09/05/2016

Les événements tragiques du 23 août 1944 à Conques-sur-Orbiel

Après le débarquement des troupes alliées en Provence le 15 août 1944, les unités de la 11e panzer division allemande - stationnées à Toulouse - se mettent en ordre de marche afin de gagner la vallée du Rhône. Dans l'après-midi du 22 août, elles entrent dans les villages de Maurens et Le Vaux à 4 kilomètres de Saint-Félix Lauragais où elles se rendent coupables de pillages et d'assassinats. Le jeune Antonin Escaffre est ce jour-là tué par la horde barbare forte de 3000 hommes, parce qu'il cherchait à s'enfuir. Son forfait une fois accompli, le convoi choisit de s'écarter de la RN 113 - régulièrement mitraillée par l'aviation alliée et les maquisards. Il emprunta alors un itinéraire à travers les routes de la Montagne noire afin de rejoindre la méditerranée. Est-ce celui-ci que l'on retrouve le lendemain dans l'Aude au village de Conques-sur-Orbiel ? La description qui sera faite de ces hommes semble en tous points semblable à celle de ceux ayant commis des crimes dans le Lauragais. Les témoins du massacre du 20 août au Quai Riquet à Carcassonne évoquent également des "Mongols" parmi les Allemands.

Il ne s'agissait pas en fait de Mongols mais d'hommes provenant de l'armée Vlassov, enrôlés dans la Wehrmacht. Parmi eux, on comptait des Géorgiens, des Russes, des Ukrainiens...

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La légion du Turkestan

Ces hommes sous l'emprise de l'alcool se sont comportés comme des criminels partout où ils sont passés. Le 23 août 1944, le village du Conques-sur-Orbiel va subir la loi de ces barbares. Il n'existe que quelques lignes très vagues sur cet épisode tragique dans les ouvrages de références que nous avons consultés : La Résistance audoise (Lucien Maury) et La 2e guerre mondiale dans l'Aude (Julien Allaux). La chance de ce blog c'est de pouvoir encore recueillir des témoignages, alors même que les acteurs de cette triste histoire sont morts ou beaucoup trop âgés. Les travaux historiques se sont énormément concentrés ces dernières décennies sur les actions héroïques de la Résistance. Fallait-il cacher les choses les moins avouables ?...

Que s'est-il passé à Conques ?

Une réfugiée d'Alsace-Lorraine résidait à Conques-sur-Orbiel et s'y trouvait ce jour-là. Sa fille a recueilli son témoignage et me l'a transmis. Il corrobore et complète celui raconté dans le livre d'Annie Kochert-Bonnefoy "Ils voulaient vivre libre", que nous citerons à la fin de cet article.

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Quand ce convoi arrive à Conques, j'habite dans la maison tout en haut du village, à la limite de celui-ci, au fond d’une toute petite impasse.
Ils fouillent les maisons... Ernest a peur pour les femmes, surtout Paulette , mais elle échappe aux troupes grâce à la couverture qui cache l’escalier ….. d’ailleurs ils ont trouvé une partie des pots de confit d’oie et ils sont fourbus et affamés ! Pendant ce temps je me suis accroupie sur le bord extérieur de la fenêtre de l’étage, prête à sauter plutôt que de tomber dans leurs mains !
Après le pillage de toutes les denrées alimentaires qu’ils ont pu trouver dans le village, ils font la fête toute la nuit et s’enivrent.
Ernest - un ancien de 14-18 - pense qu’ils vont finir par mettre le feu au village avec les gens dedans (il a vu cela en Russie). Il faut absolument trouver le moyen de fuir, le moindre bruit la moindre tentative de sortie provoquent des tirs nourris des soldats qui sont sur les toits.
Alors ils tentent de passer par les terrasses chez le voisin - un cordonnier - mais celui-ci leur avoue que sa maison est bourrée d’armes ; il y en a partout dans les planchers et les plafonds. 
Toutefois les Mongols ont peur du maquis et n’osent pas s’aventurer en dehors du village : donc si l’on parvient à sortir de la maison en direction de la route de LASTOURS ils ne poursuivront pas le fuyard ; il ne devrait pas y avoir trop de problèmes car la forêt n’est pas loin.

