06/10/2017

L'histoire chaotique du Musée des beaux-arts de Carcassonne de 1850 à 1971

En 1850, les salles provisoires du Musée de Carcassonne étaient situées 50 rue Lafayette (actuelle, rue de la République) et renfermaient 140 tableaux.Cros-Mayrevieille dans les « Monuments de Carcassonne » édité en 1850 énumère à la page 201, quelques-unes des toiles du musée, mais ne mentionne pas la nature morte de Chardin. Il cite « Louis-Philippe à Valmy » (Mausaisse), « Portrait de Mme Poulhariez et de sa bonne fille » (Sableyras), « Un bouquet de fleurs » (Van Spændonck), deux tableaux de Rigaud, etc. Dans le même temps, la Société des Arts et des Sciences s’attelait à la constitution d’une galerie de portraits. A ceux déjà cités, elle avait ajouté celui de Bernard de Monfaucon, Andréossy, Dejean, Gamelin, Ramel, Fabre d’églantine, Bosquet, Marie de Pech de Calage, etc.

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L'entrée du Musée des beaux-arts vers 1960


En 1861, le musée fut installé ainsi que la bibliothèque, dans les locaux de l’ancien Palais de Justice de la rue de Verdun. La délibération du Conseil municipal du 5 janvier 1861, affecte la bibliothèque et le musée à l’ancien Palais de Justice. Malgré des expositions organisées par la Société des Arts et des Sciences, les collections entre 1864 et 1875 ne s’étaient guère augmentées - seulement quelques envois de l’état et de maigres donations. En 1876, la ville reçut l’importante donation des œuvres d’art de Casimir Courtejaire. Ce dernier compléta son don en 1880 et 1884 par une somme allouée de 120 000 francs qui servit à l’acquisition de tableaux et à l’aménagement de deux salles. Isidore Nelli, grand-père de René Nelli, participa à la commission d’achat des tableaux. À partir de 1887, la Société des Arts et des Sciences cessa d’administrer le musée, passé désormais sous le contrôle de la mairie, malgré les protestations de ses membres. Le premier conservateur municipal fut le peintre Émile Roumens, assisté de M. Mauré pour les collections archéologiques. Un arrêté municipal du 5 avril 1894, assigna le conseiller municipal Charles Chamans comme délégué à la surveillance spéciale du musée. C’est à cette date que fut établi par Émile Roumens et M. Mauré, le premier inventaires des legs de Couretjaire, Chénier et Coste-Reboulh.

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Jacques Gamelin par Falguière

A la fin du XIXe siècle les œuvres de Gamelin reviennent à la mode et une grande exposition est présentée en 1898. Emile Astruc remplace Emile Roumens comme conservateur. A partir de 1912, c’est le peintre Léon Cabanier qui lui succède. En 1938, Louis Cazaban assisté de Pierre Embry pour les collections archéologiques, tente de réorganiser le musée avec Mlle Mouton épouse Cahen-Salvador. Dans une note adressée à la Direction des Beaux-arts, Louis Cazaban énuméra les rôles qu’avait dû assumer le vétuste édifice destiné en principe à n’abriter que des livres et des peintures. Il a servi de siège au Syndicat d’initiative, à l’Association des anciens combattants. On y a vu un cantonnement de Sénégalais qui allumaient des feux dans le cour pour y faire leur cuisine, des sections de vote pour les élections, des soupes populaires, des dépôts d’ustensiles, des réfugiés. En 1945, il servit même à l’échange de billets de banque. Malgré cela, on y organisa une exposition des tableaux avec en même temps une présentation des chef d’œuvres de l’art religieux. Alors que le musée prend une nouvelle tournure, la Seconde guerre mondiale éclate…

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© AAVC

Pierre Embry

Victime d’un incendie en 1942 et désorganisé par la guerre, le musée ferme ses portes jusqu’en 1948. Les plus belles œuvres avaient été mises à l’abri par Pierre Embry dans le monastère d’En Calcat ; notamment les tableaux de Gamelin.

« Durant leur retraite ils voisinèrent avec les Goya de Castres, le Snyders (à moins qu’il ne soit un Rubens) de Narbonne et le portrait du duc d’Orléans venu de Perpignan, sans faire de faux plis à son pantalon rouge. La Trinité de Saint-Just, avec les trois personnes divines habillées en papes, présidait, sans doute, cette auguste assemblée. » (Chanoine Sarraute / 1946)

En 1948, l’état du musée inquiète ses plus ardents défenseurs. Tant et si bien que dans une interview de 1966, M. Bourely, architecte des Bâtiments de France, confia que la ville avait pour ambition de raser le vieux musée afin de construite en lieu et place, un bâtiment offrant toutes les garanties de modernité. Ce projet qui n’aboutira faute de moyens, fut étudié par son père. Au sortir de la guerre, les finances publiques allèrent en priorité à la reconstruction des villes bombardées. Le musée échappa ainsi à la destruction municipale. Je vous laisse imaginer un bâtiment analogue à celui de la Trésorerie générale, édifiée en 1952 à la place du charmant Café du musée…

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La collection Joë Bousquet au musée en 1952

Entre-temps, René Nelli venait d’être nommé comme conservateur. A la mort de Joë Bousquet en 1950, quelques-uns de ses amis - à l’initiative de René Nelli - qui avaient bénéficié de ses legs décidèrent de les mettre en dépôt au musée et d’y constituer une salle pour perpétuer sa mémoire. Voici les noms des donateurs : Alquié, Bernon, Féraud, Girou, Grizou, Nelli, Patau, Roumens et Sire. Les toiles exposées dans la salle d’Art moderne avaient pour auteurs les plus illustres de la peinture contemporaine : Marquet, Fautrier, Braque, Ernst, Picasso, Tanguy, Masson, Dali, Hans Arp, etc. La municipalité avait édité en 1948 un catalogue-guide et l’inventaire déposé au Louvre fut achevé en 1949. En octobre 1952, le buste de Joë Bousquet sculpté en pierre de Clamecy par Salomé Vénard fait son entrée dans les collections. Il s’agit d’un envoi l’état. Ce buste se trouve depuis 50 ans dans les réserves…

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Le buste de Bousquet par Salomé Vénard

Au mois de décembre 1952, le journal « Le patriote » d’obédience communiste brise l’omerta et informe le public, qu’il pleut dans le musée.

« Salle Armand Raynaud. Sérieuse gouttière, au-dessus de la porte ou l’eau suinte, s’amasse, coule entre la « Cascade de Terni » de Labruzzi, et la « Ferme des bois » de Pelouse. Salle Coste-Reboulh, l’eau tombe de la verrière sur le plancher. L’humidité fait tâche mouvante dans l’encoignure gauche et menace directement une nature morte de Desportes et un portrait de Seilboldt. Dans la loggia Sarraut, la « Dame en rouge » de Dutilleul est partiellement menacée. Salle Sourbieu, est-ce une illusion d’optique ? On dirait que des coulées ont dégradé « Les toréadors » de Dilfre et « La marée basse à Grandcamp » de Pelouse. Dans l’avant-dernière salle, à chaque ondée violente sur le toit correspond un lac sur le plancher. Le plâtre commence à tomber par plaques et vraisemblablement continuera. »

A cet article, ajoutons qu’en 1948 le musée possède une verrière transparente et non opaque. Les tableaux sont exposés à la chaleur du soleil, à l’humidité et au froid en hiver. Il n’est pas gardé durant les heures d’ouvertures et à la merci des voleurs. Avec un tel musée, Carcassonne rata de bien belles donations qui allèrent enrichir les villes concurrentes. Malgré tout, Nelli reçut en cadeau du Louvre cinq toiles de Nicolas Bertin dont « La tentation ». Ces chefs d’œuvres avaient décoré l’appartement de la Pompadour.

