26/05/2017

Les Pandores et les Bigophones Carcassonnais

Fondés au début du XXe siècle, les Pandores et les Bigophones étaient deux groupes carnavalesques Carcassonnais qui ont totalement disparu du paysage, à la fin des années 1950. 

Les Pandores

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Les Pandores dans l'hôtel de ville de Carcassonne

Le mot pandore est communément employé en argot afin de désigner un policier ou un gendarme. Il serait une francisation de "pandour" ; soldat d'un milice qui faisait partie de l'armée hongroise appelé ainsi, car venant de la ville de Pandur au XVIIe siècle. À Carcassonne, on a voulu brocarder le gendarme en le singeant et en reprenant sa tenue vestimentaire. Le Pandore se présentait sous la forme d'une carcasse en bois recouverte de toile, munie d'une tête de cheval et d'un balai en guise de queue, dans laquelle s'installait un homme. Lors du carnaval, il leur arrivait de s'élancer vers la foule en flagellant leurs victimes de leur queue enduite de poussière, toiles d'araignées, urine ou d'excréments.

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Pandores à Narbonne en 1912

Le groupe des Pandores Carcassonnais mettra fin à ses activités en 1958

 

Les Bigophones

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Les bigophones dans l'Hôtel de ville de Carcassonne

Le Bigophone est une espèce de musicien burlesque, qui fait du bruit avec des instruments en carton ayant la forme d'un cornet. Comme leurs concurrents "Les Pandores", ils se manifestaient durant le carnaval en défilant sur les boulevards en ordre serré.

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© ADA 11

La bannière des Bigophones devant l'école Jean Jaurès

Lors d'une réunion au Grand Café Glacier chez Mialhe, boulevard Roumens, ils se reconstituent en 1951 et participent aux fêtes de quartier. Sept ans plus tard, ils disparaissent définitivement. Les fécos Carcassonnais, inspirés par ceux de Limoux remplaceront nos traditionnels Pandores et Bigophones.

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© ADA 11

Adiù paure carnaval...

Source

Folklore / 1987 / J. Marrot

Dictionnaire encyclopédique

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26/04/2017

Florent Quintilla, le passeur du Païchérou

Pendant un demi-siècle, Florent Quitilla a fait traverser l'Aude en barque à des milliers de personnes. Né en 1890 à Carcassonne, c'est à l'âge de quinze ans qu'il commence ce travail au Païchérou. En 1922, il fait l'acquisition de ce qui allait devenir grâce à lui, l'une des guinguettes les fréquentées de la ville. En même temps qu'il achetait le café, M. Quintilla prenait en charge la traversée de l'Aude en face de son établissement. Faute d'un pont reliant à ce quartier à la plaine Mayrevieille, la barque était le seul moyen de communication.

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© Droits réservés

Ce système par barque existait depuis deux siècles. Lorsque M. Quintilla le prit en main, l'on comptait une centaine de passagers par jour. En 1922, le prix du passage s'élevait à 1 sou, c'est-à-dire 5 centimes. Le passeur aurait bien voulu se faire remplacer quelques-fois mais impossible de trouver un jeune pour les dimanche. Ce travail n'était pas de tout repos, car pour hâler la barque au long du câble à la seule force de ses bras, il faut avoir des muscles solides. C'est à l'âge de 83 ans que M. Quintilla raccrocha ; son prédécesseur M. Brémond en avait soixante-dix. 

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© Droits réservés

Ce n'est pas tant l'âge qui le décida à arrêter. En 1972, l'ouverture du pont de l'hôpital lui avait enlevé une bonne partie de la clientèle. À l'endroit où le câble reliait les deux rives, l'Aude fait une centaine de mètres. Chaque traversée à la force des bras sur le câble tendu, représentait une épreuve physique. L'été il y avait de nombreux touristes qui joignaient l'utile à l'agréable. La traversée pouvant représenter quelques danger, M. Quintilla avait souscrit une assurance. Toutefois, aucune de ses barques n'a chaviré. Notons qu'il sauva treize nageurs en perdition d'un noyade certaine.

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© L'Indépendant

C'est une barque comme celle-ci retirée récemment des eaux de l'Aude, que M. Quintilla utilisait pour ses traversées. Notons qu'il y avait aussi la barque de M. Paul, un peu plus loin du côté de Monplésir d'été.

