04/01/2017

Le 11 octobre 1973, la ville de Carcassonne condamnait l'assassinat de Salvador Allende

A 9 heures du matin ce 11 septembre 1973, le général Augusto Pinochet assiégeait avec l'armée le Palais présidentiel à Santiago du Chili. Un gouvernement militaire prenait le pouvoir par un coup d'état dans ce pays d'Amérique latine avec le soutien des services secrets américains. Le président socialiste Salvador Allende démocratiquement élu s'étant retranché dans ses bureaux, annonçait à son peuple qu'il allait se battre jusqu'à la mort. On retrouvera son cadavre avec une plaie au menton provoquée par un tir de AK-47. D'après les dernières enquête les président déchu se serait suicidé, mais à l'époque on parle de son assassinat par les sbires de Pinochet.

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Salvador Allende 

(1908 - 1973)

On sait parfaitement ce qu'il est advenu du Chili pendant la dictature de Pinochet : tortures, exécutions sommaires, disparitions, etc... Le cocktail répressif de tout régime totalitaire, en somme. Nous rangerons également dans ce registre les dictatures communistes, comme celles de Fidel Castro à Cuba. A ceci près que les Etats-Unis ne soutiennent que les dictatures qui leur sont favorables ou pire encore, protègent les criminels de guerre comme Klaus Barbie quand ils acceptent de travailler pour la C.I.A.

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Pablo Néruda

(1904 - 1973)

Autre victime du coup d'état de Pinochet, le poète chilien et Prix Nobel de littérature, Pablo Néruda. Douze jours après, il meurt officiellement d'un cancer de la prostate. Or, selon son chauffeur il aurait été empoisonné par injection létale. L'hypothèse de cette thèse a été confirmé par la justice chilienne en 2015. L'ancien ambassadeur du Chili en France récompensé pour ses actions en faveur de la paix, mourra donc dans des circonstances obscures après que sa maison a été saccagée par la junte militaire.

Je veux vivre dans un pays où il n'y ait pas d'excommuniés.
Je veux vivre dans un monde où les êtres soient seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédés par une règle, par un mot, par une étiquette.
Je veux qu'on puisse entrer dans toutes les églises, dans toutes les imprimeries.
Je veux qu'on n'attende plus jamais personne à la porte d'un hôtel de ville pour l'arrêter, pour l'expulser.
Je veux que tous entrent et sortent en souriant de la mairie.
Je ne veux plus que quiconque fuie en gondole, que quiconque soit poursuivi par des motos.
Je veux que l'immense majorité, la seule majorité : tout le monde, puisse parler, lire, écouter, s'épanouir. 

En 1945, à Carcassonne Mercedes Nunez Targa - secrétaire de Pablo Neruda - témoignera au procès de René Bach, tortionnaire de la Gestapo de Carcassonne. C'est lui qui l'envoya en déportation après l'avoir interrogée dans la villa de la Gestapo, 67 route de Toulouse - rasée par décision municipale en février 2016. L'histoire n'est qu'une pelote dont on tire des fils ayant des liens entre-eux. Elle se rappelle sans cesse aux souvenirs de ceux qui tentent de la réduire au silence.

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© Chroniques de Carcassonne

Antoine Gayraud

(1910 - 1981)

Par décision du Conseil municipal en date du 11 octobre 1973, la ville de Carcassonne condamne le coup d'état de Pinochet contre le régime démocratique de président Allende et son assassinat. Le communiqué suivant est lu en séance du Conseil municipal.

Soucieux de Liberté, de Démocratie, le Conseil municipal de Carcassonne réuni le 11 octobre 1973, rappelle que la liberté dans le monde est indivisible.

Pour ces raisons un homme est mort.

Ses assassins croient avoir tué avec lui l'idéal qu'il représentait et l'expérience qu'il tentait dans le cadre de l'Unité Populaire.