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Le journal indique qu’un crédit de 1 119 000 francs avait été voté pour la restauration des bâtiments municipaux. Crédit qui sera désaffecté le 14 novembre en revoyant au calendes grecques, l’impérieuse nécessité de restauration du musée. Deux ans après, la municipalité inaugure de nouvelles salles de peinture grâce au financement des Beaux-arts. Parmi les maîtres d’œuvres citons René Nelli, Jean Vergnet-Ruiz (Inspecteur général), Jean Mesuret (Chargé de mission aux musées nationaux). De son côté, la mairie finança la restauration de tableaux effectuée par M. Linard. Ces salles réaménagées se composent ainsi : Salles Coste-Reboulh, Courtejaire, Gamelin, Art ancien, Art français, Artistes locaux (Jalabert, Ourtal, Grillon, Sibra), sculpture contemporaine (Manault et Yvonne Gisclard) et enfin, peinture moderne avec la collection Joë Bousquet (Dali, Ernst, Braque…). Le musée organisé par René Nelli rassembleait enfin dans un espace cohérent nos richesses picturales. Notons qu’aujourd’hui, la collection Bousquet a été dispersée et vendue ; les artistes locaux comme Ourtal sont dans les réserves.

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© aecnelli.com

René Nelli à son bureau

Accusé anonymement et à tort par Pierre Cabane d’avoir caché l’inventaire de la collection Bousquet en fermant le musée en 1961, Nelli démissionne en 1963 et écrit au maire Jules Fil :

"Je me renseignais et j'appris que les tableaux prêtés par les héritiers de Joë Bousquet avaient été vendus à Paris par l'intermédiaire d'une galerie (André-François Petit, ndlr) et les soins d'un médecin de la ville assisté d'un peintre étranger installé dans la région (Piet Moget ?, ndlr), lesquels, évidemment, avaient largement trouvé leur compte dans l'opération !
Comme les musée est très en désordre, je crois qu'il ne serait pas prudent d'annoncer tout de suite qu'il n'y a plus de conservateur. Cela pourrait tenter les voleurs. Et je tiendrais à passer l'inventaire au nouveau conservateur, après recensement des objets fais en sa présence."

Le musée des beaux-arts fermera pour une durée dix ans. Le chanoine Sarraute - membre éminent de la Société des Arts et des Sciences - s’inquiète et avec le sens de la formule indique qu’à Carcassonne « Pipette est plus connu que Chardin ». Autrement dit que les Carcassonnais qui ans leur très grande majorité n’ont jamais poussé les portes du musée, connaissent davantage les joueurs de rugby à XIII. Ce n’est pas parce qu’ils ne s’y intéresserait pas, mais parce qu’il n’y a pas de politique pour les inciter à s’y rendre.

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© Musée des Beaux-arts de Carcassonne

"Madeleine", odalisque de Jean Jalabert

M. Vergnet-Ruiz déclara à René Nelli : « J’ai déjà compté dans votre musée 14 toiles dignes du Louvre. » Nous pourrions citer un paysage Van Goyen ou un portrait de Morelsée souvent demandé pour des expositions à l’étranger. Une odalisque (Madeleine) du peintre Carcassonnais Jean Jalabert (1815-1900) inspira Manet pour son Olympia (Musée d’Orsay). On trouvera cette note dans Olympia de François Mathey aux Editions du chêne (1948). La nature morte de Chardin est un véritable chef-d’œuvre dont le Louvre ne possède qu’une copie. Le chanoine Sarraute ajoute à notre descriptif, deux tableaux de Guigou et « un extraordinaire petit tableau « Le guerrier » de Salvador Rosa ».

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En octobre 1967, la ville entreprend enfin la restauration complète du musée. Pierre et Christiane Tarbouriech, deux jeunes architectes, sont chargés des travaux. La première tranche est estimée à 70 millions de francs et c’est l’entreprise Escourrou qui a la maîtrise du gros œuvre. Dans la cave où sera installée la cuve à mazout, on découvre l’amorce du souterrain qui reliait l’ancien Palais de Justice à la prison sous la rue de Verdun. Les fenêtres qui étaient jusque-là murée seront ouverte.
L’inauguration et l’ouverture au public eut lieu le 2 juillet 1971 en présence d’Antoine Gayraud (Maire), de M. Descadeillas (Conservateur). On apprend que les collections du musée s’élèvent à 650 objets d’art, dont seulement la moitié est exposée d’une manière permanente. Durant les travaux, 160 toiles furent restaurées ; certaines au Louvre et d’autres sur place.

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Ces deux portes provenant de l'ancien hôtel de ville rasé en 1933, furent installées au Musée des beaux-arts en 1972. C'est une Carcassonnaise qui les sauva en les tirant des décombres.

"C'était une porte à double battant et sans huisserie, autant qu'il m'en souvienne, en bois sombre très ouvragé avec des motifs en gros relief. Avant les travaux faits au musée, elle était fixée à un mur du premier palier de l'escalier. Mais que sont devenues les autres portes de la mairie ?"

Voilà chers lecteurs tout le travail de recherche et de synthèse que j'ai pu réaliser avec le concours des articles de journaux de l'époque, des guides des collections, du fonds René Nelli conservé aux archives de l'Aude, etc. Ce travail, je vous livre par amour pour Carcassonne et sa culture. Dans quels buts ? Celui de montrer à nos responsables actuels que pour se glorifier du présent, il faut savoir regarder ce qui nous a précédé. Qu'il faut savoir avec humilité s'incliner devant l'héritage que nous avons reçu. Enfin, qu'il faut éviter de préjuger des qualités d'historien d'un artisan passionné de la mémoire locale.

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26/08/2017

Essai d'inventaire des tableaux et objets représentant le poète André Chénier

Gabriel de Chénier, dernier descendant du poète, possédait des papiers de famille qui furent légués à la Bibliothèque municipale de Carcassonne, la ville où André Chénier avait passé huit années de sa jeunesse. Nous y reviendrons dans un prochain article. Il s'y trouve notamment les lettres d'André à son père, les seules connues en original à une près, qui est à Zurich, des lettres de divers membres de la famille, des documents officiels concernant André et quelques livres de sa bibliothèque personnelle.

