24/10/2017

L'ancien président de la République René Coty, en visite à Carcassonne

Après avoir passé le pouvoir en janvier 1959 au général de Gaulle, l'ancien président René Coty entreprit un voyage incognito à travers les Pyrénées, en compagnie de son frère et de sa belle-sœur. Ce périple s'acheva à Vernet-les Bains où l'illustre pèlerin logea à l'hôtel Moderne. Après quoi, il reprit la route avec une escorte de deux motards en direction d'Amélie-les-bains par le col di Fourtou. C'est là qu'il devait rencontrer le docteur Noveau, chef du sanatorium "Al Sola". Une heure plus tard, la voiture redescendait et filait par la route de Perpignan. Après Thuir et Prades, sa DS relia la route de Mont-Louis, puis de Quillan pour rallier Carcassonne par la Haute-Vallée de l'Aude. Ce n'est que vers 18 heures ce mercredi 23 septembre 1959 que l'ancien président de la République descendit en toute discrétion au Grand Hôtel Terminus de Carcassonne. Il demanda à la réception des brochures touristiques de la Cité, car avait l'intention d'aller la visiter le lendemain matin. Averti de cette arrivée, M. Bonnafous, préfet de l'Aude, se rendit au Terminus et demanda audience auprès de M. Coty. L'entretien en tête à tête dura une heure environ, après quoi l'ancien de chef de l'état préféra dîner dans son appartement. On veilla à ne pas le déranger...

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Le lendemain matin à 9h15, avant de faire un rapide tour en voiture dans les lices, le président, qui connaissait la Cité pour l'avoir déjà visitée, souhaita se recueillir dans la basilique Saint-Nazaire. Vers 10h15, il rejoignit son hôtel et repartit avec sa famille et son escorte en direction de Toulouse. Dans la ville rose, il se rendit durant trente minutes à la basilique Saint-Sernin avant de filer vers Paris. Le président René Coty mourra deux ans après d'une crise cardiaque.

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22/09/2017

La visite de S.A.R Monseigneur le duc d'Angoulême, neveu de Louis XVIII

Privé de courrier de Paris entre le 29 mars et le 19 avril 1814, le département de l'Aude se trouva dans une situation politique difficile. Nul avis de ce qui s'était passé dans la capitale ; l'information ne circulait que par voie publique. La ville de Narbonne était devenue le quartier général du maréchal duc d'Albuféra et de son armée. Après le maréchal duc de Dalmatie s'était retiré à Castelnaudary avec ses troupes. Une proclamation adressée par le maréchal Suchet à ses soldats, le 18 avril, un ordre du jour donné le lendemain par le maréchal Soult, manifestèrent leur adhésion au rétablissement de S.M le roi Louis XVIII sur le trône des Capétiens. Le 20 avril, toutes les autorités, tous les fonctionnaires de Carcassonne se réunirent pour exprimer le même sentiment. Par un mouvement spontané toute la ville fut illuminée. L'avènement de Louis XVIII le 6 avril mettait fin au règne de l'empereur Napoléon Ier. Cette information mettra deux semaines à arriver à Carcassonne.

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Louis-Antoine d'Artois, duc d'Angoulême

(1775-1844)

Informé que Mgr le duc d'Angoulême devait se rendre de Bordeaux à Toulouse, le préfet de l'Aude s'empressa d'aller dans cette dernière ville, afin de présenter à S.A.R l'hommage de son respect et de sa fidélité. Il fut suivi de plusieurs membres du Conseil général et des conseillers municipaux des villes du département. Le Baron Trouvé, préfet de l'Aude sous le Second Empire et dont l'épouse avait été reçue par Joséphine en 1811 au château de la Malmaison, ne mit pas beaucoup de temps à tourner sa veste.