C'est parce qu'il était profondément et sincèrement démocrate, qu'il voulait projeter sur la vie de son pays son idéal socialiste que Salvador Allende a été abattu.

A travers lui, on a voulu atteindre sa patrie, son peuple, mais aussi tous ceux qui dans le monde entier sont solidaires de cet idéal.

Condamnant le coup d'état et le régime qui en est issu, le Conseil municipal demande l'arrêt des exécutions et la libération des prisonniers.

Il dénonce les silences coupables du gouvernement Français, la répression aveugle et brutale qui frappe le Chili.

En hommage à la mémoire de Salvador Allende et du poète Pablo Néruda, le Conseil municipal de Carcassonne réuni le 11 octobre 1973, décide de donner leurs noms à deux rues de la ville.

Il appelle la population à manifester son soutien actif en participant à la collecte organisée en faveur du peuple Chilien. 

Source

Délibération CM / 11 octobre 1973

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16/10/2016

Marcel Itard-Longueville (1898-1993), maire de Carcassonne injustement oublié

Faudrait-il que l'on s'étonne que dans Carcassonne, d'anciens maires du XXe siècle aient bénéficié d'un véritable culte et que d'autres n'aient même pas un nom de rue ou de bâtiment public en leur mémoire ? Parmi les heureux élus, on peut citer Albert Tomey, Henri Gout, Jules Fil, Antoine Gayraud, Raymond Chésa. Dans la liste des "oubliés" figurent Louis Amiel (Maire provisoire à la Libération), Philippe Soum, Marcel Itard-Longueville et Fernand Ancely. Tout pourrait paraître étrange à celui qui ne connaît pas l'histoire de la vie politique de la capitale audoise ; sur ce point, les rancoeurs et les vengeances ont été souvent l'objet d'alliances de circonstances et cela perdure encore de nos jours. Après avoir retracé la biographie de Philippe Soum, nous nous sommes intéressés à son successeur. Comme il était inutile et vain d'aller rechercher des informations les concernant dans ouvrages dans lesquels ils sont volontairement absents, nous avons frappé à la porte de leur famille et des archives départementales. Quelles en soient remerciées.

Marcel Itard-Longueville

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Marcel Itard-Longueville à son bureau

Avocat inscrit au barreau de Carcassonne et ayant son cabinet au numéro 7 de la rue du Palais, Marcel Itard-Longueville avait obtenu sur les champs de bataille, la Croix de guerre 14-18 et la légion d'honneur.  Filleul d'Albert Sarraut - sénateur de l'Aude -, ses opinions politiques appartiennent au courant Radical-Socialiste. Comme lui, il sera déporté au camp de Neuengamme en 1944. A Carcassonne, Marcel-Itard Longueville est marié à la fille du brasseur Fritz Lauer.

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Sa maison, 7 rue du Palais

Un juste parmi les Nations

La discrétion et l'humilité des Français qui ont caché et sauvé au péril de leur vie des familles juives, laissent penser à tort qu'il n'y avait que des salauds. Or, ceci est absolument inexact. A Carcassonne comme ailleurs, des gens participèrent à l'exfiltration des juifs via des réseaux de passeurs vers l'Espagne ou la Suisse. Si on le sait pas, c'est parce que ces humanistes ne sont jamais vantés de ce qu'il ont fait, considérant cela comme naturel. Encore aujourd'hui, leurs héritiers découvrent un passé dont il n'ont jamais parlé, emportant leur secret dans la tombe. Claude Itard-Longueville a ainsi découvert que son père avait sauvé la vie de deux ou trois familles, pourchassées dans un Carcassonne aux mains de la Milice et de la Gestapo. C'est dans son cabinet, situé à deux pas de la Feldkommandantur qu'il cacha ainsi la famille de M.Seidenberger. Ce négociant en houblon était régulièrement en affaire avec la brasserie Fritz Lauer ; il se réfugia à Carcassonne en fuyant la zone occupée. Quand le sud de la France passa à partir du 11 novembre 1942 entre les mains des Allemands, l'avenir de la famille Seidenberger s'assombrit. Voici comment, selon Claude Itard-Longueville, elle fut mise en sécurité.

