28/01/2016

Le 26 août 1923, Carcassonne reçoit le maréchal Joffre

Au matin du 26 août 1923, le maréchal Joseph Joffre arrive en gare de Carcassonne par le rapide Paris-Font Romeu, à 8H02. Le train a 20 minutes de retard lorsque le glorieux combattant de la Grande guerre descend du wagon. Il est aussitôt accueilli par M. Vincent Jordy (adjoint au maire) qui représente en son absence le Dr Albert Tomey. On remarque également MM. Maurice Sarraut (sénateur), Renard (préfet de l'Aude), Milhet (député), Albert (Président de l'Association des mutilés), le colonel Crébassol (commandant d'armes), Rougé (secrétaire de la préfecture), Cazenave (conseiller de la préfecture), Justin Guilhem (Conseiller général), Estève (Directeur des postes), etc... Après avoir salué ces personnalités, le maréchal s'est rendu en automobile à la préfecture ; sur son passage, une foule dense et enthousiaste s'était massée le long du Jardin des plantes.

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© Wikipédia

M. Albert Sarraut, ministre des colonies est allé rejoindre le maréchal à la préfecture et, à 9 heures et demi, le cortège officiel monta à la Cité par le square Gambetta et le Pont vieux. Quand le maréchal arriva sur la place du château comtal, l'Union Musicale exécute la Marseillaise ; puis M. Poux, le savant archiviste départemental, donne au maréchal quelques explications sur le château et son rôle dans l'histoire de la Cité. Du château, le cortège se rend à la Tour Narbonnaise et on monte dans la salle des chevaliers, où un partitif d'honneur est offert par la municipalité. M. Poux continue ses explications sur la Cité par un tableau d'ensemble des fortifications et un bref historique de l'antique forteresse. Autour de la table où le vin d'honneur est servi prennent place les personnalités et d'autres, parmi lesquelles : MM. Durand (Sénateur), Constans (député), Albert et Mestre (Association des mutilés), Bès et Marsans (Association des vétérans), Granat et Argiles (Association des médaillés militaires).

M. Jordy souhaite la bienvenue au maréchal au nom des Carcassonnais et salue en lui, l'enfant du pays. Joseph Joffre était né à Rivesaltes dans les Pyrénées-Orientales. Le maréchal remercie Carcassonne pour son chaleureux accueil et indique qu'il connaît bien cette ville, dans laquelle il a passé en 1868 son baccalauréat, auquel il fut... recalé. Depuis il n'y était pas revenu, mais n'en compte pas moins des amis parmi les citoyens.

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L'adjoint au maire présente pour la première fois le livre d'or de la ville à la signature des illustres visiteurs de Carcassonne. C'est donc le maréchal Joffre qui a l'honneur de l'inaugurer.

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À 10h15, le glorieux maréchal part pour Sigean par la route de Narbonne en compagnie du ministre, du préfet et des membres du parlement. Il doit inaugurer dans l'après-midi, le monument aux morts de la ville de Sigean. Joseph Joffre y prononcera ce bref discours :

"Je suis heureux de me retrouver parmi cette population de Sigean, que j'ai connue et appréciée autrefois, il y a une trentaine d'années, lorsque je venais presque annuellement rendre visite à mon ami Gauthier, dont je connais le mérite patriotique."

Par décision du conseil municipal de Carcassonne, l'avenue de la gare prit le nom du maréchal Joffre, le 4 mars 1936 ; il en fut de même pour celle du maréchal Foch.

Sources

L'express du midi / 27 août 1924

Carcassonne et ses rues / Léon Riba

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13/10/2015

Le monument aux morts du Couvent des Capucins retrouve la lumière !

Le samedi 12 octobre 2002, le Couvent des Capucins dans la rue du 24 février était entièrement rasé et allait laisser place à une résidence immobilière. Vous pouvez à ce sujet consulter ci-dessous l'histoire de cet énorme gâchis.

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Voici comment les peintures marouflées de Jacques Ourtal et le monument aux morts de la Grande guerre ont été sauvées in-extremis de la destruction.

