07/07/2018

Le monument à la Résistance audoise, où il ne fallait pas trop voir Jean Bringer

Le jour de la Libération de Carcassonne se fonde le Comité Jean Bringer avec pour mission d’honorer la mémoire de tous les martyrs de la Résistance audoise, dont Jean Bringer dit Myriel - chef départemental F.F.I - et ses camarades assassinés à Baudrigues le 19 août 1944. La présidence est confiée à Marcel Canaby - 75 allée d’Iéna - Inspecteur principal des eaux et forêts, administration dans laquelle Jean Bringer fut un agent très dévoué. Le général Kœnig lui avait donné à choisir entre un poste près de Draguignan ou dans notre ville. Il opta pour celle-ci en raison de sa proximité avec le lieu de résidence de son épouse situé au Bousquet d’Orb dans l’Hérault. Bringer prit donc cet emploi dans les eaux et forêts qui constituait une couverture pour ses actions de résistance. De son bureau du square Gambetta, le chef des F.F.I partait ainsi avec son vélomoteur en direction des forêts dans lesquelles séjournaient les maquis, sans que cela éveille des soupçons. Retenez bien qu’il n’a été arrêté le 29 juillet 1944 qu’à cause d’une trahison venant de son propre camp. Selon René Bach : « Il nous (La gestapo. NDLR) a été livré sur un plateau ». Quand on prend soin d’observer les noms des membres du Comité Bringer, on se rend compte de l’absence de certains chefs. Notamment Lucien Maury (Picaussel), Henri Négrail (Limoux), Victor Meyer (Maquis FTP Robert et Faïta), Gilbert de Chambrun, etc. Après tout n’est-ce peut-être que le hasard, ou ne les a t-on pas sollicités… Quoi qu’il en soit, la liste de ces membres répondent à certaines interrogations : Francis Vals, Nizet (Montolieu), Raynaud (Villeneuve-Minervois), Daraud (alias Bel), Barrière Paul (Espéraza), Duffaut (Logeur de Bringer), Graille Jean (Sous-préfet de Pamiers), Beauviel, Amiel Louis, Dr Cannac, Nicol Louis, Coumes André, Roubaud Lucien, Ct David (Espéraza), Ct Lajoux (Roquefeuil).

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Jean Bringer en uniforme

Dans les mois qui suivirent la Libération de l’Aude, lorsque les enquêtes furent ouvertes pour trouver les coupables de l’arrestation de Bringer, deux camps s’en rejetèrent la responsabilité. Louis Amiel, président du Comité Local de Libération et ancien adjoint de Bringer, en voulant exonérer Chiavacci (proche de Delteil) que les résistants de Limoux accusaient de trahison, les désigna comme étant les auteurs de cette machination. Notons que René Chiavacci fut incarcéré pendant plusieurs mois, fortement soupçonné d’avoir désigné Bringer à la Gestapo après les révélations de René Bach. Delteil et Amiel mettront toute leur énergie à tenter de le faire libérer. S’il nous est impossible pour l’instant de désigner un coupable, la guerre ouverte entre deux clans peut en être à l’origine… Ces maquis que Bringer devait unir depuis qu’il avait été récemment nommé chef des F.F.I, ne l’étaient sûrement pas. Lorsque leur ennemi commun se trouva à terre, les querelles politiques pour le pouvoir prirent force et vigueur. Sur ce point, notons que c’est le communiste Georges Morgulef qui remplaça Jean Bringer (Armée Secrète nommé par Londres) à la tête des FFI du département.

Durant l’été 1944, les Allemands avaient ordonné la destruction du square Gambetta car ils redoutaient qu’un débarquement sur les côtes méditerranéennes ne fassent entrer les alliés par la route de Narbonne. Ce magnifique jardin ainsi dévasté resta dans cet état avant que la mairie ne décide de le réhabiliter. L’architecte départemental Bourrely fut chargé d’étudier le nouveau visage que pourrait prendre ce square. De son côté, le Comité Bringer voulut faire réaliser un monument à la gloire des martyrs de la Résistance audoise avec Bringer comme icône. C’est le sculpteur et ancien résistant René Iché, né en 1897 à Sallèles d’Aude, que l’on approcha pour exécuter cette œuvre. Le statuaire s’était retiré à Paris où il possédait un atelier dans le Ve arrondissement, 56 rue du Cherche-Midi. Il s’engagea contractuellement le 8 octobre 1946 à « exécuter dans le plus bref délai possible, un monument de pierre dure de son choix, pour être placé sur le Square Gambetta, à Carcassonne. » Le sculpteur devra s’entendre avec M. Bourrely pour l’aménagement du monument au sein du jardin qui devra exprimer la vaillance héroïque. « Une partie de l’œuvre devra comporter une inscription et un portrait en bas-relief de Jean Bringer sans que cela nuise à l’unité de l’ensemble. » Il semble par ailleurs que la ville ait également sollicité Iché pour le square Chénier ; un projet qui ne se fera pas.

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Le square Gambetta en 1948

En janvier 1947, Iché s’inquiète des lenteurs d’aménagement de Gambetta alors même qu’on lui demande de réaliser son monument dans les plus brefs délais. Il propose qu’à défaut de square, on en pose la première pierre lors de l’inauguration de son œuvre. La principale problématique à laquelle va se heurter le sculpteur est le manque de matières premières et de matériel pour les acheminer. Ces atermoiements conjugués avec le retard pris dans le choix de la pierre vont avoir des conséquences sur les prix. Lé pénurie et la spéculation sur le franc entraînent une hausse des tarifs qui fait grimper en deux ans la note finale, suspendue aux subventions et à la souscription lancée par le Comité. Dans ce monde en reconstruction, le statuaire s’emploie à rechercher la meilleure pierre pour son œuvre tout en demandant des avances financières à un comité qui ne cesse de s’impatienter. Le 1er mai 1947, René Iché écrit au président Canaby qu’il compte utiliser un matériaux synthétique : « J’ai commencé il y a plus de dix ans au laboratoire des Travaux publics et du Bâtiment des essais de béton vibré en moules de plâtre qui m’ont donné d’intéressants résultats. Je suis resté en relations avec les meilleurs techniciens dans ces matières et je poursuis actuellement des recherches sur un agrégat que je continue à appeler béton mais qui n’a rien de commun avec ce matériau sinon qu’il est synthétique et non naturel. » En fait, Iché recherche la pierre la plus dure en s’inspirant du béton Romain. Meilleur que la pouzzolane, le ciment de laitier de haut-fourneau.
Le 21 juin 1947, Iché renonce à son expérience, envisage une œuvre en granit breton mais la carrière ne peut extraire un bloc de 7 mètres de haut. Il va se rendre dans le Finistère et demande 200 000 francs au Comité pour passer la commande. Si celui-ci loue la conscience professionnelle du sculpteur, il lui oppose sa conception du futur monument : « La multiplicité des symboles : lutteurs, arbre, maquisard, si elle satisfait l’artiste et le penseur, peut à beaucoup paraître obsédante, et être une cause de dispersion d’attention. De plus, on s’est demandé si de nombreux audois ne verraient pas, dans le maquisard comme dans le médaillon le chef Myriel… qu’ils n’ont pas connu et si le caractère du monument à tous les Résistants martyrs ne serait pas un peu estompé. »

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Projet initial dans l'atelier de René Iché