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24/04/2017

Louis Anson, ancien garçon de café du Continental

Après 32 années passées à servir des bières au café Continental, Louis Anson avait décidé de prendre sa retraite en 1975. Domicilié dans le quartier de Domairon avec Odette, son épouse, il allait pouvoir couler des jours heureux, non sans révéler quelques anecdotes sur son métier.

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Louis Anson

A la sortie de l'école à l'âge de 17 ans, il entre comme serveur à l'hôtel de la Cité, dirigé à l'époque par M. Jordy. Nous sommes en 1927... Après un apprentissage de deux ans, il quitte la ville et s'embarque comme barman à bord du Massilia - ce paquebot sera détruit en 1933 par un incendie en rade de Cherbourg. Il se retrouve sans emploi et s'engage alors dans le régiment du 13e Zouave ; il combat en France et en Belgique en 1940. En 1943, il revient à Carcassonne et cherche à redevenir serveur. Concours de circonstances, M. Lavrut - patron du Conti - recrute un employé pour remplacer un garçon qui avait besoin de se cacher de la Gestapo quelques jours. Il est embauché pour quinze jours ; il restera 32 ans.

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Le café Continental, bd Omer Sarraut

Pilier du Conti, Louis Anson a vu défiler une dizaine de patrons ou de gérants. Parmi ceux-ci : Jep Maso, le père de Jo, l'International de rugby ; les frères Hugonnet (cuisiniers en Amérique) et Pierre Pavanetto.

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Très rapidement, Louis Anson s'imposa par sa personnalité, son dévouement et son expérience. Le jour de la Libération de Carcassonne (19 août 1944), un résistant lui demanda de le planquer. Il l'enferma dans le frigo. Louis ne revit pas cet homme qui devait habiter du côté de la Redorte.

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© Coll. Patrice Cartier

Gérard Oury et Bourvil à Carcassonne 

Bourvil était venu au Conti en compagnie de Gérard Oury pendant le tournage du Corniaud en novembre 1964. Ils avaient fait connaissance d'un clochard qui se trouvait en face dans le Jardin des plantes. Ils l'avaient amené avec eux. En voulant le faire boire, ils avaient eux aussi abusé de l'alcool, si bien que le regretté Bourvil fut pris d'un fou-rire, qu'il communiqua à toute la salle.

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22/04/2017

Quand Antoine de Saint-Exupéry atterrit à l'aérodrome de Salvaza

Cela faisait un bon moment que nous cherchions une preuve du passage d'Antoine de Saint-Exupéry à Carcassonne. Si une partie de sa famille est encore propriétaire du château de Pech Redon à Pezens, elle n'a jamais été en mesure de nous confirmer la présence du célèbre aviateur en ses murs. Où sommes-nous donc allés chercher cette preuve ? Tout simplement grâce à un article paru dans la presse locale en 1975, sur lequel nous sommes tombés par hasard.

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© Droits réservés

Antoine de Saint-Exupéry

Au mois de février 1975, Madame Marie-Louise Pujol âgée de 87 ans accorde une interview à l'Indépendant dans sa maison de retraite de la rue "Saint-Exupéry" à Carcassonne. Elle raconte sa jeunesse passée à Salvaza, où elle s'installe le 1er juillet 1920 avec son mari pour garder l'aérodrome. 

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Marie-Louise Pujol

 On ne pouvait réellement parler d'aérodrome : "C'était rien du tout. On avait arraché les souches d'une vigne. Nous sommes restés un an à la campagne." C'était le temps de la célèbre société Latécoère et de l'aéropostale. "Je me souviens très bien du premier avion qui a atterri à Salvaza. Il venait d'Alicante. Le pilote, un certain Revel, était malade. Je lui ai cédé mon lit. Le pauvre, il s'est tué un an après. Je n'ai pas compté les fois où je suis montée sur le phare pour l'allumer. Ça faisait quand même dans les huit mètres de haut."

