24/04/2018

Cet homme qui empêcha la destruction des platanes du square Gambetta...

De 1248 à 1570, l'emplacement de l'actuel square Gambetta était occupé par le jardin et le couvent des Cordeliers. Il fut démoli sur l'ordre d'un commandant militaire afin de permettre à la ville basse de se défendre contre les huguenots.

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Le nouveau square Gambetta réalisé en 2016

La construction du Pont neuf entre 1850 et 1873 amena la la création d'une place sur le terrain appelé autrefois, "la place au charbon". On pensa dessiner une place triangulaire, puis le Conseil municipal dans sa délibération du 18 janvier 1950 opta plutôt pour la forme rectangulaire que nous connaissance encore aujourd'hui.

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Le Square Gambetta en 1900

En 1859, l'architecte Buckler proposa d'entourer la place d'une double rangée de platanes. Le 8 décembre de l'année suivante, Antoine des Plas eut l'idée de faire construire un bassin central alimenté par une gerbe d'eau. Ce jardin ainsi aménagé en son centre prit le nom en 1864 de Sainte-Cécile, patronne des musiciens. Restait à délimiter ses abords par une clôture en pierre de Beaucaire. Son espace désormais parfaitement matérialisé, prit la dénomination de square Gambetta en 1881, soit un an avant la mort de l'illustre défenseur de la République.

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Durant l'été 1944, les Allemands craignant un débarquement allié sur les côtes méditerranéennes vont ordonner la destruction de ce merveilleux havre de paix. Le colonel commandant la place militaire de Carcassonne, souhaite que l'axe donnant sur la route de Narbonne soit dégagé, afin de contrer l'avancée des troupes alliées. Des Carcassonnais sont alors réquisitionnés, mais aucun d'entre-eux ne souhaite vraiment raser ce magnifique jardin. C'est sous la contrainte que la municipalité devra se plier aux exigences de l'occupant. Les micocouliers, les saules pleureurs et autres arbustes remarquables disparaissent à jamais, tout comme les bassins et le superbe kiosque à musique. Dans le boulevard entourant le square, des tranchées anti-char sont creusées. Voilà le triste spectacle de cet été 1944 !

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Le square après le départ des Allemands

Certains éléments du décor seront mis à l'abri et sauvés par les municipaux. Deux statues : Mercure et La France blessée. La première se trouve actuellement dans la cour du musée des beaux-arts ; la seconde au cimetière Saint-Michel. D'autres, comme les balustres en pierre de Beaucaire, se trouveraient chez un particulier dans le quartier du Païchérou. Peu de choses, en somme. 

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En revanche, la double rangée de platanes plantée en 1859 a résisté à la destruction du square. Vous pouvez encore l'admirer de nos jours, elle est vieille de 159 ans ! Au moment de la démolition, le colonel Allemand demanda avec insistance à Roger Gayraud, chef des services techniques de la mairie, que l'on active l'abattage des platanes. L'employé communal trouva alors un subterfuge afin de l'empêcher. Il rétorqua à l'officier que le S.T.O (Service du Travail Obligatoire) avait considérablement diminué ses effectifs et que, par voie de conséquence, la vitesse d'exécution s'en trouvait altérée. M. Gayraud fit valoir que l'on ne pouvait répondre aux souhaits de l'autorité militaire avec pour seule main-d'œuvre, des retraités diminués par les restrictions alimentaires. Le débarquement en Provence n'ayant eu lieu que 4 jours avant le départ des troupes Allemandes, l'affaire en resta là. 

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Désormais, lorsque vous passerez sous les ombrages des platanes du square Gambetta, vous aurez sans doute une pensée émue pour Roger Gayraud.

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15/04/2018

Des juifs réfugiés à Lagrasse, sauvés des nazis par un couple de boulangers

Après l’armistice de juin 1940, le gouvernement de Vichy soucieux d’assurer la police sur le territoire prend en charge le sort des réfugiés, elle les regroupe dans divers camps, dont celui de Rivesaltes qui avait accueilli les Républicains espagnols fuyant la dictature franquiste. Dans l'Aude en 1942, il existe trois camps placés sous l'administration du Groupement de Travailleurs Etrangers. Il emploie ces réfugiés à différentes tâches pénibles. Certains travaillent à la mine de Salsigne, d'autres à casser des cailloux pour refaire les routes. Chaque G.T.E porte un numéro : GTE 145 à Axat dirigé par M. Parayre compte 110 Espagnols, 1 Allemand, 1 Russe qui sont employés aux mines. GTE 318 à Bram dirigé par M. Foulquier compte 263 personnes dont 43 juifs (193 Espagnols, 7 Polonais, 16 Allemands, 10 Hongrois, 19 Roms, 7 Sarrois, 11 autres) employés aux mines. Enfin, le GTE 422 dirigé par le milicien Jean Tricoire compte 737 personnes (711 Espagnols et 26 juifs) employés dans la Sylviculture et l'industrie ; son siège est à Carcassonne, 44 rue Voltaire.

