01/09/2018

Cette Carcassonnaise qui fut l'épouse de l'humoriste Pierre Dac

Nous sommes à Paris en 1934 et dans les coulisses du Théâtre de la caricature, la comédienne Dinah Gervyl de son vrai nom Raymonde Faure, fait la connaissance du Roi des loufoques. C'est un véritable coup de foudre ! Les deux amants ne se quitteront plus, alors même que Pierre Dac a épousé une espagnole revêche, Marie-Thérèse Lopez, le 8 janvier 1929. Raymonde Faure a quitté Carcassonne où elle est née le 10 juillet 1909 au 17 rue Courtejaire, pour tenter sa chance dans la capitale. Elle est la fille de Charles Benjamin Faure (employé de commerce) et de Rose Ourtal. Dinah Gervyl fait du cabaret et se fait remarquer par la critique dans le spectacle "Le roi du sex-appeal" en 1936 au théâtre Dejazet. Sa plastique retient toutes les attentions... Avec son amant, elle enchaîne les succès avec "La lune rousse" qu'elle interprète à ses côtés.

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© Pinterest

La mère de la comédienne, née Rose Ourtal en 1886 à Carcassonne, avait épousée en seconde noces en 1918, Paul Schouver. Ce dernier, chef de bataillon au 31e Régiment d'Infanterie de Bègles trouva la mort en 1930. Rose Schouver quitte alors Carcassonne et s'installe à Toulouse en faisant l'acquisition du Cristal Palace, à l'angle du boulevard de Strasbourg et de la place Jeanne d'Arc.

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Le Cristal Palace vers 1930

Lorsque la Seconde guerre mondiale éclate, l'humoriste André Isaac alias Pierre Dac se réfugie en Zone libre dans le sud de la France. Sa compagne qu'il n'a pas encore épousée, reste à Paris. Il effectue plusieurs tournées de son spectacle dans différentes villes. A Nice, le 17 avril 1941 il se risque à une improvisation qui se moque de l'invasion de Mussolini et qui fait plier de rire la salle. Les autorités de Vichy finissent pas censurer Pierre Dac et à le condamner à 100 francs d'amende. Dégoûté par l'ampleur que prend la tournure des évènements en France, il décide de chercher à passer en Espagne pour rejoindre la France libre en Angleterre. Aidé par sa belle-mère Rose Schouver, il réussit à contacter le réseau de résistants Berteaux qui se retrouve au Cristal Palace. Dans ce groupe, il y a notamment Jean Cassou. Rose Schouver alias Ourtal, fait partie du réseau de renseignements Béryl. Dac parvient à franchir les Pyrénées mais se fait arrêter le 16 novembre 1941. Il est incarcéré à la Carcel Modelo de Barcelone avant d'être remis aux autorités françaises. Jugé par le tribunal de Perpignan à un mois des prison seulement et 100 francs d'amende, il est enfermé à la prison de la ville. Un mois plus tard, le 26 mars 1942 avec 433,10 francs en poche, il rejoint sa belle-mère à Toulouse au Cristal Palace. Pierre Dac compte toujours rejoindre l'Angleterre par l'Espagne, mais les Allemands envahissent la zone sud en novembre 1942. L'affaire devient plus dangereuse pour cet homme de confession juive qui va devoir se planquer entre Toulouse et Perpignan, en cherchant des points de chute.

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© ECMF

Dinah Gervyl, alias Raymond Faure

Dans un courrier du 20 décembre 1944 servant de témoignage au profit d'un Carcassonnais condamné par la Cour du justice pour collaboration, Rose Schouver apporte des éléments à décharge en sa faveur. Nous apprenons que ce boulanger de la rue Barbès avait logé Pierre Dac chez lui. Il semblerait que cette famille - membre du Groupe Collaboration - qui devait avoir un lien de parenté avec les Ourtal ou les Faure, a usé de son influence idéologique pour abriter Pierre Dac.

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Pierre Dac finira par réussir à rejoindre Londres où il deviendra à la BBC, la voix de la France contre les discours haineux de Philippe Henriot : "Radio-Paris ment, Radio-Paris est Allemand !" Dans la capitale, Dinah ne se sent plus de joie : "Il a réussi, il a réussi" clame t-elle. Le 6 octobre 1944, elle finira par épouser son héros et restera avec lui jusqu'à sa mort en 1975. La comédienne Carcassonnaise mourra le 16 décembre 1977 et est inhumée à Clichy-la-Garenne (92).