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Plaque sur la maison de la rue Pinel, à Carcassonne

Le musée de Carcassonne reçut des portraits, notamment ceux d'André Chénier et de sa mère et divers objets. Aujourd'hui, le musée des Beaux-arts expose dans ses collections permanentes une partie de cet héritage, l'autre partie se trouve dans les réserves. Quant à la bibliothèque municipale, depuis son démantèlement en 2010 au profit de la Communauté d'agglomération du Carcassonnais, il n'est plus possible d'accéder d'une façon pratique à l'ensemble du fonds, qu'en prenant rendez-vous auprès des bibliothécaires dans un bâtiment "provisoire" qui dure depuis sept ans, situé à cinq kilomètres. Soumis au droit de réserve, les employés ne peuvent s'exprimer ouvertement sur le lieu de conservation des manuscrits, de feu la bibliothèque municipale. Outre le fonds Chénier et son billet manuscrit de Voltaire, il s'y trouve plus d'une centaine de lettres de grands compositeurs à Paul Lacombe, le fonds du philosophe Alquier, les originaux manuscrits du cartulaire de Mahul, etc. Une personne bien informée me glissait l'autre jour que le président de l'agglomération, ignorait jusqu'à un passé très récent, qu'il y existait ce fonds Chénier. C'est vrai, à sa décharge, qu'il connaît bien mieux l'histoire des trois-quart de l'équipe de rugby à XIII de Carcassonne... Un raison pour que l'agglomération cherche en douce à refiler les collections de l'ancienne bibliothèque, aux archives départementales de l'Aude ? Pour les incunables, c'est déjà fait.

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Pierre gravée sur la tombe de Marie-Joseph Chénier à Paris

Le chanoine Gabriel Sarraute - ancien élève de l'école du Louvre - avait réalisé en son temps un essai iconographique sur les œuvres et objets représentant André Chénier. Son travail, ô combien précieux, ne s'accompagnait pas de photographies mais d'une description détaillée. Notre travail de recherche a consisté dans la recherche de ses tableaux, gravures et sculptures disséminées dans plusieurs collections et dans l'actualisation de la description de Gabriel Sarraute. Le Musée des Beaux-arts de Carcassonne en conserve un grand nombre grâce à la donation effectuée par Adélaïde Frémeaux et Gabriel Chénier en 1880 et 1892. Le chanoine signale que le sculpteur René Iché, mort en 1955, projetait un monument à André Chénier pour Carcassonne, la ville de son enfance. Ce dessein n'a pas été réalisé.Chénier à 11 ans. Cazes fils.png

© Musée des Beaux-arts de Carcassonne

André Chénier à onze ans par Cazes fils

(Huile sur toile, 0,80 x 0,50)

Signé à droite, à hauteur d'épaule : Cazes fils pinxit 1773.

Au dos, une étiquette ancienne porte le nom André. 

A propos de Cazes fils, il s'agit d'un fils de Pierre-Jacques Cazes (1676-1754), mort directeur et chancelier de l'Académie royale, auteur d'un tableau, Saint Pierre ressuscitant Tabithe, dessiné à St-Germain des près, dont l'esquisse est au Louvre. Pierre-Jacques eut deux fils : Jacques-Nicolas et Pierre-Michel. On se sait pas quel est celui qui signait Cazes le fils, qui a fréquenté le salon de Mme Chénier ; qui a peint pour elle des scène de l'Iliade et plusieurs portraits ; qui, s'il faut croire une inscription d'un tableau du Musée de Carcassonne, aurait peint Mme Chénier à Constantinople. Il semble avoir été le "peintre ordinaire" de Mme Chénier et le professeur de dessin et peinture d'André.

Provenance :

Collection de Gabriel de Chénier. Don de Mme G. de Chénier à A. Mazières (1880). Don de Monsieur A. Mazières au Musée de Carcassonne en 1892.

Documents écrits à la Bibliothèque municipale de Carcassonne : 

Lettres de G. de Chénier à Dougados (Paris, 21 février 1854) : "J'ai le portrait (...) de mon oncle" ; Mme G; de Chénier à M. Malric (Paris, 16 avril 1884) : "Les portraits de grandeur naturelle de Mme Louis de Chénier et ceux de ses fils André et Sauveur (...) étaient tous les trois dans la maison de mon beau-père." 

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© Musée des Beaux-arts de Carcassonne

Tableau de famille

Huile sur toile, 1,40 x 1,07

Ce tableau était daté de 1774 à l'envers de la toile. Mais son état ayant exigé un réentoilage, cette date est actuellement cachée sous la nouvelle toile. La famille Chénier est alignée au bord de la Seine, du côté de la Samaritaine. On voit le Pont neuf avec la statue d'Henri IV, le bâtiment de la Monnaie, l'Institut. DE gauche à droite : Trois servantes ; Hélène Chénier en route rouge ; une servante ; Mme Chénier en costume grec, robe blanche, manteau bleu paon, dans une pose théâtrale. Cette dernière est grande, alors qu'elle était en réalité de petite taille. André Chénier, en jaune paille ; Constantin, en rouge ; Louis-Sauveur, en gris ; Louis Chénier, en uniforme de Consul : habit bleu, gilet et culottes rouges ; deux laquais. Le tableau semble être l'œuvre d'un peintre du dimanche : les pavés, les bâtiments à l'arrière sont penchés.

Historique :

Donné par Louis Chénier à André Béraud, bourgeois de Carcassonne, oncle et parrain d'André. Transmis par voie d'héritage à sa nièce Paule Coste, épouse Dolbeau, puis à Mme Sacraste, née Dolbeau, à Mme J-J Mazières, inspecteur des Eaux et forêts qui le prête à Gabriel de Chénier en 1854 pour "quelques mois", afin d'en faire faire une copie par sa femme "qui a cultivé la peinture". Elle devait le garder 25 ans (1856-1881). Au moment de l'essai du Chanoine Sarraute, le tableau était à Jean Azaïs (10, rue Temponnières à Toulouse), unique descendant des Chénier. Il est depuis 1985 au Musée des Beaux-arts de Carcassonne (Don d'Etienne Azaïs en 1985).

D'après les lettres de la Bibliothèque municipale :

Dougados, avocat et secrétaire de la Société des arts et des sciences de Carcassonne, apprend à Gabriel de Chénier le 10 février 1854, l'existence de ce tableau chez Mme Azaïs, qui est une de ses clientes. Le 21 février 1854, G. de Chénier dit sa demande prêt. Le 10 septembre 1856, Auguste Mazières envoie à G. de Chénier, le tableau qu'il "garder tout le temps qui sera nécessaire, le délai d'un an (...) ne semble pas exagéré." Le 18 février 1880, La veuve de G. de Chénier à Mazières : "Je ne voudrais pas, quand je mourrai, qu'il puisse aller dans d'autres mains que les vôtres." Le 18 avril 1880, elle vient de faire photographier le tableau de famille avant de renvoyer l'original. Le 16 août 1881, envoie du tableau à Mazières dans sa propriété de Parazols. 

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© Les Bucoliques / J-M de Hérédia / 1907

Portrait d'André Chénier, par Jacques Augustin

Miniature, vers 1790

A gauche du visage : A mon ami André, Augustin.

Historique

Possession de M. Lherbette, ancien député. Acheté à la vent après son décès, par Mortimer-Ternaux (vers 1842). Collection de M. Bourgnon-Delaire (1877). Propriétaire actuel inconnu.

Lettres bibliothèque de Carcassonne

Le 9 janvier 1877, Antoine de Latour à Gabriel de Chénier. Mortimer venait de lui montrer une miniature qu'il venait d'acheter représentant André "en officier", "la tête poudrée", avec l'inscription : "Constantin à son ami André". Antoine de Latour dit que si le tableau de Suvée " nous a heureusement rendu l'André de Saint-Lazare, celui de Constantin serait plutôt l'André des Elégies."