Le prince arriva le 27 avril 1814 et ce jour-là, le préfet de l'Aude eut l'honneur de dîner avec S.G Lord Wellington. Admis le lendemain avec les députations à l'audience du prince, le préfet lui adressa le discours suivant :

J'ai l'honneur de présenter à Vôtre Altesse Royale, les députations du Conseil général et des conseils municipaux des villes du département de l'Aude. Nos vœux les plus ardents, le besoin de nos cœurs sont aussi de posséder un prince si cher à tous les Français ; n'osant encore, malgré la proximité de Toulouse, nous livrer à cette flatteuse espérance, nous venons déposer aux pieds de V.A.R l'expression de notre joie, l'hommage de notre respect et de notre fidélité. Oui, Monseigneur, tous mes administrés ont vu, avec autant d'attendrissement que d'enthousiasme, les descendants de Saint-Louis remonter au trône de leurs ancêtres, à ce trône illustre par la bonté paternelle de Louis XIII, par la loyauté chevaleresque de François Ier, par l'héroïque et touchante popularité de Henri IV. 

Au milieu de la grande réconciliation de tous les peuples qui ne rivalisent plus que d'amour pour la paix et pour le bonheur du monde, qu'il m'est doux, Monseigneur, d'être auprès de V.A.R, l'interprète des sentiments d'une nombreuse et intéressante population, heureux moi-même, si l'époux de l'auguste fille de Louis XVI daigne agréer le serment que je fais de servir avec un dévouement sans bornes S.M le roi Louis XVIII et la famille des Bourbons.

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Louis XVIII

MM. Pech-Palajanel, maire de Carcassonne, et Galabert, maire de Castelnaudary, eurent l'honneur de complimenter aussi S.A.R qui témoigna sa satisfaction pour les sentiments qu'on venait de lui exprimer, et promit d'en rendre compte au roi. Le lendemain, le préfet fut informé que Mgr duc d'Angoulême était disposé à venir dans le département de l'Aude pour y passer la revue des armées. Le soir, au cercle du prince, il en obtint la certitude de S.A.R elle-même.

Le 3 mai 1814, le duc d'Angoulême arriva à une heure de l'après-midi à Castelnaudary, accompagné seulement de MM. le duc de Guiche et le vicomte d'Escars, ses aides-de-camp. Il trouva les maréchaux Suchet et Soult, passa les troupes en revue et fut complimentés par les autorités. A une lieue de la ville, il rejoignit le préfet avec la garde d'honneur à cheval. Celui-ci s'adressa au prince :

Les vœux du département de l'Aude sont comblés. V.A.R nous accorde une faveur à laquelle nous aspirions. Depuis près de 40 ans, ce pays n'avait été visité par aucun membre de la famille régnante ; aucun ne s'était arrêté dans la ville de Carcassonne, depuis le séjour que daigna y faire l'auguste prince qui, par de si longues et si rudes épreuves, mûri dans l'art de gouverner, promet à la France un règne de paix, de justice et de bonheur. 

Le bonheur ! Déjà votre présence en est le gage ; elle est l'aurore des jours fortunés qui vont prospères, longtemps négligés, et dont V.A.R vient réparer l'abandon. Monseigneur, le département de l'Aude vous offre une physionomie particulière et peut-être unique en France. Il n'a point été ensanglanté par les fureurs de l'anarchie ; il n'a point été la proie des ressentiments, des réactions et de, vengeances ; il était impatient de faire éclater son respect, sa fidélité, son amour pour la famille des Bourbons. Si la ville de Castelnaudary a jouit la première de la vue d'un prince qui fait l'espoir, qui fera les délices de la patrie, les villes de Carcassonne et de Narbonne brûlent aussi de partager cette heureuse jouissance et de prouver leur enthousiasme et leur dévouement à V.A.R et au souterrain que la main de la providence a replacé sur le trône de Saint-Louis et de Henri IV.

Cent coups de canons annoncèrent l'arrivée de S.A.R. Elle monta à cheval et traversa, ayant a ses côtés MM. les maréchaux Soult et Suchet, les lignes de troupes qui bordaient son passage, et qui défilèrent devant elle aux cris de "Vive le Roi !". Le maire à la tête du conseil municipal, attendait le prince à la porte dite de Toulouse (place Davilla) ; il le complimenta, lui remit les clefs de la ville, lui offrit un dais, que S.A.R refusa. Son entrée dans Carcassonne se fit à cheval ; elle fut signalée par des acclamations à chaque pas. Un arc de triomphe avait été élevé, toutes les rues, toutes les maisons étaient décorées de tapisseries, de drapeaux blancs et de guirlandes ; toutes les fenêtres étaient remplies de dames élégantes ; de toutes parts, on entendait les applaudissements et les mêmes cris longtemps prolongés de Vive le Roi, vive le duc d'Angoulême. La garde royale l'escorta et la garde nationale à pied formait la haie.

