18/03/2017

Huit résistants Audois jugés au tribunal militaire de Bordeaux en 1950

Au mois de novembre 1950, comparaissent devant le Tribunal militaire de Bordeaux huit prévenus désignés comme "La bande à Chiavacci". Il ont à répondre des chefs d'inculpation d'assassinats, vols qualifiés, coups et blessures ayant entraînés la mort et d'actes de barbarie. Ces exactions ont été réalisées peu de temps après la Libération de Carcassonne.

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Les accusés à leur procès

Les faits

Ce qui doit éclairer d'emblée notre réflexion, ce sont les compte-rendus dans la presse issue de la Résistance, selon qu'elle soit Gaulliste ou Communiste 

"Les inspecteurs de police de Carcassonne, Got et Durand ainsi que M. Tagliaferri furent exécutés ; M. Carillo, suspecté à tort d'avoir appartenu à une association de collaboration avec les Allemands, fut torturé et garda une incapacité de plus de deux mois. Amoureux du tison rougi, de l'écrasement des membres par la presse à papier, ils supplicièrent Raymond Tessier, Christian de Lorgeril et Louis Ganet jusqu'au dernier soupir. Ces deux derniers - emprisonnés à la Libération pour suspicion d'appartenance à la Milice. Enfin, ils ne dédaignaient pas d'arroser d'essence le corps de leur victime, afin d'y mettre le feu. Quant à la liste des vols commis lors de leurs "perquisitions" ou des visites organisées dans cette intention, elle est longue. Les huit accusés se trouvent en face d'un dossier, on ne peut plus volumineux." (Le Midi-Libre)

Pendant ces cinq ans, des lois d'amnistie aux traitres et collaborateurs ont été votées. Von Faber du Faur a été acquitté par le tribunal militaire de Paris. Le tribunal militaire de Bordeaux juge actuellement des Résistants. Hier matin, avant l'audience, M. Tixié-Vignancourt, ex-ministre de Pétain, qui avait pris place dans le public, avait eu un long entretien avec le conseiller Wagner. Il n'y a rien dans l'acte d'accusation qui permette de penser un seul instant que les inspecteurs Got et Durand, aussi bien que Tagliaferri, qui furent exécutés, étaient des des dénonciateurs de patriotes. Pourtant, ils l'étaient. Le président du comité de local de libération l'a déclaré dans sa déposition. (Le patriote)

Le contexte politique

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© Assemblée Nationale

Jean Llante

En 1948, l'union nationale autour du Gouvernement provisoire formé par le Charles de Gaulle avec dans ses rangs, cinq ministres communistes avait volé en éclat. Chaque formation reprenait son indépendance et renouait avec les discordes d'avant-guerre. Le régime des partis s'installait dans la Quatrième République et le général rendait son tablier. Le communisme poussait ses pions en Europe de l'Ouest et le gouvernement français tentait de contenir son influence. Aux Etats-Unis, dès 1950 le sénateur Mac Carthy voyant des communistes partout, procédait à la chasse aux sorcières de Moscou. En France, l'opération Boléro-Paprika vit l'expulsion de 397 étrangers d'obédience communiste dont 176 espagnols, suspectés de préparer un coup d'état. Le PCE (Parti Communiste Espagnol) fut interdit en France.

Pendant ce temps, Robert Schuman, est nommé Président du Conseil (Premier ministre) par Vincent Auriol. Dans un passé si proche, Schuman avait été sous-secrétaire d'état de Vichy et avait voté les pleins pouvoirs au maréchal. Frappé d'Indignité Nationale et d'inéligibilité à la libération, il retrouva une virginité politique dès le 15 septembre 1945. Grâce à l'intervention de ses amis, la Haute-Cour de justice prononce un non-lieu en sa faveur. Tiens, comme Maurice Papon, René Bousquet, etc... Le fondateur de la Communauté Européenne était donc pétainiste. Sa postérité est sans égale sur les places et artères française, pourtant il était d'avis en 1940 de déposer les armes contre l'Allemagne nazie. En 1990, l'évêque de Metz demande à instruire son procès en béatification ; il est toujours en cours, mais le pape François n'a toujours pas trouvé quel miracle il a accompli.

C'est à partir de cette époque que les anciens Miliciens et Collaborateurs, vont voir leurs peines d'Indignité nationale réduites ou abrogées. Les lois d'amnistie du début des années 1950, leur donneront l'absolution totale de leurs crimes.

A Carcassonne, le préfet Louis Maurice Picard envoie de multiples rapports au ministre de l'Intérieur de l'époque, Jules Moch (à partir de juillet 1950 : Ministre de la Défense nationale), alimentant la théorie du rôle de « cinquième colonne » joué par le Parti Communiste Espagnol :

« J'ai l'honneur d'attirer votre attention sur la présence dans mon département de nombreux guérilleros espagnols qui d'après les renseignements que j'ai pu obtenir sont considérés par le PC comme des troupes de choc spécialement destinées à se trouver à la pointe du combat en cas de troubles. »

Ce préfet de l'Aude, né en 1907, avait été déporté à Dachau.