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© Wikipédia / Collection particulière

André Chénier à St-Lazare, par J-B Suvée

Huile sur toile, 0,70 x 0,60

A droite, vers le bas : Peint à Saint-Lazare le 29 messidor l'an 2, par J.B Suvée. 

Historique :

Peint à la demande des frères Trudaine, amis d'enfance d'André Chénier, huit jours avant la mort du poète (25 juillet 1794). Suvée également emprisonné comme suspect à Saint-Lazare, fut sauvé par la chute de Robespierre. Le poète Roucher, guillotiné avec Chénier, lui fit faire son portrait la veille. C'est un simple dessin qu'il put envoyer à sa femme et ses enfants, accompagné des vers suivants :

Ne vous étonnez pas, objets sacrés et doux

Si quelque air de tristesse obscurcit mon visage

Quand un crayon savant dessinait cette image,

J'attendais l'échafaud et je pensais à vous.

M. de Courbeton hérite du portrait de Chénier, les frères Trudaine ayant été guillotinés le lendemain de sa mort. Il le lègue au marquis de Vérac, gouverneur de Versailles sous la Restauration. Vendu, par l'intermédiaire de Frédéric Soulié, à M. de Cailleux, directeur des Musées en 1862. Vendu à l'Hôtel Drouot le 20 janvier 1877 au marquis de Pange. Passe ensuite dans la collection du comte Louis de Pange. Aujourd'hui, dans une collection particulière à Paris.

Documents écrits :

Gabriel de Chénier essaya en vain d'acheter au marquis de Vérac. Assita à la vente chez Drouot en 1877, mais n'eut pas les moyens de l'acquérir. Félicita le marquis de Pange, descendant de François de Pange, ami d'André Chénier. Ce tableau fut reproduit par des gravures, imprimées notamment dans le Larousse.

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© Musée des Beaux-arts de Béziers

André Chénier à vingt ans (?), par François Thomire

Huile sur toile ovale, 0,40 x 0,30

Signé et daté en bas à droite : Thomire 1782. Sur le châssis, il est indiqué que Thomire serait un "auteur reçu à l'Académie de Bordeaux".

Historique :

Acheté à Paris en 1886, dans une vente publique, par M. Adalbert de Faniez. Donné par M. de Faniez au Musée de Béziers (N° 200 du catalogue).

Lettres Bibliothèque de Carcassonne :

Le 27 juin 1887, Mme G. de Chénier fait remarquer à A. Mazières qu'on ne sait ni où, ni de qui M. de Faniez a acheté le portrait, ni comment on sait que c'est André Chénier. "La coupe du visage est la même, mais le nez est plus gros et moins droit et n'a pas la finesse (du portrait de Cazes), ni de celui qui a été fait à Saint-Lazare. Elle remarque que "la mâchoire d'André, dans les portraits authentiques, avance très sensiblement et que cette conformation n'existe pas dans celui que M. de Faniez a acheté."

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© Musée Lambinet, Versailles

Portrait d'André Chénier (?), par L. Brown (?)

Pastel ovale, 0,65 x 0,52

En haut à droite : A. Chénier 1786. 

Historique

Leg de M. Vatel au Musée Lambinet de Versailles, où il se trouve toujours. M. François Boucher, délégué de l'Union française des arts du costume, estimait en 1958 que le costume représenté ne pouvait être de 1786, mais devait dates du début de la Révolution. Il pensait qu'il ne s'agissait pas d'un portrait de Chénier.

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© Musée des Beaux-arts de Carcassonne

Portrait d'André Chénier (?), par J-B Mallet

Huile sur toile, 0,21 x 0,16

Non signé. Achille Rouquet a prétendu sans en apporter la preuve, que le tableau faisait partie des portraits de famille détenus par Constantin Chénier (frère d'André) et qui ont disparu. Il remarqua qu'au dos du châssis est inscrit : "Ce portrait a été gravé", mais signala qu'il s'agissait d'une "Mention erronée" car il n'est pas connu de gravure de ce tableau.

Historique :

Acquis à Paris en 1881 dans une vente publique par M. Adalbert de Faniez, qui le fit passer à M; Cornet-Peyrusse. Celui-ci le fit acheter par le Musée de Carcassonne.

Lettre Bibliothèque de Carcassonne

Le 10 février 1891, Mme G. de Chénier à M. Mazières : "M. de Faniez (...) ne m'a, dans le temps, donné aucun renseignement qui pût me fixer sur la certitude que c'était un portrait d'André. M. Cornet et son parent (M. de Faniez), avaient sans doute des indications précises qui leur permettaient d'être affirmatifs."

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© Musée Carnavalet, Paris

Portrait présumé d'André Chénier. Anonyme XVIIIe siècle

Huile sur toile, 0,55 x 0,45

Historique :

Acquis par le Musée Carnavalet en 1883 d'Hortense de Corbeau de Saint Albin (Hortense Jubinal). Le musée dans sa description actuelle, signale qu'il a été autrefois identifié comme étant André Chénier.

Lettres bibliothèque de Carcassonne

Le 10 février 1891, Mme G. de Chénier à Mazières : "A propos des portraits d'André, il y en a des drôles au musée Carnavalet à Paris ! Je me figure que ceux qui ont donné ces mauvaise peintures et dessins, surtout le portrait peint, qui est abominable et qui ne ressemble ni de près, ni de loin à ceux connus d'André, ont voulu relever la valeur de leurs dons en baptisant ces figures du nom d'André Chénier."

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© Musée des beaux-arts de Carcassonne

André Chénier (?) dans sa prison (?), attribué à Suvée.

Huile sur toile, 0,68 x 0,62

Non signé. 

Historique

Le catalogue du Musée de Carcassonne porte qu'il a été donné par la Société des Arts et des Sciences de cette ville en 1894. Mais aucune délibération de cette société ne fait allusion à cette toile, qui n'offre aucune garantie et qui n'est accompagnée d'aucune référence.

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© Musée d'Angers

Buste d'André Chénier, par David d'Angers

Terre cuite, hauteur 0,54

Sur le socle : "Au poète André Chénier J-P. David d'Angers 1839"

Historique

 Aurait été commandé d'après Becq de Fouquières par M. Pastoret, chez qui André Chénier fut arrêté.

Lettres bibliothèque de Carcassonne

En 1844, David d'Angers donna à Gabriel de Chénier, un exemplaire en plâtre du buste. David s'était inspiré du portrait de Suvée. Il connut Latouche et Gabriel de Chénier, et possédait deux manuscrits du poète (aujourd'hui, à la bibliothèque d'Angers).

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© Drouot

Médaillon d'André Chénier, par David d'Angers

Bronze, ø 0,155

A gauche, de bas en haut : André Chénier. Sous le cou : David

Historique

Dans le catalogue du musée du Louvre en 1922. Nous venons de trouver ce médaillon dans une vente chez Drouot, le 24 juin 2011. David d'Angers avait offert une épreuve en plâtre du médaillon teinté de bronze. Elle se trouve au Musée de Carcassonne (don de Mme Chénier).

