03/07/2018

Qui était Paul Didier (1889-1961) dont une rue porte le nom à Carcassonne ?

La famille Didier avait quitté sa Lorraine natale en 1871 refusant l'annexion de celle-ci à l'Empire Allemand, après la défaite de Napoléon III. Elle émigrait alors dans l'Aude où l'un de ses fils, se mariait à Moux avec la fille de Ferdinand Théron (1834-1911), député de la 2e circonscription du département. Elu Radical-Socialiste de 1871 à 1905, le beau-père s'était distingué par son opposition au Second Empire. Son gendre, élève à l'Ecole Normale Supérieure - docteur en science et agrégé de chimie - n'en fut pas moins contestataire, à tel point qu'on lui refusera l'accès à Saint-Cyr pour motif politique.

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Paul Didier en 1911

C'est dans ce creuset très républicain que naît Paul Didier, le 15 novembre 1889 à Carcassonne. Après de brillantes études secondaires au lycée de la ville, le jeune Didier fait ses études de droit et devient Rédacteur principal au Ministère de la Justice. En 1911, il s'inscrit au barreau de Paris puis est mobilisé en 1914 eu sein du 112e régiment d'infanterie. Un an après l'armistice de 1918, le concours de la magistrature en poche, Paul Didier est affecté au tribunal de Béziers. Il n'y restera que deux ans avant d'entrer à la Chancellerie en 1922 ; il réside à Paris au n°5 rue de la santé.

Le cycliste

Ce que l'on sait moins et que nous avons pour ainsi dire découvert, c'est que Paul Didier fut un champion du cyclisme sur piste. L'Agence de photographies Rol publia ses exploits que la Bibliothèque Nationale de France conserve précieusement dans ses tiroirs. 

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Paul Didier vainqueur du Prix Fournier le 13 février 1910

Le magistrat possédait en dehors des prétoires une activité sportive, parmi les plus en vue de l'époque. Un véritable pistard, champion des vélodromes parisiens. 

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Au départ (à gauche) sur le vélodrome du Parc des Princes, le 27 mai 1912

La carrière sportive de Paul Didier s'achèvera vers 1926. En 1921, il participait encore au Championnat de vitesse sur piste en finissant 1er de la 4e série. Cet homme constitué d'un esprit sain dans un corps sain possédait toutes les qualités de la sagesse au service des valeurs pour lesquelles il ne transigea jamais. Nous le verrons par la suite...

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Paul Didier à la fin de sa carrière sportive 

Le magistrat

Quelques semaines seulement après l'entrée en fonction du gouvernement de Vichy, le magistrat - passé sous-directeur du sceau chargé des naturalisations -s'oppose aux mesures xénophobes de l'Etat Français.  Il est écarté le 22 septembre 1940 et mis dans un placard. L'acte constitutionnel du 14 août 1941 obligeant tout magistrat à prêter serment de fidélité à Pétain, Paul Didier s'y refusera en raison de ses convictions républicaines. Il est seul frondeur parmi l'ensemble des magistrats. D'abord suspendu en guise de sanction, il est ensuite arrêté sur ordre du ministre de l'intérieur et enfermé au camp d'internement de Châteaubriant (Loire-Atlantique). Libéré en 1942, il est assigné à résidence à Moux (Aude) puis mis à la retraite d'office le 11 août 1942.

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Paul Didier avec sa robe d'hermine

Le Résistant

A Moux, le magistrat ne reste pas inactif et participe aux actions des réseaux de Résistance de Lézignan. A la Libération, le Comité départemental de Libération le nommé Vice-président du Conseil municipal de Moux. Un honneur pour ce village qui ferait bien de s'en souvenir... 

"Telle une ombre légère, furtive, le Président Didier passe. Long, mince, pâle jusqu'à la quasi transparence... Pour le définir, on en appelle au doux Pascal : "L'homme n'est qu'un roseau..." Le Président est courageux comme un autre est turbulent ou vulgaire. C'est une question  de tempérament. Son courage, toujours présent, fait partie de sa structure. Il est cela, indispensablement, comme est indispensable la respiration à l'être vivant. Indépendant par respect de soi-même. Par dignité aussi. Qu'une pointe d'orgueil se mêle à cette disposition d'esprit, c'est vraisemblable. Mais c'est de l'orgueil de qualité.