"Certains collègues n'aiment pas le socle du monument. A leur sens, les lutteurs perchés sur un arbre ne donnent pas la sensation de vaillance héroïque, mais rappellent Tarzan".
Etrange revirement de ce Comité obligé de composer avec l’ensemble des donateurs. Jean Bringer pour lequel s’est constitué cette souscription, est trop en vue… A juste titre, Iché répond avec surprise : Lorsque vous me dites que vos compatriotes risquent de voir dans mon ouvrage un hommage trop exclusif au chef Myriel, je suis surpris, car, souvenez-vous en, notre thème au départ était bien celui-là. Le titre même de votre Comité en est la preuve et c’est moi qui ai jugé nécessaire et désiré étendre l’hommage à tous les résistants audois. » Concernant la pierre en granit, la carrière de celui de Kersanton est épuisée alors Iché réalisera le monument en roche calcaire du Châtillonnais.
On avait promis à René Iché le médaillon représentant Jean Bringer que détenait Madame Cannac, afin de le reproduire sur le monument. Il ne le recevra jamais et les époux Cannac iront s’installer à Antibes, avant que le docteur ne soit suicidé dans la clinique Delteil en septembre 1952. On n’a plus envie de faire représenter l’ancien chef des FFI et la recherche d’anonymat dans le portrait laisse penser que tous les résistants audois ne se reconnaissaient pas en lui. René Iché écrit à Canaby le 4 mai 1948 : « J’apprends avec surprise que le docteur et Mme Cannac ont quitté Carcassonne pour Antibes. Mme Cannac ne m’a pas adressé le modèle du médaillon qu’elle a modelé, sans doute parce que j’avais exprimé l’idée qu’il me faudrait donner au maquisard les traits de Jean Bringer. » Le sculpteur indique qu’il fera du maquisard une figure anonyme. Il ajoute qu'il ne gravera pas l’inscription sur cette face principale du monument mais à l’arrière de celui-ci. C'est son ami Max Savy qui servit de modèle.

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La maquette initiale vue de face


Au mois de janvier 1948, la pierre n’est toujours pas livrée et le comité émet encore des critiques sur une maquette qu’aucun des membres n’ira voir à Paris. Elle ne le sera qu’au mois de mai. ; Iché écrit que son œuvre sera livrée au mois d’août. L’aménagement du square Gambetta avance et la ville a renoncé à faire un jardin d’enfants, le monument à la Résistance - autorisé par décret du 21 avril 1948 - ne sera plus placé au centre mais dans un petit abri entouré d’un voile végétal.

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Le monument peu de temps avant sa livraison

Le dimanche 22 août 1948, sous la présidence du général Zeller, le monument à la Résistance est inauguré en présence de nombreuses personnalités. Le rassemblement se fait d’abord sur la place de Gaulle à 9h45 avant un départ en voitures pour la clairière de Baudrigues.

monument à la résistance

Une stèle en granit reçoit une gerbe de fleurs en hommage aux victimes. Il est remis à la veuve Bringer la légion d’honneur de son mari, à titre posthume. La cérémonie se poursuit au cimetière Saint-Michel, au Quai Riquet, à la cathédrale et au Temple. L’inauguration du monument a lieu dans l’après-midi.

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Le monument à la Résistance audoise en 2018

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22/06/2018

Francis Vals (1910-1974), un vrai socialiste au service de l'intérêt des modestes

C'est dans ce pays de littoral audois baigné par le soleil et très souvent balayé par le vent marin, que naît Francis Vals ce 9 novembre 1910 à Leucate. La terre qu'en d'autres régions de France on a coutume de qualifier de nourricière, ici n'est tout juste bonne qu'à faire pousser la vigne, entre le chiendent et le chardon. Les gens vivent de peu de choses ; femmes et enfants "rasclan la terra". Quand le chef de famille casse sa pipe avant l'heure, un sort terrible s'abat sur l'ensemble du foyer laissant totalement démunies ces pauvres mères, aux mains déjà meurtries. Quand elles les ouvrent c'est pour embrasser avec cœur, pas pour présenter avec ostentation l'argent que d'autres conservent entre leurs doigts. Ces gros propriétaires viticoles ou négociants attablés les jours de foire devant le café du commerce, sur les quais de la Robine. Que seraient-ils ces messieurs, sans les pauvres familles qu'ils exploitent et auxquelles ils font parfois de très charitables attentions ? Compromis à trahir la patrie sous l'Occupation en faisant des affaires avec le Reich, pendant que les enfants de leurs ouvriers versaient le sang de la vigne dans les maquis ! Francis Vals l'enfant pauvre, orphelin de père, instituteur, résistant et député de la Nation. 

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Francis Vals

Malgré la perte de son père à l'âge de 12 ans, le jeune Vals poursuit ses études grâce au courage de sa mère. Après son Certificat d'études primaires, le cours complémentaire Cité à Narbonne, il entre à l'Ecole normale de Carcassonne et devient instituteur en 1929. Il obtient son premier poste dans une commune d'une centaine d'âmes, située au fin fond du département : Saint-Louis et Parahou. Après quoi, il sera envoyé successivement au Somail, Castanviels, Sigean et Leucate.

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F. Vals (à droite) à côté de Ponsaille, au R.C Narbonne

Francis Vals sera l'une des gloires sportives de Narbonne, deux fois finaliste du championnat de France 1933 et 1934 avec le Racing Club Narbonnais. En 1936, il marque l'un des deux essais de la finale contre Montferrand. Remarquable athlète, il jouait au poste de 3/4 aile et son punch dans les 22 mètres adverses, était aussi célèbre que le béret qu'il portait pendant la rencontre. 

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Francis Vals milite au sein de la S.F.I.O depuis 1927 et ses idées son progressistes. Lorsque le maréchal Pétain arrive au pouvoir en 1940, le gouvernement de Vichy fait la chasse à tous ceux qui s'opposent à sa politique. L'instituteur Vals est déplacé d'office, comme beaucoup d'autres enseignants dont Georges Guille dont nous reparlerons. Il se retrouve à Villeneuve-lès-Montréal dans le Lauragais, ce qui lui permet tout de même de mener une activité résistante, comme chef du Mouvement de Libération Nationale. Pour l'anecdote, Jean Bringer se rendait avant son arrestation à une réunion où l'attendait Francis Vals dans un café proche de la gare de Carcassonne. Dans les derniers mois précédent la Libération, Vals logeait dans la capitale audoise, 19 rue de Verdun. C'est là que s'organisa ensuite le Comité Départemental de Libération dont il sera le président dès septembre 1944. 

Antoine Courrière en 1974

Un coup de tonnerre dans un ciel serein, un immense vide, tout un passé qui disparaît. Francis est mort. Dans un pareil drame ce n'est pas la froide mécanique des dissertations qui l'emporte, c'est le langage du cœur, de l'amitié et de l'affection. Qu'était Francis ? Trop compliqué pour le dire dans un moment d'intense désarroi. C'est l'être le plus aimable, le plus accueillant, le lutteur de tous les instants, l'homme de parti, le combattant de la Résistance, le conseiller aimé et estimé de tout ce que le Narbonnais viticole qu'il a tant défendu avec acharnement, connaissait bien. C'était le fonceur, le lutteur qui ne desserrait pas sa prise. c'était l'homme de l'essai victorieux de la grande finale du Racing. C'était celui qui dans la Résistance bravait l'adversaire et le combattait sans merci.