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Voilà où en était la destruction quand avec émoi, on entendit: 

"Il faut tout arrêter, ils vont détruire les toiles de Jacques Ourtal".

Ne pouvaient-ils pas s'en soucier plus tôt ? Il paraît qu'on avait oublié le grand peintre qu'était Ourtal. Heureusement, L'abbé Didier Escoupérié passait par là, car sans lui... Bon, on dépêcha sur place les services de la DRAC qui ordonnèrent la sécurisation des oeuvres du peintre, marouflées sur les murs que la chute des pierres avait rendus poussiéreuses. La mairie, grâce à Nicole Bertrou, imposa au promoteur qui n'avait cure de ces objets d'art et qui, sans elle, les aurait passé au pilon, de financer le sauvetage. C'est dans des conditions précaires et dangereuses que Andrezej Mielniczek (restaurateur agréé par les Monum), Corinne Calvet et M-C Ferriol ont sorti les toiles posées contre les murs des chapelles et du choeur. Ils ont travaillé sur un échafaudage municipal inadapté, en risquant de prendre des pierres sur la tête à tous moments. Là, où il leur aurait fallu 15 jours, on leur en donna seulement quatre. Malgré cela, les toiles furent mises en lieu sûr avec le concours de la camionnette du père de Corinne. L'essentiel était sauf...

Que sont devenues les oeuvres d'Ourtal ? Le promoteur les a données (par la force des choses) à l'association diocésaine. La Sainte face a été vendue pour l'euro symbolique a la ville de Carcassonne, qui l'a déposée à l'église St-Vincent. La grande peinture représentant St-François d'Assise est enroulée dans un dépôt, en attendant de lui trouver un point de chute. Les anges et la grande fresque ont été protégés par la commission départementale des objets mobiliers, il y a environ deux ans. Il a été décidé que le monument aux morts serait déplacé dans la chapelle du cimetière St-Michel. Les tableaux sur toile sont à Notre-Dame de l'Abbaye. Quant aux statues, elles ont été données à d'autres congrégations religieuses. C'est selon Corinne Calvet, ce qui a permis de redécouvrir le talent Jacques Ourtal.

Le Monument aux morts

Après avoir été acquis pour l'euro symbolique par la municipalité de Jean-Claude Pérez - grâce à l'intervention des abbés Cazaux et Escoupérié - le monument aux morts a été installé dans la chapelle du cimetière Saint-Michel.

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Il s'y trouve actuellement et nous avons le plaisir de vous le faire découvrir en exclusivité dans son nouvel emplacement. C'est un miraculé qui a échappé aux bombardements de l'abrutissement de quelques incultes.

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© Jacques Blanco

Les noms de tous les frères Capucins de France, morts lors de la Grande guerre, sont inscrits sur ce monument. Au-dessus, les toiles du peintre Carcassonnais Jacques Ourtal.

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© Jacques Blanco

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17/06/2015

Gustave Motte, un carcassonnais fusillé pour l'exemple en 1915

Gustave Paulin Raoul Motte est né le 13 septembre 1875 à Marseille. À Carcassonne, où il exerce les fonctions de banquier, on lui doit la construction du Grand hôtel Terminus achevé à la veille de Première guerre mondiale, le 24 juin 1914. Le 2 août 1914, le lieutenant Motte répond à l'ordre de mobilisation générale. Il est affecté au 224e régiment d'infanterie dans la 22e compagnie. En tant que directeur général de l'établissement, les responsabilités ne le quittent pas, il est inquiet de l'avenir de l'hôtel et de ses affaires. Cette situation le ronge au point d'en "perdre la tête".

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Au coeur du conflit

Le 30 janvier 1915 à 10 heures, le régiment reçoit un premier détachement du 119e régiment territorial comprenant, en autre, le lieutenant Motte qui est affecté à la 22e compagnie comme chef de section. 

