09/06/2017

Le 20 août 1944, l'avion de James Millard Alston est abattu au-dessus de Pezens.

L'avion du lieutenant américain James Millard Alston, né à Linden en Alabama le 12 décembre 1918, est abattu par la Flak (DCA Allemande) au-dessus de la nationale 113 entre Pezens et Pennautier, le 20 août 1944. Son appareil appartient à une escadrille de SQ 01 spécialisés dans la chasse de nuit. Elle a pour mission de mitrailler les colonnes allemandes en provenance de Toulouse, afin d'éviter qu'elles ne rejoignent la vallée du Rhône.

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© findagrave.com

Lt James Millard Alston

(1918-1945)

Touché par un tir de la DCA ennemie, l'avion prend feu et s'écrase à Grazailles (Carcassonne) à proximité du domaine de Gougens. Pour le situer grossièrement aujourd'hui, disons près du Conseil départemental.

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© Patrick Ertel

Le lieu du crash en 1944

James Millard Alston s'est éjecté de son appareil. Il a une légère blessure dans l'avant-bras gauche causée par des éclats l'obus ; il atterrit en parachute au lieu-dit "As Plos" sur la commune de Pennautier. Grâce à Sylvain le Noach - spécialiste des unités et mouvements de troupes allemandes dans l'Aude - nous avons une traduction du rapport rédigé par le lieutenant à son retour de mission.

j. millard alston

Avion semblable à celui de J. Millard Alston

Voici des extraits du rapport de mission 

"Touché par le mitraillage d'une Flak. Fuite épaisse de fumée noire. Finalement le moteur est mort. Le voile de parachute ne s'est pas déployé. Redéployé le plus loin possible, j'ai pu m'extirper en lâchant le bord de fuite. [...] J'ai atterri à côté du lit d'un ruisseau séché, à 15 pieds des arbres. J'ai grimpé dans les arbustes. J'ai couru le long du ruisseau couvert d'un sous-bois dense. J'ai longé le lit du ruisseau, j'ai trouvé un trou sous une bûche et j'ai réussi à mes glisser parmi les troncs d'arbres. J'avais l'intention de rester jusqu'à la tombée de la nuit. Une heure et demie plus tard, j'entends quelqu'un venir des sous-bois. Un paysan vraiment âgé. Je lui au fait comprendre (indéchiffrable) vers des civils. Il a mimé qu'il allait revenir. Quinze minutes plus tard, il est revenu avec un chapeau blanc en flanelle ou un béret. 

Il m'a amené chez un ami. On a suivi des chemins de campagne jusqu'à une ferme. J'ai été nourri et il a insisté pour j'aille me coucher. J'ai dormi trois heures. Je me suis réveillé et un autre homme était là (probablement un maquisard). Escorté 3-5 minutes jusqu'à une autre ferme. Deux maquisards sont venus. Un d'entre-eux m'a amené à Saverdun. Je suis resté là jusqu'au 25 août. Famille Fontanelle. Ils m'ont bien soigné. Je pouvais demander tout ce que je voulais.

Deux ex-pilotes sont allés pour s'assurer que l'avion était complètement détruit. Je suis monté dans une voiture et je suis allé à Foix. Ici, j'ai contacté la mission des alliés - la ville venait juste d'être prise. Une journée avec eux. Quelqu'un de Toulouse a envoyé une voiture pour moi et je suis allé là-bas. "

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Manuscrit du rapport du Lt James Millard Alston

Grâce à la Résistance française, le lieutenant américain rejoindra l'Angleterre, l'Irlande et enfin son pays d'origine. Il reprendra du service lors de la bataille du pacifique contre les Japonais. Son appareil est à nouveau touché au sud d'Okinawa le 25 mars 1945. Cette fois, la mer n'aura pas épargné la vie de James Millard Alston. Son corps n'a jamais été retrouvé.

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© findagrave.com

Vieux cimetière de Linden (Alabama)

En 2001, des membres de sa famille sont venus des Etats-Unis, se recueillir sur le lieu du crash à Carcassonne. Avec cet article, nous souhaitons rendre hommage à tous ces combattants étrangers qui ont défendu la liberté sur le sol français. 

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© Patrick Ertel

La famille de J. Millard Alston sur les lieux du crash à Carcassonne

A Pennautier, une plaque rend hommage au lieutenant Alston et à tous ses compatriotes

j. millard alston

Merci à Sylvain le Noach

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30/05/2017

Un criminel de guerre nazi au château du parc de Capendu

Au début de l'année 1944, les Allemands craignent qu'un débarquement des alliés ne s'effectue par la côte Languedocienne. Le 12 janvier, à la Milice de Carcassonne on apprend par le chef de cabinet du préfet de l'Aude que la côte est en cours d'évacuation. Les villes de Sigean, La Palme, La Nouvelle, Leucate sont frappées par cet ordre qui sera effectif le 15 février 1944. Les généraux Allemands Blaskowitz (commandant la Première armée), Wiese (commandant la 19e armée), Rommel (commandant le groupe d'armée B) et Von Rundstedt (commandant en chef du front Ouest), inspectent cette côte. 