Je garderai le souvenir de cette journée du 18 août 1944 commencée avec Lucien Milhau "Chez Louis", au "Café du Commerce", poursuivie au restaurant la "Grillade" à Carcassonne. Pourquoi "La grillade" ? Parce que bien des membres de la Gestapo y mangeaient et qu'il voulait les narguer. Entourés de vert-de-gris, placés sous les tableaux d'Hitler et de Gœring, fusillés du regard par des hommes inquiets qui se demandaient qui nous étions. Vals était calme et placide. Il était heureux. L'après-midi il allait donner son congé au préfet de Pétain. Le soir c'était Baudrigues et le lendemain Carcassonne. 

Il était pour moi fidèle dans ses affections. Je le lui rendais bien. C'est un être irremplaçable qui disparaît. C'est une perte immense pour moi-même et pour le parti. c'est sa veuve et sa fille un vide irréparable. c'est pour nous tous la consternation et le deuil.

Abbé Albert Gau

J'ai rarement approché un homme d'une loyauté et d'une intégrité aussi parfaites. Il n'était pas baptisé, je suis prêtre, mais rien ne nous a séparés depuis la Résistance, tellement il défendait avec conviction son idéal au service de toutes les victimes de l'injustice sans distinction de partis. Sa façon parfois rude de défendre la vérité et le droit cachait une immense bonté et une grande compréhension des autres. Je l'ai particulièrement admiré sur ce point. Je ne connais guère de personnes qui aient pardonné avec autant de générosité ceux-là même qui avaient trahi son amitié. L'avènement d'un socialisme adapté au tempérament français espérance : il le voyait venir lentement à travers des crises et des combats difficiles. Il était taillé pour ces combats parce qu'il portait en lui toutes les espérances des masses populaires.

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© Assemblée nationale

 En plaçant Georges Guille au sein du Comité de Libération, Vals prépare la prise du pouvoir politique des socialistes dans l'Aude au détriment des Radicaux, compromis avec Vichy. Là où la S.F.I.O ne détenait que trois cantons en 1936, elle en empoche presque la totalité aux élections de 1945. C'est l'œuvre de Guille avec sa propagande, ses réunions et ses jeunes militants. Vals devient Conseil général de Sigean, élu avec 44,3% des voix au premier tour et prend la présidence de l'assemblée départementale entre 1949 et 1951. Il cède ensuite sa place à Guille lorsqu'il devient député de l'Aude après avoir fait campagne avec lui sur les thématiques de l'anti-communisme : "La République est en danger", "Le Communisme stalinien fait la guerre à la démocratie". Parmi les prises de positions à l'Assemblée nationale, il y a en 1955 le refus de l'instauration de l'état d'urgence pour régler le problème algérien. Il ratifie le traité de Rome en juillet 1957 fondant la future C.E.E. Le 13 mai 1958, il soutient le gouvernement Pfimlin et refuse avec 46 autres socialistes d'investir de Gaulle et de lui accorder les pleins pouvoirs. La même année, l'instituteur de Leucate entre au parlement européen et préside le groupe socialiste au sein de la commission agriculture, développement et coopération.

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Francis Vals restera maire de Narbonne de 1959 à 1971. Il est battu par une liste "apolitique" conduite par Hubert Mouly, de 354 voix seulement.

"Dans la salle de la mairie, Francis Vals, la maire socialiste sortant, eut néanmoins le courage et l'infinie fierté de monter avec classse sur une table pour annoncer lui-même sa défaite. Sitôt redescendu de son triste pavois, écoeuré, il enjoignit son chauffeur Arino de le reconduire à la maison. Hélas, celui-ci, en bon fonctionnaire, était déjà depuis quelques minutes le chauffeur d'Hubert Mouly ! Francis Vals rentra donc à pied...Les hommes politiques sont si humains quand ils tombent. (Extrait de "Si je vous disais tout" / J-L Soulié)

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Le 27 juin 1974, Francis Vals succombe à une crise cardiaque dans sa chambre d'hôtel au Luxembourg. Il était en séance plénière de l'Assemblée des neuf. Sa dépouille mortelle sera rapatriée par un DC 3 à l'aéroport de Perpignan avant d'être inhumée dans son village de Leucate. A Narbonne, un gymnase porte son nom en mémoire de son passé sportif. A Port-la-Nouvelle, le Centre hospitalier. Enfin, à Leucate, une avenue se souvient de l'enfant de la commune. Grâce au fonds d'archives qu'il a légué aux Archives départementales de l'Aude, nous pouvons étudier les dossiers de la Libération de l'Aude.

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10/06/2018

Ribaute et Moux : villages martyrs de la Seconde guerre mondiale

Ribaute

Le régime de Vichy avait interdit les bals, mais la jeunesse du pays bravait régulièrement l'interdiction. Le 23 juillet 1944 vers 22H45, alors que celle du village de Ribaute dansait au son d'un pick-up dans la vieille gare désaffectée des tramways de l'Aude, un terrible évènement allait survenir.

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La gare de Ribaute dans les années 1950

Une colonne de soldats Allemands de retour d'une opération contre le maquis à Vignevieille et visiblement excitée stoppa son macabre cortège à hauteur du bal clandestin. Plusieurs rafales de mitraillette sont alors tirées en direction du local et sur la maison d'Henri Maury, maire de Ribaute. La gare et le poids public sont criblés de projectiles. "Rendez-vous ! Haut les mains" La trentaine de jeunes rassemblés dans la gare s'enfuit à travers les vignes, lorsque plusieurs d'entre-eux sont atteints par le feu ennemi. Un véritable tir au pigeon ! Au sol, deux jeunes hommes gisent inanimés. André Beaudouy, né à Ribaute le 18 janvier 1921 est tué sur le coup par une balle explosive en plein cœur. Adrien Bringuier, né le 2 août 1910 à Camplong subit le même sort. A l'arrivée des gendarmes, les corps des victimes avaient été déposés, l'un à la mairie, l'autre chez ses parents. 

Cette furie meurtrière contre un groupe sans défense fera également trois blessés : Jean Boch, Antoine Miron et François Roux. Le jeune Francis Gélis sera embarqué sur l'un des camions des barbares et relâché le lendemain soir. Pour justifier ce crime de guerre contre des civils, l'autorité Allemande prétendra qu'elle venait de tomber dans une embuscade de maquisards F.T.P. Cette information sera bien entendu validée par la préfecture et le gouvernement de Vichy.

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Le lieu du drame, à la sortie de Ribaute

Les témoins

Antoine Miron, 24 ans, cultivateur à Ribaute, né le 8 avril 1920 à Chriribel (Espagne) déclare : Le 23 juillet 1944 vers 22h45 alors que je me trouvais dans le local de la Maison des jeunes (gare de Ribaute), j'ai entendu plusieurs spectateurs qui regardaient danser, dire : "Voilà les Allemands". Ils se sont sauvés. Presqu'aussitôt alors que je me trouvais à l'intérieur, j'ai entendu plusieurs rafales d'une arme automatique. Les balles atteignaient la façade du mur de ce local. Me voyant en danger je suis sorti, mais avant de franchir le seuil de la porte, j'ai été légèrement blessé par deux éclats de balle à la jambe gauche, au-dessus de la cheville. Je me suis sauvé dans une vigne et suis allé me caché près de la rivière Orbieu. Avant mon départ du local, mon camarade Beaudouy avait été tué sur le coup. Je n'ai entendu aucune sommation faite par les Allemands.