Marie-Louise s'occupait aussi du ravitaillement en essence : "Il m'est arrivé de donner jusqu'à 3000 litres d'essence à des escadrilles militaires. Si j'ai des douleurs dans les bras, je sais pourquoi ! A l'époque, c'était un sou le litre, ça a bien changé." Concernant la météo : "Je me souviens que la météorologie de Toulouse avait envoyé un technicien pour me mettre au courant. C'était un Grec. Il m'avait laissé des instruments, m'avait appris à évaluer les distances. Je me basais sur la Montagne Noire. Tous les jours, je me levais à 5 heures. A Toulouse, ils se sont toujours fiés à ce que je leur ai dit."

Quelques anecdotes

Un jour un avion voulut atterrir avec le vent dans le dos : "Pardi, il s'est retourné comme une crêpe. Qu'est-ce que j'ai fait ? Je n'ai pas couru à l'avion qui s'était immobilisé dans un champ. Non. J'ai aussitôt téléphoné aux docteurs Tomey et Delteil et au commissaire de police. Quand ils sont arrivés, tous les trois nous nous sommes dirigés vers l'avion. Et là, qu'est-ce qu'on a vu venir vers nous ? Le pilote qui s'en était sorti sans une égratignure. J'avais apporté avec moi une bouteille au cas où il aurait fallu un petit remontant. Et vous savez ce qu'il m'a dit quand je lui ai tendu le verre ? Prenez-le, madame, vous êtes encore plus pâle que moi..."

Une autre fois, un amiral (le commandant Laborde) et un jeune lieutenant font escale à Carcassonne. Le temps d'une balade dans laquelle ils prennent Mme Pujol pour survoler la Cité, ils laissent leurs képis à Salvaza. "Au retour, j'ai fait exprès de donner le képi de l'amoral au lieutenant. Vous savez ce qu'il m'a dit ? Non, madame, il y en a trop sur celui-là."

Une énorme panne avait bloqué un avion à Salvaza : "C'était en plein hiver. A ce moment-là, il y avait toujours un mécanicien de Toulouse qui venait passer les mois de mauvais temps à Carcassonne. Et voilà qu'une panne immobilise un appareil. Impossible de trouver d'où elle pouvait venir. Tant et si bien qu'il fallait que M. Daurat qui était le patron de Toulouse se déplace. Il a démonté le gicleur, posé un bout de papier blanc sur la table, et soufflé ; le moustique qui obstruait le gicleur est veni se coller sur la feuille. Pensez, un moustique qui arrêtait un avion !"

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Didier Daurat

Didier Daurat alias "Rivière", dans le livre de Saint-Exupéry "Vol de nuit".

Le dernier repas de Saint-Exupéry

Saint-Exupéry rejoignant en 1926 les pilotes de Latécoère, allait faire plusieurs escales à Salvaza. "Il était très, très gentil. D'ailleurs, c'étaient tous des amis. Lui, Mermoz et tous les autres. Vous savez, j'en ai gardé un très bon souvenir. C'étaient des enfants. Les pauvres. Ils étaient jeunes. Ils n'avaient peur de rien. Et puis, pour moi, c'était ma vie. Nous étions en famille. Chez nous, c'était la maison du bon Dieu. Quand ils s'arrêtaient ils étaient toujours en train d'ouvrir les buffets. Pour nous, il était Antoine. Je lui ai fait le dernier repas avant qu'il se perde en mer. C'était en 1944..."

Jean Mermoz

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Mermoz aussi s'arrêta à Salvaza. Il assurait le courrier Toulouse-Barcelone-Alicante sur Bréguet 14.

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Adrienne Bolland, à l'occasion de meetings aériens est passée chez Mme Pujol. "Nous avons couché sur les brancards des blessés pour lui céder la chambre." Monsieur Raynaud, un limouxin, pilote du général Astruc, en passant par tous les anonymes. Combien de fois, en revenant du Cap-Juby (Maroc) n'ont-ils pas largué des paquets remplis d'oranges pour Mme Pujol et sa famille.

Merci à tous de votre fidélité à ce blog. Si vous devez vous servir de mes articles, n'oubliez pas d'en citer la source. Un petit mot sympathique dans les commentaires, ne fait jamais de mal.

