01/09/2018

Cette Carcassonnaise qui fut l'épouse de l'humoriste Pierre Dac

Nous sommes à Paris en 1934 et dans les coulisses du Théâtre de la caricature, la comédienne Dinah Gervyl de son vrai nom Raymonde Faure, fait la connaissance du Roi des loufoques. C'est un véritable coup de foudre ! Les deux amants ne se quitteront plus, alors même que Pierre Dac a épousé une espagnole revêche, Marie-Thérèse Lopez, le 8 janvier 1929. Raymonde Faure a quitté Carcassonne où elle est née le 10 juillet 1909 au 17 rue Courtejaire, pour tenter sa chance dans la capitale. Elle est la fille de Charles Benjamin Faure (employé de commerce) et de Rose Ourtal. Dinah Gervyl fait du cabaret et se fait remarquer par la critique dans le spectacle "Le roi du sex-appeal" en 1936 au théâtre Dejazet. Sa plastique retient toutes les attentions... Avec son amant, elle enchaîne les succès avec "La lune rousse" qu'elle interprète à ses côtés.

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© Pinterest

La mère de la comédienne, née Rose Ourtal en 1886 à Carcassonne, avait épousée en seconde noces en 1918, Paul Schouver. Ce dernier, chef de bataillon au 31e Régiment d'Infanterie de Bègles trouva la mort en 1930. Rose Schouver quitte alors Carcassonne et s'installe à Toulouse en faisant l'acquisition du Cristal Palace, à l'angle du boulevard de Strasbourg et de la place Jeanne d'Arc.

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Le Cristal Palace vers 1930

Lorsque la Seconde guerre mondiale éclate, l'humoriste André Isaac alias Pierre Dac se réfugie en Zone libre dans le sud de la France. Sa compagne qu'il n'a pas encore épousée, reste à Paris. Il effectue plusieurs tournées de son spectacle dans différentes villes. A Nice, le 17 avril 1941 il se risque à une improvisation qui se moque de l'invasion de Mussolini et qui fait plier de rire la salle. Les autorités de Vichy finissent pas censurer Pierre Dac et à le condamner à 100 francs d'amende. Dégoûté par l'ampleur que prend la tournure des évènements en France, il décide de chercher à passer en Espagne pour rejoindre la France libre en Angleterre. Aidé par sa belle-mère Rose Schouver, il réussit à contacter le réseau de résistants Berteaux qui se retrouve au Cristal Palace. Dans ce groupe, il y a notamment Jean Cassou. Rose Schouver alias Ourtal, fait partie du réseau de renseignements Béryl. Dac parvient à franchir les Pyrénées mais se fait arrêter le 16 novembre 1941. Il est incarcéré à la Carcel Modelo de Barcelone avant d'être remis aux autorités françaises. Jugé par le tribunal de Perpignan à un mois des prison seulement et 100 francs d'amende, il est enfermé à la prison de la ville. Un mois plus tard, le 26 mars 1942 avec 433,10 francs en poche, il rejoint sa belle-mère à Toulouse au Cristal Palace. Pierre Dac compte toujours rejoindre l'Angleterre par l'Espagne, mais les Allemands envahissent la zone sud en novembre 1942. L'affaire devient plus dangereuse pour cet homme de confession juive qui va devoir se planquer entre Toulouse et Perpignan, en cherchant des points de chute.

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© ECMF

Dinah Gervyl, alias Raymond Faure

Dans un courrier du 20 décembre 1944 servant de témoignage au profit d'un Carcassonnais condamné par la Cour du justice pour collaboration, Rose Schouver apporte des éléments à décharge en sa faveur. Nous apprenons que ce boulanger de la rue Barbès avait logé Pierre Dac chez lui. Il semblerait que cette famille - membre du Groupe Collaboration - qui devait avoir un lien de parenté avec les Ourtal ou les Faure, a usé de son influence idéologique pour abriter Pierre Dac.

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Pierre Dac finira par réussir à rejoindre Londres où il deviendra à la BBC, la voix de la France contre les discours haineux de Philippe Henriot : "Radio-Paris ment, Radio-Paris est Allemand !" Dans la capitale, Dinah ne se sent plus de joie : "Il a réussi, il a réussi" clame t-elle. Le 6 octobre 1944, elle finira par épouser son héros et restera avec lui jusqu'à sa mort en 1975. La comédienne Carcassonnaise mourra le 16 décembre 1977 et est inhumée à Clichy-la-Garenne (92).

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Si vous passez à Toulouse, 42 Bd de Strasbourg : Le Cristal Palace...

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15/08/2018

Remonter le cours de l'histoire Carcassonnaise avec la photographie numérique...

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Place Davilla au lendemain de la Libération de Carcassonne

(24 août 1944)

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Défilé du maquis de Gaja-la-Selve dans Carcassonne

(25 août 1944)

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Défilé des maquisards place Carnot pour la Libération 

(25 août 1944)

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Le square Gambetta rasé sur ordre des Allemands

(24 août 1944)

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L'entrée de l'avenue Arthur Mullot à la Libération

(24 août 1944)

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Les soldats Allemands à l'entrée de Chalabre

(Circa 1943)

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La porte d'Aude murée par les Allemands

(21 août 1944)

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Les officiers Allemands devant l'Hôtel de la Cité

(Circa 1942)

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Soldats Allemands devant la Porte Narbonaise

(Circa 1944)

Toutes ces montages photographiques ont été réalisés par l'auteur de ce blog avec des archives provenant de ADA 11 (Collection Chanoine Sarraute 1,4,5,7 et 9), David Mallen (6), Sylvain le Noach (8) et Marc Belli (2 et 3). Les photos actuelles ont été prises sur Google maps où il a fallu choisir le bon angle et les replacer à l'endroit exact. L'objectif est de prendre conscience de l'histoire en noir et blanc que l'on n'a pas vécue, avec la réalité d'aujourd'hui.