Le récit de Robert Anguille

La journée avait été belle et chaude. La nuit était tombée. Une nuit bien noire, sans lune, sans éclairage public pour cause de black out. Après avoir écouté les informations diffusées en français sur Radio Londres, «  Les français parlent aux français », je m’apprêtais à me rendre à l’ancienne gare du tramway, un petit bâtiment où la jeunesse ribautoise se retrouvait le dimanche au soir pour danser sur la musique d’un vieux pick up et où mon frère marié un mois plus tôt m’avait précédé avec son épouse. Mon père, qui se couchait tôt, sortit de la maison et fit quelques pas avec moi vers la route où il avait l’habitude d’aller ausculter le ciel pour se faire une opinion sur les probabilités météorologiques du lendemain.
Notre maison était celle qui se situe au n° 12 de la Rue Marcellin Albert ; nous avions donc à gravir les deux courtes rampes qui nous séparaient de la route. En arrivant à hauteur de l’impasse aujourd’hui baptisé François Mitterand, une ombre a surgi de la pénombre, nous avons reconnu à la voix notre voisine Emma, dont la maison se situait au n° 1 de l’impasse. Elle nous dit que plusieurs camions venaient d’entrer dans le village et qu’ils étaient stationnés sur la route, moteurs et feux éteints.
«  Je crois que ce sont des allemands », dit-elle. La nuit était si sombre qu’on ne voyait pas les véhicules qui n’étaient pourtant qu’à une vingtaine de mètres, mais on entendait des éclats de voix à l’accent germanique. Et puis, la voix inquiète de madame Marguerite Rouger, épouse de l’instituteur, qui cherchait son fils : « Vous n’avez pas vu Max ? ». A qui s’adressait-elle dans la nuit noire, sur la route où s’était arrêté le convoi ?
Soudain, une forte détonation et, avec le sifflement caractéristique des fusées, précisément une fusée éclairante s’élève, une sorte de serpent éblouissant éclairant pendant quelques instants d’une lumière crue les murs des maisons et les camions à l’arrêt sur la route. Mon père, à qui cette chose rappelait sans doute de sombres souvenirs, me saisit par le bras et nous redescendons précipitamment jusqu’à notre maison tandis que l’on entend le crépitement d’une mitrailleuse du côté de la gare.
La porte refermée à clef, avec mon père, ma mère et ma grand’mère maternelle nous allons vivre dans l’angoisse des heures interminables. Combien de temps les tirs ont-ils duré ? Dix minutes, peut- être davantage, avec de courtes interruptions. Enfin, après un moment de silence, une dernière et brève rafale.
Deux heures après ou peut-être davantage on frappe à la porte ; mon frère et sa femme entrent. Leurs visages reflètent la peur qu’ils ont connue, leurs habits déchirés témoignent d’une fuite précipitée à travers des broussailles et par des endroits ravinés.
Ils racontent : «  Nous dansions dans la gare dont la porte était grande ouverte lorsque des garçons qui prenaient l’air sont entrés et ont dit que des camions étaient là, à moins de quarante mètres. Le temps de s’interroger sur cette présence et c’est la fusée éclairante et le crépitement des armes à feu. C’est l’affolement. Certains sortent et sautent dans la vigne qui se trouve en contrebas ; d’autres restent terrés à l’intérieur après avoir refermé la porte en tôle épaisse. Lorsque les tirs marquent une pause la porte est rouverte et d’autres jeunes gens s’enfuient dans la nuit par la vigne. Ils iront tous se cacher dans le breil, un espace végétal naturel qui borde la rivière « Orbieu », là où débouche le « Rec ( ruisseau ) Torrent » .
Un silence lourd règne maintenant dans Ribaute. Les chiens qui aboyaient se sont tus.
Au petit matin la stupeur se lit sur les visages de celles et ceux qui se retrouvent dans la rue et sur la place pour parler de ce terrible événement.
On apprend qu’il y a eu deux tués, deux ou trois blessés légers et un enlèvement. Louis Beaudouvy, 23 ans, père d’une enfant de trois mois, a reçu une balle explosive en plein cœur. Un nommé Bringuier, homme d’une trentaine d’années qui habitait à Camplong et le jeune Francis Gélis, 16 ans, étaient embarqués de force sur un camion. Bringuier a tenté de s’échapper, on l’a retrouvé mort, criblé de balles, dans la partie haute de la rue de l’Abeille. Francis a été emmené à Carcassonne, obligé, au besoin à coups de crosse, de se tenir accroupi et les mains sur la tête tout au long du voyage. Ses parents réussiront à le faire libérer le lendemain.
Ce dimanche-là, la colonne des militaires allemands était montée à l’assaut d’un groupe de maquisards situé sur le territoire de la commune de Lairière, au bord du plateau de Lacamp. Il y avait eu des tués des deux côtés; les allemands ramenaient leurs morts dans leurs camions. A Durfort, où ils se sont arrêtés, ils ont trouvé du vin dans une cave, ils ont bu tout ce qu’ils ont pu engloutir et sont repartis non sans avoir mis le feu à la seule maison habitable de Durfort, inoccupée ce jour-là .
A Ribaute le mitraillage avait copieusement arrosé l’espace de l’ancienne gare. La porte en tôle épaisse du petit bâtiment a été transpercée à plusieurs endroits par les balles. On a relevé des dégradations de la façade . La maison de Mr Henri Maury, alors maire, a reçu de nombreux impacts. Pour se protéger des tirs, M. Maury et son gendre, Jean Sérasse, avaient plaqué des matelas contre les fenêtres.
Nous apprendrons le lendemain que le village de Moux a connu un pareil drame puisque deux jeunes hommes qui rentraient tranquillement chez eux ont été tués au fusil mitrailleur manié depuis l’un des camions qui ne se sont pas arrêtés.

Moux

Vers 23h30 ce même 23 juillet 1944, les mêmes criminels Allemands traversent le village de Moux. A la hauteur du café Rigaud, ils stoppent leurs camions lorsque plusieurs jeunes sortent de l'établissement. Il est tard et la loi proscrit l'ouverture des estaminets à cette heure avancée de la soirée. Le maire, M. Huc, avait déjà averti le patron qui n'en tint pas compte. Farail René et son frère Roger, Souquet Joseph et Raynaud Marcel font face aux soldats d'Hitler. 

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L'ancien café Rigaud, avenue Henri Bataille

"Les Allemands nous ont lancé un appel que j'ai pris pour une sommation. Je me suis arrêté et j'ai levé les deux mains en l'air. Immédiatement une rafale de mitraillette a crépité et m'a blessé à la main droite. Me voyant blessé, je me suis enfui. Une deuxième rafale m'a touché aux jambes, ainsi qu'au côté gauche. Je suis tombé par terre, et comme je commençais à perdre connaissance j'ai aperçu des soldats qui me fouillaient. Je suis resté évanoui je ne sais combien de temps et quand j'ai repris mes sens, j'ai appelé au secours. Ce sont des employés de la gare allemande de permanence à la dite station qui m'ont relevé et porté chez des voisins, Madame Noguès. J'ai parlé à mon camarade Souquet qui m'a répondu : "Je suis touché au bas ventre", tandis que l'autre ne m'a pas répondu. J'ai su après qu'il s'agissait de Raynaud.' (Farail Roger)

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La rue de la Bade, où Marcel Raynaud a été tué

A 2h15, le jeune Souquet, né à Moux le 19 Juillet 1926, succombait à ses blessures dans l'ambulance de la clinique Delteil. Elle n'atteindra Moux qu'à 3h30 du matin avec un officier de paix, le Dr Delteil et le gardien Laffont. Le jeune Raynaud Marcel, né à Moux le 31 janvier 1925, ne sera retrouvé que le lendemain matin dans la rue Bade, couché dans une mare de sang.