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Le village de Lagrasse, au cœur des Corbières

Le lieu où sont encasernés les juifs lagrassiens est un ancien couvent qui appartenait à une institution religieuse : «  Les sœurs de Nevers  ». Il y a là des médecins, des avocats, des enseignants, etc…bref que des gens aptes à casser des cailloux. Quand le père de Robert rentre le soir il est accablé : «  Les pauvres gens ! ». Il parle avec eux, certains lui racontent leur parcours et ce qu’ils ont subi. Savent-ils ce qui les attend ? "Il y a aussi un dentiste, un nommé Weissler. Il a ramené d’Allemagne l’outillage nécessaire, dont une fraiseuse à pédale. Il plombe mes dents cariées selon une méthode allemande : une seule séance de vingt minutes environ. Et ça tient ! Parmi ces hommes il y a un certain Wang, 24 ou 25 ans, ingénieur. Blond aux yeux bleus, c’est le parfait aryen. Il sait jouer du piano. Comme la jeunesse de Ribaute organise des petites soirées pour mettre un peu de bleu dans les esprits, on va demander à l’officier de gendarmerie qui a la haute main sur le G.T.E. d’autoriser M.Wang à se rendre à Ribaute pour jouer du piano. Instrument rare à Ribaute. Celui de Mme Rouger ? Il s’y met, trois arpèges et : « C’est une vieille casserole », il dit en français. Celui de Ginette Gibert fera l’affaire.Trois de ces juifs sont logés à Ribaute, dans une vieille maison réquisitionnée, située près de l’église, un couple et son fils d’à peu près mon âge ( 18 ans ). Tous les jours ils doivent se rendre à Lagrasse ( à pied ) pour attester de leur présence et travailler. On les croise quelquefois lorsqu’ils se promènent le long de la rivière. On se dit bonjour…"Un matin de la fin août 1942 ma mère entre brusquement dans ma chambre et me dit : « Les gendarmes frappent à la porte de ces gens !». La fenêtre de ma chambre s’ouvre sur l’impasse où se trouve la maison. Dans l’entrebâillement des volets j’ai vu le brigadier de gendarmerie entrer dans la maison accompagné d’un gendarme. Pas même cinq minutes après ils en ressortaient, mais accompagnés des trois habitants. Le brigadier ferme la porte à clé. Ils passent sous ma fenêtre. Les deux hommes portent chacun une valise. La femme sanglote. Le fils baisse la tête. Seul le père se rebiffe et proteste . Le brigadier le sermonne sèchement. Tous ces juifs partiront le jour-même pour Drancy, d’où ils repartiront le 28 août dans un train aux portes plombées en direction d’Auschwitz."

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Agnès, Lucien Bertrand et leurs enfants

Dans ce camp de Lagrasse, une centaine de juifs cassent des cailloux sous le contrôle des Ponts et Chaussées. Autour de la popote commune au foyer de Lagrasse, les femmes organisent des séances récréatives. Il y a la jeune Paule Nieger, d'origine allemande, qui ne sait pas ce qu'est devenu son mari. Elle chante des extraits de l'opérette "l'Auberge du cheval blanc" avec une certaine Lily, future Mme Devèze qui s'illustra plus tard comme interprète et conférencière la Cité. Un soir du mois de mai 1944, la panique envahit le camp qui est dirigé vers Bram. Paule et son ami Martin ont réussi à fausser compagnie aux Allemands et aux Miliciens venus les arrêter. Ils cherchent de l'aide chez le commandant de gendarmerie, le médecin de Lagrasse. Sans les rejeter, ni les dénoncer aucun ne souhaite prendre le risque de les cacher. Paule Nieger se souvient alors du boulanger... Agnès Bertrand en l'absence de son mari, leur propose d'en discuter avec lui et de revenir dans deux heures. A bout de ce laps de temps interminable, Lucien Bertrand leur offrit de les cacher dans une pièce au-dessus du four à pain : "Nous ne voulons pas d'argent, ni maintenant, ni jamais. Si nous pouvons vous aider, ce sera notre récompense".

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© corbières-matin.fr

L'ancienne boulangerie de Lagrasse

 Pendant neuf mois, malgré de nombreuses incursions Allemandes dans le village, le secret fut bien gardé. Ginette, Jeanine et Suzanne, les trois enfants des époux Bertrand furent mis dans la confidence... C'est l'un d'entre eux qui sauva Paule et Martin, car la Milice qui était sur les traces d'un résistant nommé Crémade fit irruption dans la boulangerie. La jeune enfant présente dans la boutique s'écria : "Crémade ? Mais je le connais ! Je l'ai vu partir vers Tournissan." Ainsi, la maison ne fut pas fouillée. A la fin de la guerre, le couple d'Israélites après avoir monté un magasin de tissus à Carcassonne, s'exila aux Etats-Unis en 1953. Les enfants se sont mariés... Ginette a épousé Robert Guilhem (quatre enfants) ; Jeanine avec Jean Assens (deux enfants) et Suzanne avec Louis Rey, buraliste à Lagrasse.

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© Yad Vashem

Lucien Bertrand est décédé en 1960

Les époux Bertrand reçurent chaque année une photo-souvenir postée de Cincinnatti avec de nombreux cadeaux de la part de Paule Neiger et de Martin Tattmar. La dédicace portait à chaque fois ces mots : "En souvenir à nos plus chers, vous, toute la famille Bertrand."

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© Yad Vashem

Paule et Martin Tattmar

Le 29 juillet 1968, l'Institut Yad Vashem de Jérusalem décerna à Agnès et Lucien Bertrand le titre de Juste parmi les Nations". C'est le mardi 8 mars 1972 qu'Agnès Bertrand reçut à Paris des mains de l'Ambassadeur d'israël en France la Médaille des Justes. 

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© Yad Vashem

Son excellence l'Ambassadeur Masher Ben Nathan

Aujourd'hui encore le souvenir du courage des époux Bertrand et de leurs filles est matérialisé par une plaque apposée sur l'ancienne boulangerie du village.

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"Celui qui sauve une vie, sauve l'humanité toute entière"

(Coran 5.32 et Talmud Chapitre 5. Mishna 5)

Sources

Notes, synthèse et recherches / Martial Andrieu

Souvenirs de M. Anguille

Comité de Yad Vashem

Midi-Libre / 8 mars 1972

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11/03/2018

La famille Schwayder, réfugiée à Carcassonne et exterminée à Auschwitz.

