28/11/2017

Jean Amiel (1882-1964), érudit et écrivain oublié

Jean Amiel naît à Limoux le 9 février 1882. Son père, qui porte le même prénom que lui, est tailleurs d'habits, et Françoise Sabadie, sa mère, veille à l'éducation de ses enfants. Après des études chez les Frères des Ecoles Chrétiennes à Carcassonne, il exerce un temps le métier de son père puis se tourne vers le journalisme. Ses petites chroniques paraissent alors dans "Le télégramme".

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© Collection Martial Andrieu

Lorsqu'il passe le conseil de révision en 1902, on apprend qu'il exerce la profession de librairie à Carcassonne où il réside, 12 rue de la Liberté. Il est réformé à cause d'une hypertrophie du cœur, mais participera quand même à la Grande guerre, sans toutefois pouvoir prétendre en 1933 à la carte d'ancien combattant. Jean Amiel se marie en 1906 et ouvre sa librairie, 50 rue de la gare. En 1919, il est à l'initiative de la création du "Comité Saint-Régis". Le trésorier est Auguste Rougé, rue du Palais prolongée. Cette association organise des procession au tombeau de Saint-François Régis, né en 1599 à Fontcouverte. Jean Amiel qui en l'animateur le plus fervent, rédige une plaquette pour les pèlerins tout en continuant à publier des chroniques dans les journaux locaux.

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Saint-François Régis

"Dès 1909 il publie une série de plaquettes intitulées "Mes veillées littéraires" bientôt suivies, en 1911, par une présentation de "La Bibliothèque Publique de Carcassonne" qu'il lui serait bien difficile de reconnaître de nos jours diluée qu'elle est dans une Bibliothèque de l'Agglomération ! En 1919 il révèlera le 1er autographe du poète révolutionnaire et audois, André Chénier; celui-ci n'avait que 9 ans lorsqu'il apposa "d'une main déjà sûre" sa signature sur un acte de baptême le "12ème de Juin 1771". Il se fera connaître vraiment en 1928 en republiant une oeuvre d'histoire locale "L'Histoire des Antiquités et Comtes de Carcassonne" de Guillaume Besse qui ne se trouvait qu'en de rares exemplaires chez les érudits ou les bibliothèques locales." (Au nom de tous les Amiel / Jean-Louis Amiel)

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En 1929, il écrit "Six ataciens célèbres", "La vie amoureuse et tragique d'André Chénier" et "Le fait de Fontcouverte". "La maison de St André" en 1931, sur l'hôtel particulier de François II de St André, bourgeois drapier. "La Vie et les Mémoires de Delphine Roumieux 1830-1911" en 1936 aux Méridionales à Nîmes et un certain nombre d'opuscules et ouvrages dont "Petite vie illustrée de St J-F de Régis", "Album souvenir de Fontcouverte" et sur des personnalités audoises comme l'écrivain Henri Bataille ou Charles Cros  sur "Le révérend-père Clément Cathary S. J. (1828-1863) Missionnaire de Madagascar" (1957), etc.

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"Il tira de l'oubli plusieurs figures de l'histoire audoise et d'autres encore comme "Le libraire Jean-Baptiste Lajoux et ses fils (1786-1873)" une famille carcassonnaise de l'édition, ou analysa certains rapports de personnalités, comme "St Jean-François Régis et le St Curé d'Ars" qui ne parut qu'après sa mort, en 1969 ; il fit aussi des communications diverses comme celle sur "Le nom des tours de la Cité" en 1929 à la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude dont il était un fervent membre, article réédité d'ailleurs en 1981."

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Jean Amiel que l'on appelait également Jean d'Atax, en référence au fleuve Aude ainsi nommé par les Romains, était un brillant autodidacte amoureux de son département. Comme beaucoup de ses semblables, il est tombé dans l'oubli. Grâce à quelques recherches que nous avons entreprises et au travail biographie de Jean-Louis Amiel, nous vous présentons cet hommage. Jean Amiel est mort le 15 avril 1964 à Toulouse.

Sources

Au nom des Amiel / Jean-Louis Amiel

Recensement militaire / ADA

Annuaire de l'Aude / 1921

www.nom-amiel.org

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16/11/2017

Brice Bourrounet (1925-2002) assassiné pendant la veillée de noël à Carcassonne

L'ancien coureur cycliste né le 7 avril 1925 à Blomac dans l'Aude menait une vie de retraité tranquille à Carcassonne. Père de quatre enfants et divorcé de Francine, son épouse, il s'était établi dans un appartement situé au n°12 de la rue Flandres-Dunkerque dans le quartier de la Trivalle. C'est là qu'il sera retrouvé mort le lendemain de noël par Christine Posocco et son ex-épouse. 

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A la fin des années 1940, Brice Bourrounet côtoie au sein du peloton les cracs de l'époque. Ils se nomment Louison Bobet, Jean Robic, Jean Dotto ou encore René Vietto. C'est ce dernier qu'il battra en 1945 lors d'une étape du circuit des cols des Pyrénées. 

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Le vélo était pour Brice une véritable religion qu'il n'entendait pas partager seul. Après sa retraite sportive, il constitua une équipe de jeunes coureurs. Il souhaitait transmettre le flambeau et cette lumière pour l'amour des autres qui brillait en lui. Brice faisait l'unanimité autour de lui ; il aurait donné sa chemine alors même qu'il n'était pas très fortuné. 