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© dday-overlord.com

Generalfeldmarschall Gerd von Rundstedt

La Résistance est au courant grâces aux informateurs du réseau Gallia, dirigés dans l'Aude par Maurice Jean. Le commandant des gardes-voies, Froly, fournit des fiches techniques sur les ouvrages d'art ; 400 points sensibles sont ainsi répertoriés. Maurand, un entrepreneur du sous-secteur de Leucate, se fait embaucher pour la construction de blockhaus et relève les plans des fortifications. On compte également de nombreux employés de la SNCF qui surveillent les mouvements de troupes. Emmanuel Gabarros, monteur de lignes aux PTT de Narbonne, se distingue en s'approchant assez près du logement du général commandant une division allemande récemment arrivée pour distinguer sur les chemises de l'officier ses initiales. Ceci permit l'identifier ainsi que son état-major et sa division : le général Richter.

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Le château du parc à Capendu

A Capendu se trouve le Quartier Général du 4e corps d'armée allemand commandé par le général Erich Petersen (1889-1963). Il est réparti entre quatre châteaux du lieu. C'est dans l'un de ceux-là que vit la comtesse Van Wyhe, dite Camille, ancien agent de l'Intelligence Service en Hollande pendant la Grande guerre. Pour la bonne cause, la comtesse se lie avec un officier supérieur allemand auprès duquel elle soutire des informations pour le réseau Gallia.

"Chaque jour, le courrier circule entrer les quatre châteaux par les soins d'un soldat allemand. Ce soldat, un Autrichien anti-nazi, travaille pour le réseau Gallia pour qui il est Frédéric. Seuls la comtesse et Maurice Jean sont au courant de ce double-jeu. Les documents passent d'abord chez la comtesse qui les photographie avant qu'ils n'atteignent leurs destinataires. Frédéric n'accepta jamais de récompense. Il voulait seulement rentrer chez lui. Le réseau dispose également de deux informateurs allemands dans ce sous-secteur.

En 1944, un Oberleutnant, commandant un groupement de panzers de la division Das Reich, est recruté. Il est fatigué de la guerre, songe à déserter et livre ses informations sur les effectifs et les mouvements de sa division contre rétribution en dollars. En juin 1944, la "Das Reich" fait mouvement vers la Normandie, s'illustrant en chemin par les pendaisons de Tulle et le massacre d'Oradour-sur-Glane, et nul n'entend plus parler de cet officier.

Un feldwebel de la Luftwaffe surnommé Franck, qui a été en poste dans la région de Peenemüde, informe le réseau des essais de V1 peu avant que n'aient lieu les premiers tirs sur l'Angleterre. Il livre également des renseignements sur les mouvements de son unité quand elle part en opération contre les maquis, et sur une nouvelle arme antichar, le Panzerfaust. 

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Von Rundstedt au procès de Nuremberg

Le Géneralfeldmarschall von Rundstedt séjourne trois jours au château du parc de Capendu. La comtesse alias Camille, imagine un plan pour faire enlever le général et l'envoyer en Angleterre. Un commando de résistants viendrait, capturerait l'officier et le conduirait vers un terrain d'atterrissage. Ce projet jugé trop risqué sera refusé par le chef de région du réseau Gallia. Gerd von Rundstedt sera arrêté le 1er mai 1945 par les troupes américaines et fait prisonnier. Accusé de crimes de guerre en raison de sa participation aux assassinats de masse dans les régions soviétiques occupées, il assiste au procès de Nuremberg. En raison de sa santé chancelante et de son âge, les britanniques le libèreront en mai 1949. Il meurt le 24 février 1953 à Hanovre à l'âge de 73 ans.

Sources

Mémoire DEA Histoire du XXe siècle/ J-P Meyssonnier / IEP de Paris /1994

Antimaçonnisme, Francs-maçons et Résistance dans le midi Toulousain

Wikipédia

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22/05/2017

Espionnage et dénonciations à l'hôtel de police de Carcassonne sous l'Occupation

On a trop souvent réduit l'enseignement de l'histoire de l'Occupation Allemande en France, à une vision manichéenne. A savoir, les gentils d'un côté et les méchants de l'autre. C'est vrai qu'avec le recul on s'aperçoit que cette idée réductrice a arrangé pas mal de monde, en faisant l'impasse sur les choses qui fâchent. Les archives que nous exhumons grâce au décret Sarkozy et plus récemment, celui de Manuel Valls sur les procès de Vichy, ouvrent des horizons nouveaux dans notre quête de vérité. 

