laquelle ils officiaient. Une fois désigné arprès signature du contrat, le nouveau directeur versait à la caisse municipale la somme de 6000 francs à titre de caution, qui lui était restituée cinq jours avant la fin de la saison. En contrepartie, il percevait une subvention municipale de 12000 francs payable par moitié et bénéficiait de la location des loges, de l'éclairage et de la salle de spectacle. Néanmoins, le dernier versement de la subvention n'intervenait qu'après un délai de 5 jours consécutifs, à la clôture de la saison et vérification des comptes. Quelques noms parmi ces directeurs: MM. Crémieux, Sylvo, Delpret...

1895262683.JPG

© ADA 11

La campagne théâtrale se composait ainsi: Six représentations d'opéra-comique données dans le courant du premier mois et 10 représentations de Grands opéras dans le courant du second mois. Elle débutait une semaine avant ou après Pâques, à raison de deux représentations par semaine les dimanches et les jeudis. La direction pouvait donner une 3e représentation par semaine, si nécessaire, pour que la saison soit terminée dans une période qui ne devait être ni supérieure, ni inférieure à mois. La municipalité imposait au directeur de donner à ses frais une représentation au profit de la Société du "Sou des écoles laïques" avec tout son personnel. Si le directeur ne le faisait pas, il devait une amende de 300 francs à la dite Société. Le prix des places allait de 3,50 francs pour les fauteuils d'orchestre à 0,75 centimes au poulailler.

928453387.JPG

© ADA 11

La direction musicale était composée de deux chefs. Les membres de l'orchestre étaient au nombre de 46 choisis parmi les instrumentistes des formations de la ville (Sainte-Cécile, Lyre, Orphéon...). Ils avaient une entrée permanente (même pour les spectacles auxquels ils ne participaient pas) et étaient payés. Les artistes du choeur au nombre de vingt, étaient équitablement répartis entre hommes et femmes. Eux, venaient de régions différentes et devaient être présents à Carcassonne pendant les deux mois. Ils étaient également distribués dans les rôles secondaires des opéras. Leur salaire était défini selon leur grade dans la troupe: Dugazon, Premier ténor, Prémière Falcon, Seconde basse...etc. Il apparaît que les femmes étaient moins bien payées. Chaque artiste de la troupe devait avoir ses propres costumes de scène avant de signer son contrat. Le ballet était lui, composé d'un maître de ballet et de 7 danseurs. Voici les Grands opéras qui étaient régulièrement joués: Hérodiade (Massenet), La juive (Halévy), Rigoletto (Verdi), La favorite (Donizetti), Hamlet (Thomas), Faust (Gounod), Guillaume tell (Rossini), Le trouvère (Verdi),L'africaine (Meyerbeer).

Après la construction du nouveau théâtre municipal, la direction est confiée en concession à André Valette. Il s'agit d'un producteur marseillais. Grâce à ses relations parmi les vedettes, il va adapter la programmation à l'air du temps. On conserve l'orchestre du théâtre avec les musiciens carcassonnais. C'est Michel Mir qui dirigera le plus souvent l'orchestre en alternance avec des chefs venus de Toulouse ou Marseille. Le théâtre accueille des opérettes, des opéras, des tours de chant lyriques et de variétés, du cirque et des revues.

3350371542.jpg

Fernandel

2239221531.JPG

L'orchestre de jazz Fred Adison

171391675.JPG

Le ténor français Georges Thil

3088574123.JPG

Mistinguet

musique

© Nathan Cabréra

Fernandel en 1970 au théâtre municipal de Carcassonne

1122989445.jpg

Sur ce graphique que j'ai réalisé, on voit l'activité pendant la période de guerre. Au total en 5 ans: 22 opéras, 45 opérettes 74 pièces de théâtre, 42 revues, 22 concerts et 20 spectacles diverses. La saison 39-40 commence avec 4 mois de retard; le concert de Charles Trenet et l'opérette "L'amour masqué" sont annulés en raison des évènements de mai 1940. A partir du 24 mai 1940, le théâtre restera fermé. Le nombre de spectacles croissant à partir de 1940-1941 et très élevé lors de la saison 1941-1942, s'explique par le fait que bon nombre d'artistes et de troupes vinrent se réfugier en zone libre. Si le nombre de pièces de théâtre à tendance à croître en période guerre, en revanche les revues, opéras ou opérettes se font plus rares en raison des difficultés à trouver des choristes, instrumentistes et danseurs pour monter les ouvrages. La baisse durant la saison 1942-1943 coïncide avec le passage de Carcassonne en zone occupée.

musique

© Nathan Cabréra

Paul Thomas (Chef machiniste) et Jean Alary (Directeur)