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Il faut attendre la nuit et se préparer. Paulette et Marcel, plus menacés, décident de partir seuls, le plus vite possible en utilisant un réseau de minuscules ruelles et de terrasses ; Marcel ouvrant la route, Paulette à sa suite quand tout va bien. Ils parviennent à sortir du village et à franchir l’Orbiel à pied. 
Ils prennent la direction de Carcassonne et rencontrent le maquis au carrefour de Villegailhenc. 
Ceux-ci se posent des questions, ils ne savent pas s’ils doivent intervenir pour libérer le village ou attendre. Marcel leur décrit la situation en donnant le plus de précisions possibles sur les occupants ; il leur dit les craintes d’Ernest mais leur conseille de rester sur place et de ne rien faire pour l’instant car ce serait trop dangereux pour la population. Il est alors convenu que le maquis va rester sur place à l’affut du moindre bruit anormal, de la moindre odeur ; dans le cas de tirs ou d’odeur de feu ils interviendront. 
Marcel et Paulette repartent vers Carcassonne où ils trouvent refuge à la Gravette chez la fiancée de Marcel. Monsieur Bénazet est seul avec Louise car sa femme est partie chez son autre fille à Villanière dont les jumeaux nouveaux nés sont malades. À cause de la présence des Mongols et par manque de soins, un des jumeaux mourra.


Paulette et Marcel vont rester là plusieurs jours …sans nouvelles de la famille.
Ernest, Juliette et Marie ont eux aussi réussi à se sauver : ils possèdaient la clé d’une barraque de vigne des Bauquier dans laquelle Paulette cachait sa bicyclette. Cette cabane n’est pas très loin du village : ils partent à la nuit par l’arrière de la maison, avec quelques vivres et une couverture jusqu’à cette cabane sur la route de LASTOURS et y passent la nuit (de toute façon Juliette ne peut pas marcher plus loin).
Un peu plus tard Ernest va jusqu’à la première ferme demander du secours et ils reviennent tous dans celle-ci, Juliette dans une brouette.


Dans le village c’est la terreur ; les habitants se sont enfermés chez eux, le village occupé par des troupes très frustres, avinées et prêtes à tout : la directrice de l’école a été réquisitionnée pour cuisiner à ses messieurs les chefs, elle passe toute la nuit à faire des patisseries : tant qu’ils ont besoin d’elle elle ne risque rien ! Son mari cloitré dans la maison passe la nuit devant la porte de la chambre de sa fille.
Le cordonnier a réuni quelques hommes chez lui il est prêt à se servir des armes cachées chez lui... si nécessaire.  


Finalement les Mongols partent plusieurs jours plus tard sans avoir commis d’autres dommages ,pressés qu’ils sont de remonter vers le nord …. Un vrai miracle.

Le lendemain du départ des Mongols, le médecin est passé afin d’apporter son aide partout où cela était nécessaire. Ayant été la première à voir arriver ces troupes, j'ai également vu qu’ils s’en étaient pris à deux gamines qui se trouvaient en bas de leur rue : c’est alors qu’une jeune femme Russe est sortie en hurlant et s'est interposée... les deux gamines ont pu s’échapper (c’est pour cette raison que je m'étais réfugiée sur la fenêtre de l’étage prête à sauter et à courir à travers champs plutôt que de me faire prendre à la maison).
Il faut préciser que cette femme, employée de ménage à la kommandantur avait été tondue quelques jours plus tôt ...malgré cela elle a courageusement défendu ces deux gamines !

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Dans l'excellent ouvrage ci-dessus, l'auteure à retranscrit le témoignage suivant :

La famille d'Alexis Belaud s'était réfugiée chez sa soeur, et les hommes s'étaient cachés sur les toits. André était resté avec les femmes et les autres enfants, dans une chambre. Ils avaient très peur... Ils entendirent frapper à la porte et durent ouvrir. Les Allemands envahirent la maison, et deux d'entre eux entrèrent dans la chambre, où la tante du garçon, encore très jeune et belle, fut contrainte, le révolver sur la nuque d'obéir aux ordres. Elle fut violée devant leurs yeux, alors qu'André tenait sur ses genoux deux enfants très jeunes qui pleuraient. Lorsque le SS termina sa besogne, il pria son compagnon de prendre sa place. Après avoir emporté quelques tricots et fouillé l'armoire, ils disparurent. Trois femmes dans le village furent violées ce jour-là...

La macabre épopée de ce convoi de la 11e division de panzers s'achèvera entre l'Ardèche et les Vosges. Entre temps à Blomac, ils tirèrent à vue sur les véhicules qui passèrent : MM. Colomb et Castans seront tués et Mme Castans, blessée. Le 24 août 1944, c'est à Rieux-Minervois que le village est pillée et que quatre otages périssent sous la mitraille des nazis : MM. Labatut, Amalric, Malrieu et Louis Cros.

Toute personne pouvant témoigner de ces évènements est priée de bien vouloir me contacter à l'adresse suivante : andrieu-martial@wanadoo.fr

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