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12/04/2017

Les mémoires posthumes d'un Carcassonnais (3)

Jean Ouliac (1904-1984) occupa une place importante dans l'univers musical de Carcassonne. Il fut violoniste émérite dans l'orchestre du théâtre municipal et percussionniste dans l'harmonie municipale. Au sein de l'école de musique, il transmit avec excellence à de jeunes instrumentistes la pratique du violon. Cet homme, que je n'ai pas eu l'honneur de connaître, est tel qu'il me fut décrit. Nous avons retrouvé une interview de lui, dans laquelle il évoque ses souvenirs de musicien dans les cinémas de la ville.

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Jean Ouliac à Carcassonne

 J'ai commencé à jouer dans un cinéma vers l'année 1923. J'avais par conséquent dix-neuf ans et ça a duré jusqu'à mon service militaire donc un peu plus d'un an. Le cinéma dans lequel je jouais s'appelait "Idéal Cinéma". Il était sous la direction d'un mouvement catholique, et se trouvait à l'emplacement de l'actuel Rex (Evêché, NDLR). Nous étions là quelques amis ; autant que je puisse me rappeler, il y avait Georges Anisset comme pianiste, Boudoux comme violoniste avec moi, Charles Adroit comme violoncelliste, Fort comme trompettiste, Joseph Rieupoulh et Gouzy comme clarinettiste. Nous étions placés dans ce que l'on appelle la fosse d'orchestre, c'est-à-dire au bas de l'écran. Et notre rôle était de créer une ambiance musicale pendant toute le temps que durait la projection.

Ce cinéma donnait surtout des films américains : des westerns, et bien des fois, nous ne nous intéressions même pas aux films qui étaient projetés. Il nous est arrivé de faire les trois séances de cinéma en ignorant tout des films qui passaient. Souvent il arrivait ceci : le vacarme dans la salle devenait tel qu'il nous était impossible de jouer. Alors, à ce moment là, instinctivement on s'arrêtait et on regardait ce qui se passait sur l'écran. ET bien, la scène était toujours la même. Un grand gaillard, un garçon superbe se retroussait les manches, sautait sur son cheval, et se mettait à la poursuite de bandits ou de malfaiteurs quelconques. Et, tant que la poursuite ne s'était pas achevée (elle s'achevait généralement dans un café qui était saccagé) il nous était impossible de jouer.

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Au début on se contentait de jouer des morceaux pendant la projection pour créer un fond sonore. Puis au bout de sept à huit mois, on a fait ce que l'on appelait l'adaptation musicale ; c'était pour nous musiciens un véritable exercice de style. En arrivant au cinéma, nous trouvions sur nos pupitres une pile de partitions musicales. Nous attaquions la première avec le départ du film. Au signal, une lampe rouge s'allumant en haut et à gauche de nos pupitres, il fallait arrêter là le mouvement, prendre la partition suivante, et la jouer jusqu'au prochain signal. Cette rupture impliquait donc un changement de tonalité, de mouvement, de rythme, de nuance, de tout ce que vous voudrez ! Il fallait changer ! Et c'était plus ou moins heureux. je me souviens à ce sujet, d'une de ces ruptures : la scène représentait un cortège de mariage qui sortait d'une église, on jouait alors "La marche Nuptiale" de Mendelssohn. Puis le cortège arrivait sur une place publique où il y avait une foire ; il fallait changer !... pour jouer "Carnaval Parisien" de Popy.

On jouait des compositions de Popy et quelquefois même des choses plus anciennes telles que des chansons de Mayol, de Dalbret, de Georgius, de Dranem. Au début, c'est nous qui choisissions ce qu'on allait jouer, et c'était un peu n'importe quoi. Quand il y a eu l'adaptation musicale c'est la direction de la salle qui indiquait les thèmes à interpréter. Mais la direction détenait ces indications d'une autre source. Je crois qu'elle recevait ça face au film.

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Le film qui m'a le plus intéressé c'est Ben Hur (1925, NDLR). C'était réellement le triomphe du cinéma muet. Mais le reste, alors, vous savez !... Sauf les films comme La passion ou Le Miracle de Sainte-Cécile... A ce moment, il y a eu Le Miracle de Lourdes. Ce film a d'ailleurs été terriblement contesté par les autorités religieuses de l'époque. Le cardinal Archevêque de Paris a même dit : " Il représente les efforts maladroits d'une société qui a perdu son sens chrétien, et qui cherche maladroitement à la retrouver".