Les arrestations  

Le 12 mars 1948 à Limoux, la gendarmerie procède à l'arrestation des suspects et à leur incarcération à la Maison d'arrêt départementale. Parmi eux, il y a trois maquisards appartenant aux FTPF (Francs Tireurs et Partisans Français) liés au Parti Communiste. Le député communiste de l'Aude Jean Llante s'indigne :

"L'autre jour à Limoux, on a arrêté trois Résistants !"

Dans un courrier adressé au Ministre de l'Intérieur, le préfet Picard indique que cette affaire ne peut entrer dans le cadre de l'Ordonnance du 6/7 1943, concernant les crimes et délits accomplis en vue de la Libération du territoire. Il est motivé par l'ordre donné le 18 mars 1948 par le Garde des sceaux aux procureurs généraux de faire application de cette ordonnance.

"Tortures et pillages postérieurement au départ des Allemands sur des victimes taxées à tort ou à raison de Collaboration par un certain nombre de Résistants ou pseudo-résistants. Beaucoup ont fait l'objet de condamnations de droit commun. Hans, alias Walezewsli Stanislas dit "Stani le tueur" a été récemment abattu à Montauban. Ces crimes ont été commis nuitamment à la prison de Carcassonne et dans la région de Limoux.

Le risque d'insurrection 

Les communistes vont alors tout tenter afin de délivrer leurs camarades en activant leurs réseaux (CGT, Associations d'anciens combattants FTPF, députés communistes, etc..). Le 5 août 1948, un première réunion se tient à Limoux dans la salle St-Louis. 25 personnes entendent protester contre "le maintien en détention des patriotes limouxins". Parmi eux, M. Dejoi (Président de l'Amicale des FFI - FTPF) et M. Loupia alias Colonel Blucher. Ce dernier prétend que ces véritables résistants ont agi sur ordre ; il en prend la responsabilité.

Partout dans l'Aude, le PC tente de mobiliser au-delà de ses troupes. Des courriers de toutes les sections locales arrivent sur le bureau du préfet. On menace d'organiser des manifestations afin de réclamer la libération de Cartier, Lafforgue, Mounié, Nouyé et Molinié détenus depuis 5 mois à la prison. Le 12 août 1948, lors d'une réunion à la mairie de Carcassonne le colonel Blucher ne s'oppose pas au procès, mais demande la mise en liberté provisoire. Il rappelle que les exécutions réalisées par la Résistance le furent sur ordre de l'Etat-major suivant la nécessité d'éliminer les traitres et les Collaborateurs. L'argent pris à ces derniers se justifiait pour subvenir aux besoins de la Résistance. Il s'indigne de l'acquittement du général Weygand et de l'amiral Abrial, alors que d'authentiques résistants sont en prison. Blucher espère un grand rassemblement de protestation le 22 août 1948, lors de l'inauguration du Monument à la Résistance Audoise au square Gambetta, en présence du général Zeller.

Une détention provisoire qui dure

Le préfet prend l'affaire au sérieux lorsque les communistes envisagent de forcer les portes de la prison de Carcassonne afin de faire libérer les 7 détenus. Il décide donc de les transférer à la prison de Béziers avec l'accord du procureur François Pastour et s'inquiète auprès du ministre, de la résolution signée par 350 FTPF afin de hâter la procédure. L'avocat des prévenus Maître L. Mas, n'obtient pas la requalification de ses clients de prisonniers de droit commun en prisonniers politiques. Après un an de détention, la colère monte et le Conseil général intervient à son tour. 

Dans le journal communiste "La voix de la patrie", Jean LLante attaque le 5 août 1949 son collègue député l'abbé Gau - ancien résistant - après ses propos tenus à l'Assemblée nationale au sujet des détenus.

" J'ai cité à deux reprises et mon collègue M. Llante y a fait allusion, le cas de quatre résistants de ma région qui sont emprisonnés pour crime de droit commun. Il ne m'appartient pas de révéler ce qui figure dans le dossier, mais les crimes qu'ils ont commis sont épouvantables. Le Parti Communiste demande leur libération. C'est une honte !

L'affaire est dépaysée

Le 10 octobre 1949, le préfet demande au procureur de dépayser l'affaire

"Elle a servi en effet d'agitation au Parti Communiste et les récents évènements du 2 octobre à Carcassonne prouvent que ce parti cherche à donner quelque vitalité à ses manifestations sur la voie publique."

Le 3 décembre 1949, il écrit au Ministre de l'Intérieur pour le renvoi devant une autre juridiction formulée par le parquet général de Montpellier auprès de la Cour de cassation. Le 6 juillet 1950, on apprend que les accusés seront jugés devant le tribunal militaire de Bordeaux. Ce procès n'interviendra que le 14 novembre 1950 ; le 8 septembre les inculpés avaient été remis en liberté provisoire.