 

 "Le 30, j'ai été dans les bois de Fargny, ma section était à la gauche de la compagnie. J'ai fait ce qu'il fallait faire. Il y a eu des obus pendant la nuit. J'avoue que j'ai eu peur. J'ai pensé à prendre la fuite. J'ai essayé de faire bonne contenance...Le 1e février, j'offrais au sergent-major de l'accompagner à Suzanne. C'était un prétexte...J'ai été saisi par la vue des cadavres. Le capitaine m'en avait montré un certain nombre. Je suis parti des tranchées avec le sergent-major de la compagnie. J'ai visité le poste du commandant. Mon idée dès ce moment était de fuir. J'étais comme fou."

 

  Le 1er février 1915 à 14 heures, le lieutenant Motte quitte l'abri du commandant Porlier pour rejoindre sa section dans les tranchées de premières lignes, au bois de Fargny (Somme). Au lieu de se diriger sur son poste de combat, le prévenu se dirige sur Suzanne. Pendant une partie du trajet, il est accompagné par le sergent-major Thibaut qui allait toucher le prét de sa compagnie et lui fait quelques confidences sur le but de son déplacement. Il voulait, dit-il, retrouver une somme de 5000 francs perdu par lui soit à Vaux, soit à Suzanne ou peut-être encore déposée par mégarde dans sa cantine. Arrivé au village, le lieutenant rencontre et discute quelques instants avec le sous-lieutenant Chanal. Depuis ce moment, le lieutenant Motte n'est plus apparu et nul ne sait où il se trouve. Ne voulant pas être seul, le lieutenant se rend à Lyon et à Annonay pour chercher des amis. Il passe par Lourdes pour avoue-t-il passer à l'étranger. Il poursuit sa route à Hendaye, va à Carcassonne voir sa femme et sa fille (âgée de 11 ans). Ne voulant pas être arrêté, le lieutenant Motte part précipitamment sur Marseille où il resta 48 heures. Ensuite il se rend à Amiens en passant par Limoges. Après avoir traversé plusieurs autres villes, le prévenu se rend à Rouen ; il rencontre le général Gorrau. 

 

Jugé pour abandon de poste

en

présence de l'ennemi

 

Le 17 avril 1915, le conseil de guerre de la 53e division d'infanterie, séant à Bray-sur-Somme (Somme) condamne, à la majorité de quatre voix contre une à la peine de mort. Un médecin atteste que le prévenu est dépressif, au bout du rouleau. Le conseil de guerre ne tient pas compte du diagnostic. Le lendemain, le condamné écrit une lettre au général Berthelot commandant de la 53e division d'infanterie pour plaider sa cause.

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©mémoiresdeshommes.org

 

"Je suis absolument anéanti à l'idée que la peine de mort me soit appliquée. J'ai commis le crime qui m'est reproché dans des conditions que je n'ai cessé d'affirmer avoir été indépendantes de ma volonté. Plus tard la raison me revenant enfin ,e sui venu volontairement répondre de mes actes persuadé que dans une certaine mesure il m'en serait tenu compte. J'ai l'honneur, mon général, puisque mon sort est en vos mains, de vous adresser cette suprême supplique tendant à m'éviter cette fin d'ignominie qui frapperait en même temps des innocents...Dans la vie j'ai lutté et souffert beaucoup, mon passé est sans tâche et il a fallu que sois victime des conséquences de cette horrible guerre...Laissez-moi mon général au moins une chance de me réhabiliter... "

 

Le général Berthelot ne tient pas compte de cette missive, car le jour même il ordonne que l'exécution doit avoir lieu immédiatement.

 

 L'exécution

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Le 18 avril 1915 à 19 heures, à Bray-sur-Somme, le lieutenant Motte est atteint de 12 blessures par balles de fusil. On peut admettre que 4 au moins de ces blessures ont entraîné la mort immédiate comme le signifie le docteur Joseph Berthet médecin au 205e régiment d'infanterie. Le lieutenant est inhumé en la nécropole nationale à Bray-sur-Somme, tombe militaire n°650. "Condamné à la peine de mort pour abandon de poste en présence de l'ennemi par le Conseil de Guerre de la 53e Division d'Infanterie aux armées le 17 avril 1915 (jugement n°101). Passé par les armes le 18 avril 1915 à 15 heures devant les troupes à Bray s-Somme"

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Le journal de marche et des opérations du régiment nous renseigne sur le déroulement de la journée du 18 avril. À 15 heures 20, l'ordre de suspendre l'exécution est tombé. Est-ce à ce moment que le général Berthelot a lu la lettre du condamné ?