Il vous est conseillé de regarder ces photos depuis un ordinateur pour une meilleure définition.

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09/08/2018

Aux victimes du maquis de Trassanel : Ce que l'on n'a pas encore écrit...

La veille de la tragédie qui devait coûter la vie de 43 jeunes maquisards du maquis Armagnac, une quarantaine de soldats Allemands en armes se présentent au hameau de Lacombe. Il s’agit pour la majeure partie d’entre-eux d’un détachement du 71e régiment de l’air dit « de Lisieux » commandé par le capitaine Nordstern. Cet homme grand et maigre qui porte des lorgnons s’est déjà tristement distingué lors des attaques contre Villebazy, Lairière, Ribaute et Moux, où il n’a laissé que la mort derrière lui. Son équipe de criminels de guerre semble fort bien rompue aux méthodes expérimentées en Biélorussie. Sans un concours de circonstances, le village de Villebazy aurait dû, par exemple, être entièrement incendié. Il ne sera que pillé…

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© Un village français / Télérama

Donc, ce matin du 7 août 1944 après les renseignements communiqués à la Gestapo par le milicien Fernand Fau (1924-1944) et l’agent français Robert de Lastours, les unités partent de la caserne de la Justice, route de Montréal, à l’assaut du maquis de Trassanel. Se trouvent également des officiers de la police secrète Allemande de Carcassonne, des miliciens ainsi que des unités françaises combattant dans la SS. Le maquis Armagnac formé le 4 juillet 1944 avec des éléments du Corps Franc de la Montagne noire, comprenait à cette époque 85 hommes. Le 7 août 1944, le groupe quitte le camp au lieu-dit " Picarot" pour se rendre à la grotte de Trassanel. Seule, une arrière-garde de sept hommes reste au camp pour faire suivre les munitions et le ravitaillement.

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Hameau de Lacombe

A l’entrée du hameau de Lacombe (Pradelles-Cabardès), le convoi Allemand stoppe à la première ferme qu’il trouve. C’est celle du cultivateur Justin Miailhe, laitier de son état. Sous la menace et pour éviter - selon ses dires - que les membres de sa famille ne soient pris en otage : "J’ai guidé les Allemands, du hameau de Lacombe, mon domicile, à la ferme Laribaud, PC du maquis Armagnac (…) Aucun témoin n’a assisté à la contrainte faite en ma personne par les Allemands, vu que j’étais seul à mon domicile ". Au mois d’août 1944, la ferme Laribaud était inhabitée. Les seules personnes qui la fréquentaient faisaient toutes parties du maquis Armagnac. Dans sa déclaration, Justin Mialhe ajoute : "Après être arrivé à la ferme précitée en compagnie des Allemands, ces derniers ont immédiatement incendié en ma présence, tout ce qui se trouvait sur leur passage. J’ai été ensuite ramené à mon domicile par le même officier qui m’avait contraint de l’accompagner." (Déclaration à la gendarmerie du Mas-Cabardès le 11 janvier 1948)

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Pont de l'Orbiel à La Grave (Ilhes-Cabardès)

Le 8 août 1944 vers 5h30 du matin, M. Rocachet demeurant à "La grave" sur la commune des Ilhes-Cabardès, aperçoit par la fenêtre de sa chambre un soldat Allemand sur le pont de l’Orbiel. Le militaire après avoir lu un papier qu’il tenait entre ses mains, fait signe à un convoi composé d’une soixantaine d’hommes de se diriger vers le Picarot.
Vers midi, Madame Rocachet voit arriver quatre Allemands venant de la forêt du "Picarot", alors qu’elle déjeune avec ses enfants. Ils se dirigent vers le village et rejoignent la colonne qui y stationne. Jusque-là rien de particulier ne se passe, mais vers 18 heures elle entend un groupe d’homme descendant de la forêt. Elle se met alors à la fenêtre et aperçoit quelques jeunes gens : "Je les ai reconnu pour être de la région. Je ne puis dire exactement le nombre (7 à 8) encadrés par une quinzaine de soldats allemands. Ils ont franchi le pont, se sont dirigés vers les Ilhes. Un quart d’heure après, j’ai vu une camionnette venant de la direction des Ilhes qui a stoppé devant ma maison. A ce moment-là, sept jeunes gens, en compagnie d’une dizaine d’Allemands, sont descendus de la camionnette. Le véhicule a fait demi-tour est allé s’arrêter sur le pont de la Grave. Ils ont amené les jeunes gens en direction de la forêt du Picarot et au bout de quelques instants j’ai entendu un coup de feu. J’ai compris que ces jeunes gens venaient d’être fusillés. Aussitôt après, j’ai vu les soldats allemands fusils à la main, ils sont repartis en direction des Ilhes. Prise de peur, je n’ai pu aller vers le lieu du crime. Ce n’est que le lendemain matin qu’un monsieur qui m’a dit être du maquis, m’a demandé où se trouvaient les jeunes gens fusillés de la veille. Je lui ai indiqué l’endroit. Ces jeunes gens ont été fusillés environ 800 mètres de mon habitation, dans une vigne en direction du Picarot."

