12/08/2017

Le maire Omer Sarraut (1844-1887) et l'histoire chaotique de son buste...

Nous allons dans cet article révéler pour la première fois des éléments méconnus concernant la vie et l'œuvre d'Omer Sarraut, ancien maire de Carcassonne. On n'a pas tout écrit sur l'histoire de son monument dressé en 1905 au square André Chénier ; ce sera l'objet de quelques révélations totalement inédites.

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Omer Sarraut est né le 3 septembre 1844, à Castelsarrasin, d'une modeste famille de paysans. Après une jeunesse particulièrement studieuse, et l'on sait combien il était méritant de s'élever dans la société lorsqu'on appartient aux classes laborieuses de cette époque, il entre à 19 ans à la sous-préfecture de Castelsarrasin. De là, ayant été classé soutien de famille, il passe dans l'enregistrement. En 1867, il travaille dans les bureaux de la Compagnie des chemins de fer du Midi à Bordeaux. C'est dans cette ville que naîtront ses deux fils, Maurice et Albert qui se distingueront plus tard dans le journalisme et au sein du parti Radical-Socialiste.

A peine âgé de 23 ans, il se mêle activement à la politique et s'oppose à Napoléon III. Malgré l'engagement qu'il contracte dans le corps des Franc-tireurs, sa situation de soutien de famille et sa situation à la Compagnie des chemins de fer ne lui permettent pas de participer à la défense du pays en 1870. Il fonde le journal "La Tribune" et un groupe de républicains-girondins pour la défense des valeurs démocratiques. Forcé de prendre ses distances avec la Compagnie des chemins de fer, sa famille connaît alors une situation financière délicate. En juin 1872, il est nommé secrétaire archiviste de la Commission départementale de la Gironde. Le 28 août 1874, le prix du Conseil général lui est décerné pour son travail sur l'histoire des enfants assistés ou abandonnés. On comprend pour quelles raisons il sera plus tard ordonnateur à la Commission des Hospices de Carcassonne de 1880 à 1881.

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La majorité du Conseil général de la Gironde passant aux mains des bonapartistes aux élections de 1874, Sarraut est révoqué. Malgré les appels du pieds afin qu'il rejoigne la rédaction d'un journal républicain de Dijon, Omer Sarraut choisit d'entrer à "La fraternité" grâce à Théophile Marcou, un an plus tard. Sans relâche, il fera de cet organe de presse une machine contre les adversaires de la République - quatre journaux de l'Aude sont la propriété de bonapartistes ou de monarchistes. Grâce à son activité inlassable,  le parti républicain triomphe. Le 23 novembre 1879, après une campagne électorale extrêmement violente, Sarraut entre au Conseil municipal de Carcassonne à la suite d'une élection complémentaire.

Le 11 août 1882, Omer Sarraut quitte "La fraternité" après son conflit avec Marcou. Huit jours après, il fait paraître "Le réveil de l'Aude".  Il collabore avec des écrivains connus tels qu'Auguste Fourès et Prosper Estieu. Le 3 septembre 1882, les républicains gagnent les élections mais Sarraut n'est pas sur la liste, en raison de ses désaccords avec Marcou. Le 16 novembre 1882, un nouveau journal paraît "Le Radical de l'Aude" et Sarraut en est le rédacteur en chef. Le conseil municipal perdant chaque jour quelques-uns de ses membres par démissions successives, des élections partielles ont lieu, et les cinq candidats soutenus par Omer Sarraut sont élus. 

C'est à l'occasion d'élections complémentaires que Sarraut est élu conseiller municipal de Carcassonne, le 6 décembre 1885. Deux ans plus tard, il est élu maire de la ville après deux tours de scrutin. C'est aux acclamations d'une immense foule que le 24 mars 1887, la municipalité de Carcassonne est constituée. Sarraut devient maire, Gaston Jourdanne et Léopold Petit sont adjoints. Ses premiers mots : "Nous inaugurons une nouvelle méthode d'administration." Il se consacre à sa tâche, levé de bon matin, il arrive à la mairie à l'ouverture des bureaux comme le plus modeste des employés. Il exige de ses collaborateurs un effort à l'échelle de celui qu'il fournit ; impitoyable pour les fautes et les irrégularités, il est accueillant pour tout le monde écoutant avec patience les réclamations, s'efforçant d'apporter une solution avec une impartialité reconnue de tous.

Son programme est ambitieux : il veut faire de sa ville une cité moderne bénéficiant d'un urbanisme qui prévoit : la mise en place du tout-à-l'égout, l'élargissement de la rue de la gare, le prolongement de la rue Antoine Marty par la construction d'une passerelle sur l'Aude, l'ouverture de la rue Jules Sauzède sur le jardin des plantes, la création d'une cité ouvrière à la Gravette. Il souhaite moderniser les services hospitaliers, considérant que l'Hospice (ancien Hôtel Dieu, aujourd'hui parking du Dôme) n'est plus adapté aux besoins il prévoit de le raser et d'en construire un à la sortie de la ville. Ce projet sera mené par Antoine Gayraud, soit 110 ans plus tard. A la place de l'Hospice, il construirait le nouveau théâtre municipal de la ville.