L'assureur Arnal leur fit avoir des faux papiers d'identité, puis on les conduisit aux Martys où le boulanger Ernst Cousiné - le maire de Caudebronde - les mit entre les mains d'un réseau de passeurs. Cette famille émigra ensuite aux Etats-Unis. Peu de temps avant la mort de Marcel Itard-Longueville, une rencontre eut lieu à Carcassonne entre lui et une fille juive qu'il avait sauvée durant cette triste période, grâce à Raymond Satgé. Selon son fils, un article de journal relata l'évènement - nous ne désespérons pas de le retrouver.

Déporté à Neuengamme

Dans les dossiers laissés par René Bach (Interprète du S.D), Marcel Itard-Longueville est désigné par Otto Krebs (agent de la Gestapo) comme une personne à arrêter pour opinions anti-allemandes. Le 8 juin 1944, ce même Krebs procède à son interpellation, à 6 heures du matin à son cabinet de la rue du Palais. Il est d'abord arrêté avec six ou sept autres personnes, officiers de réserves comme lui. A t-il été dénoncé ? Envoyé au camp de Compiègne, il est déporté le 15 juillet 1944 vers le camp de concentration de Neuengamme et tatoué avec le matricule 36249. Après la libération du camp en mai 1945, il revint à Carcassonne et reprit ses activités d'avocat.

Maire de Carcassonne

Au mois de mai 1950, Marcel Itard-Longueville est désigné par les Radicaux comme candidat à la fonction de maire de Carcassonne. Elu grâce à une coalition de centristes et de sept conseillers de la S.F.I.O, son mandat ne durera que trois ans au bout desquels il sera mis en minorité. Cet homme qui dut affronter les difficultés budgétaires liées à la reconstruction du pays, fut lâché par la S.F.I.O qui s'allia avec les communistes. Jules Fil prit ainsi la mairie de Carcassonne, le 26 avril 1953.

Pendant trois années Marcel Itard-Longueville mena à bien - malgré un contexte perturbé - plusieurs réalisations. Bien entendu, on n'en parle jamais... Parmi elles : la création du jardin et des abords de la cathédrale Saint-Michel, l'édification du nouveau lycée Paul Sabatier, la restructuration de la bibliothèque municipale, la création de la colonie de vacances à Labastide-de-Sérou, l'agrandissement de l'école de Villalbe, etc...

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© Chroniques de Carcassonne

Marcel Itard-Longueville est décédé le 19 février 1993. Il est inhumé au cimetière Saint-Vincent. Jean-Claude Pérez - Député-maire de Carcassonne - fit ériger en janvier 2013 à la demande de Claude Itard-Longueville, une plaque commémorative en sa mémoire sur la façade du 7 rue du Palais.

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© La dépêche / Sylvie Leclercq

Sources

Claude Itard-Longueville

Archives de l'Aude

DDM / Février 1993

Histoire de Carcassonne / Privat

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25/09/2016

Le passage du Comte de Floridablanca, secrétaire d'Etat du roi Charles III d'Espagne

Une lettre autographe du 7 janvier 1777 signée de la main de Gabriel Marie de Tallleyran-Périgord, commandant en chef du Languedoc, à l'attention de Monsieur de Pelletier - Major de Carcassonne - annonce le passage du Comte de Floridablanca. Voilà un évènement historique non sans importance, puisqu'il marque l'arrêt à Carcassonne de l'Ambassadeur d'Espagne à Rome, sur le chemin de Madrid où il sera nommé Secrétaire d'Etat (Premier ministre) par Charles III.