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Ne le voyant pas revenir l’arrière-garde laissée au Picarot, le chef décide de détacher un groupe de Russes pour savoir ce qu’il était advenu d’elle. Vers 15h30, un de ces hommes revient blessé et s’exclame : "Les Allemands ont fait l’arrière garde prisonnière." Il raconte que leur chef, le lieutenant de l’Armée rouge Alexandre, était blessé et demandait du secours. Pierre Gonzalez se rend alors sur les lieux et ramène le chef Alexandre à la grotte de Trassanel. Pendant ce temps, le chef du maquis Antoine Armagnac donne l’ordre de repli vers Citou. Chargés des bagages et des armes, le groupe quitte la grotte en direction de Cabrespine. Au bout de deux cents mètres, des coups de feu crépitent ; ce sont les Allemands qui les attaquent. A 16h30 heures, les assaillants encerclent et ouvrent le feu sur les hommes du maquis qui ripostent de toutes parts. Les armes et les munitions manquent ; l’ennemi s’acharne à la grenade. Les maquisards sont obligés de se rendre, l’ennemi portant une tenue de camouflage les délestent de leurs portefeuilles. "Plusieurs d’entre-eux parlaient correctement le français", souligne Pierre Gonzalez. D’après Louis Bouisset :  "Parmi les hommes qui faisaient partie de cette expédition, il y en avait quelques uns, dont je ne puis dire le nombre, qui portaient au casque un carré tricolore et qui parlaient correctement le français, ce qui m’a laissé croire que ces hommes, ce n’était tout simplement que de vrais miliciens, mélangés à des soldats Allemands. Je dois vous signaler qu’un milicien du nom de Fau, tué à Conques, a été trouvé en possession du révolver d’Armagnac chef du maquis, qui se trouvait avec nous. A mon avis, pour que cet homme soit en possession de cette arme, c’est qu’il devait se trouver parmi les Allemands, le jour du combat aux environs de Trassanel." (Déclaration à la gendarmerie de Conques le 16 décembre 1945)

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Waffen SS français engagés sur le front Russe

Il s’agit très certainement de français engagés dans la SS au sein de la Légion des Volontaires Français contre le Bolchévisme. Quant à Fau, il est également à l’origine de l’arrestation de Jean Bringer, chef FFI de l’Aude, le 29 juillet 1944.

Mais les Allemands refusant de reconnaître ceux qu’ils appellent terroristes, comme des soldats d’une armée régulière, ne respectent pas les lois de la guerre. A la grotte de Trassanel, les prisonniers valides sont séparés des blessés. Ces derniers, soit huit au total, sont achevés sur place ! Le reste des hommes capturés est conduit au village de Trassanel. Sur la place, les Allemands les font boire et leur donne la moitié d’une cigarette à chacun. La dernière du condamné, sans doute…

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L'église et la place de Trassanel

En colonne par deux, gardés par leurs bourreaux, les jeunes maquisards prennent la route vers Villeneuve-Minervois. A 800 mètres de Trassanel, obligés de descendre dans un petit ruisseau, les Allemands les mettent sur les rangs et leur donnent l’ordre de se serrer. L’officier qui commandait fait mettre les armes en batterie puis dit à ces jeunes maquisards : "Maintenant, camarades, c’est fini, vous pouvez faire votre dernière prière." L’ordre de tirer est alors donné. Ces jeunes tombent les uns sur les autres avant que le coup de grâce ne les achève. Louis Bouisset le reçoit, mais par miracle la balle ne le tue pas. Pierre Gonzalez, d’abord protégé par le cadavre de l’un de ses camarades, il réussit à s’enfuir à travers la vigne ne recevant qu’une balle à la fesse. Deux fusillés, Bouissou et Tahon ont échappé à la mort. Le Roubaisien Tahon, atteint par une rafale à la cuisse à tenté de se relever. Le Feldwebel commandant le peloton s'est alors approché de lui et lui a donné le coup de grâce en pleine tête. La nuit arrive, la fraîcheur ranime le blessé. Fuyant le lieu de son supplice, il se traine sans but, perdant son sang en abondance, mais luttant farouchement contre la mort qu'il sent si proche.
Au petit jour, les habitants de Trassanel, venant relever les fusillés, s'aperçoivent de l'absence du corps de Tahon. Mais suivant ses traces de sang, ils arrivent ainsi aux premières maisons de Villeneuve où ils apprennent que Tahon, à bout de force, a été découvert par deux jeunes filles du village. Transporté dans une maison amie, il y reçoit les premiers soins du docteur Jourtau du maquis de Citou... et il échappe à la mort. Orphelin et sans aucune attache familiale (ses parents avaient été tués lors du bombardement de Roubaix), il fut adopté par le "Minervois".
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Trassanel

Vers 18h45, deux hommes habillés en Allemand débarque chez Louis Catuffe à Trassanel. Ils lui intiment l’ordre de les accompagner à la cabine téléphonique. En cours de route, l’un d’eux qui parlait un français très pur lui lance les paroles suivantes : "Si vous avez des fils, vous n’avez qu’à les envoyer dans le maquis, vous verrez comment on les arrangera." En arrivant à la cabine téléphonique, le même individu a demandé le 14/96 à Carcassonne. L’opératrice voulant sans doute savoir qui est à l’appareil, l’homme rétorque : "Ici, police Allemande puisque vous êtes si curieuse." La conversation se fait ensuite en Allemand par l’intermédiaire de l’autre homme. Il pourrait s’agir de l’interprète Alsacien du SD René Bach et de Oskar Schiffner, sous-chef de la Gestapo de Carcassonne. (Déclarations à la gendarmerie du Mas-Cabardès le 24 octobre 1944)

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© Le blog des godillots

Lieu de l'exécution des 19 maquisards

A 22 heures, deux voitures et quatre camions Allemands seraient arrivés à Limousis. Paul Guilhem âgé de 52 ans demeurant dans ce village, déclare avoir été contraint de monter avec eux pour leur indiquer la route menant à Trassanel. L’expédition meurtrière étant terminée, pourquoi donc encore un convoi d’Allemands ? Arrivé à Trassanel, le convoi se serait arrêté sur la place. "Ces Allemands m’avaient promis de me ramener à mon domicile mais ils me prirent à Villeneuve-Minervois et me menacèrent de ma prendre à Carcassonne. Finalement, je pus leur échapper." D’après M. Guilhem, l’exécution aux lieu avant que les Allemands ne le prennent à Limousis. (Déclaration à la gendarmerie de Conques le 25 octobre 1944)