Il eut à subir, voici quelques mois, la conséquence de son indépendance : une bombe fut déposée devant son logis et éclata. Le miracle est que, si l'appartement fut détruit, sa famille sortit indemne de l'attentat. Il présidait une audience quand on vint l'informer de l'évènement. Il suspendit les débats et revint quelques minutes plus tard : "Messieurs, une bombe vient d'éclater à mon domicile. Excusez-moi de vous avoir interrompus. L'audience est reprise."

(Madeleine Jacob / Libération / 20 octobre 1952)

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Paul Didier meurt à Paris le 22 mai 1961. Voici ci-dessous un extrait de l'hommage funèbre de l'Avocat général Lambert à l'audience solennelle de la Cour d'appel de Paris le 16 septembre 1961.

"Et maintenant, messieurs, nous devons nous recueillir avec une ferveur particulière, car nous allons évoquer la mémoire d'un magistrat qui fut, comme naguère un écrivain célèbre, "un monument de la conscience humaine".

Septembre 1941 ! Il y a vingt ans ! Notre pays était au fond de l'abîme. La presse de Paris, contrôlée par l'ennemi, annonçait ce jour-là que, sur une place de notre capitale, une musique militaire (dont point n'est besoin de préciser la nationalité) jouerait un hymne à la gloire de la Germanie victorieuse. Mais dans cette atmosphère, dans ce climat, ces mêmes feuilles ne pouvaient cependant pas dissimuler que, la veille, venait de s'accomplir un des hauts faits de l'histoire de la magistrature française : le Président Paul Didier, à cette juge au Tribunal de la Seine, avait refusé le serment imposé par "L'Ordre nouveau". Le lendemain, il était arrêté et devait être bientôt dirigé sur ce camp d'internement de Châteaubriant qui a laissé de si dramatiques souvenirs.

Peu de temps avant la rentrée judiciaire de 1941, les juristes de la Résistance, avertis de la prochaine obligation du serment, avaient sollicité les instructions de ceux qui dirigeaient la lutte clandestine. Devait-on répondre par des démissions massives ? Laisser se démasquer ceux qui étaient déjà engagés dans l'action secrète contre l'occupant ? "Gardez-vous en bien, fut-il répondu, mais il serait bon, néanmoins, que l'un de vous assumât cette forme de résistance ouverte." C'est alors que Paul Didier décida que, s'il devait n'y en avoir qu'un, "il serait celui-là".

Messieurs, le souvenir du Président Didier nous a conduit à rappeler une des périodes les plus sombres de notre histoire, mais qui fut fertile en actes de courage et d'abnégation. Le geste de Paul Didier fut l'un d'eux."

La promotion 1987 de l'Ecole de la magistrature porte le nom de Paul Didier. Il repose au cimetière de Moux dans l'Aude depuis 1961.

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© Jacques Blanco

Une rue qui finit en impasse porte le nom de ce magistrat dans le quartier du Méridien. Tout un symbole chez nous... Nous remercions Jacques Blanco de nous avoir signalé cette rue, ce qui a permis d'établir une relation avec la photographie d'un cycliste que nous possédions.

Sources

Recherches et Synthèse / Martial Andrieu

Bibliothèque Nationale de France

La Résistance audoise / Lucien Maury

Recensement militaire / ADA 11

Le blog de P. Poisson

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21/06/2018

Osmin Nogué (1865-1942), avocat et chansonnier

Osmin Nogué naît à Carcassonne le 6 novembre 1865 d'un père, employé aux lignes télégraphiques, originaire de Tarbes. L'intelligence du jeune Nogué se fait très vite remarquer de ses professeurs, notamment au lycée de garçons de la ville où il se distingue comme un brillant élève. Après ses études de droit et un exil momentané à Paris, l'avocat revient à Carcassonne et s'installe 59, boulevard du musée. C'est aujourd'hui, le boulevard Camille Pelletan.