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Le 23 juillet 1896, le boulevard du Tivoli devient Omer Sarraut

Hélas, tout ceci restera à l'état de projet puisqu'en surveillant les travaux d'aménagement du théâtre, Omer Sarraut contracte une pneumonie qui va l'emporter. Le 16 septembre 1887, il s'alite et malgré les soins attentifs dont il est l'objet, il s'éteint le 22 septembre à 10 heures du matin. Il dira à son fils Maurice âgé de 18 ans : "Mon pauvre Maurice, tu auras un bien triste anniversaire." Son autre frère Albert et son épouse Jeanne Laurens, arriveront trop tard de Castelsarrasin. Omer Sarraut avait seulement 43 ans. Une concession gratuite au cimetière St-Vincent lui est attribuée ; le 1er octobre 1887, une souscription est ouverte pour un monument à élever sur sa tombe. La ville vote un crédit de 500 francs.

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Tombe d'Omer Sarraut

 En 1904, un comité décide de lancer une souscription pour l'édification d'un monument en hommage à l'ancien maire de la ville. Au mois de février, il se prononce pour sa construction au Jardin des plantes (actuellement square Chénier) ; cette décision est notifiée officiellement au mois de mai par le conseil municipal. Le monument se composera d'une fontaine surmontée d'un buste.

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Le monument en bronze sculpté par Paul Ducuing représentait à l'origine, d'un côté, la ville de Carcassonne personnifiée par une femme protégeant un jeun élève de l'école laïque tendant une palme au maire. De l'autre, un laboureur assis, lisant le journal "Radical du Midi". Nous avons découvert que l'artiste en sculptant ce sujet allégorique avait pris pour modèle les membres de la famille d'Omer Sarraut. Jeanne Laurens épouse Sarraut, avait posé pour figurer la ville et Etienne Sarraut, fils aîné de Maurice, personnifiait l'élève de l'école laïque. C'est le tailleur de pierre Sémat habitant les Martys dans la Montagne noire, qui le 18 février 1908 sera sollicité pour réaliser la vasque de la fontaine.

L'inauguration du monument eut lieu le 29 octobre 1905 en présence de MM. Gauthier, ministre des Travaux publics, et Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'état aux Beaux-arts. Tout ceci dans une ambiance anti-gouvernementale sur fond de crise viticole. 

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Le monument avant la seconde-guerre mondiale

 Pendant l'Occupation, les autorités allemandes n'hésitèrent pas à détruire ce monument pour l'envoyer à la fonte.  Autre fait que nous avons découvert... Le sculpteur Ducuing intervint afin de tenter de sauver son œuvre ; les Allemands lui laissèrent emporter le buste à condition qu'il donnât l'équivalent de son poids en bronze. Les allégories, elles, furent envoyées à la fonte. Le précieux buste d'Omer Sarraut fut confié à Madame Louis Mingaud, petite-fille de l'illustre maire. Sa mère Jeanne Marie Mathilde Sarraut (1876-1963) était la fille d'Omer Sarraut et avait épousé Maître Osmin Nogué (1865-1942). Deux ans après la Libération, les Mingaud portent le buste au Musée des Beaux-arts. 

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En 1961, soit dix-neuf ans plus tard, le buste sera replacé sur son piédestal en face de l'hôtel Terminus. Hélas, sans les allégories qui avaient été fondues par l'Occupant. Tout ceci se fit en présence de nombreuses personnalités : Omer Louis Maurice Sarraut (1902-1969) son petit-fils ; Albert Sarraut (1872-1962), son fils ; Mme Simone Bouvier, fille de Maurice Sarraut ; M. et Mme Mingaud ; Me Maurice Nogué ; François Clamens, député de l'Aude ; M. Caujolle, directeur de La dépêche ; M. Itard-Longueville, ancien maire ; M. Descadeillas, bibliothécaire de la ville ; Jules Fil, maire de Carcassonne ; M. Maurice Mordagne.

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Le buste fut remis sur son emplacement d'origine, mais la fontaine fut comblée par un massif floral. Sur le devant, une horloge donnait l'heure aux passants. Lorsqu'en 1986, le maire Raymond Chésa décida d'entreprendre la construction d'un parking souterrain sous le square Chénier, le jardin passa du floral au minéral. On remit en eau l'ancienne fontaine, mais le buste d'Omer Sarraut avec son piédestal fut remisé au fond du jardin, côté pont de la paix.

