07/02/2017

Lucien Allibau (1908-2004), résistant et libérateur de l'Aude

Nous allons laisser parler dans cette chronique, la voix d'un témoin qui fut un ami très proche de Lucien Allibau. Tout simplement parce que dans peu d'années, les témoignages sur ces maquisards ne se retrouveront plus que dans des livres. Y trouvera t-on celui de cet homme ? Déjà, les néo-libéraux camouflés en Gaullistes par opportunisme, commencent à vouloir dénoncer tout ce que la Libération a apporté au peuple français pendant 75 ans. Outre le retour de la liberté, un certain nombre d'avancées sociales issues du Conseil National de la Résistance - comme la Sécurité sociale - obtenue en 1945 grâce à la souffrance des combattants de la France libre et au général de Gaulle. Il suffit de lire le tome 3 de ses mémoires de Guerre. C'est là toute l'utilité d'un blog comme celui-ci, de mettre en lumière ce qui est dans l'obscurité. 

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Comme tous les communistes, Lucien Allibau disait que "les colons n'avaient rien à faire en Algérie" et qu'il fallait laisser le pays aux Agériens. Je lui dis un jour : "tu parles comme un Fellagha". Il me répondit : "Tu sais  ce que ça veut dire Fellagha ? C'est un homme de la terre. Oui, moi aussi je suis un homme de la terre." Voilà l'origine de son surnom qui lui restera au hameau de Maquens jusque'à la fin de sa vie. 

L'homme fils de travailleur comme son père qui mourut jeune, vécut avec sa mère et resta un célibataire endurci. Il était occupé à la voirie avant la guerre, mais comme il était communiste, quelqu'un se chargea de le faire renvoyer. Il retourna travailler la terre et remplaça un prisonnier de guerre dans une ferme. Pourchassé par la police de Vichy et la Milice française, il leur échappa et rejoint le maquis FTP (Francs Tireurs et Partisans) dans les forêts de Salvezine et plus tard, à Chalabre, il faisait partie d'une petite unité de sabotages.

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Il y avait deux types de maquis : l'un FFI (Forces Françaises de l'Intérieur) qui était sous la direction de Londres avec pour chef le général de Gaulle qui lui, bénéficiait de parachutage d'armes ; l'autre, FTP, qui était communiste. Bien qu'il n'aimait pas trop en parler, il me raconta quelques péripéties que je vous livre.

Son groupe au début n'était pas structuré. Un jour, pour se ravitailler, il demandaient à un fermier de lui vendre une vache. Le fermier refusa - et pour cause, les maquis payaient avec des bons remboursables à la fin de la guerre. Il tuèrent une vache à la hache et l'emportèrent. A six, ils dormaient sous un rocher. L'hiver, il fallait pour sortir couper les stalactites de glace avec le souci principal d'échapper aux Allemands. Ils étaient ravitaillés par la famille Cathala de Montjardin, un petit bourg à côté de Chalabre. Dénoncé par qui ? Il ne le surent pas avec certitude, mais toute la famille fut torturée et un de leur fils, fusillé.

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Auguste Cathala n'avait que 16 ans

Puisque les Anglais et les Américains ne leur parachutaient pas des armes, tout était bon pour s'en procurer. Attaques de gendarmeries et même simulations d'attaques Allemandes contre les FFI, qui eux bénéficiaient de parachutages. Pourtant les Américains avaient parachuté des hommes qui, ils le surent plus tard, étaient des agents de l'OSS qui deviendra plus tard la CIA. Ces sic agents parlaient toute la journée à la radio en américain. Quand Lucien leur demandait de quoi ils parlaient, ils lui répondaient : "On commande des armes". Ils n'en ont jamais reçu et pour cause, les Américains n'allaient pas fournir des armes, au maquis communiste. Ce n'est qu'après la fin de la guerre, qu'ils comprirent leur rôle qui était d'infiltrer les maquis communistes. Malheureusement, au cours d'une opération dans les gorges d'Alet contre une colonne Allemande, le lieutenant Paul Swank fut tué. Un monument rappelle cet épisode. Il y fut enterré.

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La tombe de Paul Swank - Officier OSS - à Alet-les-bains

 Au cours d'un engagement à côté de Puivert, ils firent prisonniers trois soldats Allemands. Dans la nuit, l'un d'eux tente de s'évader. Lucien qui s'en était aperçu, lui dit : "La prochaine fois tu sera tué". Il l'aurait fait. Ils furent remis à la Libération aux structures qui se mettaient en place. 

Une fois, comme un camarade lui proposait de se servir avec l'argent de la caisse qu'ils avaient récupérée, il lui dit : "Si tu la touches. Attention !" Dans sa vie, bien que braconnier dans l'âme, il fut l'honnêteté même en toutes circonstances.

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Un jour, je vais au petit village de Pauligne près de Limoux. Je rencontre un vieux monsieur. En parlant, je lui dis que j'étais de Maquens. Il me dit avoir fait des expéditions quand il était au maquis avec un gars de ce village. Il me précisa que c'était lui qui avait tué lie maire qui à cette époque était milicien. Quand je lui ai rappelé ces faits, il me dit de n'en parler à personne. Ils me mettraient en prison encore. C'était ce que l'on appellera plus tard, un règlement de compte du maquis. Ce milicien avait été impliqué lors de la torture et de l'assassinat du fils Cathala.

