23/08/2016

La tauromachie est-elle une tradition à Carcassonne ?

Les jeux du cirque ne se passent plus aujourd'hui seulement dans les arènes. A l'extérieur, une foule plus ou moins pacifique crie, vocifère et insulte - quand elle n'agit pas physiquement - contre les aficionados d'un spectacle bestial dont je ne comprendrais jamais la finalité. Comment l'humain peut-il encourager un de ces semblables à torturer un animal pour son propre plaisir, avant de l'achever en le traversant de son épée ? Comment des parents peuvent-ils avoir envie de transmettre cette passion pour les combats sanguinaires à leurs enfants ? Mais enfin, si la souffrance et le sang ne vous émeuvent pas, rendez-vous en Syrie. En ce moment, des milliers d'humains y sont déchiquetés par la guerre. A chaque coup de banderille dans la peau du taureau, c'est un enfant brisé par une bombe. Le torero là-bas s'appelle Assad. Olé !

Oui ! Les taureaux sont élevés pour mourir, mais dans le but de nourrir les hommes. Faut-il du courage pour combattre un animal sauvage dans une arène ? Non, en revanche, le courage c'est d'aller combattre le feu quand on est Sapeur pompier, d'aller défendre son pays quand on est militaire, gendarme ou policier. Concernant le taureau, il n'y a aucun péril imminent ; le torero prend simplement un risque inutile.

Quel est le devoir des politiques ? Un élu doit imprimer une vision à travers des choix culturels qui élèvent l'homme. Je considère que la corrida l'abaisse vers ses instincts primitifs. N'y a t-il pas mieux à organiser que des fêtes taurines qui sont aujourd'hui un trouble à l'ordre public, qui plus est en période de guerre ? Chacun sait que la féria emporte avec elle son lot d'ivresses et de drogues. Combien coûtent à la collectivité la présence de nombreuses forces de polices qui ne seront pas affectées à d'autres missions ? Tout cela pour surveiller une faune qui n'a rien à faire des taureaux. Chacun s'accorde à penser que la subvention pour l'association du Cercle taurin Carcassonnais n'a pas baissé en période de vaches maigres, contrairement à celles consacrées à la culture et la jeunesse - il n'y a plus de carnaval faute d'argent, par exemple. Ce n'est pas polémiquer que poser les bonnes questions :

A qui faut-il faire absolument plaisir ? 

Nous nous sommes interrogés de savoir s'il y avait comme certains l'affirment ou le dénoncent, une tradition taurine à Carcassonne. 

La création du Comité taurin

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Les premières courses de taureaux ont lieu à Carcassonne en mai 1886 sur un terrain en bordure du chemin de Montredon. Elles attirent un public plutôt populaire ; le prix des billets n'excède pas trois francs. Le directeur Paul Bazy, fort du succès rencontré par la cuadrilla de Martin Frutos à Nîmes, désire impulser la même dynamique dans la capitale audoise. Les arènes en bois occuperont ce lieu jusqu'en 1899, années où les spectacles taurins se déplaceront au lieu-dit "La justice" sur la route de Montréal. Après la guerre de 14-18, il n'y a plus eu de corridas pendant près de quarante ans.

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Martin Frutos à Carcassonne en 1886

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Au XXe siècle

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1952

Le Club taurin carcassonnais qui avait son siège social au Café glacier (Bd Roumens), organisait le 21 septembre 1952 une corrida à Carcassonne. Les arènes en bois avait été installées à Patte d'oie et l'on pensait que ce serait le retour de la tauromachie après plusieurs décennies d'absence.

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Les arènes en bois de Patte d'oie en 1952

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Le prix des places allait de 2,200 francs (barrière) à 450 francs (amphithéâtre).

1953

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L'année 1953 fut le chant du cygne des corridas dans la capitale audoise. Les arènes de Patte d'oie, au bout de l'allée Iéna, furent démontées pour des raisons, dit-on, de sécurité. En fait, le maire de Carcassonne n'en voulait plus dans sa ville.

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La quadrilla aux arènes de Carcassonne

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Rayito hijo met à mort le taureau

 XIXe siècle

La tauromachie renaît de ses cendres à Carcassonne à la fin des années 1990, grâce à la volonté du maire Raymond Chésa. Il créée d'abord un évènement qui s'appelle "La semaine espagnole" dans lequel, il est mis en avant la culture andalouse. Ce ne sont que défilés de chevaux et sévillanes. Petit à petit germe dans l'idée du maire de faire de sa ville une place force de l'art tauromachique. Lors de son dernier mandat, il promet la construction d'arènes en dur à l'ancien abattoir de la ville, qu'il fait baptiser "Espace Jean Cau". Le prix Goncourt 1961, natif de Bram, était un grand défenseur des corridas. Après la mort de R. Chésa en janvier 2005, son premier adjoint (Gérard Larrat) devient maire de la ville. Ce dernier qui n'a pas loin s'en faut la fibre tauromachique - ancien député de la Commission culture à l'Assemblée nationale - ne mettra pas à exécution le projet de construction des arènes. 

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Quand en 2009, la municipalité socialiste prend en main la destinée de la ville, Jean-Claude Pérez déclare que la commune ne financera plus les corridas. Le Cercle Taurin Carcassonnais devra trouver dans ses fonds propres les moyens de les organiser. Les corridas de novillos auront lieu quand même ; avec quel argent ? En 2016, le Cercle Taurin Carcassonnais organise pour la première fois de vraies corridas avec des taureaux de combat. Ceci constitue une montée en puissance du lobby taurin au sein de la collectivité.

Sur le plan culturel, Carcassonne et son agglomération attendent toujours une médiathèque, un musée archéologique, un centre des congrès, un festival de musique classique et d'Art dramatique. Et surtout, un meilleur soutien financier aux associations culturelles qui oeuvrent sur le terrain. 

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