Le procès à Bordeaux

Chiavacci

© Droits réservés

Le tribunal militaire de Bordeaux en 1953

Le 14 novembre 1950, ils sont huit à comparaître dans le box des accusés. Trois d'entre eux avaient été déjà condamnés aux assises pour avoir, révolver au poing, volé des plaques d'or chez un dentiste de Limoux. L'audience se déroule donc sur le Cv des inculpés.

Le premier, Michenet, actuellement employé des PTT explique :

- J'ai été incarcéré le 15 mai 1940, par les autorités françaises pour avoir distribué des tracts contre l'armée Allemande.

Cette déclaration liminaire fait sursauter le tribunal et c'est le commandant Raymond qui rectifie :

- Pour avoir démoralisé l'armée française, ce n'est pas pareil. A ce moment-là, il y avait des soldats français qui se faisaient tuer.

Michenet poursuit :

- J'ai été chef-adjoint de la police politique à la Libération. J'étais sous les ordres de "Louis" et du commandant Bourga jusqu'en novembre 1944.

Le commandant Raymond intervient : "La défense a dit tout-à-l'heure que c'était à ces hommes que le tribunal devait de pouvoir siéger en ce jour. Quels sont donc les titres des accusés ?

Pour ma part, répond Michenet, j'ai fait un travail d'instructeur et je n'ai pas combattu les Allemands d'homme à homme.

Quant à Chiavacci, il fait un retour sur son passé : "abord enfant de troupe, puis élève à l'Ecole d'application Fontainebleau, il finit, après une tentative infructueuse pour devenir commissaire de police, par être exploitant de cinéma. Arrêté par la Gestapo, je fus, dit-il, libéré par la Croix-Rouge, le 19 août 1944.

Le Président rappelle que, pendant un temps, Chiavacci fut soupçonné d'avoir été un dénonciateur mais que les faits n'ont pu être prouvés. Depuis, l'accusé a quitté le Parti Communiste parce que, dit-il, c'était contraire à ses idées. Ses contacts avec les Allemands ? L'accusé indique au commandant Raymond qu'il appartenait au service de Kervanoel.

Cartier, membre des FFI du 10 juin au 2 août 1944 ; Lafforgue, Coronas, Mounié, Molinié, qui entrèrent dans les maquis à des époques diverses, affirment qu'ils ont combattu l'occupant presque tous dans les mêmes circonstances. C'est-à-dire lors de l'attaque de la colonne ennemie qui se réfugiait en Allemagne.

Lafforgue en août 1944, sabotait les voies ferrées tandis que Mounié sabotait des camions et effectuait des parachutages. Quant à Molinié : "Je ne voulais pas, dit-il, travailler pour les Allemands car il fallait travailler le dimanche." Il rejoignit le maquis et fit, d'après ses affirmations, des sabotages de locomotives à Bédarieux. Nouyer, enfin, appartint successivement à plusieurs maquis. Disons encore à l'avantage des accusés que plusieurs d'entre eux, notamment Mounié et Molinié ont, après le départ des Allemands, participé au sauvetage d'aviateurs britanniques tombés en montagne.

Les inculpés se renvoient les responsabilités et la défense dépose des conclusions tendant à écarter l'accusation de vols en ce qui concerne Mounié, Coronas, Lafforgue et Cartier.

Le verdict

Au terme du procès les accusés sont acquittés le 18 novembre 1950. Le préfet de l'Aude informe le Ministre de la défense par courrier le 5 décembre 1950, que la population de Carcassonne est fort mécontente de la décision du tribunal militaire. Que celle-ci est due à la pression incessante du Parti Communiste pour obtenir ce résultat

Il y a lieu de signaler que durant la détention des suspects, la Fédération communiste de l'Aude ne cessa d'alerter l'opinion publique pour protester contre ce qu'ils appelaient l'arrestation illégale des résistants de Limoux. Il ne se passait pas de semaine sans qu'un article de presse ne vienne rappeler l'activité des intéressés dans la Résistance et critiquer violemment l'attitude du gouvernement dans cette affaire. (...) Le sentiment qui prédomine dans l'esprit public est que la campagne d'intimidation organisée par le Parti Communiste porta ses fruits et que les juges du tribunal de Bordeaux ont été impressionnés par les pétitions, lettres adressés en masse au moment du jugement par les organisations d'obédience communiste.

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09/03/2017

Qui a assassiné M. Rouzaud-Roche en septembre 1944 à Carcassonne ?

