29/10/2013

La légende l'église du loup...

Il y avait depuis un temps immémorial à la sortie du hameau de Villalbe en direction de Lavalette, dans l'actuel domaine de St-Geniès, un prieuré réuni au Châpitre Cathédral de Carcassonne. Dans le champ de l'autre côté de la route, faisant face au domaine, une église avec un cimetière adossé à celle-ci était communément appelée "Glèisa d'al loup". A la mort de St-Gimer, évêque de Carcassonne, on vint l'inhumer près du Prieuré. Or pour une raison inconnue, si son corps fut bien enterré là, en revanche sa tête fut déposée en bordure de l'actuelle route de Lavalette. Une croix des rogations en matérialise de nos jours encore l'endroit. Quelques jours après, plus rien ne tourna rond: les poules ne pondèrent plus, les vaches marchèrent à l'envers... Devant ce phénomène inexpliqué, on remit la tête avec le corps de l'évêque et tout rentra aussitôt dans l'ordre.

1878697994.jpg

Au premier plan, le champ dans lequel se trouvait "l'église du loup"et son cimetière. Les anciens nous rapportent qu'on y trouva des ossements humains au cours de nombreux labourages et qu'une vue aérienne prise lorsque le champ n'était pas en semailles matérialise parfaitement son emplacement. Dans le fond, entre les sapins, le domaine de St-Geniès (aujourd'hui, à l'abandon)

croix.png

La croix de St-Geniès où l'on aurait déposé la tête de l'évêque St-Gimer au début du Moyen-âge...

En ce temps là, Carcassonne était entouré de fôrets et dans la Malepère toute proche en entendait les hurlements des loups. Ceux-ci livraient de terribles batailles pour défendre leur territoire de chasse et jour... Une laie s'étant aventurée avec son marcassin un peu trop près d'un loup, celui-ci tenta alors de faire avec son petit un bon déjeuner. Afin de défendre sa progéniture, à grand coup de boutoir la laie réussit à mettre en fuite le loup qu'elle blessa sérieusement. L'animal vint se réfugier au domaine de St-Geniès, possession de l'évêque St-Gimer depuis 931. Là près du Prieuré, un moine du nom de frère Rémi voyant la bête ensanglantée, sans prendre peur, pansa ses plaies et la sauva d'une mort certaine. L'animal ne manifesta aucune hostilité envers le religieux et put repartir en direction de la fôret. Les troubadours dans leur chanson de geste rapportèrent cette histoire et les habitants de Villalbe nommèrent cette chapelle "la glèisa dal loup".

1737877990.jpg

Après la croisade contre les Albigeois, le domaine de St-Geniès devint la possession de Guillaume de Voisins. L'église du loup avait subi de nombreux dommages et les habitants très attachés à leur chapelle demandèrent que l'on construise avec les matériaux récupérés, une nouvelle église dans Villalbe-haute. Ce fut fait en 1784 et c'est l'église dédiée à l'assomption de la vierge que l'on connaît aujourd'hui dans le hameau. Le compoix de 1714 nous apprend que le bâtiment de l'ancienne boulangerie de la Grand'rue (aujourd'hui la cantine de l'école primaire) était un presbytère. Cela explique pourquoi au cours de la réfection du pétrin du boulanger en 1976, on a découvert dans le mur une croix du XVIe siècle d'une exeptionnelle valeur archélogique.

137014381.jpg

Madame Vialade, propriétaire de la boulangerie de Villalbe, fit don de cette croix à la paroisse. En 1976, l'Abbé Maurice Vidal la fit sceller à l'intérieur de l'église du hameau et encore aujourd'hui elle illumine son transept. Il s'agit d'un bel ouvrage d'art de grande dimension à double face; d'un côté le christ et de l'autre la vierge et son enfant. La branche transversale mesure 50 centimètres et est ornées de bagues et cabochons aux extrémités. S'agit-il de la croix de l'église de loup? Mystère...

____________________________

© Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2013