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Idéalement situé sur le boulevard Barbès, le commissariat de Carcassonne fut durant les heures sombres de l'Occupation, une véritable ruche au service de l'administration de l'Etat Français. Avec toutefois cette particularité, que l'on y trouvait aussi bien de bonnes ouvrières autour de la reine, que des frelons et mêmes des faux bourdons. On peut affirmer sans crainte que la production de miel s'en trouvait largement frelaté. Pour en finir avec ce langage imagé, disons qu'au milieu de policiers fidèles à Pétain, d'autres comme Aimé Ramond, Gabriel Creupelandt et Pierre Escudey jouaient un double-jeu au service des réseaux de Résistance. Ils le paieront de leur vie. Quant aux premiers nommés, les plus zélés d'entre eux seront révoqués à la Libération et les mi-figue mi-raisin, finiront par regagner les rangs de la République. L'histoire est plutôt belle racontée ainsi... comme celle des policiers parisiens portés en héros, car Résistants le 24 août 1944 à 21h22.

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Je vous propose d'imaginer le travail de Ramond, Creupelandt et Escudey en terrain hostile, faisant passer des informations à leurs réseaux, détruisant ou falsifiant des rapports d'enquête sur les maquis. Ils étaient chargés du N.A.P (Nettoyage des Administrations Publiques). A Carcassonne, le héros c'est Aimé Ramond mais on complètement oublié d'honorer Creupelandt et Escudey dont les noms figurent sur une plaque à l'entrée du commissariat. Vous allez voir comment ces deux-là, respectivement commissaires et commissaires adjoint aux Renseignements généraux, l'ont payé de leur vie.

L'affaire de Belcaire

Au mois de novembre 1943, les Allemands ont connaissance que des réfractaires du STO se cachent à Belcaire et à Camurac, où ils reçoivent de l'aide. Les Allemands exigent que la police française mène l'enquête. Pierre Escudey et son adjoint Gabriel Creupelandt sont chargés de cette mission. Bien entendu, ils dresseront un rapport négatif. Celui-ci n'ayant pas convaincu la Gestapo, Albert Kromer (Agent de la Gestapo) et Hoffman sont envoyés à l'hôtel Bayle à Belcaire où ils recueillent des renseignements en se faisant passer pour des Résistants. Les jours suivants, les gens de Belcaire seront arrêtés.

L'arrestation d'Escudey et de Creupelandt

 Dans les dépositions du procès de René Bach (Agent du SD à Carcassonne), nous avons trouvé les circonstances de l'arrestation des deux commissaires. Ils ont été dénoncés par la maîtresse d'un officier Allemand qui travaillait comme dactylo aux Renseignements généraux. Ceci de la manière la plus sournoise ; l'agent 007 James Bond n'a rien inventé.

Marty Antoinette (Agent M.O 230) demeurant 71, rue de la République à Carcassonne était la maîtresse du capitaine Reinhardt de la Kommandantur. C'est à lui qu'elle fit part des propositions faites à elle par le commissaire des Renseignements généraux Escudey. Celui-ci lui avait proposé du fait qu'elle entrait et sortait du bureau de ce capitaine, de lui fournir des renseignements d'ordre militaire. Reinhardt envoya Marty à Eckfeffner (Chef de la Gestapo, NDLR) qui lui fit jouer la comédie auprès de Escudey, lui fournissant des renseignements sans aucune valeur. C'est ainsi qu'elle fit également arrêter pour complicité le commissaire adjoint Creupelandt, et qu'elle dénonça un inspecteur Lagoutte qui réussit à prendre la fuite.

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Villa de la Gestapo de Carcassonne en 2014

Escudey et Creupelandt seront arrêtés le 10 janvier 1944 pour espionnage par la Gestapo. Antoinette Marty avait travaillé à l'Office de placement Allemand puis aux Renseignements généraux. Courant mai ou juin, elle devait intégrer le bureau de la L.V.F (Légion des Volontaires Français contre le Bolchévisme) située rue de l'Aigle d'or. Détenue à la Libération à la Maison d'arrêt de Carcassonne pour trahison, elle sera d'abord condamnée à mort puis graciée par le général de Gaulle.

Voici l'interrogatoire de Mlle Marty à la Libération

Je craignais que la Gestapo ait trouvé chez Escudey des papiers compromettant pour moi. J'ai vu Escudey deux fois : Café Not et R.G. J'ai fourni des renseignements à Escudey d'ordre militaire. Je me suis rendu à la Gestapo - route de Toulouse - en présence de René Bach et des blonds.

- Est-il exact que vous avez travaillé aux RG ?

- Oui

- Qu'était Creupelandt ?

- Policier très honnête. Français avant tout. Collaborateur. National 100 %. Nous nous en étions aperçus. Je n'ai jamais travaillé avec Escudey.

- Etiez-vous au courant de son arrestation ?

- M. Escudey a été renvoyé par Vichy par mesures disciplinaires. J'espère que M. Creupelandt sera libéré grâce à vous. J'ai été la maîtresse de Lagoutte.