Voilà un nouveau sujet non élucidé qui va faire réagir dans les chaumières... Nous sommes au mois de septembre 1944 ; Carcassonne est libérée de l'occupant allemand depuis le 20 août. Jean Bringer et des résistants arrêtés et internés à la prison de Carcassonne ont été exécutés au château de Baudrigues près de Roullens. Nous savons que le dénommé Chiavacci, pseudo résistant FTP et surtout personnage d'une faible probité, a dénoncé le chef de la Résistance audoise à la Gestapo. C'est lui et quelques acolytes qui se faisant passer pour la Résistance, tortureront et voleront une famille de Limoux. A mettre également à leur crédit, la torture et l'assassinat sans jugement du comte Christian de Lorgeril détenu à la prison de Carcassonne depuis la Libération, et dont au moins l'un de ses fils était en fuite après sa participation à la Franc-garde (organe de la Milice). Alain de Lorgeril sera condamné par contumace à la peine de mort en 1945. Peut-être ces voleurs voulaient-ils par une action "d'éclat" dissiper les doutes portés sur eux, au sujet de l'affaire Bringer ? 

Nous savons également qu'à cette même période, Noël Blanc alias Charpentier, envoyé par Londres pour enquêter sur la disparition d'une grosse somme d'argent parachutée pour la Résistance, sera retrouvé calciné sur la route du Mas-des-cours. Présenté comme traître par Delteil, il a été tué dans la clinique du Bastion d'un coup de révolver par le Dr Cannac. Or, Charpentier n'était pas un traitre mais avait sans doute découvert, qui avait dérobé l'argent du parachutage. Il semblerait que l'honnête Dr Cannac ait été abusé par le petit groupe de docteurs de la clinique. Cet argent aurait profité à plusieurs personnes bien informées de Carcassonne, issues de la résistance locale.

Le Dr Cannac sera retrouvé mort dans la clinique du Dr Delteil au début des années 1950. Ce jour-là après avoir reçu un appel téléphonique des docteurs résistants de Carcassonne, il décidera rapidement de se rendre à Carcassonne. Le Dr Cannac avait été s'établir à Antibes après la Libération. Selon un membre de sa famille, le docteur se serait vivement disputé avec ses interlocuteurs. Il n'était pas dépressif, ajoute ce témoin. Dans la nuit, il couche à la clinique Delteil et est retrouvé agonisant le lendemain matin. Ses "amis" indiquent qu'il s'est suicidé, or il sera démontré que le docteur a été empoisonné. A t-on voulu faire taire le Dr Cannac sur ce qu'il allait révéler au sujet des parachutages ? Il y aura un procès qui mettra en évidence des circonstances troublantes pouvant incriminer le Dr Delteil. La loi d'amnistie le sauvera du bras séculier de la justice.

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La belle jardinière

Nous en venons donc à l'affaire Rouzaud-Roche... Ce commerçant tenait depuis des décennies avec son épouse, le magasin de vêtements "La belle jardinière". Ce commerce situé dans un bâtiment Belle époque, se trouvait dans la rue de Verdun. Aujourd'hui, il s'agit du Syndicat d'initiative. M. Rouzaud-Roche appartenait à la Résistance ; le lieutenant FFI Haguenauer lui avait présenté l'envoyé du général de Gaulle à Carcassonne. Selon le témoin, le commerçant Carcassonnais aurait servi de boite à lettres pour la Résistance locale. Homme de bien, humaniste et Franc-maçon, M. Roche aurait même caché des juifs pendant la guerre. Que s'est-il passé ? Toujours selon le témoin dont le père travaillait dans ce commerce, M. Rouzaud-Roche aurait été pris de vomissements terribles au mois de septembre 1944. Son agonie a duré trois jours ; il serait mort empoisonné. Par qui ? Mystère !... Des documents retrouvés aux archives, nous indiquent que M. Haguenauer a réclamé en décembre 1944 à plusieurs commerçants Carcassonnais impliqués dans la résistance locale, ses affaires provenant de la spoliation dont il fut l'objet opérés par Jules Barrière (administrateur des biens juifs) : sa bibliothèque de livres et plusieurs costumes. C'est pour ces derniers qu'il mit Mme Rouzaud-Roche en demeure de les lui rendre.

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Plus nous avançons dans nos enquêtes historiques et plus nous découvrons qu'une partie de la résistance Carcassonnaise, aurait été impliqué dans des affaires pas très nettes. A t-on livré Bringer, tué Charpentier et empoisonné Cannac et Roche parce qu'il avaient découvert le manège frauduleux de certains ? C'est là, toute la part de l'énigme... On peut s'interroger sur les liens entre l'argent et des pratiques de barbouzes au nom de la Résistance.  

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27/02/2017

Louis Bosc, ce Carcassonnais qui libéra Paris en août 1944

Louis, François Bosc est né à Carcassonne le 7 juin 1901 de Pierre Marcel Bosc et de Louise Marguerite Sirvent. Après ses études primaires et secondaires au lycée de Carcassonne, dans la même classe que celle de Roger Hyvert, Louis Bosc souhaita embrasser une carrière militaire.