Lettres de la bibliothèque de Carcassonne

Janvier-mars 1844, correspondance entre David et Mme Chénier. Pour faire un buste en terre cuite de Marie-Joseph Chénier (frère d'André) dont un exemplaire est au Musée de Carcassonne, David a demandé à "consulter le portrait de la mère de nos deux poètes".

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© leblogdelili.fr

Buste d'André Chénier, par Antoine Etex

Marbre, hauteur 0,65

Sur le socle, à gauche : "A la mémoire d'André Chénier". A droite : "Offert à la Comédie française par Etex 1839"

Historique

A la Comédie française, foyer des troisièmes galeries

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André Chénier, inconnu

Gravure ou lithographie du XIXe siècle

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© Musée des Beaux-arts de Carcassonne

L'appel des dernières victimes de la Terreur, par Muller

 Huile sur toile, 106 x186

André Chénier se trouve au centre de la scène, assis sur une chaise et la main posée sur sa tête.

Historique

Cette toile conservée au Musée de Carcassonne est une réplique de la grande toile exposée au Salon de 1850 puis à l'Exposition Universelle. Envoyée au Musée national du château de Versailles en 1886 avant d'être au Louvre en 1879, elle est en dépôt depuis 1991 au Musée de la Révolution Française à Vizille.

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© Musée Denys Puech

La muse d'André Chénier, par Denys Puech

Marbre, grandeur naturelle

La muse assise, nue, les jambes repliées, tient dans sa main gauche, la tête du poète qu'elle baise au front et qu'elle enveloppe avec sa main droite dans ses cheveux.

Historique

Salon de 1850. Au catalogue du Musée du Luxembourg en 1898. Le plâtre est actuellement déposé au musée des Ursulines à Mâcon. Le marbre acheté par l'Etat est conservé au musée d'Orsay. 

Deux œuvres non signalées par Gabriel Sarraute 

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© Musée Carnavalet

Buste d'André Chénier, par Antoine Bourdelle

Ronde-bosse, 65,5 x 16 x 13,5

Mode d'acquisition inconnu. œuvre du XIXe siècle

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André Chénier, par Johannot

Taille-douce

Historique

Gravée en taille-douce par Baudran, 1850

Dans un prochain article, nous reviendrons sur les lettres constituant le fonds Chénier, légué à la bibliothèque de Carcassonne. 

Sources

Essai iconographique / Chanoine G. Sarraute

Poètes Audois dans la tourmente / 1994

Jeux d'ombres et de lumière sur la jeunesse d'André Chénier / G. Venzac

Catalogue de l'exposition nationale / dec 1962 - mars 1963

Recherches, notes et synthèse / Martial Andrieu

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22/08/2017

Quand le domaine de Fontgrande était un centre artistique au pied de la Cité

Au pied de la Cité et au milieu des vignes, une vieille bâtisse allait être remise en état par la force et la volonté d'un certain nombre de Carcassonnais, amoureux des arts. Qui pourrait se douter aujourd'hui que le domaine de Fontgrande, situé en bordure du chemin des Ourtets, avait été dès le début des années 1960 un centre artistique de premier plan ? Hélas ! Le temps passe et l'oubli vient refermer les pages de gloire de notre bonne vieille ville de Carcassonne. Au milieu de cette vaste campagne, la maison vétuste mais richement empierrée, isolée au cœur d'un vaste jardin, fut remarquée par quelques concitoyens. Ceux-ci pensèrent qu'il se pourrait créer là, une sorte de foyer où seraient regroupés les arts et les artistes. Ils ont donc imaginé un ensemble d'ateliers et de salles d'exposition, le tout assorti d'une salle de réunion rustique, familière et accueillante où librement les artistes et leurs amis pourraient se retrouver et où, le grand public serait admis. Dans l'idée des créateurs, il s'agissait de donner à la Cité de Carcassonne, un complément de bon goût avec la participation d'authentiques artistes.

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Fontgrande en 1962

Quels étaient ces créateurs et mécènes de la vie artistique Carcassonnaise ? Au premier rang, citons Madame Ginette Lauer, propriétaire d'une librairie et d'une galerie dans la rue Clémenceau. Citons ensuite MM. Galabert, Jean Deschamps (Directeur du Festival), Ramon Marti, Henri Castella (Architecte), Clément Cartier (Avocat), Georges Rousset, André Bousquet, Vialas (Verrier), Lauca (Ferronnier), Dauré (Entrepreneur des Monuments historiques), Claude Tarlier (Artiste peintre), Raboul et Mme Ganechine.

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Fontgrande aujourd'hui, propriété de Madame Pujol.

Ce foyer de l'art - unique dans la région - ouvrit ses portes le 20 juin 1962 pour une durée saisonnière de trois mois. Bien entendu, il ne s'arrêta pas de si tôt. L'inauguration débuta par le vernissage d'une exposition de Roland Biège, à laquelle succéda le peintre hollandais Daemen. Claude Tarlier, s'était aménagé dans les soupentes un atelier capable de susciter l'admiration des grands peintres, il furent avec Georges Rousset les premiers artistes de Fontgrande.

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© Danièle Buffet

Bernard Buffet

Parmi les artistes ayant exposé leurs œuvres à Fontgrande de leur vivant : Bernard Buffet (1928-1999), Jean Lurçat (1892-1966), Marc Saint Saens (1903-1973), François Fau dit Farvèze, Roger Froisser (1924-2003), Jacqueline Bez, Boris Veisbrot (Emailleur), Geneviève Duboul (Céramiste), Jean Camberoque (1917-2001), Ernest Ziller (1897-1976), etc.

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© Droits réservés

Fontgrande accueillit également des soirées musicales avec des artistes de jazz. On reconnaît de gauche à droite : Roger Alonso, Jean Osmont, ?, Loulou Boyer, René Coll, ? et le Dr Barrière.

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10/08/2017

Le monument à Paul Sabatier, entre grandeur et décadence

Afin de célébrer le centenaire de la naissance de l'illustre chimiste et Prix Nobel, natif de Carcassonne, un Comité se constitua dans le but d'ériger un monument à sa gloire. Il fut placé sous le haut patronage du Président de la République René Coty et d'Albert Sarraut, membre de l'Institut de France. C'est grâce à une souscription publique lancée en 1955 et dont les fonds furent recueillis par le pharmacien Sarcos, place Carnot, que ce projet put être mené à son terme. Parmi les principaux souscripteurs, notons l'Union des Chambres syndicales de l'Industrie du Pétrole, le gouvernement de la République du Vénézuela, la municipalité de Carcassonne et l'ensemble des élèves et des admirateurs de Paul Sabatier.

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© Martial Andrieu

Ce monument - œuvre des sculpteurs Yvonne Gisclar-Cau et Paul Manaut, assistés par l'architecte M. Teppe - fut inauguré le 1er juin 1957 au Square Gambetta. C'est là qu'il trônait encore en 2003 avant la destruction de ce jardin pour y faire un parking souterrain. Après un dîner chez Auter, rue Courtejaire, l'inauguration eut lieu à 16 heures en présence de nombreuses notabilités : M. le Préfet Blanchard et son chez de cabinet M. Bourdon ; Jules Fil, maire de Carcassonne ; M. Desmons, adjoint au maire et président de la commission des Beaux-arts ; M. Julia, adjoint au maire ; les membres de la commission municipale ; M. Depaule, président du Comité organisateur et membre du Conseil d'Etat, Mlle Sabatier, Mme de Grammond et Mme Barlangue, filles de Paul Sabatier ; le sénateur Courrière ; M. Vidal, proviseur du lycée Paul Sabatier ; M. Descadeillas, prédisent de la Société des Arts et des Sciences ; le représentant de l'Université de Toulouse, etc.