Nous voyons là toute la subtilité de la Gestapo, à se servir des charmes d'une femme pour infiltrer la Résistance. Maîtresse d'un officier Allemand et d'un inspecteur de police. Evidemment Creupelandt, Escudey et Ramond pour ne pas éveiller les soupçons, jouaient à fond en interne la carte Vichy. La signature de Ramond sur le registre de condoléances de Philippe Henriot en juillet 1944, s'explique ainsi.

 

Gabriel Creupelandt

Le commissaire adjoint Creupelandt était né le 31 décembre 1910 à Roubaix (Nord). Son père Albert résidait en 1945 à Roubaix, 203 rue Lacroix. Arrêté le 10 janvier 1944, il sera déporté le 7 juillet 1944 de Paris vers le camp de Vaihingen par le transport "Nacht und nebel". Il y mourra le 21 février 1945.

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©memorialgenweb.org

Son nom est gravé sur le monument aux morts de Bram, car il habitait dans cette commune. 

 

Pierre Escudey

 Le commissaire Escudey était né le 24 novembre 1909 à Toulenne (Gironde). Titulaire du baccalauréat et d'une licence en droit, il pratique l'athlétisme au haut niveau. Il est incorporé le 15 novembre 1932 au 196e RALT et élevé au grade de Maréchal des logis l'année suivante. 

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En 1934, Pierre Escudey porte le N° 111

Le 2 juin 1936, il épouse à Langon Simone Saintespès avec laquelle il aura un fils, Bernard né le 12 novembre 1937. Le 1er novembre 1942, il est nommé à Carcassonne comme chef des Renseignements généraux. Il participe aux réseaux de renseignements Marceau (Marco Polo) et N.A.P. Le 1er octobre 1943, il s'engage dans le réseau de Résistance Gallia-Impérium comme agent P2. Pierre Escudey est d'une aide précieuse, car il a gardé des contacts dans les milieux proches de Vichy et, surtout, avec les Allemands.

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Pierre Escudey et son épouse

Arrêté à Carcassonne par la Gestapo le 10 janvier 1944, le commissaire Escudey est interné à Montpellier du 10 janvier au 1er juin 1944. Il est ensuite transféré à la prison de Montluc à Lyon (cellule 129). Il subit des interrogatoires à la baignoire, aux coups de poings et aux bâtons. Déporté le 2 juin 1944 vers Compiègne. Après trois jours et quatre nuits, il arrive au camp de Dachau le 6 septembre 1944. Il décèdera à Hambourg-Neuengamme le 6 janvier 1945 en tentant de s'évader.

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Bernard Escudey, son fils.

A titre posthume, il reçoit la médaille de la Résistance le 26 janvier 1947. Il est fait chevalier de la légion d'honneur le 14 juillet 1959. Son fils Bernard en est le récipiendaire.

En écrivant cet article, nous avons souhaité combler une lacune. Celle de l'oubli de P. Escudey et G. Creupelandt qui, au prix d'énormes risques, se sont sacrifiés pour l'honneur de la France. Dans quelques mois, un nouvel hôtel de police sortira de terre à Carcassonne. Gageons que les noms de ces deux héros, ne seront pas oubliés ; ce ne sera pas la faute de ce blog.

Remerciements

Madame Jeanine Escudey

M. Sylvain le Noach

M. Eric Fargeaudoux et l'ensemble de ceux qui travaillent sur le réseau Gallia

Archives de l'Aude

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20/05/2017

Jean-Paul Léri (1918-1943), fusillé à l'âge de 25 ans

Dans deux de ses articles dominicaux publiés dans La dépêche, l'historien Claude Marquié a évoqué la courte vie de Jean-Paul Léri. Tout en reprenant les éléments essentiels de son travail, nous allons apporter des informations nouvelles que nous avons découvertes aux archives de l'Aude.

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© ADA 2J 1150

Jean-Paul Léri

Ce jeune homme courageux était né le 15 septembre 1918 à Orléans d'un père médecin. Au début de la guerre, il combat dans l'armée française avec le grade de sous-lieutenant. Sa vaillance lui vaut la Croix de guerre et une belle blessure durant les hostilités. Il est fait prisonnier, mais s'évade et adhère aux Compagnons de France ; organisme fondé par le gouvernement de Vichy pour la jeunesse française. A partir de 1942, Jean-Paul Léri s'écarte de l'idée nationale incarnée par Pétain et rejoint la Résistance au sein du réseau Alliance.