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Lucien Allibau

(1908-2004)

Pendant plusieurs années, au cours des cérémonies au Monument aux morts de Maquens, un habitant d'origine italienne faisait partie des personnes chargées de déposer une gerbe. Quand "Le Fellagha" s'en aperçut, il signala aux anciens combattants que cet individu avait servi dans les milices fascistes de Mussolini. On ne le revit plus durant les cérémonies. Aujourd'hui tous ces résistants sont presque tous morts ou trop âgés, désormais n'importe qui peut donc écrire ou faire ce qu'il veut avec l'histoire. "L'habit ne fait pas le moine"...

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24/01/2017

Les funérailles de Jean Bringer - chef FFI - le 31 août 1944

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Jean Bringer

(1916-1944)

Chef départemental FFI, il est exécuté par les nazis sur le dépôt de munitions de Baudrigues (à Roullens) le 19 août 1944 avec plusieurs de ses camarades de combat.

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A travers des photographies totalement inédites, nous allons tenter le retracer le parcours de cette triste journée du 31 août 1944 pendant laquelle les Carcassonnais, rendirent un dernier hommage à ce héros de la résistance audoise. Nous avons matérialisé en rouge le cheminement du cortège à travers le centre-ville.

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Le cercueil contenant les restes de Jean Bringer (il ne sera identifié par sa veuve que grâce à son chevalière) est exposé dans une chapelle ardente sur la place Carnot. Elle est veillée par ses frères d'armes.

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Les différentes troupes résistantes (Corps franc de Montagne noire, FFI, FTP, Maquis de Picaussel...) défilent et rendent les honneurs à la dépouille de Jean Bringer sur la place Carnot. La levée du corps est faite par l'évêque de l'Aude, Mgr Jean-Joseph Pays.

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Le cortège funèbre au départ de la place Carnot devant le café "Chez Félix". Tenant les cordons du poêle, on reconnaît à droite Charles Fourès. Résistant aux côtés de Jean Bringer, il a fait sa carrière de journaliste au Midi-Libre. Sa veuve, madame Cécile Farges, vit encore à près de 95 ans ; elle a été faite dernièrement Chevalier de la légion d'honneur pour ses actes de résistance à côté de son époux.

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A l'arrière du corbillard se tient dignement madame Bringer dans un crêpe noir, qui devra désormais élever seule, son unique enfant Jean-Marie âgé seulement d'un an. A sa droite, on reconnaît Gilbert de Chambrun (1909-2009), chef des FFI pour le Languedoc-Roussillon et Commandant du 81e régiment d'infanterie de l'armée du général de Lattre de Tassigny. Il sera député de la Lozère jusqu'en 1956. Juste derrière lui, Georges Morguleff qui fera partie de l'état-major du 81e RI. A la gauche de madame Bringer, se tient Lucien Roubaud, délégué à l'Assemblée Consultative provisoire siégeant à Paris entre novembre 1944 et août 1945. A côté lui, le préfet Augé. Juste derrière ce dernier, on aperçoit Louis Amiel (1897-1971) nommé au Comité départemental de libération et maire provisoire de Carcassonne d'août à septembre 1944 (lire Carcassonne, d'hier à aujourd'hui/ Bonnet/ pp.390). A sa gauche, Francis Vals (1910-1974) est le président du Comité départemental de libération de l'Aude. Maire socialiste de Narbonne en 1959, il sera battu par Hubert Mouly en 1971. Il restera député jusqu'à sa mort et est inhumé à Leucate. Derrière lui se trouve Guy David, adjoint de Bringer; à côté avec le béret, c'est André Coumes dit "Capitaine Cabot".

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Ce jour-là dans le cortège, il y avait le Dr Marcel Cannac (au second plan) dont le cabinet se trouvait sur le boulevard Marcou. Ce médecin est mort dans d'étranges circonstances dans la clinique Delteil...

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Pour l'occasion, une foule immense suit le cortège ou prend place en bordure de celui-ci. Toutes les administrations et commerces resteront fermés toute la journée.

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Les anciens combattants de la Grande guerre

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Les enfants de choeur précèdent la Société musicale Sainte-Cécile qui, tout au long du parcours, joue la Marche Funèbre de Frédéric Chopin. Ici, le cortège passe à l'angle des rues de la préfecture et Barbès devant le Bar de la poste. Le magasin de vêtements à l'extrème droite, est aujourd'hui la boucherie Péténuzzo.

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Le corbillard emprunte le boulevard Camille Pelletan devant l'ancien Café du musée (aujourd'hui, la Trésorerie générale) et la maison du compositeur Paul Lacombe.

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Après un passage par la rue Voltaire rythmé par le bourdon de la cathédrale Saint-Michel, le cercueil est déposé à l'intérieur du lieu saint. L'homélie de Mgr Pays fut des plus poignantes suivie de l'absoute. Monsieur Tournier, titulaire du grand orgue, malgré sa cécité versait des larmes qui paraissaient inconsolables. De mémoire de Carcassonnais, on n'avait jamais vu pareille foule aussi émue. Une fois la cérémonie terminée, le cortège funèbre se mit en marche en direction du cimetière Saint-Michel.