On peut considérer le cinéma des années vingt comme du spectacle populaire. Il faut dire que son prix relativement bas était accessible à toutes les bourses. Il y avait trois catégories de places : les plus chères étaient à 2 francs, ensuite il y en avait à 1,50 francs et je ne me souviens plus exactement mais les autres n'atteignaient pas 1 franc. Le samedi soir, le public n'était pas nombreux, mais il était calme. Le dimanche après-midi le public était plus important, il était surtout composé d'enfants, et de petites bonnes à qui on donnait l'après-midi du dimanche - c'était à peu près le seul jour de sortie. Lors de ces séances, nous étions régulièrement interrompus par le vacarme que produisait ce jeune public. Le dimanche soir, l'assemblée était variée, moins nombreuse qu'en matinée, elle était surtout composée d'adultes, d'enfants accompagnés de familles.

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© Ministère de la culture

L'ancien "Idéal Cinéma" devenu ensuite le "Rex", rue de la liberté

On donnait "La martyre de Sainte-Cécile". La jeune fille était enfermée dans sa salle de bains, où le préfet Amalquius avait décidé de la faire mourir, étouffée par la vapeur d'eau ; ce qui est maladroit pour faire mourir une jeune fille de dix-neuf ans. Au bout de trois jours, le préfet s'énerva et envoya un soldat pour décapiter la jeune fille. Au moment où le soldat allait accomplir sa sinistre besogne - l'image ne montrait pas le glaive tomber sur le cou de la jeune fille - il y eut dans la salle une femme qui poussa un cri de frayeur tel qu'on dut interrompre la séance pour réconforter la dame. Les westerns et les films d'action, notamment, étaient contrôlés quant à leur moralité. Quelques années plus tard, on a créé la côte de l'office catholique ; une note attribuée au film projeté, était affichée à la porte des églises.

Il fallait une capacité musicale suffisante pour jouer des morceaux de difficulté moyenne, sans répétition, une certaine habitude, une certaine sûreté. Il fallait tout jouer à première vue. Dans les milieux musicaux, les musiciens de cinéma étaient considérés comme des gens expérimentés. Dans le cinéma où j'ai joué ; à cause de son caractère particulier, on peut dire que bien souvent nous n'avons pas été payés du tout. Notre travail à l'Idéal Cinéma était bénévole.

Au "Cinéma des Familles"*, il y avait Arthur Lenfant, un pianiste remarquable qui a assuré seul toute la période 1914-1918, où un grand nombre de musiciens avaient pris part au conflit. Ce n'est que la guerre terminée, lors de la démobilisation que ces gens ont reformé des orchestres, ou grossi des embryons d'orchestres. M. Lenfant a été remplacé par M. de Norris, pianiste également, qui a joué un certain temps en compagnie d'une jeune violoniste : sa fille, je crois. Dans les années 1920, on lui adjoint deux autres violonistes : les demoiselles Bourdil. Ensuite, c'est devenu le genre de formation que j'ai connu. Pour des motifs publicitaires, on parlait d'orchestre symphonique et même d'orchestre classique. Mais la plupart du temps, le quatuor n'était pas complet. C'était bien entendu des arguments commerciaux.

Chaque cinéma avait une sorte de personnalité. L'Idéal c'était le cinéma catholique. Le "Cinéma des Familles", lui, c'était le cinéma Duffaut, le cinéma de Monsieur Duffaut. Ce qui était un gage de la qualité d'un certain spectacle.

* Le cinéma des Familles se trouvait sur l'emplacement de la clinique St-Vincent, à l'angle des boulevards Jean Jaurès et Omer Sarraut. 

Sources

Merci à I. Debien pour ce document

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30/03/2017

Le triomphe de Suzanne Sarroca dans sa ville natale, le 1er mai 1962

Le 21 février 1961 est constituée dans une salle du théâtre municipal,"l'Association des choeurs du Festival de Carcassonne". Cette formation de chanteurs Carcassonnais amateurs, puisée au sein du choeur de la cathédrale St-Michel, était dirigée par Georges Cotte et Jean Amiel. Elle devait participer aux productions des opéras programmés durant la période du Festival de la Cité.