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Tout en continuant d'entraîner ses jeunes pousses, l'ancien coureur se mue en artisan de cycles. Dans son atelier de la rue Auguste Comte au n°12, il fabriquait des cadres de vélos sur mesure. Sa réputation dépassant les frontières, il finit même par signer sa propre marque : Cycles Bourrounet. A la Conte, tout le monde le connaissait ; il n'était pas rare d'apercevoir dans son atelier, des gens de ce quartier populaire de la ville. Cet homme rendait de nombreux services... Il prenait des enfants défavorisés comme apprentis.

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Quand l'heure de la retraite sonna, Brice Bourrounet se prit de passion pour l'accordéon. Chez Christine Posocco, professeur de piano à bretelles, il apprit avec célérité et détermination la virtuosité de cet instrument. Il n'est pas un jour, où l'on n'entendit pas Brice s'exercer chez lui. Ce véritable passionné, avec quelques amis du groupe de Montredon, se mit à faire danser les noceurs des bals à papa du dimanche après-midi. Ce charmeur invétéré amoureux de la gent féminine, se plaisait à distraire ainsi son auditoire. 

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Ce 24 décembre 2002, Brice Bourrounet est invité à passer noël chez sa fille mais décline l'invitation. Il faut dire que depuis son divorce il s'est coupé volontairement de sa famille. Dans la soirée, il reçoit la visite de deux gitans qu'il connaît bien, Alexandre Baute et Patrick Baptiste. Ces derniers en quête d'argent - l'un pour assouvir son besoin de cocaïne et l'autre, pour offrir des cadeaux à ses enfants - vont alors tenter d'escroquer le retraité. L'ancien coureur voue une passion sans limites aux femmes et s'est déjà fait avoir par le passé. Une femme de la communauté gitane avait réussi à lui soutirer 7000 €, mais Brice avait porté plainte et les escrocs avaient été condamnés à rembourser. Alors, quand Baute et Baptiste lui proposent d'aller chercher une certaine Yasmina à Toulouse, à condition qu'il paie immédiatement une somme pour le voyage jusqu'à la ville rose, Brice Bourrounet sentant le piège refuse.  Quelques jours après, Francine son ex-femme alerte Christine Posocco qui loue l'appartement à Brice. Il n'est pas normal que le chien aboie et que la boite aux lettres soit remplie de courrier. Prenant son courage à deux mains Christine Posocco va chercher un double des clés. La porte d'entrée est ouverte ; à l'intérieur, Brice Bourronnet git inanimé sur son lit. Il est mort. 

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L'enquête de police est confiée au SRPJ de Perpignan, mais s'avère difficile. Ce n'est qu'au bout d'un an et demi qu'elle connaît un rebondissement. Un homme vient de se livrer à la police. C'est Alexandre Baute âgé de 34 ans qui avoue avoir tué Brice Bourrounet. Ce jeune homme compte dix condamnations à son palmarès, mais jamais pour des faits de violence. L'arrestation inespérée de Baute, entraînera celle de son complice Patrick Baptiste, âgé de 19 ans. D'après eux, la victime aurait voulu se débattre sur le lit et pour l'empêcher de crier, elle aurait été étouffée avec un oreiller. Au cours de la reconstitution du crime, Alexandre Baute s'accuse du meurtre, alors qu'il semblerait que ce soit son comparse qui ait assassiné Brice Bourrounet. Au moment du procès, une cinquantaine de gitans sont présents dans la salle d'audience, contre très peu de connaissances de Brice. Il était pourtant très connu et estimé pour avoir rendu de grands services.

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La cour d'assise de Carcassonne condamnera en 2006 les deux meurtriers, à une peine égale de 20 années de réclusion criminelle. Alexandre Baute et Patrick Baptiste manifesteront des remords. Ils ont ôté la vie à un brave homme en s'emparant de 30 € et d'une caméra. Etait-ce bien là, l'unique mobile du crime ?...

Sources

Sur la carrière de cycliste de Brice Bourrounet, on pourra lire le travail de Jacques Blanco présenté en conférence à la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude en 2013.

Presse locale et audiovisuelle

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13/11/2017

Qui était le commandant Roumens, dont un boulevard porte le nom ?

Christian Casimir Napoléon Roumens naît le 2 mars 1864 à Carcassonne, faubourg des Jacobins n°11, le 2 mars 1864 du peintre Émile Roumens et de Rose Françoise Sauzède, sans profession. Excellent élève, il se destine après ses études au lycée de Carcassonne à embrasser la carrière militaire. Le 25 octobre 1884, le futur commandant Roumens s’engage pour cinq ans et fait son entrée à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr. Il se classe 178e sur 400 candidats retenus lors du concours d’entrée et sortira 152e de la promotion de Fou-Tchéou. Celle-ci évoque la destruction de la flotte chinoise et de l’arsenal de Fou-Tchéou par l’amiral Courbet durant la guerre du Tonkin. Le sous-lieutenant Roumens est affecté au 55e Régiment d’infanterie à Nîmes, puis à Nice le 1er octobre 1887 au 159e Régiment d’infanterie alpine. Il est ensuite promu lieutenant le 24 mars 1890 avant d’être nommé au 126e Régiment d’infanterie, puis capitaine le 23 mars 1895. Après un passage au 28e Régiment de chasseurs alpins, le capitaine Roumens entre dans l’armée coloniale au sein du 1er puis du 2e Régiment de tirailleurs algériens comme chef de bataillon le 24 septembre 1908.