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Devant le cercueil disposé à l'entrée du cimetière, les combattants de l'ombre entonnent La Marseillaise. On reconnaît à premier plan à droite, Lucien Maury alias Franck, chef du maquis de Picaussel.

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Le cercueil est porté en sa dernière demeure par Louis Raynaud, Louis Bahi et Lucien Maury.

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Mgr l'évêque de l'Aude et les frères du couvent des Capucins bénissent une dernière fois la dépouille de Jean Bringer avant la mise au tombeau.

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Le cercueil est placé provisoirement dans le caveau familial de Louis Amiel, résistant et maire provisoire de Carcassonne. Six mois plus tard, les restes de Jean Bringer seront transférés au cimetière de Pierrelatte dans la Drôme.

Remerciements:

A J. Blanco, sans lequel je n'aurais pas obtenu ses photographies uniques et inédites

A ma tante, Isabelle Alay, pour ses souvenirs

Sources:

La résistance audoise/ Lucien Maury/ Tome 2/ 1980

Carcassonne d'hier à aujourd'hui/ JL Bonnet

La seconde guerre mondiale dans l'Aude/ Julien Allaux

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15/01/2017

Cinq attentats dans Carcassonne au cours de la nuit du 25 juin 1946

Un an après l'armistice du 8 mai 1945 mettant fin à la Seconde guerre mondiale, des attentats ne faisant que des dégâts matériels allaient se produire dans Carcassonne. Dès le mois de septembre 1944, les miliciens qui avaient pu être arrêtés furent jugés et fusillés. Les autres s'enfuirent vers l'Espagne où ils trouvèrent asile au Grand hôtel Continental de Barcelone. Un grand nombre de personnes suspectées d'intelligence avec l'ennemi furent incarcérées à la prison de Carcassonne, à l'hôpital général et au Grand séminaire. Certaines y passèrent plusieurs mois en attente de leur jugement qui intervint en décembre 1944 devant la chambre civique de l'Aude. Cette dernière se déclarant incompétente pour les faits les plus graves, c'est la Cour de justice de la République qui les jugea entre janvier et avril 1945. Les miliciens en fuite furent condamnés à mort par contumace ; les autres, les collaborateurs, les membres du PPF et de la LVF à des peines d'Indignité nationale et à la confiscation des biens. Les mois passèrent... Ces derniers firent très souvent appel et la cour de cassation minora les peines de la Cour de justice dès l'année 1946. Tant et si bien qu'à partir de 1951, le Président de la République amnistia presque en totalité les anciens miliciens et collaborateurs, en même temps que les actes pour résistance. Ceux qui s'étaient exilés purent rentrer au pays presque la fleur au fusil, sans que les familles de déportés ou de résistants aient la possibilité de protester. Fermez le ban ! En six ans, ces gens avaient été lavés des crimes de guerre. Ce qu'il faut dire qu'un des avocats défenseurs et le président du tribunal qui les jugea dans l'Aude, avaient été soit dans la Légion Française des Combattants et de la Révolution Nationale en 1942, soit déjà en place sous Vichy. 

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Dans la rue de la gare en 1946

Un an après les rancoeurs chez les patriotes restèrent très vives - ce qui n'excuse en rien certaines attitudes - de voir que finalement la justice avait été - selon eux - si clémente. On ne le dit pas assez, mais l'occupation Allemande avec le soutien de l'Etat Français provoqua une guerre civile entre Français. Dans ce type de de conflit, les revanches sont inévitables et ceux qui avaient été dénoncés, dénoncèrent à leur tour. Ceux qui avaient crevé de faim s'attaquèrent à ceux qui s'enrichirent avec le marché noir, etc... C'est dans cette ambiance qu'en 1946 à Carcassonne, plusieurs attentats se produisirent dont nous vous relatons les faits ci-dessous. Les noms des personnes ont été remplacés par une initiale.

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Le Midi-Libre a été créé à la Libération par le résistant Carcassonnais Lucien Roubaud. Ce journal remplaça "L'éclair" qui s'était compromis dans la collaboration. 

Midi-Libre

Mercredi 26 juin 1946

Dans la nuit de lundi à mardi vers 2 heures du matin, coup sur coup, quatre explosions provenant de divers points de la ville déchirèrent le silence. Celles-ci n'ont pas fait de victimes mais ont provoqué des dégâts matériels importants.

A 1h52, une explosion  avait lieu rue Victor-Hugo, à la laiterie de Monsieur B, ancien membre du "groupe collaboration". La grille de fermeture du magasin fut arrachée de sa glissière et tordue à mi-hauteur, la vitrine complètement détruite au ras du sol. Sur la bordure en bois, une cavité de 33 cm de largeur située à 4à cm au bord de la porte semble désigner l'endroit où avait été placé l'explosif. Il a été retrouvé un petit morceau de cuivre de 4 cm de longueur provenant d'un détonateur. Deux autres magasins, situés en face, ont été également leur vitrine démolie. A 30 mètres du lieu de cette explosion inconnue d'ailleurs, mais dans une moindre mesure, pour les suivantes les fenêtres des immeubles ont eu de nombreux carreaux brisés.