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Si vous passez à Toulouse, 42 Bd de Strasbourg : Le Cristal Palace...

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12/08/2018

L'oraison funèbre de l'écrivain Pierre Sire par Joë Bousquet

"Pierre Sire est mort à Carcassonne à cinquante-deux ans. Il avait publié des romans, quelques poésies, collaborait régulièrement aux Cahiers du sud. La biographie de cet écrivain tient en quelques lignes. Né à Coursan, il a fait ses études à Carcassonne, a séjourné un an en Espagne avant d’entrer au 81e d’Infanterie. Deux ans de service, plus de quatre ans de guerre, des mois de captivité.

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Pierre Sire

(1890-1945)

Abondamment cité et décoré, il est en 1939, capitaine et chevalier de la Légion d’honneur et rejoint un bataillon alpin. Après, il connaît, comme nous tous, les humiliations de la défaite et chassé de son logis par un soudard, surmené par tous les devoirs auxquels il s’astreint, inscrit, dès 1941, dans la Résistance, il mène dans la grande misère des années sordides par une douloureuse et lucide agonie.
Sire, comme il le disait lui-même, en s’amusant beaucoup, était un des ces Français que le Maréchal Pétain accusait d’avoir beaucoup revendiqué et peu servi ; en vérité, toute sa vie d’interne à l’Ecole Normale et les dures vacances qu’il passait avant 1914, dans un village affamé par la crise viticole, outre les douze ans vécus sous la loi des guerres, Pierre Sire, comme tous ses collègues, avait connu les humiliations du fonctionnaire payé en francs de fumée et condamné à mendier le peu qui lui était nécessaire. A t-on besoin de montrer la sottise de ce reproche qui néglige les causes et condamne les victimes, essayant de déshonorer ceux qui, n’ayant jamais connu l’aisance, n’ont pu végéter sans revendiquer. Parfois, ses yeux s’éclairaient. Avec une curiosité d’enfant, il interrogeait ses amis sur leur adolescence inactive, sur leur jeunesse dévoyée ; à la lumière de leurs paroles, il se faisait une idée de ce que la bourgeoisie paresseuse appelait le bonheur. Il s’était voué à l’enfant qu’il avait choisi avant d’être un homme et, fiancé dans l’innocence, toute sa vie, il avait entretenu une seule ambition : incarner le bonheur et l’orgueil de celle que, par un instant, il n’avait cessé d’admirer et de chérir. Son activité littéraire, son activité sociale supposaient ce don entier de sa personne qui, en le vouant à un être l’approchait de son idéal, et lui inspirait ce sentiment qui, ces dix dernières années, a fait de lui la conscience d’un groupe où personne désormais, ne peut plus se passer de son souvenir : Pierre Sire avait pitié de ceux qui doutaient.


Une philosophie fort à la mode en ce moment, et issue, nul ne s’en étonnera, d’un cerveau gagné au nazisme, suggère que l’existence est absurde. Rien de plus admirable que le produit de cette honnête spéculation. La pensée ne peut pas donner un sens à l’existence, qui la domine et la fait ce qu’elle est ; et comme elle ne sait pas devant ce résultat, avouer son impuissance, au lieu de douter de ses propres calculs, elle doute de la vie. Or, une conviction est bien acquise aux hommes d’âge mûr. Ils ont appris à mépriser les livres, cependant ils savent que la conscience d’un homme n’est pas le fruit du temps, mais la force du temps ; ils savent que personne ne vit, ni ne meurt au hasard. On dirait que nous naissons pour affronter la vie qui nous est faite et lui substituer toute une vie que nous sommes.
Aussi profondément déchirés par la mort de Pierre Sire, nous n’oserons cependant pas dire qu’il est mort trop tôt. Ce n’est pas à notre cœur d’appeler prématurée l’heure où sa conscience a pris la place de sa personne. Il ne nous reste qu’à interroger notre raison. Peut-être apprendra t-elle, elle qui ne connaît pas la mort, les devoirs qui nous sont dictés par cette existence entrée aujourd’hui dans la vérité et devenue pour toujours la lumière de nos mémoires.