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Sur cette photo de 1912, il se trouve assis au second rand (2e à gauche)

Elève brillant, il s'engage pour 8 ans le 1er octobre 1920 à l'Ecole polytechnique. Affecté au camp de Mailly du 1er au 20 août 1921 pour un stage d'instruction, il est promu sous-lieutenant un an plus tard. Après l'école militaire du génie, il se retrouve au 17e régiment du génie de Strasbourg comme lieutenant, puis capitaine le 1er octobre 1930. Louis Bosc fait l'Ecole de guerre en 1935 avant le déclenchement des hostilités avec l'Allemagne nazie. Le 18 janvier 1940, il occupe une place importante à l'Etat-Major du général commandant en chef au front Nord-Est. Chef de bataillon en 1941, il soutient ensuite la Résistance au sein de l'Armée de Vichy l'année suivante. Il est commande la section E du 3e bureau de l'Etat-Major de l'Armée de Vichy du général Jean Touzet du Vigier. Il est ensuite mis en congé d'armistice le 29 janvier 1943 et se retire à Vichy, 2 rue Bintot.

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Dès 1942, Louis Bosc rejoint les réseaux de Résistance de la zone sud. En région parisienne, il est Commandant de Cité de Paris et prend une part active à sa Libération au mois d'août 1944. Il s'engage ensuite dans la Première armée du maréchal Juin, au sein de la 5e division blindée pour la campagne d'Alsace. Il s'est particulièrement distingué au cours de l'attaque du pont d'Aspach des 29 novembre et 6 décembre 1944, en se portant en première ligne sous le feu de l'ennemi afin de permettre la construction d'un pont Bailey. Le lieutenant-colonel Bosc ainsi promu le 25 mars 1945 commande la 14e division des troupes d'occupation en Allemagne. En juillet 1946, il commande le 19e génie à Hussien-Dey (Algérie).

Louis, François Bosc mourra à Nice le 20 décembre 1976

Médailles 

Citation à l'ordre de l'armée

Croix de guerre avec palme

Chevalier de la légion d'honneur

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07/02/2017

Lucien Allibau (1908-2004), résistant et libérateur de l'Aude

Nous allons laisser parler dans cette chronique, la voix d'un témoin qui fut un ami très proche de Lucien Allibau. Tout simplement parce que dans peu d'années, les témoignages sur ces maquisards ne se retrouveront plus que dans des livres. Y trouvera t-on celui de cet homme ? Déjà, les néo-libéraux camouflés en Gaullistes par opportunisme, commencent à vouloir dénoncer tout ce que la Libération a apporté au peuple français pendant 75 ans. Outre le retour de la liberté, un certain nombre d'avancées sociales issues du Conseil National de la Résistance - comme la Sécurité sociale - obtenue en 1945 grâce à la souffrance des combattants de la France libre et au général de Gaulle. Il suffit de lire le tome 3 de ses mémoires de Guerre. C'est là toute l'utilité d'un blog comme celui-ci, de mettre en lumière ce qui est dans l'obscurité. 

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Comme tous les communistes, Lucien Allibau disait que "les colons n'avaient rien à faire en Algérie" et qu'il fallait laisser le pays aux Agériens. Je lui dis un jour : "tu parles comme un Fellagha". Il me répondit : "Tu sais  ce que ça veut dire Fellagha ? C'est un homme de la terre. Oui, moi aussi je suis un homme de la terre." Voilà l'origine de son surnom qui lui restera au hameau de Maquens jusque'à la fin de sa vie. 

L'homme fils de travailleur comme son père qui mourut jeune, vécut avec sa mère et resta un célibataire endurci. Il était occupé à la voirie avant la guerre, mais comme il était communiste, quelqu'un se chargea de le faire renvoyer. Il retourna travailler la terre et remplaça un prisonnier de guerre dans une ferme. Pourchassé par la police de Vichy et la Milice française, il leur échappa et rejoint le maquis FTP (Francs Tireurs et Partisans) dans les forêts de Salvezine et plus tard, à Chalabre, il faisait partie d'une petite unité de sabotages.

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Il y avait deux types de maquis : l'un FFI (Forces Françaises de l'Intérieur) qui était sous la direction de Londres avec pour chef le général de Gaulle qui lui, bénéficiait de parachutage d'armes ; l'autre, FTP, qui était communiste. Bien qu'il n'aimait pas trop en parler, il me raconta quelques péripéties que je vous livre.

Son groupe au début n'était pas structuré. Un jour, pour se ravitailler, il demandaient à un fermier de lui vendre une vache. Le fermier refusa - et pour cause, les maquis payaient avec des bons remboursables à la fin de la guerre. Il tuèrent une vache à la hache et l'emportèrent. A six, ils dormaient sous un rocher. L'hiver, il fallait pour sortir couper les stalactites de glace avec le souci principal d'échapper aux Allemands. Ils étaient ravitaillés par la famille Cathala de Montjardin, un petit bourg à côté de Chalabre. Dénoncé par qui ? Il ne le surent pas avec certitude, mais toute la famille fut torturée et un de leur fils, fusillé.