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Joe Moñino y Redondo de Floridablanca

peint par F. Goya en 1780

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© le-prince-de-talleyran.fr

Montpelier, le 7 janvier 1777

Je vous préviens, Monsieur, qu’il se pourra que M. Le comte de Florida-Blanca, cy devant Ambassadeur du Roi d’Espagne à Rome, et que Sa Majesté Catholique vient de nommer secrétaire d’état au département des Affaires étrangères passe à Carcassonne à son retour de Rome pour se rendre en Espagne, que l’intention de Sa Majesté est qu’il lui soit rendu les honneurs attribués aux maréchaux de France par l’ordonnance du 1er mars 1768.

Sa Majesté veut aussi que sans user d’aucune réserve avec ce ministre étranger, on lui fasse voir dans le plus grand détail les fortifications de cette place et des environs s’il parait le désirer.

Vous voudrez bien en conséquence vous conformer à ces ordres, et m’informer de ce qui se sera passé à cette occasion.

J’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Comte de Périgord.

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Le Comte de Floridablanca appartenait à la Franc-maçonnerie. Il mena une politique d'ouverture conforme à l'esprit des lumières selon les principes de despotisme éclairé. La Révolution française changera le cours de sa politique ; craignant la contagion à l'Espagne, il durcit son action au sein du gouvernement. Disgracié par Charles IV, il est remplacé par le comte d'Aranda puis par Godoy.

 

"Dépossédé de ses titres et de ses honneurs, Floridablanca est enfermé à la citadelle de Pampelune jusqu'à ce que lui soit accordé en 1796 la « paix de Basile » et qu'il soit réhabilité par Ferdinand VII. Il retourne alors à Murcie, sa ville natale, au couvent franciscain. En 1808, après l'élimination de Godoy et la déposition des Bourbons, on le nomme à la présidence de la Junte centrale, qui tente de rassembler les Espagnols en guerre contre l'occupant français. les Français. Obligé de se replier avec la Junte à Séville, c'est là qu'il meurt le 30 décembre 1808. Ayant rang d'Infant d'Espagne, il est inhumé dans la chapelle royale de Séville." (Robin Dufaye)

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05/07/2016

Deux Ambassadeurs de France ont fait leurs études au lycée Paul Sabatier

Elles sont nombreuses les têtes bien pleines que le lycée Paul Sabatier a formées durant des décennies... Pour preuve, l'ancien ambassadeur de France à Cambéra (Australie) qui a fait ses études secondaires dans notre ville en 1966. Le père de Michel Filhol enseignait à cette époque la physique-chimie.

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Ci-dessus, la classe de mathématiques dans laquelle on le retrouve au milieu d'autres Carcassonnais. Michel Filhol est diplômé de l'IEP et de droit public. Ancien élève de l'ENA, promotion Malraux en 1977. Il fera toute sa carrière dans la diplomatie française jusqu'en juillet 2008 où il a officiellement remis ses lettres de créance.

 

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Son excellence Michel Filhol

Un autre diplomate est sorti du lycée Paul Sabatier, il s'agit de Francis Roudière - né à Pennautier - qui deviendra Ambassadeur de France au Salvador entre 2004 et 2008. Ce dernier était un grand ami du photographe Christian Poveda, assassiné en 2009 dans ce pays d'Amérique latine.

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Son excellence Francis Roudière

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03/04/2016

Garry Davis et "les citoyens du monde" de Carcassonne

La section des "Citoyens du monde" formée à Carcassonne et animée par Jacques Weil - professeur à l'École normale - était constituée de plusieurs membres éminents. Parmi eux, on pourra citer Maria Sire (Poétesse et écrivaine), René Bassora (Magistrat), l'Abbé Courtessole (Prêtre et géologue), Joë Bousquet (poète), etc... C'est dans la chambre de ce dernier, située dans la rue de Verdun, que se tenaient les réunions.

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Garry Davis

(1921-2013)

Le 17 juin 1949, le maire Philippe Soum et le conseil municipal de la ville de Carcassonne reçut officiellement Garry Davis, fondateur du mouvement "Citoyens du monde". On notait la présence de Robert Sarrazac (ancien Résistant), René Piquemal (Capitaine F.F.I), le pasteur Bianquis... Après les présentations Jacques Weil lut un message du poète Carcassonnais Joë Bousquet, qui ne pouvait pas se déplacer de son lit.