Hier, 23 courant à 23h30, j'ai quitté le café Rigaud, avec trois de mes camarades et mon frère Roger. Avant nous, cinq ou six soldats Allemands qui prennent la garde de la voie étaient sortis du café et se dirigeaient lentement vers l'avenue de la gare. Comme ces militaires étaient légèrement pris de boisson et craignant qu'ils nous cherchaient dispute, nous nous sommes arrêtés sur le trottoir pour leur laisser prendre de l'avance. A ce moment, un convoi automobile venant de la direction de Narbonne, marchant très lentement est arrivé à notre hauteur. Craignant une rafle, j'ai dit  :"Planquons nous" et nous avons longé le mur à droite du café en direction de Narbonne. Nous nous sommes engagés dans une rue transversale, seul Raymond Sieras a rejoint son domicile situé à 20 mètres du café dans le sens opposé. Ayant entendu crier "Halt", j'ai supposé que c'était le signal d'arrêt du convoi et j'ai continué à m'enfuir. Mon frère, Joseph Souquet et Marcel Raynaud, ont levé les bras et se sont arrêtés. N'en tenant aucun compte, les occupants du convoi ont tiré sur eux une rafale de coups de feu." (Farail René)

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Une plaque rappelle ce crime de guerre

Nous allons parler des coupables ! Il s'agit du 71e régiment de l'air de Carcassonne dit "de Lisieux" commandé par le capitaine Hermann Nordstern en relation avec la Gestapo de Carcassonne dirigée par le Unterscharführer-SS Hermann Eckfellner. Cette colonne Allemande descendait de Lairière où elle s'était attaquée au maquis de Villebazy. Plusieurs fermes avaient été brûlées... Ceci sur la dénonciation de l'emplacement du maquis par le milicien Brun.

Sources

ADA 11

Témoignage Robert Anguille

Archives militaires

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02/06/2018

André Riffaud (1923-1944), un nom de rue qui n'évoque plus rien...

Que reste t-il d'André Riffaut ? Une rue dans Carcassonne dont le nom n'évoque plus rien pour la majorité des habitants. Si seulement, mourir à 20 ans pour la liberté permettait d'obtenir une gratitude éternelle, à l'heure où l'on aurait bien besoin de nourrir ces symboles auprès de la jeunesse. 

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André Riffaut

(1923-1944)

Dès juillet 1943, André Riffaud s'était engagé dans le maquis Nisto et Esparros situé dans les Hautes-Pyrénées. Lorsqu'il revient dans son Aude natale, le jeune homme connu dans la clandestinité sous le pseudonyme de "Michel Gabin" prend le grade de lieutentant F.F.I au sein du maquis Jean Robert. Le 25 juillet 1944 alors qu'il se trouve au volant d'une Ford V8, lui et ses passagers sont attaqués par les Allemands et la Milice française près du village de Lairière. Au cours des échauffourées, Alcantara, Donaty et Prat sont tués. Bourges est fait prisonnier et sera libéré par les Allemands le 19 août 1944 de la Maison d'arrêt de Carcassonne. Quant à Riffaud, très sérieusement blessé aux jambes, il est amené. Interrogé à la prison par la Gestapo, il est laissé sans soins pendant trois jours et gardé par la Milice. Finalement transporté dans un état désespéré à l'hôpital général (actuel Dôme), le docteur Pierre Roueylou qui officiait à la clinique Brun, tentera l'impossible pour le sauver. Ce chirurgien soignait dans la clandestinité les maquisards de Villebazy.

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Les impacts de balles sur la Ford conduite par Riffaut

Le Dr Roueylou nous livre le témoignage poignant de sa tentative pour sauver André Riffaut, sous la menace des hommes de la Milice française de Carcassonne.