A 1h54, une nouvelle explosion avait lieu, rue de Verdun, à l'épicerie C. Ce magasin n'a que peu souffert de l'explosion et seul un trou de 33 cm de diamètre se trouve au bas d'une vitrine.

A 1h59, une troisième détonation se produisit rue du marché, chez Monsieur R, qui fut membre du "groupe collaboration". La devanture a été entièrement réduite en morceaux, malgré les volets de bois qui la protégeaient. Sur le côté gauche de ce magasin, la partie cimentée a été désagrégée sur 30 cm de longueur et la partie en bois se trouvant au-dessus a été complètement arrachée. Les deux magasins situés en face ont eu leur vitrine partiellement endommagée.

Quelques minutes après, une quatrième explosion se faisait entendre rue Georges Clémenceau, à l'ancienne boucherie H, dont le nouveau propriétaire est depuis un an M. Ange P. La grille de la devanture a été tordue, l'encadrement des glaces arraché et celles-ci complètement brisées. Les marbres destinés à recevoir la viande ont été cassés sous l'effet de l'explosion. L'engin ayant provoqué celle-ci semble avoir été placé à 50 cm du sol entre la grille et la vitrine. Les devantures d'un magasin voisin et de deux magasins situés en face ont volé en éclats. 

D'après les premiers renseignements qui ont pu être recueillis, toutes ces explosions auraient été provoquées au moyen de plastic. Cette hypothèse a d'ailleurs été confirmée par la découverte faite hier matin, rue Courtejaire, devant l'imprimerie R, d'une boule de plastic de 300 grammes environ, prête à fonctionner, mais dont les conditionnement défectueux avait dû empêcher la détonation.

Deux explosions se sont produites hier matin (25 décembre, NDLR) à Alet, provenant de deux engins explosifs qui avaient été placés devant les bureaux de la société hyppo-métallurgique.

Une information est ouverte en vue de découvrir le ou les auteurs de ces explosions.

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10/01/2017

Inédit ! La lettre d'adieu de Marceau Perrutel (1908-1944) à son père

Marceau Perrutel naît à Castelnaudary en 1908. Pendant l'occupation, il rejoint la clandestinité et organise le maquis de l'Aveyron, dont il sera le chef départemental FFI. Ce patriote avait été arrêté le 26 juillet 1944 à Millau Plage en compagnie de ses deux camarades Henri Froment et René Verdier. Trouvé par un berger au ravin de la Canebière situé à proximité de la Borie Blanque, il avait été torturé puis froidement abattu par la Milice française le 6 août 1944 à coups de révolver.

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© ADA 11

Lettre inédite 

Monsieur le commissaire de Millau,

Je vous fais parvenir cette lettre, d'abord pour vous dire que la plupart des pièces qui ont été produites dans mon affaire sont fausses. J'ai un nom et un matricule des F.F.I. Monsieur le commissaire, je vous saurais gré de bien vouloir faire parvenir cette lettre à mon père 7, enclos St-Louis. Route de Montréal à Carcassonne.

Bien cher père et toute la famille,

Je vais mourir. C'est pour la France, mais je t'assure que je ne compte pas mourir dans des circonstances aussi odieuses. Ici, on m'accuse de tout, de l'armée de Staline, alors que je n'ai jamais servi que dans les Forces Françaises de l'Intérieur. Ceci leur permet de me tuer comme un chenapan, sans patrie ni drapeau. Sans doute, je vais mourir écharpé, mais qu'à cela ne tienne, ma conscience est propre. Ici on me reproche les sabotages ; à mon avis, il vaut bien mieux cela que l'aviation qui détruit tout et manque souvent le but.

Pour ma part, de toutes les actions auxquelles j'ai participé, aucune vie humaine n'est à regretter, et cela me réconforte. Eux, font comme s'ils ne faisaient pas de victimes. Voilà huit jours que j'attends la mort ; enfin elle vient, je l'en remercie, mais c'est sous la forme du martyre. Rose est certainement morte aussi.

La foule a manifesté pour moi, c'est tout ce qui me réconforte car elle ne croit pas aux mensonges et me prend pour un de ses fils. Cher père, tu ne peux comprendre combien de loin j'ai pensé à toi. Encore, lorsque la foule manifestait, je pensais à toi, je te voyais traîner dans la foule. C'est avec cette pensée que je vais mourir. Ici, on refuse à me prendre pour un soldat des F.F.I. Pourtant c'est bien avec honneur que j'ai servi pour la France ; car les sabotages que l'on nous reproche nous ont été enseignés par des officiers parachutés d'Algérie. Ceci c'est pour te mettre au courant de ce faisait ton fils. Je termine en t'embrassant bien fort ainsi que toute la famille. N'oublie pas d'aller apporter la nouvelle aux parents de Rose.

Pour la France - Pour le drapeau - Adieu mon père.

Marceau Perrutel

 

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© Maquisards de France

Stèle commémorative située à Milhau au "Haut du Crès"

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La rue Marceau Perrutel depuis le 23 novembre 1944

Située dans le quartier des Capucins, cette rue porte d'abord par arrêté municipal du 28 décembre 1868, le nom de rue Neuve du Mail. Elle conduisait au jeu du mail qui se partiquait sur des terrains aménagés pas très loin de là.