En 1955, Jean Alary, dont les parents tenaient le magasin de chaussures "Cendrillon" dans la rue de la gare, est nommé en remplacement d'André Valette. Il signe alors sans le savoir un long bail avec la ville de Carcassonne jusqu'à sa mort en 1986.

théâtre municipal

D'abord directeur du théâtre puis en cumulant avec la direction du festival de la cité, Jean Alary va imprimer sa marque. Exit l'orchestre du théâtre avec ses vieux musiciens dont la plupart avaient allègrement dépassés la soixantaine. On va vers de la qualité, en tournant le dos à un passé qui n'est plus possible. Le théâtre municipal porte désormais son nom.

musique

© Nathan Cabréra

Paul Thomas, Mme Olivan, Jeannot Resplandy, Thierry Ravillard, ?

Pris au dépourvu par la mort prématurée de Jean Alary, Raymond Chésa va faire appel à Jacques Miquel. Le théâtre était alors en concession et la veuve du directeur termina la saison jusqu'à l'apuration des comptes. A la prise de fonction de Jacques Miquel, le théâtre passa en régie municipale. Tout en conservant l'esprit de l'ancien directeur, Jacques Miquel de part sa formation de musicien classique aller user de ses relations avec le Capitole de Toulouse et son chef Michel Plasson. Dans sa programmation en retrouve les incontournables comédies de boulevard des tournées Baret. Mais surtout, les concerts symphoniques et de musique de chambre. 

3610673438.jpg

Andalousie (F. Lopez) en décembre 1988

Avec lui, c'est le retour de la création "maison" des opérettes (une par trimestre). Pendant sept jours, on monte au théâtre un spectacle lyrique avec l'orchestre Mélodia de Toulouse et son chef Claude Cugullière, dont la famille avait une pharmacie à Carcassonne, les choeurs de Carcassonne et des artistes tels Carlo di Angelo, Jose Todaro, Henri Genès... Ces spectacles faisaient salle comble à chaque fois avec des réservations prises d'une année sur l'autre.

Jacques-MIQUEL.jpg

Jacques Miquel jusqu'en 2002

Jusqu'en 2011, Nicole Romieu qui n'avait aucune formation musicale fut propulsée à la tête du théâtre. Fini les productions maisons ! Ce fut le retour des spectacles achetés clé en main.

musique

© Nathan Cabréra

Aujourd'hui, Georges Bacou assure la direction du théâtre portant le nom de celui avec lequel il apprit le métier. Nous le voyons sur la photo ci-dessus en 1984 (haut en droite) avec l'équipe du festival de la Cité. Jean Alary qui en était le directeur se trouve au centre avec la moustache.

__________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

01/02/2017

Le séjour du compositeur César Franck à Azille chez Gallimard

C'est dans la commune d'Azille située au coeur du Minervois, que vint s'installer au XIXe siècle la famille Gallimard. On peut dire sans crainte que Paul Gallimard (1850-1929) - père du fondateur des éditions littéraires du même nom - était né avec un cuillère en or dans la bouche. Son père, Sébastien, avait épousé Henriette Chabrier dont la famille avait amassé une somme considérable sous le règne de Napoléon III. A tel point qu'elle possédait plusieurs théâtres et des hôtels particuliers dans la capitale.

ob_f05ef2_henri-de-toulouse-lautrec-m-de-lauradour.jpg

Paul Gallimard par Toulouse-Lautrec

Paul, en dandy bourgeois, fréquente la belle société de l'époque, tant dans le domaine des affaires que dans celui des arts. Ami de Renoir et de Manet, il possède plus de cent tableaux. Il suit également les cours d'architecture à l'école des Beaux-arts et mène une vie d'aventurier. Est-ce lui qui fit construire la demeure d'Azille communément appelée "Château Gallimard" ? Nous ne pouvons répondre pour l'instant à cette question. 

Capture d’écran 2017-02-01 à 11.40.15.png

Maison Gallimard à Azille

C'est dans cette belle demeure que séjourna durant l'été 1875, le compositeur et organiste français César Franck (1822-1890). Ami de la famille, Franck était sans doute venu à l'invitation des Gallimard y puiser un peu d'inspiration.

250px-César_Franck_by_Pierre_Petit.jpg

César Franck

Outre le fait qu'il joua sur le Grand harmonium de l'église St-Julien, il composa à Azille une de ces oeuvres : Les Eolides. Ce poème symphonique sera joué le 13 mai 1877 à Paris aux Concerts Colonne.