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M. Depaule retraça la vie et la carrière du chimiste, avant que M. Flanzy qui fut l'élève de Paul Sabatier et qui dirigeait l'Institut œnologique, ne prenne à son tour la parole. Pendant plus de quarante ans, le monument à Paul Sabatier contribua à l'embellissement du square Gambetta. En 2003, les ouvriers municipaux enlevèrent l'ensemble des statues et des monuments de ce jardin, afin de les remiser. Il fallait faire place nette pour l'exécution des travaux du parking. Quand celui-ci fut achevé, M. Jean-Louis Bonnet, que j'aurais plus d'honnêteté à citer pour son œuvre que lui pour la mienne, écrivit aux élus afin de savoir où était passé le monument à Sabatier. A défaut de réponse, il mena son enquête et retrouva dix années plus tard, l'illustre Sabatier complètement désossé reposant sur des paillettes de chantier, aux serres municipales.

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© La dépêche

Ce n'est qu'au prix d'un article dans la presse et de quelques uns sur mon blog, que la municipalité daigna porter assistance au pauvre Sabatier. Fallait-il encore lui trouver un centre d'hébergement... Finalement, le proviseur du lycée Sabatier M. Mercadal qui était également adjoint au maire - pas très chaud de prime abord pour accueillir le monument du savant - obtint de la région les crédits nécessaires à son installation.

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C'est ainsi que depuis 2012, Paul Sabatier trône fièrement à l'entrée du lycée qui porte son nom à Carcassonne. On ne pourra pas dire que les successeurs d'Albert Sarraut, Courrière et autres Jules Fil auront été à la hauteur.

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© GARAE

Fernand Courrière

Fernand Courrière (1876-1960), Normalien de Cuxac-Cabardès, se souvient de Paul Sabatier. Il évoque son souvenir dans un journal de 1954 que nous retranscrivons ci-dessous.

C’était en train 1898, le dimanche après la foire de Cuxac tenue le 18 juin. J'étais alors instituteur adjoint à l'école de l'Ouest à Castelnaudary. Mon directeur était Émile Cantier, dont le père, instituteur en retraite, vivait avec sa sœur Madame Terral, receveuse des P.T à Cuxac-Cabardès. J'avais 21 ans, et je me disposais bientôt à me marier avec mademoiselle Marie Cals, la fille du boulanger qui était la camarade de mon père. Donc, aller à Cuxac, était ma première préoccupation, et toutes les occasions m’étaient bonnes.
Mon père m'avait écrit : « Viens, si tu peux, dimanche prochain, puisque que tu ne peux être ici le jour de la foire. Tu verras un phénomène extraordinaire : la source du pâtu de Séguy au lieu d’eau, coule maintenant du pétrole, oui du pétrole ! ». Ma mère avais ajouté « Marie m'a dit de te dire que, si tu viens, tu déjeuneras au Four, avec eux, en famille ! » Figurez vous, aller déjeuner chez ma fiancée, et aller voir une curiosité naturelle, me font décider sans rémission d’être à Cuxac, coûte que coûte oui, ce dimanche. Je fais part à mon directeur, M. Cantier, de la venue de pétrole à la source Séguy ; ce fait curieux l’intéresse, déjà ! Et comme il aura l'occasion d'aller voir son vieux père et sa sœur, il décide de venir à Cuxac avec moi.
Mais les communications entre Castelnaudary et Cuxac n'étaient ni rapides ni commodes. Par le train jusqu'à Carcassonne, par la patache de Carcassonne à Cuxac, et retour à Castelnaudary par c'est deux moyens réguliers, demandait deux jours ! Or, il fallait être rentré le lundi matin avant huit heures pour assurer le service de l’école, moi de ma classe ! Que faire ?
Nous combinons d’aller à Cuxac à bicyclette, et d’en retourner de même. C'est pourquoi nous louons, l'un et l’autre chez Candelié, une bicyclette de caoutchoucs pleins, s'il vous plaît ; car, encore le pneu n'était pas inventé.
Le samedi soir, après 16 heures, nous nous mettons en route sur Saissac, via Cuxac, où nous arrivons vers 20 heures après un voyage pénible, sur une voie qui n'est pas goudronnée, je vous l'assure. Chez moi on a dîné ; mais, maman a vite fait de me servir très largement de quoi me restaurer.
Pendant que je mange, papa m'explique ce qui est survenu chez Séguy : « Oh ! c'est bien du pétrole, va ! Tiens, sens cette bouteille qui en est remplie… et puis, d'ailleurs, il brûle bien… la preuve c'est que la lampe que tu as sur la tête éclaire la cuisine avec ce pétrole, et celle de la salle en est aussi garnie, et tu vois sa belle flamme ! »
Tout cela était évident ! Absolument vrai, surtout ainsi démontré et affirmé par mon père !… Et certifié en outre parler clients du café, nombreux ce soir-là, tous mes camarades et mes amis ! Et les raisonnements baroques parfois, les suppositions les plus saugrenues, s’émettaient. Même le diable faisait partie de certaines allégations ! Ah ! La superstition !…
Figurez-vous ! Avec l'esprit avide d'apprendre, de savoir que j’avais – et que j'ai conservé, grâce à Dieu –si j'étais impatient d'aller sur les lieux, voir et me rendre compte ! Mais… il était trop tard !
Le lendemain, je me lève un peu courbaturé et… après une apparition chez ma fiancée, je vais à la maison Séguy, chez Touénou, mon camarade, la Rosette sa mère, et la vieille Mion, sa grand-mère. Il pouvait être 10 heures. Je grimpe un peu les escaliers faits de pierre disjointes, et me voilà dans la cuisine. Personne… mais, je sens déjà une odeur de pétrole aromatique… or, le portillon qui donne sur le pâtu est ouvert… et j'entend parler… je m’avance… Mion et Rosette son là avec deux messieurs… Elles expliquent… Je me permets de pénétrer, car je suis un familier de la maison, et je puis me le permettre !