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07/01/2017

Carcassonne sous la botte des nazis racontée par un témoin

Avant de passer à trépas, ce vieux monsieur a rédigé dans ses souvenirs destinés à ses petits-enfants un chapitre concernant la période de l'occupation à Carcassonne. Avec son autorisation, j'ai décidé de retranscrire son témoignage sur ce blog. Avec le temps, on a trop tendance à lisser l'histoire...

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Le 3 septembre 1939, déclaration de guerre à l’Allemagne. La mobilisation générale fut décrétée par voie d’affiches et de communiqués radio. Certains Français disaient que dans trois mois, nous serions de retour. Mon père et ma mère qui avaient vécu la Première guerre de 14-18, dit « aux enfants », il faut s’attendre à tout ce qui va nous arriver. Ils avaient bien raison ; les trois mois durèrent cinq ans. Cet évènement que j’ai vécu pendant ma jeunesse m’a marqué toute la vie. A dix ans, c’est là que l’on commence à se poser des questions sans apporter des réponses. Les analyses seront pour plus tard. C’est au jour le jour que les événements firent l’histoire.

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Réfugiés espagnols en 1939

Ce jour là, tout le village étant dans la rue en écoutant la radio qui diffusait des informations continues sur les conditions de la mobilisation générale. Dès le lendemain, les gendarmes apportaient les ordres pour rejoindre leur affectation. Si les ouvriers agricoles, les employés de commerce furent mobilisés les premiers pour aller au front, je me rappelle que les « affectés spéciaux » autrement dit pour mes parents les « planqués », allèrent dans les services administratifs. Mon père disait : ce seront toujours les mêmes qui truqueront. Pour les étrangers espagnols qui étaient en France depuis longtemps, il n’y eut pas de problème. Ils furent naturalisés et mobilisables, ce que firent beaucoup des rescapés de la guerre d’Espagne qui attendaient pour rentrer chez eux le départ du général Franco.
Certains s’engagèrent dans la Légion et d’autres préférèrent attendre. Mais dès le début de l’occupation ils furent poursuivis par la police française et les soldats Allemands, étant pour la plupart communistes. Ils durent rejoindre ou former les premiers maquis dans la montagne de Salvezine ou Puivert. C’était les F.T.P (Franc Tireurs et Partisans)

Pour les émigrés Italiens venus chercher du travail en France ou fuir le fascisme de Mussolini, ils venaient pour la plupart de l’Italie du nord. Ils n’étaient pas trop aimés des gens du village sauf des patrons qui les faisaient travailler comme des esclaves, sous prétexte qu’ils étaient logés, qu’il avaient un lopin de terre pour jardiner, etc… Le gouvernement leur donna 48 heures pour partir rejoindre l’Italie ou se faire naturaliser et rester en France ; ce que firent beaucoup d’entre-eux surtout s’ils n’étaient pas mobilisables.

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Soldats français prisonniers en 1940

Comme je l’ai écrit, en 1939 j’avais 10 ans. Ce fut la débâcle, disons la débandade. Les officiers en premier, les soldats suivirent et furent faits prisonniers pendant quatre ans en Allemagne. La guerre éclair ne dura pas longtemps. Le maréchal Pétain demanda l’armistice et les Allemands occupèrent la moitié de la France et la pillèrent toute entière. Ce n’est qu’en 1942 qu’ils occupèrent notre sud.
Le 18 juin 1940, le général de Gaulle lança son célèbre appel depuis Londres. Quelques français partirent via l’Espagne pour l’Afrique du nord pour le rejoindre. 

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© Martial Andrieu

Pétain en 1942 à Carcassonne avec les G.M.R

En 1942, quand le maréchal Pétain vint à Carcassonne, nous fûmes seulement deux de la classe à refuser d'aller le saluer avec des petits drapeaux, sur les boulevards. Je fus puni. Le matin il fallait monter le drapeau français à un mat dans la cour de l'école et le soir, le descendre. Je profitais de cette punition pour faire une blague ; je descendis le drapeau et dessinais une croix de Lorraine sur la bande blanche avec du charbon. Toute la journée le drapeau flotta dans la cour de l'école avec l'emblème de la Résistance. J'étais fier de moi, mais j'ai eu droit à une belle engueulade.

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© Martial Andrieu

Soldats de la luftwaffe à Carcassonne

Je me rappelle vaguement qu’un jour de 1942, le bruit courut à Carcassonne que tous les juifs avaient été arrêtés pendant la nuit par la police française. Le secret avait été bien gardé et la propagande avait bien fait son travail. Elle nous avait fait croire que c’était pour aller travailler en Allemagne ; nous étions loin de penser à ce que nous avons découvert après la guerre. Ce fait est une honte du gouvernement de Vichy et du maréchal Pétain qui n’est pas près d’être effacée. Pendant cette période les rafles étaient courantes, soit par les Allemands et la Gestapo, soit par la police française avec les miliciens. Un jour de 1944, j’allais à la gare expédier un colis pour un client par le chemin de fer. En haut des marches de l’entrée de la gare, je vois arriver dans deux ou trois camions des Allemands armés et qui se dirigent vers la gare au pas de course. D’un saut, je me retrouve dans le hall ; je jette mon paquet en criant : « Attention, une rafle ! ». Je bouscule le préposé et en courant le long de la voie, je passe sur le Canal, la route minervoise et descends le talus. J’arrive chez un client chaudronnier, j’explique ce qui se passe et il me cache derrière les cuves de gazogène en me disant : « J’espère qu’ils n’ont pas de chien. Moi, je ne t’ai pas vu ». Un peu plus tard, comme personne ne se manifestait j’ai pu sortir de ma cachette. Les Allemands m’ont-ils vu courir le long de la voie ? Je ne le saurais jamais, mais ils auraient pu me tirer comme un lapin.