L'objectif de Léri et de ses camarades était "de favoriser le départ par mer, à partir de Saint-Pierre (commune de Fleury) de personnalités, mais surtout de recueillir le maximum de renseignements sur l'armée allemande et de les transmettre à Londres, soit par radio, soit en les acheminant à Lyon. Leurs lieux de ralliement étaient Rouvenac, près d'Espéraza, village assez isolé à 300 m d'altitude qui comptait 259 habitants en 1936, où vivait Louis Jean, et à Carcassonne dans un immeuble de l'allée d'Iéna, les déplacements entre ces deux points se faisant par le chemin de fer ou à vélo." (C. Marquié)

Le 22 septembre 1943, Jean-Paul Léri est arrêté à Carcassonne par la police Allemande. L'ancien sous-lieutenant au 8e Zouave sera torturé par la Gestapo, mais ne parlera pas. Six jours plus tard, c'est Mme Camille Dubousset, hôtelière de son état, qui est arrêtée à son domicile de l'allée d'Iéna. On retrouve chez elle, les renseignements sur les dépôts d'armes de la Werhmacht. Ceux-ci lui avaient été remis par Jean-Paul Léri. Cette information trouvée dans les archives de l'Aude contredit les affirmations de l'article de M. Marquié, disant que les documents furent détruits par les résistants après l'arrestation de Léri.

Madame Dubousset sera déportée et mourra deux ans après être revenue du camp de Mathausen le 5 mai 1945. Elle était originaire de de St-Eloy-les-mines (63). Jean-Paul Léri, transféré à la prison de Montluc à Lyon et jugé par un tribunal militaire, sera fusillé pour espionnage le 5 novembre 1943.

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Depuis le 30 novembre 1954, une rue de Carcassonne porte son nom dans le quartier Pasteur. 

Sources

Les dimanches dans l'histoire / La dépêche / C. Marquié

Rapport des RG / 5 mai 1944

Rapport des RG / 5 octobre 1943

Midi-Libre / 7 novembre 1944

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03/04/2017

Carcassonne a t-elle oublié sa soeur Mosellane de Lorry-lès-Metz ?

Nous l'avons vu dans un précédent article, le département de l'Aude a accueilli un très grand nombre de réfugiés d'Alsace-Lorraine en 1940. Annexés à l'Allemagne hitlérienne, les habitants des communes de cette région française n'ont pas eu d'autres choix que de fuir. Le nettoyage ethnique des nazis s'opéra en cherchant à remplacer les Mosellans par des Germains. L'école Jean Jaurès de Carcassonne servit de point de regroupement, à partir duquel les familles furent renvoyées vers différents villages : Conques sur Orbiel, Pexiora, Bram, Montréal d'Aude, etc..

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Les Alsaciens-Lorrains à Carcassonne en mars 1942

Ces familles sont restées dans l'Aude jusqu'à la fin de la guerre. A jamais dans leur coeur, l'accueil des Audois demeura exemplaire de générosité malgré les restrictions. Ils travaillèrent dans les champs, les enfants allèrent à l'école du village et s'intégrèrent parfaitement tout en gardant leurs coutumes. Certains se marièrent avec des femmes du pays et d'autres y restèrent. Des liens de fraternité se tissèrent mais les générations passent et le temps fait son oeuvre. Que reste t-il de ces souvenirs ?

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Le 3 décembre 1944, les Mosellans de Carcassonne fêtèrent la libération de Metz et de Strasbourg lors d'une cérémonie au monument aux Audois, place Davilla. En réalité, Metz est encore sous le feu des forts qui entourent la ville côté ouest et où résistent encore les Allemands. La ville ne sera "nettoyée" que vers le 15 Décembre, alors qu'elle est libérée depuis le 28 Novembre 1944.

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Cérémonie d'adieu des Alsaciens-Lorrains

Fin avril 1945, les Mosellans déposent une plaque au monument aux morts de Conques-sur-Orbiel et devant les tombes des maquisards de Trassanel. C'est un marbrier de Conques qui l'a faite, mais il n'a pas voulu être payé. 

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Famille Mosellane à Conques-sur-Orbiel pour les adieux

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Le 1er mai 1945, en présence du préfet et des autorités civiles et religieuses de l'Aude, une plaque est dévoilée au pied de la statue de Jeanne d'Arc, boulevard Barbès. Les réfugiés d'Alsace-Lorraine remercient les Audois pour leur accueil.

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Cette plaque avait été déplacée en même temps que la statue de Jeanne d'Arc sur le parvis de la cathédrale Saint-Michel. Aujourd'hui, des travaux sont en cours à cet endroit. La statue et la plaque ont été récemment enlevées pour réhabiliter le jardin. Nous avons signalé aux services municipaux ces témoins de l'histoire et la plaque devrait être remise en place.

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Au cours des cinquante dernières années, Carcassonne et Lorry-lès-Metz ont perpétué le souvenir de leur tragique destin. Le maire de la commune Mosellane est venu avec une délégation à la fin des années 1970 participer à une cérémonie à Carcassonne. On aperçoit M. Antoine Gayraud, le maire de notre ville.

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Les autorités de Lorry-lès-Metz déposent une gerbe au pied de Jeanne d'Arc et de la plaque de 1945, dans le jardin du parvis de la cathédrale Saint-Michel.