Au mois d'août 1940, la famille Schwayder de confession juive quitte Saint-Leu-la-forêt et se réfugie à Carcassonne, située en zone non occupée, chez un ami de Caunes-Minervois nommé Sabarthès. Ceci, bien entendu, afin d'éviter d'être arrêtée par les nazis. Henri, Sarah, Marthe et Rachel sont logés chez Madame veuve Castan, avec leur amie Marguerite Regairaz dans une maison située au n° 52 de la route minervoise. Henri travaillera au ravitaillement des viandes et Marthe, à la perception. Comme beaucoup de juifs français, ils s'étaient signalés comme tels auprès de la préfecture, suivant les lois de Vichy.

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A l'angle de la rue Parmentier et de la route Minervoise, étaient logée la famille Schwayder

Le 18 mai 1944, Mlle Regairaz se présente affolée chez le voisin Léon Fraîche avec lequel la famille entretient d'excellent rapports. La Gestapo vient d'arrêter à leur domicile les quatre frères et sœurs Schwayder. Deux agents en civil, se sont présentés chez eux au moment du dîner. Ils demandèrent M. Schwayder ; Henri répondit, lequel ? Ensuite, la Gestapo les obligea à la suivre, mais comme elle ne disposait qu'un d'un petit véhicule, elle fit deux voyages. Ainsi, les quatre membres de la famille Schwayder se retrouvèrent au siège du SD, route de Toulouse.

La veille, un inconnu s'était présenté chez les Schwayder vers 22 heures pour les avertir que leur arrestation allait intervenir durant la nuit. Henri Schwayder se sentant seul visé, alla coucher chez un ami en ville. Nous savons ceci grâce au témoignage de Léon Fraîche, à qui Henri se confia. Ce dernier lui laissa même une petite valise qu'il avait préparée en vue de son départ. Le lendemain vers 11 heures du matin, apprenant que rien ne s'était passé au cours de la nuit, Henri Schwayder est rentré chez lui, tranquillisé, déclarant même qu'il devait s'agir d'un faux renseignement. 

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La rampe d'Auschwitz à l'arrivée d'un convoi

Après leur arrestation, les Schwayder seront internés à Drancy avant leur départ en wagon à Bestiaux vers Auschwitz. Ils seront gazés dès leur arrivée au camp, le 4 juin 1944. Deux autres frères, Ernest (73, rue du maréchal Foch à Taverny) et Charles (à Cachan) essaieront de savoir ce qu'il est arrivé à leur famille. En 1946, la ville de Carcassonne déclarera les quatre Schwayder comme décédés. Nous avons retrouvés leurs noms dans le Journal Officiel du 2 janvier 2001.

Henri, né le 30.12.1884 à Paris. † 4 juin 1944 à Auschwitz.

Marthe, née le 25.11.1944 à Paris. † 4 juin 1944 à Auschwitz.

Rachel, née le 12.07.1886 à Paris. † 4 juin 1944 à Auschwitz.

Sarah, née le 2.07.1882. † 4 juin 1944 à Auschwitz.

D'après l'enquête menée par Charles Schwayder, ses frères et sœurs ont été "arrêtés sur dénonciations de deux collaborateurs volontaires, complices d'assassins, les nommés Fernand M, chef de division au service des étrangers de la préfecture de l'Aude, et le sieur Roger S, chef de bureau au service des étrangers à la dite préfecture pendant l'Occupation, et actuellement encore. Quelques jours après l'arrestation de mes frères et sœurs, quatre allemands, sous la conduite d'un nommé Mayer, sous officier à la Kommandantur de Carcassonne, sont venus piller leurs affaires enfermées dans des salles entreposées bénévolement chez M. Fraîche, important tout : vêtements, vaisselle, bijoux et argent, plus un peu de ce qui appartenait à leur propriétaire M. Fraîche. Sans les indications des deux personnages cités plus haut M et S, les boches n'auraient jamais eu connaissance des noms des membres de ma famille."

Dans cette enquête diligentée par le parquet en 1947, le résistant Albert Piccolo déclare que "Monsieur Roger S, fournissait la liste des réfugiés juifs à la police allemande". Il ne se serait pas fait sonner les cloches, puisqu'il est demeuré en poste après la Libération. Peut-être est-il allé porter un cierge dans l'église du saint patron des vignerons... Dans cette triste histoire, on peut retenir que les juifs français se sentaient en confiance dans leur pays. Que les allemands n'auraient pas pu intervenir sans l'appui des fonctionnaires de l'Etat-Français. 

Sources

Archives du Service Historique de la Défense

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03/03/2018

Jean Cabouat (1898-1969), autopsie d'un préfet de l'Aude sous Vichy

Jean Michel Adrien Cabouat naît le 9 octobre 1898 à Cæn (Calvados). A l’âge de dix-huit ans, il s’engage dans l’armée française pour combattre les Allemands durant la Grande guerre, jusqu’en octobre 1919. Blessé de guerre, il sera amputé des orteils du pied gauche. Légion d’honneur et Croix de guerre à la boutonnière, Jean Cabouat se marie le 28 mai 1923 à Paris avec Marthe Hendlé (1899-1981). Cette dernière n’est autre que la petite fille d’Ernest Hendlé (1844-1900), ancien préfet de la Troisième République. De cette union, naîtront deux enfants : Jean Marcel Emile (1924-1990) et Michèle.