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Le commandant Roumens

Christian Roumens participe à la guerre de pacification du Maroc, au cours de laquelle le sultan Moulay Abdelaziz défie les troupes françaises avec le soutien des pays hostiles, notamment l’Allemagne. Le général Lyautey et ses soldats sont envoyés en représailles de l’assassinat du docteur Émile Mauchamp et réussissent à reprendre Oujda.
Abd al-Hafid se proclame alors sultan du Maroc et destitue son frère aîné Moulay Abdelaziz qui, accusé d'être trop conciliant avec les Européens, a été renvoyé et chassé par la population de la Chaouia. En 1911, Abd al-Hafid, qui contrôle de plus en plus mal l'intérieur du pays se retrouve assiégé à Fès par des soulèvements populaires et sollicite l'aide française. Le général Moinier, qui en 23 juin a mis en déroute Maa El Ainine, à la tête d'une armée de 23 000 hommes, libère le sultan. La situation est irréversible et aboutit à la convention de Fès du 30 mars 1912 qui fait du Maroc un protectorat français, un régime de tutelle mais dont le sultan et le Makhzen sont maintenus comme éléments symboliques de l'Empire chérifien. Moulay Abd al-Hafid abdique en faveur de Moulay Youssef.

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Les tirailleurs algériens portent le commandant Roumens sur un brancard

Alors que le 2e régiment de tirailleurs algériens est engagé contre Marocains, non loin de la Moulouya, le commandant Roumens est à la tête de la 5e compagnie. Du haut de ses 1,79 mètre, l’homme impressionne et fait l’admiration de ses hommes. Tout à coup et sans que la marche rampante des Marocains ait été signalée à travers les broussailles, les balles sifflent aux oreilles et font des victimes. Aussitôt, le colonel Blanc envoie deux compagnies appuyer celle qui est aux prises avec les Ksouriens. La compagnie du commandant Roumens (5e) est en contre-bas de moins de trois mètres et le sol est si tourmenté qu’il faut une heure pour que les renforts puissent entrer en ligne. Les Marocains inaccessibles, se déplacent avec une mobilité extrême ; ils harcèlent les tirailleurs qui se défendent et fusillent les Ksouriens qui se découvrent.
C’est à ce moment-là que le commandant Roumens, encourageant ses hommes, est aperçu par le sergent-major Tonnot en train de pâlir. Ce dernier lui demande s’il est blessé. A ces mots, Roumens répond : « Il y a une demi-heure que j’ai une balle dans le ventre, mais il ne faut pas le dire ! » Il refuse de se faire soigner malgré les douleurs et poursuit le combat pendant une heure, au bout de laquelle il consent enfin à se faire panser.

Autour du chef, les tiralilleurs se battent avec hardiesse, mais les Marocains les ajustent à bout portant et le sergent-major Tonnot tombe sous les balles. La compagnie de renfort arrive à dégager les tirailleurs encerclés, qui demeurent maître de la position. Sans sacs et sans vivres, le général Léré donne l’ordre de regagner le camp. Blessé dans la matinée du 23 mai 1911, Christian Roumens mourra le lendemain.

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Lieu d'inhumation du commandant Roumens à Debdou

Le commandant Roumens a voulu être enterré à Debdou, à côté des braves tirailleurs tombés avec lui. Dans son testament, on peut lire : « Le pays comprendra que là où ses soldats veulent dormir leur dernier sommeil, il faut que les vivants veillent l’arme au bras sur le sol arrosé de sang français.

Deux télégrammes officiels postés de Mostaganem arrivent à Carcassonne. Le premier à 16h42 le 24 mai 1911 et le second, le lendemain.

Tirailleurs à Maire de Carcassonne : Veuillez prévenir M. Durand, rue Antoine Marty, que commandant Roumens, blessé plaie transversale abdomen, très grave combat près Debdou.

Colonel tirailleurs à Maire de Carcassonne. Prière aviser, extrême urgence avec tous les ménagements possibles M. Durand, rue Antoine Marty, Carcassonne, que commandant Roumens décédé hier 25 courant des suites de sa blessure.

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© Ministère de la culture

Le général en 1916 devant la tombe du Ct Roumens

Albert Durand, dont il est question dans les télégramme, était l’époux de la sœur de Christian Roumens et le patron de la confiserie de la rue Antoine Marty. A la réception de chacune des dépêches, le maire s’acquitta de sa délicate mission. C’est Frédéric Lauth, brasseur et ami de la famille qui annonça la nouvelle. Le commandant Roumens avait pour oncle Jules Sauzède, député de l’Aude et ancien maire de la ville. La famille voulut dans un premier temps faire rapatrier le corps, mais le télégramme du général des troupes françaises au Maroc l’en dissuada :

"Avant de mourir, le 24 mai après-midi, le commandant Roumens a exprimé solennellement, en pleine connaissance, à plusieurs reprises, devant le capitaine Bernard, le docteur Charrier et les autres officiers, témoins, le désir que sa dépouille mortelle restât inhumée à Debdou. D’ailleurs, dans es derniers moments, il s’inquiéta sans cesse de ses hommes, heureux d’avoir vu leur belle attitude au feu recommandant ceux qu’il avait distingués. Il s’est mit à revêtir sa tunique, pour mourir, et a affirmé plusieurs fois sa volonté de demeurer au milieu de ses tirailleurs jusque dans la mort, disant : « Je n’espérais pas une si belle mort. » Puis ajoutant : « Je en veux pas que l’on ramène ma dépouille en France. Je rester à Debdou."
Le colonel et les officiers des régiment actuellement à Debdou, prennent leurs dispositions pour élever sur place un monument, qui rappellera la fin glorieuse de notre regretté camarade."