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Aspect de la fontaine jusqu'à aujourd'hui

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Le buste au fond du jardin

Actuellement, la ville de Carcassonne est entrain de refaire entièrement le square André Chénier. Nous ne savons rien de ce qui sortira, mais il se pourrait bien qu'Omer Sarraut réintègre avec son piédestal, le dessus de la fontaine comme au temps de sa gloire.

Si vous avez aimé cet article, n'hésitez pas à rédiger un commentaire. N'hésitez pas à dire autour de vous qu'une espèce de passionné, intéresse chaque jour ses lecteurs à l'histoire de Carcassonne. Que certaines administrations ou élus qui viennent prendre des informations inédites gratuites sur son blog, n'ont le plus souvent qu'indifférence ou mépris pour sa personne. Jamais un mot gentil ou une remarque d'encouragement. Dites également que la presse n'a jamais réalisé de portrait de ce blog. Merci...

Sources

La dépêche du midi / 1961

La Fraternité, Le Radical du Midi

Etat-civil / Archives de l'Aude

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08/08/2017

Madame Mars (1748-1837). Une Carcassonnaise à la Comédie française

Nous allons évoquer le souvenir d'une comédienne dont, de toute évidence, les historiens locaux du XXe siècle n'ont jamais parlé. Après tout, peut-on raisonnablement leur reprocher de ne pas tout savoir ? Dommage, car cette Carcassonnaise fut la mère d'une très célèbre comédienne de la Comédie française. Il se dit même - on peut le croire - que Napoléon 1er apprécia beaucoup sa fille, jusque dans ses moindres contours...

Mademoiselle Mars

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Même si certains aventuriers de l'histoire osent prétendre sans preuves, que Madame Mars serait née à Marseille, nous faisons ici la démonstration qu'elle est bien née à Carcassonne. Ce n'est pas parce que l'on a l'accent méridional que cela justifie d'être natif de la Provence. Jeanne-Marguerite Salvetat naquit à Carcassonne le 19 février 1748 dans la paroisse Saint-Michel, de François Salvetat (Maître charron) et de Raymond Cucurous. D'après les relevés effectués par Bonnelevay en 1729 et transcrit par Mahul dans son cartulaire, nous pouvons situer la maison des Salvetat au numéro 2 dans le carron de Grandié (actuelle rue du Pont vieux).

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A gauche de la boucherie Rabat

Jeanne-Marguerite Salvetat s'était amourachée de Jacques-Marie Boutet, un célèbre comédien de passage à Carcassonne et contre l'avis de sa famille, elle s'était enfuit avec lui. Pour échapper aux recherches lancées à son encontre, elle prit le pseudonyme de Mars. La petite Carcassonnaise à la beauté sans égales, fit ses débuts à la Comédie française au mois de mai 1778 dans le rôle de Mérope. S'il est admis qu'elle n'eut que sa beauté pour défendre un piètre talent, il faut considérer plutôt son accent méridional très prononcé, comme la source principale de cette critique. Jouer le grand répertoire de la Comédie française avec la voix rocailleuse de Carcassonne, n'était pas du goût du public parisien. Elle ne put d'ailleurs pas se présenter pour cette raison à la cour de Versailles. Madame fut congédiée du Français trois ans plus tard, en 1782. 

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© Piasa

Buste de Jacques-Marie Boutet

Le 9 février 1779, elle met au monde rue St-Nicaise à Paris, Anne-Françoise Hippolyte Boutet, la fille de Monvel connue plus tard sous le nom de Mademoiselle Mars. L'acte de baptême stipule qu'elle est l'épouse de Jacques-Marie Boutet, bourgeois de Paris. Or, ils ne sont pas mariés. Pourquoi Monvel a t-il travesti sa profession de comédien ? L'acte pourrait être considéré comme faux, mais à la marge un jugement du 1er décembre 1847, ordonne la rectification de l'acte de baptême de Mlle Mars.

"Le nom de Mars me vient de ma mère. Ma mère habitait Carcassonne, était de bonne famille, et très belle. S'étant laissé enlever, elle entra au théâtre, où, pour dérouter sa famille, qui poursuivait son ravisseur, on lui donna plutôt qu'elle ne le prit le nom de Mars. Ce nom se perdit dans les coulisses, et voici à quelle occasion il me fut rendu à titre d'héritage. Une tireuse de carte que j'allai consulter un soir en compagnie de Talma, m'annonça un immense succès et un grand nombre de conquêtes ; la prédiction fut ébruitée et désormais Mars devint mon "nom de guerre." (Souvenirs anecdotiques de Mlle Mars / Elisa Aclocque)

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Mademoiselle Mars en 1823

Jacques-Marie Boutet qui avait promis à Jeanne-Marguerite Salvetat de l'épouser, partit pour la Suède à l'invitation du roi Gustave III. Loin des yeux, loin du cœur... Dans les premiers temps de son absence, il lui écrivit souvent puis de moins en moins. Après un éloignement de six années, Monvel revint de Suède. Là-bas, il s'était marié avec Mlle de Cléricourt. De cette union, Joséphine était née ; tout ceci mit en fureur Jeanne-Marguerite ce qui ne sembla pas ébranler Monvel. D'après les mémoires de Mlle Mars, sa mère "s'emportait, elle était fort vive, une tête de Carcassonne ! Reproches incessants, soupçons jaloux, menaces viriles..." Hippolyte Boutet (Mlle Mars) sera élevée par Valville, un comédien qui avait sa mère pour maîtresse. C'est lui qui lui apprendra la comédie.