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Philippe Pétain, Jean Cabouat et Jules Jourdanne à Carcassonne en 1942

Pendant les années folles, Jean Cabouat occupera divers postes dans la haute administration dont le plus notable sera celui de chef particulier du secrétariat du Ministre des finances en 1921. Préfet du Lot en mai 1937, renonçant ensuite à son affectation spéciale en décembre 1939 et malgré une invalidité de 60%, il s’engage dans le conflit entre février et juillet 1940 au sein de l’armée française. Démobilisé après l’armistice, il se retire à Cahors.

Le 4 septembre 1940, le gouvernement de Vichy le nomme comme préfet de la Creuse. Sans zèle particulier mais avec application, Jean Cabouat met en œuvre les textes fondant la Révolution Nationale. Parmi eux, les lois d’exception et lois raciales sur le premier statut des juifs (3 et 4 octobre 1940), visant l’internement des étrangers. 

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La préfecture de la Creuse à Guéret en 2018


On pourra citer à titre de témoignage, la lettre qu’il écrivit au Garde des Sceaux à Vichy au sujet du Dr Elman. Ce courrier a été posté par Bernard Elman, le fils de ce dernier, sur le site de Médiapart.

"J’ai l’honneur d’appeler votre haute attention sur la situation du Docteur ELMAN Moïse de Bourganeuf, sujet roumain naturalisé français par décret en date du 9 Juin 1938 а l’époque où il résidait а Pontarion (Creuse).
Nй le 2 Juin 1907 а Cétatéa Alba (Roumanie), le Docteur ELMAN s’est marié le 17 octobre 1934 а Montpellier avec Melle Genkin Eila, nйe le 8 septembre 1909 а Vitebsk (U.R.S.S.), étudiante en pharmacie ; il est père de deux enfants.
Très peu de temps après sa naturalisation, le Docteur ELMAN a quitté Pontarion pour s’installer а Bourganeuf sur la proposition qui lui avait été faite par l’Union des Coopérateurs du Centre, Société Coopérative au Capital et Personnel variables, possédant dans le département un nombre considérable de magasins d’alimentation а succursales multiples et une filiale intitulée « Coopération et Travail », Société de Secours Mutuels approuvée.
L’Union des Coopérateurs et sa filiale avaient divisé le département en secteurs attributs chacun à des médecins appointés chargés de soigner tous leurs adhérents moyennant un fixe de 50 000 francs auquel venaient s’ajouter le logement et les frais d’automobile.
Les tendances Front populaire de l’Union des Coopérateurs du Centre ont été nettement affirmées à plusieurs reprises et ses administrateurs se recrutaient aussi bien parmi les adhérents du parti Socialiste et Communiste qu’au sein des organisations syndicalistes les plus extrémistes.
Aussitôt installé à Bourganeuf, le Docteur ELMAN qui s’était jusqu’alors montré un adhérent fervent du syndicat médical de la Creuse démissionnait avec éclat et entrait directement en lutte avec cette organisation qui avait jusqu’alors refusé de soigner les adhérents de la société « Coopération et Travail » à des tarifs voisins de ceux de l’assistance médicale gratuite.
Son geste fut d’autant plus sévèrement apprécié qu’il avait mis tout en œuvre pour obtenir l’appui du syndicat à sa demande de naturalisation en faisant étalage d’un loyalisme de néophyte.
L’installation du Dr. Elman а Bourganeuf a coïncidé à peu de chose près avec l’afflux massif de réfugiés espagnols, et grâce à l’appui, pour ne pas dire à la complicité des autorités municipales de cette ville et notamment de M. RIFFATERRE, député-maire, ce praticien obtint que lui soit réservé le quasi-monopole des soins à donner au titre de l’assistance médicale gratuite aux réfugiés.
C’est ainsi qu’il a pu obtenir, sur état certifié par le Maire, le paiement d’honoraires d’assistance médicale gratuite s’élevant à la somme de 6.984 francs, uniquement pour les visites faites sur le territoire de la ville, sans aucune indemnité kilométrique.
D’autre part, le Docteur ELMAN a donné libre cours, depuis son installation dans sa nouvelle résidence aux sentiments qu’il avait jusqu’alors soigneusement cachés : devenu un des zélateurs les plus actifs de la municipalité, il a été pour elle, un propagandiste de premier ordre.
Pendant les hostilités, il a été mobilisé au titre de médecin auxiliaire du 15 octobre 1939 au 20 juillet 1940, d’abord а la 13ème section d’infirmier militaire а Clermont-Ferrand, puis au 171ème régiment régional а Saint-Gaudens et а Toulouse.
Depuis sa dйmobilisation, Monsieur le Docteur ELMAN s’est signalé à mon attention par sa propagande sournoise et fort habile d’ailleurs, la seule qui soit possible, c’est-а-dire de bouche-а-oreille.
Il n’est pas douteux qu’un médecin qui possède la totalité de sa clientиle dans la classe ouvrière d’une ville peut opérer du point de vue politique des ravages incessants du point de vue moral.
Bien que le contrat qui le liait а L’union des Coopérateurs du Centre soit devenu caduc depuis les hostilités, le Docteur ELMAN n’en a pas moins conservé une certaine autorité qu’il mettait au service d’un dénigrement systématique du régime actuel et de l’ordre nouveau.
J’ajoute qu’il est loin de donner l’impression d’un homme assimilé à nos mœurs et à notre culture. Retors d’allure et de manière, ayant conservé un fort accent étranger, prenant part difficilement à une discussion, il ne semble pas constituer un apport intéressant pour la collectivité française.
En résumé la personnalité du Docteur ELMAN s’apparente étroitement а une catégorie d’étrangers qui n’ont nullement appris à aimer la France et qui l’ont au contraire desservi utilisant à leur seul profit l’hospitalité et l’appui qu’ils en avaient obtenus.
C’est un métèque « dans le sens de plus antipathique et le plus mauvais du mot ».
C’est pourquoi, je ne puis que vous prier, Monsieur le Garde des Sceaux, de vouloir bien examiner la possibilité de réviser, dans le plus bref délai possible, le dossier du Docteur Elman, en vue du retrait de la naturalisation dont il a bénéficié ainsi que sa femme."