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© ok-debdou

Ce qu'il reste de la tombe du Ct Roumens à Debdou

Une grande messe sera donnée au début du mois de juin à la cathédrale Saint-Michel en mémoire du commandant Roumens. Le mercredi 7 juin 1911, le conseil municipal sur proposition de M. Nogué, membre de l’assemblée communale, entérina l’attribution d’un nom de rue au commandant Roumens. Le boulevard des Tilleuls deviendra celui du Commandant Roumens le 20 avril 1912. Une souscription fut également lancée pour l’érection d’un monument à sa gloire ; il ne vit pas le jour.

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Comme à Carcassonne, la ville de Miliana (Algérie) possédait avant l’indépendance une rue Commandant Roumens. Elle fut débaptisée et s’appelle aujourd’hui Bounaâma Mohamed.

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Caveau de la famille Roumens à Carcassonne (St-Michel)

Cet article totalement inédit sera déposé aux archives de l'Aude avec l'ensemble des sources. En cas d'utilisation, veuillez mentionner "Musique et patrimoine de Carcassonne"

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28/09/2017

Pierre Pavanetto (1937-1992), roi des nuits Carcassonnaises et du whisky

Le 16 février 1992, la mort arrachait à Carcassonne la plus charismatique de ses figures. Pierre Pavanetto (1937-1992), le roi des fêtes et des nuits carcassonnaises, était retrouvé au petit matin gisant inanimé devant chez lui à Conques sur Orbiel. Atteint par une décharge de chevrotine, le coup de fusil n'avait laissé aucune chance à celui qui, après la fermeture de sa discothèque s'apprêtait à rentrer chez lui avec la recette de la soirée : soit 50000 francs (7500 euros).

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© André Oliver

Pierre Pavanetto était le fils d'une famille d'immigrés italiens, comme il y en a beaucoup dans notre midi. En 1959, après voir été employé chez le marchand de vêtements Alexandre Dony, il achète en quinze jours le café Continental aux époux Lacassagne. Un sacré coup de poker ! Sans expérience dans le métier de cafetier, endetté jusqu'au coup mais Pavenetto ne craint personne.

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Pierre Pavanetto entouré d'employés et d'amis

Le Continental est alors le siège de l'ASC XIII, équipe dans laquelle il évolue comme 3e ligne. Un poste dans lequel il a su se faire respecter et où l'adversaire n'avait pas intérêt à lui chercher des ennuis, ni à en chercher à ses équipiers. C'est dans ces conditions qu'il accrochera en 1961 une coupe de France à son palmarès, gagnée contre Lézignan. Trois années plus tard, il mit un terme à sa carrière. Le rugby c'est pour la vie, quand on arrête sur le terrain on continue comme dirigeant et on soigne les copains du ballon ovale. Président de l'ASC XIII et patron d'un établissement où l'on fête les troisièmes mi-temps...

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Le Continental dans les années 1970

La force de Pierre Pavanetto, c'était sa proximité avec la jeunesse. Au premier étage de son bar, il installe une discothèque : Le Vip's. C'est là que Daniel Lacube, alias Pif, s'excite sur les platines.

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© Patrice Cartier

Pierre Pavanetto et Serge Pédron au Vip's

En 1976, il ferme le Vip's et ouvre "Le privé". Situé en bordure de la route de Toulouse à l’intérieur d’anciens bâtiments agricoles appartenant au pépiniériste Lucien Ervera, “Le Privé” et sa pizzeria “Le Vésuvio” vont devenir les lieux emblématiques des noctambules Carcassonnais. Il y avait ceux du Privé et ceux du Xénon. Disons si l'on veut caricaturer que les jeunes bourgeois habillés par Chipie ou Chevignon, habitués au Conti allaient au Privé.

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© André Oliver

Devant l'entrée du Privé

A l'entrée il fallait montrer patte blanche car le taulier se tenait là, droit devant la cheminée avec son whisky à la main et d'un regard désignait les heureux lauréats de la soirée. Le physionomiste à la chevelure blanche n'aimait pas les trublions qu'il sentait venir de loin. En 1980, il vida de sa discothèque à coup de fusil de chasse, quatre voyous toulousains venus pour le racketter. L'un d'eux fut blessé à la cheville et l'affaire s'étouffa grâce au concours de Jean Benmati, commissaire principal de police.

Le whisky et les glaçons...