Les_Eolides_(manuscrit_autographe)_Franck_César_btv1b550081465.jpg

© BNF

Manuscrit de la partition composée à Azille

Signé et daté, le document porte la mention suivante de l'auteur : 

Azille // le 28 7bre 1875 // César Franck

En écoute sur le lien ci-dessous

https://www.youtube.com/watch?v=6FO4--_BuNg

ob_8764c6_gaston-gallimard-o.jpg

Gaston Gallimard

Durant la Seconde guerre mondiale, Gaston Gallimard - fondateur de la maison d'édition - et son épouse se réfugièrent à Azille. Louis Aragon et Elsa Triolet les suivirent et s'installèrent à Carcassonne pendant trois mois. Avec Joë Bousquet et d'autres écrivains réfugiés, la capitale audoise devint ainsi le plus important salon littéraire de l'occupation. La maison des Gallimard à Azille a été vendue il y a une vingtaine d'années.

gallimard_400x400.jpg

Nous n'avons rien contre les fêtes de la Truffe ou la Féria d'Azille, mais force est de constater que cet épisode historique n'occupe que la moitié d'une ligne sur le site de l'Office du tourisme intercommunal du Haut-Minervois. Il y aurait tant à faire sur le plan culturel pour mettre en avant ce riche passé. Il n'a fallu pourtant à ce blog qu'une demi-journée pour effectuer l'ensemble de ces recherches.

_______________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

12:59 Publié dans Musique classique | Tags : azille | Lien permanent | Commentaires (3)

21/01/2017

Le noël Carcassonnais : un chant liturgique en occitan

Grâce à Georges Bruyère, archiviste de l'Evêché, j'avais appris que Paul Lacombe s'était servi d'un motif d'un vieil air carcassonnais pour écrire sa Rhapsodie sur des airs du pays d'Oc. Des recherches plus poussées m'ont appris que cette oeuvre fut jouée pour la première fois en 1906 au Congrès de musique régionale de Montpellier, placé sous la présidence de Frédéric Mistral. Le motif en question est une Elévation sur

Le noël carcassonnais

que Jean Escaffre (ancien organiste de St-Vincent) avait fait connaître à son professeur parisien Alexandre Guilmant. Ce dernier après l'avoir harmonisé l'avait inclus dans son Deuxième livre de noëls op.60. Voilà pour l'anecdote. Restait à retrouver le texte occitan puisque cette partition se chantait autrefois. Il y a dans Carcassonne des gens qu'il faut savoir solliciter et qui d'autre que Jean-Louis Bergnes, titulaire de l'orgue de la Basilique Saint-Nazaire pouvait me renseigner ?

3724269338_6.JPG

Le texte de ce noël en occitan que j'ai retranscrit ci-dessous, avait été manuscrit il y a fort longtemps par une soeur du Monastère de Prouilhe dans l'Aude pour M. Bergnes. Elle l'a écrit tel qu'il était chanté et de mémoire. J'ai eu du mal parfois à lire certains mots, d'où sûrement quelques erreurs de compréhension. 

Noël carcassonnais

1.

Qu’ès aco qu’aousici ?

Tout m’espabourdissi

Coumpaïre Miquel

Me semblo que d’arejos

Cantoun de louanjos

Amoun sul mourrel

Al lun d’un esclaïre

Que lusits en laïre

Moun diou qu’aco si bel !

2.

Béléou per talastre

Aquel noubel astre

Que bésen lusi

Marco le Mesdio

Que la proufessio

Announço béni

Rebeilhats bous, Pastrès !

Benets à me n’os autres

Benets bi lè aousi

3.

Es sus la cabano

Qu’aquel astre plano

Boli bous parla

La neit es sereno

Diots un ourgena

Disoun gloria,

In excelsis Deo !

Bei pas dins l’Ideo

Cantoun i Gloria

4.

Oui, Brabes Pastres

Esprès boi bous aoutres

Sioun benguts dal cel,

L’Eternel nous mando ;

Benets bous demando,

Quitats le troupel

Benets dins l’estable

Le saoubur aïmable

Sul fé d’un rastel.

5.

Merci, boun anjeto

Joust bostro houleto

Coun desisex, nous,

Nous rendex urouses

E maï glouriouses

D'un bounhur pla doux.

Nous farex l'intrado

per qu'à l'accouchado

Renden las hounours

 

6.

Y faren ouffrando

Pouden pas maï grando

D'un petit troussel

D'un paouc de laïtaché

Per qu'aquel maïnatché

Bengue bei le bel

De bouno facusseto

E d'uno flasqueto

De boun lainot biel 

7.

Seou d'un paouc de lano

Raï dins la cabano

Y tricoutari

uno couberturo

Per faïre caouduro

A soun petit leit

Car, fa fret bietase

Sous le biou esliasé

Jalaio la neit 

8.

Jeou a la bierjeto

Dorti n'o raoubeto

De moun effantou,

Per qué m'el counserbe

E mé le preserbe

De touto malou

Car, a la cresenço

Qu'a touto puissenço

Soun cor ès tan bou, 

9.