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Aujourd'hui, les liens se sont distendus entre les deux communes. Pourtant, à 900 km d'ici, nous avons remarqué que Lorry-lès-Metz possède une rue de Carcassonne. L'inauguration du nouveau jardin sur le parvis de la cathédrale St-Michel serait une formidable occasion de réunir encore nos deux villes. Pourquoi donc ne pas inviter une délégation de la ville de Lorry-lès-Metz ?

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18/03/2017

Huit résistants Audois jugés au tribunal militaire de Bordeaux en 1950

Au mois de novembre 1950, comparaissent devant le Tribunal militaire de Bordeaux huit prévenus désignés comme "La bande à Chiavacci". Il ont à répondre des chefs d'inculpation d'assassinats, vols qualifiés, coups et blessures ayant entraînés la mort et d'actes de barbarie. Ces exactions ont été réalisées peu de temps après la Libération de Carcassonne.

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Les accusés à leur procès

Les faits

Ce qui doit éclairer d'emblée notre réflexion, ce sont les compte-rendus dans la presse issue de la Résistance, selon qu'elle soit Gaulliste ou Communiste 

"Les inspecteurs de police de Carcassonne, Got et Durand ainsi que M. Tagliaferri furent exécutés ; M. Carillo, suspecté à tort d'avoir appartenu à une association de collaboration avec les Allemands, fut torturé et garda une incapacité de plus de deux mois. Amoureux du tison rougi, de l'écrasement des membres par la presse à papier, ils supplicièrent Raymond Tessier, Christian de Lorgeril et Louis Ganet jusqu'au dernier soupir. Ces deux derniers - emprisonnés à la Libération pour suspicion d'appartenance à la Milice. Enfin, ils ne dédaignaient pas d'arroser d'essence le corps de leur victime, afin d'y mettre le feu. Quant à la liste des vols commis lors de leurs "perquisitions" ou des visites organisées dans cette intention, elle est longue. Les huit accusés se trouvent en face d'un dossier, on ne peut plus volumineux." (Le Midi-Libre)

Pendant ces cinq ans, des lois d'amnistie aux traitres et collaborateurs ont été votées. Von Faber du Faur a été acquitté par le tribunal militaire de Paris. Le tribunal militaire de Bordeaux juge actuellement des Résistants. Hier matin, avant l'audience, M. Tixié-Vignancourt, ex-ministre de Pétain, qui avait pris place dans le public, avait eu un long entretien avec le conseiller Wagner. Il n'y a rien dans l'acte d'accusation qui permette de penser un seul instant que les inspecteurs Got et Durand, aussi bien que Tagliaferri, qui furent exécutés, étaient des des dénonciateurs de patriotes. Pourtant, ils l'étaient. Le président du comité de local de libération l'a déclaré dans sa déposition. (Le patriote)

Le contexte politique

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© Assemblée Nationale

Jean Llante

En 1948, l'union nationale autour du Gouvernement provisoire formé par le Charles de Gaulle avec dans ses rangs, cinq ministres communistes avait volé en éclat. Chaque formation reprenait son indépendance et renouait avec les discordes d'avant-guerre. Le régime des partis s'installait dans la Quatrième République et le général rendait son tablier. Le communisme poussait ses pions en Europe de l'Ouest et le gouvernement français tentait de contenir son influence. Aux Etats-Unis, dès 1950 le sénateur Mac Carthy voyant des communistes partout, procédait à la chasse aux sorcières de Moscou. En France, l'opération Boléro-Paprika vit l'expulsion de 397 étrangers d'obédience communiste dont 176 espagnols, suspectés de préparer un coup d'état. Le PCE (Parti Communiste Espagnol) fut interdit en France.

Pendant ce temps, Robert Schuman, est nommé Président du Conseil (Premier ministre) par Vincent Auriol. Dans un passé si proche, Schuman avait été sous-secrétaire d'état de Vichy et avait voté les pleins pouvoirs au maréchal. Frappé d'Indignité Nationale et d'inéligibilité à la libération, il retrouva une virginité politique dès le 15 septembre 1945. Grâce à l'intervention de ses amis, la Haute-Cour de justice prononce un non-lieu en sa faveur. Tiens, comme Maurice Papon, René Bousquet, etc... Le fondateur de la Communauté Européenne était donc pétainiste. Sa postérité est sans égale sur les places et artères française, pourtant il était d'avis en 1940 de déposer les armes contre l'Allemagne nazie. En 1990, l'évêque de Metz demande à instruire son procès en béatification ; il est toujours en cours, mais le pape François n'a toujours pas trouvé quel miracle il a accompli.

C'est à partir de cette époque que les anciens Miliciens et Collaborateurs, vont voir leurs peines d'Indignité nationale réduites ou abrogées. Les lois d'amnistie du début des années 1950, leur donneront l'absolution totale de leurs crimes.