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Le jardin Pierre et Maria Sire au pied du Pont vieux

Il y a trois parts à distinguer dans l’existent de Pierre Sire. d’abord, le confident et les disciple de Claude Estève, qui prépare, avec Mme Sire, ses premiers livres dans sa solitude studieuse de Cailhau. Cet officier - revenu à 25 ans de la guerre - ne pense qu’à recommencer ces études. Il sait qu’un homme est tout ce qui existe moins le peu qu’il est lui-même. Il n’a pas de protecteurs, il n’a nulle ambition. Comme Claude Estève qui, en sortant de Normale Sup s’est mis à l’école des poètes de vingt ans, il recommence sa culture, il travaille.


Un jour, un poste sera libre au lycée de Carcassonne. Quelques amis voient le Préfet de l’Aude, lui demandent quelles démarches il faut entreprendre pour caser Pierre Sire au chef-lieu. « Fichez-moi la paix avec vos recommandations » répond l’administrateur avec force. « Il s’agit du meilleur maître du département. Qu’il demande le poste et nous le lui donnons, son inspecteur et moi. Mais il n’a que des désavantages professionnels à l’obtenir ». Pierre Sire était un excellent professeur. Il ne prenait pas un grand souci de ses intérêts professionnels. Il demanda et obtint le poste de Carcassonne. Ainsi s’ouvrit la deuxième période de sa vie qui se confond, comme nous le verrons bientôt, avec l’activité du groupe audois. Notons enfin avec respect et émotion que la mort de Pierre Sire intervient à l’apogée de la troisième période, celle qui faisait de lui le maître et l’initiateur de ceux que des ambitions et des goûts artistiques avaient d’abord réunis.


Un jour, sous son influence, et sans cesser de former une association intellectuelle, nous comprenons qu’écrire n’est pas un jeu. Ce qui est l’intérêt des lettres, c’est la réalité sociale qu’elles mettent en jeu. Sire nous persuade que l’écrivain est l’élu d’une société d’esprits, et qu’il ne parle bien aux hommes que s’il a conscience de parler en leur nom. Cette période avait été préparée par les relations quotidiennes jadis entretenues avec le grand socialiste Frantz Molino.
Depuis longtemps, Roubaud était des nôtres. C’est l’honneur de Sire d’avoir compris le premier que journalistes, théoriciens du socialisme, militants du progrès politique et moral avaient beaucoup à nous apprendre et devaient entrer d’office dans notre association de travailleurs. Guille, Milhaud, Vals devenaient nos amis et nous nous avisions que nos buts étaient les mêmes. Une association France-URSS allait se fonder à Carcassonne et nous demander de collaborer avec elle. On jetait, avec notre ami M. Lavielle, les bases d’un Cercle français co-anglais. Sire était l’homme de tous ces projets et si nous l’avons bien compris, il en serait l’âme désormais."

Nos articles sur Pierre Sire

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Source

Midi-Libre / Avril 1945

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03/07/2018

Qui était Paul Didier (1889-1961) dont une rue porte le nom à Carcassonne ?

La famille Didier avait quitté sa Lorraine natale en 1871 refusant l'annexion de celle-ci à l'Empire Allemand, après la défaite de Napoléon III. Elle émigrait alors dans l'Aude où l'un de ses fils, se mariait à Moux avec la fille de Ferdinand Théron (1834-1911), député de la 2e circonscription du département. Elu Radical-Socialiste de 1871 à 1905, le beau-père s'était distingué par son opposition au Second Empire. Son gendre, élève à l'Ecole Normale Supérieure - docteur en science et agrégé de chimie - n'en fut pas moins contestataire, à tel point qu'on lui refusera l'accès à Saint-Cyr pour motif politique.

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Paul Didier en 1911

C'est dans ce creuset très républicain que naît Paul Didier, le 15 novembre 1889 à Carcassonne. Après de brillantes études secondaires au lycée de la ville, le jeune Didier fait ses études de droit et devient Rédacteur principal au Ministère de la Justice. En 1911, il s'inscrit au barreau de Paris puis est mobilisé en 1914 eu sein du 112e régiment d'infanterie. Un an après l'armistice de 1918, le concours de la magistrature en poche, Paul Didier est affecté au tribunal de Béziers. Il n'y restera que deux ans avant d'entrer à la Chancellerie en 1922 ; il réside à Paris au n°5 rue de la santé.

Le cycliste

Ce que l'on sait moins et que nous avons pour ainsi dire découvert, c'est que Paul Didier fut un champion du cyclisme sur piste. L'Agence de photographies Rol publia ses exploits que la Bibliothèque Nationale de France conserve précieusement dans ses tiroirs. 