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Jean Benmati

Le 5 juin 1981, Jean Benmati âge de 58 ans et Commissaire principal de police de Carcassonne est arrêté par les douaniers au volant de sa 404 Peugeot. Non sans mal, car il leur fallut tirer dans les pneus pour l'intercepter. Dans son coffre, 135 bouteilles de whisky achetées en Andorre. Lors de la perquisition de sa maison à Cazilhac, la police en retrouvera un millier entreposé dans sa cave. L'homme habitué à rendre des "services" monnayés, grâce à sa position de fonctionnaire, avait pour coutume de se rendre deux fois par semaine en Andorre. Ce trafic de contrebandier durait depuis plusieurs mois. Jean Benmati fut écroué à la Maison d'arrêt de Foix. La perquisition révéla également une liste de bénéficiaires receleurs dont Pierre Pavanetto. La marchandise exonérée de taxes en Andorre était ensuite écoulée dans la discothèque Le Privé. Pavanetto se défendit arguant que Benmati l'avait contraint à lui renvoyer l'ascenseur en prenant sa marchandise, suite à l'affaire des racketteurs toulousains. Après 36 heures de garde à vue, l'ancien joueur de l'ASC XIII se mit à table. Le procureur de la République Georges Salomon, lui indiqua la prison sans passer par la case départ. Cette affaire suscita l'émoi des soutiens de Pavanetto, accusant la justice de détester le rugby à XIII.

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© La dépêche

Pierre Pavanetto quelques mois avant sa mort 

"Pava" c'était aussi un responsable, à qui il arrivait de consigner ceux qu'il jugeait en fin de soirée inapte à la conduite. En bon père de famille veillant sur la vie des jeunes dont il avait la garde, il s'autorisait à jouer au gendarme. Il faut dire que pour sortir du Privé vers Carcassonne, il fallait traverser la nationale. Un exercice de haute voltige quand on a 3 grammes dans le conduit ! L'affaire se finissait, au mieux, dans le fossé avec la tête à l'envers. Cet univers s'est brusquement arrêté il y a 25 ans avec nos souvenirs et le "Privé" n'est plus qu'une ombre...

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L'ancienne discothèque Le privé, aujourd'hui.

Et si les Carcassonnais ont pardonné à Pierre Pavanetto de s'être fait prendre le doigt dans le pot de confiture en 1981, c'est parce qu'il avait su créer dans sa ville une ambiance de fête et de convivialité. 

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13/09/2017

Où est passée la plaque en hommage à Joseph Fortunat Strowski, rue Armagnac ?

 Par délibération du Conseil municipal de Carcassonne en date du 26 décembre 1952, la ville de Carcassonne décida d'honorer la mémoire de Fortunat Strowski et de Joë Bousquet. Elle fit apposer deux plaques : l'une, rue de Verdun sur la maison du poète J. Bousquet et l'autre, au 22 rue Armagnac sur la maison natale de Fortunat Strowski. Cette dernière a été déposée de la façade sur laquelle elle se trouvait par l'actuel propriétaire en 2014 ; jamais depuis elle ne retrouva son emplacement.

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C'est le dimanche 11 mai 1954 qu'eut lieu l'inauguration de cette plaque, en hommage à l'académicien natif de Carcassonne. Ce jour-là une foule d'anonymes et de personnalités s'étaient massées au pied du 22 rue Armagnac afin d'honorer la mémoire de l'écrivain décédé le 11 juillet 1952 à Neuilly-sur-seine. Parmi les notabilités, on notait la présence de MM. Merlaud (Chef de cabinet du préfet), Jules Fil (Maire), Clément (Directeur de l'enseignement primaire), Commandant Larche (Gendarmerie), Vidal (Proviseur du lycée), Garnon (Chef de la sûreté), Descadeillas (Bibliothécaire), Sablayrolles (Syndicat d'Initiatives), Chanoine Degud (Directeur de l'enseignement diocésain), Callat (Chambre de Commerce), Delpech (Secrétaire général de mairie), Jean Lebrau (Poète), le conseil municipal et la famille Strowski.

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Joseph Fortunate Strowski

La famille Strowski, française avant la lettre, s'était mise au service de la France dès 1797. C'est à cette époque que François Strowski, seigneur de Leuka, né en 1772 à Siédlec s'engagea dans les légions polonaises au service de la France. Il participa aux campagnes d'Italie et d'Espagne où il connut la charge célèbre de Somosierra au cours de laquelle les lanciers polonais de l'armée de Napoléon enlevèrent le passage qui, par le col de Somosierra, faisait communiquer les deux Castilles et les bassins du Tage et du Damo. C'est grâce à cette campagne que François Strowski reçut la légion d'honneur par décret de Napoléon 1er. Chef d'escadron puis lieutenant-colonel au 17e régiment de cavalerie polonaise - lancier du colonel Conte Tyszkiewiez - il participe à la campagne de Russie et connaît le calvaire de la retraite en 1812, à la suite de laquelle son régiment est interné au Danemark. Après la chute de l'empereur, l'aïeul de Fortunal Strowski rentre en Pologne où il promu général dans l'armée autrichienne en 1825 ; il meurt en 1842.