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© Martial Andrieu

Camions allemands dans la caserne Laperrine

En novembre 1942, les Allemands envahirent le sud de la France qui était à ce moment-là en zone libre. Alors tout changea… Ont vit fleurir à tous croisement, des panneaux directionnels écrits en allemand de style gothique. Les casernes furent occupées par des troupes ainsi que les différents hôtels de la ville. En règle générale les petits habitants subissaient la domination de Vichy et des Allemands : les réquisitions pour aller garder les voies ferrées la nuit, les journées de travail obligatoires pour faire des fortifications, le couvre-feu, etc. Beaucoup de Français communistes durent prendre le maquis, alors que les familles aisées étaient plutôt pétainistes ou passives. Si le haut clergé était dévoué à l’Allemagne, les curés de village étaient plutôt pour la Résistance. 

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Les miliciens

J’ai toujours gardé dans mon coeur la haine de l’envahisseur et des Français qui les ont soutenus. Dans ma profession j’ai côtoyé quelques miliciens. La milice avait été créée pour faire la chasse aux Résistants. Ils étaient en uniforme noir et armés. C’était des auxiliaires précieux pour l’armée allemande. Je ne citerai pas noms mais un quincailler de Limoux qui était client chez nous était chef de centaine. A son sujet, un jour j’étais en train de le servir et voilà que notre secrétaire vint le prévenir qu’on le demandait au téléphone. Il partit pressé nous disant qu’il allait revenir. A midi, avec mon frère nous sommes arrêtés par un barrage de miliciens et voilà que ce monsieur nous demande les cartes d’identités. Mon frère lui dit : « Mais monsieur B, il y a une demi-heure nous étions ensemble ». Il lui répond : « Je veux voir ta carte d’identité comme tout le monde ». Voilà l’esprit de la Milice française ! Il faut dire que ce jour-là des résistants avaient exécuté un agent de la Gestapo - M. Albert Kromer.

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© Julien Allaux

Portrait d'Hitler dans l'Hôtel Terminus

Ce devait être fin 1943 début 1944, je travaillais aux établissements Baurès avec mon père et presque tous les jours je devais porter les factures des achats effectués par les troupes d’occupation, aux services administratifs logés à l’hôtel Bristol. Les plantons, des soldats âgés, étaient très sympathiques. Un gâteau, un verre de chocolat au lait et ils me demandaient dans leur charabia si j’avais écouté la radio de Londres. On plaisantait et je leur donnais les dernières informations. C’était le commencement de la débâcle sur le front de l’est. Les russes avaient repris plusieurs villes. Au mur, une grande carte avec les petits drapeaux allemands et russes. Je me suis permis de modifier la ligne de front. J’ai mis un petit drapeau russe sur Odessa - je pense. Un officier en tenue d’apparat entre à l’improviste. Il se campe devant la carte l’air étonné et appelle les plantons. Il leur demande des explications ; au début, calmement mais de plus en plus excité. Je reconnais que les soldats se sont fait engueuler pendant quelques minutes. Le peu que j’ai compris c’est qu’il voulait les envoyer en Russie. Catastrophe ! L’un d’eux dit que c’était moi le coupable. Aussitôt, il me souleva d’un coup de pied dans le cul et m’envoie dans un autre bureau où il ferme la porte à clé. Je ne suis pas resté longtemps à réfléchir ; je devais m’échapper le plus vite possible.

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© David Mallen

Soldat allemand devant l'hôtel Bristol

Il y avait une fenêtre mais nous étions au premier étage ; c’était trop risqué mais il y avait une dernière porte dans la pièce. J’écoute et j’entends un soldat qui chahute avec une femme. Quelques minutes après j’entends un bruit de porte et je me dis : « c’est le moment, il faut que je parte ». Doucement, j’ouvre la porte que n’était pas fermée à clé et je me retrouve dans un autre bureau. Le plus rapidement possible, je traverse cette pièce qui donne sur le couloir et dévale les escaliers jusque dans la rue. Le magasin où je travaillais n’était pas loin ; j’avertis mon père je rentrais à la maison. Je ne suis pas allé travailler pendant quelques jours. Il n’y eu pas de suites mais mais je ne revenais pas porter les factures dans ces bureaux.