C'est ainsi que S.A.R fut conduite à l'hôtel de la préfecture, préparé pour le recevoir. Au haut de l'escalier, la fille du préfet, à la tête des demoiselles de la ville, toutes vêtues de blanc, s'avança un bouquet de lys à la main. Le prince admit toutes les députations qui se présentèrent, et fut conduit dans le même appartement qu'avait occupé, en 1777, Le frère de Louis XVI (Louis XVIII). Après le souper, S.A.R voulut bien honorer de sa présence le bal qui était préparé à l'hôtel de ville. Le lendemain à cinq heures et demi du matin, le prince se rendit à la cathédrale  ; le clergé l'attendait à la porte avec un dais, sous lequel il fut conduit à un prie-dieu. La messe fut célébrée par M. de Laporte, évêque de Carcassonne. Le prince partit ensuite pour Narbonne avec le maréchal duc d'Albuféra.

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© Musée des beaux-arts de Carcassonne

Claude-Joseph Trouvé, par Roque fils

En janvier 1815, le Baron Trouvé et son épouse sont présentés au roi et à la famille royale. Au mois de mars, retour de Napoléon de l'île de d'Elbe ; le préfet Trouvé s'entretient avec Fouché, chef de la police. Après le Cent jours mettant définitivement fin à la tentative de retour de Napoléon, le préfet est admis à Saint-Denis le 8 juillet 1814 et renvoyé à Carcassonne. Le 15 novembre 1815, le duc et la duchesse d'Angoulême font un nouveau séjour à Carcassonne et dormiront à la préfecture. Le baron Trouvé sera destitué par ordonnance royale le 5 septembre 1816.

Sources

Description générale et statistique du département de l'Aude / Baron Trouvé / 1818

Souvenirs d'un octogénaire / Baron Trouvé

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17/08/2017

Le dernier duel au pistolet entre deux Carcassonnais

 Le duel d'honneur est le fait pour un homme de "souffler" (généralement avec un gant) un adversaire ayant attenté à sa réputation ou à son honneur. Le refuser c'est prendre le risque de passer pour un lâche ou un traître et de perdre ses relations. Des règles codifiées organisaient les duels avec des témoins. Cette pratique va peu à peu tomber en désuétude, jusqu'à sa disparition presque totale après la Seconde Guerre Mondiale. Si aucun texte actuel ne prévoit explicitement l'interdiction des duels, il ne demeure pas point que les deux parties s'exposeraient au principe selon lequel "le consentement de la victime n'exclut pas la responsabilité de l'auteur d'une infraction. Le participant au duel se rendrait donc coupable, en cas de mort de l'autre, de meurtre, et en cas de blessure, de violences volontaires (avec circonstance aggravante : préméditation, usage d'une arme)."duel-pistol.jpg

Image extraite du film Barry Lyndon

Au début du XXe siècle, il y avait dans notre ville un certain nombre de journaux qui se partageaient la faveur des lecteurs : "La dépêche de Toulouse", dirigée à Carcassonne par l'avocat Osmin Nogué, beau-frère de Maurice et Albert Sarraut ; "Le petit Méridional" de M. Cabanis ; "L'Express du Midi" de M. Barrière ; "La France de Bordeaux" par M. Saunac ; "Le Télégramme" de M. Garès, oncle de René Descadeillas qui fut le directeur de la Bibliothèque municipale ; "Le courrier de l'Aude" d'Hippolyte de Bordas. La concurrence allait bon train et surtout l'animosité des différences politiques. Pour un mot ou pour un adjectif, on s'envoyait des témoins et Maître Abadie du 17e dragons préparait les combattants. Les combats en champ clos opposaient Garès à Nogué, Garès à Cabanis et Cabanis à Nogué. A l'issue de ce dernier duel, l'avocat Nogué fut assez sérieusement blessé au bras droit.

"Les garnements allaient chanter sous sa fenêtre le grand air des "Huguenots" de Meyerbeer : En mon bras droit, j'ai confiance."