Ces deux Messieurs, sont Théodore Sabatier que je connais bien et son frère Paul que j'avais eu vu à Cuxac. Rosette, me voyant, me dit : «Béni, Fernand, Béni bésé ça que le Drac nous a fait !!! » - mes amis lecteurs, vous avez entendu parler du DRAC, l'esprit malin auquel on croyait autrefois… La Rosette et la vieille Mion, croyaient ferme comme un roc que le pétrole avait pris la place de l’eau par suite d'un tour coquin du DRAC – je m’avance tout en saluant, et Théodore me tendant la main me dit : « c'est mon frère Paul – Paul me serre la main comme l'avait fait Théodore - je l'ai fait venir tout exprès de Toulouse, pour voir le phénomène de cette source et essayer de tirer ça au clair… cela m'intéresse pour mon jardin au-dessus, et qui semble en être le réservoir… tiens, continue Théodore, regarde Fernand… c'est extraordinaire, cela… et c'est bien du pétrole ! »
Voilà devant nous, la vasque creusée à même la roche schisteuse dans laquelle sourdait la petite source d’eau cristalline, pure et toujours fraîche qui l’emplissait, jusqu’ici. Le trop-plein se déversaient dans une minuscule rigole qui le conduisait au caniveau dans lequel elle coulait vers l’aval mêlé au liquide des éviers d’amont.
Mais aujourd'hui la vasque paraît pleine d'une espèce d'écume, de mousse blanchâtre comme une vaseline. Monsieur Théodore Sabatier avait une vieille cuiller en fer toute rouillée, qu'il tient à la main, écume cette mousse vers un bord… alors apparait un liquide ambré qui remplit la vasque. Il y trempe un doigt, me le tend au nez, et me réponds, ça sent le pétrole aromatique !…»
Alors, monsieur Paul Sabatier sent encore une fois, le bout du doigt que son frère à trempé pour lui de nouveau dans le liquide jaune brun. Il saisit la cuiller, et la remplit lui-même, mais ayant soin de prendre en même temps un peu d'écume blanchâtre. Il sent… puis prenant une pensée de mousse il la renifle… la malaxe entre ses doigts… et se tourne vers son frère.
Monsieur Paul Sabatier qui jusque-là, pensif, n'a pas ouvert la bouche, dit à Théodore, presque à voix basse en confidence : « Cette écume est onctueuse comme une graisse… Quant au liquide ambré, c'est une huile… Pour moi, ce phénomène est clair : c'est une résurgence naturelle de kérosène entraînant de l’ozokérite ! »
Puis, comme emporté par ses pensées, il ajoute à plus haute voix : « Vois-tu, mon frère, la nature, dans ses laboratoires mystérieux, travaille infiniment mieux que nous, hommes. Elle sait dissocier, décomposer, fractionner la matière, recombiner les éléments… Mais… comment… par quels moyens… quels sont ses procédés ? Nous avons là des témoins… mais la question demeure entière à résoudre ! »
Je n'avais alors que tout juste 21 ans, et à peine une toute petite moustache brune ornait ma lèvre supérieure. J'ai bien entendu : « Comme une graisse, c’est une huile…. » mais les autres deux mots que Paul Sabatier avait prononcés : « kérosène… ozokérite… » était pour moi du sanscrit ou de l’hébreu. J'étais bien content de voir, De constater cette curiosité : une source de pétrole à Cuxac ; de l'entendre certifier par deux professeurs de lycée : c’est tout !
Je n'ai compris peu plus tard la signification de ce que disait Paul Sabatier. Mais je suis persuadé que psychologiquement parlant, Le phénomène de la source qui m'a frappé, à influé beaucoup, beaucoup sur mon évolution psychique. Il m'a conduit tout naturellement à l’étude passionnée de la géologie, de la technique, de la minéralogie, des pétroles. Il m'a fait devenir un pionnier de la découverte des trésors que la terre renferme !


Paul Sabatier, lui, comprenait parfaitement et Théodore aussi. La meilleure preuve c'est que, conjointement, ils ont adressé au préfet de l’Aude, une déclaration d'invention de la source de pétrole de Cuxac-Cabardès ; et que, pour justifier leur fait, ils ont entrepris en juillet et août 1898, dans le jardin de Mme de Geoffroy, un puits de recherche pour capter. - Je raconterai cela plus tard.
Eh ! bien, je suis convaincu que la visite de Paul Sabatier à Cuxac, et sa préoccupation avec son frère, de posséder le kérosène et l’ozokérite, l’on profondément frappé et influé sur sa vie jusqu'à l'épanouissement de son génie.
J'entends comme si c'était hier les paroles de Paul Sabatier à son frère, en conclusion de ces méditations devant la vasque où il voyait du kérosène, c’est-à-dire du pétrole lampant naturel, et de l’ozokérite, une cire naturelle, les deux nés d'une mère commune qui s'appelle huiles brutes de pétrole naturelles !
Oui, peut-être, c'est là le moment de départ de son étude passionnée du fractionnement, de la transformation des huiles brutes de pétrole, pour aboutir à la découverte de la catalyse, après 25 ans de travail acharné avec ses assistants et ses collaborateurs, dans son laboratoire de la faculté des sciences de l'université de Toulouse.
Voilà un point inédit, je crois, de l'histoire de cet enfant de Carcassonne, sa vile natale, qui s'apprête à fêter le centenaire du grand savant Paul Sabatier.

Sources

L'Indépendant / 2 juin 1957

L'Indépendant / 18 janvier 1955

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09/07/2017

Le buste de Jöe Bousquet raconté par la sculptrice Salomé Vénard (1904-1987)

Dans les réserves du Musée des Beaux-arts de Carcassonne se trouve un buste de Jöe Bousquet réalisé par Salomé Vénard en 1951. Il fut acquis par l'état pour le compte de la ville de Carcassonne. Ceci nous a été confirmé par la conservatrice, Madame Marie-Noëlle Maynard. Selon l'ouvrage "Joe Bousquet. Sa vie, son œuvre" de René Nelli, la sculptrice avait exécuté un premier buste pour le poète. Ce dernier l'avait ensuite offert à l'une de ses amies, mais celle-ci trouvant qu'il portait malheur le rendit à sa créatrice. 

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Le buste de J. Bousquet dans les réserves du musée

C'est un document sonore exceptionnel que nous venons de retrouver, dans lequel Salomé Vénard explique les circonstances de sa rencontre avec Bousquet. Comment elle fit ce buste à sa demande... Il s'agit d'une émission radiophonique enregistrée dans l'amphithéâtre de la Sorbonne à Paris, le 28 septembre 1955. N'étant pas en mesure de pouvoir la faire entendre ici, nous avons retranscrit les paroles de Salomé Vénard ci-dessous. Le poète Carcassonnais n'était mort que depuis cinq ans.

"Je suis arrivé chez lui sans l’avoir prévenu. Je devais arriver la nuit, je suis arrivé le jour car je pensais qu’il ne pouvait pas me recevoir ce moment-là. Je me suis trouvé en face de lui après avoir passé derrière cette fameuse portière que tous ces amis ont évoquée. Cet homme m’a aussitôt accueilli comme s’il m’attendait et d’autre part, il a toute de suite avec moi fait des projets. Il a tellement fait de projets qu’il est allé jusqu’au point de me demander, car je lui ai confié immédiatement des carnets où j’avais pris des notes sur mon travail. Il m’a demandé après en avoir vu quelques-uns, de faire un choix ; de ceux qui lui convenaient tellement, qu’il me demandait de se les approprier pour écrire sur la page que j’avais écrite, des choses qui lui convenaient à dire. Comment pouvais-je supposer que cet homme savait que j’allais être tellement malade, que je crois qu’il était impossible d’y voir une menace plus grande chez lui. Il me l’a entièrement caché. Nous avons décidé tout de suite que je ferai son buste. Parce que je ne me doutais de rien. Non, je ne vais pas faire votre buste maintenant ; je n’en aurai pas le temps. Je n’ai qu’un mois. Je vais tailler pour vous une sculpture, pour vous tenir compagnie. Je vais tailler une tête de femme mais à votre image avec vos traits.