Amis, camarades, chers compatriotes

Nous vous invitons à devenir des citoyens du monde. Cette formule rien un son étrange, vous nous demandez à quoi elle vous oblige ?

Si vous appartenez à une vocation, si vous adhérez à un parti, la qualité de citoyen du monde ne vous force pas à les renier. Toute cause profondément humaine doit s'accommoder de l'engagement où nous vous convions. Cet engagement est écrit dans votre nature et dans votre coeur. Nous vous demandons de le connaître, de le respecter, de le confirmer ouvertement.

La voie que nous vous ouvrons, vous l'avez cherchée, quelques-uns d'entre vous l'ont obscurément entrevue. Ils peuvent en témoigner.

Souvenez-vous des alarmes qui ont précédé la dernière guerre. Quelques insensés souhaitaient qu'on se battît ailleurs, en point éloigné du globe. Ils appelaient la Mort Rouge, l'appelaient sur les autres, sans comprendre que son ombre couvrirait tout. Les plus avisés répondaient : maudit soit qui tirera le premier. Il ne faut pas que l'incendie s'allume.

Ces futurs citoyens du monde avaient compris : ils n'ont rien à apprendre pour être des nôtres. Une vérité les inspirait ; et cette vérité, la voici :

La paix est indivisible. Entamée en un point du globe elle élève à chaque homme son droit au repos. Quand vos semblables se battent avec votre assentiment, votre conscience est souillée de sang. Il n'y a pas de paix relative. La paix n'est la paix qu'assez universelle pour toucher aux étoiles.

Aimez ceux qui parlent votre langue ; aimez votre pays. Mais souvenez-vous que toute paix  que toute paix est précaire quand une hostilité entre états éloignés en est la condition. Souvenez-vous de ce que vous savez : la guerre ne se localise pas. Les hommes la déchaînent, elle les dépasse et les écrase.

Camarades, amis, concitoyens, j'appelle votre attention sur un fait que les philosophies anciennes ne connaissent pas. Nous n'habitons pas un monde plat comme celui de Socrate. Le monde que nous habitons ne se divise pas en espaces distincts, nous peuplons un monde de jours et de nuits qui suspend tous les hommes à la même haleine éternelle. Insensé qui refuse de le savoir, insensé qui se laisse attacher par ses intérêts immédiats à l'illusion d'un continent distinct. L'homme n'est pas un fragment de ce monde, il en est la lueur.

Nous ne prétendons rien vous apprendre. Notre but a été de vous encourager à détruire des fictions. 

La patrie n'est pas une fiction, nous respectons l'idée de patrie... Si votre patriotisme de français s'éclairait, s'il devenait en vous une espèce d'ardente vocation, vous comprendriez qu'il vous oblige à annoncer la paix, à la concevoir pour la première fois à la mesure du monde.

Notre tradition nous oblige. C'est notre devoir d'agrandir notre conscience, de ne rien lui refuser de ce que nous sommes. Chacun de nous doit tout tenter pour que ses sentiments deviennent ceux d'un homme entier, d'un citoyen du monde.

Le message fut chaleureusement applaudi. Le Dr Philippe Soum - médecin de Joë Bousquet - termina son discours avec une note humoristique : "Je vous souhaite de gagner la coupe Davis". En soirée, la conférence de Garry Davis sous le préau de l'école Jean Jaurès réunit entre 3000 et 4000 personnes, selon les journaux locaux.

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Au Conseil général de l'Aude, le député S.F.I.O Georges Guille déclare :

"Lorsque M. Garry Davis pour lequel j'ai, à titre personnel, infiniment de respect et de sympathie (encore que je ne croie pas qu'il puisse construire la Paix), lorsque M. Garry Davis veut prêcher sa croisade en faveur des citoyens du Monde, vous ne verrez pas aller installer sa tente sur la place du Kremlin à Moscou."