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© P. Hyvert

Pierre Hyvert (debout), Jean Amiel (centre), Georges Cotte (droite)

Les choeurs du Festival allaient se distinguer le 22 juin 1961 au théâtre municipal dans "l'Hommage à Camille Saint-Saëns" dirigé par Georges Cotte avec les solistes de l'Opéra de Paris dont Myriam Djavan (soprano), Geneviève Leroy-Thiebaut, contralto de l’Opéra (Dalila); Maurice Blondel, ténor de l’Opéra (Samson); André Jonquères, baryton de la Radio-Télévision (Le Grand Prêtre).

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© P. Hyvert

On reconnaît Mlle Mailhac, Mme Jean Amiel, Mlle Bels, Zélie Lacoste

Carcassonne possédait en ce temps-là non seulement un choeur amateur très important, mais également une Harmonie municipale avec des éléments primés dans les conservatoires du musique. 

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© P. Hyvert

Pierre Hyvert, Jean Malaval, Marius Laffargue, Sablayrolles, Mlle Mailhac, Mme Escoupérié

L'année suivante, Jean Alary qui avait en main la direction du théâtre municipal, eut l'idée de monter une production de Faust - le chef d'oeuvre de Charles Gounod. Cet opéra composé d'après la pièce de Goethe, reste encore de nos jours, le plus représenté à l'Opéra de Paris. Le désir d'Alary fut de proposer à la soprano Carcassonnaise Suzanne Sarroca, qui allait avec la Scala de Milan inaugurer l'ouverture de l'opéra de Genève quelques mois plus tard, le rôle de Marguerite. Il se mit alors en relation avec Louis Nègre - son mari et impresario - afin de la faire chanter pour la première fois dans sa ville natale. La fille d'une épicière de la rue Trivalle devenue star internationale de l'Art lyrique, acceptait de se produire à Carcassonne, alors qu'elle triomphait à Milan, Rome, Paris et New-York. C'est là toute la délicatesse et l'humilité de Suzanne Sarroca, qui même à 90 ans, ne l'ont toujours pas quittées. Sa ville le lui rend fort mal... Enfin, là n'est pas le sujet.

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© P. Hyvert

Les chœurs de Faust à la Cité

Tenez-vous bien ! La distribution de ce Faust à Carcassonne rassemblait ce qui se faisait de mieux comme chanteurs français à cette époque.

Dr Faust : José Luccioni (1er acte) et Paul Finel

Marguerite : Suzanne Sarroca

Méphistofélès : Xavier Depraz

Valentin : Michel Dens

Siébel : Mireille Martin

Dame Marthe : Colette Gérardin

Wagner : Georges Borrot

Le Grand orchestre de Toulouse fort de 36 instrumentistes, les choeurs du Festival de Carcassonne, de Nîmes et de l'opéra de Toulon étaient dirigés par Georges Gayral. Les décors provenaient du théâtre du Capitole de Toulouse. C'est la maîtresse du ballet du Capitole - Simone Techeney - qui avait réglé "La nuit de Walpurgis". On peut retrouver son interview en cliquant ci-dessous.

https://www.youtube.com/watch?v=MTq5NfMWjQY

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Paul Finel, Suzanne Sarroca et Xavier Depraz

Au cours du troisième acte, au moment où Suzanne Sarroca (Marguerite) chantait "Anges purs, anges radieux", son mari qui avait été pris d'un malaise dans la journée, succombait à une embolie pulmonaire. On la tint à l'écart de la nouvelle jusqu'au moment où dans la voiture, elle effectuait le trajet du retour vers sa maison natale, rue Camille Saint-Saëns. C'est là qu'elle apprit le décès brutal de Louis Nègre à l'âge de 59 ans. Ce grand chanteur et professeur de chant au conservatoire de Toulouse fut inhumé à Carmaux dans le Tarn.

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Louis Nègre

Les représentations de ce Faust à Carcassonne resteront inoubliables pour tous les amoureux de l'Art lyrique, mais surtout bien tristes pour Suzanne Sarroca. Elles prouvent s'il le fallait que notre ville possédait des éléments de valeurs à la tête des orchestres, des théâtres et des chœurs. Aujourd'hui, nous allons simplement écrire avec fatalité et pour ne fâcher personne qu'il s'agissait certainement... d'un autre époque. Que chacun se fasse une idée du niveau actuel

Sources

La dépêche / Le Midi-Libre

Remerciements

Pascal Hyvert et Arlette Moulin

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