Fortunat Adalbert Cyprien Alexandre, père de Fortunat et fils du colonel de l'empire, est né le 17 avril 1828 à Siedlec. Il fut élève du Gymnasium de Navo-Sandec avant d'être élève-officier de l'école militaire de Neustadt, près de Vienne, d'où il s'échappa en 1848 pour participer à l'insurrection polono-hongroise de Kossuth contre l'Autriche et la Russie comme officier d'état-major dans l'armée de général Bem. Sans doute a t-il connu les succès de Chlopicki et les glorieux combats de Grochow et d'Ostrolenka, mais ressentit profondément la prise de Varsovie et l'annexion de la Pologne par la Russie. Pris avec la reddition générale des troupes hongroise et polonaises, il réussit à s'enfuir et à regagner la France. Ce fils d'un officier des armées de Napoléon 1er se vit faciliter les formalités administratives de installation en France. C'est dans notre pays qu'il se fixa et où il exerça le métier d'enseignant. Il sera nommé au lycée de Carcassonne le 8 février 1861 et s'y installera le 25 du même mois.

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Acte de naissance (11 mai 1866) de Joseph Fortunat Strowski

En 1866, année de naissance de Joseph Fortunat, la famille logeait au second étage du 20 rue du Port (actuel, 22 rue Armagnac). Selon le recensement, il y avait là son père (professeur d'Anglais au lycée), son mère Adélaïde, sa sœur Hedwige († 6 janvier 1868 à l'âge de 5 ans) et Eulalie Mauriès (fille de service). Au mois d'octobre 1869, la famille Strowski quitte Carcassonne pour Mont-de-Marsan. C'est dans cette ville que la guerre de 1870 mobilise le père de Fortunat, comme capitaine dans la Garde nationale. Il fonde le journal "Le Républicain Landais" et milite en faveur de l'établissement du régime républicain. Le 16 mai, il est invité à cesser la publication de son journal ainsi que toute activité politique.  Il meurt le 22 juin 1885 à l'âge de 56 ans ; son fils n'a pas encore 19 ans. Fortunat ne laisse pas décourager, il entre à l'Ecole normale supérieure et est agrégé à 22 ans.

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L'ami de Jean Jaurès

C'est à Albi que le jeune Carcassonnais débute sa brillante carrière. Nommé professeur de réthorique, il rencontre Jean Jaurès avec qui il se lie d'une solide amitié. Nommé à Montauban en 1890, il se marie l'année suivante avec Mlle Germaine Mérens, native de Toulouse. Professeur au lycée de Nîmes, il est docteur es-lettres en 1897 après une soutenance de thèse sur Saint-François de Sales. C'est ensuite le lycée Lakanal et la faculté de lettres de Bordeaux qui l'accueillent, alors que la Sorbonne lui ouvre ses portes en 1910, succédant à la chaire de l'éminent critique Emile Farguet. 

En 1926, il est élu membre de l'Académie des Sciences morales et politiques dont il président en 1938. Professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Paris en 1930, il a été maintes fois délégué de la France auprès de pays étrangers. C'est ainsi qu'il fut désigné par la direction de l'Enseignement supérieur  pour plusieurs périodes à la célèbre université de Columbia. Au mois de mai 1940, en pleine tourmente, il est envoyé au Brésil pour la fondation de la Faculté nationale de philosophie de l'Université de Rio de Janeiro jusqu'en 1947. C'est pendant cette période qu'il publie "La France endormie". Ses missions à l'étranger furent nombreuses. Il fut l'ambassadeur  des lettres françaises en Belgique, en Norvège, à Rome, en Hongrie et en Pologne où une de ses filles a été professeur au lycée français de Varsovie. Fortunat Strowski laisse une œuvre immense de plus de 25 livres, sans compter les communications faites à l'Académie. Montaigne, Pascal et François de Sales durent ses sujets préférés. Vice-président de la Société des Gens de Lettres, Fortunat Strowski était officier de la légion d'honneur et commandeur de Polonia Restitua. Ainsi vécut cette famille d'origine étrangère, qui mit sa vie et son intelligence au service de la France.

fortunat strowski

Joseph-Fortunat Strowski participa à la collection des écrivains Audois "À la porte d'Aude", constituée de 17 volumes. Il donna à cette collection deux contes dont "Le porteur du rouleau des morts". Au Moyen-âge étaient portés d'abbaye en abbaye, des parchemins pour commémorer les morts et solliciter en leur faveur des prières des vivants. Mais le parchemin, nous dit Fortunat Strowski, avait moins d'attrait pour la curiosité des moines que la conversation du personnage obscur qui le portait et qu'on appelait du nom plaisamment choisi de "frère roulier". Ces messagers étaient choisis parmi les frères les plus agiles de jambes et d'esprit ; ils s'en allaient d'un pied léger, à travers routes et sentiers, comme l'imagination du savant faisant pour une fois l'école buissonnière. Les yeux bien ouverts, l'oreille attentive, bon appétit et bonne humeur. C'est à l'un d'eux que Fortunat Strowski demanda donc pour "La porte d'Aude", l'histoire du sénéchal fantôme, alors qu'en l'an 900, comme hier, la France était à peine délivrée  d'une invasion qui avait mené jusqu'à Montmartre l'armée germanique de l'empereur Otton. 