"Fin juillet 1944, les combats décisifs ont lieu, le rythme des évènements s’est fait plus rapide, la mort plus pressante, les passions plus aiguës encore. L’âme de la Résistance apparaît à fleur de peau.
L’ennemi a entrepris une vaste opération de démantèlement des maquis de l’Aude. Pour notre part, au maquis de Villebazy, nous avons dû décrocher et nous nous sommes dispersés avec, comme point de ralliement, les fermes de la Boulbonne et du Dessous dans le massif de la Malepère. les interventions, les liaisons se multiplient. On prend beaucoup plus de risques, mais une prudence au moins élémentaire doit rester de rigueur. J’ai donc accoutumé de passer mes nuits au maquis, ne réintégrant Carcassonne qu’à l’aube.
La dernière nuit avait été, un peu partout, particulièrement chaude. Ce matin là, un vendredi je crois, dès mon arrivée à l’hôpital (aujourd’hui, le Dôme. NDLR), j’apprends que plusieurs miliciens, blessés dans une embuscade, ont été hospitalisés.
Admis dans la nuit (je n’ose dire d’urgence), un blessé grave nous a été remis par les Allemands après évacuation de l’infirmerie de la prison où il a séjourné durant trois jours, sans aucun soin, depuis le mardi donc vraisemblablement. C’est dans cette prison de la route de Narbonne que l’infection s’allumera. Seuls des soins constant eussent pu l’éviter. Au vrai, les Allemands avaient été logiques dans leur mépris de soigner un homme de toute façon promis à la mort. Il avait dû y avoir, pour eux, mieux à faire.
Je suis très intrigué parce que personne ne sait rien de son identité et de ses origines et qu’il est gardé par trois miliciens en armes, me dit-on. Sans parler d’un quatrième qui a pris faction depuis quelques instants, mousqueton à l’épaule, à la grande porte d’entrée de l’hôpital.
Il d’agit donc, à n’en pas douter, d’un hôte de marque. Et de chez nous, c’est certain. J’en assumerai donc personnellement la charge, en plein accord avec notre chef du service chirurgical, le docteur Brun à qui j’ai déjà téléphoné.
Me voici donc dans le couloir, devant la porte d’isolement qui fait face au bloc opératoire. De fait, se tient là un premier milicien, colt dégainé. L’accès à la chambre m’est interdit, le passage ne me sera donné qu’après avoir décliné mon identité.
Silence de glace…
Deux miliciens sont debout dans le coin droit de la pièce. En armes naturellement.
Du lit blanc se détache le visage émacié d’un gamin de 20 ans, un visage de Christ dévoré par de grands yeux marqués par une interrogation : Suis-je enfin l’ami attendu en vain depuis trois jours ? Des yeux déjà lointains dans les orbites et comme enfoncés dans d’étroites cavernes. Une peau qui a dû être très mate, un nez dont les ailes battent la chamade. Des lèvres amincies et violettes, une langue rôtie, des pommettes saillantes, un front d’où perle une froide moiteur à laquelle viennent se coller quelques mèches d’une chevelure très particulière, d’un très beau blond cuivré.
Pas un mot entre nous. Gestes routiniers du professionnel. Pouls filant, température élevée, pâleur de cire. Mais des yeux qui se scrutent et deux mains qui s’étreignent.
André Riffaut, le clandestin « Michel Gabin », du maquis FTP Faïta, avait dès cet instant compris que j’étais bien celui qu’il attendait. Tout de suite je sais que je l’aimerai comme un frère.
Sur son visage se dessine un éclair, une rosée perce dans son regard. Difficile d’imaginer poésie plus véhémente.
André présente une plaie transfixiante de la racine de la cuisse droite. Son fémur est brisé, sa cuisse très œdématiée est déjà porteuse de marbrures typiques bien qu’aucune crépitation gazeuse ne soit encore apparue.
Mais André ne mourra pas. Je refuse cette éventualité. Il est trop jeune, trop beau, trop fort, trop exemplaire aussi. On le disputera à la mort et à ses tortionnaires et à leur univers inhumain. Par tous les moyens. J’en fait serment. Et pourtant cet état septicémique, ces marbrures - comme tout cela est inquiétant.
Visite du docteur Brun. Un maître authentique auquel je voue un respect filial. pronostic sombre auquel je refuse, sans mot dire, de m’associer.
Contact immédiat avec le Corps-franc du maquis de Villebazy. C’est entendu, dès que l’état d’André ke permettra, un commando l’arrachera à la milice qui sera massacrée. Mon plan est déjà arrêté.
Mais le soir, vendredi soir, André flotte sur la fièvre, serait-il déjà un agonisant qui je bercerai en vain ? Et serait-il vrai que la vie peut ainsi lancer, à toute volée, la graine de mort, même sur un enfant de 20 ans ? Il faut pourtant se rendre à l’évidence. Les marbrures ont progressé, une crépitation fine très caractéristique est maintenant perçue. La gangrène pavoise.
Une opération de la dernière chance sera tentée. Le membre sera sacrifié en totalité. Avec les moyens de l’époque, c’est-à-dire sans banque du sang et sans antibiotiques. Simplement du sérum antigangréneux - inefficace comme on sait, au moins à ce stade. Pour le sang, d’un groupe assez rare dont je fais par chance justement partie, j’en donnerai deux fois dans quelques heures qui suivront l’intervention.
Il faut sauver cet enfant…
La journée de samedi est marquée sinon par une rémission mais en tous cas par un état qui ne paraît pas se dégrader. On reprend espoir, pour peu de temps puisque le dimanche, vers midi, André est comateux. Il s’éteindra en fin de soirée.
Je revois l’enfant mort, un jeune garçon dont j’ai encore dans ma main les mains qui refroidissent.
Les miliciens quittent la chambre, devoir scrupuleusement accompli, puisqu’ils avaient, un premier moment, exigé même d’assister à l’intervention.
Dois-je le taire ? Si grande peur que j’aie de connaître une bouffée de haine. Il est vrai que j’ai appelé et que j’appelle encore vengeance. Longtemps déjà pourtant que c’est fini.
Le père est arrivé. Mais je reste seul avec mon petit mort. Donnez-moi la paix ! La chambre sent l’innocence. Y a t-il 33 ans de cela, est-ce aujourd’hui ? J’ai vécu chaque minute de cette agonie et la lassitude m’écrase encore.
Le corps d’André, enveloppé dans un linceul tout blanc, est hissé sur un charreton que nous pousserons, le père et moi, jusqu’au plateau Paul Lacombe où demeure la famille. Les roues qui crissent, déchirent la soie de la nuit qui tombe.
Michel Gabin, pour un temps encore, sera inhumé le mardi soir à Carcassonne même. Une foule immense, évaluée à plus de 3000 personnes l’accompagne malgré la présence de l’appareil policier milicien que nous reconnaissions au passage. L’âme profonde du pays a enfin, après bien des atermoiements, des reniements, des démissions, pris conscience de ses devoirs.
Le père aumônier, l’abbé Pons (Chanoine Auguste-Pierre Pont. NDLR), donnera l’absoute dans l’église de Saint-Gimer et prononcera une très belle oraison funèbre."

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Le monument érigé en mémoire des quatre victimes du 25 juillet 1944 dans le village de Lairière.

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30/05/2018

L'exode des miliciens de l'Aude vers l'Espagne et l'Allemagne le 15 août 1944

L'article que nous vous présentons aujourd'hui est le fruit de plusieurs mois de recherches et d'enquêtes. On marche sur des œufs ! Après tout, ne fait-on pas d'omelette sans en casser ? Les fils et filles de déportés, de résistants brutalisés, d'habitants menacés n'ont-ils pas le droit de savoir ce qu'il est advenu de leurs bourreaux ? Car enfin, on peut faire croire qu'en fusillant en septembre 1944 quelques responsables et une majorité de sous-fifres, la France avait définitivement vengé leurs morts et disparus. La grande partie de ceux qui avaient du sang sur les mains s'en sont sortis. D'autres qui n'ont pas pu les suivre ou ont eu le malheur de croire qu'au mois de septembre ils pourraient se rendre, n'ayant que peu de choses à se reprocher, furent passés par les armes. Leurs chefs ont rejoint l'Espagne ou l'Allemagne. Voici comment...

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© René Dazy

Le 10 août 1944, Joseph Darnand rédige pour les chefs régionaux les ordres de repli des miliciens et de leurs familles. L’ordre est transmis par un courrier spécial le 12 août 1944. Ces instructions vont poser un cas de conscience aux responsables miliciens confrontés aux questions de leurs inférieurs ; partir ou non ? Les plus compromis dans l’action armée contre les maquis au sein de la Franc-Garde n’ont plus le choix pour échapper au peloton. Ils ont été suffisamment avertis du sort que leur réservait la Résistance par tous les canaux à sa disposition par lettres de menaces ou par Radio-Londres : « Miliciens assassins, fusillés demain ! » Certains feront tout de même le choix de rester, ne pouvant se résoudre à quitter leur famille et leurs biens. Ils tenteront de se dissimuler, comme ceux qui n’ont fait qu’adhérer sans jamais être mobilisés. La plupart seront rattrapés et fusillés en cour martiale dès le début du mois de septembre 1944. Il faut regrouper le maximum de Miliciens à Nancy. Les centaines de Franc-Garde compteront lorsque quand les Allemands pèseront ce que représente chacun des chefs de la Collaboration. Darnand dispose d’un poids supérieur au PPF de Doriot avec sa Milice. Les miliciens de la zone nord devront gagner Nancy, ceux de la zone sud se rassembleront d’abord à Dijon en passant par la vallée du Rhône.

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Robert Pincemin, chef de la Milice de l'Ariège

L’exode débute le 15 août 1944, où toute la Franc-Garde de Pamiers est évacuée vers Lyon avec à sa tête Robert Pincemin. Le chef de la Milice départementale de l’Ariège amène ses hommes sans encombre à bon port. La tâche s’avèrera plus périlleuse pour le convoi de Toulouse. Le lendemain, les femmes et les enfants de miliciens sont d’abord évacués en train. D’après une estimation, ils seraient six cents. Bloqué à Moux (Aude) pendant trois jours à cause de la retraite de l’armée allemande, il n’arrivera dans la capitale héraultaise que le 20 août à midi. La Franc-Garde toulousaine se dirige par la route et en camions via Castelnaudary, Carcassonne et Narbonne en direction de Montpellier qu’elle atteindra le 20 août.