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Osmin Nogué

Nogué se rapproche des milieux radicaux-socialistes et épouse le 2 octobre 1894, la fille du maire de Carcassonne Omer Sarraut. De cette union avec Jeanne Sarraut (1876-1963), naîtront trois enfants : Cécile Nogué (1895-1981), Yvonne Nogué (1899-1909) et Maurice Nogué (1904-1994). Le grand malheur du couple sera la perte tragique et brutale de leur fille Yvonne, décédée à l'âge de dix ans d'une phlébite orbitaire.

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Osmin Nogué en représentation théâtrale

L'avocat participe à la vie de nombreuses associations culturelles... Dans la Compagnie d'Art dramatique l'Athénée, il est au Comité d'honneur. A la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude, il est membre depuis juillet 1897 grâce à Marius Robert et Jean Philibert. Son action humanitaire se fait remarquer au sein de la Commission des hospices, où chacun loue les bienfaits de Monsieur le Vice-Président.

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Cet homme, oublié de nos jours, restera bâtonnier au Tribunal de 1er instance de Carcassonne de 1908 à 1909 et de 1935 à 1936. Quatre mandats au cours desquels, il s'assura le respect de l'ensemble de ses confrères. Lorsque l'on a une telle position dans la vie sociale et civile, on peut qu'être attirer par la politique surtout avec de fortes idées républicaines. Adversaire résolu de Gaston Faucilhon, adjoint de Sauzède puis maire de Carcassonne, Nogué fait entendre sa voix comme conseiller municipal. En vérité c'est politiquement un sympathisant du radicalisme, incarné par les Sarraut. Il dirige même à Carcassonne "La dépêche de Toulouse" et représente le syndicat des journalistes.

En 1924, son beau-frère Maurice Sarraut lui fait obtenir la légion d'honneur ; il sera élevé au grade d'officier en 1938 et choisira son confrère Henri Malric pour sa réception. Osmin Nogué restera tout de même neuf années de 1919 à 1928, conseiller général du canton ouest. Ne souhaitant pas se représenter devant les électeurs, Albert Tomey prendra son siège en 1928.

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Sous le pseudonyme de Jacques Aubin, Nogué fait publier en 1922 sous la forme de chroniques de la société Carcassonnaise, un livre imprimé chez Gabelle. Les illustrations sont du caricaturiste Dantoine et le texte est assez savoureux. Il dépeint les méandres d'une ville à l'hygiène douteuse et aux mœurs incarnées par des personnages d'une exaltante typicité.

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La prieuvre

Quand sur le boulevard le noble Barreau passe,

Serviette sous le bras et le front soucieux,

Il ne se doute pas qu'il est suivi des yeux

Par un monstre tapi dans son antre rapace

Le Fisc sombre pieuvre à l'appétit puissant,

Le Fisc aux mille bras tapissés de ventouses

Dont les hydres de mer se montreraient jalouses, 

Le guette pour l'étreindre et lui sucer le sang.

 

Barreau te reposant sur d'anciens privilèges,

Tu te croyais naïf, protégé contre lui,

Tu vivais sans soucis, mais qui peut aujourd'hui

Du succube goulu fuir traquenards et pièges ?

Barreau, plein de savoir mais de candeur pétri,

Tu tombes à ton tour dans les filets perfides

De l'odieux calmar aux suçoirs myriafides

Et te voici couché, pâle et le front meurtri !

 

Mengué, le rabatteur du monstre enflé de lucre,

T'a poussé doucement vers le gouffre profond

Où notre humanité se liquéfie et fond,

Comme un café brûlant voit fondre un grain de sucre.

Aspirés par la bouche avide de l'impôt

Tu vois tes fiers enfants, infortunés confrères,

Dans la poche du fisc verser leurs honoraires,

Pauvres, exsangues, nus, les os trouant la peau.