Le Dious admirable

Sul fé de l'estable

Ben per nous salba.

Se l'enfer menaço

El proumet sa graço

Anen l'adoura,

Soun amour nous presso

Faguen la proumesso

De toujours l'aïmar

10.

Le besets, maïnatches

Coum el siogneu sa fetches

L'aouffesses pas pus

De sa paouro cretcho

A toutis nous pretcho

Bou la fas bertuts

Josep e sa maïre

Le badoun pecaïre

Escouten Jesus.

 

Traduction

1
Qu’est-ce que j’entends ?
Tout me stupéfie,
Compère Michel !
Il me semble que des anges
Chantent des louanges
Là-haut sur la colline
A la lumière d’un éclair
Qui brille dans les airs.
Mon dieu que tout ceci est beau !


2
Il se peut que, par hasard,
Ce nouvel astre
Que nous voyons luire
Indique le Messie
Dont la prophétie
Annonça la venue.
Réveillez-vous, Bergers !
Venez avec nous,
Venez l’entendre.


3.
Et sur la cabane
Que cet astre domine
Je veux vous parler.
La nuit est sereine,
On croirait que des orgues
disent Gloria
Au plus haut des cieux !
Je manque de tête :
Ils chantent le Gloria !


4.
Oui, Bons Bergers,
Exprès pour vous
Je suis venu du ciel.
L’Eternel vous le demande,
Quittez le troupeau,
Vous verrez dans l’étable,
L’aimable Sauveur
Sur un berceau de paille.


5.
Merci, bon angelot,
Sous votre houlette,
Conduisez-nous.
Vous nous rendrez heureux
Et même glorieux
D’un bien doux bonheur.
Vous nous permettrez l’entrée
Pour qu’à l’accouchée
Nous rendions les honneurs.
6.
Nous lui feront l’offrande,
Nous ne pouvons plus importante,
D’un petit trousseau,
D’un peu de laitage
Pour que cet enfant
Devienne bientôt le plus beau,
D’une bonne brassière,
Et d’un flacon
De bon xxx vieux.


7.
Si j’ai un peu de laine,
Simplement dans la cabane
Je lui tricoterai
Une couverture
Pour réchauffer
Son petit lit,
Car il fait froid, bigre !
Sous le bœuf et l’âne
Il gèlerait, la nuit !


8.
Moi, à la Vierge,
Je porte une petite robe
De mon enfançon
Pour qu’elle me le conserve
Et me le préserve
De tous les malheurs,
Car je crois
En sa toute puissance.
Son cœur est si bon !


9.
Le Dieu admirable
Sur le berceau de l’étable
Vient pour nous sauver.
Si l’enfer menace,
lui nous promet sa grâce,
Et nous allons l’adorer.
Son amour nous garde,
Faisons la promesse
De toujours l’aimer !


10
Vous le voyez, enfants,
Comme xxx
xxx
Depuis sa pauvre crèche
A tous il nous prêche
Vouloir faire des vertus
Joseph et sa mère
L’admirent ; pêcheurs

Vous pouvez l'écouter ci-dessous

https://www.youtube.com/watch?v=E3mYUMZJzck

________________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

19/01/2017

Lo cant dè San Gimer (Chanson de la Barbacane)

Bien davantage que les vieilles pierres, il y a dans nos provinces des traditions orales ou musicales qui se sont perdues au fil des générations. Il y a bien des situations que le français ne saurait imager comme l'occitan. Il était dans tout le pays carcassonnais un cantique fort connu, que l'on chantait dans la paroisse de Saint-Gimer au pied de la Barbacane: Lo cant dè San Gimer. C'est en travaillant sur Paul Lacombe et plus précisément sur sa Rapsodie sur des airs du pays d'Oc, que j'ai découvert l'existence de cet air. J'ai trouvé ainsi que le compositeur carcassonnais, avait inclus dans cette oeuvre écrite pour le congrès de musique régionale en 1907, le refrain de ce cantique à St-Gimer. Restait à retrouver la musique et le texte... Qui d'autre que l'éminent organiste de St-Nazaire, Jean-Louis Bergnes, aurait pu m'aider ?

659616974.jpg

La partition du refrain

2628038608.jpg

Vous trouverez ci-dessous un lien pour écouter la Rapsodie de Paul Lacombe que j'ai reconstituée à partir d'instruments virtuels - Serge André a fait le reste. A partir de la 45e seconde, vous entendrez le thème du cantique de St-Gimer. Bien entendu, cette oeuvre sonnerait beaucoup mieux avec un vrai un orchestre... mais dans ce pays, on n'aime pas la musique régionale.

https://www.youtube.com/watch?v=uC0Emxz9x_o

___________________________

© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017