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Auguste Cathala n'avait que 16 ans

Puisque les Anglais et les Américains ne leur parachutaient pas des armes, tout était bon pour s'en procurer. Attaques de gendarmeries et même simulations d'attaques Allemandes contre les FFI, qui eux bénéficiaient de parachutages. Pourtant les Américains avaient parachuté des hommes qui, ils le surent plus tard, étaient des agents de l'OSS qui deviendra plus tard la CIA. Ces sic agents parlaient toute la journée à la radio en américain. Quand Lucien leur demandait de quoi ils parlaient, ils lui répondaient : "On commande des armes". Ils n'en ont jamais reçu et pour cause, les Américains n'allaient pas fournir des armes, au maquis communiste. Ce n'est qu'après la fin de la guerre, qu'ils comprirent leur rôle qui était d'infiltrer les maquis communistes. Malheureusement, au cours d'une opération dans les gorges d'Alet contre une colonne Allemande, le lieutenant Paul Swank fut tué. Un monument rappelle cet épisode. Il y fut enterré.

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La tombe de Paul Swank - Officier OSS - à Alet-les-bains

 Au cours d'un engagement à côté de Puivert, ils firent prisonniers trois soldats Allemands. Dans la nuit, l'un d'eux tente de s'évader. Lucien qui s'en était aperçu, lui dit : "La prochaine fois tu sera tué". Il l'aurait fait. Ils furent remis à la Libération aux structures qui se mettaient en place. 

Une fois, comme un camarade lui proposait de se servir avec l'argent de la caisse qu'ils avaient récupérée, il lui dit : "Si tu la touches. Attention !" Dans sa vie, bien que braconnier dans l'âme, il fut l'honnêteté même en toutes circonstances.

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Un jour, je vais au petit village de Pauligne près de Limoux. Je rencontre un vieux monsieur. En parlant, je lui dis que j'étais de Maquens. Il me dit avoir fait des expéditions quand il était au maquis avec un gars de ce village. Il me précisa que c'était lui qui avait tué lie maire qui à cette époque était milicien. Quand je lui ai rappelé ces faits, il me dit de n'en parler à personne. Ils me mettraient en prison encore. C'était ce que l'on appellera plus tard, un règlement de compte du maquis. Ce milicien avait été impliqué lors de la torture et de l'assassinat du fils Cathala.

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Lucien Allibau

(1908-2004)

Pendant plusieurs années, au cours des cérémonies au Monument aux morts de Maquens, un habitant d'origine italienne faisait partie des personnes chargées de déposer une gerbe. Quand "Le Fellagha" s'en aperçut, il signala aux anciens combattants que cet individu avait servi dans les milices fascistes de Mussolini. On ne le revit plus durant les cérémonies. Aujourd'hui tous ces résistants sont presque tous morts ou trop âgés, désormais n'importe qui peut donc écrire ou faire ce qu'il veut avec l'histoire. "L'habit ne fait pas le moine"...

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24/01/2017

Les funérailles de Jean Bringer - chef FFI - le 31 août 1944

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Jean Bringer

(1916-1944)

Chef départemental FFI, il est exécuté par les nazis sur le dépôt de munitions de Baudrigues (à Roullens) le 19 août 1944 avec plusieurs de ses camarades de combat.

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A travers des photographies totalement inédites, nous allons tenter le retracer le parcours de cette triste journée du 31 août 1944 pendant laquelle les Carcassonnais, rendirent un dernier hommage à ce héros de la résistance audoise. Nous avons matérialisé en rouge le cheminement du cortège à travers le centre-ville.

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Le cercueil contenant les restes de Jean Bringer (il ne sera identifié par sa veuve que grâce à son chevalière) est exposé dans une chapelle ardente sur la place Carnot. Elle est veillée par ses frères d'armes.

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Les différentes troupes résistantes (Corps franc de Montagne noire, FFI, FTP, Maquis de Picaussel...) défilent et rendent les honneurs à la dépouille de Jean Bringer sur la place Carnot. La levée du corps est faite par l'évêque de l'Aude, Mgr Jean-Joseph Pays.

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Le cortège funèbre au départ de la place Carnot devant le café "Chez Félix". Tenant les cordons du poêle, on reconnaît à droite Charles Fourès. Résistant aux côtés de Jean Bringer, il a fait sa carrière de journaliste au Midi-Libre. Sa veuve, madame Cécile Farges, vit encore à près de 95 ans ; elle a été faite dernièrement Chevalier de la légion d'honneur pour ses actes de résistance à côté de son époux.