 

Mais tout ceci n'est qu'une image

Rien qu'une image en vérité,

Vite à présent tournons la page

Et voyons la réalité.

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La tombe de la famille Nogué, cimetière St-Vincent

 

Sources

Recherches, synthèse et rédaction / Martial Andrieu

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12/06/2018

Le docteur Albert Tomey, maire de Carcassonne

Albert Tomey naît à Carcassonne le 22 juin 1882 dans un bel immeuble de type Hausmanien, construit par Marius Esparseil en 1880. Après des études à la Faculté de médecine de Toulouse où il a comme collègue et ami le futur Dr Ducuing, le jeune médecin s'installe dans sa ville natale en 1913. Il établit son cabinet chez lui, place Davilla.

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Albert Tomey

(1882-1959)

 Après la Grande guerre, Albert Tomey se lance en politique sous l'étiquette Radical-Socialiste à l'assaut de la mairie de Carcassonne. Le 10 décembre 1919, il est élu premier magistrat de la ville et effectuera le plus long mandat à ce poste jusqu'à sa révocation en 1941 par le Maréchal Pétain. Le 14 octobre 1928, le Dr Tomey entre au Conseil départemental comme Conseiller du Canton ouest.

Choqué par le taux de mortalité infantile engendré par la déplorable hygiène qui régnait à Carcassonne, le nouveau marie s'attela tout d'abord à doter la ville d'une système de tout à l'égout. Les écoles publiques étaient négligées, mal entretenues. L'une d'elles, celle du Square Gambetta, était dans un tel état que les rats d'égout venaient se promener dans les salles, même pendant les cours. Dans ce milieu, le souci de la salubrité publique, passait au second plan. Quelques maisons avaient des fosses ; c'était presque du luxe malgré les désagréments de la vidange. La majorité n'avaient pas de WC ! Dès la tombée de la nuit, la rue devenait un dépotoir à l'atmosphère irrespirable. Les vespasiennes mal entretenues étaient autant de foyers d'infection. Un service de répurgation se faisait au minimum. Les boites à ordures n'existaient pas et en permanence, on voyait de petits tas d'ordures devant les maisons, le long des trottoirs en pleine rue. L'eau d'alimentation n'avait rien de potable : des maladies étaient dans la ville à l'état endémique. 

Le conseil municipal prit du temps à faire installer le tout-à-l'égout, car le coût des travaux ne permit pas de le commencer rapidement. Le financement de l'état participa à l'œuvre d'hygiène et les Carcassonnais purent se soulager chez eux dès 1926. On dit à juste titre que le Dr Tomey transforma totalement Carcassonne au cours de ses mandats. Voyez plutôt...

Hygiène publique

Auto-javelisation des eaux par le procédé Bunau-Varilla (1925), Equipement d'un réseau de tout-à-l'égout (1926), Raccordement des immeubles au réseau général de distribution d'eau (1928), Installation du régime des poubelles. Enlèvement des ordures ménagères par des véhicules à traction électrique (1929), Construction de la station de pompage de l'île (1930), Modernisation des abattoirs et construction du deuxième réservoir de Grazailles (1931), Création de chalets de nécessité (1939)

Jeunesse

Création de l'école André Chénier (1921), Construction de l'école Jean Jaurès en remplacement de l'école du musée et de l'école du square (1924), Construction du lycée de jeunes filles - aujourd'hui collège Varsovie (1928), Agrandissement de l'école du Bastion, Création du Parc municipal des sports de la Pépinière - aujourd'hui stade Domec  (1934).

Urbanisation

Classement de la ville en station de tourisme. Création d'une Chambre d'industrie touristique (1922), Passage cimentés sur les boulevards (1926), Electrification des écarts et cimentant des rues (1930), Restauration du Théâtre municipal et création de la caserne des pompiers (1933), Restauration de l'hôtel de ville (1934), Bourse du travail (1937), Substitution de l'éclairage public électrique à l'éclairage au gaz de ville (1938). 