Alors il a été extrêmement saisi. Vu l’homme qu’il était, vous comprenez pourquoi il a été ému. Il m’a dit : Voilà, je viens de faire partir une lettre à Paulhan dans laquelle, je lui ai fait le récit d’un rêve que j’ai fait ces jours derniers. Dans ce rêve et à la fin de ce rêve, je me regardais dans un miroir. Je me voyais sous les traits d’une femme. Vous venez, alors c’est tout naturel, vous allez tailler cela.

Et sur un mois, dans un mauvais cailloux du cimetière j’ai taillé une tête que je lui fis porter de sa ressemblance. Et par une providence extraordinaire c’est grâce à cela que j’ai pu me fixer dans la mémoire ce qui était son extraordinaire visage, et pas seulement le message de l’amitié que j’ai reçue pendant six mois où nous nous sommes vus tous les jours, mais en même temps des détails indispensables grâce auxquels j’ai pu tout de même rejoindre tout à fait sa ressemblance ; l’essentiel de cette ressemblance, puisque ce buste j’ai le très grand bonheur qu’il soit maintenant au musée de Carcassonne et j’ai eu le très grand bonheur qu’il soit une dernière joie pour les siens."

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© DDM

J. Bousquet dans son lit

Nous ne pouvons que regretter que ce buste ne soit pas exposé au public. Pour quelles raisons le musée des Beaux-arts ne le prêterait-il à la Maison des mémoires (Centre Joe Bousquet) de Carcassonne ? Là encore, il suffirait d'un peu plus de volonté.

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25/06/2017

La ville de Carcassonne, à côté de la plaque avec le peintre Jean Camberoque

Il y a 100 ans, naissait le 23 février 1917 le peintre Carcassonnais Jean Camberoque. Ses peintures, ses céramiques et ses sculptures en béton contribuèrent largement, à diffuser une notoriété qui dépassa nos frontières. Cet autodidacte fut tout de même encouragé dès ses débuts par Joë Bousquet : "Il a voulu faire de l'espace la mesure du ciel". Le poète qui avait dans sa liste d'amis des peintres surréalistes tels que Max Ernst ou Tanguy, leur présenta le jeune Camberoque. Ainsi débuta la carrière de ce Carcassonnais pétri de talent mais qui n'eut, comme beaucoup d'autres, que le malheur de s'attacher à sa ville natale. Il disait que le ciel au-dessus d'elle avait la couleur d'une coquille d'huitre.

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© Charles Camberoque 

Artiste prolifique et d'une curiosité absolue pour les nouvelles techniques ; il suivit une formation dans les ateliers de Sant Vicens à Perpignan. C'est là qu'il développa son art pour la céramique, allant jusqu'à créer de nombreuses œuvres qui figurent encore dans bien des bâtiments publics : écoles, collèges, foyers de jeunes travailleurs... Si les mairies dans leur ensemble ont respecté cet héritage, soit en le restaurant (à Narbonne), soit en le déplaçant (à Trèbes), d'autres (à Carcassonne) sont allés jusqu'à le détruire.

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La maison natale du peintre, 39 rue A. Marty

Le 15 novembre 2006, une plaque à la mémoire de Camberoque était apposée sur la façade de sa maison. On la doit au Club Soroptimiste de Carcassonne ; association philanthropique dont la présidente avait été Yvonne Camberoque, épouse du peintre. A l'initiative de Pascale Chinaud, ce souvenir indique au passant la présence de l'artiste en ce lieu. En présence de son fils Charles, de sa petite fille Nina et de son épouse Yvonne, on dévoila cette plaque. Dans l'assistance, quelques amis comme Gisèle Jourda et Jacques Arino. Gérard Larrat, le nouveau maire de Carcassonne prononça un discours.

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© Nathalie Amen-Vals / Midi-Libre

Avant-hier nous publions un article, concernant la destruction d'une partie de la céramique réalisée par Camberoque à l'école Jules Ferry, avenue Jules Verne. Les services de la mairie ont délibérément percé une ouverture dans le mur et posé une grille en fer.

http://musiqueetpatrimoine.blogs.lindependant.com/archive...

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Après le percement de la porte et la pose de la grille en 2017

J'ai saisi aussitôt la ville de Carcassonne afin d'obtenir des explications sur le vandalisme d'une œuvre d'art. Située sur l'espace public, dans une école primaire dont elle a la responsabilité. D'après mes recherches, cette céramique aurait été réalisée lors de la construction de l'école. Le 1% de l'état obligatoire consenti à une œuvre d'art dans le cadre d'un édifice public, donnerait une caractère juridique à cette destruction. 

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Au moment des travaux en 2008

Nous avons obtenu par mail les "explications" des services techniques de la ville de Carcassonne.

"Les travaux de création d'un sas pour la piscine du Viguier, ont été réalisé en 2008 .

Ces travaux n'ont eu aucune incidence sur la fresque de Mr Camberoque, qui était déjà dégradée à cette date depuis de nombreuses années.

Il semblerait que la fresque se soit dégradée dés le début de sa mise en place du fait d'une mauvaise adhérence entre les céramiques et le support.
Les équipes municipales ont récupérés et conservés une partie de ces carreaux."

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Derrière le mur, une porte a été murée mais il valait mieux en créer une autre

Finalement à Carcassonne, il est permis à des employés communaux de maçonnerie de juger de l'état de dégradation d'une œuvre d'art. Inutile donc d'alerter la DRAC, ni les héritiers du peintre.

Que par chance, la dégradation était pile à l'endroit où il fallait percer une porte puisqu'ailleurs elle semble en bon état.
Que cela justifie aussi une saignée dans la céramique pour installer une grille en fer.
Que "cela n'a eu aucune incidence puisqu'elle était dégradée", alors que l'œuvre est désormais tronquée d'un tiers. En effet, un tableau de Dali amputé d'un tiers resterait -il toujours un tableau de Dali ?
A carcassonne, on peut détruire tout sous prétexte que c'est dégradé. Qu'attend-on pour raser la Cité ?

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A Trèbes, la mairie a rasé la salle des fêtes dans laquelle se trouvaient des céramiques de Camberoque. Elle ont été réinstallées sur un mur, à la sortie vers Villalier.

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A Limoux, la céramique réalisée en 1969 accueille toujours les visiteurs de la cité blanquetière.

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Sur le Lycée du Dr Lacroix à Narbonne (1960)

Cette œuvre a été réalisée au moment de la construction du lycée vers 1960 et en constitue le « 1% artistique ». Cette procédure de soutien à la création, instaurée en 1951, au départ dans le cadre des nouveaux bâtiments de l’Education Nationale, a été créée à l’initiative du sculpteur audois René Iché (1897-1954). Le coût de cette oeuvre a été de 2372 NF, c’est-à-dire 1% du budget de la construction du lycée (part de l’État). La céramique de Carcassonne a dû être réalisée dans ce cadre ; c'est donc un bien de la Nation.

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Anciennement sur la route de Gruissan, cette céramique de Camberoque a été restaurée en 2013 et placée contre la façade de l'Office du tourisme de Narbonne-plage. On citera également celle de l'école André Pic de Port-la-Nouvelle.

Avouez qu'à "Carcassonne, ville d'art et d'histoire" cela la fiche un peu mal. Continuons donc à laisser la maçonnerie municipale s'occuper du devenir de nos œuvres d'art...

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