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Baptiste aîné et Mlle Mars

Mademoiselle Mars fut la plus parfaite des comédiennes de sa génération. Inimitable dans les rôles d'ingénues, excellente dans les pièces de Marivaux, elle s'acquit une grande réputation dans les rôles d'Elvire (Tartuffe) et de Célimène (Misanthrope). Il ne nous appartient pas ici de retracer sa biographie ; ce serait bien trop long. Elle mourra le 20 mars 1847 au N° 13 de la rue Lavoisier à Paris, à cause d'avoir voulu toujours rester jeune. C'était une obsession chez elle...

"Mlle Mars a toujours évité de paraître sur la scène de Carcassonne. Fille de Monvel et d'une Carcassonnaise, elle remplaça le nom de famille de sa mère, qui était Salvetat, par celui qui devait populariser plus tard la grande comédienne. On peut supposer qu'il ne lui convenait pas d'appeler l'attention et les propos du public sur l'irrégularité de son origine. Ceux qui n'ignoraient pas ces circonstances ont dû remarquer dans "La comédienne", dont le rôle principal fut écrit et établi au théâtre par Mlle Mars, ce vers que le poète mis dans la bouche de la soubrette "Madame, en voyageant me prit à Carcassonne." (Jacques-Alphonse Mahul)

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Caveau de Mlle Mars au Père Lachaise

Jeanne-Marguerite Salvetat (Madame Mars), native de Carcassonne, vécu jusqu'à l'âge de 90 ans à Versailles aux côtés de sa fille aînée. Elle mourut en janvier 1837 et fut inhumée au cimetière d'Auteuil. Seule sa fille, Mademoiselle Mars, passa à la postérité.

Sources

Souvenirs anecdotiques de Mlle Mars / Elisa Aclocque / 2015

Mémoires de Mlle Mars / 1849

ADA / Registre de l'Etat-Civil 

Cartulaire de Mahul / Plans de la Ville basse

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14/07/2017

Le fils d'un ancien ministre du Sénégal, aujourd'hui buraliste dans le rue de Verdun

Trois dates importantes marquent à jamais l'histoire du Sénégal depuis l'indépendance. Le 19 août 1960 (éclatement de la Fédération du Mali stoppant le rêve d'une riposte concertée contre la balkanisation de l'ex-A.O.F ; le 17 décembre 1952 (crise interne divisant l'Union Progressiste Sénégalaise d'obédience socialiste et aboutissant à la condamnation de Mamadou Dia, alors Président du Conseil, et de quatre de ses ministres ; le 27 mars 1974 (libération des condamnés) : Mamadou Dia, Ibrahim Sarr et Valdiodio N'Diaye.

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Valdiodio N'Diaye

Ancien ministre des finances du gouvernement sénégalais et brillant avocat, Valdiodio N'diaye (1923-1984) s'était marié avec une Carcassonnaise, elle-même fille d'un ancien conseiller général socialiste de l'Aude (M. Onrozat). De leur union naîtront quatre enfants : Amina, Karim, Guedel et Guibril. Ce dernier, plus connu des Carcassonnais sous le diminutif de Bibi, n'est autre que le sympathique buraliste de la rue de Verdun.

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 © L'Indépendant

En 1962, on justifia l'incarcération des anciens ministres par une tentative de coup d'état contre le président Léopold Senghor. Ce n'est qu'à l'issue de 4117 jours de prison (11 ans) que Valdiodio N'Diaye recouvrait enfin la liberté, était expulsé et retrouvait sa famille à Carcassonne. La version de M. N''Diaye diffère de celle rapportée par le pouvoir. Selon lui, son arrestation fut la résultante d'une manœuvre politique née de l'éclatement de l'Union progressiste sénégalaise, parti unique au pouvoir. Voulant se séparer du président du Conseil de l'époque, M. Dia, et sachant qu'ils seraient minoritaires devant le conseil national, certains députés le firent mettre en état d'arrestation en compagnie des membres de son gouvernement après un vote à l'Assemblée nationale. Selon l'analysée de documents officiels et de lettres rendus publiques, M. N'Diaye fut en fait l'innocente victime d'une espèce de complot. L'ancien ministre des finances évita un bain de sang lors de la tentative de Révolution du 17 décembre 1962.