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Paul Didier vainqueur du Prix Fournier le 13 février 1910

Le magistrat possédait en dehors des prétoires une activité sportive, parmi les plus en vue de l'époque. Un véritable pistard, champion des vélodromes parisiens. 

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Au départ (à gauche) sur le vélodrome du Parc des Princes, le 27 mai 1912

La carrière sportive de Paul Didier s'achèvera vers 1926. En 1921, il participait encore au Championnat de vitesse sur piste en finissant 1er de la 4e série. Cet homme constitué d'un esprit sain dans un corps sain possédait toutes les qualités de la sagesse au service des valeurs pour lesquelles il ne transigea jamais. Nous le verrons par la suite...

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Paul Didier à la fin de sa carrière sportive 

Le magistrat

Quelques semaines seulement après l'entrée en fonction du gouvernement de Vichy, le magistrat - passé sous-directeur du sceau chargé des naturalisations -s'oppose aux mesures xénophobes de l'Etat Français.  Il est écarté le 22 septembre 1940 et mis dans un placard. L'acte constitutionnel du 14 août 1941 obligeant tout magistrat à prêter serment de fidélité à Pétain, Paul Didier s'y refusera en raison de ses convictions républicaines. Il est seul frondeur parmi l'ensemble des magistrats. D'abord suspendu en guise de sanction, il est ensuite arrêté sur ordre du ministre de l'intérieur et enfermé au camp d'internement de Châteaubriant (Loire-Atlantique). Libéré en 1942, il est assigné à résidence à Moux (Aude) puis mis à la retraite d'office le 11 août 1942.

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Paul Didier avec sa robe d'hermine

Le Résistant

A Moux, le magistrat ne reste pas inactif et participe aux actions des réseaux de Résistance de Lézignan. A la Libération, le Comité départemental de Libération le nommé Vice-président du Conseil municipal de Moux. Un honneur pour ce village qui ferait bien de s'en souvenir... 

"Telle une ombre légère, furtive, le Président Didier passe. Long, mince, pâle jusqu'à la quasi transparence... Pour le définir, on en appelle au doux Pascal : "L'homme n'est qu'un roseau..." Le Président est courageux comme un autre est turbulent ou vulgaire. C'est une question  de tempérament. Son courage, toujours présent, fait partie de sa structure. Il est cela, indispensablement, comme est indispensable la respiration à l'être vivant. Indépendant par respect de soi-même. Par dignité aussi. Qu'une pointe d'orgueil se mêle à cette disposition d'esprit, c'est vraisemblable. Mais c'est de l'orgueil de qualité.

Il eut à subir, voici quelques mois, la conséquence de son indépendance : une bombe fut déposée devant son logis et éclata. Le miracle est que, si l'appartement fut détruit, sa famille sortit indemne de l'attentat. Il présidait une audience quand on vint l'informer de l'évènement. Il suspendit les débats et revint quelques minutes plus tard : "Messieurs, une bombe vient d'éclater à mon domicile. Excusez-moi de vous avoir interrompus. L'audience est reprise."

(Madeleine Jacob / Libération / 20 octobre 1952)

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Paul Didier meurt à Paris le 22 mai 1961. Voici ci-dessous un extrait de l'hommage funèbre de l'Avocat général Lambert à l'audience solennelle de la Cour d'appel de Paris le 16 septembre 1961.

"Et maintenant, messieurs, nous devons nous recueillir avec une ferveur particulière, car nous allons évoquer la mémoire d'un magistrat qui fut, comme naguère un écrivain célèbre, "un monument de la conscience humaine".

Septembre 1941 ! Il y a vingt ans ! Notre pays était au fond de l'abîme. La presse de Paris, contrôlée par l'ennemi, annonçait ce jour-là que, sur une place de notre capitale, une musique militaire (dont point n'est besoin de préciser la nationalité) jouerait un hymne à la gloire de la Germanie victorieuse. Mais dans cette atmosphère, dans ce climat, ces mêmes feuilles ne pouvaient cependant pas dissimuler que, la veille, venait de s'accomplir un des hauts faits de l'histoire de la magistrature française : le Président Paul Didier, à cette juge au Tribunal de la Seine, avait refusé le serment imposé par "L'Ordre nouveau". Le lendemain, il était arrêté et devait être bientôt dirigé sur ce camp d'internement de Châteaubriant qui a laissé de si dramatiques souvenirs.