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A l'arrière du corbillard se tient dignement madame Bringer dans un crêpe noir, qui devra désormais élever seule, son unique enfant Jean-Marie âgé seulement d'un an. A sa droite, on reconnaît Gilbert de Chambrun (1909-2009), chef des FFI pour le Languedoc-Roussillon et Commandant du 81e régiment d'infanterie de l'armée du général de Lattre de Tassigny. Il sera député de la Lozère jusqu'en 1956. Juste derrière lui, Georges Morguleff qui fera partie de l'état-major du 81e RI. A la gauche de madame Bringer, se tient Lucien Roubaud, délégué à l'Assemblée Consultative provisoire siégeant à Paris entre novembre 1944 et août 1945. A côté lui, le préfet Augé. Juste derrière ce dernier, on aperçoit Louis Amiel (1897-1971) nommé au Comité départemental de libération et maire provisoire de Carcassonne d'août à septembre 1944 (lire Carcassonne, d'hier à aujourd'hui/ Bonnet/ pp.390). A sa gauche, Francis Vals (1910-1974) est le président du Comité départemental de libération de l'Aude. Maire socialiste de Narbonne en 1959, il sera battu par Hubert Mouly en 1971. Il restera député jusqu'à sa mort et est inhumé à Leucate. Derrière lui se trouve Guy David, adjoint de Bringer; à côté avec le béret, c'est André Coumes dit "Capitaine Cabot".

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Ce jour-là dans le cortège, il y avait le Dr Marcel Cannac (au second plan) dont le cabinet se trouvait sur le boulevard Marcou. Ce médecin est mort dans d'étranges circonstances dans la clinique Delteil...

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Pour l'occasion, une foule immense suit le cortège ou prend place en bordure de celui-ci. Toutes les administrations et commerces resteront fermés toute la journée.

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Les anciens combattants de la Grande guerre

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Les enfants de choeur précèdent la Société musicale Sainte-Cécile qui, tout au long du parcours, joue la Marche Funèbre de Frédéric Chopin. Ici, le cortège passe à l'angle des rues de la préfecture et Barbès devant le Bar de la poste. Le magasin de vêtements à l'extrème droite, est aujourd'hui la boucherie Péténuzzo.

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Le corbillard emprunte le boulevard Camille Pelletan devant l'ancien Café du musée (aujourd'hui, la Trésorerie générale) et la maison du compositeur Paul Lacombe.

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Après un passage par la rue Voltaire rythmé par le bourdon de la cathédrale Saint-Michel, le cercueil est déposé à l'intérieur du lieu saint. L'homélie de Mgr Pays fut des plus poignantes suivie de l'absoute. Monsieur Tournier, titulaire du grand orgue, malgré sa cécité versait des larmes qui paraissaient inconsolables. De mémoire de Carcassonnais, on n'avait jamais vu pareille foule aussi émue. Une fois la cérémonie terminée, le cortège funèbre se mit en marche en direction du cimetière Saint-Michel.

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Devant le cercueil disposé à l'entrée du cimetière, les combattants de l'ombre entonnent La Marseillaise. On reconnaît à premier plan à droite, Lucien Maury alias Franck, chef du maquis de Picaussel.

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Le cercueil est porté en sa dernière demeure par Louis Raynaud, Louis Bahi et Lucien Maury.

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Mgr l'évêque de l'Aude et les frères du couvent des Capucins bénissent une dernière fois la dépouille de Jean Bringer avant la mise au tombeau.

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Le cercueil est placé provisoirement dans le caveau familial de Louis Amiel, résistant et maire provisoire de Carcassonne. Six mois plus tard, les restes de Jean Bringer seront transférés au cimetière de Pierrelatte dans la Drôme.

Remerciements:

A J. Blanco, sans lequel je n'aurais pas obtenu ses photographies uniques et inédites

A ma tante, Isabelle Alay, pour ses souvenirs

Sources:

La résistance audoise/ Lucien Maury/ Tome 2/ 1980

Carcassonne d'hier à aujourd'hui/ JL Bonnet

La seconde guerre mondiale dans l'Aude/ Julien Allaux

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15/01/2017

Cinq attentats dans Carcassonne au cours de la nuit du 25 juin 1946

Un an après l'armistice du 8 mai 1945 mettant fin à la Seconde guerre mondiale, des attentats ne faisant que des dégâts matériels allaient se produire dans Carcassonne. Dès le mois de septembre 1944, les miliciens qui avaient pu être arrêtés furent jugés et fusillés. Les autres s'enfuirent vers l'Espagne où ils trouvèrent asile au Grand hôtel Continental de Barcelone. Un grand nombre de personnes suspectées d'intelligence avec l'ennemi furent incarcérées à la prison de Carcassonne, à l'hôpital général et au Grand séminaire. Certaines y passèrent plusieurs mois en attente de leur jugement qui intervint en décembre 1944 devant la chambre civique de l'Aude. Cette dernière se déclarant incompétente pour les faits les plus graves, c'est la Cour de justice de la République qui les jugea entre janvier et avril 1945. Les miliciens en fuite furent condamnés à mort par contumace ; les autres, les collaborateurs, les membres du PPF et de la LVF à des peines d'Indignité nationale et à la confiscation des biens. Les mois passèrent... Ces derniers firent très souvent appel et la cour de cassation minora les peines de la Cour de justice dès l'année 1946. Tant et si bien qu'à partir de 1951, le Président de la République amnistia presque en totalité les anciens miliciens et collaborateurs, en même temps que les actes pour résistance. Ceux qui s'étaient exilés purent rentrer au pays presque la fleur au fusil, sans que les familles de déportés ou de résistants aient la possibilité de protester. Fermez le ban ! En six ans, ces gens avaient été lavés des crimes de guerre. Ce qu'il faut dire qu'un des avocats défenseurs et le président du tribunal qui les jugea dans l'Aude, avaient été soit dans la Légion Française des Combattants et de la Révolution Nationale en 1942, soit déjà en place sous Vichy. 