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Oskar Schiffner

(Sous-chef de la Gestapo de Carcassonne)

Plusieurs personnes ont été soupçonnées successivement d’avoir dénoncé l’emplacement de ce maquis aux Allemands. Un sieur Chesnais a été abattu pour ce motif par la Résistance, puis René Bach, interprète de la Gestapo, qui a prétendu que le maquis avait été donné par un homme s’étant présenté aux Allemands sous le faux nom de Robert et qu’il désigna comme étant C, cultivateur à Fournes. Ce dernier connaissant l’emplacement puisqu’il avait été chargé de porter le pli lui donnant l’ordre de changer de position. C a fait l’objet d’un non-lieu au bénéfice du doute. Difficile de le condamner sur les seules déclarations de Bach. On a soupçonné les dénommés Chiocca Jean dit le « Marseillais » et Munaretto Bruno, tous deux membres du maquis. Capturés et détenus à la Maison d’arrêt de Carcassonne, ils furent libérés par Schiffner - sous-chef de la Gestapo- - le 19 août 1944, alors que leurs camarades Roquefort Pierre, Hiot Jean et Juste Léon seront massacrés à Baudrigues le même jour.
Pourtant lorsqu’on interroge Munaretto à Bordeaux le 20 août 1948 celui-ci déclare : "Le 8 août 1944, j’ai été fait prisonnier par les Allemands. Lorsque je suis descendu à Trassanel pour chercher du ravitaillement, j’ai été encerclé par les Allemands vers 10 heures du matin. Ceux-ci m’ont obligé sous la menace de mort de les conduire à l’emplacement de mon maquis. J’ai été contraint de m’exécuter et c’est ainsi que plusieurs de mes camarades ont été arrêtés par les Allemands tandis qu’un autre groupe d’Allemands était parvenu aux gorges de Trassanel." L’ancien maquisard sera ensuite amené à Carcassonne pour y être interrogé, selon les méthodes de la Gestapo locale. A cette époque, les interrogatoires étaient menés sous la contrainte par Bach et Schiffner. A t-il parlé ? Sans présumer de la culpabilité ou pas des uns et des autres, on peut simplement s’étonner de deux choses. La première : Chiocca et Munaretto ont été relâchés le 19 août 1944, jour du massacre de Baudrigues. La seconde : Munaretto, mis en présence de Schiffner à Bordeaux en 1948, dira ne pas le reconnaître. Toutes les victimes ont reconnu Klaus Barbie à son procès, c’était 43 ans après…

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La tombe de Fernand Fau au cimetière de Conques

Après le conflit, on a recherché les criminels de guerre. Les membres de la Gestapo de Carcassonne ont été extradés et présentés devant un tribunal militaire : Oskar Schiffner, Hermann Eckfellner, Karl Wenzel, Mücke, Schlutter ont bien entendu refusé de collaborer et ont nié avoir commis ces crimes. Seul Schiffner a été condamné à quelques années de prison… Eckfellner est mort en prison avant son procès. Dieu sait ce que le capitaine Nordstern est devenu après la capitulation nazie. Fernand Fau a été exécuté très rapidement le 18 août 1944 au bord d’une route près de Conques. Aujourd’hui, il repose à 30 mètres environ des maquisards de Trassanel dans le cimetière de Conques-sur-Orbiel. René Bach a été fusillé après son procès en septembre 1945.
Selon Raynaud, chef du maquis Armagnac, on dénombre 43 victimes de cette tragédie. Les rescapés sont Valéro, Vidal, Amor, Demercier, Gonzalez, Bouisset et Doutre.

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© Le Maitron

Inhumation des maquisards

Selon plusieurs témoins, les corps des victimes étaient méconnaissables ; les bourreaux s’étaient acharnées sur elles. Le lendemain du 8 août, le Président du Comité de Libération de Cabrespine M. Joseph Greffier, indique que les hommes du village ont relevé sur les lieux 15 victimes. La Croix-rouge sur place le 10 août, en a identifié cinq et les a inhumés au village. D’autres ont été amenés à Villeneuve-Minervois. Simon Garcès de Cabrespine a constaté que les victimes étaient éparpillées dans le bois, le visage mutilé. Baptiste Jeantet, garde-champêtre à Cabrespine, a reconnu Yves Arnaud de Caunes-Minervois, ramené au domicile de ses parents.
Les victimes identifiées à Cabrespine sont : Roquefort Christophe (Conques), Armagnac Antoine (Conques), Arnaud Yves (Caunes), Cabanes Paul (Lastours), Pepiot Georges (Lastours), Caruesco Angel (46, rue de la République à Carcassonne), Picarel Emile (Conques), Belaud Jacques (Conques), Bruguier (Narbonne), Lavigne Henry (114 rue Marlec à Toulouse), Khilloun Rabias (Salsigne) et Etienne Paul (Mas-Cabardès). Trois n’ont pas été identifiés.
A Villeneuve-Minervois, l’instituteur Emile Revel donne 11 jeunes tués dont les corps ont été amenés au village. Quatre identifiés dont Travain Marcel (Villeneuve), Georges Gaston (Montpellier), Baudevin Jacques, Jules Prosper (Arras) et huit inconnus inhumés au cimetière.

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Les tombes des maquisards de Conques-sur-Orbiel

Sources

Rapports de gendarmerie et auditions des témoins

(1944-1948)

Ces archives ne se trouvent pas à Carcassonne !