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Le conseil municipal d'Albert Tomey

L'œuvre de Tomey aurait sans doute perduré, si son conseil municipal n'avait pas été révoqué par le maréchal Pétain le 9 février 1941. On ne remettra pas en cause les valeurs d'humanité, ni les idées républicaines d'Albert Tomey. Toutefois, il faut s'interroger sur les raisons pour lesquelles les historiens locaux n'ont jamais évoqué l'activité de l'ancien maire durant le règne de Vichy. Les archives sont pourtant bien là et sans vouloir faire la morale, il faut que la vérité historique soit révélée dans son ensemble. Après la Libération, la Commission d'Epuration de Contrôle et de Sélection de l'Aude se penchera sur le cas du Dr Tomey. L'Union Locale des Syndicats Ouvriers de Carcassonne - C.G.T par la voix de M. Bonnemaison souhaitera envoyer Albert Tomey devant la Chambre civique. En effet, si le docteur avait été révoqué de son poste de maire, Vichy l'avait nommé à la tête du Conseil départemental de l'Aude. A ce titre, il avait été présent à la soirée inaugurale de la Milice de l'Aude le 28 février 1943 au Théâtre municipal. Les communistes qui venaient de payer un lourd tribu pour la Libération du pays, n'entendaient pas faire de cadeaux aux Radicaux dont beaucoup avaient choisi de voter les pleins pouvoirs à Pétain en 1940. On avança des preuves... Par exemple, les coupures des journaux de cette fameuse soirée de 1943 repris par "La République sociale" le 14 décembre 1944 :

"La constitution de la Milice eut lieu, pour notre département, le 28 février 1943 au Théâtre municipal de Carcassonne. Cette réunion était présidée par M. Freud-Valade, préfet de l'Aude, entouré du Dr Tomey, Conseiller national ; Caillard, délégué régional de la Légion des Combattants, etc."

Dans sa conclusion, le Commissaire spécial de Carcassonne déclara dans un courrier adressé au Commissaire du gouvernement le 27 février 1945 que "les fonctions qu'il a exercé (Dr Tomey) sous Vichy et sa présence à la soirée inaugurale de la Milice, ne peuvent être considérées, à mon avis, comme tombant sous le coup de l'ordonnance du 26 novembre 1944." L'argumentaire du commissaire minore les responsabilités de l'ancien maire en arguant que celui-ci n'a jamais fait de propagande et que ses fonctions n'avaient pas de pouvoir politique. Si le Dr Tomey garda son poste de Président du Conseil départemental nommé par Vichy jusqu'à la Libération, sa carrière politique s'arrêta avec le retour de la République.

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L'immeuble Tomey, place Davilla

 Le 19 novembre 1959 s'éteignait à Carcassonne Albert Tomey à l'âge de 77 ans. Ses obsèques avaient lieu le lendemain et le cortège funèbre empruntait les boulevards de Varsovie et Omer Sarraut avant d'arriver à l'église Saint-Vincent. Les cordons du poêle étaient tenus par le maire Jules Fil et trois de ses prédécesseurs   : Philippe Soum, Parce Itard-Longueville et même Jules Jourdanne qui fut nommé par Vichy. Suivant la dépouille mortelle d'Albert Tomey, on remarquait les docteurs Buscail, Babou, Héran, Albert, Millet et Peyronnet. Gazel (Président des anciens combattants), Joseph Jean (Ancien secrétaire de mairie), Julia (adjoint au maire), Ct Béteille, Callat (Président du Souvenir Français), Noubel (Conseiller général) et les anciens collaborateurs d'Albert Tomey : Amiel, Sarcos, Boudenne, Rimalho, Nogué, Bruela, Blanchard (ingénieur de la ville), etc.

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Le 10 février 1967, l'ancienne rue du marché prit le nom d'Albert Tomey, en reconnaissance pour l'œuvre qu'il avait accomplie en faveur des Carcassonnais au cours de ses mandats. S'il n'y a pas de rue Jean Mistler à Castelnaudary, il y a une rue Tomey à Carcassonne. Toute l'ambiguïté de la capitale audoise est peut-être bien là...