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Caserne Iéna, à Carcassonne

A Carcassonne, Les Franc-Gardes se rendent chez eux, prennent leurs effets. Les familles qui ne l’ont pas fait rejoignent la caserne Iéna. Les réticents se voient proposer 500 francs du chef Granade pour partir. Le convoi des chefs miliciens et du Groupe collaboration s’élance le 16 août 1944. Le soir même, ils arrivent à la caserne de la Lauwe à Montpellier avec familles, bagages et armes. La date du 15 août à Lyon ne pourra pas être tenue en raison du retard des miliciens de Carcassonne. Départ le 17 août vers 21h de Montpellier vers Nîmes. Le pont d’Avignon étant coupé, il faut faire demi-tour vers Montpellier. Des dizaines d’autos, car et camions sont stoppés dans la campagne avec miliciens, femmes et enfants. Le convoi vient de Montpellier. Le chef Pissard va aux nouvelles. Attente. Le soir du 18 août arrive. Ce n’est que le lendemain à 8 h que le convoi part vers Perpignan via Béziers et Narbonne. La colonne fait alors 200 mètres de long. On apprend de Pissard qu’il est impossible de passer en Espagne. Le contre-espionnage français a tenté de fermer la frontière des Pyrénées pour empêcher le passage des collaborateurs vers l’Espagne de Franco. Jacques Pissard prononce alors la dissolution et distribue le butin de la Milice ; il donne à chacun 5000 francs. Dislocation, chacun part par petit groupes de son côté. Les uns vers la vallée du Rhône, les autres vers l’Espagne.
Une partie du groupe de Carcassonne accompagne celui de Perpignan qui se fait fort de passer en Espagne. Dans Perpignan, les Franc-Gardes se mettent en civil et gagnent les villages, la montagne. Ceux de l’Aude tentent de repartir dans leur département, se font voler leur véhicule par les Allemands et certains se font repérer et arrêter. Il formeront les premiers contingents des cours martiales.
Le 19 août 1944 à 14h, les chefs de la Milice et du Groupe collaboration de Narbonne se rassemblent devant la Kommandantur, partent dans 3 voitures qui se mêle au convoi Allemand qui quitte la ville.

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Miliciens effectuant un contrôle dans la campagne

La dislocation passée, tous les chefs reprennent la route vers l’Allemagne abandonnant les sans grades à leur sort tragique. Ils attentent le renfort de la colonne de Toulouse conduite par Pérricot ; elle arrive à Montpellier le 20 août. Au même moment, le train de leurs familles parti depuis quatre jours est à l’arrêt. Le chef de gare de Montpellier refuse de la faire repartir.
A 14h, la Croix-Rouge évacue les femmes et les enfants vers l’Enclos St-François, établissement religieux jouxtant la caserne de la Lauwe et le quartier de la Gestapo. La Croix-Rouge n’a pas voulu prendre les Miliciens qui voulaient rester, à cause de la mauvaise réputation de la Milice.
A 14h30, le convoi de Toulouse repart avec les chefs Jacques Pissard, Eugène Gaudin (régional 2e service), René Hoareau (Chef Hérault), Cros (chef régional militaire), etc.
Montpellier, Nîmes, Uzès, Remoulins, Roquemaure, Orange, Pont St-Esprit, Montélimar, Valence et Lyon. Ils y arrivent vers le 24/25 août 1944. Ils ne subissent qu’une attaque aérienne mais pas des maquis. Lyon est encore occupée par les Allemands.

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Hôtel Continental à Barcelone

Ceux qui ont réussi à passer en Espagne se retrouvent à l’hôtel Continental de Barcelone. Le 2 janvier 1945, une note secrète du renseignement signale la réorganisation des collaborateurs et miliciens français en Espagne. A Figueras, la Milice française est dirigée par un nommé Martin, réfugié d’Alsace et Lorraine, au service des Allemands.
A Barcelone, les miliciens français ont repris leur activité, leur siège se trouve à l’hôtel Continental, où actuellement sont groupés 100 miliciens environ sous les ordres de Peretti della Roca, ancien sous-préfet de Céret (PO). L’activité de ces hommes en Espagne est très remarquée par Franco, la Phalange et les troupes Allemandes.

C’est plus difficile pour ceux du Midi Languedocien, mais certains y parviennent et formeront la dernière garde d’Hitler dans Berlin (par exemple, Robert Pincemin).
Parmi les miliciens en Espagne : Abel Bonnard, Paul Fréchou y restera deux ans avant de gagner l’Argentine. François Gaucher arrivé en 1947 y finira sa vie. Jean Filiol travaillera dans la filiale d’un grand groupe de cosmétiques. Les deux tiers des miliciens ont bénéficié de l’aide du Secours national français » fondé par Pierre Héricourt, ancien conseil français à Barcelone et par Laffon, ancien attaché de presse à l’ambassade de France. En Argentine, les collaborateurs se retrouvent à la brasserie Adam’s près du port de Buenos Aires.

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© Martial Andrieu

Cartographie de l'origine des miliciens par cantons

Les anciens Franc-Garde de l’Aude passés en Espagne connurent des fortunes diverses. Gilbert de N, chef de cohorte, condamné à mort par contumace par la Cour de justice de l’Aude, se mariera à Barcelone et bénéficiera des honneurs de la presse franquiste. Il mourra dans la capitale catalane en 1978. Marcel M, condamné à mort par contumace le 20 avril 1945, se cachera dans un couvent jusqu’à la loi d’amnistie. Une fois revenu dans son village, le rejet de sa famille le poussera au suicide en 1953. D’autres comme Amédée M finira sa vie en Argentine (Godoy Cruz) où il mourra en 2006 sans jamais avoir eu à répondre de ses actes contre le maquis de Villebazy. Amédée de L fondera une entreprise en Argentine, s'installera à Paris en 1953 et se constituera prisonnier en 1959, avant d'être acquitté par le Tribunal Militaire de Marseille. Idem pour les chefs Sayos, Castel ou Prax. Ce dernier, chef départemental de la Milice de l'Aude, bénéficiera de plusieurs lettres de soutien d'habitants de son village.

Parmi ceux qui gagnèrent l'Allemagne, certains s'engagèrent dans la SS aux côtés des Allemands. Les autres, considérés comme "Clochards de la Milice" se feront arrêter en Italie avec Darnand. D'autres réussiront à se planquer et finiront leur vie dans les départements du Sud-est de la France, sans jamais remettre les pieds dans l'Aude.

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Milicien fusillé à Grenoble

Les miliciens jugés à partir de décembre 1944 échapperont d’une manière générale à la mort. Les peines de mort prononcées à partir de janvier 1945 seront très souvent commuées en travaux forcés à perpétuité. Avec les différents décrets, ces travaux forcés se transformeront en peines d’emprisonnement. De remises de peine en remise de peine jusqu’à l’amnistie de 1951.
Les condamnés à mort par contumace pourront se cacher à l’étranger et rentrer en France au moment de la loi d’amnistie. Le cas de Georges O, condamné à mort par contumace et qui se mariera en septembre 1948 à Paris, prouve les défaillances dans la recherche des fugitifs.

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© Martial Andrieu

Classement par catégories socio-professionnelles

Les fusillés de septembre 1944 (26 au total) : 37 ans de moyenne d’âge. Le plus âgé a 56 ans, le plus jeune 18 ans. Parmi eux, 1 chef départemental, chef 2e service, chef de transport, armurier, chef de centaine, 2 chefs de trentaine et 2 chefs de dizaine.