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Osmin Nogué

Parallèlement à ces combats politiques à Carcassonne, il y avait des duels provoqués pour des raisons d'ordre privé. Ville de garnison aristocratique, des intrigues trop poussées étaient la cause de combats courtois, mais ardents. Le dernier duel qui eut lieu fut celui de Jean Mistler - député de Castelnaudary, homme de lettres et Académicien - avec Roger Detours. Il date de 1934 ! A la suite des évènements de février, Mistler, faisant partie du gouvernement Daladier, souleva l'ire de Roger Detours, qui, le rencontrant au Café Terminus, le gifla à deux reprises

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Jean Mistler

Mistler fit alors un discours. Il parla de la République, de ses immortels principes devant les jours de belote goguenards. L'affaire se termina au champ de tir de Villemaury, près de Palaja. Selon les chroniqueurs de l'époque, les pistolets partirent de travers...

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12/08/2017

Le maire Omer Sarraut (1844-1887) et l'histoire chaotique de son buste...

Nous allons dans cet article révéler pour la première fois des éléments méconnus concernant la vie et l'œuvre d'Omer Sarraut, ancien maire de Carcassonne. On n'a pas tout écrit sur l'histoire de son monument dressé en 1905 au square André Chénier ; ce sera l'objet de quelques révélations totalement inédites.

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Omer Sarraut est né le 3 septembre 1844, à Castelsarrasin, d'une modeste famille de paysans. Après une jeunesse particulièrement studieuse, et l'on sait combien il était méritant de s'élever dans la société lorsqu'on appartient aux classes laborieuses de cette époque, il entre à 19 ans à la sous-préfecture de Castelsarrasin. De là, ayant été classé soutien de famille, il passe dans l'enregistrement. En 1867, il travaille dans les bureaux de la Compagnie des chemins de fer du Midi à Bordeaux. C'est dans cette ville que naîtront ses deux fils, Maurice et Albert qui se distingueront plus tard dans le journalisme et au sein du parti Radical-Socialiste.

A peine âgé de 23 ans, il se mêle activement à la politique et s'oppose à Napoléon III. Malgré l'engagement qu'il contracte dans le corps des Franc-tireurs, sa situation de soutien de famille et sa situation à la Compagnie des chemins de fer ne lui permettent pas de participer à la défense du pays en 1870. Il fonde le journal "La Tribune" et un groupe de républicains-girondins pour la défense des valeurs démocratiques. Forcé de prendre ses distances avec la Compagnie des chemins de fer, sa famille connaît alors une situation financière délicate. En juin 1872, il est nommé secrétaire archiviste de la Commission départementale de la Gironde. Le 28 août 1874, le prix du Conseil général lui est décerné pour son travail sur l'histoire des enfants assistés ou abandonnés. On comprend pour quelles raisons il sera plus tard ordonnateur à la Commission des Hospices de Carcassonne de 1880 à 1881.

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La majorité du Conseil général de la Gironde passant aux mains des bonapartistes aux élections de 1874, Sarraut est révoqué. Malgré les appels du pieds afin qu'il rejoigne la rédaction d'un journal républicain de Dijon, Omer Sarraut choisit d'entrer à "La fraternité" grâce à Théophile Marcou, un an plus tard. Sans relâche, il fera de cet organe de presse une machine contre les adversaires de la République - quatre journaux de l'Aude sont la propriété de bonapartistes ou de monarchistes. Grâce à son activité inlassable,  le parti républicain triomphe. Le 23 novembre 1879, après une campagne électorale extrêmement violente, Sarraut entre au Conseil municipal de Carcassonne à la suite d'une élection complémentaire.

Le 11 août 1882, Omer Sarraut quitte "La fraternité" après son conflit avec Marcou. Huit jours après, il fait paraître "Le réveil de l'Aude".  Il collabore avec des écrivains connus tels qu'Auguste Fourès et Prosper Estieu. Le 3 septembre 1882, les républicains gagnent les élections mais Sarraut n'est pas sur la liste, en raison de ses désaccords avec Marcou. Le 16 novembre 1882, un nouveau journal paraît "Le Radical de l'Aude" et Sarraut en est le rédacteur en chef. Le conseil municipal perdant chaque jour quelques-uns de ses membres par démissions successives, des élections partielles ont lieu, et les cinq candidats soutenus par Omer Sarraut sont élus. 