 

Qui était Garry Davis ?

Le combat pacifiste de Garry Davis débute après le bombardement allié sur la ville de Royan dont il fut un des acteurs militaires. La ville est pratiquement rasée par deux fois ; elle fait 47 morts chez les Allemands et 442 chez les Rayonnais dont 400 blessés. Les bombardiers américains ont expérimenté l'usage du Napalm sur la cité balnéaire charentaise.

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© ville de Royan

Davis sort traumatisé de ce pénible spectacle. Quand à la fin des années 40, les tensions entre l'est et l'ouest font craindre la naissance d'une troisième guerre mondiale - cette fois avec l'arme atomique - le citoyen américain se rend à l'ambassade des États-Unis. Il s'y rend le 25 mai 1948 afin de renoncer à sa nationalité et se déclare désormais "Citoyen du monde". 

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© Rue89

2,5 millions exemplaires du passeport "Citoyen du monde" seront distribués. En 1948, Garry Davis essaie de planter sa tente sur la place de Chaillot à Paris, alors que la nouvelle ONU se réunit au Trocadéro. Il se retrouve mis dans la même cellule qu'Albert Camus pour avoir lancé des tracts en faveur de son mouvement. Spontanément, une vingtaine d'intellectuels le soutiennent : Sartre, Camus, Breton, Gide, l'abbé Pierre, etc...

Au moment où le délégué soviétique s’apprête à prendre la parole lors de l’Assemblée générale des Nations unies à Paris, il s’empare du micro avec l’aide d’un complice :

"J’en appelle à vous pour que vous convoquiez immédiatement une Assemblée Constituante Mondiale qui lèvera le drapeau autour duquel, nous les hommes peuvent se rassembler : le drapeau de la souveraineté d’un seul gouvernement pour un seul monde. Nous, le peuple, voulons la Paix que seul un gouvernement mondial peut donner. (Discours de Davis à l'ONU, le 19 novembre 1948)

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Le combat de Garry Davis bien qu'oublié aujourd'hui est terriblement actuel. Il reprend deux thématiques majeures des enjeux contemporains : la nationalité et la guerre. Quand les peuples se replient sur eux-mêmes, l'issue c'est très souvent la même. 

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26/01/2016

Le 1er avril 1928, Carcassonne accueille le président Raymond Poincaré.

Un train spécial en provenance de Toulouse arrive en gare de Carcassonne à 11h45 avec à son bord, le Président du Conseil. La salle d'attente a été transformée pour l'occasion en salon de réception dans lequel les autorités attendent Raymond Poincaré à la sortie de son wagon. Parmi elles, citons : MM. Albert Sarraut ; Jean Durand, Pierre Marraud (sénateurs) ; Castel et Milhet (députés), Bougouin (préfet), le général Daugan (16e corps d'armée), Albert Tomey (maire) et son conseil municipal. Après les présentations, le président Poincaré prend place dans une automobile en direction de la salle du manège de cavalerie de la caserne Laperrine. C'est là qu'il doit déjeuner et tenir un meeting. Depuis 10 heures du matin, les abords de la gare sont noirs de monde ; un important service d'ordre de 200 gendarmes épaulé dans sa tâche par des policiers se dispersera sur le parcours du cortège présidentiel. 

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© Wikipédia

Le banquet dressé pour 250 convives attend l'arrivée du cortège. Quand celui-ci entre dans l'ancien manège de cavalerie, l'hymne national retentit ; une banderole porte l'inscription "Vive Poincaré". Des faisceaux de drapeaux tricolores, des buissons et des plantes décorent la salle, désaffectée depuis le départ du 19e dragons de cavalerie. Après le déjeuner, le président de la République prendra la parole lors d'un meeting dans l'autre salle du manège d'artillerie. Elle est mitoyenne et l'on a fait percer une porte pour que Raymond Poincaré n'ait pas besoin de sortir pour s'y rendre.