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06/08/2018

Ce chef de gare de Carcassonne surnommé "Hitler"...

Le 10 août 1942, les cheminots parisiens de la CGT appelaient à la grève générale contre l’Occupation Allemande. Pendant toute la durée de la Seconde guerre mondiale, des milliers d’entre-eux menèrent des actions individuelles afin de lutter contre l’ennemi. Certains mirent du sable dans les boîtes de roulement pour bloquer les moteurs, firent dérailler les trains, refusèrent de travailler. Au total, près de 9000 cheminots auront donné leur vie pour la libération de la France. Au fil des décennies, les liens avec ces tristes épisodes de l’histoire et leurs actes héroïques se sont estompés. Au bout de 75 ans, une forme d’ingratitude peut être même ressentie dans les rangs des anciens, quand ils voient leurs gouvernants supprimer un statut gagné de haute lutte.

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Image d'illustration

Bruno Ganz dans "La chute" / film de 2004

A Bram, le 10 août 1944 ce sont six wagons de marchandises qui se sont lourdement effondrés au milieu des flammes et de la poussière. Trois cheminots venaient de faire sauter la voie ferrée secouant dans un même laps de temps, l’ensemble de la gare. Ces fonctionnaires, membres du réseau Résistance-Fer, ne s’étaient pas trompés de cible. Le train de marchandises françaises acheminait de la nourriture réquisitionnée, pour l’amener en Allemagne. La politique de collaboration décrétée par Pétain, autorisant de tels transfert affamait toute la population française. Le journal vichyste « L’Eclair » condamnait l’attentat le lendemain dans ces colonnes, en ces termes : « Qui empêche les transports et l’arrivée des denrées alimentaires nécessaires dans notre région ? Les Anglo-Américains, par leurs bombardements incessants ; leurs alliés, les maquisards et les Résistants, par leurs vols, pillages, par la destruction des voies et des moyens de communication ou de transport ».

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© Musée de la Résistance en ligne

Après l’explosion, les voies ferrées et une partie de la gare étaient saccagées. Il fallut trois jours pour tout réparer. Un ancien cheminot se souvint : « Il y avait tellement de déchets que lorsqu’on en a renversé une partie par-dessus les remblais, on a enterré une vache et un char ! » Il poursuit son récit en évoquant le triste sort d’un ingénieur d’origine juive, qui travaillait à la gare de Carcassonne et qui a été déporté : « J’étais près de la voie et j’ai vu la Gestapo le prendre. Il s’est exclamé : « Je suis fier d’être juif ! J’étais près de lui. » 

A Carcassonne, chaque agent de la SNCF était doublé par un Allemand qui n’hésitait pas à dégainer pour un oui ou pour un non. Les soldats étaient énervés car les trains roulaient mal. Il n’y avait plus d’huile pour graisser et attacher les wagons. Au milieu de cette peur de travailler, le chef de gare était un Allemand. Les cheminots le surnommaient Hitler, à cause de sa moustache et de sa mèche de cheveux. La ressemblance s’arrêtait paraît-il là, car Hitler faisait de la résistance à sa façon : « Il changeait les étiquettes des trains de ravitaillement pour les empêcher de partir vers l’Allemagne. Grâce à lui, les Carcassonnais ont pu manger un peu plus pendant quelque temps. »

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Sur le quai de la gare de Carcassonne, une plaque un peu isolée rappelle le souvenir des cheminots victimes de la Seconde guerre mondiale.

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© Rail et Mémoire / Blog

René Dualé assassiné le 20 août 44 au Quai Riquet par les nazis

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07/07/2018

Le monument à la Résistance audoise, où il ne fallait pas trop voir Jean Bringer

Le jour de la Libération de Carcassonne se fonde le Comité Jean Bringer avec pour mission d’honorer la mémoire de tous les martyrs de la Résistance audoise, dont Jean Bringer dit Myriel - chef départemental F.F.I - et ses camarades assassinés à Baudrigues le 19 août 1944. La présidence est confiée à Marcel Canaby - 75 allée d’Iéna - Inspecteur principal des eaux et forêts, administration dans laquelle Jean Bringer fut un agent très dévoué. Le général Kœnig lui avait donné à choisir entre un poste près de Draguignan ou dans notre ville. Il opta pour celle-ci en raison de sa proximité avec le lieu de résidence de son épouse situé au Bousquet d’Orb dans l’Hérault. Bringer prit donc cet emploi dans les eaux et forêts qui constituait une couverture pour ses actions de résistance. De son bureau du square Gambetta, le chef des F.F.I partait ainsi avec son vélomoteur en direction des forêts dans lesquelles séjournaient les maquis, sans que cela éveille des soupçons. Retenez bien qu’il n’a été arrêté le 29 juillet 1944 qu’à cause d’une trahison venant de son propre camp. Selon René Bach : « Il nous (La gestapo. NDLR) a été livré sur un plateau ». Quand on prend soin d’observer les noms des membres du Comité Bringer, on se rend compte de l’absence de certains chefs. Notamment Lucien Maury (Picaussel), Henri Négrail (Limoux), Victor Meyer (Maquis FTP Robert et Faïta), Gilbert de Chambrun, etc. Après tout n’est-ce peut-être que le hasard, ou ne les a t-on pas sollicités… Quoi qu’il en soit, la liste de ces membres répondent à certaines interrogations : Francis Vals, Nizet (Montolieu), Raynaud (Villeneuve-Minervois), Daraud (alias Bel), Barrière Paul (Espéraza), Duffaut (Logeur de Bringer), Graille Jean (Sous-préfet de Pamiers), Beauviel, Amiel Louis, Dr Cannac, Nicol Louis, Coumes André, Roubaud Lucien, Ct David (Espéraza), Ct Lajoux (Roquefeuil).