C'est à l'occasion d'élections complémentaires que Sarraut est élu conseiller municipal de Carcassonne, le 6 décembre 1885. Deux ans plus tard, il est élu maire de la ville après deux tours de scrutin. C'est aux acclamations d'une immense foule que le 24 mars 1887, la municipalité de Carcassonne est constituée. Sarraut devient maire, Gaston Jourdanne et Léopold Petit sont adjoints. Ses premiers mots : "Nous inaugurons une nouvelle méthode d'administration." Il se consacre à sa tâche, levé de bon matin, il arrive à la mairie à l'ouverture des bureaux comme le plus modeste des employés. Il exige de ses collaborateurs un effort à l'échelle de celui qu'il fournit ; impitoyable pour les fautes et les irrégularités, il est accueillant pour tout le monde écoutant avec patience les réclamations, s'efforçant d'apporter une solution avec une impartialité reconnue de tous.

Son programme est ambitieux : il veut faire de sa ville une cité moderne bénéficiant d'un urbanisme qui prévoit : la mise en place du tout-à-l'égout, l'élargissement de la rue de la gare, le prolongement de la rue Antoine Marty par la construction d'une passerelle sur l'Aude, l'ouverture de la rue Jules Sauzède sur le jardin des plantes, la création d'une cité ouvrière à la Gravette. Il souhaite moderniser les services hospitaliers, considérant que l'Hospice (ancien Hôtel Dieu, aujourd'hui parking du Dôme) n'est plus adapté aux besoins il prévoit de le raser et d'en construire un à la sortie de la ville. Ce projet sera mené par Antoine Gayraud, soit 110 ans plus tard. A la place de l'Hospice, il construirait le nouveau théâtre municipal de la ville.

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Le 23 juillet 1896, le boulevard du Tivoli devient Omer Sarraut

Hélas, tout ceci restera à l'état de projet puisqu'en surveillant les travaux d'aménagement du théâtre, Omer Sarraut contracte une pneumonie qui va l'emporter. Le 16 septembre 1887, il s'alite et malgré les soins attentifs dont il est l'objet, il s'éteint le 22 septembre à 10 heures du matin. Il dira à son fils Maurice âgé de 18 ans : "Mon pauvre Maurice, tu auras un bien triste anniversaire." Son autre frère Albert et son épouse Jeanne Laurens, arriveront trop tard de Castelsarrasin. Omer Sarraut avait seulement 43 ans. Une concession gratuite au cimetière St-Vincent lui est attribuée ; le 1er octobre 1887, une souscription est ouverte pour un monument à élever sur sa tombe. La ville vote un crédit de 500 francs.

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Tombe d'Omer Sarraut

 En 1904, un comité décide de lancer une souscription pour l'édification d'un monument en hommage à l'ancien maire de la ville. Au mois de février, il se prononce pour sa construction au Jardin des plantes (actuellement square Chénier) ; cette décision est notifiée officiellement au mois de mai par le conseil municipal. Le monument se composera d'une fontaine surmontée d'un buste.

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Le monument en bronze sculpté par Paul Ducuing représentait à l'origine, d'un côté, la ville de Carcassonne personnifiée par une femme protégeant un jeun élève de l'école laïque tendant une palme au maire. De l'autre, un laboureur assis, lisant le journal "Radical du Midi". Nous avons découvert que l'artiste en sculptant ce sujet allégorique avait pris pour modèle les membres de la famille d'Omer Sarraut. Jeanne Laurens épouse Sarraut, avait posé pour figurer la ville et Etienne Sarraut, fils aîné de Maurice, personnifiait l'élève de l'école laïque. C'est le tailleur de pierre Sémat habitant les Martys dans la Montagne noire, qui le 18 février 1908 sera sollicité pour réaliser la vasque de la fontaine.

L'inauguration du monument eut lieu le 29 octobre 1905 en présence de MM. Gauthier, ministre des Travaux publics, et Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'état aux Beaux-arts. Tout ceci dans une ambiance anti-gouvernementale sur fond de crise viticole. 