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Valdiodio N'Diaye et le général de Gaulle en 1958

Francis Vals - député de l'Aude - écrivit au président Senghor qu'il était paradoxal d'accuser Valdiodio N'Diaye de complicité de coup de force, alors que son action avait eu pour effet de désarmer les forces antagonistes des deux camps afin de les renvoyer dans leur casernement.

L'intervention de personnalités comme Jean-Paul Sartre, François Mitterrand ou le pape Jean XXIII ne réussira pas à faire libérer les anciens ministres incarcérés. Valdiodio N'Diaye eut comme avocats pour assurer sa défense Abdoulaye Wade (Président du Sénégal de 2000 à 2012) et Robert Badinter. 

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Ne faut-il pas plutôt considérer que l'arrestation de Mamadou Dia et de ses ministres est due à un désir de liberté économique nuisant aux intérêts français en Afrique de l'ouest ? A l'issue d'un discours portant sur ce sujet, Senghor demandera aux députés de voter une motion de censure contre le gouvernement Dia. C'est pour empêcher cette manœuvre que celui-ci fera évacuer le parlement.

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Valdiodio N'Diaye passa onze années dans le centre pénitentiaire de Kédougou. Philosophe comme savent l'être les musulmans, il rappela à la presse locale un verset du Coran : "Dieu est avec les patients", avant d'ajouter "C'est la foi religieuse qui nous a soutenu, cette foi religieuse qui apprend aux musulmans à être patients et selon laquelle les épreuves sont nécessaires à l'homme". La réputation humaniste de l'ancien président Léopold Senghor serait tout à fait discutable, en raison des faits ci-dessous relatés.

Au lendemain de l'arrestation de son époux, Mme N'Diaye, hospitalisée, et ses quatre enfants furent expulsés du Sénégal illégalement et manu-militari dans la nuit de noël 1962, en petite tenue, sans qu'ils aient eu le temps de faire leurs valises. L'un des enfants ne put prendre l'avion qu'une semaine plus tard pour la simple et bonne raison que les autorités n'avaient fait établir que quatre billets. Mme N'Diaye n'eut droit qu'à une heure de visite par mois au camp de Kedougou, situé à 650 km de Dakar. Alors domiciliée à Carcassonne où elle était intendante au Collège de Varsovie, son épouse paya près de 500 000 anciens francs pour se rendre à plusieurs reprises au chevet de Valdiodio. Le Président Léopold Sédar Senghor refusa le droit au détenu N'Diaye de voir ses enfants jusqu'en 1970. Huit ans pendant lesquels il ne vit pas ses enfants grandir.

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La famille N'Diaye à Carcassonne en 1974 après la libération

Parmi ses vrais amis, Valdiodio N'Diaye put compter sur Francis Vals, l'abbé Gau et sur le général de Gaulle. Pendant qu'il était encore détenu, ses enfants pratiquèrent le rugby à XIII. Les trois garçons deviendront même des espoirs du ballon ovale.

"Je vais devoir me recycler, moi qui n'ai pratiqué que le football... Bien sûr, je suis au comble de la joie. J'ai retrouvé non seulement ma famille, mais encore le soleil de Carcassonne que j'affectionne particulièrement ; c'est important lorsque l'on a vécu comme moi plus de onze ans sous la canicule."

Après son retour, Valdiodio N'Diaye reprendra son cabinet d'avocat à Dakar. Sa ville natale est jumelée avec Narbonne, où Francis Vals fut maire jusqu'en 1971. Décédé en 1984, Valdiodio N'Diaye repose à Kaolak ; le grand lycée de cette ville porte son nom. Quant à son fils Bibi, par sa gentillesse et son civisme, il représente l'héritage des valeurs morales de son illustre père à Carcassonne.

https://www.youtube.com/watch?v=CB-MmEa1kIs

Sources

La dépêche du midi / Jacques Arino / 1974

Notes et synthèses / Martial Andrieu

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10/07/2017

La romancière Alix André vivait à Carcassonne

Au milieu du siècle dernier la collection Harlequin n'existait pas encore, quand Alix André écrivait déjà des romans d'amour pour les éditions Tallandier. Un véritable succès ! Dès 1942, son premier ouvrage "Notre-Dame des neiges" remportait le Prix de l'Académie des Jeux Floraux. Alix née en 1909 à Lavelanet dans l'Ariège s'était mariée à Antoine André, un riche industriel propriétaire du château de Pech-Latt près de Lagrasse (Aude). Comme beaucoup de femmes issue de la bourgeoisie, l'ennui succéda à l'éducation de ses trois enfants : Philippe, Serge et Jacques.

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"Quand mes enfants furent élevés, je n'avais plus grand chose à faire."