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© L'illustration

Ce sont près de 5000 personnes qui sont rassemblées à l'intérieur ; il y en a presque autant à l'extérieur où des hauts-parleurs diffuseront l'allocution du président. On crie : 

Vive la République !

Vive Poincaré !

Vive l'Union nationale !

Le républicain progressiste de centre droit qui s'était allié au gouvernement Combe en 1902 avec le bloc des gauches, a été rappelé à la tête de l'état en 1926 devant l'ampleur de la crise financière. Élu comme Président de la République de 1913 à 1920, Poincaré va cette fois encore exercer la fonction de Président du Conseil jusqu'en 1929. Il forme un gouvernement d'union nationale et mène un politique d'autorité financière. Le franc est dévalué de cinq fois sa valeur initiale.

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Le discours de Poincaré

Les intentions les plus noires m'ont été prêtées. J'ai été accusé de venir ici rompre, au profit exclusif d'un parti, l'union que j'ai essayé de maintenir devant les périls de la guerre et de rétablir les graves difficultés de la paix. Ai-je besoin de vous dire, pas plus ici qu'à Bordeaux, je ne viens me mêler aux luttes électorales et qu'au surplus je reste aujourd'hui ce que j'étais hier, ce que j'ai toujours été, ce que je serai jusqu'à mon dernier jour : un républicain, fermement attaché à la liberté de conscience, depuis longtemps imprégné de l'esprit démocratique et laïque, qui continue à croire que la meilleure manière de servir l'humanité est de commencer à aimer sa patrie ?

La devise républicaine

"La liberté, l'égalité, la fraternité, ce sont messieurs des mots qui n'ont pas vieilli, malgré les interprétations erronées ou abusives qu'on en a parfois données. Ce sont les mots qui traduisent les idées essentielles de tout programme démocratique. La liberté telle que nous la concevons dans le Nord-est, telle que la convoitent certainement presque tous les Français, c'est la liberté dans l'ordre et le respect de la loi. L'égalité, ce n'est pas la méconnaissance aveugle des différences naturelles ; ce n'est ni le nivellement des esprits ou des destinées, ni le triomphe immérité de l'envie, c'est l'identité complète des droits politiques pour tous les citoyens, la suppression des privilèges légaux et des barrières artificielles. La fraternité, ce n'est pas le vain étalage de sympathies verbales pour les déshérités de la vie, c'est une activité efficacement employée au développement continu du bien-être collectif et de tous les progrès matériels et moraux qui peuvent améliorer le sort des peuples.

Le redressement financier

Raymond Poincaré évoque l'urgence de la situation financière du pays au moment de la constitution de son gouvernement. Le franc était dans un état d'instabilité depuis la fin de la Grande guerre ; il fallait donner 240 francs pour une livre sterling. Le changement opéré depuis plusieurs mois a permis de faire passer la livre sterling à 125 francs. Le président rappelle qu'en juillet 1926 : "il ne restait dans les caisses du Trésor, ni de quoi payer les dépenses de fin de mois, ni de quoi pourvoir aux remboursements demandés sur les Bons de la Défense nationale, ni de quoi faire face aux échéances extérieures. 

L'état a depuis remboursé ses dettes criardes et reconstitué ses encaisses. 

"Depuis 20 mois, nous avons obtenu du parlement, sans douzièmes provisoires, le vote de deux budgets solidement équilibrés et que la crise économique, qui est toujours consécutive à une période de dépréciation monétaire, ait été chez nous beaucoup moins grave que dans la plupart des pays d'Europe : que le chômage n'ait jamais eu les mêmes proportions qu'en Angleterre, en Allemagne ou en Russie."