A Carcassonne, le préfet Louis Maurice Picard envoie de multiples rapports au ministre de l'Intérieur de l'époque, Jules Moch (à partir de juillet 1950 : Ministre de la Défense nationale), alimentant la théorie du rôle de « cinquième colonne » joué par le Parti Communiste Espagnol :

« J'ai l'honneur d'attirer votre attention sur la présence dans mon département de nombreux guérilleros espagnols qui d'après les renseignements que j'ai pu obtenir sont considérés par le PC comme des troupes de choc spécialement destinées à se trouver à la pointe du combat en cas de troubles. »

Ce préfet de l'Aude, né en 1907, avait été déporté à Dachau.

Les arrestations  

Le 12 mars 1948 à Limoux, la gendarmerie procède à l'arrestation des suspects et à leur incarcération à la Maison d'arrêt départementale. Parmi eux, il y a trois maquisards appartenant aux FTPF (Francs Tireurs et Partisans Français) liés au Parti Communiste. Le député communiste de l'Aude Jean Llante s'indigne :

"L'autre jour à Limoux, on a arrêté trois Résistants !"

Dans un courrier adressé au Ministre de l'Intérieur, le préfet Picard indique que cette affaire ne peut entrer dans le cadre de l'Ordonnance du 6/7 1943, concernant les crimes et délits accomplis en vue de la Libération du territoire. Il est motivé par l'ordre donné le 18 mars 1948 par le Garde des sceaux aux procureurs généraux de faire application de cette ordonnance.

"Tortures et pillages postérieurement au départ des Allemands sur des victimes taxées à tort ou à raison de Collaboration par un certain nombre de Résistants ou pseudo-résistants. Beaucoup ont fait l'objet de condamnations de droit commun. Hans, alias Walezewsli Stanislas dit "Stani le tueur" a été récemment abattu à Montauban. Ces crimes ont été commis nuitamment à la prison de Carcassonne et dans la région de Limoux.

Le risque d'insurrection 

Les communistes vont alors tout tenter afin de délivrer leurs camarades en activant leurs réseaux (CGT, Associations d'anciens combattants FTPF, députés communistes, etc..). Le 5 août 1948, un première réunion se tient à Limoux dans la salle St-Louis. 25 personnes entendent protester contre "le maintien en détention des patriotes limouxins". Parmi eux, M. Dejoi (Président de l'Amicale des FFI - FTPF) et M. Loupia alias Colonel Blucher. Ce dernier prétend que ces véritables résistants ont agi sur ordre ; il en prend la responsabilité.

Partout dans l'Aude, le PC tente de mobiliser au-delà de ses troupes. Des courriers de toutes les sections locales arrivent sur le bureau du préfet. On menace d'organiser des manifestations afin de réclamer la libération de Cartier, Lafforgue, Mounié, Nouyé et Molinié détenus depuis 5 mois à la prison. Le 12 août 1948, lors d'une réunion à la mairie de Carcassonne le colonel Blucher ne s'oppose pas au procès, mais demande la mise en liberté provisoire. Il rappelle que les exécutions réalisées par la Résistance le furent sur ordre de l'Etat-major suivant la nécessité d'éliminer les traitres et les Collaborateurs. L'argent pris à ces derniers se justifiait pour subvenir aux besoins de la Résistance. Il s'indigne de l'acquittement du général Weygand et de l'amiral Abrial, alors que d'authentiques résistants sont en prison. Blucher espère un grand rassemblement de protestation le 22 août 1948, lors de l'inauguration du Monument à la Résistance Audoise au square Gambetta, en présence du général Zeller.

Une détention provisoire qui dure

Le préfet prend l'affaire au sérieux lorsque les communistes envisagent de forcer les portes de la prison de Carcassonne afin de faire libérer les 7 détenus. Il décide donc de les transférer à la prison de Béziers avec l'accord du procureur François Pastour et s'inquiète auprès du ministre, de la résolution signée par 350 FTPF afin de hâter la procédure. L'avocat des prévenus Maître L. Mas, n'obtient pas la requalification de ses clients de prisonniers de droit commun en prisonniers politiques. Après un an de détention, la colère monte et le Conseil général intervient à son tour. 

Dans le journal communiste "La voix de la patrie", Jean LLante attaque le 5 août 1949 son collègue député l'abbé Gau - ancien résistant - après ses propos tenus à l'Assemblée nationale au sujet des détenus.

" J'ai cité à deux reprises et mon collègue M. Llante y a fait allusion, le cas de quatre résistants de ma région qui sont emprisonnés pour crime de droit commun. Il ne m'appartient pas de révéler ce qui figure dans le dossier, mais les crimes qu'ils ont commis sont épouvantables. Le Parti Communiste demande leur libération. C'est une honte !

L'affaire est dépaysée

Le 10 octobre 1949, le préfet demande au procureur de dépayser l'affaire

"Elle a servi en effet d'agitation au Parti Communiste et les récents évènements du 2 octobre à Carcassonne prouvent que ce parti cherche à donner quelque vitalité à ses manifestations sur la voie publique."