Peu de temps avant la rentrée judiciaire de 1941, les juristes de la Résistance, avertis de la prochaine obligation du serment, avaient sollicité les instructions de ceux qui dirigeaient la lutte clandestine. Devait-on répondre par des démissions massives ? Laisser se démasquer ceux qui étaient déjà engagés dans l'action secrète contre l'occupant ? "Gardez-vous en bien, fut-il répondu, mais il serait bon, néanmoins, que l'un de vous assumât cette forme de résistance ouverte." C'est alors que Paul Didier décida que, s'il devait n'y en avoir qu'un, "il serait celui-là".

Messieurs, le souvenir du Président Didier nous a conduit à rappeler une des périodes les plus sombres de notre histoire, mais qui fut fertile en actes de courage et d'abnégation. Le geste de Paul Didier fut l'un d'eux."

La promotion 1987 de l'Ecole de la magistrature porte le nom de Paul Didier. Il repose au cimetière de Moux dans l'Aude depuis 1961.

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© Jacques Blanco

Une rue qui finit en impasse porte le nom de ce magistrat dans le quartier du Méridien. Tout un symbole chez nous... Nous remercions Jacques Blanco de nous avoir signalé cette rue, ce qui a permis d'établir une relation avec la photographie d'un cycliste que nous possédions.

Sources

Recherches et Synthèse / Martial Andrieu

Bibliothèque Nationale de France

La Résistance audoise / Lucien Maury

Recensement militaire / ADA 11

Le blog de P. Poisson

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21/06/2018

Osmin Nogué (1865-1942), avocat et chansonnier

Osmin Nogué naît à Carcassonne le 6 novembre 1865 d'un père, employé aux lignes télégraphiques, originaire de Tarbes. L'intelligence du jeune Nogué se fait très vite remarquer de ses professeurs, notamment au lycée de garçons de la ville où il se distingue comme un brillant élève. Après ses études de droit et un exil momentané à Paris, l'avocat revient à Carcassonne et s'installe 59, boulevard du musée. C'est aujourd'hui, le boulevard Camille Pelletan.

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Osmin Nogué

Nogué se rapproche des milieux radicaux-socialistes et épouse le 2 octobre 1894, la fille du maire de Carcassonne Omer Sarraut. De cette union avec Jeanne Sarraut (1876-1963), naîtront trois enfants : Cécile Nogué (1895-1981), Yvonne Nogué (1899-1909) et Maurice Nogué (1904-1994). Le grand malheur du couple sera la perte tragique et brutale de leur fille Yvonne, décédée à l'âge de dix ans d'une phlébite orbitaire.

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Osmin Nogué en représentation théâtrale

L'avocat participe à la vie de nombreuses associations culturelles... Dans la Compagnie d'Art dramatique l'Athénée, il est au Comité d'honneur. A la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude, il est membre depuis juillet 1897 grâce à Marius Robert et Jean Philibert. Son action humanitaire se fait remarquer au sein de la Commission des hospices, où chacun loue les bienfaits de Monsieur le Vice-Président.

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Cet homme, oublié de nos jours, restera bâtonnier au Tribunal de 1er instance de Carcassonne de 1908 à 1909 et de 1935 à 1936. Quatre mandats au cours desquels, il s'assura le respect de l'ensemble de ses confrères. Lorsque l'on a une telle position dans la vie sociale et civile, on peut qu'être attirer par la politique surtout avec de fortes idées républicaines. Adversaire résolu de Gaston Faucilhon, adjoint de Sauzède puis maire de Carcassonne, Nogué fait entendre sa voix comme conseiller municipal. En vérité c'est politiquement un sympathisant du radicalisme, incarné par les Sarraut. Il dirige même à Carcassonne "La dépêche de Toulouse" et représente le syndicat des journalistes.

En 1924, son beau-frère Maurice Sarraut lui fait obtenir la légion d'honneur ; il sera élevé au grade d'officier en 1938 et choisira son confrère Henri Malric pour sa réception. Osmin Nogué restera tout de même neuf années de 1919 à 1928, conseiller général du canton ouest. Ne souhaitant pas se représenter devant les électeurs, Albert Tomey prendra son siège en 1928.