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Le monument avant la seconde-guerre mondiale

 Pendant l'Occupation, les autorités allemandes n'hésitèrent pas à détruire ce monument pour l'envoyer à la fonte.  Autre fait que nous avons découvert... Le sculpteur Ducuing intervint afin de tenter de sauver son œuvre ; les Allemands lui laissèrent emporter le buste à condition qu'il donnât l'équivalent de son poids en bronze. Les allégories, elles, furent envoyées à la fonte. Le précieux buste d'Omer Sarraut fut confié à Madame Louis Mingaud, petite-fille de l'illustre maire. Sa mère Jeanne Marie Mathilde Sarraut (1876-1963) était la fille d'Omer Sarraut et avait épousé Maître Osmin Nogué (1865-1942). Deux ans après la Libération, les Mingaud portent le buste au Musée des Beaux-arts. 

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En 1961, soit dix-neuf ans plus tard, le buste sera replacé sur son piédestal en face de l'hôtel Terminus. Hélas, sans les allégories qui avaient été fondues par l'Occupant. Tout ceci se fit en présence de nombreuses personnalités : Omer Louis Maurice Sarraut (1902-1969) son petit-fils ; Albert Sarraut (1872-1962), son fils ; Mme Simone Bouvier, fille de Maurice Sarraut ; M. et Mme Mingaud ; Me Maurice Nogué ; François Clamens, député de l'Aude ; M. Caujolle, directeur de La dépêche ; M. Itard-Longueville, ancien maire ; M. Descadeillas, bibliothécaire de la ville ; Jules Fil, maire de Carcassonne ; M. Maurice Mordagne.

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Le buste fut remis sur son emplacement d'origine, mais la fontaine fut comblée par un massif floral. Sur le devant, une horloge donnait l'heure aux passants. Lorsqu'en 1986, le maire Raymond Chésa décida d'entreprendre la construction d'un parking souterrain sous le square Chénier, le jardin passa du floral au minéral. On remit en eau l'ancienne fontaine, mais le buste d'Omer Sarraut avec son piédestal fut remisé au fond du jardin, côté pont de la paix.

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Aspect de la fontaine jusqu'à aujourd'hui

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Le buste au fond du jardin

Actuellement, la ville de Carcassonne est entrain de refaire entièrement le square André Chénier. Nous ne savons rien de ce qui sortira, mais il se pourrait bien qu'Omer Sarraut réintègre avec son piédestal, le dessus de la fontaine comme au temps de sa gloire.

Si vous avez aimé cet article, n'hésitez pas à rédiger un commentaire. N'hésitez pas à dire autour de vous qu'une espèce de passionné, intéresse chaque jour ses lecteurs à l'histoire de Carcassonne. Que certaines administrations ou élus qui viennent prendre des informations inédites gratuites sur son blog, n'ont le plus souvent qu'indifférence ou mépris pour sa personne. Jamais un mot gentil ou une remarque d'encouragement. Dites également que la presse n'a jamais réalisé de portrait de ce blog. Merci...

Sources

La dépêche du midi / 1961

La Fraternité, Le Radical du Midi

Etat-civil / Archives de l'Aude

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20/07/2017

Filouteries, cocasseries et coups bas politiques à Carcassonne dans les années 1990...

La fin des années 1980 venait de voir le maire Raymond Chésa réélu au 1er tour des municipales. Le Parti Socialiste déjà divisé en mars 1983 avait laissé filé la gestion de la ville entre les mains d'une alliance RPR-UDF. Au moment de la revanche, il n'avait sûrement pas rangé tous les couteaux au vestiaire. Tant et si bien qu'en mars 1989, quelques uns parmi ses porte-flingues devaient se charger - en toute discrétion - de savonner la planche d'un chirurgien, dont le PS local avait fait son candidat. Le Dr Roger Bertrand, honnête homme très apprécié de sa profession, était envoyé au casse-pipe contre Raymond de la Trivalle. Quelques jours avant le premier tour, un sondage réalisé par Publimétrie pour La dépêche, donnait  Liste RPR-UDF Chésa (47%), Liste PS-PC Bertrand (40%), Liste FN Alaux (6%) et Liste Ecologiste Doucet (7%). Le second tour, indiquait une victoire de Chésa à 54% contre 46 %. 