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Baudrigues (Roullens) après l'explosion

Les alliés avaient débarqué en Normandie et dans le sud de la France. Plus ou moins organisée l’armée Allemande voulait se regrouper. Londres avait l’ordre de les retarder le plus possible. Harcelés par les maquisards, il se repliaient un peu en débandade. Le dépôt de munitions avait sauté le samedi à midi. Avec un copain, nous voilà partis le dimanche matin pour voir s’il n’y avait pas à chaparder. Quelques dépôts étaient encore en feu et de temps en temps nous entendions de petites explosions. Nous sommes passés par le ruisseau qui était en bordure du parc. Arrivés devant, un premier dépôt était à moitié enterré de bombes de 300 kilos non explosées.
Un peu plus loin, nous sentons une odeur indéfinissable ; nous sommes au mois d’août et découvrons des débris humains un peu partout au sol, sur les arbres. Les Allemands en partant avaient signé leur départ. Nous l’apprîmes le lendemain. Tous ces cadavres étaient ceux de tous les prisonniers dit politiques de la prison de Carcassonne, qui avait été massacrés.

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Défilé de maquisards à Carcassonne

C’est l’épisode le plus difficile à écrire. Tout se mélange, la joie d’être enfin libérés et en même temps, nous apprenons les massacres que les troupes Allemandes avaient fait avant leur fuite. Je citerai pour notre département : Trassanel, Baudrigues, le quai Riquet à Carcassonne, Escales… Suite à l’appel du général de Gaulle, les Allemands furent attaqués de toutes parts sur les routes, sur les chemins de fer. Le prix à payer fut très lourd pour notre département, mais les maquisards arrivèrent de la montagne noire et du Pays de Sault. Ils défilèrent sur les boulevards, mais très peu avaient des tenues militaires. Cet évènement est pour moi inoubliable. Quelle joie ! Sauf pour les collaborateurs et les miliciens qui n’avaient pas pu fuir avec les Allemands ou quitté la France via l’Espagne ou l’Andorre. Ceux qui se firent prendre étaient traduits devant un tribunal de salut public instauré à l’école Jean Jaurès, qui était le PC des F.T.P qui essayaient de s’organiser.
La justice était expéditive ; il ne nous appartient pas de juger, mais dans le contexte je pense que j’aurais fait comme eux. Les miliciens qui avaient participé en uniforme avec l’armée allemande à leur chasse ne se privaient pas ; la torture était monnaie courante. Puis, c’était l’exécution et quelques fois les représailles pour la famille. Ils étaient considérés comme traîtres à leur patrie.
Ceux des maquis de la montagne noire qui savaient que plus de 40 de leurs camarades avaient été massacrés à la mitraillette, allez leur expliquer qu’il fallait une justice moins expéditive. Ce qui désole le plus quand on parle de ces évènements, on ne parle que de règlements de compte en laissant planer le doute que des innocents ont payé pour des actions qu’ils n’avaient pas commises. Pour ma part, témoin de ces évènements, je n’en connais pas. Par contre, j’ai connu des miliciens qui avaient fui en Espagne et qui sont rentrés sans être inquiétés quelques temps après. Certains furent jugés et condamnés à des peines légères puis amnistiés.

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© Martial Andrieu

Carcassonne, septembre 1944


Les femmes qui avaient collaboré avec les Allemands furent arrêtées. Il ne faut pas croire que seules celles qui avait couché avec l’ennemi, le furent. Beaucoup parmi elles avaient travaillé dans les bureaux administrés par les Allemands, à leurs côtés. Certaines comme interprètes ou comme dénonciatrices. Elles furent promenées tondues autour des boulevards de Carcassonne. Prenons l’exemple de deux filles qui couchaient avec un Allemand. L’une fut tondue et l’autre, proche de la famille d’un maquisard ne fut pas inquiétée.

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© Collection privée

A la Libération, on vit fleurir sur tous les bras des brassards FFI. Ceux qui avaient fait du commerce très lucratif avec les Allemands ne furent pas trop inquiétés. Sauf, un entrepreneur de travaux publics qui travaillait à faire des fortifications avec du personnel requis. Il quitta Carcassonne en hâte, mais il s’avérera qu’il faisait passer les plans à Londres.
Quelques entreprises, dont un garagiste de Carcassonne réparait les camions de l’armée allemande. Quand les troupes ont quitté Carcassonne, les camions ne pouvaient pas rouler. Ils ressortirent comme par enchantement et ce monsieur, qui ne pouvait pas payer une clé à molette comptant, monta par la suite une affaire de transport international. Ce qui prouve que l’argent parachuté par les alliés pour les maquis, n’arriva pas dans sa totalité à destination.
Un médecin de renom, résistant de Carcassonne, partit à la Libération pour Marseille. Quelques temps après, il logea chez un chirurgien de ses amis résistants lui aussi. Mystère… On le trouva mort empoisonné. Cette affaire en son temps fit couler beaucoup d’encre, mais ne fut jamais élucidée.

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© ADA 11

Que penser également de tous ces politiques qui permirent à l’Allemagne vaincue en 1918 de recommencer vingt ans après et d’avoir la meilleure armée du monde?
Que penser de l’attitude des Etats-Unis d’Amérique qui ne vinrent qu’en 1944, après que l’Armée Rouge a repris l’offensive en Russie, sinon pour s’imposer ?
Que penser après la fin des hostilités de la victoire économique du Japon et de l’Allemagne ?