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Sous le pseudonyme de Jacques Aubin, Nogué fait publier en 1922 sous la forme de chroniques de la société Carcassonnaise, un livre imprimé chez Gabelle. Les illustrations sont du caricaturiste Dantoine et le texte est assez savoureux. Il dépeint les méandres d'une ville à l'hygiène douteuse et aux mœurs incarnées par des personnages d'une exaltante typicité.

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La prieuvre

Quand sur le boulevard le noble Barreau passe,

Serviette sous le bras et le front soucieux,

Il ne se doute pas qu'il est suivi des yeux

Par un monstre tapi dans son antre rapace

Le Fisc sombre pieuvre à l'appétit puissant,

Le Fisc aux mille bras tapissés de ventouses

Dont les hydres de mer se montreraient jalouses, 

Le guette pour l'étreindre et lui sucer le sang.

 

Barreau te reposant sur d'anciens privilèges,

Tu te croyais naïf, protégé contre lui,

Tu vivais sans soucis, mais qui peut aujourd'hui

Du succube goulu fuir traquenards et pièges ?

Barreau, plein de savoir mais de candeur pétri,

Tu tombes à ton tour dans les filets perfides

De l'odieux calmar aux suçoirs myriafides

Et te voici couché, pâle et le front meurtri !

 

Mengué, le rabatteur du monstre enflé de lucre,

T'a poussé doucement vers le gouffre profond

Où notre humanité se liquéfie et fond,

Comme un café brûlant voit fondre un grain de sucre.

Aspirés par la bouche avide de l'impôt

Tu vois tes fiers enfants, infortunés confrères,

Dans la poche du fisc verser leurs honoraires,

Pauvres, exsangues, nus, les os trouant la peau.

 

Mais tout ceci n'est qu'une image

Rien qu'une image en vérité,

Vite à présent tournons la page

Et voyons la réalité.

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La tombe de la famille Nogué, cimetière St-Vincent

 

Sources

Recherches, synthèse et rédaction / Martial Andrieu

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12/06/2018

Le docteur Albert Tomey, maire de Carcassonne

Albert Tomey naît à Carcassonne le 22 juin 1882 dans un bel immeuble de type Hausmanien, construit par Marius Esparseil en 1880. Après des études à la Faculté de médecine de Toulouse où il a comme collègue et ami le futur Dr Ducuing, le jeune médecin s'installe dans sa ville natale en 1913. Il établit son cabinet chez lui, place Davilla.

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Albert Tomey

(1882-1959)

 Après la Grande guerre, Albert Tomey se lance en politique sous l'étiquette Radical-Socialiste à l'assaut de la mairie de Carcassonne. Le 10 décembre 1919, il est élu premier magistrat de la ville et effectuera le plus long mandat à ce poste jusqu'à sa révocation en 1941 par le Maréchal Pétain. Le 14 octobre 1928, le Dr Tomey entre au Conseil départemental comme Conseiller du Canton ouest.

Choqué par le taux de mortalité infantile engendré par la déplorable hygiène qui régnait à Carcassonne, le nouveau marie s'attela tout d'abord à doter la ville d'une système de tout à l'égout. Les écoles publiques étaient négligées, mal entretenues. L'une d'elles, celle du Square Gambetta, était dans un tel état que les rats d'égout venaient se promener dans les salles, même pendant les cours. Dans ce milieu, le souci de la salubrité publique, passait au second plan. Quelques maisons avaient des fosses ; c'était presque du luxe malgré les désagréments de la vidange. La majorité n'avaient pas de WC ! Dès la tombée de la nuit, la rue devenait un dépotoir à l'atmosphère irrespirable. Les vespasiennes mal entretenues étaient autant de foyers d'infection. Un service de répurgation se faisait au minimum. Les boites à ordures n'existaient pas et en permanence, on voyait de petits tas d'ordures devant les maisons, le long des trottoirs en pleine rue. L'eau d'alimentation n'avait rien de potable : des maladies étaient dans la ville à l'état endémique. 

Le conseil municipal prit du temps à faire installer le tout-à-l'égout, car le coût des travaux ne permit pas de le commencer rapidement. Le financement de l'état participa à l'œuvre d'hygiène et les Carcassonnais purent se soulager chez eux dès 1926. On dit à juste titre que le Dr Tomey transforma totalement Carcassonne au cours de ses mandats. Voyez plutôt...