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Jean Bringer en uniforme

Dans les mois qui suivirent la Libération de l’Aude, lorsque les enquêtes furent ouvertes pour trouver les coupables de l’arrestation de Bringer, deux camps s’en rejetèrent la responsabilité. Louis Amiel, président du Comité Local de Libération et ancien adjoint de Bringer, en voulant exonérer Chiavacci (proche de Delteil) que les résistants de Limoux accusaient de trahison, les désigna comme étant les auteurs de cette machination. Notons que René Chiavacci fut incarcéré pendant plusieurs mois, fortement soupçonné d’avoir désigné Bringer à la Gestapo après les révélations de René Bach. Delteil et Amiel mettront toute leur énergie à tenter de le faire libérer. S’il nous est impossible pour l’instant de désigner un coupable, la guerre ouverte entre deux clans peut en être à l’origine… Ces maquis que Bringer devait unir depuis qu’il avait été récemment nommé chef des F.F.I, ne l’étaient sûrement pas. Lorsque leur ennemi commun se trouva à terre, les querelles politiques pour le pouvoir prirent force et vigueur. Sur ce point, notons que c’est le communiste Georges Morgulef qui remplaça Jean Bringer (Armée Secrète nommé par Londres) à la tête des FFI du département.

Durant l’été 1944, les Allemands avaient ordonné la destruction du square Gambetta car ils redoutaient qu’un débarquement sur les côtes méditerranéennes ne fassent entrer les alliés par la route de Narbonne. Ce magnifique jardin ainsi dévasté resta dans cet état avant que la mairie ne décide de le réhabiliter. L’architecte départemental Bourrely fut chargé d’étudier le nouveau visage que pourrait prendre ce square. De son côté, le Comité Bringer voulut faire réaliser un monument à la gloire des martyrs de la Résistance audoise avec Bringer comme icône. C’est le sculpteur et ancien résistant René Iché, né en 1897 à Sallèles d’Aude, que l’on approcha pour exécuter cette œuvre. Le statuaire s’était retiré à Paris où il possédait un atelier dans le Ve arrondissement, 56 rue du Cherche-Midi. Il s’engagea contractuellement le 8 octobre 1946 à « exécuter dans le plus bref délai possible, un monument de pierre dure de son choix, pour être placé sur le Square Gambetta, à Carcassonne. » Le sculpteur devra s’entendre avec M. Bourrely pour l’aménagement du monument au sein du jardin qui devra exprimer la vaillance héroïque. « Une partie de l’œuvre devra comporter une inscription et un portrait en bas-relief de Jean Bringer sans que cela nuise à l’unité de l’ensemble. » Il semble par ailleurs que la ville ait également sollicité Iché pour le square Chénier ; un projet qui ne se fera pas.

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Le square Gambetta en 1948

En janvier 1947, Iché s’inquiète des lenteurs d’aménagement de Gambetta alors même qu’on lui demande de réaliser son monument dans les plus brefs délais. Il propose qu’à défaut de square, on en pose la première pierre lors de l’inauguration de son œuvre. La principale problématique à laquelle va se heurter le sculpteur est le manque de matières premières et de matériel pour les acheminer. Ces atermoiements conjugués avec le retard pris dans le choix de la pierre vont avoir des conséquences sur les prix. Lé pénurie et la spéculation sur le franc entraînent une hausse des tarifs qui fait grimper en deux ans la note finale, suspendue aux subventions et à la souscription lancée par le Comité. Dans ce monde en reconstruction, le statuaire s’emploie à rechercher la meilleure pierre pour son œuvre tout en demandant des avances financières à un comité qui ne cesse de s’impatienter. Le 1er mai 1947, René Iché écrit au président Canaby qu’il compte utiliser un matériaux synthétique : « J’ai commencé il y a plus de dix ans au laboratoire des Travaux publics et du Bâtiment des essais de béton vibré en moules de plâtre qui m’ont donné d’intéressants résultats. Je suis resté en relations avec les meilleurs techniciens dans ces matières et je poursuis actuellement des recherches sur un agrégat que je continue à appeler béton mais qui n’a rien de commun avec ce matériau sinon qu’il est synthétique et non naturel. » En fait, Iché recherche la pierre la plus dure en s’inspirant du béton Romain. Meilleur que la pouzzolane, le ciment de laitier de haut-fourneau.
Le 21 juin 1947, Iché renonce à son expérience, envisage une œuvre en granit breton mais la carrière ne peut extraire un bloc de 7 mètres de haut. Il va se rendre dans le Finistère et demande 200 000 francs au Comité pour passer la commande. Si celui-ci loue la conscience professionnelle du sculpteur, il lui oppose sa conception du futur monument : « La multiplicité des symboles : lutteurs, arbre, maquisard, si elle satisfait l’artiste et le penseur, peut à beaucoup paraître obsédante, et être une cause de dispersion d’attention. De plus, on s’est demandé si de nombreux audois ne verraient pas, dans le maquisard comme dans le médaillon le chef Myriel… qu’ils n’ont pas connu et si le caractère du monument à tous les Résistants martyrs ne serait pas un peu estompé. »

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Projet initial dans l'atelier de René Iché