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La maison natale de Fortunat Strowki, actuellement sans la plaque

On pourrait polémiquer à loisir sur l'indigence du petit patrimoine Carcassonnais, mais nous n'en ferons rien. En vérité, c'est bien plus grave que cela. On pourrait s'entendre dire que cette plaque avait dû être posée par quelques admirateurs, membres d'une quelconque société savante de la ville. Or, cette fois ce chapelet d'objecteur des mauvaises consciences ne peut être soutenu. Il s'agit ni plus ni moins d'un acte répréhensible par loi, qui envoie au tribunal toute personne s'en prenant aux biens municipaux. Oui ! le propriétaire de l'immeuble - si, c'est lui - doit restituer l'objet déposé. 

Source

Délibération Conseil municipal / 26 décembre 1952

A la porte d'Aude / 1928-1930 / 17° volumes

Discours de Jean Lebrau

L'Indépendant / 12 mai 1954

Notes et synthèses / Martial Andrieu

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03/09/2017

Victor Gastilleur (1884-1925), le Tartarin de Carcassonne.

Que l'on n'arrive pas à mettre la main sur la biographie de Victor Gastilleur, n'est pas peut-être pas si extraordinaire que cela. Oh ! certes, Daniel Fabre dans le dictionnaire Les Audois nous a transmis une dizaine de lignes, mais c'est bien insuffisant pour nourrir notre dent creuse. Nous nous sommes donc mis en quête de réparer une injustice concernant cet homme, totalement oublié des Carcassonnais. Et pour cause... Son aspect bohème et excentrique en fit un personnage de roman, croqué avec une délectation toute spirituelle par Louis Codet en 1908. Ce César Capéran là, confirma par ses contours finement ciselés, la rondeur et les pensées tonitruantes de notre Gastilleur. Laissons là, la caricature ! On ne devient pas l'ami d'Eugène Rouart, d'André Gide, de François-Paul Alibert, de Moréas, de Picasso, d'Alfred Jarry ou encore de Déodat de Séverac, si l'on n'est pas doté d'une vive intelligence et d'un instinct de poète. C'est peut-être cela que les Carcassonnais n'ont pas su regarder.

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Raimu dans Tartarin de Tarascon

Charles, Pierre, Joseph, Victor Gastilleur naît le 2 septembre 1884 dans une famille de riches commerçants. Son père Jean Augustin tient un magasin de chaussures au n° 9 rue de la Gare. Dans la grange jute à côté, il y installe un projecteur et diffuse sur un drap les premiers films muets. L'entrée est payante mais à demi-tarif pour les cavaliers du régiment de dragons. Elizabeth Bonnet, sa mère, tient la boutique avec son mari. L'enseigne s'appelle d'ailleurs, Gastilleur-Bonnet. Dans la Grand rue (rue de Verdun), les deux cousins Jean Auguste et Jacques Eloi possèdent le magasin de nouveautés "A la vierge", situé à l'angle de la rue Chartrand.

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A l'issue de ses études secondaires, Victor Gastilleur obtient son baccalauréat. Ceci nous est confirmé par  le degré d'instruction, notifié lors de son passage au Conseil de révision. Pas de "Bon pour les filles" ! Son passage sous les drapeaux est ajourné en 1905 pour cause d'obésité. L'année suivante, il est renvoyé dans le service auxiliaire. Victor Gastilleur exerce le métier de publiciste. Depuis qu'il s'est établi à Paris  comme étudiant dans le quartier Latin (17, rue du Val de Grâce), il mène une vie de bohème où seul le classicisme littéraire obtient de grâce à ses yeux. On le rencontre souvent dans le cercle de la revue "Vers et prose" fondée par Paul Fort en 1905.

"C'était Victor Gastilleur, invraisemblable mythomane. Dans sa chambre meublée du quartier latin, il avait introduit un fauteuil en visible provenance du Marché aux puces et qu'il affirmait être le fauteuil de Bossuet. Il le croyait." (André Salmon / Souvenirs sans fin)

Sylvain Bonmariage (1887-1966), gardait un "souvenir bizarre et charmant de Gastilleur". On vadrouillait dans le quartier des halles avec Moréas. C'était le bon temps ! Imaginez-vous que, comme femmes, Gastilleur n'aimait que les grosses mégères qui débitaient leurs salades sur le carré Rambuteau. Il se les envoyait toutes. Chacun ses goûts. Il avait la foi..." 

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Alfred Jarry

(1873-1907)

Gastilleur s'était lié d'amitié avec l'écrivain Alfred Jarry depuis 1902. Au mois d'avril 1906, il vint même à son secours et le sortit d'affaire, après que l'auteur d'Ubu roi lui ai adressé cet appel au secours

Mon cher Gastilleur,

Je suis bien malade, sans qu'il y ait de danger. Vous êtes un vrai ami. Venez, s'il vous plaît, aujourd'hui ; j'ai reçu des bons de poste de Laval et n'ai pas eu la force d'aller les toucher, il faut partir ou mourir : je suis depuis cinq jours au lit, sans avoir pu aller faire mes provisions. Venez et vous me sauverez la vie. Votre ami. Le permis est le salut.  A. Jarry

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André Gide en 1893

En février 1907, Eugène Rouart propose les services de son ami Gastilleur, à André Gide. Sur la foi de ces recommandations, ce dernier lui obtient un poste de chroniqueur dans la revue littéraire Antée. Ses débuts ne seront guère appréciés ; une note assez acerbe dans le numéro d'avril au sujet du pâtissier Huymans, lui vaudra une mise à l'index.