Elle prit alors la plume, comme d'autres s'adonnent au jardinage ou la couture. Tous les matins à partir de 6h30, elle réveillait la maison puis se recouchait avec une tasse de café. Là, sur une tablette ingénieusement confectionnée, elle faisait vivre les futurs héros de ses romans. Entre 1942 et 1980, ce sont une cinquantaine de livres qui sortirent de son esprit rêveur ; ils furent traduits en plusieurs langues et les magazines féminins les découpèrent en épisodes pour leurs lectrices. Edité en 1946, Le prince blanc faillit être adapté pour le cinéma. 

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Le lac aux ours (1951). Prix de l'Académie française.

Alix André partageait son temps et ses séances d'écriture entre sa maison de Carcassonne et le château de Pech-Latt. Là-bas, le domaine produisait un fameux vin blanc avec la typique des Corbières. Il appartient aujourd'hui à une société de vins de Bourgogne.

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La maison d'Alix André, route de Limoux à Carcassonne

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29/06/2017

Gaston Bonheur (1913-1980) où le chant rocailleux de l'Alaric

Lorsque l'on vient de passer des heures à visionner une vingtaine d'émissions de télévision et de radio consacrées à une personnalité comme celle de Gaston Bonheur, on ne peut que regretter que notre département ait perdu cette culture et finalement cette identité, qui faisaient sa singularité il y a un demi siècle. Cette rondeur généreuse se mêlant à l'accent rocailleux qui, avec un air malicieux, vous parlait du pays. Quand les portes-voix - ces intellectuels et artistes locaux qui avaient ouvert une ambassade dans la capitale - se sont tus, il n'est plus resté qu'une poignée de régionalistes sectaires pour défendre leur esprit de clocher. Nous étions passés d'une représentation respectée, à une revendication contestataire. On ne lutte pas contre le Jacobinisme en déversant du fumier, au contraire on le conforte. La situation d'aujourd'hui en terme de représentativité, aussi bien intellectuelle que politique, dans les sphères d'influence des cénacles parisiens est quasi nulle. Pour s'en convaincre, il suffit de constater dans quelle espèce de vacuité d'érudition littéraire et artistique, issue de nos traditions languedociennes, s'enfoncent les villes de l'Aude. Nous le verrons, Gaston Bonheur évoquait avec joie dans les émissions de télévision ou de radio dans lesquelles il était invité, cette transmission qu'il avait reçue de Claude Louis Estève, de Joe Bousquet ou de François-Paul Alibert. Mais pas seulement... Qu'aurait été le petit Gaston Teisseire, si l'école communale de Barbaira n'avait pas servi d'incubateur à cette curiosité intellectuelle, à cet amour indéfectible pour sa terre nourricière ? 

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Gaston Tesseyre naît à Belvianes dans l'Aude, le 27 novembre 1913. Son père est fauché par la Grande guerre dès le mois de septembre 1914, alors qu'il n'a même pas un an. Orphelin de guerre puis déclaré comme Pupille de la Nation à la fin du conflit, c'est sa mère qui remplit la lourde tâche de faire son éducation, mais également son instruction. Elle est institutrice à l'école communale de Barbaira.

"Quand j'étais dans la classe je l'appelais Madame, mais lorsque j'avais monté les escaliers de la maison, c'était maman. Tous les enfants d'instituteurs ont connu cela".

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Madame Tesseyre avec son fils au centre.

Toute sa vie, il gardera une profonde nostalgie et affection pour l'école laïque de son village. Ses souvenirs d'avant la rentrée des classes, après les mois de l'été, où il découpait les Bons points. Son passage de l'école des filles, vers celle des garçons avec M. Nicol. Enfin, la menuiserie de son grand père Bonhoure, à l'entrée de Barbaira qui sera reprise par le cousin Adolphe. D'ailleurs, son pseudonyme de Gaston Bonheur lui vient de sa grand-mère Bonhoure.

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Gaston Bonheur raconte avec beaucoup moins de gaité, le moment où il entra comme pensionnaire au lycée de Carcassonne. Au réfectoire sur la grande table en marbre, on servait une fois par semaine l'omelette aux croutons. Le dernier faisait les parts, mais la non courtoisie dominait dans leur répartition. Toutefois dans ce monde austère et sévère, Gaston aura la chance de rencontrer un professeur extrêmement bienveillant, en la personne de Claude Louis Estève. Ce dernier enseignait la philosophie ; ses écrits étaient publiés dans la Nouvelle Revue Française.

"Estève possédait une espèce de génie de l'enseignement. Pour la dissertation philosophique, il y a un truc, disait-il. Je vais vous enseigner une chanson qui est le plan type des dissertations : Faut-il avoir du poil au cul ?"

Et Gaston Bonheur de citer de mémoire la première strophe de cette chanson paillarde, construite selon une thèse, antithèse et synthèse.

 

Faut-il avoir du poil au cul ?