Sources

ADA 11 / Fonds Francis Vals

Journaux locaux

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08/06/2018

Ce Carcassonnais qui décora Walt Disney de la légion d'honneur à Los Angeles

Chez Eurodisney, une photographie encadrée orne fièrement l'un des bureaux du siège du groupe. Il s'agit de Walt Disney recevant le 8 juin 1936 depuis l'Hyperion Studio à Los Angeles, les insignes de Chevalier de la légion d'honneur. Si tout le monde se souvient du récipiendaire, il y a fort à parier que plus personne n'a retenu le nom de Jean Joseph Viala, Consul de France à Los Angeles.

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© EuroDisney

Jean Joseph Viala naît à Carcassonne le 21 juillet 1895 au n°21 de la rue de l'Aigle d'or. Après des études primaires à l'école du Bastion, puis secondaire au lycée de garçons, le jeune homme décroche son baccalauréat sans difficultés. Lorsque la Grande guerre éclate il est mobilisé, mais se blesse en ramassant une fusée allemande qui lui éclate dans la main. Evacué le 22 septembre 1917, il perd les quatre doigts de la main gauche et rentre chez ses parents à Carcassonne, 1bis rue de la Liberté. La croix de guerre avec étoile de bronze lui est alors attribuée. Malgré cet handicap, Jean Joseph Viala n'entend pas mettre un terme à ses ambitions. Il prépare le concours des commis de la chancellerie ; il le passe avec succès avant d'être nommé au Consulat de France à Sidney. Il accède ensuite au poste de Vice-consul de France à Glasgow, puis de Londres. Nous sommes exactement le 23 janvier 1928. 

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Walt Disney, Mme Viala née Bonin et sa fille Janine

A Los Angeles, le Consul de France fréquente les stars de cinéma : Greta Garbo, Gary Cooper, Claudette Colbert, etc. C'est précisément à cette époque qu'il décore Walt Disney de la légion d'honneur. Pour l'anecdote, le dessinateur demandera à ce que l'on épingle la médaille sur un Mickey grandeur nature.

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Jean Joseph Viala et Walt Disney

Le "concours du Quai" en poche, notre diplomate travaille au Consul de France à Paris en avril 1940 et se spécialise dans le droit maritime. Il publie un traité que l'on appelle "Le Viala". Cette même année et jusqu'en 1945, il occupe dans la capitale puis à Vichy, les responsabilités de chef de service du Chiffre (Messages secrets). Après la Libération, Jean Joseph Viala devient Consul général de France à Chicago puis directeur du Chiffre. A l'issue de l'indépendance des anciennes colonies d'Afrique du Nord, il met en place le Consul du Maroc et de Tunisie. Il finira sa carrière de diplomate comme Ambassadeur de France au Libéria, puis se retira à Carcassonne. Le 5 février 1960, M. Viala entre au comité directeur du Syndicat d'Initiatives avant d'en devenir le vice-président le 11 mars 1963. A Jean Deschamps - directeur du festival de la Cité - il prodigue de nombreux conseils en sa qualité de président des Amis de l'orgue de Saint-Nazaire. L'ancien ministre plénipotentiaire ouvre même une galerie d'art "Le tréseau" dans la Cité médiévale, dans laquelle il habite. Beau-père de Jacques Reynès - président de la Fédération de Jeu à Treize et de l'ASC XIII - Jean Joseph Viala s'éteint le 16 février 1964 à Carcassonne. Ses obsèques ont lieu dans la basilique Saint-Nazaire.