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Georges Bruguier, victime de J. Cabouat

C’est après son passage en Creuse que le préfet Cabouat est nommé dans l’Aude par le maréchal Pétain. Il arrive dans la préfecture audoise en remplacement de Paul Alapetite le 6 juillet 1941. Il y restera jusqu’en septembre 1942 avant de laisser la place au sinistre Marc Freund-Valade. Cabouat ne tarda pas à se signaler… La veille de la manifestation du 14 juillet 1942 à Carcassonne, interdite par Vichy, organisée par Albert Picolo en faveur de la République, le préfet reçut Bruguier et Henri Gout dans son bureau. D’un ton menaçant, il leur intima de ne point participer à ce rassemblement, où bien il serait contraint de sévir. D’après Bruguier, Cabouat s’engagea « à nous tenir compte de l’effort et non du résultat ». Il ne tint pas sa promesse d'après Bruguier.

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Albert Picolo

Le 6 août 1942, un télégramme chiffré du Ministère de l’intérieur rédigé depuis Vichy ordonne aux préfets régionaux (Olivier de Sardan à Montpellier) de prendre des mesures d’internement contre « les éléments les plus actifs communistes, gaullistes, anglophiles ouvertement hostiles au gouvernement. » Les préfets devront faire parvenir les noms. Le lendemain, la préfecture de l’Aude adresse sa réponse accompagnée des noms de Bruguier, sénateur du gard, et ses deux fils ; Picolo, professeur retraité ; Mme Picolo, pharmacienne ; Teyssere, secrétaire du syndicat de l’usine de Salsigne ; Demons, ancien inspecteur primaire.

Après la Libération de Carcassonne, M. Biscaye - secrétaire de l’inspection académique - porta plainte contre M. Cabouat après du Président de la commission d’épuration de l’Aude.

« Les instituteurs et institutrices furent « matraqués » solidement, du moins ceux qui avaient échappé aux rigueurs du précédent préfet M. Alapetite : promotions et mutations furent refusées à tous les suspects ; des déplacements d’office furent imposés à l’inspecteur de l’académie. Delrieu. Le choc psychologique s’abattit sur un certain nombre d’employés de préfecture. Deux chefs de division sur trois, furent limogés ; l’un Bes Marcel, acculé à la retraite, l’autre Guiter, déplacé à Cahors. Il n’avait qu’un tort, passer pour un ferme républicain et d’appartenir à une famille de libres-penseurs. Le choix psychologique s’abattit aussi sur moi (Biscaye, NDLR),. Je fus donc, sur le conseil du Président de la Légion - le sire Caillard - aujourd’hui emprisonné, proposé par le préfet pour un déplacement d’office.

Certes, M. Cabouat, se dire républicain. Mais l’était-il de 1940 à 1942 ? Il fera également valoir la qualité d’israélite de Mme Cabouat (née Hendlé, NDLR) ; mais en 1941, il faisait baptiser et communier ses enfants (Ils ont 20 ans, NDLR) à toute vapeur, expédiant même l’un d’eux au collège catholique de Bétharras, tout cela pour se « dédouanner ». (…) Nous affirmons qu’à l’époque où le vent soufflait de Vichy, il était l’auxiliaire brutal du gouvernement qui l’employait. Nous dénions donc à M. Cabouat le droit de prétendre à une préfecture dans la Ive République. »

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© ADA 11

En vertu de ses accusations, la Commission départementale de contrôle et d’épuration de l’Aude rappelle à M. Biscaye le 12 mars 1945, que le 6 novembre 1944 elle a proposé l’arrestation de Jean Cabouat. Ceci n’a pas été suivi des faits, comme d’ailleurs pour les autres préfets de l’Aude sous Vichy. Jean Cabouat nommé préfet du Pas-de-Calais, entra en fonction le 1er septembre 1944. Là-bas, il virera sa veste et fera emprisonner les collaborateurs… Evidemment, les américains et les FFI étaient aux portes de la préfecture. Il demanda ensuite à être relevé de ses fonctions pour être déféré devant la commission d’épuration du ministère de l’intérieur. Celle-ci déclare le préfet innocent des accusations portées contre lui, pour ce qui concerne l'affaire Bruguier et Biscaye. Nous synthétisons ci-dessous sa réthorique de défense.