Hygiène publique

Auto-javelisation des eaux par le procédé Bunau-Varilla (1925), Equipement d'un réseau de tout-à-l'égout (1926), Raccordement des immeubles au réseau général de distribution d'eau (1928), Installation du régime des poubelles. Enlèvement des ordures ménagères par des véhicules à traction électrique (1929), Construction de la station de pompage de l'île (1930), Modernisation des abattoirs et construction du deuxième réservoir de Grazailles (1931), Création de chalets de nécessité (1939)

Jeunesse

Création de l'école André Chénier (1921), Construction de l'école Jean Jaurès en remplacement de l'école du musée et de l'école du square (1924), Construction du lycée de jeunes filles - aujourd'hui collège Varsovie (1928), Agrandissement de l'école du Bastion, Création du Parc municipal des sports de la Pépinière - aujourd'hui stade Domec  (1934).

Urbanisation

Classement de la ville en station de tourisme. Création d'une Chambre d'industrie touristique (1922), Passage cimentés sur les boulevards (1926), Electrification des écarts et cimentant des rues (1930), Restauration du Théâtre municipal et création de la caserne des pompiers (1933), Restauration de l'hôtel de ville (1934), Bourse du travail (1937), Substitution de l'éclairage public électrique à l'éclairage au gaz de ville (1938). 

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Le conseil municipal d'Albert Tomey

L'œuvre de Tomey aurait sans doute perduré, si son conseil municipal n'avait pas été révoqué par le maréchal Pétain le 9 février 1941. On ne remettra pas en cause les valeurs d'humanité, ni les idées républicaines d'Albert Tomey. Toutefois, il faut s'interroger sur les raisons pour lesquelles les historiens locaux n'ont jamais évoqué l'activité de l'ancien maire durant le règne de Vichy. Les archives sont pourtant bien là et sans vouloir faire la morale, il faut que la vérité historique soit révélée dans son ensemble. Après la Libération, la Commission d'Epuration de Contrôle et de Sélection de l'Aude se penchera sur le cas du Dr Tomey. L'Union Locale des Syndicats Ouvriers de Carcassonne - C.G.T par la voix de M. Bonnemaison souhaitera envoyer Albert Tomey devant la Chambre civique. En effet, si le docteur avait été révoqué de son poste de maire, Vichy l'avait nommé à la tête du Conseil départemental de l'Aude. A ce titre, il avait été présent à la soirée inaugurale de la Milice de l'Aude le 28 février 1943 au Théâtre municipal. Les communistes qui venaient de payer un lourd tribu pour la Libération du pays, n'entendaient pas faire de cadeaux aux Radicaux dont beaucoup avaient choisi de voter les pleins pouvoirs à Pétain en 1940. On avança des preuves... Par exemple, les coupures des journaux de cette fameuse soirée de 1943 repris par "La République sociale" le 14 décembre 1944 :

"La constitution de la Milice eut lieu, pour notre département, le 28 février 1943 au Théâtre municipal de Carcassonne. Cette réunion était présidée par M. Freud-Valade, préfet de l'Aude, entouré du Dr Tomey, Conseiller national ; Caillard, délégué régional de la Légion des Combattants, etc."

Dans sa conclusion, le Commissaire spécial de Carcassonne déclara dans un courrier adressé au Commissaire du gouvernement le 27 février 1945 que "les fonctions qu'il a exercé (Dr Tomey) sous Vichy et sa présence à la soirée inaugurale de la Milice, ne peuvent être considérées, à mon avis, comme tombant sous le coup de l'ordonnance du 26 novembre 1944." L'argumentaire du commissaire minore les responsabilités de l'ancien maire en arguant que celui-ci n'a jamais fait de propagande et que ses fonctions n'avaient pas de pouvoir politique. Si le Dr Tomey garda son poste de Président du Conseil départemental nommé par Vichy jusqu'à la Libération, sa carrière politique s'arrêta avec le retour de la République.

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L'immeuble Tomey, place Davilla

 Le 19 novembre 1959 s'éteignait à Carcassonne Albert Tomey à l'âge de 77 ans. Ses obsèques avaient lieu le lendemain et le cortège funèbre empruntait les boulevards de Varsovie et Omer Sarraut avant d'arriver à l'église Saint-Vincent. Les cordons du poêle étaient tenus par le maire Jules Fil et trois de ses prédécesseurs   : Philippe Soum, Parce Itard-Longueville et même Jules Jourdanne qui fut nommé par Vichy. Suivant la dépouille mortelle d'Albert Tomey, on remarquait les docteurs Buscail, Babou, Héran, Albert, Millet et Peyronnet. Gazel (Président des anciens combattants), Joseph Jean (Ancien secrétaire de mairie), Julia (adjoint au maire), Ct Béteille, Callat (Président du Souvenir Français), Noubel (Conseiller général) et les anciens collaborateurs d'Albert Tomey : Amiel, Sarcos, Boudenne, Rimalho, Nogué, Bruela, Blanchard (ingénieur de la ville), etc.