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Merci à Patricia Guinard pour l'ensemble de ce travail remarquable.

Note du blog

Le lieutenant Motte est mort à l'âge de 39 ans sans avoir jamais revu sa femme et sa fille. Il a été condamné également à la dégradation militaire et à l'obligation pour sa famille, de payer les frais engagés par l'état pour la procédure de jugement. En octobre 2014, l'armée française a comptabilisé 1008 fusillés pour l'exemple lors du conflit de 1914-1918, dont 82 sans jugement. Le 20 décembre 2012, le sénateur communiste Guy Fischer présente une proposition de loi visant à réhabiliter les fusillés pour l'exemple.

"Les auteurs du texte observent en effet que "malgré les conditions exceptionnelles dans lesquelles ont agi - ou refusé d'agir - ces hommes, souvent très jeunes, l'absence de toute disposition de réhabilitation persiste à les faire considérer comme des lâches ou des traîtres, flétrissant ainsi leur mémoire et jetant l'opprobre sur leurs descendants".

Aussi proposent-ils de "réunir enfin en une seule et même mémoire apaisée tous ceux qui, durant cette guerre, sont morts pour la France", pour "[rendre] justice à tous ceux, frères de combat, qui ont payé de leur personne et [permettre] enfin que l'ensemble des morts de la Grande Guerre réintègre la mémoire nationale".

L'article unique de la proposition de loi prévoit également que "la Nation exprime officiellement sa demande de pardon à leurs familles et à la population du pays tout entier", que "Leurs noms sont portés sur les monuments aux morts de la guerre de 14-18" et que "la mention "mort pour la France" leur est accordée". (www.
senat.fr)

Le texte est rejeté par le Sénat le 19 juin 2014, après que le gouvernement a émis un avis défavorable.

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13/11/2014

Orphelin de la Grande guerre

Comme beaucoup d'enfants après la grande guerre, mon grand père s'est retrouvé sans papa au sortir de ce terrible conflit. La patrie lui avait arraché à 9 ans l'affection d'un père que nul ne remplaça. Le plus âgé de ses trois frères, à 17 ans a du prendre en main la menuiserie dont l'activité était avant guerre si florissante. Mon arrière grand-mère quant à elle, veilla à asseoir un autorité envers ses garçons qui jusque là était à la charge du père. Dans ce contexte si perturbé l'école resterait-elle un vecteur de réussite où les plus doués pourraient envisager un meilleur avenir? Quand on a 10 ans en 1918, comment traduit-on la perte d'un être cher dans les résultats scolaires? Par chance, j'ai retrouvé dans le grenier les cahiers de dessins de mon grand-père de cette époque...

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Ce dessin parle de lui-même. A noter, l'appréciation du maître dans le coin supérieur gauche...

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Le 30 juillet 1918, l'élève Martial Andrieu se voit décerner un Billet de satisfaction pour son bon travail des mains de M. Cazemajou, instituteur à Villalbe.

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05/11/2013

L'homme qui sauva Joë Bousquet

L'écrivain audois Joë Bousquet (1897-1950), comme chacun le sait a passé plus de la moitié de sa vie alité, en raison d'une paralysie consécutive à une blessure lors de la grande guerre. Dans sa chambre dont il tenait les volets clos, il reçut les plus grands penseurs et poètes de son temps: André Gide, Louis Aragon, Julien Benda...etc. Sa maison située dans la rue de Verdun abrite aujourd'hui La maison des mémoires; l'on peut visiter sa chambre telle qu'elle fut au moment de son décès.

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Joë Bousquet

(1897-1950)

Ce que l'on dit moins peut-être, mais qui n'est pas sans importance, c'est que Bousquet dut sa vie à un homme. Sans son intervention, le poète ne serait jamais hélas revenu de l'enfer de 14-18.

Cet homme s'appelait...