 
A la suite de la manifestation du 14 juillet 1942, tous les fonctionnaires ayant participé à cette manifestation doivent être suspendus de leurs fonctions. On demande à Jean Cabouat une liste de noms.
Jean reçoit du Commissaire de Police un liste d’une trentaine de noms, qu’il communique à Vichy, tout en nuançant: "On ne peut affirmer d’une façon précise si elles sont venues sur ces lieux pour manifester ou pour se promener."
 Selon lui, "Le lendemain 6 août, je recevais du Préfet Régional le télégramme chiffré secret, reproduit dans la lettre de M. Le Sénateur Bruguier. Deux solutions s’offraient à moi : répondre et organiser une parade ou refuser de répondre et démissionner. Cette seconde méthode peut, avec un certain recul dans le temps et dans l’espace paraître séduisante, mais elle aurait eu pour effet immédiat de faire reposer sur des épaules plus jeunes et moins expérimentées des responsabilités qui étaient les miennes. A cette époque, en effet, mon successeur n’avait pas encore été désigné. C’est donc le Secrétaire Général ou le Chef de cabinet, peut-être tout simplement le Commissaire des Renseignements Généraux (…), qui auraient dû se substituer à moi. J’ai préféré la première solution, qui me paraissait d’autant plus honnête qu’en raison des événements du 14 juilllet, des rapports de police parvenus à Vichy à la suite, le Gouvernement ne pouvait ignorer ou feindre d’ignorer les personnalités politiques "ouvertement hostiles au Gouvernement." Je rédigeai donc la réponse figurant également dans la lettre de M. le Sénateur Bruguier et je téléphonais aussitôt à M. Cado, Directeur Général Adjoint à Vichy pour lui faire connaître les objections très sérieuses que je voyais à l’application de la mesure projetée. J’ajoutais que l’internement des personnalités, dont les noms m’étaient demandés, me mettrait déjà en très mauvaise posture sur le plan moral, mais qu’il ne fallait pas compter sur moi pour signer l’arrêté d’internement." Le 8 août 1942, Jean Cabouat écrit, se référant à l’accord qu’il avait conclu avec les organisateurs de la manifestation: "J’estime l’internement de M.M. Bruguier et autres promoteurs de la manifestation du 14 juillet absolument contre-indiqué. (…) si le Gouvernment qui connaît mon point de vue, il pourra toujours le faire, mais je ne saurais sans manquer moi-même à un engagement bilatéral jusqu’à présent respecté, signer moi-même ces décisions."
Le 29 aout, le Préfet régional l’appelle pour demander de nouvelles propositions d’internement "pour exemplarité." (sic)  Jean Cabouat signale alors "l’intérêt que présenterait l’internement de Demons Bernard et Joseph Teysseyre."
En septembre 1942 a lieu une manifestation pour célébrer la victoire française de Valmy. Un distributeur de tracts est arrêté et donne les noms de Bruguier. Bruguier est arrêté. Motif de l’internement : distribution de tracts durant la manifestation Valmy. L’arrestation de Bruguier n’est donc pas liée à la manifestation du 14 juillet 1942, mais à celle de septembre 1942. A ce moment-là, Cabouat n’est plus en poste. C'est pour cette raison que Cabouat est relaxé devant la Commission d'épuration.
 
Dans sa défense, M. Cabouat précise quelles furent ses activités dans la Résistance entre novembre 1940 et le printemps 1941. Pouvait-on parler de Résistance à cette époque ? Ceci paraît bien léger... d'ailleurs, jamais Jean Cabouat ne paraît dans les dossiers de résistants du Service Historique de la Défense. Devant la Commission d'épuration, on ne compte plus en 1945 les accusés tentant de faire valoir des faits de résistance. Sans chercher à accabler le préfet Cabouat, tout en regardant l'histoire à travers ses archives, disons qu'être jugé par une Commission d'épuration située à 800 km de Carcassonne en mai 1945, garantissait une certaine mansuétude de la part des jurés. Que serait-il arrivé si le préfet avait été jugé devant la Cour de justice de Carcassonne en octobre 1944 ?
 
 Sur ce point nous laissons les lecteurs juges des conclusions du président de la Commission d'épuration. "Les préfets en fonction ne pouvaient agir autrement. Ce qu'il s'agit de savoir c'est : S'il fallait ou s'il ne fallait pas accepter d'être Préfet à l'époque." Evidemment, lui répondrais-je aujourd'hui. Tout le monde n'a pas eu le courage de résister comme le préfet Jean Moulin. Doit-on pour autant exonérer Jean Cabouat des responsabilités qui furent les siennes pour faire appliquer les lois de Vichy ? Il n'est tout de même pas à côté du général de Gaulle à Londres en photo, mais à côté du maréchal Pétain en 1941 à Carcassonne... 

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Jean Cabouat (à droite) avec Pétain en 1941 à Carcassonne

Le 1er août 1945, il est nommé directeur de la sûreté de la zone française d’occupation en Allemagne. Entre le 9 octobre 1946 et le 30 juin 1947, le voilà désormais chef de mission au cabinet du général Kœnig, commandant en chef français en Allemagne. A côté d’un proche du général de Gaulle, que pourrait-on reprocher à l’ancien préfet de l’Aude ? Il sera même candidat à l’O.N.U en juillet 1946 !

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Le général Pierre Kœnig

Comme beaucoup d’anciens hauts fonctionnaires de Vichy, Jean Cabouat bénéficiera de soutiens. Son fils, Jean Marcel Emile, obtiendra le statut de Déporte Interné Résistant. Un membre de sa famille, Paul Cabouat, sera maire provisoire de Nîmes à la Libération après avoir servi dans les F.F.I. Nulle doute également que l’ancien préfet de l’Aude sut se faire oublier au moment opportun. Il est décédé le 7 octobre 1969.

Sources

Notes, recherches et synthèse / Martial Andrieu

Archives nationales

ADA 11 / Commission d'épuration

Dictionnaire biographique des préfets

La France, terre de refuge et de désobéissance civile / L.Yagil / 2010

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23/02/2018

Émile Marchais (1899-1958), autopsie d'un préfet de l'Aude sous Vichy

Notre enquête s'achève sur les préfets de l'Aude nommés par Vichy durant l'Occupation, par Emile, Lucien, Gilbert Marchais. Né à Saint-Yriex-la Perche dans le département de la Haute-Vienne le 9 novembre 1899, Emile Marchais est le fils d'un imprimeur. Il n'est mobilisé durant la Grande guerre qu'à partir du mois d'avril 1918, alors qu'il effectue ses études de droit. Il réside avec ses parents à Confolens (Charente) et obtient en 1926, une licence. Sa carrière de futur haut fonctionnaire débute comme attaché du cadre auxiliaire chef de cabinet du préfet des Ardennes. Jusqu'au 19 juillet 1940, où l'autorité allemande le relève de ses fonctions, il occupe plusieurs postes, notamment à Blois (Chef de cabinet de la préfecture), Châteaudun (Eure-et-Loir) et à Langres (Haute-Marne).