Comment résoudre cette affaire ?

Les uns disent que c'est nécessaire,

Les autres que c'est superflu.

Dans ce débat contradictoire et que personne n'a résolu,

La Bible, la fable et l'histoire vont nous parler du poil au cul.

 

La conclusion se termine ainsi :

Mieux vaut un cul sans poil, qu'un poil sans cul.

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Ballard et sa femme, Alquié, Pierre et Maria Sire, Estève.

Claude Louis Estève va prendre le jeune Gaston sous son aile. A cette époque avoir un correspondant permettait de sortir du lycée le jeudi ; c'est Estève qui remplira cet office. Où croyez-vous qu'il amena son élève ? Chez Joë Bousquet, rue de Verdun. "Un lieu magique". 

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Estève l'encourage et l'aide à publier sa première revue "Choc", dont 3 ou 4 numéros paraîtront au lycée. 

"Je ne me suis pas rendu compte que l'affection de Bousquet et Estève à mon égard, venaient de ma situation de Pupille de la Nation. Ils se substituaient à mon père, mort pendant la Grande guerre."

Claude Louis Estève réussit à convaincre la mère de Gaston, que son fils doit demander les bourses afin de poursuivre ses études à Paris. Au moment de son départ, son bienveillant professeur lui signe sept lettres de recommandation auprès de Jean Cassou (Nouvelles littéraires), Jean Paulhan, Pierre Guéguin, Yves Tanguy, Germaine Dulac et Abel Gance.

"Le jour de mon départ, j'ai laissé sur le quai de la gare de Carcassonne, le nom de Gaston Tesseyre."

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Gaston Bonheur qui avait vu autrefois sur les Trois écrans de Castelanaudary le film Napoléon d'Abel Gance, se rendra chez le cinéaste dans l'espoir d'être assistant réalisateur. Le jeune provincial habitera à Montparnasse, fera quelques petits boulots. Par exemple, il tire le rideau d'un music-hall et c'est là qu'il rencontre Marianne Oswald. Il lui écrira une dizaine de chansons, comme d'ailleurs il le fera plus tard pour Mireille Mathieu : "Quand fera t-il jour camarade ?" (1967) ou "J'ai gardé l'accent" (1968). Deux audois à Paris ne pouvaient que se rencontrer et devenir amis, ce fut le cas avec Charles Trenet. Nous supposons que dans "A la porte du garage", les tours de Carcassonne à l'horizon de Barbaira sont un clin d'œil à Gaston Bonheur.

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En 1933, à l'âge de 20 ans, Gaston Bonheur publie son premier roman " La mauvaise fréquentation" chez Gallimard. C'est sa mère qui devra signer les droits, car il n'est pas majeur. L'année suivante, il se marie avec Adeline et rentre comme journaliste à Paris-Soir tenu par Pierre Lazareff. Au Conseil de révision, il ne se présente pas ce qui lui vaut d'être admis d'office avec l'étiquette "Bon. Absent". Le 5e Régiment d'Infanterie de Courbevoie l'enverra comme secrétaire du capitaine. Sa fille naîtra alors qu'il est sous les drapeaux.

Avec la montée des périls en Europe, Bonheur se range du côté des pacifistes et des mouvements antifascistes. Ainsi, dès 1938 on lui donne un fascicule 3 qui devance l'appel de l'Ordre de mobilisation. Ceci, pense t-il, pour éloigner les pacifistes... On l'envoie à Carcassonne prendre possession de la caserne Iéna.

"Cette vieille caserne désaffectée avec de l'herbe haute dans toute la cour, allait être chargée d'accueillir les mobilisés. Avec un 3/4 de l'équipe de rugby de Carcassonne, nous devions être les secrétaires du colonel. Nous le fûmes avant que lui-même n'arrive. En terme militaires, Carcassonne était un Dépôt Colonial d'Infanterie. On avait envoyé les Indochinois à Carcassonne, car étant frileux le climat leur convenait bien. A Carcassonne, la guerre n'a pas eu lieu. On pensait qu'il manquerait des mobilisés, ils sont tous venus. Il y avait des bergers de l'Aveyron, des souteneurs tatoués de Toulouse. Qu'avaient en commun tous ces gens si mal habillés ?"

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Après l'armistice de 1940, Gaston Bonheur loue le château de Floure et écrit des scénarios de films. On retiendra, "La fiancée des ténèbres" réalisé par Serge de Poligny dans la Cité de Carcassonne. L'argument tourne autour du catharisme et de ses mystères ésotériques ; la distribution réunit Pierre-Richard Wilms, Line Noro, Charpin, etc. Le tournage s'effectua sous le contrôle des Allemands et fut interrompu par de nombreuses coupures d'électricité.