Monsieur J.K Huysmans, le pâtissier bien connu de la rue Saint-Sulpice, dont les friandises sont célèbres dans le monde ecclésiastique, sentant venir la mort et voulant gagner le ciel, vient de faire à Dieu, un double sacrifice : il n'écrira plus que des romans de 150 pages, et cela sans le secours du dictionnaire des synonymes. En outre, et pour expier ses fautes passées, il fera arracher les quelques dents qui lui demeurent de ses lointaines débauches, par le révérend père Léon Bloy, de l'ordre des frères-raseurs - Cette touchante cérémonie aura lieu ces jours-ci. Au préalable, et afin d'éviter au patient des douleurs inutiles, il sera endormi par Adolphe Resté qui récitera ses derniers poèmes.

Sans incidence néanmoins, puisqu'au mois août, Victor Gastilleur publie dans la revue son "discours sur l'esprit critique" dédié à François-Paul Alibert. Le poète Carcassonnais l'avait présenté à Rouart en 1906. 

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On peut considérer qu'Eugène Rouart favorisa la carrière de Victor Gastilleur. Lorsqu'il était directeur de cabinet de Jean Cruppi (Ministre du commerce) entre 1908 et 1909, c'est lui qui le mit en relation avec Albert Sarraut. Gastilleur obtint le poste de chef de son secrétariat, jusqu'en 1916 ; année où il sera mobilisé pour la Grande guerre. Gastilleur essaya de tirer partie de la protection que lui offrait Sarraut, pour embêter tous les ministres afin de réaliser un musée historique occitan dans une des tours de la Cité médiévale. Toujours par l'entremise de Rouart, il réussit à placer son neveu Lucien Lamouroux (1900-1984)- fils de sa sœur Victorine - comme secrétaire d'un ministre. En contrepartie, est-ce lui qui a fait placer Eugène Rouart à l'arrière des combats à Carcassonne en 1915 ?

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Déodat de Séverac

Tout ce petit monde des arts se côtoie et forme un noyau d'amis. En juin 1905, Victor Gastilleur écrit à Pablo Picasso pour l'inviter à Carcassonne avec Rouart : "Nous vous attendons ici cet été". Très lié au compositeur Déodat de Séverac, il participe aux salons musicaux à St-Félix Lauragais où l'on retrouve Ricardo Vinès. En 1907, il effectue un voyage à Barcelone pour rencontrer Adria Gual, dramaturge catalan et fondateur de l'école d'art dramatique. L'année suivante, Victor Gastilleur se joint à André Gide, Eugène Rouart et François-Paul Alibert pour un périple mémorable dans la Haute-vallée de l'Aude.

Que reste t-il de V. Gastilleur ?

Le 24 mai 1906, le théâtre de Carcassonne met au programme Hanibal, opéra de Joseph Baichère sur un poème de Gastilleur. Il s'agit d'un drame lyrique en deux parties et quatre tableaux. Nous n'avons pas encore retrouvé la partition. Le 24 juillet 1909, l'Ode à la Cité est exécutée au théâtre de la Cité sous la direction de Charles Bordes. Il s'agit d'une cantate pour chœur d'hommes composée en six jours par Déodat de Séverac ; le texte est de Victor Gastilleur. Seul la partie de chœur publiée à Vienne en 1910 aurait été conservée.

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Parmi les écrits de Victor Gastilleur

Sur le tombeau de Charles Bordes (1909 / NRF)

Achille Laugé, peintre languedocien (Ed. Servière et Patau / 1906)

Omer Sarraut. L'homme, la vie, l'œuvre. Préface de C. Pelletan (Ed. Servière / 1905)

En 2004, une rue de Carcassonne dans le quartier des Serres fut donnée à Victor Gastilleur. Là-bas, éloigné de ses pairs qu'il avait largement contribué à se rencontrer, aucune mention sur la plaque ne qualifie ce qu'il fut, ni ses dates de naissance et de décès. C'est bien dommage, car Victor Gastilleur mérite mieux que l'anonymat. Peut-être que ceux qui décidèrent d'honorer le poète, comme d'autres les fleurs pour une rue n'auront pas pris la peine d'effectuer ces recherches. Victor Gastilleur est mort le 1er décembre 1925 à Marseille.

Je pris posément la parole et lui prouvait qu'il avait tort : Que d'abord (comme je le pense) le favoritisme était la meilleure méthode de gouvernement, la seule qui fût digne d'un, peuple éclairé ; que nul autre moyen d'apprécier un homme et de le mettre en place ne saurait être comparé au choix et à la faveur d'un chef intelligent ; que les diplômes ont toujours constitué la parure des sots ; qu'il fallait être une sorte d'instituteur et un fétichiste pour en juger différemment. " (César Capéran / Louis Codet)

Sources

H. Bordillon /Gestes et opinions d'Alfred Jarry / Ed. Siloë / 1986

André Gide / Correspondances avec Alibert / PUL /1990

André Gide / Correspondance avec A. Ruyters /PUL 1990

André Salmon / Souvenirs sans fin / Gallimard

Louis Codet / César Capéran / Gallimard / 1927

Etat-civil et recensement / ADA 11

Notes, synthèses et recherches / Martial Andrieu

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