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Emile Marchais, sous-préfet de Montluçon

Le maréchal Pétain le nomme sous-préfet d'Alès (Gard) puis de Montluçon durant l'automne 1940. Le 18 juin 1942, Emile Marchais devient Intendant de police de la région de Lyon à la disposition du secrétaire général (René Bousquet), jusqu'à sa nomination comme préfet de l'Aude qui interviendra au mois de septembre 1943. Il remplace à ce poste Marc Freund-Valade, fonctionnaire à l'entière dévotion des lois de l'Etat-Français et responsable de la déportation du procureur Morelli. Marchais allait exercer ses fonctions dans la continuité de son prédécesseur, peut-être avec un peu moins de zèle. Comme tout préfet du maréchal Pétain qui se respectait, il recevait les chefs de la Milice ou celui de la Gestapo dans son bureau. Il n'empêcha pas les rafles des réfractaires du S.T.O, ni d'ailleurs celle des miliciens de Robert Pincemin contre les magasins juifs de Carcassonne. Une épopée dans laquelle les hommes au signe Gamma, volèrent plus de 50 000 francs à ces commerçants. Pas un mot, contre le crime de guerre de Trassanel, pas plus contre l'exécution des patriotes à Baudrigues.

Le 9 mai 1944, Darnand - Secrétaire général du maintien de l’ordre - fait porter une instruction aux préfets régionaux de Montpellier, Toulouse et Limoges : « Arrestation et regroupement dans les régions de Toulouse , Montpellier et Limoges des réfugiés espagnols du sexe masculin de 18 à 45 ans et des israélites français et étrangers du même sexe et du même âge. » La tranche d’âge est ensuite modifiée dans le courant du mois de 16 à 60 ans pour les espagnols et israélites. Les Allemands n’étaient pas associés à une telle opération, ni demandeurs.
Le préfet de l’Aude (Emile Marchais) estime à 500 le nombre de personnes à regrouper. Il demande un GMR entier (60 hommes environ) et précise que le chef de la Milice départementale est prêt à joindre ses hommes à l’opération. Le préfet prévoit six wagons de marchandises et six de voyageurs au départ de Narbonne. L’opération fut stoppée en raison du débarquement du 6 juin 1944 (La Libération confisquée / 1993)

Quand vint la Libération de la ville, il ordonna la destruction des archives de la préfecture dans la chaudière. Trop de papiers compromettant finirent par la faire éclater. 

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La préfecture de l'Aude

Quand les F.F.I entrèrent dans Carcassonne le 21 août 1944, ils s'emparèrent de la préfecture. Au grand dam de Félix Roquefort, une semaine après, l'ancien préfet de Vichy n'était toujours pas arrêté. Protégé dans ses appartements préfectoraux à l'abri de l'épuration sauvage, son successeur allait lui sauver la mise. Pierre Augé, ancien consul de Chine et Résistant, nommé par Jacques Bounin (Commissaire de la République) arrivait à Carcassonne le 29 août 1944. Il devait remplacer le honteux Emile Marchais, compromis dans la politique de Vichy. Il négocia avec Gilbert de Chambrun (Chef régional de Libération), le représentant du commandant F.T.P et le Comité départemental de Libération, l'arrestation de Marchais.  La Cour de justice n'étant pas encore installée, Pierre Augé ne voulait pas de justice expéditive en Cour martiale pour son prédécesseur. Donc, contrairement à ses confrères du Languedoc, l'ancien préfet de l'Aude ne fut passé par les armes. Cette anecdote d'importance est racontée par Pierre Cazejust, secrétaire général de la préfecture de Pierre Augé à cette époque.

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L'Allemagne occupée en 1945

Emile Marchais a t-il pour autant été condamné par la Cour de justice ? Il est suspendu de ses fonctions le 28 août 1944, c'est la moindre des choses. Mit en disponibilité avec demi-traitement le 3 juillet 1945 et promu Secrétaire général du gouvernement de la Sarre, puis du Wurtenberg. Il s'agit ni plus ni moins d'une région d'Allemagne, placée sous tutelle de la France. Comme Jean Cabouat, préfet de l'Aude sous Vichy, Emile Marchais est recyclé auprès des Gaullistes authentiques en Allemagne. Peut-être enfin s'est-on aperçu en 1946 du passé peu glorieux de ce serviteur de Laval et Pétain ; le 1er juillet 1946 il est mis à la retraite.

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L'ancien préfet de l'Aude se recycle en devenant le directeur de la Cité hospitalière de Lille en janvier 1952, puis du C.H.R d'Angers où il mourra en fonction le 3 octobre 1953. Entre temps, la chancellerie de la Légion d'honneur le fera Chevalier suite au décret du 12 décembre 1952. L'enquête réalisée sur la moralité de l'impétrant laisse apparaître les mentions suivantes : "Bon fonctionnaire du cadre de réserve". La gendarmerie et le préfet du Nord émettent un avis favorable. Le 18 avril 1953, Emile Marchais, ancien préfet de Vichy, reçoit la croix de chevalier de la légion d'honneur des mains de Louis Dominique Antoine Fataccini - Commandeur de la Légion d'honneur. Nous sommes sous la IVe République ; une époque où l'on amnistie l'ensemble des anciens Miliciens de Darnand. Qui est Dominique Fataccini ? Engagé dès août 1940 dans la France Libre, ce militaire fut l'un des fidèles du général Leclerc en Afrique. Emile Marchais venait devant l'histoire d'obtenir un certificat de virginité. Fermez le ban ! Aux Morts de la Résistance...