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Alfred Ponsinet

"Nous sommes dans l'Aisne, sur le plateau de Brenel, dans la nuit du 26 au 27 mai 1918, les divisions allemandes se massent en vue d'une grande offensive, à croire décisive pour eux, et le 27 mai au matin, les observateurs regardent à la jumelle et signalent la présence de cette masse de soldats de toutes les armes, qui attendent l'heure H. C'est la grande ruée sur les troupes françaises de la 39e division, qui tiennent ce secteur. Le capitaine Houdard, commandant de la 3e compagnie du 156e régiment d'infanterie, demande de toute urgence le lieutenant Bousquet qui se présente aussitôt à son supérieur. Celui-ci lui explique la mission qu'il doit remplir. Cette mission très périlleuse, consiste à prendre contact avec l'ennemi. Il faut constituer immédiatement une patrouille. Mais le lieutenant ne veut qu'une poignée d'hommes. Il demande au sergent Sales s'il veut être de la mission, sa réponse est affirmative. Il interroge le caporal Potard, même réponse; il se retourne vers moi et je réponds: "Oui! mon lieutenant." Nous partirons donc avec lui, une confiance et un moral de fer, le lieutenant avec son révolver, le sergent Sales, sa musette bourrée de grenades, ainsi que le caporal Potard, Ponsinet armé de son fusil mitrailleur. Nous partons et nous marchons déjà depuis un long moment, lorsque nous voyons venir dans notre direction une estafette à cheval qui remet un pli au lieutenant lui annonçant que nous devons faire demi-tour. Il dit simplement: "Nous continuons, en avant". Le cavalier repart et nous admirons le courage de notre chef. Quelle cible en plein découvert! Car déjà les obus éclatent, c'est un tir de harcèlement sur nos arrières. Nous marchons plus lentement, nous sentons que les patrouilles d'avant-garde allemandes ne sont pas loin. Disposées de trente en trente mètres d'intervalles, elles progressent, alles aussi, avec prudence.

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"Encore quelques mètres et nous tombons sur l'une d'elles. Devant nous les ennemis se dressent, mais nous sommes plus prompts qu'eux, une rafale de mon fusil, quelques jets de grenades de mes deux camarades et la patrouille allemande est anéantie. Mais une seconde se lève à trente mètres. Le lieutenant Bousquet me fait signe de tirer dessus. Hélas! Au même instant il me tombe dans les jambes en disant: "Je vais mourir ici, j'ai accompli mon devoir."

A ce moment, le sergent Sales est aussi tué; il ne reste plus que Potard et moi. Immédiatement, je déroule ma toile de tente que je que porte en bandoulière et avec Potard nous le relevons, l'enveloppons tant bien que mal dans cette toile, nous nous regardons et nous disons: "Nous serons sans doute tués, mais il ne restera pas entre leurs mains". Le lieutenant Bousquet respire encore, il faut absolument faire très vite. Malgré sa terrible blessure, nous sommes obligés de le secouer et d'augmenter ainsi ses souffrances. Notre marche est rendue souvent très pénible, les balles crépitent de tous côtés, les obus éclatent autour de nous, mais nous continuons. Il y va de la vie de notre chef, c'est une question de secondes.

Mais, Dieu merci, nous voilà au poste de secours de la compagnie. Le capitaine Houdard demande le nom du blessé: "Mon capitaine, c'est le lieutenant Bousquet". Il se penche alors sur lui et l'embrasse. Et ce chef, ce héros, que jamais nous n'avons vu trembler, nous le voyons maintenant qui pleure... Le lendemain il mourra, son revolver à la main, face à l'ennemi. Mon camarade Potard aussi trouvera la mort de la même façon héroïque. Et je resterai miraculeusement seul... avec le lieutenant Bousquet, qui survivra heureusement à ses blessures et qui, jusqu'à la mort, restera mon meilleur, mon plus cher ami... (Alfred Ponsinet)

Sources:

L'Indépendant du 11 novembre 1965

Crédit photos:

Site web du Centre Joë Bousquet

L'Indépendant

Ministère de la défense

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