"Certains collègues n'aiment pas le socle du monument. A leur sens, les lutteurs perchés sur un arbre ne donnent pas la sensation de vaillance héroïque, mais rappellent Tarzan".
Etrange revirement de ce Comité obligé de composer avec l’ensemble des donateurs. Jean Bringer pour lequel s’est constitué cette souscription, est trop en vue… A juste titre, Iché répond avec surprise : Lorsque vous me dites que vos compatriotes risquent de voir dans mon ouvrage un hommage trop exclusif au chef Myriel, je suis surpris, car, souvenez-vous en, notre thème au départ était bien celui-là. Le titre même de votre Comité en est la preuve et c’est moi qui ai jugé nécessaire et désiré étendre l’hommage à tous les résistants audois. » Concernant la pierre en granit, la carrière de celui de Kersanton est épuisée alors Iché réalisera le monument en roche calcaire du Châtillonnais.
On avait promis à René Iché le médaillon représentant Jean Bringer que détenait Madame Cannac, afin de le reproduire sur le monument. Il ne le recevra jamais et les époux Cannac iront s’installer à Antibes, avant que le docteur ne soit suicidé dans la clinique Delteil en septembre 1952. On n’a plus envie de faire représenter l’ancien chef des FFI et la recherche d’anonymat dans le portrait laisse penser que tous les résistants audois ne se reconnaissaient pas en lui. René Iché écrit à Canaby le 4 mai 1948 : « J’apprends avec surprise que le docteur et Mme Cannac ont quitté Carcassonne pour Antibes. Mme Cannac ne m’a pas adressé le modèle du médaillon qu’elle a modelé, sans doute parce que j’avais exprimé l’idée qu’il me faudrait donner au maquisard les traits de Jean Bringer. » Le sculpteur indique qu’il fera du maquisard une figure anonyme. Il ajoute qu'il ne gravera pas l’inscription sur cette face principale du monument mais à l’arrière de celui-ci. C'est son ami Max Savy qui servit de modèle.

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La maquette initiale vue de face


Au mois de janvier 1948, la pierre n’est toujours pas livrée et le comité émet encore des critiques sur une maquette qu’aucun des membres n’ira voir à Paris. Elle ne le sera qu’au mois de mai. ; Iché écrit que son œuvre sera livrée au mois d’août. L’aménagement du square Gambetta avance et la ville a renoncé à faire un jardin d’enfants, le monument à la Résistance - autorisé par décret du 21 avril 1948 - ne sera plus placé au centre mais dans un petit abri entouré d’un voile végétal.

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Le monument peu de temps avant sa livraison

Le dimanche 22 août 1948, sous la présidence du général Zeller, le monument à la Résistance est inauguré en présence de nombreuses personnalités. Le rassemblement se fait d’abord sur la place de Gaulle à 9h45 avant un départ en voitures pour la clairière de Baudrigues.

monument à la résistance

Une stèle en granit reçoit une gerbe de fleurs en hommage aux victimes. Il est remis à la veuve Bringer la légion d’honneur de son mari, à titre posthume. La cérémonie se poursuit au cimetière Saint-Michel, au Quai Riquet, à la cathédrale et au Temple. L’inauguration du monument a lieu dans l’après-midi.

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Le monument à la Résistance audoise en 2018

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22/06/2018

Francis Vals (1910-1974), un vrai socialiste au service de l'intérêt des modestes

C'est dans ce pays de littoral audois baigné par le soleil et très souvent balayé par le vent marin, que naît Francis Vals ce 9 novembre 1910 à Leucate. La terre qu'en d'autres régions de France on a coutume de qualifier de nourricière, ici n'est tout juste bonne qu'à faire pousser la vigne, entre le chiendent et le chardon. Les gens vivent de peu de choses ; femmes et enfants "rasclan la terra". Quand le chef de famille casse sa pipe avant l'heure, un sort terrible s'abat sur l'ensemble du foyer laissant totalement démunies ces pauvres mères, aux mains déjà meurtries. Quand elles les ouvrent c'est pour embrasser avec cœur, pas pour présenter avec ostentation l'argent que d'autres conservent entre leurs doigts. Ces gros propriétaires viticoles ou négociants attablés les jours de foire devant le café du commerce, sur les quais de la Robine. Que seraient-ils ces messieurs, sans les pauvres familles qu'ils exploitent et auxquelles ils font parfois de très charitables attentions ? Compromis à trahir la patrie sous l'Occupation en faisant des affaires avec le Reich, pendant que les enfants de leurs ouvriers versaient le sang de la vigne dans les maquis ! Francis Vals l'enfant pauvre, orphelin de père, instituteur, résistant et député de la Nation. 

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Francis Vals

Malgré la perte de son père à l'âge de 12 ans, le jeune Vals poursuit ses études grâce au courage de sa mère. Après son Certificat d'études primaires, le cours complémentaire Cité à Narbonne, il entre à l'Ecole normale de Carcassonne et devient instituteur en 1929. Il obtient son premier poste dans une commune d'une centaine d'âmes, située au fin fond du département : Saint-Louis et Parahou. Après quoi, il sera envoyé successivement au Somail, Castanviels, Sigean et Leucate.

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F. Vals (à droite) à côté de Ponsaille, au R.C Narbonne

Francis Vals sera l'une des gloires sportives de Narbonne, deux fois finaliste du championnat de France 1933 et 1934 avec le Racing Club Narbonnais. En 1936, il marque l'un des deux essais de la finale contre Montferrand. Remarquable athlète, il jouait au poste de 3/4 aile et son punch dans les 22 mètres adverses, était aussi célèbre que le béret qu'il portait pendant la rencontre. 

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Francis Vals milite au sein de la S.F.I.O depuis 1927 et ses idées son progressistes. Lorsque le maréchal Pétain arrive au pouvoir en 1940, le gouvernement de Vichy fait la chasse à tous ceux qui s'opposent à sa politique. L'instituteur Vals est déplacé d'office, comme beaucoup d'autres enseignants dont Georges Guille dont nous reparlerons. Il se retrouve à Villeneuve-lès-Montréal dans le Lauragais, ce qui lui permet tout de même de mener une activité résistante, comme chef du Mouvement de Libération Nationale. Pour l'anecdote, Jean Bringer se rendait avant son arrestation à une réunion où l'attendait Francis Vals dans un café proche de la gare de Carcassonne. Dans les derniers mois précédent la Libération, Vals logeait dans la capitale audoise, 19 rue de Verdun. C'est là que s'organisa ensuite le Comité Départemental de Libération dont il sera le président dès septembre 1944. 