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Le 10 février 1967, l'ancienne rue du marché prit le nom d'Albert Tomey, en reconnaissance pour l'œuvre qu'il avait accomplie en faveur des Carcassonnais au cours de ses mandats. S'il n'y a pas de rue Jean Mistler à Castelnaudary, il y a une rue Tomey à Carcassonne. Toute l'ambiguïté de la capitale audoise est peut-être bien là...

Sources

ADA 11 / Fonds Francis Vals

Journaux locaux

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08/06/2018

Ce Carcassonnais qui décora Walt Disney de la légion d'honneur à Los Angeles

Chez Eurodisney, une photographie encadrée orne fièrement l'un des bureaux du siège du groupe. Il s'agit de Walt Disney recevant le 8 juin 1936 depuis l'Hyperion Studio à Los Angeles, les insignes de Chevalier de la légion d'honneur. Si tout le monde se souvient du récipiendaire, il y a fort à parier que plus personne n'a retenu le nom de Jean Joseph Viala, Consul de France à Los Angeles.

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© EuroDisney

Jean Joseph Viala naît à Carcassonne le 21 juillet 1895 au n°21 de la rue de l'Aigle d'or. Après des études primaires à l'école du Bastion, puis secondaire au lycée de garçons, le jeune homme décroche son baccalauréat sans difficultés. Lorsque la Grande guerre éclate il est mobilisé, mais se blesse en ramassant une fusée allemande qui lui éclate dans la main. Evacué le 22 septembre 1917, il perd les quatre doigts de la main gauche et rentre chez ses parents à Carcassonne, 1bis rue de la Liberté. La croix de guerre avec étoile de bronze lui est alors attribuée. Malgré cet handicap, Jean Joseph Viala n'entend pas mettre un terme à ses ambitions. Il prépare le concours des commis de la chancellerie ; il le passe avec succès avant d'être nommé au Consulat de France à Sidney. Il accède ensuite au poste de Vice-consul de France à Glasgow, puis de Londres. Nous sommes exactement le 23 janvier 1928. 

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Walt Disney, Mme Viala née Bonin et sa fille Janine

A Los Angeles, le Consul de France fréquente les stars de cinéma : Greta Garbo, Gary Cooper, Claudette Colbert, etc. C'est précisément à cette époque qu'il décore Walt Disney de la légion d'honneur. Pour l'anecdote, le dessinateur demandera à ce que l'on épingle la médaille sur un Mickey grandeur nature.

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Jean Joseph Viala et Walt Disney

Le "concours du Quai" en poche, notre diplomate travaille au Consul de France à Paris en avril 1940 et se spécialise dans le droit maritime. Il publie un traité que l'on appelle "Le Viala". Cette même année et jusqu'en 1945, il occupe dans la capitale puis à Vichy, les responsabilités de chef de service du Chiffre (Messages secrets). Après la Libération, Jean Joseph Viala devient Consul général de France à Chicago puis directeur du Chiffre. A l'issue de l'indépendance des anciennes colonies d'Afrique du Nord, il met en place le Consul du Maroc et de Tunisie. Il finira sa carrière de diplomate comme Ambassadeur de France au Libéria, puis se retira à Carcassonne. Le 5 février 1960, M. Viala entre au comité directeur du Syndicat d'Initiatives avant d'en devenir le vice-président le 11 mars 1963. A Jean Deschamps - directeur du festival de la Cité - il prodigue de nombreux conseils en sa qualité de président des Amis de l'orgue de Saint-Nazaire. L'ancien ministre plénipotentiaire ouvre même une galerie d'art "Le tréseau" dans la Cité médiévale, dans laquelle il habite. Beau-père de Jacques Reynès - président de la Fédération de Jeu à Treize et de l'ASC XIII - Jean Joseph Viala s'éteint le 16 février 1964 à Carcassonne. Ses obsèques ont lieu dans la basilique Saint-Nazaire.

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