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02/04/2018

Mgr Jean Joseph Pays (1882-1951), évêque de Carcassonne

 Né le 7 janvier 1882 à Julos (Hautes Pyrénées), Jean Joseph Pays n'avait pas été élevé avec une cuillère en argent dans la bouche. Ses parents étaient au contraire des travailleurs de la terre vivant très modestement, mais suffisamment pour arriver à nourrir dix enfants : "Ma première éducation familiale fut plutôt austère. Nous étions nombreux et plus riches de traditions honorables et chrétiennes que des biens de la fortune. Nos parents vénérés nous donnèrent en particulier l'exemple du travail, et de bonne heure aussi nous en firent prendre l'habitude. Notre père aimait à rappeler avec une pieuse confiance qu'il était né le même jour que Bernadette, le 7 janvier 1844. Lorsque j'eus fait ma Première Communion le 15 août 1892, M. l'abbé, comme nous appelions le pasteur de la paroisse, me demanda si je voulais étudier pour devenir prêtre. On fut bien vite d'accord, M. l'abbé, mes parents et moi-même." Une vocation familiale, puisque son frère sera le supérieur de la Congrégation de religieux attachés à la grotte de Lourdes.

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Jean Joseph Pays en 1940

Le 9 juillet 1905, après des études au Séminaire Saint-Louis des Français à Rome, Jean Joseph Pays est ordonné prêtre. Directeur du Grand Séminaire de Tarbes, sous l'épiscopat du cardinal Gerlier, Primat des Gaules et archevêque de Lyon, l'abbé Pays est nommé évêque de Carcassonne par le pape le 16 août 1932. Son prédécesseur Mgr Portes prendra ses fonctions à l'archiépiscopat d'Aix-en-Provence.

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Sacré le 7 octobre 1932 dans la Basilique du Rosaire à Lourdes, Mgr Pays est intronisé dans la cathédrale de Carcassonne le 27 octobre 1932. La République l'honore en 1949 en lui décerna la légion d'honneur, épinglée par le préfet de l'Aude M. Picard, en présence du Dr Philippe Soum, maire de la ville. Très vite, le nouvel évêque s'attache à connaître l'ensemble du département, visitant jusqu'à 8 localités par jour. En 1935 : 66 confirmations et 130 visites canoniques de paroisses. En 1936 : 85 confirmations et 120 visites. En 1937 : 69 confirmations et 130 visites. Même malade, il a tenu jusqu'en décembre 1950 : consécration de la cathédrale en novembre 1949, pèlerinage à Rome en mai 1950, pèlerinage diocésain à Lourdes en juillet, retraites pastorales en septembre, triduum de la Bienheureuse Javouhey en novembre à Limoux, ordination, etc. Concernant ses œuvres pour le département : Réorganisation des collèges de Carcassonne et de Narbonne, fondation de la Manécanterie Notre-Dame et de l'orphelinat Notre-Dame de l'Espérance, aménagements du Grand Séminaire et de la Maison de Béthanie.

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Mgr Pays sur son lit de mort

Le lundi 18 juin 1951 Mgr Pays s'atteint subitement à l'évêché à 8 heures du matin. Carcassonne va alors lui faire des obsèques grandioses, certainement à la dimension de ce personnage d'église. Elles ont lieu le jeudi 21 juin à 9h30, présidée par Mgr Saliège, archevêque de Toulouse. 

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A travers les rues du centre-ville, le cortège s'ébranle, comme ici place Carnot. Une foule immense le salue sur son passage. Dans la cathédrale, on remarquera la présence des R.P abbés des Cisterciens de Fontfroide et Saint-Michel de Cuxa, des Bénédictins d'En Calcat, des Trappistes de Sainte-Marie-du-désert. Les Vicaires généraux Rivière et Boyer accompagnés du Chancelier Cazemajou, aident le services religieux célébré par Mgr Garonne. Du côté des autorités civiles : MM. le préfet Picard, le secrétaire de préfecture Alexis Fabre, l'abbé Gau (député), Dr Henri Gout (ancien député), Francis Vals (Président du Conseil général), Itard-Longueville (Maire), etc. Les honneurs militaires sont rendus par un détachement du 24e R.I coloniale.

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La tombe de Mgr Pays dans le chœur de la cathédrale St-Michel

Le corps de l'évêque fut déposé dans la crypte du chœur le 22 juin 1951 à 16 heures. Il repose aujourd'hui aux côtés de ses illustres prédécesseurs et successeurs.