L'indivisibilité de la France

" Il n'y a que les étrangers qui, trompés par une observation superficielle, opposent en France le Nord au Midi ou l'Est à l'Ouest. Notre nation est depuis longtemps la plus fortement unie de toutes celles qui se partagent le monde. Les nuances n'existent que pour mieux faire valoir l'ensemble."

Ce qu'il reste à faire

"Il y a des gens qui s'imaginent que pour assainir définitivement une situation monétaire, il suffit que la loi décide, un beau matin, une opération libératrice. Ce qu'il faut pour rendre à une monnaie sans pleine santé, c'est qu'elle ait plus une valeur artificielle imposée par le cours forcé et qu'elle redevienne convertible en or. Cette guérison ne se décrète pas, elle se prépare, s'opère et se maintient par la réalisation d'un certain nombre de conditions indispensables : confiance persistante des créanciers de l'état, défense inexorable de l'équilibre budgétaire, lutte impitoyable contre les augmentations de dépenses qui risqueraient de la mettre en péril, prudence financière persévérante, commerce extérieur favorable et balance des compte positive. La sévérité est de tout temps le principal mérite professionnel d'un ministre des finances.

Le scandale des nouvelles fortunes

"Comme tous les pays courbaturés par les fatigues de la guerre, et même plus que d'autres parce qu'elle a plus souffert, la France a éprouvé en ces dernières années une sorte de malaise physique et moral qui a momentanément altéré ses forces vives et affaibli ses facultés traditionnelles. Elle n'a pas du tout réagi avec assez d'indignation contre la recherche des rapides, l'insolence des nouveaux riches, l'indulgence pour tous les moyens de succès et de fortune, le relâchement dans le travail et dans l'épargne."

Réformes fiscales

 "A mesure que le permettra l'état du budget, il conviendra certainement de remanier les impôts et même de les alléger. Tout ce qu'un ministre des finances a le devoir de demander, c'est qu'on ne coule pas le navire sous prétexte de le renflouer, c'est qu'on ne se figure pas de soulager les contribuables en rouvrant le déficit, c'est qu'on procède avec circonspection et par étapes, sans jamais perdre de vue les nécessités de l'apurement monétaire.

Sans vouloir opposer aucunement le travail au capital, en tâchant au contraire de les rapprocher de plus en plus étroitement dans une coopération féconde, nous nous efforcerons de réviser notre mécanisme fiscal de manière à ménager davantage le travail qui créé, le capital qui se forme. Nous chercherons à mettre davantage de justice dans l'assiette des impôts, à faire en sorte qu'ils soient mieux en rapport avec les facultés contributives des redevables, qu'ils ne pèsent pas trop lourdement, à la campagne comme dans les villes, sur le labeur des familles modestes."

Un tableau du communisme

"Ah ! messieurs, si les quelques Français qui se laissent attirer par le mirage communiste connaissaient mieux la tristesse et les déboires de la vie moscovite, les dissensions intestines, les abus de pouvoir, les jugements sommaires, les déportations et les exécutions, ils changeraient rapidement d'opinion et trouveraient encore dans notre République, qu'ils qualifient dédaigneusement de bourgeoise, un caractère plus équitable, plus généreux et pour tout dire, plus populaire que dans la nouvelle civilisation à rebours qu'on ose leur proposer comme une garantie de bonheur. Mais puisqu'en France et aux colonies, le communisme prêche la guerre civile, il ne suffira pas d'un haussement d'épaule pour arrêter sa propagande."

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© Claude Marquié

Albert Tomey - maire de Carcassonne - à la tribune pendant un discours.

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Après le meeting, le président Poincaré eut beaucoup de peine à se frayer un chemin dans la foule afin de rejoindre son automobile. Celle-ci devait le conduire à la Cité médiévale où un vin d'honneur devait être servi dans le château comtal. A cette occasion, il signa le livre d'or de la ville de Carcassonne puis repartit dîner à Toulouse, avant son arrivée à Paris.

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Extrait du livre d'or

Sources

L'action pyrénéenne / Avril 1928

L'illustration

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