A tous ces morts je dis : « Morts pour rien ». Vous avez fait votre devoir mais vous avez été les instruments d’un régime où rien ne compte compte plus que le pouvoir et l’argent. Ne nous laissons plus berner par ces gens-là et refusons tout conflit qui ne nous concerne pas.
Que penser des policiers (police d’état) qui devinrent après la guerre CRS ? Ceux là même qui allèrent dans le Vercors suppléer les Allemands en bloquant les routes pour éviter tout retrait ou tout approvisionnement des résistants. J’en ai connu plusieurs qui avaient pour excuse : « Je n’ai pas participé. J’étais cuisinier. » A croire qu’il n’y avait que des cuisiniers. A la Libération, très peu furent poursuivis. Ils formèrent ensuite les C.R.S

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Le Havre après les bombardements alliés de 1944

A la fin des hostilités, la France était à moitié détruite. Nous n’avions plus d’industries. Les Américains nous proposèrent le plan dit « Marschal » qui consistait à nous vendre à crédit tout ce qui pouvait être utile à la reconstruction du pays ; ce qui n’était qu’une façon de dépendance. Mais le général de Gaulle prévoyant cette manoeuvre, le refusa et la France fit avec ces propres moyens.

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09/12/2016

Petites chroniques de la Seconde guerre mondiale dans l'Aude (3)

Après l'échec de la campagne de Russie, l'armée Allemande perd du terrain et de son prestige. En 1944, les maquis de l'Aude sont de plus en plus actifs dans leur tactique de harcèlement de l'ennemi. Les exactions de la Milice française contre la Résistance s'amplifient avec l'appui des troupes d'occupation. Après le débarquement allié le 6 juin 1944, les maquis de l'Aude voient arriver un très grand nombre d'hommes volontaires pour combattre à leurs côtés. Il y en a tant que beaucoup sont renvoyés chez eux faute de pouvoir les équiper. C'est ce que l'on peut désigner comme les Résistants de la dernière heure. 

Carcassonne

1er août 1944

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5 impacts de balles sur la voiture d'André Riffaud

Au cimetière de la Cité ont lieu des obsèques du jeune André Riffaud, maquisard blessé par les Allemands et décédé à l'hôpital de Carcassonne. Une foule de 2000 personnes a assisté à l'enterrement. Il y avait une dizaine de gerbes de fleurs aux couleurs nationales.

Aragon

11 août 1944 à 16 heures

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Le village est encerclé par une colonne allemande. Tous les hommes sont parqués sur la place publique. Toutes les maisons sont fouillées. Aucune arme est découverte. Les Allemands procèdent à des interrogatoires et gardent un certain temps le maire comme otage. Elles repartiront sans dommages. S'il avait été trouvé des armes, le village aurait été peut-être incendié et des villageois fusillés.

La Combe du Sault

Nuit du 7 au 8 juin 1944

Un avion a mitraillé l'usine des mines de Salsigne qui occupait 1000 ouvriers, sans faire de victimes.

Montirat et Monze

17 juin 1944 à 17 heures

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Un soldat allemand essaie d'entraîner Mme Lliagone. Le mari s'interpose. Le soldat le tue d'un couple fusil. Ensuite, il essaie de se faire remettre des effets civils pour déserter et part en direction de Monze. Ce même soldat déserteur rencontre sur la route une jeune fille : Mlle Fabre Marie-Paule. Il la contraint à la suivre. Les gendarmes allemands, alertés, rejoignent les deux personnes à 400 mètres du village et tirent sur elles. La jeune fille est tuée. Le soldat est arrêté.

Carcassonne

19 juillet 1944

La demoiselle Vidailhac Baptistine surnommée Titine, chargée du service du bâteau qui fait la traversée de l'Aude entre la rue Achille Mir et la rue Paul Sabatier, refuse à des Allemands de leur faire effectuer le passage parce qu'elle est en train de prendre son repas. Un moment après, alors qu'elle assure son passage, ces soldats interviennent. Pendant que l'un d'eux tient en respect les personnes sur le bâteau au moyen de sa mitraillette, les autres jettent à terre Mlle Vidailhac et la rouent de coups. A cette époque, le pont de l'avenir n'était pas construit et le seul moyen de passage d'une rive à l'autre de l'Aude était d'emprunter le Bac dirigé par Titine.

Chalabre

19 juillet 1944 à 12 heures

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© Avec l'aimable autorisation de David Mallen

Soldats Allemands à Chalabre

Six hommes dont trois armés de mitraillettes se présentent chez M. Canet, industriel. Se disant de la Gestapo, ils coupent le fil du téléphone, enferment la famille dans une pièce, fouillent l'appartement et s'emparent de 65 000 francs en billets de banque, de trois montres en or, de deux bracelets et de bagues. Le tout évalué à 300 000 francs. A 19h30, six hommes armés se font remettre par M. Folchet, buraliste, 50 paquets de cigarettes et 4 boites de cigares. Un reçu a été délivré.

Pezens

19 juillet à 8h30

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  Une trentaine d'hommes de la Résistance vêtus d'uniformes bleu marine et kaki armés de fusils et fusils mitrailleurs attaquent un petit convoi allemand qui perd un soldat et cinq blessés. Une section allemande (1 adjudant et 5 hommes) est capturée. De 8h30 à 11h30, le Corps Franc de la Montagne noire mitraille les camions passant sur la route 113. Les allemands tombent morts ou blessés. Le Corps franc se retire avec six prisonniers et un important butin. 

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