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Dans la rue de la gare en 1946

Un an après les rancoeurs chez les patriotes restèrent très vives - ce qui n'excuse en rien certaines attitudes - de voir que finalement la justice avait été - selon eux - si clémente. On ne le dit pas assez, mais l'occupation Allemande avec le soutien de l'Etat Français provoqua une guerre civile entre Français. Dans ce type de de conflit, les revanches sont inévitables et ceux qui avaient été dénoncés, dénoncèrent à leur tour. Ceux qui avaient crevé de faim s'attaquèrent à ceux qui s'enrichirent avec le marché noir, etc... C'est dans cette ambiance qu'en 1946 à Carcassonne, plusieurs attentats se produisirent dont nous vous relatons les faits ci-dessous. Les noms des personnes ont été remplacés par une initiale.

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Le Midi-Libre a été créé à la Libération par le résistant Carcassonnais Lucien Roubaud. Ce journal remplaça "L'éclair" qui s'était compromis dans la collaboration. 

Midi-Libre

Mercredi 26 juin 1946

Dans la nuit de lundi à mardi vers 2 heures du matin, coup sur coup, quatre explosions provenant de divers points de la ville déchirèrent le silence. Celles-ci n'ont pas fait de victimes mais ont provoqué des dégâts matériels importants.

A 1h52, une explosion  avait lieu rue Victor-Hugo, à la laiterie de Monsieur B, ancien membre du "groupe collaboration". La grille de fermeture du magasin fut arrachée de sa glissière et tordue à mi-hauteur, la vitrine complètement détruite au ras du sol. Sur la bordure en bois, une cavité de 33 cm de largeur située à 4à cm au bord de la porte semble désigner l'endroit où avait été placé l'explosif. Il a été retrouvé un petit morceau de cuivre de 4 cm de longueur provenant d'un détonateur. Deux autres magasins, situés en face, ont été également leur vitrine démolie. A 30 mètres du lieu de cette explosion inconnue d'ailleurs, mais dans une moindre mesure, pour les suivantes les fenêtres des immeubles ont eu de nombreux carreaux brisés.

A 1h54, une nouvelle explosion avait lieu, rue de Verdun, à l'épicerie C. Ce magasin n'a que peu souffert de l'explosion et seul un trou de 33 cm de diamètre se trouve au bas d'une vitrine.

A 1h59, une troisième détonation se produisit rue du marché, chez Monsieur R, qui fut membre du "groupe collaboration". La devanture a été entièrement réduite en morceaux, malgré les volets de bois qui la protégeaient. Sur le côté gauche de ce magasin, la partie cimentée a été désagrégée sur 30 cm de longueur et la partie en bois se trouvant au-dessus a été complètement arrachée. Les deux magasins situés en face ont eu leur vitrine partiellement endommagée.

Quelques minutes après, une quatrième explosion se faisait entendre rue Georges Clémenceau, à l'ancienne boucherie H, dont le nouveau propriétaire est depuis un an M. Ange P. La grille de la devanture a été tordue, l'encadrement des glaces arraché et celles-ci complètement brisées. Les marbres destinés à recevoir la viande ont été cassés sous l'effet de l'explosion. L'engin ayant provoqué celle-ci semble avoir été placé à 50 cm du sol entre la grille et la vitrine. Les devantures d'un magasin voisin et de deux magasins situés en face ont volé en éclats. 

D'après les premiers renseignements qui ont pu être recueillis, toutes ces explosions auraient été provoquées au moyen de plastic. Cette hypothèse a d'ailleurs été confirmée par la découverte faite hier matin, rue Courtejaire, devant l'imprimerie R, d'une boule de plastic de 300 grammes environ, prête à fonctionner, mais dont les conditionnement défectueux avait dû empêcher la détonation.

Deux explosions se sont produites hier matin (25 décembre, NDLR) à Alet, provenant de deux engins explosifs qui avaient été placés devant les bureaux de la société hyppo-métallurgique.

Une information est ouverte en vue de découvrir le ou les auteurs de ces explosions.

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