Le 3 décembre 1949, il écrit au Ministre de l'Intérieur pour le renvoi devant une autre juridiction formulée par le parquet général de Montpellier auprès de la Cour de cassation. Le 6 juillet 1950, on apprend que les accusés seront jugés devant le tribunal militaire de Bordeaux. Ce procès n'interviendra que le 14 novembre 1950 ; le 8 septembre les inculpés avaient été remis en liberté provisoire.

Le procès à Bordeaux

Chiavacci

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Le tribunal militaire de Bordeaux en 1953

Le 14 novembre 1950, ils sont huit à comparaître dans le box des accusés. Trois d'entre eux avaient été déjà condamnés aux assises pour avoir, révolver au poing, volé des plaques d'or chez un dentiste de Limoux. L'audience se déroule donc sur le Cv des inculpés.

Le premier, Michenet, actuellement employé des PTT explique :

- J'ai été incarcéré le 15 mai 1940, par les autorités françaises pour avoir distribué des tracts contre l'armée Allemande.

Cette déclaration liminaire fait sursauter le tribunal et c'est le commandant Raymond qui rectifie :

- Pour avoir démoralisé l'armée française, ce n'est pas pareil. A ce moment-là, il y avait des soldats français qui se faisaient tuer.

Michenet poursuit :

- J'ai été chef-adjoint de la police politique à la Libération. J'étais sous les ordres de "Louis" et du commandant Bourga jusqu'en novembre 1944.

Le commandant Raymond intervient : "La défense a dit tout-à-l'heure que c'était à ces hommes que le tribunal devait de pouvoir siéger en ce jour. Quels sont donc les titres des accusés ?

Pour ma part, répond Michenet, j'ai fait un travail d'instructeur et je n'ai pas combattu les Allemands d'homme à homme.

Quant à Chiavacci, il fait un retour sur son passé : "abord enfant de troupe, puis élève à l'Ecole d'application Fontainebleau, il finit, après une tentative infructueuse pour devenir commissaire de police, par être exploitant de cinéma. Arrêté par la Gestapo, je fus, dit-il, libéré par la Croix-Rouge, le 19 août 1944.

Le Président rappelle que, pendant un temps, Chiavacci fut soupçonné d'avoir été un dénonciateur mais que les faits n'ont pu être prouvés. Depuis, l'accusé a quitté le Parti Communiste parce que, dit-il, c'était contraire à ses idées. Ses contacts avec les Allemands ? L'accusé indique au commandant Raymond qu'il appartenait au service de Kervanoel.

Cartier, membre des FFI du 10 juin au 2 août 1944 ; Lafforgue, Coronas, Mounié, Molinié, qui entrèrent dans les maquis à des époques diverses, affirment qu'ils ont combattu l'occupant presque tous dans les mêmes circonstances. C'est-à-dire lors de l'attaque de la colonne ennemie qui se réfugiait en Allemagne.

Lafforgue en août 1944, sabotait les voies ferrées tandis que Mounié sabotait des camions et effectuait des parachutages. Quant à Molinié : "Je ne voulais pas, dit-il, travailler pour les Allemands car il fallait travailler le dimanche." Il rejoignit le maquis et fit, d'après ses affirmations, des sabotages de locomotives à Bédarieux. Nouyer, enfin, appartint successivement à plusieurs maquis. Disons encore à l'avantage des accusés que plusieurs d'entre eux, notamment Mounié et Molinié ont, après le départ des Allemands, participé au sauvetage d'aviateurs britanniques tombés en montagne.

Les inculpés se renvoient les responsabilités et la défense dépose des conclusions tendant à écarter l'accusation de vols en ce qui concerne Mounié, Coronas, Lafforgue et Cartier.

Le verdict

Au terme du procès les accusés sont acquittés le 18 novembre 1950. Le préfet de l'Aude informe le Ministre de la défense par courrier le 5 décembre 1950, que la population de Carcassonne est fort mécontente de la décision du tribunal militaire. Que celle-ci est due à la pression incessante du Parti Communiste pour obtenir ce résultat

Il y a lieu de signaler que durant la détention des suspects, la Fédération communiste de l'Aude ne cessa d'alerter l'opinion publique pour protester contre ce qu'ils appelaient l'arrestation illégale des résistants de Limoux. Il ne se passait pas de semaine sans qu'un article de presse ne vienne rappeler l'activité des intéressés dans la Résistance et critiquer violemment l'attitude du gouvernement dans cette affaire. (...) Le sentiment qui prédomine dans l'esprit public est que la campagne d'intimidation organisée par le Parti Communiste porta ses fruits et que les juges du tribunal de Bordeaux ont été impressionnés par les pétitions, lettres adressés en masse au moment du jugement par les organisations d'obédience communiste.

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