56 % des miliciens audois condamnés à mort par contumace sont rentrés après l’amnistie.
27 peines de mort ont été commuées en Travaux forcés à perpétuité.
6 % est resté à l’étranger (Espagne, Tunisie, Algérie)
5,79 % ont été fusillés dont 73% en septembre 1944
Le pourcentage des miliciens disparus n’est pas quantifiable.

NB : Les noms des personnes évoquées dans cet article sont déjà cités dans les livres ci-dessous. Pour la compréhension de l'article, il nous a paru essentiel de les nommer à nouveau. 

Sources

La libération confisquée / Jacques-Augustin Bailly

Historia n°40 / La Milice

La fuite des Miliciens en Allemagne

Encyclopédie de l'ordre nouveau / G. Bouysse

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27/05/2018

Villa de la Gestapo de Carcassonne : de nouvelles révélations inédites...

Ce matin, tambours et trompettes résonneront devant ce qu'il reste depuis trois ans de l'ancienne villa de la Gestapo, à l'occasion du 75e anniversaire de la création du Conseil National de la Résistance. Hier, les porte-drapeaux de la mémoire et fers de lance des postures gardèrent le silence, alors qu'ils avaient toute légitimité pour exiger que l'on ne détruise pas ce bâtiment. Où étaient-ils ? Aujourd'hui, ils seront bien là devant les objectifs de la presse locale et à côté des représentants de l'état. 

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La villa de la Gestapo avant 2015

Lors du procès des responsables du massacre de Baudrigues en 1953 devant le Tribunal militaire de Bordeaux, plusieurs enquêtes furent entreprises par la Direction Générale de la Sureté Nationale. Parmi ces dossiers, nous avons retrouvé les investigations menées afin de savoir s'il y avait une salle de tortures dans l'ancienne villa de la Gestapo. L'inspecteur de police judiciaire André Pech réalisa plusieurs plans des bâtiments, qui lui permirent de définir avec exactitude l'emplacement de chaque pièce et les changements apportés par les services de police Allemande.

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En bas, l'entrée dans le parc par la route de Toulouse. La maison du concierge servait de prison provisoire, avant les interrogatoires. Toutes les fenêtres avaient été renforcées par des barres de fer cadenassées.

Cette belle demeure avait été construite à la fin du XIXe siècle par le père de Gilberte Ormières, épouse Follet. Cet homme possédait une usine de chiffons au début de l'allée d'Iéna, côté pont d'Artigues. En 1943, la famille Follet sera contrainte à laisser sa villa aux services du SD (Gestapo). Jusqu'au 19 août 1944, les agents de la police secrète Allemande y tiendront leurs bureaux et procèderont à des interrogatoires musclés, principalement contre les maquisards.

Agents du SD

Eckfellner Hermann (Chef du SD), Schiffner Oskar (Sous-chef), Bach René (Interprète), Schonbeck Franz (Inspecteur auxiliaire), Geisswinckler Max (Portier), Schluter Karl (Inspecteur), Möller Hans (Chauffeur), Schmidt Rudolf (Inspecteur), Mücke (Inspecteur), Wenzel (Inspecteur), Zeller Aloïs (Inspecteur), Hoffmann Herbert (Inspecteur), Janeke Johan (Inspecteur). Pol Eva (Dactylo), Bachauser Crista (Interprète), Langes Kläre (Dactylo).

Personnels travaillant à la Gestapo

Sallen Joseph (Jardinier), Terre Anita (Aide cuisinière).

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Le rez-de-chaussée

Le jardinier Joseph Sallen indique la pièce A comme étant le bureau de l'économe. Il ajoute : "Je n'ai jamais remarqué de salle, dans cet immeuble, aménagée en chambre de torture. A diverses reprises, pendant que j'étais dans le jardin, j'ai entendu des cris poussés par des malheureux qui étaient interrogés, après arrestation, par la Gestapo. Je ne me suis jamais rendu compte comment ceux-ci étaient torturés, mais ils n'avaient certainement pas besoin d'avoir de pièce spécialement aménagée à cet effet, pour brutaliser les nombreuses personnes qui ont été victimes des agissements de ce service. Le 19 août 1944, vers midi, j'ai été un des premiers à entrer dans la villa sise 67, route de Toulouse, en compagnie d'un nommé Sarroca qui m'avait demandé d'aller lui ouvrir la porte, pour chercher des documents de la plus haute importance. C'est sous la menace qu'il m'a obligé à l'accompagner. Il n'a pris qu'une moto que les Allemands de la Gestapo avaient abandonnée dans la cour intérieure d'entrée."

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La pièce C servait de réfectoire (Salle à manger)

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Le 1er étage

Dans la pièce n°1 se trouvait le bureau d'Eckfellner (Unterscharführer-SS) ; c'est là que de nombreux patriotes furent frappés à coups de matraque, de nerfs de bœufs. Les mains attachées derrière le dos, on soulevait les bras pour les écarteler. Eckfellner dormait dans la pièce n°3. Au n°2 se trouvait le bureau d'une dactylo et dans le n°4, le bureau de Schiffner (Scharführer-SS) avec sa secrétaire. C'était également une pièce d'interrogatoire dans laquelle opérait également René Bach. La salle de bains n°1 bis faisait office de cabinet noir, car toutes les issues étaient bouchées avec du papier noir. Dans les WC n°7, le lavabo et le bidet avaient été enlevés. C'est sûrement dans la Salle de bains n°6 que se faisait la torture de la baignoire, immersion par impression de noyade. C'est là que fut interrogée Madeleine Billot le 11 juillet 1944, après son arrestation sur le Pont vieux.

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Le couloir d'entrée dans lequel passèrent tant de victimes

Madame Ormières épouse Follet, raconte : "Le 19 août 1944, jour de leur départ de Carcassonne, j'ai été une des premières à pénétrer dans l'immeuble et à constater les dégâts qui y avaient été commis par les membres de cette Gestapo. Quelques heures avant moi, une personnes accompagnée par le nommé Sallen, ancien jardinier de la Gestapo, avait visité l'immeuble."

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"Dans toutes les cheminées des pièces du rez-de-chaussée et du 1er étage, d'énormes tas de papiers brûlés s'y trouvaient. Cela avait eu pour effet de faire éclater les canons des cheminées et de briser les marbres et les glaces situées au-dessus. La cheminée du chauffage central était également emplie de papiers consumés (...) Dans la cave, je n'ai rien remarqué de particulier. Dans le jardin anglais, situé derrière l'immeuble, il a été découvert d'assez importantes quantités d'explosifs : cheddite ou dynamite, qui y avaient été enterrés. Au deuxième étage, il y avait six chambres aménagées en dortoir pour le personnel de la Gestapo."

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© L'indépendant

L'ensemble des documents qui m'ont permis de réaliser cet article ne se trouvent pas aux archives de l'Aude. Je ne souhaite pas communiquer l'endroit où je les ai trouvés, car il serait trop facile pour certains d'aller s'y servir. Il m'a fallu des mois pour en faire la découverte. Je serai bientôt en mesure de révéler qui a ourdi la machination visant à faire arrêter Jean Bringer, chef départemental F.F.I. Ce que je puis à l'heure actuelle vous affirmer, c'est que cela a été fait par des Résistants. Comme avait dit Bach : "On nous l'a servi sur un plateau..."

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