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Gaston Bonheur sur le tournage en 1944

À la Libération, il prend la présidence du Comité de Libération de Floure. Son cousin Alphonse Bonhoure, représente le Front National (Mouvement de Résistance) au sein du Comité de Barbaira. Un an après Gaston Bonheur fait l'acquisition du château de Floure, dans lequel son cousin refera l'ensemble des menuiseries. De retour à Paris, il occupe le poste de directeur de Paris-Match à partir de 1950 jusqu'en 1975.

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© Agence France Presse

Gaston Bonheur remporte le prix Guillaume Apollinaire en 1971

Ses talents littéraires furent multiples : journaliste, écrivain, parolier, scénariste... Parmi ses ouvrages retenons : Qui a cassé le vase de Soissons ? (1976), La croix de ma mère (1976), Soleil oblique (1978). A partir de 1975, Gaston Bonheur se retire dans son château de Floure au milieu de ses vignes. Il en tire un excellent breuvage : Le vin d'ombre.

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Le 4 septembre 1980, Gaston Bonheur décède après s'être battu contre le cancer. Le jour de son enterrement à Floure, on note la présence de son ami Charles Trénet et surtout celle de Mathieu, son petit-fils adoré. En juillet 1981, le collège de Trèbes prend le nom de Gaston Bonheur.

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© Booking.com

Le château de Floure en 2017

Cet article a été réalisé uniquement à partir des interviews ou émissions avec Gaston Bonheur conservées sur le site INA Médiapro. Il a demandé des heures de visionnages à la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges.

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27/06/2017

Magali (1898-1986), l'une des plus grandes romancières françaises est née à Limoux.

Ne demandez pas aux Limouxins s'il connaissent Magali, car il me semble qu'il n'y a pas dans la Sous-préfecture audoise de bâtiments ou de rues portant son nom. Et pourtant... Jeanne Philbert est née le 6 mars 1898 à Limoux d'un père négociant en vins qui après le décès prématuré de son épouse, confiera sa fille à des tantes tenant un magasin de confections en ville. Au lycée de Carcassonne, il a l'audace d'écrire son admiration au félibre Frédéric Mistral, avec lequel elle entretiendra une correspondance épistolaire jusqu'à sa mort. Il l'encourage à écrire ses premiers essais et lui attribue le pseudonyme de Magali. Elle signera ses ouvrages sous six autres pseudonymes, dont Michel Cerdan en raison de sa fascination pour le boxeur Marcel Cerdan.

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© adbstar

Magali alias Jeanne Philbert

En 1915, elle part quatre ans en Algérie comme institutrice. A son retour, elle s'occupe de la gestion d'une ferme appartenant à son père. Après la Grande guerre, elle épouse Marcel Idiers (1886-1950), romancier populaire à succès avec lequel elle collabore avant de s'en séparer. A ses débuts, Magali écrits des articles variés dans les journaux sur différents thèmes : cuisine, critique dramatique, sports, etc. A ce sujet, elle rédige un papier sur l'arrivée triomphale de Charles Lindbergh en 1927. C'est cette année-là que son livre "Le jardin enchanté" lui vaut d'être couronnée du 1er prix Max du Veuzit. Deux ans après, Magali aussi célèbre que Delly, entre chez l'éditeur Jules Tallandier dans la collection blanche.

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Magali est née au premier étage de cette maison, place de la République

Elle se passionne pour l'aéronautique, accompagne Maryse Bastié lors de missions sur le front et rencontre au gré des escales Saint-Exupéry et d'autres as de la voltige. Durant deux ans, elle est engagée volontaire dans les sections féminines automobiles.

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Son roman L'enveloppe aux cachets bleus est victime en 1940 de la censure. Magali se réfugie à Toulouse et participe à la Résistance avec la création de la maison d'éditions Chantal. Sous couverture de la publication de romans sentimentaux, elle imprime des faux-papiers, des tracts et des journaux clandestins. A la Libération, Magali est une personnalité nationale. Après s'être remariée en 1947 avec Joseph Corradot, elle donne des conférences en France et à l'étranger. Installée à Rueil-la-Gadelière (Eure-et-Loir), à quelques kilomètres de Verneuil-sur-Avre (Eure) où, en 1953, elle crée la section locale de l’association France-Canada. Ses livres censurés avaient été diffusés au Québec pendant l'Occupation. En 1954, elle reçoit la médaille de la Résistance et est décorée de la légion d'honneur. 

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© adbstar

 La Dame aux cent livres restera de 1976 à 1984 la Vice-présidente de la Société des Gens de Lettres. En 1985, elle reçoit le prix Paul Féval pour l'ensemble de son œuvre. Magali - prénom provençal - née à Limoux où elle vécut pendant vingt ans mourra le 5 février 1986 à Rueil-la-Gadelière (Eure-et-Loir). C'est là, loin de son Aude natale qu'elle repose désormais.

Sources

Ouvrières des lettres / Presses universitaires de Limoges

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