Sources

Notes, synthèse et recherches / Martial Andrieu

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23/03/2018

Ce fils d'ouvrier Carcassonnais qui chanta au Métropolitan Opera de New-York

Dans la famille Rousselière on ne roulait pas sur l'or, tout au plus manipulait-on la fonte. Père de treize enfants, Antoine Rousselière et son épouse Jacquette Artozoul n'avaient guère les moyens d'offrir des cours de chant à leur fils cadet. D'ailleurs, aucun d'entre eux ne fut en mesure de déceler chez Charles cette voix exceptionnelle qui le fit monter sur les plus grandes scènes d'opéras du monde.

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Charles Rousselière 

(1875-1950)

Charles Rousselière naît le 17 janvier 1875 à Saint-Nazaire d'Aude. Dernier d'une nombreuse fratrie, c'est à Carcassonne où son père occupe le poste d'ouvrier dans l'une des fonderies de la ville, que le jeune Charles va s'émanciper. Dans la capitale audoise, le futur ténor fait entendre quelques fois sa voix, mais personne chez nous ne voulut aider l'éclosion de ce talent. A la faveur d'un voyage en Algérie, département dans lequel les pauvres de la ville allaient dépiquer la vigne, la famille s'installe à Sidi-Bel-Abès. Charles Rousselière va être pris en main par un dénommé Maurin. La municipalité lui octroie une bourse et l'envoie étudier à Paris. Au Conservatoire national de musique, il a pour professeurs Vergnet (chant), Girardot (opéra) et Achard (opéra-comique). En 1899, il obtint un second accessit de chant et un second prix d'opéra. Il fut aussitôt engagé à l’Opéra et débuta dans Samson et Dalila avec un succès qui le plaça d’emblée au nombre des artistes en vue et qui, ensuite, ne s’est pas démenti.

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Rousselière dans Samson de Camille Saint-Saëns

Sa voix exceptionnelle et ses dons de comédie seront les moteurs d'une rapide ascension dans le métier. Mais, Rousselière possède également la rare faculté à cette époque de chanter en Anglais et en Italien. En France, tous les opéras étrangers étaient traduits. C'est cet atout supplémentaire qui permit au ténor Carcassonnais de franchir l'Atlantique. Ainsi, après sept années passées à l'opéra de Paris, le voilà engagé au Metropolitan Opera de New-York. Il était le seul à ne pas être italien dans la troupe.

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Adulé, Charles Rousselière reçoit des cadeaux par milliers et l'on se sert de son image pour des publicités dont le cacao Poulain. Un lion lui fut même offert qu'il donna au zoo de Vincennes. Interprète divin des œuvres de Richard Wagner, Guillaume II lui décerna une décoration. En 1914, il la lui renvoya avec l'expression de son profond mépris. Au cours de l'une de ses tournées en Europe, le compositeur Gustave Charpentier vint le chercher à Barcelone pour lui demander créer Julien, son nouvel opéra. Le contrat fut signé entre Barcelone et Carcassonne. C'est dans cette dernière qu'il avait pour cousins MM. Falcou et Artozoul. Le premier était imprimeur, le second marchand d'articles de pêche dans la rue de la gare. 

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Feodor Chaliapine

(1873-1938)

Revevant d'Espagne après y avoir chanté, Rousselière amena la grande basse Russe Féodor Chaliapine à Carcassonne déjeuner chez les Falcou. Que reste t-il de tout cela ici ? Rousselière ne fut jamais convié à chanter dans le Grand théâtre de la Cité. Si le monde entier, connut Rousselière, Carcassonne ne s'y intéressa sûrement pas. C'est aux arènes de Béziers qu'il créa en 1900 Prométhée, l'opéra de Gabriel Fauré.

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On pourra lire cette biographie parue chez Edilivre en janvier 2017. On n'y parle pas de Carcassonne, mais le mérite t-elle vraiment ? Vous trouverez également sur Youtube de nombreux enregistrement d'époque de Charles Rousselière : Samson et Dalila, La juive, Lohengrin, Manon, etc.

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