Sources

Recherches, notes et synthèse / Martial Andrieu

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24/01/2018

Antoine Armagnac (1912-1944), héros de la Libération de l'Aude

Non ! La rue Armagnac à Carcassonne n'est pas dédiée à une célèbre eau-de-vie. C'est l'artère qui fut donnée à un martyr de la Résistance audoise, devenu héros tragique de la Libération. Son nom lui fut donné dans les premiers jours du mois de septembre 1944, sur proposition du Comité Local de Libération, en remplacement de l'ancienne rue du Port. C'est précisément pour ne pas oublier qui fut Antoine Armagnac et pour en aviser les nouveaux habitants de Carcassonne, que nous écrivons cette chronique. Souvenons-nous que l'an passé, une journaliste de la rédaction de La dépêche avait relaté un fait divers, dans la rue de Nice (sic). Cette pigiste ne s'était sans doute pas rendue sur les lieux, près de la place Carnot, où elle aurait constaté qu'il s'agissait de la rue Denisse, marchand parfumeur au XVIIIe siècle. A ne pas confondre avec son homonyme de cinéma : Brice de Nice. 

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Antoine Louis Marius Armagnac, fils de Louis Gustave et de Louis Constance Monié, naît le 6 avril 1912 à Quillan. Durant la Seconde guerre mondiale, ces parents habitent à Conques-sur-Orbiel où le père exerce la profession de boulanger. Après son service militaire dans la marine, le matelot Armagnac travaille à la mine d'or de Salsigne. Il en a même le titre de chef d'équipe. Le 17 août 1935, Antoine convole en juste noces avec Jeanine Roquefort, âgée seulement de 17 ans. C'est la sœur de Félix Roquefort, qui sera ensuite résistant, député et maire de Conques-sur-Orbiel. Quelques mois avant l'invasion de la zone sud par les troupes Allemandes, Antoine Armagnac se fait repérer par les partisans de Vichy. Albert Picolo, premier résistant du département de l'Aude avec Lucien Roubaud, anime et dirige à Carcassonne le journal du mouvement "Combat". C'est à ce moment qu'Armagnac les rejoint avec Michel Bruguier, Marcel Valette et Joseph Dufour.

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 Sa participation à la commémoration de la bataille de Valmy le 20 septembre 1942, à la statue de Barbès à Carcassonne, lui vaudra la répression de l'administration de Vichy. Non seulement pour y avoir défilé, mais pour également des activités de propagande contre le régime de l'Etat-Français. Albert Picolo et quelques autres sont arrêtés. Sur ordre du préfet Marc Freund-Valade, ils sont incarcérés à la Maison d'arrêt entre le 30 septembre et le 5 octobre 1942. Parmi eux, citons Michel Bruguier (étudiant), Marcel Valette (Cheminot), Joseph Dufour (Cuisinier), Michel Gambau (Plombier), Biart Jean Marie (Représentant), etc. Ils écopent d'une peine de trois à quatre mois d'emprisonnement et de 3000 francs d'amende pour menées antinationales. Dans les faits, leur libération n'interviendra que le 25 juin 1943 par décision d'un maintien d'écrou administratif. Antoine Armagnac sera jugé le 13 mai 1943 par le Tribunal civil de Carcassonne et condamné à deux mois de prison et 1000 francs d'amende. Libéré le 11 août 1943, il reprend ses activités. Traqué par la Milice, il prend le maquis avant que celle-ci ne se présente à son domicile pour l'appréhender. Au mois d'avril 1944, Jean Bringer (Myriel) le charge de constituer un noyau de résistance du côté de Pradelles-Cabardès. Ainsi naît le "Maquis Armagnac", au sein duquel son chef prend le grade de lieutenant FFI. 

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© aude.gouv.fr

Le maquis obligé de replier sur Trassanel est attaqué par des Allemands supérieurs en nombre et en matériel. Bien entendu, sur dénonciation... Le 8 août, le chef Armagnac tombe les armes à la main en essayant de protéger la fuite de ses camardes. La quasi totalité du maquis est décimée ; les Allemands achèveront les blessés aux couteau et à la baïonnette. Ils ne sont pas à un crime de guerre près... Le lendemain, Antoine Armagnac succombe à ses blessures. Il sera inhumé dans son village de Conques-sur-Orbiel.

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Le 17 août 1945, Antoine Armagnac est cité à l'Ordre de la division à titre posthume par le général de brigade Zeller, Commadant de la 16e région militaire. On lui attribue la Croix de guerre avec étoile d'argent.

"Un des premiers résistants de l'Aude, d'un courage exemplaire. A constitué les premières équipes de sabotage, puis celles du Cabardès, dont il a pris le commandement en mai 1944. Est glorieusement tombé à la tête de ses hommes, après une lutte héroïque contre un ennemi supérieur en nombre et en armement à Trassanel (Aude) le 8 août 1944."

Lieutenant FFI Arnal - c'est son pseudonyme - est élevé au grade de capitaine le 1er octobre 1955 dans l'armée d'active. L'année suivante, le 8 juin 1956, sa veuve obtient de statut d'Interné-Résistant pour son mari. Enfin, Antoine Armagnac est fait Chevalier de la légion d'honneur à titre posthume le 30 décembre 1959. Son épouse, Jeanine Armagnac, mourra le 9 décembre 2014 à l'âge de 96 ans. 

Sources 

Notes, recherches et synthèse / Martial Andrieu

Service historique de la défense 

Midi-Libre / Septembre 1944

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