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Au soir du premier tour de scrutin, la liste sortante de Chésa remportait l'élection dès le premier tour avec plus de 50% des voix. Jamais une liste de droite n'avait battu la gauche à Carcassonne avec autant de marge. Si ! En mars 1983, mais cela devait être un accident, pensait-on rue Fédou, à cause de la présence de trois listes de gauche sur fond de rivalités internes. Les barons du Ps local avaient envoyé le Dr Bertrand à la charge, sachant pertinemment qu'il ne bénéficierait pas du total soutien de son camp. Aujourd'hui, on sait que le socialiste Raymond Courrière - Président du Conseil général de l'Aude - ne voulait pas de Roger Bertrand à la mairie. L'électron libre incorruptible avait largement ouvert sa liste à des personnes de la société civile et composé un programme largement tourné vers la culture et le tourisme. Si Bertrand gagnait, le PS gagnait. Si Bertrand perdait, le responsable se serait lui. La dépêche du midi - organe officieux du Ps dans l'Aude - titrait le lendemain : 37,7% de fièvre pour le Dr Roger Bertrand.

 

Don Camillo contre Pépone

Au mois de novembre 1991, l'abbé Jean Cazaux entame une grève de la faim afin de protester contre la construction en face de l'entrée de l'église St-Vincent, d'un immeuble HLM. L'affaire s'emballe avec la constitution d'un comité de défense, la pétition signée à l'intérieur de l'église et la veillée nocturne des soutiens de l'abbé pour empêcher les travaux. 

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Le journal télévisé de Tf1 en fait sa une, le maire se déplace au chevet du curé qui n'entend pas céder tant que le projet ne sera pas enterré. Il a même fait son testament... Cette histoire ira de procédure en procédures avec l'avocat Jean-Marie Bourland ; elle durera jusqu'en 1993 puisque l'association utilisera tous les recours possibles en justice.

 

Raymond des villes et Raymond des Champs

Lors des élections cantonales de 1992, la majorité présidentielle de François Mitterand est en grande difficulté à cause du financement occulte du Parti Socialiste. C'est l'affaire URBA... Cette année-là, le Conseil général de l'Aude va passer de un à six représentants de la droite. Dans l'histoire du département cela n'est jamais arrivé, encore aujourd'hui le PS possède la totalité des sièges. Souvenez-vous des municipales de 1989, dans lesquelles Chésa aurait obtenu un coup de main de Courrière. En mars 1992, l'ancien secrétaire d'état de Mitterrand est en ballotage plutôt défavorable dans son canton d'Alzonne. Au second tour, il n'est pas exclu qu'il soit battu par Jean Diviez, alors maire de Pezens. Si cela se produisait, il perdrait également sa présidence du Conseil général. Raymond Chésa va lui donner un coup de main... Il prend son téléphone et appelle les sœurs du couvent de Montolieu en leur demandant de voter Courrière. Chésa réussit à les convaincre, non sans quelques réticences ; une seule se serait abstenue. Tant que Courrière fut le président du Conseil général de l'Aude, il y eut un accord oral entre les deux hommes politiquement opposés. "Tu ne m'emmerdes pas au département, je te laisse tranquille à la mairie." Courrière et Chésa, chefs locaux de leurs partis respectifs, purent ainsi décider des candidats qui allaient s'affronter. Peut-être pendant une parti de pêche, au cours de laquelle ces deux meilleurs ennemis avaient l'habitude de participer.

 

Remue ménage au conseil municipal

Le 2 avril 1992, le conseil municipal examine l'inscription de la dette Orta au budget de la ville. Jusque-là, le maire avait toujours dit que les Carcassonnais ne paieraient pas un centime. Avec 20 milliards de nouveaux francs, on aurait pu construire des choses à Carcassonne depuis 1992. C'est alors que neuf élus de sa majorité vont se ranger dans le camp de l'opposition, afin de protester contre une gestion de la ville, qu'ils estiment autoritaire de la part du maire. Parmi eux, on peut citer Jacques Albarel, Nicole Bertrou, Charles Domas, Sauveur Jordan, Michel Sampiétro, Didier Jocteur-Monrozier, etc. Certains sont adjoints et malgré les injonctions du maire, refusent de démissionner. Coup de théâtre ! Raymond Chésa annonce le 4 avril 1992 qu'il décide de démissionner de son poste de maire, tout en restant conseiller municipal. De fait, les adjoints sont également démissionnaires. C'est la loi ; il les force ainsi à s'y soumettre. De nouvelles élections auront lieu au sein du conseil municipal et se termineront par un coup de poker gagnant de Chésa. Avec 24 voix de majorité contre 19, il est réélu. Les adjoints félons redeviennent conseillers municipaux mais dans l'opposition, où ils siègeront pendant trois ans. 