Antoine Courrière en 1974

Un coup de tonnerre dans un ciel serein, un immense vide, tout un passé qui disparaît. Francis est mort. Dans un pareil drame ce n'est pas la froide mécanique des dissertations qui l'emporte, c'est le langage du cœur, de l'amitié et de l'affection. Qu'était Francis ? Trop compliqué pour le dire dans un moment d'intense désarroi. C'est l'être le plus aimable, le plus accueillant, le lutteur de tous les instants, l'homme de parti, le combattant de la Résistance, le conseiller aimé et estimé de tout ce que le Narbonnais viticole qu'il a tant défendu avec acharnement, connaissait bien. C'était le fonceur, le lutteur qui ne desserrait pas sa prise. c'était l'homme de l'essai victorieux de la grande finale du Racing. C'était celui qui dans la Résistance bravait l'adversaire et le combattait sans merci.

Je garderai le souvenir de cette journée du 18 août 1944 commencée avec Lucien Milhau "Chez Louis", au "Café du Commerce", poursuivie au restaurant la "Grillade" à Carcassonne. Pourquoi "La grillade" ? Parce que bien des membres de la Gestapo y mangeaient et qu'il voulait les narguer. Entourés de vert-de-gris, placés sous les tableaux d'Hitler et de Gœring, fusillés du regard par des hommes inquiets qui se demandaient qui nous étions. Vals était calme et placide. Il était heureux. L'après-midi il allait donner son congé au préfet de Pétain. Le soir c'était Baudrigues et le lendemain Carcassonne. 

Il était pour moi fidèle dans ses affections. Je le lui rendais bien. C'est un être irremplaçable qui disparaît. C'est une perte immense pour moi-même et pour le parti. c'est sa veuve et sa fille un vide irréparable. c'est pour nous tous la consternation et le deuil.

Abbé Albert Gau

J'ai rarement approché un homme d'une loyauté et d'une intégrité aussi parfaites. Il n'était pas baptisé, je suis prêtre, mais rien ne nous a séparés depuis la Résistance, tellement il défendait avec conviction son idéal au service de toutes les victimes de l'injustice sans distinction de partis. Sa façon parfois rude de défendre la vérité et le droit cachait une immense bonté et une grande compréhension des autres. Je l'ai particulièrement admiré sur ce point. Je ne connais guère de personnes qui aient pardonné avec autant de générosité ceux-là même qui avaient trahi son amitié. L'avènement d'un socialisme adapté au tempérament français espérance : il le voyait venir lentement à travers des crises et des combats difficiles. Il était taillé pour ces combats parce qu'il portait en lui toutes les espérances des masses populaires.

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© Assemblée nationale

 En plaçant Georges Guille au sein du Comité de Libération, Vals prépare la prise du pouvoir politique des socialistes dans l'Aude au détriment des Radicaux, compromis avec Vichy. Là où la S.F.I.O ne détenait que trois cantons en 1936, elle en empoche presque la totalité aux élections de 1945. C'est l'œuvre de Guille avec sa propagande, ses réunions et ses jeunes militants. Vals devient Conseil général de Sigean, élu avec 44,3% des voix au premier tour et prend la présidence de l'assemblée départementale entre 1949 et 1951. Il cède ensuite sa place à Guille lorsqu'il devient député de l'Aude après avoir fait campagne avec lui sur les thématiques de l'anti-communisme : "La République est en danger", "Le Communisme stalinien fait la guerre à la démocratie". Parmi les prises de positions à l'Assemblée nationale, il y a en 1955 le refus de l'instauration de l'état d'urgence pour régler le problème algérien. Il ratifie le traité de Rome en juillet 1957 fondant la future C.E.E. Le 13 mai 1958, il soutient le gouvernement Pfimlin et refuse avec 46 autres socialistes d'investir de Gaulle et de lui accorder les pleins pouvoirs. La même année, l'instituteur de Leucate entre au parlement européen et préside le groupe socialiste au sein de la commission agriculture, développement et coopération.

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Francis Vals restera maire de Narbonne de 1959 à 1971. Il est battu par une liste "apolitique" conduite par Hubert Mouly, de 354 voix seulement.

"Dans la salle de la mairie, Francis Vals, la maire socialiste sortant, eut néanmoins le courage et l'infinie fierté de monter avec classse sur une table pour annoncer lui-même sa défaite. Sitôt redescendu de son triste pavois, écoeuré, il enjoignit son chauffeur Arino de le reconduire à la maison. Hélas, celui-ci, en bon fonctionnaire, était déjà depuis quelques minutes le chauffeur d'Hubert Mouly ! Francis Vals rentra donc à pied...Les hommes politiques sont si humains quand ils tombent. (Extrait de "Si je vous disais tout" / J-L Soulié)

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Le 27 juin 1974, Francis Vals succombe à une crise cardiaque dans sa chambre d'hôtel au Luxembourg. Il était en séance plénière de l'Assemblée des neuf. Sa dépouille mortelle sera rapatriée par un DC 3 à l'aéroport de Perpignan avant d'être inhumée dans son village de Leucate. A Narbonne, un gymnase porte son nom en mémoire de son passé sportif. A Port-la-Nouvelle, le Centre hospitalier. Enfin, à Leucate, une avenue se souvient de l'enfant de la commune. Grâce au fonds d'archives qu'il a légué aux Archives départementales de l'Aude, nous pouvons étudier les dossiers de la Libération de l'Aude.

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