 

Jean-François Daraud Président

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© L'indépendant

Au mois d'avril 1995, Jean-François Daraud alias M. Scoumoune, annonce à la télévision régionale qu'il est candidat à l'élection présidentielle sous l'étiquette du Parti d'en rire. Très sérieusement, celui qui vient d'être candidat en 2017 aux législatives dans l'Aude sous la bannière du FN, prétend avoir recueilli 440 signatures. Son programme sera accès sur les handicapé et le monde rural.

"Ce qui fait un petit mal c'est cette désertification. Tous les gens vont s'entasser un petit peu dans les villes. Et le second axe de ma campagne c'est la défense des handicapés. Parce que la plus grande exclusion qui existe en France, c'est ni avec les Blacks, ni avec les musulmans, que bien heureusement je précise pour qu'il n'y ait pas d'amalgame, on rencontre à tous les coins de rues, tandis que les handicapés, rien n'est fait pour eux. Ils ne peuvent aller dans les toilettes, ni les cinémas. Il représentent 10% de la population." (FR3 Auvergne / 1995)

 

Chésa contre le meilleur ami de l'homme

 Le 21 décembre 1992, la ville de Carcassonne prend un arrêté interdisant les chiens mêmes tenus en laisse dans le centre-ville entre 9h et 19h. Les contrevenants s'exposeront à une amende de 75 francs (80 €) dressée par la police municipale. Le journal de Jean-Pierre Perrault sur Tf1 y consacre un reportage. Le maire explique que c'est le seul moyen pour lutter contre les déjections canines.

 

Pas de rue pour Mitterrand

Un mois et demi après le décès de l'ancien Président de la République, l'opposition socialiste au conseil municipal propose l'attribution d'un espace public au nom de François Mitterrand. Le maire qui n'a pas l'intention d'abonder dans leur sens, fait voter à bulletin secret. La majorité municipale vote contre et le projet est rejeté. Contacté par la télévision l'adjoint Alfred Rispoli déclare que c'était prématuré. Celle-ci termine son reportage en rappelant que dès 1944, le conseil municipal donnait une place au général de Gaulle et qu'il existait un rond-point Pompidou. Il faudra attendre l'élection de Jean-Claude Pérez en 2009 pour qu'un espace public porte le nom de François Mitterand. Soit 13 ans après sa mort, cette fois plus de prématurée...

 

Benetton pas à l'affiche

En 1993, la marque de vêtements fait scandale avec des publicités assez provocantes. Le maire Raymond Chésa prend un arrêté afin d'interdire les affiches Benetton sur l'ensemble de la commune. Le magasin de la place Carnot indique que cette publicité n'est pas prévue à Carcassonne. Raymond Chésa trouve choquant de présenter les habits d'un soldat des Nations Unies maculé de sang. L'affaire a défrayé la chronique nationale et alimenta le journal de Tf1.

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23/04/2017

Sa majesté Léka 1er, roi des Albanais, en visite à la Cité

Nous le savons, l'hôtel de la Cité de Carcassonne a reçu un grand nombre de têtes couronnées. Parmi elles, nous pouvons citer la reine d'Angleterre (Queen Mum), Georges VI, la princesse Grâce Kelly, etc. Au temps de sa splendeur, l'établissement eut l'honneur d'accueillir le roi des Albanais, Léka 1er.

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Philippe Decaud et SAR Léka 1er

Le successeur sur le trône d'Albanie de Zog 1er vivait en exil depuis l'avènement de la république en 1945. Il vint à Carcassonne à plusieurs reprises en avril 1970, 1973 et la dernière fois en 1975. "Je ne passe point dans la région sans descendre à l'hôtel de la Cité".

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Mariage du roi Léka 1er et de la reine Suzanne

Après son mariage avec l'Australienne Susan Cullen-Ward en 1975, le couple s'installe en Espagne où il est reçu par le roi Juan Carlos. Là, il continue à recevoir les Albanais en exil en attendant une chute prochaine du communisme. Léka 1er est décédé le 30 novembre 2011 sans jamais avoir régné.

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